• Pour le maintien de la session d’examens universitaires de fin mai – début juin

    Imprimer Pin it!


    Depuis lundi, l’enseignement universitaire se fait à distance. Le contenu des cours est transmis oralement sur Mediaserver ou par écrit sur Moodle, tandis que les séminaires se poursuivent oralement par le biais de Zoom ou par écrit sur Moodle. L’enseignement universitaire à distance fonctionne donc. Par conséquent, la session d’examens universitaires de fin mai – début juin devrait être maintenue pour ne pas faire perdre un semestre aux étudiants et ne pas nuire à la bonne continuité de leurs études.

    Si par malheur l’épidémie était encore à un stade trop virulent pour permettre le maintien de l’ensemble des modalités d’évaluation d’ici fin mai – début juin, le report de la totalité des examens pour l’ensemble des étudiants resterait toutefois clairement excessif. En effet, il serait alors néanmoins possible de maintenir les évaluations orales, celles-ci n’exigeant la rencontre en présence physique que de trois personnes en même temps (un étudiant, un enseignant et un juré). Ces évaluations orales pourraient éventuellement alternativement se faire par le biais de Zoom. Par ailleurs, des travaux écrits rédigés à la maison pourraient être envoyés pour évaluation par email aux enseignants. On peut penser par exemple aux étudiants en littérature qui peuvent être évalués sous la forme d’explications de texte ou de dissertations rédigées à la maison, aux étudiants de philosophie pouvant produire des essais à partir des revues académiques en ligne, aux étudiants en histoire qui peuvent rédiger des travaux sur la base de la littérature historique et des sources accessibles en ligne ou encore aux étudiants de sciences sociales qui peuvent produire des travaux empiriques quantitatifs sur la base de données agrégées d’ores et déjà collectées et de la littérature scientifique en ligne.

    Si certains examens devaient vraiment impérativement être reportés, alors il n’y aucune raison que cela touche l’ensemble du corps estudiantin. Les étudiants pouvant être évalués devraient pouvoir l’être.

    Adrien Faure

  • Le blog et ses lecteurs

    Imprimer Pin it!

    Il y a plusieurs années, la blogosphère de la Tribune nous avait enjoints de créer un compte Google Analytics pour enregistrer l’évolution statistique de nos lecteurs. Pour la première fois depuis, je suis allé voir ces statistiques qui se sont accumulées au fil du temps loin de mon regard. Il s’avère que, durant les quatre dernières années, 100'550 lecteurs sont venus visiter le blog, consultant en moyenne 2,45 pages. 46,22% d’entre eux se sont connectés depuis la France, 24,36% depuis la Suisse, 4,39% du Canada, 3,36% de Belgique, 2,37% du Maroc, 2,36% des Etats-Unis, 1,35% de Côte d’Ivoire, 0,93% du Sénégal, 0,93% d’Algérie et la liste continue ainsi.

    100'550 lecteurs sur quatre ans, nous donne une moyenne de 25'138 lecteurs par année, 2095 par mois et de 70 par jour. En vérité, entre 2016 et 2017 ils étaient 22'357, entre 2017 et 2018 23'540, entre 2018 et 2019 28'728 et entre 2019 et 2020 26'632. On peut donc supposer ici un effet cumulatif : plus il y a de pages sur le blog, plus le nombre de lecteurs croît. Pourquoi cela ? Parce que mes lecteurs ne reviennent pas beaucoup. 92,3% d’entre eux se sont connectés une seule fois sur le blog. Ce qui signifie probablement que le blog est essentiellement visité par des lecteurs effectuant une recherche sur un sujet donné et tombant sur le blog parce qu’il aborde justement le sujet de leur recherche. Ce qui fait sens compte tenu des sujets, surtout théoriques, qui sont les miens depuis plusieurs années.

    Comme j’ai tout de même envie d’aborder des questions davantage temporelles que spirituelles je vais supprimer le Carnet de notes, qui a perdu toute pertinence, et créer un blog entièrement dédié à des problématiques plus concrètes, plus locales et davantage d’actualité. Utopies concrètes gardera son rôle d’espace à présent entièrement théorique et abstrait et continuera de servir des lecteurs effectuant des recherches. Le troisième blog, qui regroupe majoritairement des carnets de voyage et des poèmes, poursuivra sa vie avec probablement l’ajout de quelques écrits fictionnels.

    Adrien Faure

  • Féminismes

    Imprimer Pin it!


    Quand j’étais en Master de science politique, j’ai eu l’occasion de suivre des introductions aux théories féministes à Genève et à Toronto. N’ayant plus creusé la question depuis, je me suis dit qu’il était temps de consulter pour de bon la littérature (théorique) féministe, ce qui m’a aussi amené à écouter un certain nombre d’interventions publiques, de conférences et de podcasts notamment, s’inscrivant dans cette perspective. Dans les lignes qui suivent, je vous restituerai quelques éléments qui m’ont surpris ou intéressé.

    La première chose qui m’a passablement surpris est la grande diversité des féminismes. Quand on a fréquenté pendant un certain nombre d’années les départements universitaires des Humanités, on a tendance à croire que le féminisme se réduit uniquement au féminisme intersectionnel (celui qui appelle à la prise en compte de toutes les oppressions et de tous les privilèges dans une perspective d’intersectionnalité des luttes). Or, Barbara Polla note dans son livre Le nouveau féminisme : combats et rêves de l’ère post-Weinstein (2019) l’existence d’autres courants tels que : le féminisme différencialiste, le féminisme pro-sexe (ou pro-désir), le féminisme universaliste, le féminisme pro-choix (autonormiste), l’éco-féminisme, le féminisme pop, le féminisme entrepreneurial et le féminisme évolutionniste (l’évoféminisme). On pourrait bien sûr ajouter à ces différentes catégories le féminisme libéral (cf. par exemple l’interview de Cathy Reisenwitz). Concernant à la perspective féministe évolutionniste, j’ai lu avec intérêt la prose de la philosophe des sciences Peggy Sastre.

    Le second élément notable est que cette diversité d’approches a comme pendant un grand nombre de clivages : ces divers courants ne coexistent pas forcément toujours pacifiquement. Cette diversité dans la conflictualité n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve au sein du libéralisme et du socialisme et c’est probablement le destin de toute doctrine d’importance que de donner naissance à une multitude d’interprétations différentes. Le dernier exemple en date qui m’a marqué est la publication du dernier livre de Caroline Fourest, Génération offensée : de la police de la culture à la police de la pensée (2020), qui donne notamment lieu à une opposition entre son féminisme universaliste et le féminisme intersectionnel (du moins c’est ainsi que je le comprends). Pour autant, le féminisme intersectionnel est-il le courant dominant au sein des féminismes ? L’est-il au sein des mouvements féministes militants ? Ou encore au sein de la sphère académique de gauche ? Sur la base du sondage de la Tribune de Genève, on peut en tout cas douter qu’il le soit au sein des individus se revendiquant féministes. A ce propos, on notera qu’un nombre indéterminé de figures féministes considèrent qu’un homme ne peut pas être féministe ; il peut toutefois être pro-féministe.

    Dans mes lectures, j’ai lu le fameux King Kong Théorie (2006) de Virginie Despentes. Ce livre m’a étonné car je m’attendais à un discours encore plus violent et j’ai découvert que j’étais en accord avec l’auteure sur certaines questions. Donc si vous ne l’avez pas lu, vous pourriez être surpris. Cela n’empêche pas que Despentes dit parfois des choses pour le moins douteuses, comme lorsqu’elle affirme que les femmes devraient toutes être lesbiennes tant la fréquentation des hommes serait insupportable (cf. son interview en libre accès par Victoire Tuaillon). A contrario, je peine pour le moment à lire Judith Butler, dont la lisibilité est difficile, problème qu’elle aborde elle-même dans l’édition de 1999 de Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité. Mais encore, j’écoute avec curiosité les nombreuses interventions de Maïa Mazaurette et recommande au lecteur les travaux très empiriques de sociologie de la séduction contemporaine de Marie Bergström Les nouvelles lois de l’amour (2019), ainsi que le stimulant podcast de Victoire Tuaillon, Les couilles sur la table, qui déconstruit les normes contemporaines des masculinités (j’en ai écouté plusieurs heures). Par ailleurs, j’ai été surpris de découvrir que le concept de « masculinité toxique » est rejeté comme non scientifique par les études de genre (cf. cet interview d’Eric Fassin). Enfin, je suis tombé sur un courant tout à fait particulier au sein des féminismes, le street smart Amazon feminism, défendu par Camille Paglia, que je n’ai pas encore eu le temps de véritablement explorer mais dont le nom soulève une légitime curiosité.

    En espérant que ce petit aperçu vous aura intéressé ou inspiré dans vos propres lectures et écoutes, je suis preneur de vos éventuelles recommandations.

    Adrien Faure