17/03/2015

La spéculation, un outil de stabilité qui sert les plus vulnérables

 



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J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui sur mon blog le militant libertarien Jean Level, coordinateur de European Students For Liberty pour le Nord de la France. Bonne lecture,
Adrien Faure











C’est bien connu, les spéculateurs sont des parasites qui gagnent leur vie en achetant pas cher et en revendant plus cher, sans jamais produire de richesse. On serait vachement mieux sans eux. 

 

Ça c’était la minute gauchiste. Ou même la minute de droite. Bref une minute où on déclare qui est utile et qui ne l’est pas, et qui mérite de gagner quoi. C’est plutôt fun en général,mais là on va passer à la minute réflexion. Qui sera d’ailleurs vachement plus longue (le temps passe moins vite quand on ne s’amuse pas).Un spéculateur c’est clairement quelqu'un qui gagne sa vie en achetant des produits pas chers et en les revendant plus chers. En tout cas c’est son intérêt, parce que s’il fait un peu trop l’inverse il finit un peu trop ruiné et en général il n’aime pas trop ça. 

Donc notre méchant spéculateur achète un produit pas cher. Au fait quand est-ce qu’un produit n’est pas cher ? Quand il y a beaucoup d’offre par rapport à la demande. Ça les spéculateurs adorent parce que c’est un peu ce qui va leur permettre de manger, alors ils foncent et ils achètent. L’autre manière de le dire c’est qu’ils font monter la demande, donc les prix. Et ça c’est mal ? Bah non pas trop. Parce que certes quelques consommateurs (pas nombreux, « demande faible » souvenez vous) faisaient une super affaire, mais les producteurs eux risquaient de franchement galérer. Les prix qui remontent un peu, ça n’empêche pas les consommateurs de toujours faire une bonne affaire (juste un peu moins bonne), et ça peut permettre au producteur de ne pas changer d’activité.  Salauds de spéculateurs !

Ainsi les spéculateurs ont fait leurs courses, puis vont tranquillement vivre leur vie. Mais quelques mois plus tard la demande augmente. Ou l’offre diminue. On s’en fout un peu. Pour l’histoire ce qui est important c’est que les prix montent. Le salaud de riche ça l’embête un peu, mais il pourra toujours payer. Pour le pauvre c’est un peu plus compliqué, il va devoir se passer du produit en question (si c’est de la nourriture c’est un peu gênant). Sauf que là le spéculateur se dit que c’est peut-être le moment de vendre le produit qu’il avait acheté pas cher avant (c’est pas con un spéculateur !). C'est-à-dire qu’il… fait augmenter l’offre, sans que la demande change. Gné ? Bah ouais, à cause du méchant spéculateur les prix baissent, et le pauvre a plus de chances de pouvoir acheter le produit. Pourriture de spéculateur !

Eh oui, la spéculation, c’est un énorme amortisseur des prix du marché. Elle permet à des producteurs de vivre quand les prix sont bas, et de limiter les hausses de prix brutales qui nuisent avant tout aux plus pauvres. Et ça pas parce que le spéculateur est un gentil bisounours qui aime les pauvres et les producteurs (c’est peut-être son cas, mais on ne peut pas partir de ce principe) : si il rend ce service, peut-être même sans s'en rendre compte, c’est juste parce que très égoïstement il veut avoir des sous pour manger, payer des vacances à sa femme, et offrir des verres à votre maman ou votre sœur en boite de nuit. Et plus il peut payer de verres, plus ça veut dire qu’il a rendu service en temps qu’amortisseur. Ça s’appelle les intérêts convergents, et ça marche super bien.

 

Bon en fait la spéculation ça peut être utile à la "justice sociale", donc ça doit être le rôle de l’État ! 

 

D’ailleurs ce job d’amortisseur utile à tous, personne ne peut le jouer mieux que notre spéculateur égoïste. Parce que sa vie en dépend. Alors qu’une « agence gouvernementale de prévoyance » ou n’importe quel bidule qu’on pourrait inventer pour jouer ce rôle, survivra toujours (oui, les impôts ça serait cool pour renflouer une agence qui aurait acheté en période chère, et donc encore fait monter les prix, pour revendre en période pas chère). Sans compter la possibilité de faire du lobbying intensif auprès de cette agence pleine de sous du contribuable, pour faire varier les cours en votre faveur en lui suggérant de vendre si vous êtes un gros acheteur, ou d'acheter si vous êtes un gros vendeur ("Si si Môssieur le Haut Comissaire, c'est une information exclusive, les prix vont augmenter/baisser - rayer la mention inutile - et tout le monde vous sera reconnaissant d'avoir été si clairvoyant"). 

 

Le capitalisme c'est un mal nécessaire, mais il faut poser des garde-fous ! Luttons contre le capitalisme apatride anthropophage! 

 

Dernier point : plus on met de bâtons dans les roues du spéculateur (« Faut réééééééégulllllllller !!! ») plus il est effectivement embêté (« Bien fait pour sa tête de sale capitaliste turbo-libéral ! »), et moins il peut jouer son rôle d’amortisseur (« C’est pas grave, on ira voir le pauvre qui ne peut pas manger, et on lui dira quand même que c’est de la faute de la finance, et que c'est parce qu'on n'a pas assez régulé ! »), et tant pis pour ceux qui en profitaient le plus. Et si on joue au jeu de l’État stratège, en mettant des subventions dans les domaines rigolos sur le moment, avant de les enlever, puis de changer les normes de production, c’est encore pire. Gné? OUI. Parce que l’intérêt du spéculateur n’est alors plus de prévoir les périodes d’abondance et de disette, mais de prévoir (voire d’influencer) les prochaines réglementations. Est-ce que je suis en train de dire que l’État ne doit pas avoir le pouvoir d’intervenir sur l’économie parce que les acteurs du marché ont plus intérêt à faire pression sur lui qu’à jouer involontairement un rôle utile ? Oui. Clairement. Je suis une pourriture libertarienne après tout, je pense que l'intervention de l'État nuit aux plus fragiles, qu'il vaut mieux laisser les gens libres de rendre des services involontairement, sans bonne intention, que d'imposer de bonnes intentions qui seront au final nuisibles. 

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Pensez à oublier ceci avant de réécouter la télé, parce que ce n’est pas très BienPensance-compatible.

Tendrement et librement vôtre,

Jean L 

 




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