18/08/2012

Le marxisme au XXIème siècle

A l'attention des marxologues : il s'agit ici de l'entame d'une réflexion, sans prétention d'aucune sorte d'exhaustivité.

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Le marxisme est la grande philosophie politique (englobant tous les champs de l'activité humaine) qui a marqué ces deux derniers siècles.
Bien entendu, sa puissance continue de rayonner jusqu'à notre époque contemporaine, alors que les errements du capitalisme ont boosté les ventes du Capital, et que la gauche européenne cherche à se réinventer.

A travers ces quelques lignes, je souhaite simplement revenir sur quelques éléments de l'analyse marxiste (ou néo-marxiste), afin de tenter de les actualiser à ma façon.

A noter que je ne prétends nullement être marxiste (il est d'ailleurs très clair que je suis bien trop étatiste et modéré pour être qualifié comme tel), même si j'adhère à bon nombre de concepts marxistes.

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Tout d'abord, que reste-il de nos jours de l'analyse en termes de classes sociales ?
La société west-européenne est-elle encore composée de classes ?

Selon moi, on peut affirmer que les classes sociales existent toujours bel et bien, mais qu'elles existent surtout objectivement, et bien moins subjectivement.

Ainsi, si la division du travail est un fait avéré (la classe en soi), son développement à notre époque a pris des proportions si immenses (ultra-spécialisation de chaque corps disciplinaire) que l'affaiblissement de la culture de classe (la classe pour soi) a réduit passablement la conscience de classe.
Cet argument économique est de plus renforcé par un argument culturel avec la montée de l'individualisme dans nos sociétés européennes.
Les membres d'une classe sociale ne sont donc plus forcément conscient de leur appartenance, même si l'existence de la classe est une réalité sociale et économique, sans qu'on puisse découper avec facilité et nominalement des classes clairement homogènes.

On notera que la presse et les sciences sociales (sauf les adeptes de l'individualisme méthodologiques) utilisent volontiers le concept de classe sociale.

C'est en réfléchissant à la lutte des classes qu'on comprend l'évolution de l'opposition entre classes sociales.
Ainsi, les classes les plus précaires aujourd'hui en Europe de l'ouest vivent très majoritairement dans une pauvreté relative, et rarement dans une pauvreté absolue.
De même, la frange de la classe moyenne supérieure vit certainement aussi bien que la grande bourgeoisie de l'époque de Marx.
Quant à la classe des plus aisés, on trouve dans ses membres une couche supérieure d'ultra-riches qui possèdent des fortunes si immenses qu'elles équivalent à l'addition de plusieurs populations entières de pays pauvres (les 3 personnes les plus riches au monde ont un revenu annuel équivalent à celui des 150 millions les plus pauvres).

L'inégalité du mode de production capitaliste est donc bien moins ressentie dans les pays européens, puisque la lutte des classes a pris un caractère mondialisé et que ce sont les plus pauvres qui sont les premiers à être exploités pour que les pauvres des pays où vivent les plus riches puissent vivre dans de meilleures conditions (bien évidemment ceci n'est pas du tout une fatalité, mais une conséquence logique de l'organisation capitaliste du travail).

Néanmoins, dans les faits, il y a bel et bien une classe dominante qui possède la majeure partie des capitaux (puisque 0,2% de la population mondiale possède 50% de l'ensemble des capitaux côtés en bourse), ce qui correspond à une terrifiante accumulation du capital dans quelques mains.
L'illusion est donc de croire que parce qu'il y a une foultitude de petits, moyens, et minuscules actionnaires, cela signifierait que nous sommes tous devenus des capitalistes, alors que dans les faits, le capital est majoritairement dans les mains des (grands) capitalistes qui se rient de cette illusion de propriété, travestie sous la forme de micro-dividendes.

Du moment qu'on a établi (par une simple constatation statistique) l'existence de la classe dominante, il coule de source qu'il y a par conséquent un certain nombre de classes dominées.

Mais comment démontrer le phénomène de domination des classes dominantes sur les classes dominées, autrement qu'en constatant l'accumulation du capital que ce mode de production et d'organisation induit ?

Premièrement, en observant que l'existence même du salariat est fondée sur un rapport de domination.
Le travailleur n'est jamais libre de choisir son travail, et ses condition de travail, mais il est contraint au travail par la nécessité de vivre (l’État providence assure certes généralement potentiellement de manière à peu près adéquate la survie physique, mais pas la survie psychologique qui comprend des dépenses liées à l'acceptation sociale et culturelle) à se vendre. La liberté contractuelle du travailleur est donc une liberté formelle, et non réelle.

Deuxièmement, le travailleur est dominé (et même aliéné) par l'expropriation de la valeur de sa force (manuelle ou intellectuelle) par le manager et le capitaliste (ou le patron/l'entrepreneur lorsqu'il s'agit d'une petite entreprise).
La rente managériale/patronale correspond au prélèvement effectué sur le dos du travailleur par le manager/patron.
Ce phénomène est encore plus clair avec la rente actionnariale (le prix de l'oisiveté), qui correspond très clairement à un prélèvement de la valeur du travail du travailleur.

Troisièmement, la domination des classes dominantes s'effectuent par le biais de la théorie du reflet de l'économique sur le politique : ainsi les rapports de force de la superstructure (lutte idéologique, politique) sont le reflet des rapports de force de l’infrastructure (la lutte économique).
Plus simplement, le pouvoir des classes dominantes se fait sentir à travers les organes défendant leurs intérêts (les partis de droite notamment), ces derniers disposant en effet des capitaux économiques, sociaux, culturels, et symboliques, des classes qu'ils défendent.
Cette domination des classes dominantes sur la superstructure correspond à la théorie gramscienne de l'hégémonie idéologique, que Marx traduit par son concept d'aliénation idéologique des masses.

Voilà en ce qui concerne les bases théoriques du processus de domination des classes dominées par les classes dominantes.

Un autre élément intéressant que l'on peut actualiser du marxisme, réside dans la concentration du capital.
Marx pensait que la concentration du capital était le résultat inéluctable du jeu de la concurrence entre capitalistes (les plus gros mangeant les plus petits, et la réduction des coûts de production par des économies d'échelle étant avantageuse).
Et aujourd'hui, on peut constater qu'effectivement les multinationales représente un stade très élevé et très prononcé de concentration du capital.
Cette concentration est même si importante que certaines multinationales gèrent des fortunes et des populations (salariées) plus importantes que plusieurs pays.

Enfin, un dernier point que j'aimerais abordé dans la présente note, consiste en la théorie du matérialisme historique selon laquelle l'antagonisme de classe, moteur de l'Histoire, devait amener logiquement l'avènement du socialisme, puis du communisme, stade suprême de l'évolution humaine.

Marx s'est-il trompé ?

Après tout, les classes dominantes, craignant leur renversement par une révolution socialiste, ont fini par lâcher du lest et ont permis la construction de l’État providence.

En réalité, l’État providence a eu une fonction importante pour les classes dominantes : mettre fin aux crises de suproduction.
Ainsi, en redistribuant quelque peu les richesses aux classes dominées alors en sous consommation, les classes dominantes s'assuraient des débouchés nombreux parmi les masses (c'est l'avènement de la société de consommation).

Mais à la longue, l’État providence a commencé à coûter fort cher, et les classes dominantes n'avaient pas très envie de payer davantage pour l'entretenir, et c'est pourquoi elles ont préféré que les Etats s'endettent, tout en essayant de diminuer la taille de l’État social (c'est l'invention du néo-libéralisme).

De nos jours, cette dette a explosé en crise de la dette, et les classes dominantes ont décidé de reprendre la main en formant des gouvernements d'union nationale (des pantins technocrates) ayant comme seul mot d'ordre : austérité.

Avec l'austérité, l’État providence commence à diminuer, et avec sa diminution croît la paupérisation.
Cette paupérisation recrée les anciennes consciences de classe, et de ces anciennes consciences de classe renaissent les esprits révolutionnaires.

Et les esprits révolutionnaires se remettent à penser à la prophétie de Marx.
Et la révolution socialiste reprend forme.

« Un spectre hante le monde. C'est le spectre du monde dans lequel nous voulons vivre, le spectre d'une société possible à laquelle nous voulons participer. »
Luis Sepulveda

« L'être humain n'est jamais libre lorsque son porte-monnaie est vide. »
Lech Walesa


« Surmonter la pauvreté n'est pas un acte de charité, c'est un acte de justice. »
Nelson Mandela

16:17 Publié dans Marxisme | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : marxisme, marx, socialisme, xxième siècle | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

25/11/2011

Génération post Etat-providence, génération révoltée

Génération post Etat-providence, génération révoltée

 

Cette semaine, l'austérité a atteint Genève.

On pourrait ergoter sur les causes précises et détaillées induisant cette austérité, mais au fond cela n'a aucune importance.
L'austérité est simplement un symptôme.
Elle est le symptôme que, à présent, Etat-providence et capitalisme ne sont plus en symbiose, mais qu'ils sont parvenus à un stade d'antagonisme prononcé.

L'équation contemporaine est la suivante :

Austérité progressive = fin progressive de l'Etat-providence = polarisation sociale et idéologique = renforcement de la lutte des classes = renversement du capitalisme

Marx avait donc raison !

Le renversement du capitalisme est inévitable.
Simplement, l'Etat-providence avait arrêté provisoirement le Temps en stoppant le moteur de l'Histoire, à savoir l'antagonisme de classe.
Mais l'Histoire est remise en marche par la crise économique et la crise de la dette, puisqu'ainsi, sur le long terme Etat-providence et capitalisme deviennent incompatibles.

Nous sommes entrés dans la période de transition qui marque le début de la chute de l'Etat-providence et le retour progressif au capitalisme sauvage du XIXème siècle.
Cette période est caractérisée par une polarisation sociale et idéologique croissante, double polarisation qui apparaît présentement sous les traits des mouvements d'indignation.
A la fin de cette période de transition, nous entrerons dans une période de lutte des classes prononcées avec des mouvements de révolte.

Indignée pour le moment, ma génération, cette génération que je qualifie de post Etat-providence, va tendre progressivement à la révolte.
De la révolte viendra le renversement, par la révolution ou par les urnes, du capitalisme, et l'instauration d'un nouveau mode d'organisation de la société fondé sur la partage et la coopération, une nouvelle forme d'économie planifiée, démocratique, et sûrement assez libertaire.

Mais la force d'inertie du système capitaliste est grande, et les classes dominantes tiennent à leurs privilèges et à leur domination.
Il faut donc d'attendre à une résistance accrue de leurs parts, avec un renforcement de la répression politique.
De même, on peut craindre au niveau mondial, un impérialisme renforcé visant à exploiter davantage les populations des pays pauvres.
Enfin, le nationalisme représente comme toujours un danger à surveiller.

Face à ces menaces, les forces humanistes de gauche doivent se préparer à une mobilisation de taille sur le long terme.

"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes."
"L'histoire ne fait rien, c'est l'homme, réel et vivant, qui fait tout."
Karl Marx