24/01/2012

Historique de la formation de l'esprit du productivisme

Historique de la formation de l'esprit du productivisme

A l'origine, on trouve des êtres humains qui vivent en harmonie avec leur environnement naturel. Ces premières sociétés communautaires anti-productivistes s'organisent soit par le troc, soit par le don (et le contre-don), soit par la propriété commune, ou soit par un mélange de tout cela.
L'environnement naturel de l'être humain est alors vu comme faisant partie d'un équilibre sociale dont il est partie intégrante.

Mais avec l'invention de la propriété privée, par l'appropriation (de gré ou de force) par certains des ressources et des terres, naît une autre construction sociale de l'environnement naturel. Car toute privatisation de la nature induit une marchandisation. Toute marchandisation signifie une exploitation de la nature. Les premiers propriétaires privés créent donc un rapport de domination de la nature. Ils construisent la nature et le vivant comme une altérité, au service du développement de l'être humain.
Ce premier pas franchi, il est ensuite facile de passer de la domination de la nature à celle des autres humains, construits comme faisant partie de cette nature sauvage à dominer et à exploiter.
Mais l'ignorance de l'être humain l'empêche de comprendre le fonctionnement de la nature. En conséquence de quoi, il ne peut complètement la dominer et va construire des représentations divines de cette nature (on en a un aperçu à travers les grandes mythologies).
Le catholicisme ne rompt pas avec le caractère divin de la nature, création sacrée de Dieu, dans laquelle les ermites et les sages recherchent la parole du Seigneur.

Alors arrive le protestantisme.
L'éthique du protestantisme, comme Weber l'a très bien démontré, pousse le croyant au travail acharné, à l'acceptation de l'ordre établi et de sa place dans la société, à la réalisation de soi par le travail uniquement, à l'ascèse pour permettre l'épargne et donc l'investissement, et au puritanisme pour maximiser le profit.
Cet éthique protestante forme l'individu travailleur, prêt à exploiter et à être exploité sans limite.
Sa maxime : travailler plus pour gagner plus !
C'est le second rouage du productivisme qui se met ainsi en place.

Mais le développement du mode de production capitaliste amène la jeunesse occidentale à une position où elle n'accepte plus de devoir trouver sa réalisation existentielle par le travail (cf. Bell).
C'est la révolte contre le productivisme !
C'est mai 68.
« On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste !» nous dit L'An 01.

Alors les idéologues capitalistes répliquent (car le productivisme est partie intégrante du capitalisme, pas de capitalisme sans productivisme, pas de productivisme sans capitalisme).
Après le bonheur par le travail, voilà venu le temps du bonheur par la consommation !
La propagande du régime se met en place via la publicité de masse qui abrutit tout esprit de révolte et tue la critique, ainsi qu'à travers la production télévisuelle qui vise à divertir sans cesse l'individu pour mieux l'endormir.
La société de consommation se met en place.
La révolte s'est tue.

En joignant injonction au travail et injonction à la consommation, en poussant les individus à trouver le bonheur par la consommation, une nouvelle maxime est forgée : Travailler plus pour consommer plus. (cf. Boltanski)
La pulsion consumériste et matérialiste est le troisième et dernier rouage du productivisme.

Le productivisme a provoqué la crise écologique en poussant l'être humain à la surexploitation de son environnement. Le productivisme a fragilisé les régimes de nos démocraties libérales en transformant le citoyen en consommateur. Le productivisme a infecté nos corps en nous poussant à tous les excès (parce que PLUS c'est mieux...). Le productivisme a créé la crise financière en faisant perdre tout sens des limites aux dirigeants des grandes banques.

Le productivisme nuit sérieusement aux chances de survie de l'humanité...




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23/11/2011

Clément Wittmann, candidat de la décroissance à l'élection présidentielle française, vient en Suisse !

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Clément Wittmann, candidat de la décroissance à l'élection présidentielle française, vient en Suisse !


Le Réseau Objecteur de Croissance genevois invite Clément Wittmann, candidat du Parti des Objecteurs de Croissance (POC) français à l'élection présidentielle française de 2012, à donner une conférence lors de son Café-Décroissance bimestriel.

Clément Wittmann a 50 ans, trois enfants, et exerce la profession de charpentier.
Il est un militant de longue date de la cause écologiste et pacifiste.

Depuis plusieurs mois, il récolte à vélo, les 500 signatures de maires qui lui permettront ensuite de participer à la campagne présidentielle.

