06/12/2011

Petit glossaire des idéologies politiques - version IV

Petit glossaire des idéologies politiques - version IV

Établir une nouvelle version de mon petit glossaire des idéologies politiques s'est révélé impossible en utilisant le format simplifié que j'employais jusqu'à maintenant.
Ce nouveau format se veut donc bien plus ouvert, et axé sur un mode moins affirmatif.


Le Nationalisme

Contrairement à la doxa contemporaine qui veut que tout nationalisme soit d'extrême droite, le nationalisme peut aussi bien être de gauche que de droite. Un nationaliste adule sa nation (communauté culturelle), se montre le plus souvent conservateur sur les questions de mœurs, et adhère au conservatisme (patriotisme) économique (protectionnisme, autosuffisance, etc.)
C'est l'adulation de la nation et de ses origines culturelles qui va pousser le nationaliste à rejeter et à stigmatiser l'étranger (et l'Autre en général). La différence culturelle étant perçue comme remettant en question la stabilité (donc la pérennité) et la cohésion (voire la pureté) de la communauté culturelle nationale originelle (native).
Un nationalisme de droite se positionne en faveur du capitalisme et d'un État minimal (peu interventionniste sur le plan des droits sociaux). Le nationalisme de droite trouve son parfait exemple en l'Union Démocratique du Centre (UDC) ou en le Front National (FN).
Un nationalisme de gauche se positionne en faveur d'une économie planifiée ou en tout cas d'un État fort (très interventionniste sur le plan des droits sociaux) dans le cadre de l'économie de marché. Le nationalisme de gauche peut être illustré par le nazisme, ou bien par le groupuscule Genève Non Conforme, ou encore par les idées de Alain Soral.
Le nationalisme anti-productiviste existe aussi.

L'Extrême droite

La doxa voudrait me faire placer dans la case extrême droite le nationalisme. Extrême droite signifie pourtant simplement « à la droite de la droite ». Alors strictement idéologiquement parlant, l'extrême droite n'est constituée de rien d'autre que les courants libéraux extrémistes (ou radicaux).
La plus extrême de ces formes est l'anarcho-capitalisme, c'est à dire l'anarchisme de droite, qui se rapproche très fortement du libertarisme, assez bien représenté aux USA (notamment par certains membres du Parti Républicain et du Tea Party). Cet anarchisme de droite prône la suppression de l’État-providence, et donc l'abandon du respect des droits sociaux (pourtant intégrés aux droits fondamentaux des Constitutions contemporaines). Il s'agit donc de privatiser les services publics en charge de ces droits sociaux et de donner ainsi davantage d'importance à l'économie de marché et à ses logiques. Notons toutefois que certains libertariens imaginent souvent des mécanismes de solidarité ou de charité pour permettre la survie des plus pauvres.
Le projet libertarien consiste à revenir au libéralisme classique, c'est à dire aux mécanismes organisationnels collectifs du XIXème siècle, et donc à préserver uniquement les fonctions régaliennes de l’État (justice, police, armée), lui permettant de préserver seulement les droits civiques et politiques. Les conséquences d'un tel mode d'organisation sont la constitution d'une société extrêmement inégalitaire que certains qualifient même de néo-féodalisme où une oligarchie (ploutocratie) domine sans partage. Les anarchistes de droite vont parfois plus loin que les libertariens en imaginant une privatisation totale de l’État, comprenant ses fonctions régaliennes. Quelque uns vont donc jusqu'à imaginer que la classe ultra-dominante économiquement s’appuierait logiquement dans ce cas sur des milices privées pour assurer sa domination totale.

Il existe par ailleurs d'autres formes libérales extrêmes, mais néanmoins moins extrêmes que celles précédemment étudiées . L'ultra-libéralisme en est une dénomination idéologique possible qui définit une privatisation partielle de l’État-providence que l'on tente de restreindre le plus possible, en limitant au maximum les impôts, les taxes, la redistribution des richesses, ou toute intervention de l’État visant à assurer le respect des droits sociaux. On vise ici un État minimal, comme la doctrine ancienne du libérisme qui se développa en Italie il y a un certain temps, où le capitalisme peut au maximum organiser la société. Cela crée évidemment des sociétés ultra-inégalitaires.
Le néo-libéralisme est une autre dénomination possible de ce courant contemporain d'un libéralisme radicale. Par l'emploi de ce terme on marque parfois l'importance d'un État répressif accru (par un processus de pénalisation de la pauvreté et de l'exclusion) pour accompagner la privatisation de l’État-providence, et donc l’accroissement des inégalités et de la précarité. On peut aisément qualifier les partis de droite suisses de néo-libéraux au vu de leur politique actuel. Ainsi le Parti Libéral-Radical (PLR), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC), le Parti Bourgeois Démocrate (PBD) et les Verts Libéraux (V-Lib) adhèrent clairement aujourd'hui à un libéralisme radical du type néo-libéral.

La Droite

La droite se caractérise par son adhésion au capitalisme. Néanmoins elle est en faveur d' un Etat-providence minimal qui intervienne un minimum pour assurer un tant soit peu le respect des droits sociaux des individus. Ce compromis s'appelle le social-libéralisme, ou nouveau libéralisme.
Cette faible intervention étatique dans le cadre du capitalisme permet d'éviter des taux d'inégalités trop explosifs et de limiter la précarité ou l'exclusion.
Une certaine proportion des membres des partis suisses de droite (principalement au PDC, au PBD et chez les V-Lib) sont encore social-libéraux, mais ils sont présentement plutôt minorisés par les membres (majoritaires) les plus extrêmes.

Le Centre Droit

Le centre droit est conscient de la nécessité d'assurer les droits sociaux des individus, et donc de l'importance de l’État-providence. C'est pourquoi il est en faveur d'une intervention moyenne de l’État dans le cadre du capitalisme, afin de limiter inégalités, précarité, et exclusion. Ce social-libéralisme renforcé représente une gradation dans les modèles possibles d’État providence.
A nouveau, certains membres des partis suisses de droite pré-cités se retrouvent dans cette case idéologique.

Le Centre

Le centre n'existe que de manière abstraite. Il n'y a en effet pas d'équilibre pur et parfait entre intervention de l’État et liberté de l'économie de marché, pas de modèle définissable de l’État providence centriste. En théorie le centriste pur se trouve entre le social-libéralisme renforcé du centre droit et la social-démocratie de centre gauche.


Le Centre Gauche


Le centre gauche est en faveur d'une intervention forte de l’État dans le cadre d'une économie capitaliste. Rompant avec la solidarité, il en appelle à la justice sociale, qui se concrétise en un modèle d’État providence fort et très interventionniste, à même d'assurer les droits sociaux des individus dans une large mesure. Cette doctrine est celle qu'on appelle de nos jours la social-démocratie. L’État social-démocrate assure un taux assez bas d'inégalités sociales, limite la précarité, et réduit l'exclusion, en mettant en place des services publics étendus et de qualité, en levant des impôts progressifs assez élevés, en créant un cadre juridique protecteur pour les plus faibles, et en taxant les secteurs à fortes externalités négatives.
Pour améliorer son efficacité et ses capacités, la social-démocratie peut se faire étatiste et étatiser des secteurs économiques pour s'assurer des recettes supplémentaires.
Le centre gauche peut fort bien se montrer conservateur sur le plan économique.
En Suisse, une majorité du Parti Socialiste (PS) correspond à ce centre gauche.

La Gauche

A la gauche du centre gauche, on trouve les idéologies socialistes.
Le
socialisme contemporain correspond idéologiquement au marxisme réformiste. Ce courant prône l'instauration démocratiquement décidée d'une économie étatisée et planifiée (les moyens de production sont la propriété commune de la société). En tendant vers l'égalité des ressources par une distribution égalitaire des revenus, les inégalités, l'exclusion, et la précarité, sont réduits quasiment au néant. C'est ce courant qui est qualifié, comme la social-démocratie, de réformiste, puisqu'il n'est pas révolutionnaire. Le socialisme contemporain peut fort bien être conservateur sur le plan économique.
Le
socialisme anti-productiviste, correspond à l'articulation politique (collective) du socialisme utopiste (communautaire). Il s'agit toujours d'une économie étatisée et planifiée, mais en plus de cela s'ajoute une décentralisation économique et politique, relocalisation des activités humaines, un niveau d'autoproduction et d'autosuffisance élevée, un conservatisme économique obligatoire, et une auto-limitation de l'impact collectif écologique aux capacités régénératives de la biosphère et des écosystèmes.
L'écologie politique est assez proche du socialisme anti-productiviste, sans en reprendre tous les aspects.
Elle prône une économie privée de petites entités (coopératives, associations autogérées, indépendants, paysans, artisan, etc.) et se passe donc d'économie étatisée et planifiée.
Décentralisation économique et politique, relocalisation des activités humaines, un niveau d'autoproduction et d'autosuffisance élevée, un conservatisme économique obligatoire, et une auto-limitation de l'impact collectif écologique aux capacités régénératives de la biosphère et des écosystèmes, restent des éléments constitutifs de son projet de société.
Enfin, le
néo-socialisme fait la jonction entre socialisme contemporain, socialisme anti-productiviste et social-démocratie. Il représente un projet plus modéré que le socialisme, mais plus à gauche que la social-démocratie. Il s'agit d'étatiser et de planifier les grandes structures économiques, tout en maintenant une économie de marché sous tutelle pour les petites structures économiques. La tutelle signifie que les petites entités économiques sont soumises à un droit de regard total de l'État sur leurs activités. Ce sont là les principes fondant une économie planifiée mixte. Dans le néo-socialisme, l’égalité des ressources est relative, et l'organisation du travail est autogéré. Par ailleurs, décentralisation économique et politique, relocalisation des activités humaines, un niveau d'autoproduction et d'autosuffisance élevée, un conservatisme économique obligatoire, et une auto-limitation de l'impact collectif écologique aux capacités régénératives de la biosphère et des écosystèmes, viennent s'ajouter à ce projet de société. Et pour conclure, au sujet de l'organisation collective et politique, on applique le principe de la démocratie directe par assemblée populaire à la plus basse échelle spatiale, et de la démocratie athénienne (par tirage au sort 50%) et représentative (par élection 50%) à l'échelle supérieure.

