Mythomanie politique

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« Depuis la Révolution française une moitié de l'Europe s'intitule la gauche et l'autre moitié a reçu l'appellation de droite. Il est pratiquement impossible de définir l'une ou l'autre de ces notions par des principes théoriques quelconques sur lesquels elles s'appuieraient. Ça n'a rien de surprenant : les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes rationnelles mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes dont l'ensemble constituent tel ou tel kitsch politique. » Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, 1984.

Kundera aurait sans doute pu terminer sa tirade en remplaçant kitsch politique par mythe politique. Le mythe est en effet au cœur des passions politiques. A droite de l’arène, on trouve le mythe du Grand Remplacement, tantôt brutalement affirmé et redouté, tantôt inconsciemment présent derrière bien des élancées plus ou moins ouvertement opposées à l’immigration. Ce mythe se diffuse par le biais de soi-disant médias alternatifs et de partis politiques et se décline sous des formes variables comme « l’identité nationale menacée », « l’islamisation rampante » ou encore « une natalité supérieure à la nôtre » ; voire prend la forme d’affirmations contradictoires telle la fameuse « ils prennent notre travail » simultanément scandée avec la non moins fameuse « ils touchent nos allocations chômage ».

A gauche de l’amphithéâtre, on a longtemps convolé avec le mythe d’un Grand Soir, celui d’une révolution, ou, moins ambitieux, d’une grève générale massive provoquant la chute du régime, avant de se rabattre sur le mythe amoindri d’une grande victoire électorale suivie de réformes décisives « changeant la vie ». Ces variations mythiques s’appuyaient sur un sujet émancipateur idéalisé, le prolétaire, l’ouvrier, et un sujet oppresseur diabolisé, le bourgeois. Quand l’ouvrier vint à manquer en terre d’Occident et qu’on ne sut plus très bien qui était bourgeois et qui ne l’était pas (sauf à dire que le bourgeois c’est l’autre et que l’autre ce n’est pas moi), il fallut alors aux intellectuels de gauche un nouveau sujet et un nouvel oppresseur (Grande Marche oblige). A force d’empiler fortes paperasseries dans des départements et des colloques généreusement financés par le contribuable, on parvint à identifier l’Oppresseur Ultime, l’homme blanc cisgenre hétérosexuel (à qui il suffirait d’exister pour opprimer), et l’Emancipateur Ultime, le non homme, non blanc, non cisgenre, non hétérosexuel (à qui il suffirait d’exister pour émanciper).

Et au centre me direz-vous ? Le principal mythe du centre c’est que le centre n’a pas de mythe. Or, le centre règne et prospère sur toute une mythologie. Les mythes du centre sont en effet ceux qui sous-tendent la stabilité sociale. Certains sont peu controversés, comme le mythe de l’Etat (qui n’existe que dans la tête des gens) ou le mythe de la monnaie (qui n’a de valeur que tant que les gens lui en reconnaissent). D’autres le sont davantage, comme le mythe de l’endettement public éternel et du déficit permanent, soutenus par celui de la Sainte Banque Centrale dotée des pouvoirs sacrés d’injection monétaire (Quantitative Easing en langage médiatique contemporain) et de baisse des taux directeurs.

Le mythe politique est donc tout à la fois nécessaire (à la stabilité sociale), inévitable (c’est un fait de nature) et périlleux (aux extrêmes il menace la stabilité sociale).


Adrien Faure


« La métaphysique matérialiste des marxistes interprète ces choses de façon totalement fausse. Les ’’forces productives’’ ne sont pas matérielles. La production est un phénomène spirituel, intellectuel et idéologique. C'est la méthode que l'homme, conduit par la raison, emploie pour écarter au mieux ce qui le gêne. Ce qui distingue notre situation de celle de nos ancêtres qui vivaient mille ou vingt mille ans avant nous n'est pas quelque chose de matériel, mais quelque chose de spirituel. Les changements matériels sont la conséquence des changements spirituels. » Ludwig von Mises, L’action humaine, 1966

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