ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα : l’âge de l’incertitude

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Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » Pendant longtemps cette phrase, que Platon attribue à Socrate dans son apologie, n’a pas résonné en moi. Comment le plus célèbre des philosophes d’Occident pouvait-il affirmer une telle chose ? Son statut de célébrité philosophique n’impliquait-il pas un devoir de connaissance supérieur à la normale ? A l’approche de la trentaine, j’entre davantage en résonance avec elle. Quand je jette un regard en arrière, je vois une ère de certitudes morales, politiques, esthétiques même. Je suis sidéré par ma capacité antérieure, apparemment sans limites, à connaître intuitivement ce qui était juste, ce qui était bon, ce qui était beau. Mon adolescence et ma prime jeunesse composent une époque marquée par de fortes convictions, de puissantes certitudes, qui me portèrent dans la vie, enflammèrent mon esprit, ma parole et mes actes. A l’opposé, je me retrouve aujourd’hui bien plus emprunté à trancher sur bon nombre de questions qui m’apparaissaient précédemment si simples, si évidentes, si transparentes, tant la vérité sur toute chose n’était qu’à une seconde de ma pensée. Cette facilité d’accès à la vérité n’était cependant pas dénuée d’une forte instabilité dans la permanence de ces vérités. Tant de positionnements traversés avec, à chaque fois, l’intime conviction d’être dans le vrai ! Cet état d’esprit de mes très jeunes années m’a fait vivre des expériences militantes, politiques, associatives, médiatiques, tout à fait passionnantes et originales, et pour cela je suis reconnaissant à mon très jeune moi. Avec le temps, mes certitudes sont moins nombreuses, moins tranchées, sujettes à discussion et à être pondérées, mais elles sont davantage permanentes, formant une sorte de noyau (je détourne ici le terme de Lakatos) autour duquel gravite des positions plus fluctuantes. En un sens, j’accède enfin à ce fameux positionnement au centre que j’ai regardé avec beaucoup de suspicion, et même une certaine condescendance, dans mes très jeunes années. Cela ne réjouira pas certaines âmes bouillonnantes de mon entourage, mais cela ouvre aussi d’autres perspectives et une plus grande stabilité.


Adrien Faure


Commentaires

  • Je vous rassure tout de suite, ce n'est que le début.
    Je ne sais trop où cela nous mène, mais je découvre que nous construisons chacun, à chaque instant, une réalité du moment qui nous est propre et parfaitement inaccessible à l'autre. Je trouve cette réalisation infiniment rassurante car elle laisse une belle place à l'individu dans la société même si c'est programmé pour garder le maximum d'hétérogénéité et résister à cette tendance d'uniformisation de la tribu, du clan, du pays, des politiques et autres gestionnaires du groupe.
    Il semble que l'accumulation de savoir nous permet de mesurer notre ignorance et accéder à une forme de sagesse qui suggère que le monde n'est "que" ce que nous en faisons. Nous le construisons de toutes pièces et rien n'a d'existence propre. Voilà qui ouvre des perspectives pour le moins intéressantes pour ceux qui envisagent ce décryptage.

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