La situation des diplômés sur le marché du travail (13/11/2020)


Un diplôme universitaire représente-il encore une porte d’accès à un emploi de qualité bien rémunéré ? Représente-il seulement une porte d’accès à un emploi tout court ? La fameuse corrélation entre le niveau d’étude et le revenu tient-elle toujours ? Ces questions empiriques (factuelles) demandent des réponses empiriques. Avant la pandémie mondiale, en 2018, on sait qu’il y avait 11.8 % de demandeurs d’emploi à Genève, dont un tiers environ étaient considérés comme des chômeurs puisque c’était ce tiers de demandeurs d’emploi qui était inscrit à l’office du chômage du canton. Concernant le pourcentage d’entre eux qui était des diplômés universitaires, je n’ai pas trouvé l’information. Cependant, on sait qu’entre 2018 et 2020, en Suisse, un quart des chômeurs de longue durée étaient des diplômés d'une formation tertiaire (universités et hautes écoles). On sait aussi qu’un après la fin de leur Master, 9.6 % des diplômés de l’Université de Genève étaient au chômage (c’est-à-dire inscrits à l’office du chômage). Quel pourcentage d’entre eux était demandeurs d’emploi ? On ne sait pas.

A cela, il faut ajouter que tous les diplômes ne sont évidemment pas égaux devant le marché du travail. Grâce à leur numerus clausus (sélection d’un nombre fixe d’étudiants à la fin de la première année d’étude), la médecine et la formation pour devenir enseignant du primaire permettent une insertion professionnelle automatique. Droit et science économique semblent encore permettre une insertion professionnelle assez rapide, même si, concernant le droit, les temps d’attente pour trouver un stage (condition pour devenir avocat) puis s’insérer dans un premier emploi se sont allongés (du fait de l’accroissement du nombre de postulants plutôt que du fait d’une restriction de l’offre en stages et en emplois). Grâce à la pénurie de postulants, l’allemand permet toujours d’accéder à une carrière potentielle dans l’enseignement. Les mathématiques, grâce à de solides débouchés (finance, assurances et enseignement) ne souffrent pas non plus. Enfin, les sciences humaines, les lettres et les arts font face à une situation d’engorgement du marché du travail et à une concurrence internationale pour leurs débouchés possibles (organisations internationales et organisations non gouvernementales notamment). Cet engorgement n’est pas toujours visible dans les données officielles (pour les raisons que nous allons voir) et n’a pas reçu, pour le moment, de réponse politique. Une surproduction de diplômés représente pourtant un coût pour le public et peut avoir des effets déstabilisateurs politiquement et socialement.

Que deviennent les diplômés qui ne s’insèrent pas immédiatement sur le marché de l’emploi (que ce soit en trouvant un emploi ou en créant leur emploi par l’(auto-)entreprenariat) ? D’abord, ils pointent au chômage où, après 6 mois, ils toucheront 4 mois de revenu. S’ils ont travaillé en parallèle de leurs études, ils pourront toutefois s’inscrire au chômage comme n’importe quel travailleur. Après un certain temps, par exemple 10 mois s’ils n’ont pas travaillé en parallèle de leurs études, ils disparaîtront de la statistique de l’office du chômage. Que deviennent-ils ? Les plus jeunes seront peut-être entretenus par leurs parents ou par leurs conjoints. Les plus prévoyants ou les plus riches vivront de leur épargne tant qu’ils en auront. D’autres iront pointer à l’Hospice Général, rentrant dans la statistique des personnes à l’assistance sociale et non dans celle des demandeurs d’emploi. Certains choisiront la voie de l’émigration et quitteront la Suisse pour des terres plus vertes. Certains se lanceront dans une nouvelle formation, peut-être plus professionnalisante (recommençant un cycle). Enfin, certains sombreront dans la marginalité (criminalité, emprisonnement, vagabondage et extrémisme politique organisé).

Mais il ne faut pas s’arrêter à ces considérations, car il manque encore un aspect de la question : la sur-qualification. Un certain nombre des diplômés s’inséreront bel et bien, mais ce sera dans des emplois où ils seront sur-qualifiés. Parmi ces employés sur-qualifiés, un partie d’entre eux s’épanouira ou, du moins, sera satisfaite de sa situation. Grande crainte de bon nombre d’employeurs, une partie d’entre eux restera insatisfaite de cette situation. Ce qui peut représenter, ou non, un problème, en fonction de la forme que prendra l’expression de cette insatisfaction au niveau micro et macro (agrégé).

Ce ne sont là que quelques réflexions sur la situation des diplômés sur le marché du travail dans une période qui est difficile pour tout le monde. Elle demanderait, bien sûr, à être mise en perspective par rapport à d'autres situations. 

Adrien Faure

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