Sa venue en Suisse représente un apport bienvenu dans les débats qui traversent la société contemporaine.

D'une part, elle permet d'interpeller le camp politique écologique à la sortie des dernières élections qui ont vu un affaiblissement de l'écologie politique au profit de l'écologie McDo.
Les Verts, et la gauche dans son ensemble, ont tout intérêt (stratégiquement, logiquement, axiologiquement, et idéologiquement) à embrasser l'écologie politique originelle (l'anti-productivisme) plutôt que de frayer avec l'écologie capitaliste (mensongère, même oxymorique, et inefficace comme je l'ai déjà démontré dans mes publications précédentes).

D'autre part, elle rouvre le débat entre objecteurs de croissance sur la participation éventuelle de la décroissance à la vie politique en tant qu'idéologie politique (et plus uniquement en tant que projet de société).


*


Clément Wittmann donnera des conférences aux lieux et dates suivant-e-s :


- Mercredi 30 à Genève, 18h30 Maison des Associations, salle Gandhi

- Jeudi 1 décembre à Neuchâtel, à 19h à la salle UNIA , avenue de la gare 3 à Neuchâtel

- Vendredi 2 décembre à Bâle, 19h30, Veranstaltungsraum Klybeckstrasse 247 (Hinterhaus), 4057 Basel

- Lundi 5 à Lausanne, 19h30, Pôle Sud, avenue Jean-Jacques Mercier 3, 1003 Lausanne-Flon

- Mardi 6 à Berne


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Plus d'informations sur le site de Clément Wittmann, avec notamment son programme politique :

http://clementwittmann2012.fr

 

26/10/2011

Le mythe mensonger du capitalisme vert

Le mythe mensonger du capitalisme vert

Comment analyser la « victoire » des Verts Libéraux aux élections fédérales ?

Après tout, le capitalisme vert est prôné par l'ensemble de la droite, par une partie des Verts, et par une partie du PS.

En soi, le résultat démontre simplement que une partie des Suisses qui votaient pour les Verts désiraient voter pour la cause écologique, mais que lorsqu'ils ont pu voter pour la cause écologique ET le libéralisme économique, alors ils ont préféré les Verts Libéraux.

Les Verts Libéraux défendent-t-ils la cause écologique ?
Ou plutôt : peut-on être en faveur du libéralisme économique (de la non intervention de l’État) et de l'écologie ?

Si je répondais oui, cela signifierait que je pense que en ne faisant rien les crises écologiques se résoudraient d'elles-mêmes. Cette position est particulièrement non pertinente quand on voit que la situation écologique va de mal en pis.

La vraie question est donc : capitalisme et écologie sont-t-ils compatibles ?

Le moteur du capitalisme c'est le productivisme, c'est à dire le toujours plus. Il faut toujours plus consommer, donc toujours plus produire, donc toujours plus travailler ; bref il faut de la croissance économique.
Cependant, croissance économique constante et écologie sont antinomiques !

La seule économie qui est écologique (ou écologiquement soutenable) est celle dont l'impact écologique ne dépasse pas les capacités de régénération de la biosphère. Ce type d'économie peut croître ou décroître, mais à l'intérieur de cette limite naturelle.
Le fondement de l'écologie politique vise donc à amener l'économie à décroître (en privilégiant l'essentiel sur le futile) jusqu'à ce que son impact écologique soit inférieur aux capacités régénératives de la Terre.

Une écologie politique qui viserait à croître sans cesse est un oxymore absurde ! Une invention typique des penseurs libéraux au service des intérêts des classes les plus riches !
Car « l'avantage » d'une économie productiviste, c'est qu'en augmentant sans cesse la taille du gâteau, il y a suffisamment de miettes pour contenter les plus pauvres sans avoir besoin de partager.
L'écologie libérale est donc de nature non partageuse, égoïste, et servile.

Certains à gauche ont trop longtemps cru dans ce mythe de capitalisme vert !
Les penseurs libéraux ont attaqué l'écologie politique pour mieux désarmer son potentiel révolutionnaire. Aujourd'hui, il s'agit pour la gauche de répliquer avec force en se ralliant derrière la bannière de l'anti-productivisme !

Si la gauche ne se rallie pas maintenant à l'anti-productivisme, elle sera incapable d'anticiper la prochaine mutation de l'idéologie libérale : à savoir, son adhésion au malthusianisme (« solution » dans la logique libérale, pour préserver le capitalisme et éviter tout partage !)

UNE CROISSANCE ECONOMIQUE VERTE ILLIMITEE EST IMPOSSIBLE DANS UN MONDE AUX RESSOURCES LIMITEES !!!

13:14 Publié dans Capitalisme vert | Lien permanent | Commentaires (30) | Tags : capitalisme, vert, écologie, libéralisme, anti-productivisme, économie, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

26/09/2011

NEO-SOCIALISME

NEO-SOCIALISME

Le libéralisme a su se réinventer plus d'une fois, et trouver des formes de plus en plus en adéquation avec le contexte historique et culturel afin d'assurer la domination des classes les plus riches.
Aujourd'hui, le socialisme doit répliquer, et seule une refonte idéologique permettra de faire face aux défis actuels.

En effet, nous assistons à une crise du capitalisme qui se découpe en trois sous-crises : financière, économique et politique. Ces sous-crises s'articulent ensuite en crises-conséquences : crise sociale (la plus importante), crise écologique (qui englobe tout) et crise psychique (que l'on peut relier à toute les crises). Bien entendue, on peut aussi dire que le capitalisme est une crise en lui-même puiqu'il représente un modèle inadéquat à assurer le bonheur de la race humaine (ce qui doit être e but de tout système idéologique).
Les crises ne tueront pas forcément le capitalisme, ce dernier pouvant fort bien muter (et a déjà commencé à muter) en une forme autoritaire, ploutocratique et malthusienne pour s'assurer la domination des classes les plus riches sur le reste de la société.

Un néo-socialisme doit fermer la parenthèse de la social-démocratie qui aura failli tuer la gauche, et donc déclarer son opposition naturelle et fondamentale au capitalisme (et donc à tout modèle quelconque d'économie de marché), au libéralisme économique (et non au libéralisme des moeurs), et au productivisme (comprenant consumérisme et matérialisme).

Le néo-socialisme pourrait s'axer autour des points suivants :

- Revenir à un certain marxisme, et le dépasser par la démocratie.

Cela signifie concrètement revenir à un modèle d'économie globalement étatisé, selon le principe que l’État est la seule structure économique démocratique. Toutefois, les petites entités ne seraient pas concernés (on ne va pas étatiser le boulanger du coin!) En outre, le système de marché sera remplacé majoritairement par un système planifié. La planification a aussi un rôle de bon usage des ressources à jouer au niveau écologique.
Attention : toute idée de dictature de classe ne me semble plus d'actualité évidemment.
Par ailleurs, l'idée de centralisation est abandonnée au profit de la décentralisation au maximum.
La planification se fera donc de manière décentralisée.
Bref, c'est un retour aux socialismes utopistes (Fourrier, Babeuf, etc.) plutôt que aux socialismes scientifiques qui ont abouti au capitalisme d’État.

- Intégrer les thèses altermondialistes.

Concrètement ce point est fort aisé à accomplir : il consiste à cesser d'imposer un modèle dominant à l'étranger et de ne pas s'ingérer de manière impérialiste dans les affaires des pays étrangers.
Donc, adieu FMI, OMC , BM, libre-échange, dette oppressive, dépendance à l'exportation, et autres dogmes libéraux dépassés et nuisibles. Par contre, vive le protectionnisme intelligent, l'autosuffisance, les échanges intérieurs, et l'autoproduction.

- Incarner l'anti-productivisme.

C'est le point le plus complexe à établir. L'anti-productivisme (aussi appelé décroissance) est une pensée d'avant-garde, dernière mutation de l'écologie politique (qui accomplit ainsi comme le socialisme son retour en avant). L'anti-productivisme consiste en de nombreux points énoncés aux points précédents (autosuffisance, autoproduction, protectionnisme intelligent, etc.), mais on peut faire ressortir comme points essentiels la nécessité de relocalisation (décentralisation) des activités humaines, la baisse du temps de travail, ou le droit à une dotation d'existence.

Le but du néo-socialisme doit être d'émanciper l'être humain de la domination d'une minorité possédante, et d'assurer son bonheur (ou les conditions du bonheur) en se centrant sur ses besoins non seulement matériels (à ne pas confondre avec ses envies comme le fait le capitalisme), mais aussi immatériels (comme l'importance du lien social, de la culture, de l'art, etc.)

Cette courte et imprécise présentation mérite d'être développée et détaillée.
Je vous invite toutefois à vous référer à mes récents textes pour trouver davantage de pistes, sur le socialisme : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/18/pour-un... ou sur la décroissance : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/17/la-decr...

La lutte continue !