L’expansion du niveau de formation en Suisse et à Genève au XXe siècle

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En 1527, Erasme écrivait : « Le monde s'est réveillé. La jeunesse entière se porte avec confiance vers l'étude des langues et des lettres ; et elle n'est pas seule. Les supercheries des pharisiens sont dévoilées, leurs opinions absurdes tournées en dérision. » L’humanisme de la Renaissance voyait alors dans la diffusion de la connaissance et des lettres un moyen d’émancipation et de progrès pour l’espèce humaine. Dans les économies agraires pré-industrielles de l’Ancien Régime, le niveau de formation des individus était bien entendu peu élevé, si on se fonde sur nos critères actuels. Dans l’économie française pré-industrielle de 1789, 85% des individus travaillaient aux champs, tandis que le reste des individus se répartissait essentiellement entre activités commerciales ou artisanales. La formation de la plupart des travailleurs agricoles, commerciaux et artisanaux était une formation professionnelle, qui commençait très jeune. Cette situation a progressivement changé, notamment  avec l’accroissement de la scolarisation primaire au XIXe (le taux d’alphabétisation double dans le monde durant ce siècle, pour atteindre 20%). Mais c’est au XXe siècle que le niveau de formation s’accroît de façon très importante en Occident, et plus particulièrement à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. On parle alors de démocratisation de l’enseignement, pour désigner la démocratisation de l’accès à l’enseignement secondaire, puis de massification scolaire, pour désigner l’ampleur du phénomène. 

Bruno Garnier note que « les trente années qui suivirent 1945 furent marquées par la nécessité d’élargir l’accès de l’ensemble de la population aux études secondaires puis supérieures, sous la triple impulsion de la croissance économique, des effets démographiques du baby-boom et de la révolution technologique » (Garnier, 2020). La Suisse n’échappe pas à ce mouvement et l’étude des niveaux de formation atteints par cohortes montre bien cette évolution. Ainsi, si seules 5.5% personnes nées entre 1908 et 1934 accédaient à des études universitaires, elles sont 16,5% au sein des personnes nées entre 1965 et 1978 (Falcon, 2016). En outre, entre 2008 et 2018, la part de la population active titulaire d’un diplôme de formation tertiaire (HES ou université) passe de 20% à 40% (Meyer, 2018). Ce phénomène est aussi observable au sein des élites économiques et administratives suisses, puisque la proportion d’entre elles sans formation académique passe de 33% en 1910 à 12,8% en 2010 pour les élites économiques, et de 19,7% en 1910 à 1,7% en 2010 pour les élites administratives (Bühlmann, 2015). A Genève, on passe de 56% des élèves en filière pré-gymnasiale au cycle d’orientation en 1970 à 70% en 2000 (Muller, 2012), tandis que le taux de maturité gymnasiale passe de 20% en 1980 à 30% à la fin des années 1990 (Muller, 2012) avant d’atteindre 34,2% en 2019 (OFS). Le niveau de formation s’est donc élevé en Suisse et à Genève au cours du XXe siècle.

Dans le prochain billet, nous nous intéresserons aux conséquences de cette expansion du niveau de formation.


Adrien Faure 

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