Féminismes

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Quand j’étais en Master de science politique, j’ai eu l’occasion de suivre des introductions aux théories féministes à Genève et à Toronto. N’ayant plus creusé la question depuis, je me suis dit qu’il était temps de consulter pour de bon la littérature (théorique) féministe, ce qui m’a aussi amené à écouter un certain nombre d’interventions publiques, de conférences et de podcasts notamment, s’inscrivant dans cette perspective. Dans les lignes qui suivent, je vous restituerai quelques éléments qui m’ont surpris ou intéressé.

La première chose qui m’a passablement surpris est la grande diversité des féminismes. Quand on a fréquenté pendant un certain nombre d’années les départements universitaires des Humanités, on a tendance à croire que le féminisme se réduit uniquement au féminisme intersectionnel (celui qui appelle à la prise en compte de toutes les oppressions et de tous les privilèges dans une perspective d’intersectionnalité des luttes). Or, Barbara Polla note dans son livre Le nouveau féminisme : combats et rêves de l’ère post-Weinstein (2019) l’existence d’autres courants tels que : le féminisme différencialiste, le féminisme pro-sexe (ou pro-désir), le féminisme universaliste, le féminisme pro-choix (autonormiste), l’éco-féminisme, le féminisme pop, le féminisme entrepreneurial et le féminisme évolutionniste (l’évoféminisme). On pourrait bien sûr ajouter à ces différentes catégories le féminisme libéral (cf. par exemple l’interview de Cathy Reisenwitz). Concernant à la perspective féministe évolutionniste, j’ai lu avec intérêt la prose de la philosophe des sciences Peggy Sastre.

Le second élément notable est que cette diversité d’approches a comme pendant un grand nombre de clivages : ces divers courants ne coexistent pas forcément toujours pacifiquement. Cette diversité dans la conflictualité n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve au sein du libéralisme et du socialisme et c’est probablement le destin de toute doctrine d’importance que de donner naissance à une multitude d’interprétations différentes. Le dernier exemple en date qui m’a marqué est la publication du dernier livre de Caroline Fourest, Génération offensée : de la police de la culture à la police de la pensée (2020), qui donne notamment lieu à une opposition entre son féminisme universaliste et le féminisme intersectionnel (du moins c’est ainsi que je le comprends). Pour autant, le féminisme intersectionnel est-il le courant dominant au sein des féminismes ? L’est-il au sein des mouvements féministes militants ? Ou encore au sein de la sphère académique de gauche ? Sur la base du sondage de la Tribune de Genève, on peut en tout cas douter qu’il le soit au sein des individus se revendiquant féministes. A ce propos, on notera qu’un nombre indéterminé de figures féministes considèrent qu’un homme ne peut pas être féministe ; il peut toutefois être pro-féministe.

Dans mes lectures, j’ai lu le fameux King Kong Théorie (2006) de Virginie Despentes. Ce livre m’a étonné car je m’attendais à un discours encore plus violent et j’ai découvert que j’étais en accord avec l’auteure sur certaines questions. Donc si vous ne l’avez pas lu, vous pourriez être surpris. Cela n’empêche pas que Despentes dit parfois des choses pour le moins douteuses, comme lorsqu’elle affirme que les femmes devraient toutes être lesbiennes tant la fréquentation des hommes serait insupportable (cf. son interview en libre accès par Victoire Tuaillon). A contrario, je peine pour le moment à lire Judith Butler, dont la lisibilité est difficile, problème qu’elle aborde elle-même dans l’édition de 1999 de Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité. Mais encore, j’écoute avec curiosité les nombreuses interventions de Maïa Mazaurette et recommande au lecteur les travaux très empiriques de sociologie de la séduction contemporaine de Marie Bergström Les nouvelles lois de l’amour (2019), ainsi que le stimulant podcast de Victoire Tuaillon, Les couilles sur la table, qui déconstruit les normes contemporaines des masculinités (j’en ai écouté plusieurs heures). Par ailleurs, j’ai été surpris de découvrir que le concept de « masculinité toxique » est rejeté comme non scientifique par les études de genre (cf. cet interview d’Eric Fassin). Enfin, je suis tombé sur un courant tout à fait particulier au sein des féminismes, le street smart Amazon feminism, défendu par Camille Paglia, que je n’ai pas encore eu le temps de véritablement explorer mais dont le nom soulève une légitime curiosité.

En espérant que ce petit aperçu vous aura intéressé ou inspiré dans vos propres lectures et écoutes, je suis preneur de vos éventuelles recommandations.

Adrien Faure

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