17/08/2017

Quelques distinctions méthodologiques au sein des sciences sociales

 

Il y a essentiellement deux approches possibles dans les sciences sociales portant sur comment établir ce qu'on appelait autrefois des lois, mais qu'on appelle plutôt aujourd'hui des tendances probabilistes (des tendances ayant un certain degré de probabilité de se réaliser), concernant les phénomènes sociaux (le monde social). Soit on cherche à établir des tendances probabilistes a posteriori, sur la base de l'étude de données empiriques, en testant des hypothèses empiriquement (par hypothético-déductivisme), soit on cherche à établir des tendances probabilistes a priori, sur la base du raisonnement, en cherchant à déterminer des axiomes et en dérivant par déduction logique des conclusions (par axiomatio-déductivisme). Cette opposition entre une approche aprioriste et une approche apostérioriste correspond, il me semble, à l'opposition entre rationalisme et empirisme. Dans les sciences économiques, parmi les théoriciens qui m'intéressent, Milton Friedman et Jean-Marc Daniel défendent l'approche apostérioriste, tandis que Ludwig von Mises, Murray Rothbard et Nassau William Senior défendent l'approche aprioriste. Carl Menger semble défendre une approche intermédiaire. L'approche apostérioriste domine largement dans les sciences sociales de nos jours.

 

Comme le note le philosophe des sciences Alexander Rosenberg, on peut aussi abandonner l'idée d'établir des tendances probabilistes (ou des lois) concernant le monde social et se contenter d'essayer de faire sens de ce qui s'y trame, de rendre intelligible le magma de l'agitation humaine agrégée. C'est ce qu'il appelle la démarche interprétationnaliste et qui semble assez bien caractériser l'activité des historiens (comme l'observe Mises).

Au sein de l'approche apostérioriste, il faut encore distinguer entre l'inductivisme, qui cherche à prouver la validité d'une hypothèse par induction répétée de cas empiriques allant dans le sens de l'hypothèse (c'est à dire la corroborant), et le falsificationnisme, défendu par Karl Popper, qui voit le progrès de la science dans la falsification (réfutation) d'hypothèses par observation empirique, une hypothèse étant jugée comme valide, mais non prouvée, si elle échappe aux tentatives de réfutation. Toutefois, l'inductivisme et le falsificationnisme peuvent tous deux employer l'induction empirique pour formuler leurs hypothèses (bien que ce ne soit pas forcément nécessaire).

 

 

14:06 Publié dans Sciences sociales | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg