• L’Hôpital Général (1535-1869) : l’ancêtre de l’Hospice Général à Genève

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    Le 22 août 1533, à la suite de révoltes populaires, le dernier Prince-Evêque de Genève[1], Pierre de la Baume de la Maison de Savoie, quitte Genève. Deux ans plus tard, la Réforme commence à Genève, provoquant le départ du personnel religieux catholiques en charge des divers hôpitaux de Genève. Ceci permet, le 14 novembre 1535[2], six semaines après l’abolition de la messe[3], un vote du Conseil Général, assemblée des Citoyens et des Bourgeois de Genève, en faveur de la fondation de l’Hôpital Général,[4] centralisant tous les hôpitaux préexistants en une seule entité[5]. On installe la nouvelle institution dans un bâtiment dont les habitantes, un ordre religieux catholique féminin nommée les Clarisses, vient de se réfugier à Annecy.

    La fonction attribuée à l’Hôpital Général est d’assister les orphelins, les veuves, les personnes âgées, les malades indigents, les pauvres et les réfugiés étrangers[6]. L’assistance est toujours conditionnée à une conduite vertueuse de la part du bénéficiaire et est, comme au Moyen-Âge, motivée par la notion de charité chrétienne[7] : ceux faisant acte de charité sont considérés comme œuvrant pour le salut de leur âme et comme des disciples fidèles des commandements du Christ[8]. A partir de 1550, les réfugiés étrangers sont si nombreux[9] que l’on crée des « bourses », c’est-à-dire des fonds spéciaux, pour financer leur prise en charge[10]. Les missions de l’Hôpital Général consistent à « soigner, nourrir, assister, éduquer » en se fondant sur les principes « d’ordre et de travail »[11]. Quatre procureurs sont à la tête de l’institution, qui est organisée en deux branches : l’assistance aux habitants de Genève et l’assistance aux étrangers de passage[12].

    Sous l’Ancien Régime, il n’y a pas de financement public pour les hôpitaux. Ces derniers vivent de leur patrimoine foncier, de fonds, de legs, de loteries et de l’ancêtre du Droit des pauvres[13]. Ainsi, pour assurer le financement de l’Hôpital Général, on procède à des collectes dans les églises, les temples, les rues de la ville, et des collecteurs font même du porte-à-porte. Les legs sont une seconde source de financement et les notaires ont une obligation légale à inciter leurs clients à la générosité en faveur de l’Hôpital[14]. Dès le XVIe siècle, on peut en outre considérer que l’Hôpital Général est un gros propriétaire immobilier[15]. A partir de 1712, la gestion et les revenus des glacières (entrepôts à glace récoltée durant l’hiver) reviennent à l’Hôpital Général[16]. Par ailleurs, au XVIIe siècle, les gens du spectacle, saltimbanques itinérants, funambules et montreurs d’animaux exotiques, doivent verser une partie de leurs recettes à l’Hôpital Général. Ceci deviendra une taxe sur le spectacle en 1886[17]. Enfin, l’Hôpital Général possède des vignes, des terres, des prés et des moulins[18]. Les sources de revenus de l’Hôpital sont donc assez diversifiées.

    Au XVIe siècle, on enferme les pauvres valides et on les met au travail forcé[19]. Cette idée de faire travailler les assistés est répandue en Europe. A Genève, on les fait travailler à la fabrication d’habits, au dévidage de la soie et à la passementerie (à la production textile)[20].  Au XVIIIe siècle, c’est l’internement de force des mendiants qui devient un phénomène européen. A Genève, des locaux d’internement des mendiants sont créés dès 1631. Ils servent aussi de maison de correction pour enfermer les délinquants et des prostituées[21]. L’Hôpital Général emploie cinq ou six « chasse-gueux », aussi appelés « chasse coquins », chargés de saisir et conduire de force les mendiants à l’Hôpital[22].

    La plupart des enfants à l’Hôpital ne sont pas des orphelins (bien qu’on les appelle ainsi), mais des enfants « donnés », c’est-à-dire des enfants illégitimes, confiés contre participation financière, ou abandonnés. Vers quatre ans, ils sont mis en pension à la campagne et à 16 ans on considère qu’ils sont aptes à subvenir à leurs besoins[23]. Avant 1849, les « orphelins » de l’Hôpital Général deviennent généralement des valets, et on les place dans des familles d’accueil ou dans des fermes[24]. Enfin, jusqu’en 1847, les assistés sont privés de droits politiques (s’ils en ont, ce qui est loin d’être la norme avant la révolution de 1841 et la constitution de 1842)[25].



    Adrien Faure

     

    [1] A partir de 1032, Genève est une Principauté du Saint-Empire Romain Germanique.

    [2] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, Hospice Général, Genève, 1985, p. XIII.

    [3] Ibidem, p. 21.

    [4] Ibidem, p. XIII.

    [5] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, Archives de l’Etat de Genève, Genève, novembre 1985, p. 3.

    [6] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. 21.

    [7] Manguin Bernard, 475 ans d’Hospice Général, Hospice Général, Genève, 2010, p. 10.

    [8] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit, p. XIII.

    [9] Du fait de la répression des protestants dans le Royaume de France.

    [10] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, op. cit., p. 4.

    [11] Ibidem, p. XIV.

    [12] Ibidem, p. 22.

    [13] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. XV.

    [14] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, op. cit., p. 5.

    [15] Ibidem, p. 9.

    [16] Ibidem, p. 8.

    [17] Ibidem, p. 7.

    [18] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. XV.

    [19] Ibidem, p. IX.

    [20] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, op. cit., p. 14.

    [21] Ibidem, p. 14.

    [22] Ibidem, p.10.

    [23] Ibidem, p. 16.

    [24] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. 393.

    [25] Manguin Bernard, 475 ans d’Hospice Général, op. cit., p. 10.

  • La prise en charge des pauvres à Genève au Moyen-Âge

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    En Occident chrétien, au Moyen-Âge, il existe des hospices d’accueil, appelés hôpitaux, accordant gratuitement l’hospitalité et le couvert aux pauvres, aux mendiants et aux pèlerins[1]. Malgré son nom, l’hôpital médiéval n’a pas avant tout une vocation thérapeutique, mais désigne un hospice d’accueil et de prise en charge plutôt qu’un lieu exclusivement dédié aux soins[2]. Dans l’esprit des contemporains, l’hôpital médiéval réalise l’idéal de charité formulé par l’Eglise, « la solidarité voulue par Dieu[3] », une fonction sanitaire, en prenant en charge les malades indigents, et un souci d’ordre, personne ne devant être à la rue. Il y a donc, au Moyen-Âge, un triptyque de motivations axiologiques face au phénomène de la pauvreté : charité, santé, ordre.

    A la fin du Moyen-Âge, Genève compte une dizaine d’hôpitaux. Le plus ancien établissement connu est l’hôpital de Notre-Dame du Pont, dont on peut faire remonter la trace jusqu’à 1269[4]. En 1458, il y a huit hôpitaux à Genève, une fondation philanthropique distribuant du secours à domicile et faisant office d’orphelinat, trois maisons à vocation médicale, deux léproseries et un établissement de soins pour les pestiférés. Il existe aussi un hôpital pour les « pauvres honteux », c’est-à-dire pour les pauvres qui étaient autrefois opulents mais ont depuis sombré dans la pauvreté[5]. Ces hôpitaux reçoivent des dons et des legs de fiefs, qui leur apportent ensuite des recettes régulières.

    Concernant les bénéficiaires, les autorités des hôpitaux veillent à ce que la charité aille d’abord aux Genevois et celui qui est né sous l’autorité d’un autre seigneur est considéré comme un étranger. Il peut toutefois éventuellement être admis dans un hôpital genevois, mais dans le cadre de règles strictes, la durée de son séjour devant notamment être particulièrement brève[6]. En 1458, les autorités religieuses en charge d’un des hôpitaux genevois adoptent un règlement prescrivant de prêter davantage attention au degré de dévotion de l’assisté, potentiel ou actuel, qu’à son degré de pauvreté, et davantage à son comportement et à son respect des bonnes mœurs[7]. Ce règlement va jusqu’à prescrire l’exclusion des pauvres aux mauvaises mœurs de l’assistance, ainsi que de ceux jugés pas assez pieux. Il n’est toutefois dans les faits pas strictement respecté[8], mais donne un bon aperçu du lien entre charité et piété dans l’esprit des contemporains. A noter qu’en 1528, du fait de menaces d’épidémie de peste, les pauvres étrangers sont mis en quarantaine et expulsés de la ville[9].

     

    Adrien Faure 

     

     

    [1] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, Archives de l’Etat de Genève, Genève, novembre 1985, p. 1.

    [2] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, Hospice Général, Genève, 1985, p. 1.

    [3] Ibidem, p. 2.

    [4] Ibidem, p. 3.

    [5] Ibidem, p. 6

    [6] Ibidem, p. 8.

    [7] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, op. cit., p. 2.

    [8] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. 10.

    [9] Ibidem, p. 19.

  • La vision de la pauvreté au sein du capitalisme naissant

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    Aujourd'hui, Philippe Berger nous introduit à un fragment de l'oeuvre de Karl Polanyi portant sur une thématique qui nous intéresse lui et moi : la pauvreté. Bonne lecture ! AF 

     

    Du passionnant chapitre « Paupérisme et utopie » de La Grande Transformation (1944) de Karl Polanyi (1886-1964) nous avons tiré quelques réflexions.

    L'auteur nous y rapporte comment dès la fin du 17e siècle la question de la pauvreté et du chômage au sens modernes du terme apparaissent sur la scène en Angleterre.

    La réponse principale à la pauvreté ayant été la suivante dans les siècles précédents : le riche puissant doit se montrer généreux et doux envers l'indigent et ne pas l'oppresser, mais sa condition est une donnée de base de l'existence ; il y a des riches et il y a des pauvres, c'est ainsi. Et s'il veut espérer survivre, il doit compter sur les solidarités de la famille, du village, et de la corporation dont il est éventuellement proche.

    La situation économique de la fin du 17e siècle marque en ce sens un tournant, avec l'instauration progressive de ce qu'il est convenu d'appeler un libre-marché, dont la base principale est la concurrence des producteurs au niveau entier du pays, et non plus la domination de telles corporations sur telles communes données. Évolution à vrai dire très progressive et faite de nombreux soubresauts.

    C'est autant sous l'effet de ce libre-marché dont le but avéré est de créer une plus grande prospérité, une plus grande liberté et une plus grande égalité, que sous l'effet de la disparition de la monarchie de droit divin (Glorieuse Révolution de 1688), que la question de la pauvreté connaît un tournant. Il ne s'agira plus dès lors de la rendre acceptable ou vivable, mais bien de réussir à la résoudre.

    Il y aura dans les différentes manières de vaincre la pauvreté un bon reflet de ce qu'est le libéralisme naissant : il croit à l'égalité, à la possibilité de l'égalité (élément positif), mais en faisant dans le même temps fi des rapports de pouvoir, précisément car il souhaite l'abolition des rapports de pouvoir absolu propre à l'ancien régime qu'il combat, et qu'il pense tantôt naïvement selon tels auteurs, tantôt à dessein selon d'autres, être les seuls existants (élément normatif).

    A ce titre l'apport que la gauche formulera bientôt à ce débat, avec sa fameuse distinction entre droits légaux et droits réels, a permis de faire réapparaître la question de ces rapports de pouvoir/de domination, en se faisant une idée plus précise de la réalité.

    Polanyi évoque bien le climat contradictoire qui préside à la naissance du capitalisme sous l'impulsion (?) ou conjointement au libéralisme économique et politique : parlant d'une étonnante alliance entre « l'harmonie et le conflit » (la concurrence), et précisant que « cette harmonieuse auto-régulation exigeait que l'individu respectât la loi économique, même si celle-ci venait à le détruire ». De là évidemment le fait que la classe qui a remplacé l’aristocratie au sommet de la pyramide sociale (la bourgeoisie)- le mérite d'être en haut n'étant plus évalué par le critère de la participation aux batailles ou aux Croisades mais par celui de l'argent et de la capacité à en faire-, cherchera bientôt tout naturellement à se garantir le contrôle de l’État, qui lui permettra précisément de se perpétuer en tant que classe dominante.

    La même chose se produisant d'ailleurs dans les démocraties dites populaires. Un livre du polonais Waclaw Machajski (1866-1926) paru en 18991 faisait à ce titre état de manière prémonitoire du fait que « le nouveau messianisme socialiste masquait une idéologie émanant d'intellectuels désabusés, et que la nouvelle société socialiste remplacerait simplement une classe dominante par une autre, qui poursuivrait tout naturellement l'exploitation des travailleurs à son compte 2».

     

    Revenons-en après ce détour aux théories qui expliquent et se proposent de résoudre la question de la pauvreté.

    Il est intéressant de constater tout d'abord que la plupart des données économiques- augmentation de la richesse pour tous- semblent contredire des économistes de l'époque, comme David Ricardo (1772-1823) ou James Mill (1773-1836), qui dressent un parallèle entre le progrès pourvoyeur de richesse et l'augmentation de la misère. Ils se basent en fait sur une impression et sur un sentiment général ainsi que sur « des tendances paradoxales qui ont prévalu pendant une période de transition nettement définie. » Le sentiment général qui l'emporte c'est celui qui voit l'individu possédant sa place attitrée dans sa commune (sa paroisse dirait-on en anglais) la perdre en devenant un ouvrier anonyme esseulé et sans destinée précise. Comme l'écrit magnifiquement Polanyi : « Ce fut sous l'autorité de ces lois [économiques] que la compassion fut ôtée des cœurs et qu'une détermination stoïque à renoncer à la solidarité humaine au nom du plus grand bonheur du plus grand nombre acquit la dignité d'une religion séculaire ».

    Signalons, avant de les nommer, qu'à côté de la volonté de résoudre la question de la pauvreté, des idées classiques sont encore très présentes dans la pensée de l'époque. Celle par exemple qui voudrait que la puissance d'une nation se mesure au nombre de ses habitants, ou que grâce aux pauvres/chômeurs employables à bon compte, les manufactures peuvent fleurir et le progrès économique général s'installer, ou encore que sans pauvres il y aurait moins de soldats et de marins disposés à s'engager pour partir dans des guerres de conquête3.

    A noter que l'on distingue encore assez mal à l'époque le statut du chômeur de celui du pauvre : ainsi de la loi qui s'adopte à peu près partout en Angleterre à partir du village de Speenhamland (1795), et qui vise à octroyer à tous, travailleurs ou non, un minimum vital4.

    Mesure à vrai dire relativement inefficace pour la plupart des penseurs de ce siècle qui veulent résoudre pauvreté et chômage, en ce que, pensent-ils, il ne motive aucunement les chômeurs à rechercher un travail5. L'on sait aujourd'hui en fait que la limite principale de ce système est qu'il suscite une baisse généralisée des plus bas salaires, les patrons profitant de l'intervention de la commune pour parfois réduire leur participation à presque rien6.

    Outre ce revenu de subsistance relativement inefficace, on assiste, dès le milieu du 17e siècle à un réel effort d'innovation pour comprendre et résoudre, principalement le chômage, mais aussi par ailleurs la situation des pauvres. Le quaker Thomas Lawson (1630-1691) constate par exemple en 1660 que le « chômage involontaire devait résulter de quelque défaut dans l'organisation du travail ». Sa proposition est dès lors de créer un véritable marché du travail, où l'offre et la demande pourraient se rencontrer comme pour d'autres biens de consommations. De là son idée des bourses d'échange du travail (ancêtres de nos offices de l'emploi).

    Les penseurs suivant vont se montrer plus ambitieux en suivant la même logique : le travail des chômeurs et des indigents doit pouvoir produire des profits si son organisation est bien pensée. Idée qui vaut aujourd'hui des attaques récurrentes contre l’État social, surtout, et c'est très paradoxal, dans les crises, au moment où il est le plus déficitaire et en même temps le plus utile.

    Ce qui divise ceux qui réfléchissent à l'époque à cette question, est surtout celle des récipiendaires de ces profits.

    Bentham (1748-1832), se propose ainsi de faire exploiter les chômeurs par une société par actions, le surplus devant revenir à ses actionnaires, alors qu'Owen (1771-1858) le socialiste veut le rendre aux chômeurs eux-mêmes, tandis que l'humanisme teinté de christianisme d'un John Bellers (1654-1725), se propose de l'utiliser pour venir en aide à des travailleurs nécessiteux7.

    Mais dans les trois cas, il y a cette idée que l'on peut d'une manière, en corrigeant l'organisation du travail, tirer une plus-value des chômeurs et des indigents.

    Ce qui fait dire à Polanyi que l'analyse du problème n'en est- au 17e et jusqu'au années '30 du 19e siècle- qu'à son état de chrysalide, étant donnée la convergence de penseurs qui donneront lieu plus tard à des courants économico-politiques si différents et divergents.

    A vrai dire à cette époque, « ni la richesse nouvelle ni la pauvreté nouvelle ne sont encore tout à fait compréhensibles » (celle de la Révolution industrielle naissante et du libre-marché balbutiant s'entend), ce qui peut expliquer qu'une théorie crédible puisse servir de point de référence aux autres. A ce titre la longue transition entre un 17e largement rural et mercantile et un 19e siècle industriel et financier constitue la deuxième phase de maturation de la compréhension de l'économie politique par l'homme. La première phase pouvant être rapportée au 16e siècle, lorsque l'on découvre que les Espagnols amassant des tonnes de métaux précieux des Amériques ne font en définitive que s'appauvrir (découverte de la relativité de la valeur de l'argent et du phénomène de l'inflation), se retrouvant dans la situation du Midas de la fable grecque8.

     

    L'on peut constater avec regret, qu'encore aujourd'hui nous n'en sommes qu'aux balbutiements d'une résolution de la pauvreté qui permettrait en même temps aux individus de préserver la solidarité collective et un sens de l'identité9 qui leur permette de s'épanouir. En ce sens, les observations de Marx et Engels (se basant sur des présupposés pseudo-scientifiques, mais humainement véridiques) sur l'Angleterre du 19e siècle, qui faisait sortir tant de gens de la pauvreté, mais les faisait perdre tout sens à leur existence propre, demeure encore aujourd'hui d'une actualité brûlante sur une bonne partie de la planète.


    Philippe Berger,
    Diplômé de la Faculté des Lettres de l'Université de Genève

     

     

    1 L'évolution de la social-démocratie

    2 Ainsi en parle Daniel Bell (1919-2011) dans le chapitre « Two Roads from Marx : The Themes of Alienation and Exploitation and Workers' Control in Socialist Thought » de son excellent ouvrage The End of Ideology (1960)

    3 C'est le cas du polymathe James Townsend (1739-1816).

    4 John Locke (1632-1704) proposant alors que les plus grands contribuables qui permettaient ce système puissent bénéficier à la même hauteur du travail gratuit des pauvres...sorte de révision moderne des corvées.

    5 Daniel Defoe évoquant très cyniquement en 1704, l'aiguillon de la faim, comme moteur principal de la recherche d'un travail. Avis qui fera école plus tardivement, chez Burke (1729-1797) par exemple.

    6 Ce qu'il se passe en somme aujourd'hui avec les subsides étatiques aux primes maladies : les assurances finissant par payer une part de plus en plus réduite d'un système dont elles sont censées être les piliers, et dont elle ne sont plus dès lors qu'un élément encombrant et superflus.

    7 Comme Lawson, Bellers est également quaker.

    8 Tous les siècles ne sont-ils pas des tournants de quelque façon que ce soit ? (si nous pensons qu'il ne se passe rien au 12e siècle, c'est soit que notre connaissance du temps est trop faible, soit que nous n'avons qu'un accès très partiel à cette connaissance.

    9 Une « identité pour » et non une « identité contre » bien évidemment.