29/01/2012

De la liberté dans le socialisme

 

De la liberté dans le socialisme

Une critique classique que l'on fait au mode d'organisation économique socialiste consiste en sa limitation de la liberté économique. Car la planification, lorsqu'elle remplace le marché, ne laisse pas place au libre désir individuel, mais à la prise de décision collective ou sociale.
Pourtant, si l'on prend en compte les externalités négatives sociales et écologiques d'une économie de marché, on se rend compte que la planification semble en réalité davantage démocratique, puisque la liberté collective et le bien-être collectif passe avant le profit égoïste.
Cette critique de la liberté économique limitée semble au final plutôt être une critique venant des classes dominantes qui voient en la limitation de leur liberté individuelle, une limitation de la liberté collective.
Mais la liberté individuelle des classes dominantes n'est qu'une liberté de créer des externalités sociales négatives à travers l'expropriation d'une part de la valeur du travail des salariés afin d'assurer, soit le payement du salaire managérial, soit la rente des actionnaires oisifs.
Cette liberté économique est donc une liberté à sens unique qui ne concerne que les propriétaires des moyens de production et des capitaux économiques.
Pour l'individu lambda, la liberté économique consiste en la liberté de se vendre. Car dans le capitalisme, nous sommes tous des prostitués, des ressources humaines, exploitables pour produire de quoi assurer le salaire managérial et la rente actionnariale.
Les idéologues libéraux ont tendance à répliquer que les individus sont libres d'investir (en s'endettant s'ils n'ont nuls capitaux) et de lancer leur propre entreprise. Ainsi tout individu serait un entrepreneur potentiel. Dans les faits, il s'agit d'une liberté formelle, car l'individu lambda sera rarement à même de trouver un secteur non monopolisé par des entreprises dominantes, pas plus qu'il ne jouira des connaissances et des réseaux nécessaires à sa réussite économique. Les classes dominantes jouissent en effet d'une position assurée et maintiennent leur domination par l'accumulation de capitaux sociaux et symboliques qui leur permettent d'éliminer sur le long terme toute réelle nouvelle concurrence. Pour creuser la question, j'invite le lecteur à se référer aux travaux sur la reproduction sociale de Bourdieu et de Lipietz.

Dans le socialisme, il y a liberté individuel dans le sens où l'individu ne domine pas ses pairs, et ne les exploite pas. Cette liberté de ne pas dominer et de ne pas être dominé, est essentiel.
J'aimerais ajouter que tout projet socialiste doit assurer une grande liberté des mœurs, et une grande liberté culturelle, car le conservatisme n'est qu'une forme de domination agissant via d'autres capitaux (moraux, symboliques, culturels) et à travers d'autres champs.

Toutefois, il est sensé de poser la question de l'autonomie individuel dans le socialisme.
Comment assurer l'autonomie individuel de l'individu quand il n'est pas souhaitable de le laisser dominer ses pairs ?
Ceci pose en fait la question du type de propriété dans un système socialiste.
Dans les économies socialistes en transition du XXème siècle, une critique pertinente présente leur échec comme la non adéquation entre le mode de propriété formel et l'appropriation réel des fruits de la production économique. Cette non adéquation produirait des contradictions qui auraient miné le bon fonctionnement des économies planifiées.
Ainsi, on peut tirer la conclusion de cela que le problème de l'économie planifiée réside dans la bonne distribution et division de la propriété des moyens de production.
Pour éviter le bureaucratisme il est souhaitable de ne pas passer uniquement par la propriété d’État, mais aussi (voire surtout) d'établir des coopératives (ce que j'appelais dans le néo-socialisme l'autogestion dans l'organisation du travail des petites entités économiques).

« Le régime des coopératives civilisées, quand les moyens de production appartiennent à la société et que le prolétariat a triomphé de la bourgeoisie comme classe, c'est le régime socialiste. » Lénine

Ainsi, on voit se dessiner un certain équilibre entre une autonomie des travailleurs et la nécessité d'assurer une véritable liberté des individus au sens de non domination (démocratie/égalité économique).

15:51 Publié dans Socialisme & économie planifiée | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : socialisme, liberté, domination, planification | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg