La prise en charge des pauvres à Genève au Moyen-Âge (16/04/2020)


En Occident chrétien, au Moyen-Âge, il existe des hospices d’accueil, appelés hôpitaux, accordant gratuitement l’hospitalité et le couvert aux pauvres, aux mendiants et aux pèlerins[1]. Malgré son nom, l’hôpital médiéval n’a pas avant tout une vocation thérapeutique, mais désigne un hospice d’accueil et de prise en charge plutôt qu’un lieu exclusivement dédié aux soins[2]. Dans l’esprit des contemporains, l’hôpital médiéval réalise l’idéal de charité formulé par l’Eglise, « la solidarité voulue par Dieu[3] », une fonction sanitaire, en prenant en charge les malades indigents, et un souci d’ordre, personne ne devant être à la rue. Il y a donc, au Moyen-Âge, un triptyque de motivations axiologiques face au phénomène de la pauvreté : charité, santé, ordre.

A la fin du Moyen-Âge, Genève compte une dizaine d’hôpitaux. Le plus ancien établissement connu est l’hôpital de Notre-Dame du Pont, dont on peut faire remonter la trace jusqu’à 1269[4]. En 1458, il y a huit hôpitaux à Genève, une fondation philanthropique distribuant du secours à domicile et faisant office d’orphelinat, trois maisons à vocation médicale, deux léproseries et un établissement de soins pour les pestiférés. Il existe aussi un hôpital pour les « pauvres honteux », c’est-à-dire pour les pauvres qui étaient autrefois opulents mais ont depuis sombré dans la pauvreté[5]. Ces hôpitaux reçoivent des dons et des legs de fiefs, qui leur apportent ensuite des recettes régulières.

Concernant les bénéficiaires, les autorités des hôpitaux veillent à ce que la charité aille d’abord aux Genevois et celui qui est né sous l’autorité d’un autre seigneur est considéré comme un étranger. Il peut toutefois éventuellement être admis dans un hôpital genevois, mais dans le cadre de règles strictes, la durée de son séjour devant notamment être particulièrement brève[6]. En 1458, les autorités religieuses en charge d’un des hôpitaux genevois adoptent un règlement prescrivant de prêter davantage attention au degré de dévotion de l’assisté, potentiel ou actuel, qu’à son degré de pauvreté, et davantage à son comportement et à son respect des bonnes mœurs[7]. Ce règlement va jusqu’à prescrire l’exclusion des pauvres aux mauvaises mœurs de l’assistance, ainsi que de ceux jugés pas assez pieux. Il n’est toutefois dans les faits pas strictement respecté[8], mais donne un bon aperçu du lien entre charité et piété dans l’esprit des contemporains. A noter qu’en 1528, du fait de menaces d’épidémie de peste, les pauvres étrangers sont mis en quarantaine et expulsés de la ville[9].

 

Adrien Faure 

 

 

[1] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, Archives de l’Etat de Genève, Genève, novembre 1985, p. 1.

[2] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, Hospice Général, Genève, 1985, p. 1.

[3] Ibidem, p. 2.

[4] Ibidem, p. 3.

[5] Ibidem, p. 6

[6] Ibidem, p. 8.

[7] Roth-Lochner Barbara, 700 ans d’assistance à Genève : des hôpitaux médiévaux à l’Hospice Général, op. cit., p. 2.

[8] Lescaze Bernard, Sauver l’âme, nourrir le corps, op. cit., p. 10.

[9] Ibidem, p. 19.

17:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg