06/08/2017

Socialisme et bureaucratie

 

 

Aujourd'hui, je vous partage une publication de Philippe Berger qui propose une perspective socialiste critique sur la bureaucratie par un retour à Marx et Lénine.
Bonne lecture ! AF

 

 

On entend souvent accusée, ici et là, la gauche d’avoir inventé la bureaucratie, ou d’en être, à tout le moins, le premier défenseur. Or, rien n’est plus faux, et l’histoire du socialisme, dès ses origines, le démontre. On fait souvent remonter à Bismarck, grand ennemi du mouvement ouvrier, l’invention de la bureaucratie dans son acception moderne - autrement dit comme mode de prise de décisions standardisé concernant le peuple mais s’établissant en dehors de son contrôle - ce même Bismarck qui créa pendant ses années de chancelier en Allemagne, un pseudo Etat-providence pour espérer acheter les consciences révolutionnaires et réformistes des travailleurs-euses. La bureaucratie, à ce moment là, signifie donc opposition à la démocratie, autant politique qu’économique, que le socialisme et les masses portent fondamentalement en eux. À droite, la critique qu’on fait à l'encontre de la bureaucratie est d’une autre nature : on s’oppose à la bureaucratie non pas au nom d’un combat pour la liberté et la démocratie, mais au nom d’un combat pour l’oligarchie, le régime de quelques-uns, d’une élite autoproclamée. Marx comprend mieux que nul autre la réalité de cette opposition entre démocratie et bureaucratie : bureaucratie qui « enserre le corps social de ses replis multiples », tel « un boa constrictor », accompagné « de sa police, de son armée de métier, de son clergé et de son pouvoir judiciaire ». Il appelle d’ailleurs à « briser » cette machine bureaucratique, identifiable alors au monstre de l’Etat bourgeois.

 

Lénine reprendra lui aussi cette critique de la bureaucratie avant et après son accession au pouvoir. Pour lutter contre la bureaucratie il faut faire place à une attitude nettement plus compréhensive de la situation des masses ouvrières et paysannes dont les expériences concrètes doivent servir de base à « l’organisation exemplaire d’un tout ». Il reconnaît, après la Révolution de 1917, la difficulté à éradiquer la bureaucratie comme Marx l’avait imaginé, et fait régulièrement son autocritique sur le sujet en appelant à l’aide les masses : « Nous avons incontestablement besoin d’aide pour lutter contre la bureaucratie, pour défendre la démocratie, pour resserrer nos liens avec les masses réellement ouvrières ». Fidel Castro reprit quelques années plus tard ce combat contre la bureaucratie, pour se distinguer de l’« excellence » soviétique en la matière (voir à ce titre le très bon film cubain Mort d’un bureaucrate).

 

La bureaucratie, émanation de « l’Etat-caserne » bourgeois, est donc bien souvent vue dans le socialisme comme frein à la démocratie et à l’autogestion ouvrière, en ce qu’elle se détache des besoins réels du peuple, et n’en use plus que comme d’un pion dans une structure totalement prédéfinie par rapport à des intérêts de classes. La gauche réformiste, tout comme elle le fit déjà pour le pseudo Etat-providence bismarckien, a quelquefois pu tenter de séparer le bon grain de l’ivraie en rapprochant la bureaucratie d’un mécanisme plus compréhensif et démocratique. Savoir si elle y est effectivement parvenue - ou y parviendra un jour - est une autre histoire…



Philippe Berger

 

 

 

 

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19/04/2016

Evolutions croisées du socialisme et du libéralisme



Quelques notes sur l’histoire des idées et sur l’histoire politique à méditer.

 

Fin du XIXème siècle, les «  nouveaux libéraux  » britanniques se lancent dans une grande réforme et refonte du libéralisme classique afin de justifier une plus grande intervention de l'Etat dans les activités humaines et le développement de l'Etat-providence. Peu après, au début du XXème siècle, le philosophe Dewey et ses disciples s'adonnent au même exercice aux Etats-Unis, donnant au mot «  liberalism  » son sens américain actuel qui signifie « interventionnisme gouvernemental  » en français. Les Démocrates, et particulièrement son aile gauche, seront, à partir de la présidence de Franklin Roosevelt (1933-1945), désignés comme étant des «  liberals  ».

1971, le philosophe américain John Rawls ouvre la philosophie analytique à l'étude des concepts politiques. En bon Américain, il emploie le mot «  liberalism  » comme équivalent du mot français «  interventionnisme gouvernemental  ».   La philosophie analytique s'étend ensuite dans le monde, dominant la majorité des départements de philosophie en Occident. A l'Université de Genève, de nos jours, en théorie politique, le mot français «  libéralisme  » prend ainsi, de par l'immense influence de Rawls, le sens américain du terme et désigne une défense de l'interventionnisme gouvernemental.

 

Le libéralisme a donc subi dans les pays anglo-saxons une transformation sémantique qui a fini par atteindre la francophonie, notamment grâce à des prédicateurs comme Catherine Audard. Les libéraux classiques anglo-saxons (surtout américains) ont, en réaction, inventé un nouveau mot pour se désigner et se regrouper  «  libertarianism  ». Certains d'entre eux ont aussi poussé la doctrine libérale classique jusqu'à ses conséquences logiques, soit l'abolition de l'Etat et l'anarchie de libre marché (la free market anarchy). Ce sont les anarchistes libéraux. En francophonie, les gens de gauche ont pris l'habitude d'appeler les libéraux classiques «  néo-libéraux  » ou « ultra-libéraux  », croyant à tort que la transformation sémantique opérée par les «  nouveaux libéraux  », Dewey, Roosevelt et Rawls (on peut aussi ajouter Keynes à la liste) correspondrait à la forme originelle du libéralisme, alors que c'est l'inverse qui est vrai. A leur décharge il faut bien admettre que tout cela est fort compliqué. Les gens de gauche francophones sont en outre toutefois fort surpris quand ils découvrent les idées anarchistes libérales, la tradition marxiste voulant que les vils bourgeois, défenseurs attitrés du libéralisme dans l'imaginaire gauchiste, s'appuient nécessairement sur la coercition étatique pour protéger leurs biens.

 

Pendant ce temps, du côté du socialisme, l'histoire nous joue la farce inverse. Le socialisme du début du XXème siècle, fortement étatiste et planiste, rompt progressivement avec ces positions. En 1959, à Bad Godesberg, les sociaux-démocrates allemands adoptent un programme reconnaissant l'économie de marché. En 1983, le Parti Socialiste français abandonne une grande partie de ses prétentions planistes et interventionnistes. Autour de 1994, le Labour Party britannique adopte une orientation social-libérale. Enfin, le gouvernement Socialiste français actuel a lui-aussi épousé une ligne social-libérale, tandis que même l'extrême gauche grecque au pouvoir ne mène pas une politique particulièrement étatiste. Le socialisme, en tant que projet de transformation globale de la société, en tant que doctrine de réforme gouvernementale fortement pro-interventionniste ou planiste, en tant que philosophie défendant l'abolition du salariat, n'existe donc plus que de manière relativement marginal. A l'Université de Genève, en théorie politique, ni le socialisme, ni le marxisme, ne sont d'ailleurs des doctrines fortement étudiés.

 

Pour complexifier les choses, sous la plume et l'action de militants et philosophes américains, l'anarchisme libéral a fusionné avec le socialisme pour donner une philosophie nouvelle  : l'anarchisme socialiste de libre marché (socialist free market anarchism). Il y a donc un rapprochement par le centre qui a amené socialisme et libéralisme à se rejoindre autour d'une doctrine et d'une pratique social-libérales, et un rapprochement par la liberté, qui les amené à se retrouver à travers l'anarchie. Un rapprochement par le pouvoir contre un rapprochement par l'utopie.

 

 

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24/08/2014

Le socialisme n'existe pas


Le socialisme est un spectre. Créature désincarnée, il flotte dans les méandres de l'inconscient collectif à la recherche d'une proie, d'un crâne où s'y loger pour imprimer sa marque. Mais le socialisme n'est qu'un nom qui ne désigne rien et tout en même temps. Est-il un ensemble de valeurs sympathiques ? Mais lesquelles, et pourquoi celles-ci et pas d'autres ? Comment bâtit-on autant de systèmes différents se réclamant du socialisme à partir des mêmes valeurs ?


Pendant trois ans j'ai couru après ce fantôme. J'ai poursuivi sa trace à travers des piles d'ouvrages différents dont chaque auteur murmurait son ombre. Litanie, simple dénomination, le socialisme n'a pas de squelette cohérent. Il est un nom propre que l'on accole à certains systèmes pour leur plaisance ou leur joliesse partageuse.

Il se fait tour à tour communauté utopique, marxisme, trotskisme, planisme, stalinisme, interventionnisme, étatisme, communisme, démocratie plus ou moins radicale, conseillisme. Il se présente comme enfant de l'égalité, de l'équité, de la liberté, du partage, de l'organisation, de la justice.

Le socialisme n'est pas une valeur en particulier, il n'est pas plusieurs valeurs différentes ou contradictoires. Il est ce nom que l'on appose sur un système ou un autre. Ces systèmes, eux, existent. Il y a un système trotskiste, un système planiste, un système interventionniste, etc. Mais de système socialiste, point.

Par générosité, je pourrais dire que le socialisme est la classe de tous ces systèmes, la dénomination générale à leur apposer pour les définir collectivement. Mais ce serait m'avancer par trop puisque ces systèmes n'ont pas assez en commun pour cela.

La vérité, c'est que le socialisme n'existe pas.

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17/08/2014

Ni réforme, ni coup de fusil éclairé, le socialisme est la liberté


Monsieur Réformiste était content, son parti avait enfin obtenu une majorité au parlement de son pays et le pouvoir était enfin entre de bonnes mains. Nommé ministre de la transition socialiste (un long cycle de réformes devant amener pas à pas le peuple à l'illumination socialiste), il pénétra dans une usine et, grimpant sur un atelier, annonça aux ouvriers présents que le gouvernement avait racheté leur usine et que l’État faisait de chacun d'eux un propriétaire à part égale de l'entreprise, les libérant du joug patronal. Il ne leur restait plus qu'à se mettre d'accord sur les détails de l'organisation future et du partage des bénéfices.
Six mois plus tard, Monsieur Réformiste visita l'usine à nouveau. Les ouvriers avaient maintenu en place l'ancien patron et rien n'avait changé. Mécontent devant tant de mauvaise volonté, Monsieur Réformiste se hâta d'en référer à son parti. Le mois suivant, un membre du parti vint remplacer le patron de l'usine pour apprendre aux ouvriers à oublier la hiérarchie.

Lénine Junior pénétra avec son fusil dans l'usine. Derrière lui des volutes de fumée voletaient doucement tandis que les derniers tanks de l'ancien pouvoir des porcs capitalistes finissaient de se consumer sous les flammes de la révolution-populaire-guidée-par-le-parti-socialiste-léniniste. Il se hissa rapidement sur un atelier et clama aux ouvriers qu'ils étaient à présent des hommes libres grâce au sacrifice du peuple et de son avant-garde léniniste éclairée. Joignant le geste à la parole il abattit d'un coup de fusil le porc capitaliste qui s'était caché dans son bureau.
Six mois plus tard, Lénine Junior revint à l'usine. Les ouvriers avaient choisi le contre-maître comme patron et rien n'avait changé. Mécontent de tant de mauvaise volonté, Lénine Junior abattit le contre-maître, incarnation de la traîtrise petite-bourgeoise, et alla en référer au parti. Le mois suivant, un membre du parti vint remplacer le contre-maître abattu pour apprendre aux ouvriers à oublier la hiérarchie.

Un matin de leur choix, les ouvriers quittèrent leur usine et leur patron pour ne jamais y remettre les pieds. Ils fondèrent dans la semaine leur propre entreprise avec leurs propres fonds et formèrent une grande assemblée générale où d'un commun accord ils décidèrent d'un tournus de certaines fonctions et d'une répartition équitable des bénéfices entre eux. Par la suite des assemblées régulières déterminèrent l'orientation et l'évolution de l'entreprise, sans que jamais aucun travailleur
ne reçoive le droit ou la possibilité de donner un ordre à un autre.
Six mois plus tard, tout avait changé.

Nous ne pouvons que tenter de convaincre les individus. Nous ne pouvons les contraindre à être libres. Le socialisme doit être un choix, ou ne pas être.


Article paru dans la Cuite Finale n°10,
Journal de propagande de la Jeunesse Socialiste Genevoise

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16/08/2014

Nouvelles concessions


De retour d'un séjour à l'étranger la hotte pleine de nouvelles réflexions, je me dois de me remettre à publier en commençant par mettre à plat et à soupeser quelques nouvelles concessions qui se sont imposées à moi ces derniers temps.
Je souhaite aussi remercier celles et ceux qui ont pris la peine de m'écrire pour discuter de mes concessions précédentes et, bien souvent, tenter de les critiquer. Si leurs arguments ne m'ont pas convaincu, ils m'ont du moins fait réfléchir et cogiter.
La rigueur et la cohérence intellectuelle m'imposent de ne pas écarter une position sans qu'elle n'ait été infirmée par des arguments valables. Mais lorsqu'une position est infirmée, réfutée, lorsque l'argumentation qui la soutient est brisée, alors il est souhaitable de l'admettre pour ne pas se condamner à la stagnation.

 

1. Des faiblesses de la démocratie

Je n'en reviens pas d'avoir si longtemps cru dans la perfection de la démocratie. Même sous une forme intéressante et poussée, par exemple celle de la démocratie directe (et non de la démocratie semi-directe actuelle) ou celle de la délégation soumise au mandat impératif, même en y adjoignant des critères comme celui de la transparence ou du tirage au sort (partielle), la démocratie implique toujours nécessairement la tyrannie de majorités sur des minorités. Comment une majorité d'individus saurait-elle ce qui est bon ou bien ? Comment n'élirait-elle pas parfois des Hitler ou autre individu du même acabit ? Pourquoi 51% des individus ayant le droit et l'envie de voter infligeraient-ils leurs volontés à 49% d'autres individus ?
J'ai décidément perdu foi dans la démocratie.
Quant au conseillisme, à cette théorie des conseils décidant de tout à tous les niveaux de la société, cela n'est-il pas une terrible chose que d'imposer aux individus des majorités qui décident de leur vie à leur place à tout moment et en tout lieu ? On décidera de qui aura droit à un nouveau logement, de qui aura droit à de nouvelles vacances, de qui aura droit d'utiliser la brosse à dent, etc.
Certes, je caricature quelque peu, mais l'idée démocratique, quelque soit sa forme, me semble viciée. La seule démocratie acceptable me paraît être celle fondée sur une règle d'unanimité. Mais je conçois fort bien (rappelons-nous l'expérience des Indignés genevois) les difficultés d'une telle règle en pratique.

2. De l'importance de la propriété

Défendre une mise en commun de toute chose, défendre le communisme donc, revient à nous mettre sous la coupe de tyrannies majoritaires qui décideront de qui aura la brosse à dent, de qui aura droit à un usage sur une chose ou une autre. Peut-on appeler cela liberté ? Je rejette une société sans propriété, aussi bien que je rejette une société avec salariat ou hiérarchie. Il me semble important que toute société soit fondée sur certaines prémisses incluant la propriété (notamment de soi).

3. Abolir l’État c'est rendre privé

Il n'y a que deux formes de propriété, la propriété individuelle/privée et la propriété étatique. Lorsque nous aurons aboli l’État, il est évident que tout ce qui est sa propriété (en fait la propriété illégitime des politiciens élus à sa tête) reviendra aux individus. Avec un peu de sens logique, il faut donc bien se rendre à l'évidence que l'abolition de l’État implique de rendre privé tout ce qui était sous contrôle des représentants de l’État.

4. L'interventionnisme étatique est un diktat

Lorsque l’État choisit d'investir de l'argent de telle ou telle manière, que fait-il ? Il décide avec de l'argent qu'il vous a pris de comment il devrait être dépensé. Les politiciens élus seraient-ils particulièrement plus capables que vous de savoir où votre argent doit-il être dépensé ? Quelle compétence magique les rend-elle apte à décider de cela ? Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas de justification valable à l'interventionnisme étatique.


12:52 Publié dans Concessions, Démocratie, Socialisme, Société sans propriété | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

03/07/2014

Pourquoi le socialisme ne parle-il plus aux populations européennes ? - Un problème philosophique


Septième partie de ma présentation sur le socialisme.

Nous abordons dans cette ultime partie une hypothèse récente qui m'est venu à l'esprit. En constatant les erreurs conceptuels de certains théoriciens socialistes (par exemple Adorno et Horkheimer), je me suis rendu compte qu'il s'agissait essentiellement de théoriciens s'inscrivant dans une école philosophique que l'on qualifie généralement de continentale. J'en suis donc venu à suspecter une source commune aux erreurs conceptuels de nos théoriciens dans le paradigme philosophique même dans lequel ils œuvrent.

Le paradigme philosophique continentale est en fait un ensemble d'écoles philosophiques différentes (phénoménologie husserlienne, ontologie fondamentale heideggerienne, psychanalyse freudienne ou lacannienne, critique généalogique nietzschéenne, existentialisme sartrien, déconstruction déridienne, école de Francfort, etc.) qui partage le rejet d'une certaine méthode : la méthode analytique.

Voici un tableau qui résume les différences entre les deux méthodes :

le-tableau-qui-rc3a9sume-tout.png



Mon hypothèse est que la gauche socialiste n'a pas su employer les outils de la méthode analytique, au contraire probablement des libéraux, ce qui a provoqué un affaiblissement général de la théorie socialiste et, par voie de conséquence, des organisations socialistes. Sur les bases du marxisme analytique et de l'anarchisme analytique, il convient donc de créer une véritable théorie francophone et européenne socialiste analytique qui permettra à nos organisations de reprendre le dessus dans la lutte intellectuelle et idéologiques avec nos adversaires.

De mes discussions et débats avec des amateurs de philosophie continentale soi-disant de gauche (voire se réclamant carrément parfois anarchistes), j'ai pu noter les tendances (travers) suivantes :

- un rejet de la logique et de la raison (de la rationalité)

- un rejet du critère de clarté dans la production philosophique (au profit d'une sorte de style proto-littéraire)

- un mépris envers le sens commun et envers les intuitions

- une volonté de fermeture et d'élitisme (nécessité de l'initiation et de la maîtrise d'un jargon par auteur)

- un refus du progrès en philosophie (la philosophie ne progresserait pas...)

Sur la base de ces différents constats, je déduis qu'il est grand temps pour la gauche socialiste et ses théoriciens de se tourner vers la méthode analytique pour produire une philosophie claire, logique, rationnelle, ouverte au sens commun, et en un mot : populaire.





Voilà, c'est la fin de la mise par écrit de cette présentation sur le socialisme que j'ai donnée à la Journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise. Cela m'a amené à tout retravailler et la présentation est finalement bien différente de sa version originelle. J'espère que le lecteur y aura trouvé un certain intérêt en tout cas.


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01/07/2014

Pourquoi le socialisme ne parle-il plus aux populations européennes ? - Un problème de concepts


Sixième partie de ma présentation sur le socialisme.

Les théoriciens socialistes ont créé ces dernières décennies un certain nombre de concepts non pertinents ou erronés. Ces concepts servent (notamment) de base à la construction programmatique et au fond des campagnes politiques, et c'est pourquoi ils sont aussi problématiques. Pour un exposé complet de l'influence de la théorie (de la philosophie politique) sur la pratique (sur la vie sociale, économique, et politique), se référer à la première partie de cette présentation.
Ces errements et erreurs ont pour moi une source commune qui se trouve dans un choix paradigmatique philosophique fallacieux, et ce sera la dernière partie de ma présentation. Pour le moment, je propose de se contenter de donner quelques exemples de concepts erronés.

1. Le néo-libéralisme

En remplaçant le capitalisme par le néo-libéralisme, les théoriciens socialistes (en question) se croyaient probablement très malins et se disaient peut-être que cela incarnerait une forme de modernisation de la critique socialiste de l'exploitation et de la domination, mais ils n'ont créé qu'un poncif vide de sens. Nul ne sait réellement définir le néo-libéralisme qui devient l'incarnation de tous les fantasmes des gauchistes. Généralement, les militants naïfs (sans vouloir être désagréable) emploient ce concept comme équivalent au mot « mal ». Quel concept pratique... mais vide de sens.
A vrai dire, les social-libéraux (la gauche libérale non socialiste) ont fini par s'emparer du concept pour présenter leur propre libéralisme comme parfaitement présentable, face aux méchant libéralisme des néo-libéraux, et par le faire désigner simplement n'importe quelle action en faveur du moins d’État. C'était ainsi réaliser le premier pas de leur stratégie visant à remplacer le socialisme par l'étatisme.
Devant ce naufrage de la pensée, une seule solution : l'élimination de ce concept absurde.

2. Le remplacement du socialisme par l'étatisme (et le keynésianisme)

Ce n'est pas seulement le problème (capitalisme par néo-libéralisme) que les social-libéraux ont remplacé suite aux mauvaises théorisations socialistes, mais c'est aussi la solution. On entend la gauche s'étendre sans relâche sur la nécessité de préserver l’État (éventuellement providence), sur la nécessité de grossir les services publics, de gonfler le nombre de fonctionnaires, sur l'importance de l'impôt (« l'impôt heureux » disaient pitoyablement certains membres du PS) et de la taxation...
Pourquoi s'étonner que la population européenne ne se sente pas particulièrement motivée à voter pour davantage de ponctions étatiques ? La liberté positive du socialisme c'est la solidarité, pas l’État et le contrôle social de la machine bureaucratique ! Il est donc impératif de cesser de créer cette confusion entre socialisme et étatisme. Ré-affirmons plutôt notre volonté de nous débarrasser de la hiérarchie, voilà un combat bien plus noble.

3. Le remplacement du socialisme par le moralisme (et l'élitisme)

Ceci est probablement le pire de tous les problèmes conceptuels provoqués par les théoriciens socialistes... Faire passer le socialisme pour une théorie moralisatrice devant dire à tout le monde comment il doit vivre !
L'acte de consommation (la société de consommation) est de manière absurde critiquée à n'en plus finir (le consumérisme c'est le mal, n'allez pas au McDonald, votez éthique avec votre porte-monnaie, etc.). Le jeu vidéo fait l'objet des pires condamnations, le cinéma de masse (les blockbusters) est l'incarnation de Satan, l'alimentation rapide (snack food) est un travers diabolique, la technologie est toujours porteur d'un vice quelconque, le savoir n'est qu'une forme de domination, etc. Ce tissu de moralisations vient remplacer le projet socialiste, le projet de liberté, par une politique de culpabilisation rabaissant les goûts de la majorité de la population à des vices critiquables.

4. Suprématie de la lutte internationale sur la lutte nationale

Les théoriciens socialistes parlent beaucoup de lutte des classes au niveau mondial, les vilaines nations occidentales exploitent les gentilles nations du Tiers-Monde, et cela est très mal. Ce qui nous ramène à une dose de moralisme supplémentaire (il vous faudra obtenir la rédemption par l'humanitaire, en payant de votre porte-monnaie votre juste expiation) et nous éloigne du commencement du projet socialiste : l'individu et sa volonté de vivre autrement (pleinement) ici et maintenant, parmi ses voisins et ses compatriotes.
Les théoriciens socialistes parlent beaucoup de post-colonialisme, de multinationales, de l'empire américain, et ils en oublient de s'intéresser aux humbles problèmes des locaux et des nationaux. Peut-être qu'un peu plus de réalité et de localité dans leur théorisation/militantisme serait bienvenue. Marx le disait déjà : la révolution est mondiale, mais elle ne peut se faire que nationalement (ce qui signifie que la révolution mondiale n'est que la somme de toutes les révolutions nationales).

5. L'abandon de la lutte économique pour la lutte culturelle

Le socialisme n'est-il qu'un progressisme ? Son but est-il de réaliser le mariage homosexuel et l'égalité entre les genres ? Ce sont bien là des implications du noyau essentiel du projet socialiste certes. Toutefois, le socialisme ne l'emportera pas en mettant l'accent sur des questions de mœurs. La lutte se doit d'abord d'être essentiellement économique et sociale, et non uniquement morale et culturelle. 



Dans la prochaine et dernière partie, je conclurai en abordant la question du mauvais choix philosophique effectué par la gauche. 

 

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30/06/2014

Pourquoi le projet socialiste a-t-il été abandonné ?


Cinquième partie de ma présentation sur le socialisme donnée à la Journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise le 17 juin 2014.

Contrairement à ce que j'avais dit lors de ma précédente publication, je vais espacer encore un peu cette présentation en divisant le contenu restant en trois parties distinctes. La présente traitera de manière générale des différents problèmes (facteurs) ayant amené à l'abandon du socialisme, la prochaine abordera spécifiquement les problèmes conceptuels rencontrés par le socialisme et par ses théoriciens, et la dernière exposera mes hypothèses sur un choix philosophique générale problématique pris par les mouvements se réclamant du socialisme (ce sera en fait la partie la plus osée). Dans la mesure du possible, j'essaie de ne pas me contenter d'exposer un problème, mais bien aussi de proposer des pistes (esquisses) de solution. Mais assez de ces introductions à répétition, et commençons.


Notre utopie, notre projet de société idéal, notre théorie du bonheur, tout cela ne semble pas trouver grâce aux yeux des populations européennes contemporaines, du moins de leur (grande) majorité. Comment est-ce possible ?

Il y a d'abord des facteurs externes à nos organisations.

1. Nos adversaires sont puissants. Patronat, financiers, propriétaires, droite, centre, gauche libérale, gouvernements, pouvoirs d’État divers et variés, disposent de vastes moyens de propagande, d'endoctrinement, et de répression. Tant de gens ont écrit sur ce sujet (Althusser et Foucault notamment) que je ne vais pas ergoter sur le sujet (qui plus est, j'ai déjà écrit là-dessus sur ce blog).

2. On ne sait plus qui est le sujet émancipateur dans nos sociétés européennes tertiarisées. Cela peut sembler trivial, mais les conséquences de cette évolution se font fortement encore sentir. La classe ouvrière ne représentant que 15% de la population dans des villes-cantons comme Genève ou 20% en Suisse, et la classe paysanne que 3 à 4%. L'ancien prolétariat semble donc bien peu nombreux pour réaliser sa révolution censée libérer toute la société (alors que le nombre était censé être sa force face à la minorité exploiteuse). Ajoutons en outre que la classe ouvrière contemporaine résidente en Suisse est probablement majoritairement composée d'ouvriers étrangers (avec ou sans papiers qui plus est) au pouvoir politique limité... Si la classe ouvrière n'est plus le sujet émancipateur, alors qui est-ce ?
A cette question, les théoriciens contemporains ont répondu tout et n'importe quoi, avec au choix : les jeunes, les étudiants, les féministes, les homosexuels, les migrants, les pauvres, les classes populaires, les sans-papiers, etc.
Et pourtant, les jeunes et les étudiants ne semblent plus très révolutionnaires, les féministes et les homosexuels non plus, les migrants et les sans-papiers sont trop faibles pour se révolter, les pauvres ne se révoltent que rarement par manque de moyens, et enfin, les classes populaires, on ne sait pas qui c'est (probablement un peu de toutes les catégories pré-citées). Certains avancent alors que le sujet émancipateur serait... tout le monde (ils nomment ce
tout le monde par le pompeux terme de multitude), et il me semble qu'ils ont raison. Le prolétariat est mort ? Les classes sociales ont disparu ? Vive la révolution des individus !

3. Les communistes ont été dé-crédibilisés par la chute de l'URSS. L'idée d'une alternative valable au capitalisme semble moins évidente. Bon nombre de ceux qui croyaient dans les mythes russo-soviétiques ont perdu leurs convictions et leur confiance dans le projet socialiste. La propagande de nos adversaires visent en plus à faire accroire que la vieille machine autoritaire russo-soviétique incarnait le top du socialisme...

Il y a aussi des facteurs internes à nos organisations.

4. Les organisations de gauche (je pense particulièrement à la social-démocratie, mais pas seulement) sont gangrenées par le carriérisme et l'électoralisme. Cela empêche toute réflexion de fond et bloque une véritable action allant dans le sens du socialisme. Je ne vais pas m'étendre davantage car j'ai d'ores et déjà dénoncé ce cancer sur ce blog.

5. Les organisations de gauche sont mal structurées. Trop rigides, conçues comme des machines électorales ou gestionnaires, elles reproduisent des tendances de la société capitaliste (hiérarchie, bureaucratie, verticalité, autoritarisme, domination, etc.). Il faudrait au contraire des organisations fondées sur un modèle autogestionnaire horizontal, et ultra-démocratique, où les militants seraient aux commandes du navire de A à Z (ce qui est techniquement possible avec la technologie contemporaine).

6. Les organisations d'extrême gauche présentent souvent des problèmes de forme. Les trotskistes par exemple se complaisent dans une rhétorique absolument in-audible aux oreilles des populations européennes contemporaines. Les anarchistes, quant à eux, se déguisent souvent (mais pas toujours) en punks iroquois ou en clochards des rues, ce qui ne facilite pas le travail d’approche et de conscientisation de la population... ou bien se perdent dans des slogans sans fin contre la machine policière ou pénitentiaire au lieu de s'en prendre aux gouvernements qui donnent les ordres. Bien entendu, ces critiques (comme les précédentes) ne concernent qu'une partie de ces organisations.

7. Les organisations de gauche pèchent au niveau de la formation des militants. Conçus comme de la main d’œuvre, les militants sont bien trop souvent formés à de simples tâches de propagande (assimilation d'argumentaires, rhétorique, etc.), alors qu'il faudrait former nos militants selon une véritable éthique des vertus (sur laquelle je reviendrai ultérieurement). On ne construit pas une société alternative sur des borborygmes propagandistes, mais sur la raison et la passion de véritables êtres humains.

8. Les organisations de gauche ont des problèmes de méthode. Leur militantisme semble se poser trop de limites et ne pas appréhender l'ensemble des possibilités d'action envisageables.


Les deux derniers problèmes sont des problèmes d'ordres conceptuels et philosophiques. Ce sont ces deux derniers ensembles de problèmes que je traiterai dans les deux dernières parties de cette présentation sur le socialisme.

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29/06/2014

Le projet socialiste a-t-il été abandonné ? - Quelques constatations historiques


Quatrième partie de ma présentation donnée à la Journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise le 17 juin 2014.

Dans ma précédente publication, où je tentais d'esquisser une forme de définition historique du socialisme (en retraçant son évolution depuis sa genèse et ses sources d'inspiration), j'ai remonté le temps jusqu'aux années 1940 (plus ou moins certes, mais l'exhaustivité n'est pas ici recherchée). Le but était de donner une idée de l'origine historique du socialisme, ainsi que de montrer la matrice commune de tous les mouvements s'en revendiquant et les fusions et mélanges récurrents qui ont suivi malgré les scissions et les divisions régulières. A présent, j'aimerais m'intéresser à une question extrêmement contemporaine : le projet socialiste a-t-il été abandonné ?
Pour tenter d'y répondre, je propose de reprendre mon tracé historique là où je l'avais laissé, soit au milieu des années 1940.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les partis communistes (staliniens), forts (entre autres) de l'intervention victorieuse de l'Armée Rouge et de leur rôle dans la Résistance, dominent en Europe. Toutefois, leurs aspirations révolutionnaires semblent s'être un peu assagies (en France, en 1936 déjà, le Parti Communiste Français se refusait à accompagner et soutenir les mouvements grévistes potentiellement révolutionnaires) et ils se contentent de prendre autant de pouvoir d’État qu'ils peuvent tout en obtenant des réformes progressistes. Face à cet endormissement réformiste des communistes, la social-démocratie ne fait pas mieux puisqu'elle a entrepris sa longue mutation du socialisme révolutionnaire au socialisme réformiste, du socialisme marxiste réformiste au socialisme non marxiste réformiste, et enfin du socialisme tout court au social-libéralisme. En France, il faut attendre 1983 pour voir Mitterrand et le Parti Socialiste Français abandonner les derniers restes de socialisme que l'on trouvait dans les programmes électoraux. En Allemagne, c'est en 1959 que le Parti Social-Démocrate (SPD) abandonne clairement ses derniers oripeaux socialistes marxistes (de fait l'abandon du socialisme marxiste semble anticiper l'abandon du socialisme tout court...). En Suisse, il est difficile de savoir exactement quand le Parti Socialiste a abandonné le projet socialiste, car il en a toujours gardé des restes phraséologiques dans ses programmes fédéraux et parce qu'une aile gauche socialiste a toujours subsisté bon gré mal gré, mais il est évident que l'idée même du socialisme semble aujourd'hui quelque chose de relativement incompréhensible (ou plutôt carrément ésotérique) à bon nombre (une vaste majorité ?) de membres du parti (essayez-donc d'aborder la question de la collectivisation de la propriété ou de l'abolition du salariat).

Ce premier paragraphe permet de poser deux constats.
Premièrement, les partis communistes européens ne cherchent plus vraiment (ou alors très mollement) à se rapprocher du projet socialiste durant (au moins) toute la deuxième moitié du XXème siècle. Cela est probablement dû (partiellement) à l'influence de l'URSS, qui, en tant qu'entité dictatoriale (capitaliste d'Etat ou pas) non socialiste, se contrefiche de l'avènement du socialisme et le redoute plus qu'autre chose. La formation de l'euro-communisme (qui marque la prise d'une certaine indépendance des partis communistes de l'URSS) ne change pas particulièrement la donne à mon sens. Jusqu'aux années 1990, et la chute de l'URSS, les partis communistes ne sont donc pas une force très positive pour l'avancement du projet socialiste en Europe (mais on peut nuancer cela, comme on me le faisait remarquer). Par la suite, une partie d'entre eux disparaît, une autre se reconvertit au social-libéralisme, comme le Parti Communiste Italien, et tous subissent un effondrement électoral important, que seule la crise de 2007-2008 va venir stopper. Les descendances des partis communistes européens ont de nos jours parfois préservé leurs racines de manière très explicites (comme le Parti du Travail belge, avec un certain succès) ou bien ont tenté une modernisation intéressante comme celle du Parti Communiste Français avec le Front de Gauche (qui est une coalition). Le projet socialiste n'a donc pas été abandonné par une partie d'entre eux, même s'il convient de constater que bien souvent il est peu apparent (peut-être est-ce volontaire, souci tactique face à une population qui ne comprend plus trop le sens du projet socialiste), voire caché sous des flots de rhétoriques gauchistes, keynésiennes, ou encore écologistes. A Neuchâtel, la Jeunesse du Parti Ouvrier Populaire est un exemple de transformation réussite et de mélange de sincérité socialiste et de de militantisme habile.

Deuxièmement, la social-démocratie européenne a bel et bien abandonné le projet socialiste. Son aile gauche ne semble être qu'un faire-valoir et son action est clairement social-libérale (collaboration avec la droite en Suisse s'accompagnant d'une recherche constante du consensus et d'un respect de la paix du travail, gouvernement français actuel, politique du Parti Démocrate en Italie, réformes libérales du SPD allemand, etc.). Il n'y a rien d'autre à ajouter à un niveau aussi élevé de généralisation. Une analyse plus fine au niveau suisse ou cantonale suivra (quand je serai à même de la faire).

Parallèlement à tout cela, de nombreux autres groupes politiques (libertaires, surréalistes, trotskistes, maoïstes, situationnistes, etc.) s'activent. L'apogée de leur influence au XXème siècle se fait sentir avec l'insurrection mondiale de mai 68. Toutefois, tous ces groupes politiques, quoique plutôt fidèles au socialisme, ne parviennent pas à atteindre suffisamment de gens pour renverser le capitalisme ou transformer ses structures.

Abandon du socialisme.png



Pourquoi le projet socialiste a-t-il été abandonné progressivement par tant de gens (que ce soit des partis ou des populations en Europe) ? Pourquoi nos idées ne parlent plus aux populations européennes ? Ce seront les questions auxquelles je tenterai de répondre dans la prochaine partie de mon exposé. Je mettrai principalement l'accent sur les problèmes théoriques rencontrés par le socialisme et ses théoriciens, ainsi que sur leurs erreurs et errements. Enfin, je proposerai quelques modestes pistes pour remédier à tout cela (ce qui nous amènera à une ultime publication supplémentaire).

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27/06/2014

Définition historique du socialisme

Troisième partie de ma présentation sur le socialisme, exposée à la Journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise le mardi 17 juin dernier.

Le socialisme peut être défini philosophiquement, mais il peut aussi être défini historiquement en retraçant sa genèse et son évolution, ce que je vais faire à présent de manière succincte. Toutefois, j'avertis le lecteur qu'il s'agit ici de donner un (très bref) aperçu historique des fluctuations des mouvements se revendiquant du socialisme, et non de rédiger une encyclopédie de l'histoire du socialisme.

Les prémisses au projet socialiste sont d'ores et déjà présentes chez les penseurs grecques et romains dans l'Antiquité, notamment chez Platon (l'idée de collectivisme par exemple), mais aussi dans les structures mêmes de ces sociétés antiques (la démocratie athénienne par exemple, particulièrement sous l'influence de Périclès). On retrouve ensuite les prémisses du socialisme dans les penseurs modernes, comme Rousseau, puis dans les penseurs (et acteurs) utopistes. Ces derniers formalisent d'ores et déjà une doctrine socialiste très poussée où le coopérativisme et l'égalité jouent un rôle clef dans la construction de sociétés idéales (utopies). Passant de la théorie à la pratique, les utopistes créent des phalanstères (micro-sociétés idéales, coopératives, ou ensemble de coopératives) en Europe même, ou s'en vont aux États-Unis pour y fonder des communautés idéales et fraternelles. Ces trois groupes (penseurs antiques, penseurs modernes, et utopistes) fondent les origines historiques du socialisme contemporain.

Une seconde origine du socialisme peut être notée dans la Révolution française. Non pas forcément dans les 10 années de révolution en elles-mêmes, mais dans un certain nombre d'acteurs comme Gracchus Babeuf, « tribun du peuple » exécuté pour ses idées, (et les babouvistes), ou les Enragés, qui tentent d'instaurer le socialisme à l'ensemble de leur société au XVIIIème siècle déjà. A noter en outre que les Jacobins (et les Montagnards) ont eu une influence sur les socialistes futurs (sans que cela ne fasse d'eux des socialistes). A la suite de Babeuf, c'est un de ses fidèles compagnons de lutte, Buonarotti, qui reprend le flambeau révolutionnaire et multiplie les conspirations et les conjurations en Europe. Blanqui, à sa suite, s'inspirera de lui, et influencera ensuite Lénine (ce qui transparaît dans sa vision du parti révolutionnaire).

C'est de cette base historique commune que surgissent Proudhon et Karl Marx, le premier influençant dans un premier temps le second. Marx, proudhouniens, et blanquistes, seront ensuite actifs au sein de la plus célèbre organisation internationale ouvrière, l'Association Internationale des Travailleurs (AIT). C'est aussi dans cette organisation (association) que militeront Bakounine et ses partisans. A ce stade, on peut noter que malgré des origines variées et des variations théoriques, les socialistes sont tous organisés au sein de la même organisation internationale, l'AIT. Il y a donc non seulement un fondement philosophique tout à fait semblable à tous les socialismes (cf. ma précédente publication), ainsi qu'une origine commune historique, mais en sus de cela il y a une véritable coopération et mobilisation de tous les socialistes (et de tous les socialismes si on veut) au sein de la même organisation.

C'est seulement en 1872, après le Congrès de la Haye, que se séparent socialistes libertaires, socialistes pro-marxiens, et socialistes blanquistes. Les socialistes libertaires se réunissent au sein d'une nouvelle organisation internationale, l'Internationale anti-autoritaire (qui durera jusqu'en 1878) et les socialistes pro-marxiens préfèrent (à ce moment-la) s'organiser en partis nationaux (les socialistes blanquistes disparaissent quant à eux). Le mouvement anarcho-socialiste (anarchiste) semble donc se séparer ici du mouvement socialiste pro-marxien. On verra que cette séparation est moins définitive que l'on pourrait le croire.

En 1889, après la mort de Marx, Engels (qui entre-temps a véritablement fondé la doctrine marxiste) et le reste du mouvement socialiste pro-marxien (à présent marxiste) se rassemble dans une nouvelle organisation internationale : l'Internationale Socialiste. Cette organisation rassemble ce que l'on appelle aussi la social-démocratie, même si (et oui cela peut surprendre certains aujourd'hui) à ce moment-la elle est essentiellement marxiste.

Genèse du socialisme et scission entre mouvement socialiste et mouvement anarchiste.png


La social-démocratie n'est cependant pas un bloc immuable et mono-lytique, et au début du XXème siècle, plus précisément à la Première Guerre Mondiale, elle se scinde. C'est en effet en 1917 qu'intervient la révolution russe de février, suivie du coup d’État (révolutionnaire selon certains) de la fraction la plus radicale de la social-démocratie russe, les bolcheviques, menés par Lénine. A partir de 1918-1920, les partisans des méthodes (et théories) de Lénine (de ce qui va devenir le marxisme-léninisme) et du nouveau régime russe prennent le nom de « communistes » pour se différencier du reste du mouvement socialiste marxiste. Selon certaines interprétations, il s'agit ici d'une séparation entre socialistes marxistes révolutionnaires et socialistes marxistes réformistes au sein de la social-démocratie (même si ce n'est pas aussi simple puisqu'il y a des exemples contraires comme la Gauche révolutionnaire, composante de la social-démocratie française des années 1930). Les communistes quittent donc à ce moment définitivement la social-démocratie et fondent leur propre organisation internationale : la Troisième Internationale.

Au sein de la social-démocratie restante, on peut noter une autre scission, celle des Spartakistes, dont une des figures de proue est la mythique Rosa Luxembourg, qui quittent la social-démocratie pour supporter et joindre la révolution allemande (qui finira dans le sang et la répression). De cette scission des Spartakistes émerge ce qu'on appelle parfois le socialisme conseilliste. C'est cette branche du socialisme marxiste qui est la plus poreuse avec le socialisme libertaire et elle inspirera plus tard des libre-penseurs comme le militant Cornelius Castoriadis ou Daniel Guérin, qui tentera par ailleurs de formuler une synthèse entre marxisme et anarchisme (socialisme libertaire), le marxisme libertaire. Ce dernier exemple (parmi d'autres bien entendu) nous montre comme le socialisme marxiste (le marxisme) et le socialisme libertaire (l'anarchisme) sont restés proches, malgré leurs divergences tactiques ou de méthode, et leurs anciennes divergences (des organisations socialistes contemporaines comme SolidaritéS rassemblent par exemple, entre autres, des socialistes marxistes et des socialistes libertaires). D'autres socialistes libertaires, comme Lucien Tronchet (ou de nos jours Pascal Holenweg), militeront (ou milite dans le second cas) carrément au sein de la social-démocratie suisse ou européenne, alors que celle-ci n'est plus guère marxiste (nous y reviendrons).

Si la social-démocratie va poursuivre sa route de son côté en étant sans cesse de plus en plus réformiste, de moins en moins marxiste, et finalement de moins en moins socialiste (de cela aussi nous reparlerons), les communistes vont de leur côté vivre aussi une scission importante. En effet, le mouvement communiste se scinde en deux autour de 1925-1927, après la mort de Lénine et avec le départ en exil de Trotsky de l'URSS, chassé par Staline sorti victorieux de son combat contre Trotsky. Les communistes partisans de Trotsky, qui deviendront en conséquence les trotskistes, fondent (juste avant la mort de Trotsky, en 1938) leur organisation internationale, la Quatrième Internationale. Les trotskistes ne cesseront pas par la suite de se diviser et de se re-diviser en de multiples entités en fonction de leurs mésententes sur divers points stratégiques ou de fond.

Scission entre mouvement socialiste et mouvement communiste & scission dans le mouvement communiste.png


En conclusion, ce court exposé donne une idée du parcours accompli par les mouvements se revendiquant du socialisme. Il forme, je pense, une sorte de définition historique de ce qu'est le socialisme, et met en évidence les limites de toute définition historique d'un objet comme le socialisme qui est avant tout un objet philosophique.


Dans la prochaine partie, nous aborderons la question de savoir si le projet socialiste a été abandonné, et toutes les modalités et implications de cette question.
Cela me permettra par ailleurs d'esquisser l'évolution des mouvements issus du socialisme depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale jusqu'à de nos jours.

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26/06/2014

Définition philosophique du socialisme


Deuxième partie de ma présentation sur le socialisme, donnée le mardi 17 juin à la journée de formation de la Jeunesse Socialiste Genevoise. A noter que le découpage par écrit ne respecte pas celui oral, notamment car je procède à quelques ajouts et remaniements sur cette version écrite, ainsi que pour simplifier la lecture.

J'avertis en outre le lecteur qu'il s'agit uniquement d'une introduction, d'une esquisse, voire des prémisses d'un programme de recherche, ainsi qu'un ensemble de thèses plus ou moins démontrables et d'hypothèses encore difficilement démontrables. Tout cela reste à développer, et ne constitue qu'un
balbutiement.

Je l'avais d'ores et déjà fait auparavant sur ce blog, mais je suis ici allé un peu plus loin (et peut-être surtout de manière plus systématique et structurée), voici donc une tentative de définition philosophique du socialisme (qui sera suivie d'une tentative de définition historique dans la prochaine partie). Cette définition philosophique est incomplète dans les catégories philosophiques mêmes qu'elle appréhende, puisqu'elle se limite à une définition ontologique (en termes d'essence) et à une définition éthique. Une définition épistémologique et métaphysique seraient entre autres par exemple souhaitables.

Quelle substance est le socialisme ?
A cette question, je propose humblement trois approches différentes.
D'abord, celle d'un certain marxisme qui suppose que le socialisme serait simplement une phase historiquement déterminée du développement des forces productives. Cette réduction du socialisme à cela ne me semble pas suffisamment précise pour déterminer son essence. Si le socialisme n'est qu'un ensemble de structures politiques et sociales qui apparaissent à un moment donné du développement de l'économie, alors soit il apparaît par hasard, soit il faut une raison pour qu'il apparaisse. Comme l'explication par le hasard semblera absurde à tous, il ne reste plus qu'à trouver une raison à cette apparition, et cette raison ne peut que résider dans les motivations d'acteurs à réaliser le socialisme. Ces motivations doivent donc trouver leur source dans une position éthique. Voilà donc pourquoi l'on peut exclure la pertinence de cette première définition exprimée comme telle (mais pouvant probablement être interprétée de meilleure façon à son avantage).
Une deuxième approche est celle de Cornelius Castoriadis. Ce dernier établit une équivalence entre socialisme et démocratie directe (radicale). Il fait par conséquent équivaloir le socialisme à certaines phases historiques (les cités grecques démocratiques, la Révolution française, le mouvement ouvrier, les nouveaux mouvements sociaux, etc.), mais aussi à un projet de société. A nouveau, si le socialisme est un projet de société, il doit s'appuyer sur une position éthique pour justifier ce projet, et voilà pourquoi la définition de Castoriadis n'est pas suffisante, car, comme la précédente, pas assez fondamentale.
Une troisième et juste définition de la substance socialiste est celle de Kropotkine. Celui-ci établit (sauf erreur ou déformation de ma part) que le socialisme est une tendance éthique présente dans tous les individus et opposé à une tendance autoritaire qui implique un certain comportement individuel (et par agrégation un certain comportement collectif formant un certain ensemble de structures politiques, économiques, sociales, etc.) Cette définition est juste car elle remonte aussi loin que nécessaire pour permettre de justifier un certain type d'organisation sociale que préconise le socialisme. La substance socialiste est donc une tendance éthique présente dans les individus à un degré plus ou moins fort.

A présent, il s'agit de définir les attributs de cette substance (et les modes de ces attributs si possible). Toutefois, il y a une remarque à faire auparavant : comme toute tendance éthique, cette dernière se caractérise par le but qu'elle poursuit, soit le bonheur, il faut donc garder en tête que le socialisme est avant tout une théorie du bonheur, ou autrement dit, si le socialisme en tant que substance éthique est respectée, alors le bonheur individuel et collectif est réalisé.

L'attribut principal de la substance socialiste est la liberté, car elle est la condition nécessaire (mais pas forcément suffisante) pour permettre la recherche du bonheur (et non la réalisation du bonheur pour tous). Cette hypothèse demande à être développée et argumentée, j'y reviendrai donc ultérieurement. La liberté, telle que définie justement par le socialisme, est en même temps positive et négative, et les deux ne s'excluent nullement, mais se complètent harmonieusement.
La liberté positive consiste en la capacité de se réaliser, de réaliser des choses nécessaires à son bien-être notamment. Quelqu'un n'est ainsi pas libre s'il est affamé ou vit dans la misère. Cette première moitié du principal attribut de la substance socialiste implique des attributs secondaires au socialisme qui peuvent être compris comme d'autres conditions nécessaires, mais secondaires par rapport à l'attribut principal (à la condition principale). Ce sont notamment la solidarité et le partage (qui n'impliquent toutefois pas forcément l’État providence contemporain et sa fiscalité).
La liberté négative est la possibilité qu'à l'individu de réaliser des actions qu'il souhaite réaliser sans en être empêché par autrui (que cet autrui soit un individu, la collectivité, une collectivité, l’État, le gouvernement, les lois, etc.). La réalisation de la liberté négative implique l'abolition de toutes les limitations à la liberté négative, soit la hiérarchie, le patriarcat, le racisme, le sexisme, et... le salariat !
C'est parce que le socialisme veut réaliser la liberté qu'il refuse le salariat, soit le fait qu'un individu puisse donner des ordres à un autre, puisse le commander, ou carrément l'exploiter. C'est parce que le socialisme refuse le salariat qu'il refuse donc le patronat. C'est parce qu'il refuse le patronat qu'il refuse l'existence de la propriété.
C'est parce que le socialisme refuse la hiérarchie, car contraire au principe de liberté, qu'il refuse l'existence de l’État en tant qu'outil de domination, avec ses bureaucrates, ses contrôles, son aristocratie élue, etc.
Ainsi, lorsque l'on dit que le socialisme refuse le capitalisme, on veut dire qu'il refuse cet ensemble de choses qui sont inhérentes du capitalisme : propriété, patronat, salariat, hiérarchie, et État.

En comparaison, le libéralisme est une théorie de la justice désirant réaliser la liberté négative, la liberté positive émergeant toute seule de la liberté négative selon les libéraux (je pourrais interpréter la théorie libérale de manière à en faire une théorie du bonheur, mais je ne souhaite pas le faire). En somme, il y a justice si les droits de propriété sont respectées, si les droits de propriété sont respectés, alors les gens ont la capacité de se réaliser car un optimum de l'allocation des ressources est réalisé. Les libéraux ne considèrent pas que le salariat est une agression contre l'individu, et si oui, ils ne considèrent pas la résistance des salariés comme une légitime défense.

Un mot enfin sur la distinction philosophique entre socialisme révolutionnaire et socialisme réformiste : le socialisme réformiste postule le fait que la liberté peut être donné aux individus par le haut, soit indépendamment de la volonté des individus. Selon lui, l’État, le parti, le gouvernement, peut donner la liberté aux individus, indépendamment de ce qui se passe dans la tête des individus eux-mêmes. La thèse du socialisme révolutionnaire réside dans le fait que la liberté ne peut pas être donnée aux individus, mais qu'ils doivent s'en saisir eux-mêmes. C'est là le pari de Marx par exemple, puisque pour lui l'émancipation du prolétariat ne peut être que l’œuvre du prolétariat lui-même.

 

 

Dans la prochaine partie, je proposerai une définition historique du socialisme, et non plus philosophique.

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16/03/2014

Nous sommes le socialisme

Affirmer que nous sommes le socialisme n'est pas une mince affaire !
En effet, affirmer que nous sommes le socialisme, c'est affirmer que notre parti, en tant qu'organisation politique, en tant qu'ensemble de structures politiques, incarne dès maintenant un espace de vie socialiste. Autrement dit, à l'intérieur de cet espace de vie les rapports sociaux sont d'ores et déjà différents de la réalité quotidienne de la société capitaliste. Nos pratiques organisationnelles, assez proches de pratiques autogestionnaires, sont d'ores et déjà un défi lancé à la rationalité mercantile et à la loi du plus fort, qui caractérisent les modalités organisationnelles du capitalisme. La rupture avec le capitalisme, l'adhésion au projet socialiste, est donc déjà contenu dans la forme même de notre parti.

Cette idée est importante je pense, car elle établit que le socialisme n'est pas qu'un concept abstrait, ou un sentiment diffus, mais au contraire, une conception éthique et politique qui se traduit directement dans la vie sociale par une modification de son environnement. Le militant socialiste est une sorte de micro-phalanstère à lui tout seul, et son adhésion aux valeurs socialistes (dont le cœur est la liberté) l'amène tout naturellement à modifier spontanément la vie quotidienne autour de lui. Ce micro-phalanstère grossit considérablement quand il fait la jonction avec d'autres micro-phalanstère, se traduisant par l'association partisane (le parti), qui n'est rien d'autre qu'un phalanstère militant.

Tout comme Bakounine en son temps avec l'Internationale anti-autoritaire, nous pouvons donc considérer que nous incarnons une brique de la société future, de la société idéale socialiste, et qu'il s'agit de construire autant de briques que nécessaire pour jeter les bases d'une contre-société à l'intérieur même du capitalisme. Ainsi la révolution dévore-t-elle la société capitaliste de l'intérieur, tandis que l'avènement révolutionnaire n'est que l'embrasement ultime qui voit la poussée sociale finale se hisser sur nos fondations révolutionnaires pour mieux porter le coup fatal à l'ordre capitaliste.

Ceux qui voudront aller plus loin dans cette idée auront raison d'en impliquer la nécessité de d'étendre au maximum ces espaces de vie qui échappent au capitalisme et à ses logiques, que ce soit des syndicats ou des partis, mais aussi des coopératives, des librairies alternatives, des éco-villages, des municipalités rouges (comme Marinaleda), des quartiers autonomes (comme Christiana), des cercles de discussion, des bureaux de recherche, des clubs ouvriers, etc.

Voilà pourquoi notre parti doit se considérer comme un espace de vie en révolution permanente contre le conformisme, l'autoritarisme, le consensualisme, le carriérisme, et le centralisme, toutes tendances ne pouvant que nous ramener à nous soumettre à la Loi du patronat, et voilà pourquoi incarner l'idéal que nous prônons est une nécessité révolutionnaire, et non une simple rêverie utopiste. 


Article paru dans la Cuite Finale numéro 8 

17:54 Publié dans Militantisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

10/03/2014

Pourquoi militer en faveur du socialisme ?


Pour un ethos militant harmonieux

A la question de savoir pourquoi militer en faveur du socialisme, un certain nombre de militants ont tendance à répondre qu'ils militent en solidarité envers telle ou telle cause parce qu'elle leur tient à cœur. C'est donc la pulsion altruiste qui fait vibrer leurs entrailles et les emporte dans le tourbillon du militantisme. Qu'il pleuve, qu'il vente, c'est cette émotion qui sera leur force.
Bien souvent, ces militants s'identifient à certains individus, ou plutôt à certains groupes sociaux, victimes d'une oppression ou d'une injustice. Ces militants ont ensuite tendance à voir en ces groupes sociaux (prolétariat, classe ouvrière, travailleurs, précaires, précariat, travailleurs immigrés, pauvres, minorités culturelles, femmes, homosexuelles, etc.) le sujet émancipateur, la classe ou le groupe appelé à émanciper l'ensemble de la société, pourvu qu'il prenne conscience de son rôle historique. Les militants n'ont alors pour objectif que de servir ce groupe social, en l'aidant à s'organiser.
A mon humble avis, cette position, si elle est certes moralement justifié évidemment, pose de gros problèmes. Combien de militants ne se lassent-ils pas de ne pas voir avancer leurs causes ? Combien désespèrent de ne point voir poindre un sursaut de révolte parmi leur sujet émancipateur favori ? Après quelques années de cette routine, je crains que ces militants ne lâchent l'affaire, et sombrent soit dans le fatalisme apolitisant, soit dans le carriérisme par défaut...

Chères et chers militant-e-s, nous devons faire de la politique par plaisir. Le militantisme doit être une fête éternelle, un enrichissement individuel continu, et non une quelconque forme de sacrifice ou d'austérité. Car notre projet de société n'est pas un objectif lointain, il est à vivre immédiatement, dans la vie quotidienne, dans nos rapports sociaux de tous les jours. La société n'est pas un bloc monolithique capitaliste et autoritaire, elle est multiple, plurielle, et nous pouvons y creuser dans ses parois des fresques et des phalanstères. Nos organisations sont d'ores et déjà des lieux de vie alternatifs, des espaces de pensée, de création, et d'expérimentation, en rupture avec la société dominante, nous devons les développer, étendre leurs modalités, et dévorer le monstre capitaliste de l'intérieur en étendant nos logiques et nos valeurs sans cesse à l'assaut de nouveaux bastions de la vie sociale, culturelle, symbolique, économique, politique, etc.
Notre idéal nous n'avons pas à l'attendre mille ans, il est à vivre ici et maintenant, et c'est sur cet ici et ce maintenant que nous aurons reconstruit, que nous bâtirons les fondations d'une révolution plus générale. Car la réalité est qu'il n'y a pas d'autre sujet émancipateur que nous-mêmes, et ce n'est nullement un problème. Dans une société où classe et groupes sociaux ne sont plus aisément perceptibles, c'est l'association des individus de bonne volonté qui prime pour donner vie à une société alternative.

Camarades, nous sommes notre idéal.
Vivons-le !

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09/03/2014

Fondements éthiques et ontologiques du socialisme


« La question que se pose l'anarchie pourrait être exprimée comme suit : quelles formes de sociétés permettent mieux à cette somme de bonheur de grandir et de se développer en quantité et en qualité ? »

Kropotkine


J'ai retrouvé chez Kropotkine l'intuition géniale qu'avait eu Gracchus Babeuf en son siècle sur la finalité du socialisme (à noter que je considère dans un texte philosophique, et non historique, comme équivalent socialisme, communisme, et anarchisme). Selon ces deux auteurs, le socialisme a comme finalité l'établissement du bonheur collectif et individuel.
Évidement, affirmer que le socialisme équivaut au bonheur c'est aller trop loin. Par contre, affirmer que le but du socialisme réside dans l'établissement des conditions idéales pour permettre à l'individu de rechercher et de trouver le bonheur me semble parfaitement valable. Il ne s'agit en effet donc pas de donner le bonheur aux individus, c'est proprement impossible car l'individu sait mieux comment atteindre le bonheur que la société ne le sait pour lui, mais simplement de mettre en place les conditions qui permettent à l'individu de rechercher le bonheur, et (éventuellement) de le trouver.
Je ne suis pas certain qu'à ce stade de la réflexion une définition du bonheur soit nécessaire. Si c'était le cas, je m'en tiendrais personnellement à proposer une définition ultra-simplifiée du bonheur comme étant la maximisation de sa satisfaction, quantitativement et qualitativement. Et je pense que cette définition n'infirme en rien mes premiers propos.

Les conditions idéales permettant à l'individu de rechercher le bonheur équivalent à la liberté. C'est en effet dans une société libre que l'individu a le plus de chance de trouver le bonheur, libéré qu'il est des contraintes et des asservissements de la société contemporaine. Ce point, comme le précédent et comme ceux qui suivront, nécessiteraient clairement un long développement argumenté, et j'y reviendrai dans un prochain billet. Disons que je me contente ici de poser les briques fondamentales de mon argumentation afin d'y voir plus clair.
Mais globalement, je rejoins les anarchistes libéraux qui pensent qu'il existe une nature humaine, mais je n'en tire pas les conclusions qu'ils en tirent sur la propriété de soi (et tout ce qui s'ensuit). Je pense que nous pouvons considérer que s'il existe bel et bien une nature humaine (universelle évidemment donc), cela explique pourquoi tous les êtres humains ont leur intérêt (leur possibilité de trouver le bonheur) dans le même projet de société : le projet de liberté, le projet socialiste. C'est notre nature humaine qui nécessite pour pouvoir se réaliser (soit trouver le bonheur) de pouvoir se développer au sein d'une société libre.

Il nous faut maintenant proposer une définition de la liberté. Ma position est que la liberté est en même temps positive et négative, les deux notions ne s'opposant pas, contrairement à ce que croient les anarchistes libéraux, mais se complétant harmonieusement.
La liberté est négative, car elle réside dans le fait de ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire. L'oppression, l'exploitation, la domination, l'aliénation, sont toutes des entraves qui se traduisent dans l’État (au sens non platonicien du terme), le capitalisme (et donc le salariat), et dans toutes les expressions autoritaires et dans toutes les hiérarchies.
La liberté est positive, car elle réside dans la capacité qu'a l'être humain de se réaliser. Nul ne défendra en effet qu'un être humain vivant dans une misère matérielle est réellement libre, d'où l'importance de la liberté en tant que capacité de se réaliser, qui se traduit dans la solidarité, l'égalité, et le partage.
La réalisation de la liberté négative et positive, la réalisation de la liberté tout court donc, c'est la mise en place des conditions idéales permettant à l'individu de trouver le bonheur, et c'est le but du socialisme. Ainsi, la plus haute de toutes les valeurs du socialisme, c'est la liberté. Toute les autres valeurs lui sont soumises, et ne sont que les conditions de la réalisation de la liberté. Voilà pourquoi le socialisme est essentiellement libertaire, et voilà pourquoi toute forme de socialisme non libertaire n'est pas du socialisme.

Enfin, deux autres postulats (complémentaires) qu'il faudra que je développe. Premièrement, il faut différencier le libre-arbitre de la liberté (je suis déterministe et ne crois pas en l'existence du libre-arbitre, mais cela ne m'empêche en rien de croire en la possibilité d'une société libre composée d'individus libres).
Deuxièmement, la liberté n'est pas un sentiment subjectif. Se croire libre ne fait pas de vous quelqu'un de libre : soit on est libre, soit on ne l'est pas, objectivement.

« Quel est le but de la société ? N’est-ce pas de procurer à ses membres la plus grande somme de bonheur qu’il est possible ? Et que servent donc toutes vos lois lorsqu’en dernier résultat elles n’aboutissent point à tirer de la profonde détresse cette masse énorme d’indigents, cette multitude qui compose la grande majorité de l’association ? »

Gracchus Babeuf

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24/12/2013

Du socialisme castoriadien (complément)


Il ne semble pas que le propos de mon texte ait été bien saisi au vu de certains commentaires que l'on m'a fait à son sujet.

Les point 1 et 2 de mon texte visait à arriver au point 3, soit à affirmer le caractère universel du projet socialiste. Cette universalité, on aurait aussi pu l'établir par d'autres biais (cf. mon texte sur l'objectivisme par exemple), mais ce qui est intéressant avec Castoriadis, c'est sa définition du socialisme qui permet de retracer le parcours du socialisme à travers plusieurs événements et mouvements historiques.
Le point 4 reprend cette définition du socialisme, mais cherche à établir ce qui fait que quelque chose est socialiste. Ainsi, un projet de société politique est socialiste parce qu'il comprend des mesures socialistes fondées sur des valeurs socialistes. Un projet de société socialiste expérimenté collectivement (comme une coopérative autogérée ou un éco-village) est socialiste parce qu'il est l'application pratique des valeurs socialistes à l'organisation sociale. Un individu socialiste est socialiste parce qu'il adhère à des valeurs socialistes et qu'il les met en application.
Il y a donc toujours un aspect adhésion aux valeurs socialistes (quel que soit le niveau d'échelle), et un aspect respect de ces valeurs en pratique.
Je suis socialiste parce que j'adhère à l'idée que la liberté est la valeur fondamentale de toute organisation sociale certes (parce que condition du bonheur), mais je respecte aussi cette valeur de liberté en pratique en n'opprimant jamais quiconque.
La liberté impliquant égalité et solidarité pour être une liberté réelle et respectueuse d'autrui, j'applique ces préceptes à moi-même d'abord en me montrant solidaire envers autrui, etc.
Il ne faut donc pas dissocier un idéal politique d'un idéal individuel, d'une pratique individuelle, et il ne faut pas les opposer. Ce n'est pas anodin si des militants quittent la politique pour vivre dans des fermes autogérées dans les montagnes. Leur désir de vivre selon leurs principes les poussent simplement à un moment donné de cesser d'attendre l'avènement révolutionnaire, et à vivre leurs idéaux immédiatement en pratique.
Pour éviter cette rupture entre militantisme et aspirations personnelles, je pense que l'individu socialiste doit trouver un moyen de concilier les deux, un peu comme le font les personnes œuvrant dans les coopératives Lungo Maï mais qui militent aussi en faveur de l'ensemble des travailleurs et soutiennent leurs luttes. Idéal politique et idéal individuel ne s'opposent pas, mais forment un tout qu'il faut vivre de la manière la plus harmonieuse possible selon moi.

17:00 Publié dans Castoriadis Cornelius, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

22/12/2013

Du socialisme castoriadien



Le raisonnement suivant est celui qui m'a permis d'arriver à une définition que je trouve valable du socialisme. Il part de la philosophie politique socialiste de Cornelius Castoriadis, mais va au-delà des intuitions du penseur je crois (je n'en suis pas sûr parce que je n'ai lu, loin de là même, tout ce qu'il a écrit sur le sujet).

1. Qu'est ce que l'idéal de Castoriadis ?

Castoriadis définit d'abord son idéal comme étant le socialisme. Il ne me semble pas qu'il emploie le mot « communisme », car ce mot fait alors référence à l'URSS (et pour beaucoup de gens c'est malheureusement toujours le cas).
Mais dans un deuxième temps, Castoriadis trouve plus pertinent d'employer le mot « gestion directe de la production par les ouvriers » ou « gestion ouvrière » pour désigner son idéal. Le but est alors de se distancier des trotskistes qui ne font pas toujours (à l'époque) de différence entre étatisation des moyens de production et socialisme.
Avec l'évolution culturelle des années 60, Castoriadis établit une équivalence (assez évidente certes) entre « autogestion » et « gestion directe de la production par les ouvriers ». En fait, il s'agit non pas d'une équivalence, mais d'un retour à la source d'une implication, car l'autogestion c'est la gestion directe ouvrière généralisée à tous les individus et à tous les secteurs de la vie. On retrouve ici ma définition du socialisme comme étant la gestion du monde par ses usagers (ce qui est logique puisqu'elle découle de ma compréhension de Castoriadis).
Mais Castoriadis va plus loin et établit que l'autogestion n'est rien d'autre que la démocratie la plus radicale et la plus directe possible.

« Qu'est ce qu'une société autonome ? 
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ». 
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer. 
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »


Plus tard, lorsqu'il est très âgé, il affirme qu'il a toujours parlé et lutté pour le même idéal. Ainsi, le socialisme équivaut à la gestion directe ouvrière, qui équivaut à l'autogestion, qui équivaut à la démocratie.
Selon lui, derrière ces différentes manière de désigner son idéal réside un même projet de société, qu'il nomme « projet d'autonomie » ou « projet de liberté ».

2. L'idéal de Castoriadis par rapport l'histoire

« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »

Castoriadis affirme, comme on peut le voir, que le projet de liberté commence avant Marx, avec le mouvement ouvrier lui-même.
Mais il va aller encore plus loin en affirmant que le projet de liberté commence en fait avec l'invention de la démocratie athénienne, se développe, atteint son apogée sous Périclès, puis sombre. Après un millénaire d'oppression, il renaît avec la Révolution française, puis est porté par le mouvement ouvrier. Enfin, il est successivement porté par le mouvement des femmes (le mouvement féministe), le mouvement des jeunes (le mouvement étudiant notamment), et le mouvement écologiste.

« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. » 


Tout cela me semble très juste et très cohérent. Mais pourquoi devrions-nous nous arrêter là ?
Pourquoi les formes primitives de démocratie pré-antiques ne seraient-elles pas elles-aussi des prémisses au projet de liberté ?

3. Le socialisme/le projet de liberté est universel

Nous avons un projet de société, le projet de liberté, que l'on retrouve dans l'Antiquité, puis à l'époque moderne, et enfin tout le long de l'époque contemporaine avec différents mouvements sociaux.
Je pense qu'il n'y a qu'une manière d'expliquer cela, c'est ce que le socialisme/le projet de liberté est universellement valable, soit valable pour tous les individus, en tous temps, et en tous lieux. Les exemples de Castoriadis ne sont donc que des illustrations de certains moments où le projet de liberté/le socialisme a été réalisé.

4. Qu'est ce que le socialisme ?

Ce projet de société qu'est le socialisme/le projet de liberté semble être un projet collectif, un but à réaliser, une expérimentation collective.
Pourtant, le mouvement ouvrier (pour reprendre l'exemple de Castoriadis) est d'abord et avant tout un mouvement composé d'individus se battant pour un idéal.
Ces individus qui veulent réaliser le socialisme sont appelés « socialistes » parce qu'ils veulent vivre dans une société différente (socialiste).
Donc eux-mêmes sont porteurs de quelque chose : une adhésion aux valeurs de cette société différente. Cette adhésion à ces valeurs signifie que le socialisme est d'abord ça : une adhésion individuelle à des valeurs portant le projet de liberté.
Mais si j'adhère aux valeurs socialistes dans le but de réaliser un projet de société, alors je suis moi-même respectueux de ces valeurs socialistes (de liberté).
Donc le socialisme c'est aussi et d'abord des valeurs impliquant un comportement impliquant une action individuelle. Donc le socialisme est d'abord une éthique individuelle.
Vécue en groupe elle donne des expérimentations collectives (coopératives autogérées, municipalités rouges, jardins collectifs, etc.)
Politiquement elle donne le projet de société socialiste.

18:32 Publié dans Castoriadis Cornelius, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

31/05/2013

Castoriadis & socialisme



« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. »

Cornelius Castoriadis


Si pour Marx le socialisme est un moment donné déterminé (et déterminant) de l'histoire humaine, et un stade nécessaire amenant au communisme, Castoriadis établit lui l'équivalence suivante : socialisme = projet d'autonomie = démocratie (véritable).

Cette équivalence est essentielle car elle fait du socialisme non pas un moment unique ou simple état statique (un mode de production avec des caractéristiques x ou y), mais un mouvement dynamique d'émancipation présent à plusieurs moments de l'histoire humaine.

Selon Castoriadis en effet, le projet d'autonomie apparaît donc durant la Grèce antique, puis disparaît, avant de ré-apparaître avec la modernité, puis de croître avec le mouvement ouvrier.

Si pareille analyse me paraît très pertinente, je trouve toutefois que c'est se limiter que de croire que le socialisme, le projet d'autonomie, peut être réduit à quelques moments précis de l'histoire.
Le projet d'autonomie, le socialisme, est selon moi présent en germes dès la naissance des premiers êtres humains, car le socialisme n'est pas uniquement une projet collectif, mais aussi une pratique individuelle qui transparaît dans les comportements.

C'est pourquoi le socialisme est présent tout le long de l'histoire humaine, des premiers millénaires nomades, à l'époque contemporaine, en passant par la sédentarisation et l'Antiquité, sous une forme potentielle, réalisée parfois individuellement, et exprimée parfois collectivement.

Et par cette interprétation de Castoriadis, nous pouvons donc affirmer le caractère intemporel du projet socialiste, ainsi que son universalité.


« Toute théorie est création, promotion à l'existence de nouveaux possibles. (...) La théorie politique suppose une articulation au projet d'autonomie qui permet de donner un sens à l'histoire humaine. »

Cornelius Castoriadis 

15:27 Publié dans Castoriadis Cornelius, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

12/05/2013

Qu'est ce que le socialisme ?



M'étant éloigné du marxisme, je me dois de formuler une nouvelle définition du socialisme, et cette-dernière sera castoriadienne.

Le matérialisme historique et ses différentes phases ne voient qu'une succession d'infrastructures et de superstructures dans l'évolution historique, et le socialisme est pour Marx un moment déterminé de l'histoire.
Pour Castoriadis au contraire, le socialisme, qui a certes une finalité structurelle ou organisationnelle, est un un projet d'autonomie et de liberté qui tente de voir le jour de nombreuses fois dans l'histoire, sous des noms différents. S'il n'est réalisé que rarement complètement, le socialisme n'en reste pas moins une pulsion historique qui revient donc de manière récurrente.
J'irais même plus loin en disant que le socialisme commence dans l'individu, lorsque celui-ci adopte comme état d'esprit et comme projet de vie le projet d'autonomie et de liberté. Le socialisme est donc intemporel puisqu'il peut fort bien apparaître de manière isolée hors des sentiers balisés de l'histoire.

Les individus ayant adopté le projet socialiste (le projet d'autonomie et de liberté) et se réunissant pour le réaliser deviennent donc le mouvement socialiste.
Et c'est ce mouvement qui jette les bases de la première démocratie en Grèce antique, puis c'est lui qui réapparaît avec la révolte des esclaves dans la Rome antique, et c'est encore lui qui est à l’œuvre lorsque se forment les premières républiques modernes.
La révolution française, loin d'être une simple révolution bourgeoise ou libérale, est l'expression de ce mouvement pour l'autonomie.
Puis, le mouvement socialiste prend son nom véritable en se confondant avec le mouvement ouvrier. Après le mouvement ouvrier, ce sont les femmes qui portent le projet socialiste en se battant pour leurs droits. Puis le mouvement des jeunes lors de mai 68 qui brise le conservatisme, et enfin le mouvement écologiste qui s'attaque à l'exploitation sous de nouvelles formes.

Par ailleurs, le socialisme est quelques fois réalisé : la Commune de Paris en 1871, la Catalogne républicaine en 1937, le soulèvement hongrois de 1956, Marinaleda sûrement aujourd'hui sous une forme modeste.

En ayant tracé ce cheminement historique du mouvement socialiste et du socialisme, on peut voir que toute conception d'une classe en soi, d'une classe déterminée à réaliser le socialisme, est une erreur. Les individus qui se battent pour réaliser le socialisme le font parce qu'ils pensent que ce projet de société est valable, en tous temps, en tous lieux, par amour de la liberté, par amour de l'autonomie.
Le capitalisme pourrait nous abreuver d'or et d'argent, il pourrait nous engloutir sous des monceaux de victuailles et de richesses, que nous voudrions toujours le socialisme, car c'est moins une question de niveau de vie, que de liberté.
Bien sûr, ces individus ont une histoire, des origines, qui leur ont permis d'adhérer ua projet socialiste. Cette adhésion ne sort pas de nulle part. Toutefois, il faut abandonner les déterminismes économiques et cesser de croire qu'une mythique classe ouvrière réalisera le socialisme.
Le socialisme sera réalisé par ceux qui croient en ce projet de société.

Faut-il à présent donner une définition des structures d'une société socialiste ?
Je me contenterais de dire que la société socialiste est celle où l'individu peut le plus se gouverner par lui-même et le moins déléguer sa souveraineté à autrui. C'est celle où la liberté a été réalisée par la suppression de toute exploitation et par l'élimination de la domination. C'est enfin la gestion des individus sur leurs espaces de vie, de travail, sur ce qui les touche et les concerne, de manière horizontale, et autogestionnaire.
(Pour une description plus détaillée, se référer à mes autres textes sur les structures du socialisme.)

14:18 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Le socialisme se suffit à lui-même (suite)



J'aimerais compléter ma précédente publication en généralisant le principe que j'y ai affirmé. En effet, si j'ai dit que l'écologie politique est une composante du socialisme, cela n'est pas valable que pour elle. Le socialisme n'est pas qu'un type d'organisation idéal du mode de production et des institutions politiques, ces points n'étant que des implications de ses prémisses éthiques, le socialisme contient aussi, implique, le progressisme, le féminisme, l'internationalisme, etc.
Et voilà pourquoi il est vain d'accumuler des listes de mots pour se définir politiquement (SolidaritéS est un expert la-dedans), car du bon sens donné au mot « socialisme » découle tout le reste.
C'est aussi pourquoi un socialiste ne peut être ni conservateur, ni nationaliste, ni productiviste. 

J'ajouterais que la tentation inverse est simplement une erreur.
Penser que le féminisme impliquerait le socialisme ne me paraît pas fondé, car le féminisme est tout simplement une catégorie moins globale. Et c'est pareil pour l'internationalisme ou le progressisme, ou l'écologie politique. Seul le socialisme peut impliquer l'ensemble de ces courants, car seul le socialisme a une portée aussi générale puisqu'il se confond avec le projet d'autonomie et de liberté en tant que catégorie éthique fondamentale, impliquant toutes les sous-catégories de projets autonomisants. 
Le socialisme est donc un tout qui se suffit à lui-même. 
 

13:23 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (45) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/05/2013

Le socialisme se suffit à lui-même



C'est par ma lecture de Marx que j'ai compris que le socialisme n'avait pas besoin d'une reconceptualisation à la sauce néo-socialiste (et encore moins écosocialiste), et c'est par ma lecture de Cornelius Castoriadis que j'ai compris que le socialisme n'a pas besoin du marxisme.

Mais à présent, je me rends compte, toujours grâce à ma compréhension des écrits de Castoriadis, que le mouvement socialiste, le mouvement d'émancipation qui traverse l'histoire et les individus, comprend le mouvement écologiste et décroissant.
L'objection de croissance, la décroissance, l'écologie politique, ne sont qu'une des composantes de ce mouvement socialiste, de ce mouvement de lutte pour la liberté et l'autonomie.

Étant conséquent, par la présente, j'abandonne l'usage du terme « objecteur de croissance » pour définir mes idées politiques.
Je suis socialiste, et le socialisme se suffit à lui-même.

19:29 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

05/05/2013

Le socialisme, un projet pour la liberté



Certains militants pensent parfois que le socialisme serait composé de deux courants antagonistes, dont l'un (dominant) serait exclusivement tourné vers l'augmentation du niveau de vie de la population (et en premier lieu des catégories dominées de la population) via la croissance de l'Etat-providence, et dont l'autre, plus libertaire, se concentrerait sur la réalisation de l'autogestion (la gestion des travailleurs sur leurs moyens de production, la gestion des usagers sur leur lieu de vie, la gestion des étudiants sur leurs lieux d'étude, etc.).
Mais à mon avis, c'est une erreur de vouloir opposer l'un à l'autre, comme il est erroné de chercher à opposer l'égalité ou la justice à la liberté.

Cette erreur provient probablement d'une confusion sur l'essence et la finalité du projet socialiste, ou bien d'une non adhésion au projet socialiste en tant que tel.
Car le socialisme n'est pas seulement un projet égalitariste par amour de l'égalité, pas plus qu'il n'est un projet de justice par adulation de la justice. Le projet socialiste met simplement l'égalité et la justice au service de la liberté, et affirme que sans égalité et sans justice, il ne peut y avoir de liberté réelle.
Le développement de l’État-providence, l'extension du respect des droits sociaux, l'amélioration des conditions de vie, sont partie intégrantes du projet socialiste car ils servent sa finalité : la réalisation de la liberté.
En effet, nul n'est libre sans accès à des soins, sans accès à l'instruction, sans accès à des transports publics de qualité, sans accès à un minimum vital, etc.
La liberté passe nécessairement par l'instauration d'un bon niveau de vie.

Toutefois, la critique du capitalisme, la critique de l'exploitation, n'est pas qu'une critique envers un niveau de vie insuffisant (puisqu'un niveau de vie suffisant est absolument nécessaire à toute liberté réelle), c'est aussi, et ce de manière essentielle, une critique contre l'exploitation en tant qu'aliénation de la liberté.
Car l'existence structurelle du patronat est productrice d'une domination qui aliène la liberté des travailleurs, et qui nie leur autonomie à décider souverainement de ce qui les concerne en premier lieu : la gestion de l'organisation du travail. De même, l'existence d'une autorité extérieure à celle des étudiants et des professeurs au sein de l'université aliène la liberté des usagers de leur espace de vie (étudiants et professeurs) à décider souverainement. Ces exemples montrent que la liberté n'est pas qu'une question d'augmentation du niveau de vie, de réalisation de la justice ou de l'égalité, mais bien aussi une question de démocratie réelle, d'autonomie réelle des individus, et de suppression de toute exploitation ou domination (de toute hétéronomie).

Ainsi, le socialisme se confond avec le projet d'autonomie, avec le projet de liberté, et vouloir lui ôter une de ses composantes ne fait pas sens selon moi. 

17:48 Publié dans Liberté, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

27/01/2013

Qu'est ce que l’État ? (IV) – Socialisme et étatisme



Pourquoi en vient-on à défendre l'étatisme, c'est à dire l'intervention systématique de l’État pour résoudre tous les problèmes qu'une société rencontre ?

Lorsque j'ai pris conscience de l'incapacité (structurelle) des gouvernements social-libéraux (ou social-démocrates) d'Europe du sud à faire face à la crise de la dette, mon premier réflexe fut d'abandonner le social-libéralisme (auquel j'adhérais alors) et de me tourner vers un étatisme à grande puissance (« L’État peut tout », écrivais-je dans mes premiers écrits).
Cette adhésion à un interventionnisme étatique chevronné fut une sorte de réflexe, qui est non naturel, mais social (ou culturel). J'ai été socialisé de manière à ce que mon premier réflexe en cas d'échec du capitalisme (puisque rappelons-le, en tant que social-libéral je n'étais pas opposé au capitalisme), soit de me tourner automatiquement vers l’État (par ignorance principalement dirais-je).

Le projet étatiste qui vise à réaliser le bonheur sur Terre est-il socialiste ?

Certains l'ont pensé, beaucoup l'ont d'ailleurs pensé dans les années 30 et 40 où le socialisme semblait correspondre pour beaucoup à l'économie planifiée centralisée et étatiste. En effet, le projet étatiste a une finalité logique (lorsqu'il se radicalise) dans la planification et la centralisation de la production et de l'information (bien que les modèles étatistes et planificateurs décentralisés soient sûrement plus performants).
C'est un projet tout entier fondé sur la liberté positive et la notion de bonheur (à la sauce Maslow), car le projet étatiste (tel que je le décris ici) est un étatisme philanthropique (ou un keynésianisme radical selon certains).
C'est un projet qui s'accorde fort bien en réalité avec les concepts de dictature éclairée.

Ceci étant dit, il faut bien noter qu'il n'est pas évident du tout que le projet étatiste philanthropique soit inefficace ou non bénéfique. Au contraire, il est probable que ce projet de société soit efficace et bénéfique. On peut même le décentraliser, et bien sûr il peut prendre une forme démocratique (en outre la démocratie peut être radicalisée).

Mais le projet étatiste philanthropique n'est pas socialiste, car ce qui définit le projet socialiste n'est pas la liberté positive, ni la liberté négative des libéraux, et en réalité l'égalité (ou l'équité) ne sont que des valeurs secondaires du socialisme.
Ce qui définit le socialisme c'est l'autonomie.
Car dans son essence, le socialisme est le projet d'émancipation des exploités et des opprimés en lutte pour leur indépendance et leur autonomie.
Bien entendu, on peut définir la liberté comme identique à l'autonomie, et dans ce cas le projet socialiste devient le projet de la liberté. Et c'est d'ailleurs peut-être fort vrai, car la liberté positive et négative ont moins de valeur que la liberté en tant qu'autonomie (et en outre l'autonomie implique ces deux formes conceptuelles de liberté).

Le socialisme n'équivaut donc pas à l'étatisme philanthropique. Ce dernier n'est que la forme que prend la solidarité ou l'égalité lorsqu'il oublie l'autonomie, ou lorsqu'il tente d'agir uniquement au sein du capitalisme.
A nous de développer le projet socialiste non comme un étatisme philanthropique, mais comme un projet autonomisant, fondé sur l'autogestion, la démocratie radicale, la coopération, l'association, le fédéralisme, et la propriété des travailleurs sur leurs moyens de production.

15:12 Publié dans Qu'est ce que l'Etat ?, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

07/05/2012

Débat autour du socialisme avec John Goetelen (deuxième partie)

Débat autour du socialisme avec John Goetelen (deuxième partie)

En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.

Voici la seconde, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :


http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...

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« Le temps libre rendrait plus créatif, paraît-il dans la théorie socialiste. Non. Cent fois non. On est créatif par ses qualités personnelles, pas par son temps libre. Pour la plupart des gens le temps libre est une occasion de consommer des loisirs, pas d’être créatif. »

Et pourtant, en libérant l'être humain du travail aliénant, et en réduisant le temps de travail au profit du temps libre, le socialisme démocratique donne la possibilité à l'individu de s'engager dans des activités bénévoles, militantes, associatives, humanitaires, artistiques, culturelles, etc.
N'est ce pas dans ce que l'on aime faire que l'on est le meilleur ?
Chacun sera libre de donner davantage de temps à ses préférences.
N'est-ce pas ainsi avantager la créativité ?

«
Il faudra ensuite que cela entre dans le plan du super-Etat centraliste socialiste qui voit tout, sait tout et gère tout. »

Tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, l’État socialiste se doit d'être décentralisé au maximum, afin de maximiser la capacité de l'individu à influer sur l’État démocratiquement. La planification se fera de même à un niveau d'échelle très rapproché de l'individu (sauf dans le cas de production nécessitant un niveau d'échelle supérieur).

«
Donc une minorité d’Etat imposera à la majorité ce qui est bien et décidera in fine de ce qui doit être produit. Il n’y a là pas de liberté. Les seuls gens libres seront les membres de l’Etat central. »

L’État socialiste, sera non seulement décentralisé, mais surtout démocratique.
Et parce qu'il est démocratique il représentera réellement les intérêts de la population.
A nouveau, tel que développé dans ma théorie néo-socialiste de la démocratie, des garde-fous devront être mis en place afin de maximiser le degré de démocratisation de l’État socialiste.
Notamment le tirage au sort d'un pourcentage de parlementaires, une transparence totale en économie et en politique, et des assemblée populaires de quartiers.

«
Le socialisme n’aurait éventuellement pas laissé créer les avions pour éviter de «faire mourir la planète»? Donc pas de voitures non plus? Mais leur technologie va avec l’ensemble de la technologie: ordinateurs, téléphones, dentisterie, scanners, anesthésie et chirurgie, CERN, électricité, chauffage, recherche fondamentale pour produire un jour une énergie propre et abondante, etc, tout se tient. Toute évolution dans un domaine fait avancer les autres. Renoncer aux avions c’est aussi, d’une certaine manière renoncer aux nano technologies, à l’enseignement des langues par la vidéo, à soigner les caries sans douleur, à opérer les cancers, à pouvoir analyser notre environnement et le comprendre, etc, puisque c’est la technologie elle-même qui est mise en cause. »

Ce paragraphe est intéressant, car il confond productivisme et progrès, scientisme et science.
Non, tout progrès technologique n'est pas souhaitable.
Oui, il faudrait que la collectivité puisse se prononcer sur le développement scientifique.
Démocratiser la science est souhaitable.
Dans le socialisme démocratique le progrès et la recherche se poursuivront, mais ils seront soumis aux limites écologiques. L'impact écologique des activités humaines ne devra pas dépasser les capacités régénératrices de la biosphère.

«
Le capitalisme n’est pas une dictature. C’est un système d’investissement par le privé. Il multiplie les centres de décision. »

Au contraire, la loi de la concurrence amène toujours à une concentration du capital (multinationales, fortunes privées gigantesques, grandes entreprises, etc.)
Cette concentration donne énormément de pouvoir à quelques individus qui en profitent pour influer sur la sphère politique.

«
Sans capitaux privés c’est l’assemblée des employés de la coopérative autogérée qui investit. »

C'est certes une possibilité, néanmoins les banques de l’État socialiste et l’État socialiste lui-même seront là pour permettre l'investissement et le crédit.

«
Peut-être faudrait-il relire «1984» avant de promouvoir ce socialisme de fourmilière. »

Sauf que George Orwell prônait justement le socialisme démocratique... en opposition avec le capitalisme et le stalinisme.

18:04 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : socialisme, capitalisme, marché, libéralisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Débat autour du socialisme avec John Goetelen

Débat autour du socialisme avec John Goetelen

En réponse à mon article sur les PME et le socialisme, John Goetelen, alias Homme Libre, a publié une réaction en deux parties.

Voici la première, à laquelle je réponds à travers le présent écrit :


http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2012/05/05/socialis...

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«
Je crois à l’individu, à sa créativité, et à la liberté d’agir et d’entreprendre. »

Je crois à l'individu, et c'est justement pour le préserver de toute exploitation et de toute aliénation de type économique que j'adhère au socialisme.
En organisant collectivement la production, et non égoïstement, on préserve l'individu de toute production qui va à l'encontre de ses intérêts, puisque toute production allant à l'encontre la société ou de son cadre (l'environnement, l'écologie) va au final à l'encontre des intérêts réels de l'individu.

La créativité des individus est aujourd'hui borné par les limites du marché, nécessité d'une rentabilité et de faire du profit.
Grâce à la création collective, on pourra distribuer richesses, ressources, et fruits de la production, de manière à assurer les moyens à chacun de développer sa créativité, y compris hors des limites castratrices du marché et de ses lois limitatives.
Le socialisme est donc un vecteur de créativité et de progrès.

Quant à ce qu'on appelle la liberté d'entreprendre, elle existera dans le socialisme toujours, mais à travers la propriété commune (ou collective) des moyens de production, et elle sera donc filtrée par l'intérêt de tous (donc par l'intérêt réel de l'individu).

«
Pas d’accord. Si le pouvoir économique est entre les mains d’une minorité, le droit de vote fait qu’il est possible d’édicter des lois qui limitent ce pouvoir. »


Selon la théorie du reflet de Marx, la superstructure (le rapport de force politique et idéologique) n'est que le reflet de l'infrastructure (le rapport de force socio-économique).
Gramsci a montré que le capitalisme et les intérêts d'une minorité se maintenaient en place par le maintien d'une hégémonie culturelle, morale, idéologique, et intellectuelle.
La pensée des classes dominantes dominent donc malgré la démocratie représentative, et le rapport de force politique n'est que la conséquence de cette aliénation idéologique et politique généralisée dans la société capitaliste.
Bourdieu ajoute lui que l'individu est forcé à intérioriser sa position de classe et son statut social, et à accepter l'ordre établi par la société (capitaliste).
Et puis très concrètement, on constate bien à chaque votation ou élection en Suisse que les moyens financiers des forces politiques sont très différents entre droite et gauche, entre intérêts de la minorité disposant du pouvoir économique, et la majorité dépossédée.
Bref, sans démocratie économique, pas de démocratie réelle !

« [Le contrat] c’est l’opposé de l’esclavage, c’est la reconnaissance des droits des deux parties. »

Entre le propriétaire du capital et celui qui ne possède que sa force de travail (manuelle, intellectuelle), il ne peut y a voir d'égalité contractuelle.
Celui qui ne possède rien doit se vendre ou accepter de vivre mal (en tout cas en Occident où les restes de l'Etat-social protège encore un peu un certain droit à la survie). Il n'a donc pas le choix de se vendre.
Le contrat, c'est donc l'illusion de la liberté.
Le contrat c'est la liberté du plus fort d'exploiter le plus faible.

«
Le salariat n’est pas un esclavage et il est simplement abusif de lui superposer la traite des esclaves. »

Selon la théorie de Marx de la plus-value, le propriétaire des moyens de production (aujourd'hui l'actionnaire ou le patron) exproprie une part de la valeur du travail des travailleurs (des salariés) afin de s'offrir une rente (le revenu du capital) sans travailler.
Le revenu du capital privé c'est donc le revenu de l'oisiveté et du vol.

«
La répartition équitable équitable des fruits de la production est un thème central dans le socialisme proposé. Equitable doit-il être compris dans le sens de justice ou d’égalité? »

Voici un point sur lequel je diffère de mes amis communistes, car je ne crois pas que le revenu du travail (le salaire) doive forcément être égalitaire. Je penche justement plutôt pour une répartition équitable des fruits de la production. Un écart salarial maximal de 1 pour 5 me paraît raisonnable (si on prend comme salaire minimum 4000 francs, cela correspond à un maximum mensuel de 20 000 francs, une somme encore fort rondelette).

«
La politique gère, la morale juge ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. » 

Toute conception idéologique (donc politique) s'appuie sur des conceptions morales (une vision de ce qui est bien ou mal, de ce qui est souhaitable). Il est illusoire de vouloir séparer les deux.

«
Par ailleurs, à la place du chef d’entreprise on aura une sorte d’entité abstraite: l’assemblée de la coopérative autogérée. C’est la majorité des votants qui sera responsable de l’entreprise, et non pas une personne ou un groupe de personnes bien défini. Donc personne en réalité ne sera responsable nominativement. »

Attention, démocratie économique au sein de l'entreprise (ou autogestion), ne signifie pas suppression des fonctions dans l'entreprise, mais prise de décision collective dans les choix.
Concrètement, cela signifie qu'il y aura toujours des coordinateurs (aujourd'hui managers) qui exerceront une activité de gestion et de planification (donc il y aura toujours des responsables).

«
Pourquoi l’humain serait-il soudain différent sous le socialisme? »

Comme prouvé en sociologie, l'individu est socialisé par son contexte social, par le système dans lequel il vit. Dans une nouvelle organisation de la société, on aura un nouvel être humain : un individu réellement libre.

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24/04/2012

Questionnements autour d'un programme de parti majoritaire

Questionnements autour d'un programme de parti majoritaire

Comme je le disais récemment, il faut aux partis de gauche un programme de parti majoritaire, et pas uniquement un programme de parti minoritaire (un programme de petits pas).
Non pas que je réfute le bon sens d'un programme pragmatique, conscient du rapport de force politique historique en Suisse, mais c'est que je crois fermement dans l'utilité mobilisatrice et la force rassembleuse des idées. Ainsi, un programme de parti majoritaire aurait comme avantage d'ouvrir à nouveau le monde des possibles aux militants, et de déverrouiller la porte de l'espérance idéologique à la population.

Le programme du PS de 1959 a cela de bon (malgré sa modération) qu'il identifie avec précision les secteurs économiques appelés à être transformés sous un gouvernement socialiste et les mécanismes à mettre en place. De cette façon, il ne se contente pas de parler du rôle de l’État-providence ou de l’État interventionniste keynésien, mais les dépasse par un État producteur et planificateur. On notera que c'est un peu de cette manière qu'est articulé certains aspects du programme du Front de Gauche.

Il y a donc un très grand nombre de réponses auxquelles il nous faudrait répondre pour aller au-delà des valeurs, et au-delà des principes généraux.

Quelle forme doit prendre la socialisation des moyens de production ?
Quel équilibre faut-il rechercher entre étatisation et socialisation de l'économie ?
Quelles limites à la socialisation de l'héritage ?
Quelles limites à l'étatisation du logement par rapport aux coopératives ?
Dans quelle mesure faut-il laisser les coopératives productrices autogérées libre de tout contrôle ?
Quels domaines économiques faut-il planifier, quels domaines faut-il laisser se gérer par les mécanismes du marché ?
Quels sont les secteurs prioritaires à étatiser ou à socialiser ?
Quels sont les secteurs prioritaires à planifier ?
Comment réaliser une planification écologique efficace ?
Comment établir une transparence générale des acteurs économiques privés et étatiques ?
Faut-il auto-gérer les services publics ?
Quelles limites à l'autogestion ?
Comment développer un tournus des fonctions dans les entités économiques productrices ?
Quelle forme devrait prendre la prise de décision collective dans les activités économiques ?
Comment inscrire ces mutations dans le cadre juridique suisse ?
Comment adapter la sphère juridique aux exigences de la réalisation du socialisme ?
Comment réformer l'enseignement de manière à mettre fin à sa fonction de reproduction des inégalités sociales ?
Quelle étendue à la redistribution des richesses ?
Qu'est-ce qu'une distribution égalitaire des fruits de la production dans une économie socialiste ?
Quel commerce international et avec qui ?
Etc.

Je pourrais proposer d'ores et déjà des réponses.
Mais ce travail devrait être réalisé collectivement, soit par le cercle Gramsci, soit par la Jeunesse Socialiste, soit par une autre structure encore à définir. 

16:39 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : socialisme, programme, parti, majorité | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/04/2012

Le socialisme est de retour, que les riches tremblent à nouveau !

Le socialisme est de retour, que les riches tremblent à nouveau !

Le socialisme est de retour.

La crise systémique du capitalisme et les attaques des libéraux (néo-libéraux et social-libéraux confondus) contre l’État providence ont provoqué l'appauvrissement d'une large partie de la population européenne, renforçant ainsi la lutte des classes et ramenant aux goûts du jour l'idéal socialiste qui semblait disparu du champ idéologique et politique contemporain dominant.

Les partis de gauche européens se sont tellement centrisés ces dernières années que pour le moment ils sont totalement désemparés et perdus dans cette crise qui vient anéantir leurs belles théories de l'équilibre vertueux entre productivité capitaliste et État redistributeur.
C'est pourquoi c'est actuellement l'extrême gauche qui se renforce comme le prouve l'incroyable score de Monsieur Mélenchon, les intentions de vote en Grèce, ou les résultats la dernière élection régionale espagnole.

Le socialisme est de retour, que les riches tremblent à nouveau !

Mais les contradictions du capitalisme ne doivent pas être l'unique moteur du socialisme. Le matérialisme historique ne saurait être la finalité de notre réflexion, un peu d'idéalisme hégélien me semble en effet bienvenu. Car la force de nos idées peut faire évoluer la société, ou en tout cas le rapport de force politique, notamment sur le plan idéologique.

La Jeunesse Socialiste Suisse en entérinant son dernier document de fond, Démocratie Socialiste, a marqué sa volonté de dépasser le capitalisme autrement que par des incantations, mais concrètement par le socialisme.
Ce retour au marxisme réformiste, à un réformisme radical sans concession, rappelle les belles années du socialisme de 1920, voire de 1935, époque où le Parti Socialiste n'avait pas qu'un programme de parti minoritaire, mais aussi un programme de parti majoritaire.
Comment pouvons-nous espérer avoir une majorité sans proposer aux citoyens un programme de parti majoritaire ?
Nous devons proposer aux citoyens un véritable programme socialiste de transformation globale et systémique de la société.
Sans cela nous ne serons jamais majoritaires et la société sans classe restera simple rêve.

15:07 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (33) | Tags : socialisme | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

23/02/2012

Nouvelle théorie néo-socialiste de la démocratie

Nouvelle théorie néo-socialiste de la démocratie


Ou comment organiser une société afin de maximiser la liberté, l'égalité, et l'autonomie de l'individu.

I. Démocratie (Liberté/autonomie) spatiale

Les conditions nécessaires à l'autonomie et l'indépendance de l'individu passent par l'établissement d'une société décentralisée et relocalisée au maximum possible. La décentralisation et la relocalisation des activités humaines (notamment politiques et économiques) permet de construire une liberté réelle pour la société et les individus. La décentralisation et la relocalisation induisent une autosuffisance collective maximale et une autosuffisance individuelle (capacités d'autoproduction) minimale, en tout cas au niveau des besoins fondamentaux. Une société relocalisée est une société à taille humaine où les liens sociaux sont renforcés, c'est donc une société conviviale. La décentralisation politique et économique signifie une organisation de la société contre-pyramidale, en partant de sa base, avec une division par degré d'échelle (quartier ou village, commune, canton, et fédération) du niveau de prise de décision.

La démocratie spatiale est une première condition fondamentale à toute construction sociale visant à maximiser l'autonomie et la liberté de l'individu.

 

II. Démocratie (Liberté/autonomie) populaire

Grâce à la décentralisation et à la relocalisation, on peut tendre vers la démocratie directe par l'instauration généralisée d'assemblées populaires de quartiers ou de villages (c'est à dire au niveau des plus petites entités politiques). La démocratie directe permet de donner directement au peuple (c'est à dire à tous les habitants du pays) la possibilité de décider des décisions collectives qui le touchent justement directement, sans passer par une délégation de sa souveraineté politique.
La démocratie populaire établit un degré basique de liberté et d'autonomie pour la société et l'individu.


III. Démocratie (Liberté/autonomie) citoyenne

Dans le cas (logique et inévitable) où des espaces communs de prise de décision politique subsistent à une échelle supérieure à celle de la plus petite entité politique (ceci malgré la décentralisation et la relocalisation maximale possible), alors il faut passer par un processus de délégation politique. La démocratie représentative semi-directe(système helvétique) doit alors être combinée à la démocratie athénienne (par tirage au sort). 50% des députés doivent être élus, et 50% doivent être tirés au sort. Les outils de la démocratie directe (droit d’initiative populaire et droit de référendum) restent bien entendu en place. Le tirage au sort (sur la base du volontariat et du parrainage citoyen) permet d'éviter que les plus riches, ou que les orateurs les plus talentueux ou les plus charismatiques, ne soient systématiquement élus. Il règle le problème de l'élitisme qui est caractéristique de nos sociétés contemporaines où le pouvoir politique est concentré dans quelques mains.
La démocratie citoyenne est un rouage essentiel de l'organisation sociale pour corriger le système politique contemporain et ses déficiences, et fonder une véritable égalité politique.


IV. Démocratie (Liberté/autonomie) économique

La seule structure économique soumise à la démocratie (à la prise de décision collective) étant l'outil étatique, les moyens de productions privées sont socialisés et le salariat aboli. Toute entité économique productrice devient une coopérative autogérée. Une planification démocratique et décentralisée définit ce qui est nécessaire à l'accomplissement du bonheur collectif et individuel et planifie l'activité du secteur des coopératives productrices étatiques. Le secteur des coopératives productrices privées reste soumis au lois du marché. Toutefois, cette production privée reste néanmoins soumises à une planification possible et à un contrôle démocratique sur leurs activités qui filtre les activités économiques contraires à l'intérêt social. L'héritage et le crédit (les banques) sont socialisés, et un contrôle étatique des licenciements est institué. La publicité consumériste est interdite. Une transparence économique totale est instaurée aussi bien dans le secteur privé que étatique. 
La démocratie économique permet d'en finir avec la domination d'une minorité possédante (moyens de production, capitaux) sur une majorité non possédante. Par la démocratie économique, la majorité se réapproprie son droit à s'autodéterminer (égalité économique) et acquiert la liberté de jouir d'elle-même sans devoir se vendre aux possédants. Par ailleurs, l'expropriation capitaliste par la plus-value est ainsi stoppée, au profit d'un véritable partage social des bénéfices du travail.


V. Démocratie (Liberté/autonomie) sociale

Les activités humaines socio-économiques se fondent sur le modèle de l'autogestion égalitaire (égalitarisme relatif). L'autogestion définit un tournus des tâches dans l'organisation du travail, et une prise de décision collective dans les choix économiques. Par l'autogestion de l'organisation du travail, on s'assure qu'une prise de décision partagée, directe, et collective (donc démocratique) soit toujours en place dans la société, quelle que soit la structure concernée. 
La démocratie sociale est un garde-fou démocratique pour préserver les droits des travailleurs de toute dérive (égalité sociale).


VI. Démocratie (Liberté/autonomie) écologique

Les activités humaines sont fondées sur le principe d'auto-limitation et de simplicité volontaire.
L'impact écologique des activités humaines ne doit pas dépasser les capacités régénératives de la biosphère. Par une planification démocratique on s'assure donc que ces principes sont respectés, car toute l'organisation de la société dépend de ceux-ci. En effet, la liberté humaine et son autonomie ne sont possibles que si son environnement se maintient de manière pérenne.
La démocratie écologique est la condition non négociable à toute construction collective et politique.

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Comme on peut le voir, dans le néo-socialisme, la démocratie amène à l'autonomie/indépendance, qui amène à la liberté, qui amène à l'égalité pour parvenir à l'harmonie collective, individuelle et écologique.
Au final, ces grands principes axiologiques, que sont la démocratie, la liberté, l'autonomie et l'égalité, s'équivalent.

 

NéoSocialisme III.png


 

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09/12/2011

Théorie néo-socialiste de la démocratie

 

Théorie néo-socialiste de la démocratie

Ou comment organiser une société afin de maximiser la liberté, l'égalité, et l'autonomie de l'individu.

I. Démocratie (Liberté/autonomie) spatiale

Les conditions nécessaires à l'autonomie et l'indépendance de l'individu passent par l'établissement d'une société décentralisée et relocalisée au maximum possible. La décentralisation et la relocalisation des activités humaines (notamment politiques et économiques) permet de construire une liberté réelle pour la société et les individus. La décentralisation et la relocalisation induisent une autosuffisance collective maximale et une autosuffisance individuelle (capacités d'autoproduction) minimale, en tout cas au niveau des besoins fondamentaux. Une société relocalisée est une société à taille humaine où les liens sociaux sont renforcés, c'est donc une société conviviale. La décentralisation politique et économique signifie une organisation de la société contre-pyramidale, en partant de sa base, avec une division par degré d'échelle (quartier ou village, commune, canton, et fédération) du niveau de prise de décision.
La démocratie spatiale est une première condition fondamentale à toute construction sociale visant à maximiser l'autonomie et la liberté de l'individu.

II. Démocratie (Liberté/autonomie) populaire

Grâce à la décentralisation et à la relocalisation, on peut tendre vers la
démocratie directe par l'instauration généralisée d'assemblées populaires de quartiers ou de villages (c'est à dire de petites entités politiques). La démocratie directe permet de donner directement au peuple la possibilité de décider des décisions collectives qui le touchent justement directement, sans passer par une délégation de sa souveraineté politique. A ce niveau d'échelle, un fonctionnement de prise de décision par consensus est envisageable.
La démocratie populaire établit un degré basique de liberté et d'autonomie pour la société et l'individu.

III. Démocratie (Liberté/autonomie) citoyenne

Dans le cas (probable) où des espaces communs de prise de décision politique subsistent à une échelle supérieure à celle de la plus petite entité politique (ceci malgré la décentralisation et la relocalisation maximale possible), alors il faut passer par un processus de délégation politique. La
démocratie représentative semi-directe (système helvétique) doit alors être combinée à la démocratie athénienne (par tirage au sort). 50% des députés doivent être élus, et 50% doivent être tirés au sort. Les outils de la démocratie directe (droit d’initiative populaire et droit de référendum) restent bien entendu en place. Le tirage au sort (sur la base du volontariat et du parrainage citoyen) permet d'éviter que les plus riches, ou que les orateurs les plus talentueux ou les plus charismatiques, ne soient systématiquement élus. Il règle le problème de l'élitisme qui est caractéristique de nos sociétés contemporaines où le pouvoir politique est concentré dans quelques mains.
La démocratie citoyenne est un rouage essentiel de l'organisation sociale pour corriger le système politique contemporain et ses déficiences, et fonder une véritable égalité politique.

IV. Démocratie (Liberté/autonomie) économique

La seule structure économique soumise à la démocratie (à la prise de décision collective) étant l'outil étatique, l'économie privée est étatisée (socialisée). Seules les petites entités économiques restent sous contrôle privé. La
planification démocratique et décentralisée définit ce qui est nécessaire à l'accomplissement du bonheur collectif et individuel. Toutefois la planification démocratique de la production des grandes structures étatiques se fait à partir de la libre production privée des petites entités. La production des petites entités privées restent néanmoins soumises à une planification possible et à un contrôle démocratique sur leurs activités. C'est le principe d'une économie planifiée mixte : au lieu d'avoir une production privée et publique dans un système d'économie de marché, on instaure une production privée et publique dans un système d'économie planifiée.
La démocratie économique permet d'en finir avec la domination d'une minorité possédante (moyens de production, capitaux, et fortune) sur une majorité non possédante. Par la démocratie économique, la majorité se réapproprie son
droit à s'autodéterminer (égalité économique) et acquiert la liberté de jouir d'elle-même sans devoir se vendre aux possédants. Par ailleurs, l'expropriation capitaliste par la plus-value est ainsi stoppée, au profit d'un véritable partage des bénéfices du travail.

V. Démocratie (Liberté/autonomie) sociale

Les activités humaines socio-économiques se fondent sur le modèle de
l'autogestion égalitaire (égalitarisme relatif). L'autogestion définit un tournus des tâches dans l'organisation du travail, et une prise de décision collective dans les choix économiques. Par l'autogestion de l'organisation du travail, on s'assure qu'une prise de décision partagée, directe, et collective (donc démocratique) soit toujours en place dans la société, quelle que soit la structure concernée. Bien entendu, cette mesure protège évidemment en premier lieu les travailleurs des petites entités privées.
La démocratie sociale est une sorte de garde-fou démocratique pour préserver les droits des travailleurs de toute dérive (
égalité sociale).

VI. Démocratie (Liberté/autonomie) écologique

Les activités humaines sont fondées sur le principe d'auto-limitation et de simplicité volontaire.
L'impact écologique des activités humaines ne doit pas dépasser les
capacités régénératives de la biosphère. La planification démocratique s'assure donc que ces principes sont respectés, car toute l'organisation de la société dépend de ceux-ci. En effet, la liberté humaine et son autonomie ne sont possibles que si son environnement se maintient de manière pérenne.
La démocratie écologique est la condition non négociable à toute construction collective et politique.

________________________________________________________________________________

Comme on peut le voir, dans le néo-socialisme, la démocratie amène à l'autonomie/indépendance, qui amène à la liberté, qui amène à l'égalité pour parvenir à l'harmonie collective, individuelle et écologique.
Au final, ces grands principes axiologiques, que sont l
a démocratie, la liberté, l'autonomie et l'égalité, s'équivalent.

Equilibre pluri-démocratique néo-socialiste II.png

 

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22/11/2011

Équilibre du bonheur néo-socialiste

 

- Graphique schématisant les 6 principes fondamentaux du Néo-Socialisme -

http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/10/22/princip...
Equilibre du bonheur Néo-Socialiste version 2.png

 

 

15:54 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : néo-socialisme, socialisme, équilibre du bonheur | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

20/11/2011

Économie néo-socialiste

Économie néo-socialiste

Document appelé à évoluer

Il n'y a pas de dépassement du capitalisme possible, pas de solutions aux crises que traversent l'Europe, pas de solution à la crise écologique, sans une économie planifiée.

Comme il existe un grand nombre de modèles de capitalisme (du capitalisme social-démocratie au capitalisme ultra-libéral), il existe de même de nombreux modèles d'économie planifié.

Deux critiques faites à l'encontre de l'économie planifiée ne manquent pas de justesse et c'est pourquoi elles appellent des réponses :

- A la critique de Hayek sur l'incapacité des structures étatiques à accéder à l'information à temps, on répondra par une nécessaire décentralisation spatiales et économiques (logistiques).

- A la critique général sur le caractère contraignant de l'économie planifiée, on répondra par une économie mixte et démocratique.

Le modèle d'économie planifiée que je soutiens s'inscrit donc (et c'est essentiel) dans mes 6 principes fondamentaux du néo-socialisme :

http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/10/22/princip...

Le néo-socialisme doit rompre avec le socialisme scientifique (le marxisme classique et ses dérivées léninistes, trotskistes, maoïstes, cubains et même néo-marxistes), aussi bien que du socialisme utopiste trop communautariste.
Le dépassement de la social-démocratie est induite par la logique du dépassement du capitalisme.

Le modèle d'économie planifiée néo-socialiste est un modèle mixte :
Les grandes structures économiques (nécessaires à la bonne marche de l'économie, puisque les autres grandes structures sont décentralisées) sont sous contrôle étatique/collectif, mais les petites entités (paysans, artisans, indépendants, petits producteurs, etc.) restent sous contrôle privé.

La liberté d'entreprendre subsiste donc. Toutefois, le principe d'autogestion égalitaire (égalitarisme relatif s'entend) assure un fonctionnement démocratique dans ces petites structures privées. De plus, l'intervention étatique/collective tend à contrôler l'activité économique privée pour éviter tout abus.

La planification (décentralisée) doit prendre d'abord en considération la production (libre) des petites entités privées, et ensuite, définir la production des grandes structures économiques collectives.

Le crédit n'est accessible que par les banques (décentralisées), soumises au contrôle collectif (démocratique) évidemment.

L'économie sert essentiellement à combler les besoins des individus, ou leurs envies immatérielles. Les envies matérielles sont soumises au principe d'auto-limitation (démocratie écologique), ce qui ne veut pas dire qu'elles soient in-envisageables dans l'absolu, mais qu'elles doivent être écologiquement réfléchies (principe utilitariste à mon sens).

Les prix sont fixés en fonction de la quantité de travail (présente et passée) contenu dans chaque production.

L'économie est centré sur son développement interne (intérieur) : elle tend vers une autosuffisance de la production fondamentale. L'auto-production individuelle est donc encouragée (nouvelle division du travail). Le protectionnisme peut aussi être souhaitable selon les cas.

*

Comme on peut le voir, une économie néo-socialiste est un équilibre qui respecte l'individu sans toutefois permettre à certains de péjorer la collectivité.
Avec ses 6 principes démocratiques, elle résistera à toute tentation autoritaire ou élitiste.

Il est temps d'être un peu ambitieux si l'on veut en finir avec notre capitalisme archaïque, incapable d'assurer l'avènement d'une véritable société du bonheur !