Du socialisme castoriadien (22/12/2013)



Le raisonnement suivant est celui qui m'a permis d'arriver à une définition que je trouve valable du socialisme. Il part de la philosophie politique socialiste de Cornelius Castoriadis, mais va au-delà des intuitions du penseur je crois (je n'en suis pas sûr parce que je n'ai lu, loin de là même, tout ce qu'il a écrit sur le sujet).

1. Qu'est ce que l'idéal de Castoriadis ?

Castoriadis définit d'abord son idéal comme étant le socialisme. Il ne me semble pas qu'il emploie le mot « communisme », car ce mot fait alors référence à l'URSS (et pour beaucoup de gens c'est malheureusement toujours le cas).
Mais dans un deuxième temps, Castoriadis trouve plus pertinent d'employer le mot « gestion directe de la production par les ouvriers » ou « gestion ouvrière » pour désigner son idéal. Le but est alors de se distancier des trotskistes qui ne font pas toujours (à l'époque) de différence entre étatisation des moyens de production et socialisme.
Avec l'évolution culturelle des années 60, Castoriadis établit une équivalence (assez évidente certes) entre « autogestion » et « gestion directe de la production par les ouvriers ». En fait, il s'agit non pas d'une équivalence, mais d'un retour à la source d'une implication, car l'autogestion c'est la gestion directe ouvrière généralisée à tous les individus et à tous les secteurs de la vie. On retrouve ici ma définition du socialisme comme étant la gestion du monde par ses usagers (ce qui est logique puisqu'elle découle de ma compréhension de Castoriadis).
Mais Castoriadis va plus loin et établit que l'autogestion n'est rien d'autre que la démocratie la plus radicale et la plus directe possible.

« Qu'est ce qu'une société autonome ? 
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ». 
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer. 
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »


Plus tard, lorsqu'il est très âgé, il affirme qu'il a toujours parlé et lutté pour le même idéal. Ainsi, le socialisme équivaut à la gestion directe ouvrière, qui équivaut à l'autogestion, qui équivaut à la démocratie.
Selon lui, derrière ces différentes manière de désigner son idéal réside un même projet de société, qu'il nomme « projet d'autonomie » ou « projet de liberté ».

2. L'idéal de Castoriadis par rapport l'histoire

« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »

Castoriadis affirme, comme on peut le voir, que le projet de liberté commence avant Marx, avec le mouvement ouvrier lui-même.
Mais il va aller encore plus loin en affirmant que le projet de liberté commence en fait avec l'invention de la démocratie athénienne, se développe, atteint son apogée sous Périclès, puis sombre. Après un millénaire d'oppression, il renaît avec la Révolution française, puis est porté par le mouvement ouvrier. Enfin, il est successivement porté par le mouvement des femmes (le mouvement féministe), le mouvement des jeunes (le mouvement étudiant notamment), et le mouvement écologiste.

« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. » 


Tout cela me semble très juste et très cohérent. Mais pourquoi devrions-nous nous arrêter là ?
Pourquoi les formes primitives de démocratie pré-antiques ne seraient-elles pas elles-aussi des prémisses au projet de liberté ?

3. Le socialisme/le projet de liberté est universel

Nous avons un projet de société, le projet de liberté, que l'on retrouve dans l'Antiquité, puis à l'époque moderne, et enfin tout le long de l'époque contemporaine avec différents mouvements sociaux.
Je pense qu'il n'y a qu'une manière d'expliquer cela, c'est ce que le socialisme/le projet de liberté est universellement valable, soit valable pour tous les individus, en tous temps, et en tous lieux. Les exemples de Castoriadis ne sont donc que des illustrations de certains moments où le projet de liberté/le socialisme a été réalisé.

4. Qu'est ce que le socialisme ?

Ce projet de société qu'est le socialisme/le projet de liberté semble être un projet collectif, un but à réaliser, une expérimentation collective.
Pourtant, le mouvement ouvrier (pour reprendre l'exemple de Castoriadis) est d'abord et avant tout un mouvement composé d'individus se battant pour un idéal.
Ces individus qui veulent réaliser le socialisme sont appelés « socialistes » parce qu'ils veulent vivre dans une société différente (socialiste).
Donc eux-mêmes sont porteurs de quelque chose : une adhésion aux valeurs de cette société différente. Cette adhésion à ces valeurs signifie que le socialisme est d'abord ça : une adhésion individuelle à des valeurs portant le projet de liberté.
Mais si j'adhère aux valeurs socialistes dans le but de réaliser un projet de société, alors je suis moi-même respectueux de ces valeurs socialistes (de liberté).
Donc le socialisme c'est aussi et d'abord des valeurs impliquant un comportement impliquant une action individuelle. Donc le socialisme est d'abord une éthique individuelle.
Vécue en groupe elle donne des expérimentations collectives (coopératives autogérées, municipalités rouges, jardins collectifs, etc.)
Politiquement elle donne le projet de société socialiste.

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