L’Extrême gauche

A la gauche de la gauche, l'extrême gauche rassemble plusieurs courants idéologiques.
Le
communisme contemporain correspond au marxisme classique (et à ses dérivés). Il préconise une économie étatisée, centralisée, et planifiée instaurée par la lutte révolutionnaire (donc la lutte armée). La dictature de classe permet d'atteindre l'égalité des ressources quasiment totale, et donc la disparition des classes sociales. La centralisation politique et économique est sensée disparaître avec le dépérissement attendu de l’État dans la société sans classe. Le marxisme-léninisme imagine une organisation démocratique par assemblées populaires (démocratie directe) dans le cadre de cette société sans classe.
Le
communisme libertaire, c'est à dire l'anarchisme de gauche, prône l'abolition de l’État, mais uniquement après avoir atteint une société sans classes (et donc une égalité des ressources ce qui signifie l'abolition de la propriété privée des moyens de production précédemment). L’organisation de la société se fait par libre association d'individus par affinités qui forment des communautés politiques décentralisées (aussi sur le plan économique) et autogérées. La démocratie directe ou le consensus permettent ensuite d'organiser la prise de décision collective.
L'anarchisme de gauche anti-productiviste existe aussi.
La forme la plus extrême de l'anarchisme est celle du
weganarchisme qui prône la non exploitation des animaux, ces derniers étant libérés de l'exploitation après la libération des êtres humains (qui sont à leur yeux aussi des animaux).
L'anarcho-individualisme est une forme incompréhensible sur le plan collectif et politique de l'organisation de la société.

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Glossaire version III :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/10/07/petit-g...ideologies-politiques-traditionnelles-ve.html


Glossaire version II :
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/25/petit-g...


Glossaire version I :
http://www.facebook.com/note.php?note_id=204377546253443



25/09/2011

Petit glossaire des idéologies traditionnelles version II

Petit glossaire des idéologies traditionnelles version II

Nationalisme de gauche : Adulation de la Nation, conservatisme, rejet et stigmatisation de l'étranger (voire de l'Autre en général), anti-capitalisme, ou anti-libéralisme.

(On citera en exemple Genève Non Conforme, Alain Soral ou encore le nazisme.)

Extrême gauche

Communisme libertaire ou anarchisme de gauche : Abolition de l'État et de la propriété privée, au profit de l'autogestion par libre association d'individus. Démocratie directe et participative.

Marxisme : Économie étatisée et planifiée, répartition égalitaire des revenus, et dictature de classe. Système mis en place par la révolution.

 

Gauche

Socialisme : Économie étatisée et planifiée, répartition égalitaire des revenus. Système mis en place par la démocratie.

Centre Gauche

Sociale-démocratie : Économie de marché (capitalisme), mais interventionnisme étatique, pour limiter les inégalités par les lois, les impôts, les taxes, etc.

Le Parti Socialiste (PS) et les Verts sont majoritairement sociaux-démocrates.

Centre

Mélange entre le social-libéralisme et la social-démocratie.

 

Centre Droit

Social-libéralisme  : Mélange entre le libéralisme économique et la sociale-démocratie.

Droite

Libéralisme économique : Économie de marché (capitalisme), pas d'intervention étatique. Très fortes inégalités. Mais pas de privatisation de l'État!

Extrême droite

Ultra-libéralisme : Économie de marché (capitalisme), privatisation partielle de l'État. Crée une société ultra-inégalitaire.

Néo-libéralisme : Ultra-libéralisme auquel on adjoint un État répressif (pénalisation de la société). La justice, la police et l'armée restent donc sous le contrôle de l’État (selon le Consensus de Washington), permettant ainsi de privatiser l'État-social et dans le même temps de réprimer la population précarisée par la disparition de la redistribution étatique.

Le Parti Libéral-Radical (PLR), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC) et les Verts Libéraux sont néo-libéraux.

 

Anarchisme de droite (aussi appelé anarchisme de droite, ou anarcho-capitalisme, libertarisme, ou libérisme, ou encore néo-féodalisme, ou tout simplement ploutocratie) :

Économie de marché (capitalisme), privatisation totale (abolition) de l'État. Crée à la longue une société ultra-inégalitaire dominée par une oligarchie (une caste de riches).

Le Tea-Party est majoritairement anarchiste de droite.

 

Nationalisme de droite : Adulation de la Nation, conservatisme, rejet et stigmatisation de l'étranger (voire de l'Autre en général), économie de marché (capitalisme) et libéralisme (ou une forme plus extrême du libéralisme). L'Union démocratique du Centre (UDC) est nationaliste de droite.

Version I :            http://www.facebook.com/note.php?note_id=204377546253443

13:20 Publié dans Idéologies politiques & projets de société | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : politique, idéologie, gauche, droite, centre | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg