07/05/2014

Arguments en faveur du salaire minimum à 4000 francs



Afin de participer à un débat public à l'école de commerce d'Emilie-Gourd sur le salaire minimum à 4000 francs, j'ai compilé un ensemble d'arguments en sa faveur.
J'en publie la petite somme ici pour celles et ceux qui en auraient l'usage.


1. Le salaire minimum permet de réaliser le droit à chaque individu à pouvoir vivre dignement de son travail. Quiconque travaille à 100% doit pouvoir subvenir à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille. On parle de rémunérer les travailleurs à la hauteur de 4000 francs pour 42 heures de travail hebdomadaire, ce qui revient à seulement 22 francs de l'heure, ce n'est donc pas une grosse somme, et c'est un impératif éthique dans une société qui se veut moderne. Il faut réaliser le chiffre énorme que représente le nombre de 335 000 travailleurs (soit 9% des salaires) qui doivent se débrouiller, on ne sait comment, avec moins de 4000 francs par mois ! Comme par hasard, 70% sont des femmes... ! Et, autre fait choquant, 1/3 d'entre eux ont un CFC. A Genève, cela concerne 33'000 travailleurs.
A noter encore que 75% des travailleurs gagnant moins de 4000 francs ont plus que 25 ans. Enfin, le salaire minimum ne concerne pas les apprentis, les stagiaires, ou les personnes en formation.

2. Le salaire minimum est un salaire plancher, nullement une norme nivelant tout le monde à ce taux minimum, et nullement un salaire maximum. Autrement dit, et dans le respect du fédéralisme, il est totalement possible (et carrément chaudement encouragé évidemment) de fixer un salaire minimum davantage élevé dans les cantons, comme Genève ou Zürich, où le coup de la vie est particulièrement élevé.

3. Le salaire minimum est une question de justice sociale. De 2002 à 2010, la productivité a augmenté en Suisse de 6%, mais le salaire moyen n'a augmenté que de 3,5 %, tandis que celui des titulaires d'un CFC a même baissé de 0,4%... Pendant ce temps, les salaires des cadres supérieurs ont augmenté de 14% !
A Genève, 10% des plus hauts salaires se partagent 30% de la masse salariale tandis que les 30% des plus bas salaires doivent se satisfaire de 10% de la masse salariale...
Alors qu'aujourd'hui 1 salarié sur 5 est incapable de faire face à une dépense imprévue de 2000 francs, la droite nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour financer le salaire minimum. Pourtant, on voit bien que c'est simplement une question de redistribution des richesses et des fruits de la production de manière plus équitable et plus juste. En 2013, 42 milliards de francs ont été distribués sous la forme de dividendes aux actionnaires des entreprises suisses. La même année, Brenninkmeijer, le propriétaire de C&A, une de ces entreprises qui versent des salaires de moins de 4000 francs, et dont la fortune est estimée à 25 milliards d'euros, s'est fait construire une nouvelle villa de luxe à Oberägeri. Visiblement, l'argent nécessaire à financer le salaire minimum est bien là, mais dans les poches d'une petite minorité égoïste. Car financer le salaire minimum à 4000 francs ne coûterait en fait que 1,6 milliards de francs (et se traduirait par des augmentations de salaire de 1 à 20%). Une somme infime en comparaison des chiffres des profits du patronat !

4. Le salaire minimum ne crée pas du chômage, bien au contraire, il crée de l'emploi. Car le salaire minimum à 4000 francs c'est davantage de revenu pour les travailleurs, et des revenus plus élevés pour les travailleurs c'est davantage de consommation, ce qui provoque une hausse de la demande et de la production (l'offre devant répondre à la hausse de la demande) se concrétisant par une hausse de la demande en travail, et donc en emplois. En outre, le salaire minimum libère les travailleurs qui étaient obligés de cumuler deux jobs sous-payés, et leur permet de ne garder qu'une seule source de revenu, ce qui donne l'opportunité à d'autres travailleurs de reprendre le second emploi (à présent payé plus décemment). Enfin, le salaire minimum c'est davantage de motivation à travailler, et donc une hausse de la productivité qui se traduira à nouveau par une hausse de la production, de la croissance, et in fine de l'emploi. On le voit donc bien, le salaire minimum crée de l'emploi.

5. Le salaire minimum va permettre aux assurances sociales d'engranger de nouvelles recettes. Avec le salaire minimum, c'est 300 millions de francs qui vont aller dans les caisses des différentes assurances sociales, comme l'AVS ou l'AI.

6. Le salaire minimum vient mettre fin à cette injustice totale qui consiste à faire payer au contribuable à travers l'impôt ou la TVA l'argent que le patronat refuse de payer aux travailleurs. Actuellement, l’État doit verser 100 millions en subsides pour permettre aux travailleurs sous-payés de survivre. Le salaire minimum permettra d'économiser cet argent et de ne plus faire dépendre un travailleur de la collectivité, simplement parce que son patron ne le paie pas suffisamment.

7. Le partenariat social ne profite pas aux travailleurs. Plus de 50% des travailleurs ne sont pas soumis à une CCT, et nombre de CCT ne fixent pas de salaire minimum, tandis que celles qui en fixent n'en fixent pas forcément à un niveau décent, mais parfois en dessous de 4000 francs. Par ailleurs, 25% des CCT ne sont pas respectées par les patrons d'après la SECO (et ce ne sont que les cas observés cette année).

8. Les statistiques nous indiquent que seulement 20% des précaires en Suisse touchent un bas salaire. Cela signifie certes que 80% des précaires résidant en Suisse ne touche pas de salaire. Mais cela signifie surtout que ces 80% de précaires sont précaires parce que les allocations, subsides, aides, fruits des mécanismes de solidarité de la collectivité, sont incapables de fournir un minimum vital décent permettant aux individus de vivre au-delà du seuil de pauvreté. Qui plus est, c'est probablement à cause des salaires trop bas qu'ils ont touché que ces individus se retrouvent à présent dans la précarité, car leur salaire était si bas qu'il ne leur a pas permis d'économiser de quoi faire face aux coups durs (ou de monter leur propre entreprise). N'oublions pas que 600 000 à 1 000 000 de personnes sont dans la précarité ou au bord de la précarité en Suisse. C'est un chiffre extrêmement élevé pour un pays aussi riche et opulent ! A Genève, 18% des habitants sont même contraints de se priver de soins pour cause de manque d'argent...

9. Le salaire minimum permet de lutter contre le dumping salarial en empêchant les patrons d'engager des travailleurs étrangers à un salaire moindre que celui des travailleurs résidant en Suisse. Il s'agit donc d'une véritable protection salariale.

10. Sans le SMIC, en France, les salaires seraient plus bas. Tous les salaires qui stagnent aux alentours du SMIC seraient simplement en dessous du SMIC sans lui...
C'est donc un faux-argument que pointer la France du doigt.

11. Les petites PME dont les patrons ne se paient pas 4000 francs et qui disent qu'elles ne pourraient pas financer un salaire minimum à 4000 francs sont rares. Dans l'agriculture par exemple, on voit que des coopératives comme les Jardins des Charrotons parviennent à payer des salaires supérieurs à 4000 francs à l'ensemble des travailleurs. Certains défenseurs du salaire minimum ont dit que l'on pourrait prévoir des exceptions pour ces petites entreprises. Personnellement, je pense que la solution réside dans la libre association de l'entrepreneur avec les travailleurs dont il a besoin de la force de travail, car ainsi il y aura partage des bénéfices équitablement (avec possibilité de se verser des salaires inférieurs à 4000 francs), et partage des risques.

Pour toutes ces raisons, il me semble éminemment raisonnable, équitable, et sensé de voter pour un salaire minimum à 4000 francs.

17:08 Publié dans Salaire minimum | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg