Démocratie libérale

  • La démocratie libérale, l’Occident et la révolution

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    Les Occidentaux vivent dans des démocraties libérales.
    Ces démocraties libérales placent en leur cœur le respect des droits fondamentaux et des libertés fondamentales des individus, ce qui passe notamment par l’existence d’une constitution, par l’état de droit (the rule of law), la séparation des pouvoirs et l’élection par le peuple des dirigeants à la tête de l’État. Tous les États du monde ne sont pas des démocraties libérales, mais les Occidentaux ne sont pas les seuls à vivre dans de tels régimes politiques : les Japonais et les Sud-coréens vivent par exemple aussi dans des démocraties libérales. Par ailleurs, toutes les démocraties libérales ne se valent pas. Certaines ont davantage de défauts que d’autres et des indicateurs permettent de quantifier cela et d’identifier des potentiels d’amélioration. Bien sûr, chaque démocratie libérale occidentale particulière a des différences avec une autre (qu’on pense simplement aux différences entre la Suisse, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis).

    Historiquement, les Occidentaux ont souvent, si ce n’est toujours, dû payer un prix élevé pour renverser, réformer ou transformer les régimes autoritaires dans lesquels ils vivaient et parvenir à mettre en place une démocratie libérale. L’histoire des XVIIIe et XIXe siècles genevois est un exemple parmi d’autres de cette lutte de longue haleine que durent mener nos ancêtres pour transformer un régime oligarchique répressif sous domination patricienne en un régime démocratique. Éthiquement, la démocratie libérale est le meilleur des régimes politiques possibles, car elle permet aux populations vivant en son sein de jouir simultanément de la liberté, de la prospérité, de sécurité et d’une forme de stabilité. Elle est un régime plus désirable que les régimes autoritaires et dictatoriaux car ces derniers, mêmes s’ils parvenaient par des méthodes répressives à assurer une forme de sécurité, de stabilité et de sécurité à leurs populations, ne pourront jamais leur offrir la même liberté qu’une démocratie libérale. Or, la liberté est la condition du respect de la dignité humaine.

    En tant qu’Occidentaux, nous pouvons
    formuler le souhait que les populations du monde qui vivent sous des régimes autoritaires ou dictatoriaux puissent un jour connaître une liberté, une prospérité, une sécurité et une stabilité plus grandes. Ce souhait n’implique en rien qu’il faille imposer la démocratie libérale à qui que ce soit et ne correspond nullement à une défense d’un quelconque interventionnisme. L’expression de ce souhait, de cette espérance pour l’humanité, nous pouvons la formuler en pleine conscience, sur la base de notre expérience de citoyen d’une démocratie libérale et sur la base de notre conviction profonde que l’être humain mérite d’être respecté dans sa pleine dignité. Il me semble profondément immoral de ne pas souhaiter aux populations du monde vivant sous des régimes autoritaires ou dictatoriaux de pouvoir vivre un jour une vie meilleure et de connaître le goût de la liberté. Les êtres humains du monde entier ont tous le droit à voir leur dignité respectée.

    Il est certes possible que lorsque les populations vivant dans des régimes autoritaires tentent de s’émanciper de ceux-ci autrement que par des voies réformistes (celles-ci n’étant souvent pas possibles) en les renversant pour mettre en place des régimes plus proches de la démocratie libérale, elles subissent alors des souffrances terribles. Il est même possible que ces populations se retrouvent coincées pendant des années dans des situations politiques transitionnelles de conflit et de guerre civile. Cet état de fait est affligeant et profondément attristant. Pour autant, faut-il condamner leurs tentatives révolutionnaires d’émancipation et de libération ? Faut-il affirmer que ces populations devraient se résoudre à vivre éternellement sans liberté dans des régimes qui foulent leur dignité humaine du pied ? Je ne vois pas ce qu’il y a de moral à cela. Il me semble que les populations vivant dans des États autoritaires ont le droit de résister à l’oppression et de tenter de renverser ces régimes. Leur échec est un malheur moral, l’enlisement de leurs tentatives aussi. Il n’en demeure pas moins que leur action me semble moralement justifiée.


    Adrien Faure