19/10/2014

Salariat et hiérarchie

 

Le présent graphique propose de différencier une volonté d'émancipation du salariat ne cherchant pas à contraindre autrui à embrasser ce choix de vie, d'une volonté d'interdire le salariat par la force et la contrainte. 

Même si j'ai présenté le socialisme libertaire comme ne cherchant pas à interdire à tous le salariat par la force, il est bien souvent le cas que des socialistes (ou communistes) libertaires assimilent salariat et agression. Dans ce dernier cas, le salariat est conçue comme une agression et son abolition par la force comme un acte de résistance et de légitime défense.

C'est d'ailleurs pourquoi je me revendique à présent d'un libertarianisme socialiste et non plus d'un socialisme libertaire.  



La question du salariat et de la hiérarchie.png

Certains aiment vivre dans des structures hiérarchisées. On peut toujours essayer de les convaincre de les abandonner, mais je ne vois pas de légitimité à employer la force pour les y obliger.

Le salariat imposé par la force (par l'Etat) n'est quant à lui qu'une forme d'esclavage.  

 

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15/07/2014

Le dos au mur, concessions


Il trois ans, plus ou moins depuis la création de ce charmant blog, j'ai commencé d'essayer d'établir des positions politiques fondées sur une argumentation valable et non sur une poignée de slogans ou de harangues militantes. L’exercice s'est révélé passionnant, harassant, et surprenant, bouleversant à intervalle régulier nombre de choses que je croyais certaines ou acquises, et confirmant dans le même temps des intuitions éthiques pré-existantes. Aujourd'hui, je suis parvenu à un point de mon évolution politique où je dois bien constater que j'ai fait fausse route sur certaines choses. Ce sont mes concessions à celles et ceux qui furent mes courtois adversaires ces dernières années, les brillants et persévérants anarchistes libéraux, et c'est pourquoi je leur dédie les lignes qui suivent.

Première concession : l'inévitable marché, le marché-roi.

Commençons par le commencement avec un vieux constat auquel je suis parvenu il y a déjà longtemps sur la question de la détermination de la production. Je me dois de constater que demander à quelqu'un d'autre (ou à quelque chose d'autre) que le consommateur dans son acte de consommation de déterminer ce qui doit être produit n'est pas efficace (et donc productif). Jamais un organe d’État, un conseil de quartier ou du monde, un département de la statistique, un ordinateur géant de la taille d'une planète, l'ensemble des consommateurs tentant d'imaginer de manière pré-déterminée ce qu'ils souhaitent consommer, ne saura mieux que les consommateurs consommant (soit dans leur acte de consommation) déterminer ce qui doit être produit. Seul Dieu (s'Il existe) ou tout autre être omniscient saurait déterminer ce que les individus souhaitent consommer, mais l'omniscience n'est pas encore à portée de main (humaine) et il faut donc se résoudre à faire confiance à tout-un-chacun pour déterminer ce qu'il souhaite, en toute liberté. La planification par le haut ne saurait par conséquent être considérée comme plus productive, et par conséquent comme plus souhaitable, et il convient donc de s'en remettre à l'ensemble des consommateurs (la demande) et des producteurs (l'offre), soit une planification par le bas, par une planification qui n'en est pas une puisqu'elle est spontanée. Il convient, plus simplement dit, de s'en remettre au marché pour déterminer ce qui doit être produit.

Seconde concession : le salariat n'est pas une agression.

Le salariat est un rapport social dans lequel un employeur engage un employé qu'il salarie, à qui il verse un salaire, en échange d'un certain nombre de prestations (de services) du-dit employé. (En langage proto-marxiste, on dirait que le patron engage le travailleur pour sa force de travail.) Le salarié signe donc un contrat avec le salarieur (l'employeur) qui l'engage à un certain nombre de choses en échange d'une rétribution x. Il y a dans le rapport social salarié, qui s'installe entre le salarié et le salarieur dès la signature du contrat (en tout cas dès ce moment-la), un rapport de subordination entre l'employeur et l'employé, un rapport hiérarchique donc, où l'un (l'employeur) domine l'autre (l'employé) puisqu'il a le droit de lui donner un certain nombre d'ordres (d'instructions), dont l'étendue dépend des modalités du contrat d'embauche. Le fait qu'un individu ait la possibilité de donner des ordres à un autre montre bien que nous avons à faire à un rapport hiérarchique avec le salariat, mais ceci n'implique nullement qu'il y ait un rapport d'agression inhérent au rapport hiérarchique. La hiérarchie (pas plus que la domination) n'implique nécessairement une agression. L’employeur n'est pas automatiquement un agresseur, et l'employé n'est pas automatiquement un agressé. En effet, l'employé peut à tout moment décider de quitter son travail, son emploi, si les conditions de travail ne lui conviennent pas. Longtemps, j'ai cru que le fait d'être sans emploi (en fait, sans revenu) présente un nombre élevé de problèmes (notamment des pressions sociales diverses) impliquait que le travailleur n'était pas libre de quitter son travail. Mais étant donné que la société assure à chacun de ses membres un minimum vital (l'Hospice Générale à Genève), on ne peut affirmer qu'un individu est contraint par la nécessité de survivre de rester à un poste de travail qu'il n'apprécie pas (cela est bien entendu uniquement valable dans les pays où une solidarité étatique ou privée existe et assure un minimum vital à ses habitants). Le salariat n'est donc pas une agression, et les conséquences de cette affirmation sont importantes.

Troisième concession : exercer un acte de violence contre un patron n'est pas légitime.

J'agrée au principe selon lequel l'usage de la violence n'est légitime qu'en cas de défense (et je ne compte pas ici démontrer sa justesse pour le moment). J'ai cru pendant longtemps que comme le salariat était une agression envers le travailleur, ce dernier avait le droit d'employer la violence comme légitime défense (proportionnellement à la dureté de l'agression). Mais comme nous venons de le voir, le salariat n'est pas une agression, et il n'y a donc pas d'acte de violence qu'un employé soit justifié à exercer contre son employeur. Séquestrer son patron n'est donc par exemple pas justifié à mon sens. Autre conséquence, étant donné le fait que le salariat n'est pas une agression, il n'y a pas de nécessité d'apporter assistance à un agressé, et aucun militant ou individu n'est donc justifié à user de violence envers un patron.

Quatrième concession : le salariat n'implique pas nécessairement l'exploitation.

Il existe des cas où des salariés sont payés la pleine valeur de leur travail je pense (en admettant qu'il y ait une valeur objective au travail, déterminable ou pas). On ne peut donc affirmer que le salariat implique automatiquement une exploitation d'un patron sur un travailleur.

Cinquième concession : la thèse selon laquelle l'individu est propriétaire de soi-même n'est pas forcément quelque chose de faux.

A la thèse selon laquelle chaque individu est propriétaire de son propre corps, et jouit donc du droit exclusif d'en faire ce que bon lui semble, je répondais généralement que l'on est son corps. Mais à vrai dire, on peut fort bien être quelque chose et être propriétaire de ce que l'on est. Et je ne vois pas comment infirmer cela. Qui plus est, il est vrai (intuitivement) que nul ne devrait avoir le droit de faire ce qu'il souhaite de notre corps indépendamment de notre volonté, ce qui revient à dire que nous en avons le droit d'usage exclusif. Par conséquent, il me faut bien admettre que cette thèse n'est pas forcément fausse, voire qu'elle ne semble pas particulièrement infondée.

Sixième concession : l'aliénation n'existe pas.

Il n'y a pas de déterminisme unique total contraignant un individu à quelque chose, mais toujours un vaste ensemble de déterminismes plus ou moins forts. Il y a donc des influences, et non des aliénations. Chaque individu peut résister à ces influences s'il s'en donne les moyens.

Septième concession : les classes sociales n'existent pas.

Tout travailleur possède un capital quelconque, car tout est capital (moyen de production). Il n'y a donc pas de classe des travailleurs. Il n'y a que des individus.

Je vais conclure cette liste de concessions en ré-affirmant mon adhésion au projet socialiste, soit au projet de liberté impliquant (entre autres) le dépassement du salariat et la fin de la hiérarchie et de l’État. Cet idéal reste éminemment valable à mes yeux. La voie révolutionnaire doit toutefois être reformulée quelque peu comme une voie empruntable uniquement comme légitime défense, ou bien comme changement général des mentalités et des structures de la société.


30/01/2014

Critique du salariat



S'il y a bien quelque chose qui caractérise la pensée socialiste c'est la critique du salariat. On pourrait dire que c'est là l'élément clef qui fait de quelqu'un un socialiste ou non. Je considère d'ailleurs que quelqu'un qui accepte le salariat n'est pas socialiste.
Pourquoi cette critique socialiste du salariat ? Sur quoi porte-t-elle ?
C'est ce que je vais présenter en retraçant de manière analytique et systématique l'ensemble de la critique que l'on peut faire au salariat. J'ajoute que ma critique se porte sur le salariat en soi, en tant que catégorie universelle (et donc, quelle que soit l'époque, le lieu, ou les modalités de ce salariat), et non uniquement sur le salariat en tant que rapport social capitaliste actuel (en tant que phénomène isolé).


1. Le salariat en tant que non choix culturel et idéologique

Le salariat n'est pas un choix.

Quiconque naît au sein du capitalisme du côté des non possédants est automatiquement et systématiquement soumis à une propagande systémique (à travers ce que certains appellent les appareils idéologiques d’État) visant à conditionner l'individu à accepter sa future condition de salarié.
L'hégémonie culturelle capitaliste érige en modèle unique, et total, le salariat, qui devient une catégorie perçue comme évidente, comme naturelle, par l'ensemble des membres de la société.
On peut noter par exemple l'absence du mot « travailleur » de la plupart des discours dominants (presse, médias, télévision, école, politique, économie, etc.) et l'utilisation systématique du mot « salarié » à la place qui tend à gommer sémantiquement (dans le langage même) l'existence d'alternatives au salariat (sans mots pour désigner une alternative au salariat, l'alternative en question devient impossible à envisager).
Au final, quiconque croit préférer le salariat à la condition de travailleur libre n'est donc que victime de la propagande du régime en place.
A noter que le capitalisme exerce aussi un conditionnement sur les membres des classes dominantes, mais qu'il vise plutôt à les faire appréhender le fait de salarier comme quelque chose de naturel, voire de charitable, pour mieux former le futur patronat à ses fonctions de classe.

2. Le salariat en tant que non choix économique

Le salariat n'est pas un choix.
Les individus, hors des classes dominantes possédantes, n'ont pas d'accès facile au capital (sous toutes ses formes) ce qui leur interdit d'investir et de s'émanciper par entrepreneuriat de la condition de salarié. On ne prête qu'aux riches, dit fort justement la maxime. Si vous n'avez rien, aucune garantie à faire valoir, ni banques ni investisseurs ne vous prêteront quoique ce soit. Si vous n'avez qu'un faible revenu, jamais vous ne pourrez suffisamment mettre de côté (économiser) pour avoir de quoi investir.
Qui plus est, la position dominante de grands groupes capitalistes jouissant de position monopolistique (et d'avantages comparatifs) empêchent l'entrée de nouveaux acteurs sur des marchés cloisonnés.
Enfin, la concurrence avec des entreprises capitalistes pressurant leurs travailleurs contraint les coopératives autogérées à être constamment sous pression, réduisant leur nombre à peau de chagrin. Cette quasi-absence d'entreprise alternative aux entreprises capitalistes contraint les travailleurs à se faire salarier par absence de choix alternatif.

3. Le salariat en tant que choix matériellement imposé

Le salariat n'est pas un choix.
Si vous cherchez à éviter le salariat en refusant tout emploi, vous serez tout de même contraint de vous salarier. En effet, des contraintes matérielles basiques (manger, boire, vous vêtir, vous loger, vous soigner, etc.) peuvent vous amener à avoir besoin d'un revenu. Lorsque l’État-providence prend en charge votre dénuement, c'est alors la pression sociale et culturelle exercée par les autres membres de la société et par la propagande du régime capitaliste qui vous pousse à sortir de cette situation de dépendance. Enfin, si la pression socio-culturelle n'est pas suffisante, c'est alors l’État qui vous contraint par la force à aller travailler comme salarié pour lui-même (dans une entreprise d’État ou subventionnée) ou pour une autre entreprise capitaliste.

4. Le salariat subjectivement mal vécu

Le salariat est une souffrance, une insatisfaction.

Si vous êtes salarié, vous prendrez probablement conscience que cette condition ne vous satisfait pas. L'être humain naît libre, sa nature humaine le pousse à aspirer à vivre librement, et c'est pourquoi il ne peut que souhaiter s'émanciper d'une condition qui ne correspond pas à un état lui permettant d'être complètement heureux (la liberté étant la condition nécessaire au bonheur le plus complet).

5. Le salariat en tant que domination du travailleur

Le salariat c'est la domination du patron sur le salarié, ou autrement dit, c'est la hiérarchie (qui n'est toutefois pas présente uniquement sur le lieu de travail, mais aussi dans bien d'autres aspects et secteurs de la vie en régime capitaliste).

La hiérarchie, c'est l'imposition de chefs, d'un système où certains donnent des ordres à d'autres et où ces autres doivent obéir les yeux fermés. C'est tout une organisation de sanctions contre les réfractaires, et de cadeaux pour les obéissants, visant à faire accepter de gré ou de force aux travailleurs un ordre social fondé sur la violence, où l'agression des chefs patronaux est la règle.

6. Le salariat en tant qu'aliénation et réification du travailleur

Le travailleur, dans sa condition de salarié, est aliéné. Autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure comprendre la finalité de son action (les entrepreneurs/managers réalisant le travail d'anticipation de la demande, de planification de la production, et d'organisation du travail), transformant de son point de vue son activité en travail absurde.

Qui plus est, le travailleur, en tant que salarié, est réifié, ou autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure de décider ce qu'il souhaite faire, comment il souhaite s'organiser individuellement ou collectivement. Le salarié est donc ramené à la condition de chose-objet, simple exécutant sans autonomie propre.

7. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur individuel du travail

Le salariat c'est l'exploitation individuelle.

Dans le cadre de l'entreprise capitaliste, le propriétaire des moyens de production (l'actionnaire/le patron/le capitaliste) exerce son droit de propriété (capitaliste) sur les travailleurs en retirant sans rien faire une rente (le revenu du capital) de l'activité des travailleurs qui se voient ainsi spoliés d'une partie de la valeur de leur travail. Si un capitaliste (créditeur) a prêté de l'argent à l'entreprise, les travailleurs sont aussi expropriés par ce-dernier qui touche une part de la valeur de leur travail pour avoir simplement prêté son argent. Enfin, les travailleurs sont aussi exproprié d'une part de la valeur de leur travail par le manager/patron/gestionnaire qui se verse généralement un revenu supérieur à la valeur réelle de son travail.

8. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur collective du travail

Le salariat c'est l'exploitation collective.

Un travailleur seul ne peut exécuter ce que vingt travailleurs peuvent ensemble. Par exemple, un travailleur ne pourra jamais, même avec un million d'années à sa disposition, soulever une charge trop élevée (disons un obélisque pour reprendre l'exemple consacré par la tradition) pour sa seule force de travail, tandis que vingt travailleurs le pourront en une demi-heure.
L'alchimie productive de la coopération entre travailleurs correspond à une valeur supplémentaire du travail collectif sur le travail individuel. En entreprise capitaliste, le patron s'approprie cette valeur collective du travail des travailleurs.

Conclusion

Voici, je pense, les huit principaux aspects de la critique socialiste du salariat, qui le rendent inacceptables à mes yeux.
Le dépassement du salariat, ou son abolition, sont donc la clef du projet socialiste visant à fonder une société de travailleurs libres et autonomes, sans chefs, sans capitalistes, et sans patrons.
Seule une telle société est réellement qualifiable de société libre.


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19/05/2013

Du mauvais usage du mot « salarié »



On trouve régulièrement dans la presse de gauche (par exemple dans le journal de SolidaritéS) une drôle de confusion par rapport au mot « salarié ».

Ainsi, on peut lire par exemple :  « Les salariés fonctionnent en autogestion dans leur coopérative. »
Ce qui est perturbant, car du moment que les travailleurs fonctionnent en autogestion dans une coopérative, ou autrement dit du moment qu'ils sont propriétaires de leurs moyens de production et que le rapport de domination capitaliste a été aboli, alors ils ne sont plus des salariés, mais des travailleurs libres, autonomes, indépendants.

L'abolition de la propriété privée des moyens de production amène justement les travailleurs à abolir le salariat, et par conséquent à ne plus être, de facto, des salariés.

C'est pourquoi, il est erroné de dire qu'un travailleur resterait un salarié après l'abolition du rapport salarial. La catégorie sociale des salariés n'est en effet qu'une sous-catégorie de celle des travailleurs.

Les mots ont leur importance, et ils montrent peut-être dans le cas présent qu'un trop grand nombre de gens à gauche ont oublié qu'un objectif central du socialisme consiste bel et bien à abolir le salariat. 

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