12/06/2018

Rousseau et les Représentants genevois : une relation ambiguë

 

Comme vous avez pu le constater précédemment, l’Affaire Rousseau met en scène l’engagement politique d’une partie croissante des Citoyens et des Bourgeois, entre 1762 et 1768, qui vont progressivement se radicaliser et s’éloigner de la stricte défense du sieur Rousseau pour embrasser un enjeu plus vaste : celui de la limite des prérogatives du gouvernement et de l’étendue du pouvoir du démos. On peut d’ailleurs observer que, dès les premiers mots de leur première Représentation (pétition de l’époque) dans cette affaire, les Représentants lient leur défense de Rousseau avec la défense plus générale des libertés des Citoyens et Bourgeois, comme la citation suivante l’illustre : « La liberté publique est une chaîne qui doit son existence et sa force à l’union des anneaux qui la composent : c’est un corps formé des libertés particulières ; un seul anneau ne peut être détruit, sans que la chaîne perde sa force ; une seule partie du corps ne peut souffrir sans que le corps y participe[1]. » C’est néanmoins à partir de leur lettre publique du 20 août 1763 que sont réellement remises en question les prérogatives du Petit Conseil et qu’est fait appel au Conseil Général. Comme le disent Bernardi, Génard et Silvestrini : « Derrière la cause privée, la cause publique. (...) Les ''représentants'', en prenant la défense de Rousseau défendent leurs libertés politiques en danger[2]. » La défense de Rousseau va donc servir d’élément déclencheur à la mobilisation des Citoyens et Bourgeois. Toutefois, il existe néanmoins des désaccords entre Rousseau et les Représentants.


On peut faire remonter une convergence de vues entre Rousseau et les Représentants à l’année 1755. En effet, bien qu’après la publication cette année-là du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et de la Dédicace à Genève
Rousseau entretienne toujours de très bonnes relations avec beaucoup de « personnages de la Genève du Haut[3] », la plupart des Patriciens genevois lui deviennent hostiles[4], et ces textes, par leur contenu, le placent dans le camp des Bourgeois et des Citoyens[5]. Ce qui gêne le Petit Conseil n’est pas seulement le déisme de Rousseau, mais aussi que Rousseau défende la tenue d’assemblées générales périodiques du peuple pendant lesquelles l’exécutif est suspendu[6]. Avec la publication du Contrat Social en 1762, pour les magistrats, Rousseau s’aligne sur les positions des Représentants[7]. Toutefois, les Représentants tardent une année entière avant d’entreprendre leurs Représentations. Ce délai peut s’expliquer par le désaccord entre Rousseau et les Représentants sur la place de la religion dans la société, désaccord dont il convient à présent de préciser la nature.


Le désaccord entre Rousseau et les Représentants sur la place de la religion dans la société


Pour les Représentants, il est dès le début clair que c’est le contenu politique du Contrat Social qui dérange le Petit Conseil, et non les positions de
Rousseau sur la religion. Néanmoins, pour Deluc, le leader des Représentants, la position qui y est soutenue par Rousseau de séparer l’Eglise et l’Etat, lui semble scandaleuse. En effet, Deluc est favorable à un Etat confessionnel dans lequel le Consistoire, tribunal de police spirituelle protestant de Genève composé des pasteurs et de quelques laïcs[8], est une branche de l’exécutif. Deluc est donc en réalité d’accord avec le Petit Conseil quand celui-ci fait brûler les livres de Rousseau [9]. La Lettre à Monseigneur de Beaumont, que Rousseau publie en 1763, satisfait toutefois les Représentants sur l’authenticité de sa foi protestante[10]. On peut d’ailleurs observer que c’est à la suite, conjointement, de la publication de cette Lettre à Beaumont et de l’abdication de sa citoyenneté par Rousseau que les Représentations commencent. Les Représentations semblent ensuite incarner un moment de convergence entre Rousseau et les Représentants. Mais leur désaccord sur la question religieuse va émerger à nouveau lors de la rédaction et de la publication des Lettres écrites de la montagne en 1764.


Lors de leur publication, Rousseau est mécontent de la réaction des Représentants à ses Lettres écrites de la montagne. Il s’attendait en effet à ce qu’ils adhèrent massivement au contenu de ses Lettres, or, bien qu’ils louent les Lettres, les Représentants décident de ne pas citer ses Lettres dans le cadre de leur confrontation avec les magistrats, et donc de ne pas employer les matériaux argumentatifs mis à leur disposition par Rousseau. A la place, ils s’inspirent d’un livre publié en janvier 1765, Réponse aux lettres écrites de la campagne, rédigée par un comité qu’ils ont désigné[11]. Ce texte, publié le 1er janvier 1765[12], vise en fait à isoler les Représentants de Rousseau[13], car dans ses Lettres écrites de la montagne, Rousseau demande à nouveau la séparation de l’Eglise et de l’Etat[14]. Or, les Représentants s’opposent, comme Deluc, à une telle séparation[15]. Rousseau pense en outre qu’impliquer davantage le Conseil Général et le Consistoire dans la gestion des affaires politiques, comme le demandent les Représentants, ne servirait à rien, car les recettes financières publiques ne dépendent pas d’eux, mais des conseils restreints[16]. Enfin, Rousseau pense que sa condamnation de 1762 provient aussi de l’influence du Consistoire, qui serait dominé par des pasteurs qu’il considère comme étant fanatiques et superstitieux. Ce jugement très négatif à l’encontre du Consistoire tend aussi à l’éloigner des positions des Représentants.

 
Enfin, on peut noter que la position de
Rousseau en faveur de la séparation entre Eglise et Etat s’inscrit non seulement au sein de sa philosophie politique et morale générale, mais aussi au sein de son interprétation de l’histoire de Genève. Selon lui, Genève a profité d’une assez grande liberté sous le règne des princes-évêques, d’une part comme cité du Saint Empire romain[17], et d’autre part grâce au conflit multiséculaire entre l’évêque et le duc de Savoie, qui l’incitait à accorder des privilèges aux Citoyens et Bourgeois pour s’assurer de leur soutien en cas d’invasion savoyarde. Ce qui fait que, selon Rousseau, Genève aurait été plus libre au XVe siècle, quand elle était un évêché, que quand elle est devenue une république. Une interprétation de l’histoire de Genève fort différente de celle des Représentants. De plus, selon Rousseau, si la Réformation était certes un mouvement de libération contre l’intolérance, le fanatisme et la superstition du catholicisme, à Genève, Calvin créa une nouvelle orthodoxie qui incarnerait l’antithèse du protestantisme[18]. On voit ici à nouveau comment Rousseau s’éloigne des positions des Représentants. L’autre point de désaccord entre eux porte sur la forme à donner aux institutions politiques elles-mêmes.


Le désaccord entre Rousseau et les Représentants sur les institutions politiques


Contrairement au projet politique de fond des Représentants, Rousseau s’oppose à ce que le peuple (des Bourgeois et des Citoyens) exerce, à travers le Conseil Général, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif et il ne fait pas confiance au peuple pour élire directement ses dirigeants, car il craint, dans le premier cas, qu’il n’élise un despote, ou, dans le second cas, qu’il abuse de son pouvoir en se comportant lui-même en despote. De manière générale, pour Rousseau, ni le peuple, ni les pasteurs, ni les magistrats, ne contrôlent assez leurs passions pour se passer de contrôles sur leurs actions[19]. C’est pourquoi, ce qu’il prône, lui, c’est la restauration de la souveraineté de ce qu’il considère comme les lois actuelles, antérieures[20] à la création des magistrats, qui sont eux chargés de veiller à l’exécution des lois[21].  Il défend ainsi « une réaction » et une « rétroaction » vers la constitution qu’il croit être authentique de Genève[22], à la constitution des débuts de la république de Genève, ou même à celle d’avant la Réforme, comme les Franchises de l’évêque d’Adémar (1387), seules conformes aux principes du Contrat Social. Rousseau défend donc la souveraineté de la loi contre la souveraineté du peuple, car, selon lui, la liberté pour le peuple s’obtient par un gouvernement aristocratique soumis à la souveraineté de la loi[23]. C’est l’idéal de liberté comme soumission de tous à la loi, où  le souverain est un souverain désincarné qui se trouve dans les lois mêmes[24]. A contrario, les Représentants souhaitent la souveraineté au peuple et le gouvernement du peuple.


Contrairement aux Représentants qui attaquent le droit négatif du Petit Conseil à refuser une décision du Conseil Général (de l’assemblée des Citoyens et des Bourgeois), Rousseau s’affirme favorable à ce que, dans les circonstances actuelles, les magistrats puissent continuer d’empêcher le peuple de faire de nouvelles lois constitutionnelles, mais il souhaite que les Citoyens et Bourgeois jouissent d’un droit identique, c’est-à-dire d’un droit de veto (un droit négatif) aux innovations juridiques des magistrats. C’est le double droit négatif, des magistrats certes, mais aussi des Citoyens et Bourgeois. La mise en place d’un tel double droit négatif pourrait selon lui se faire de deux façons[25]. Premièrement, le Conseil Général pourrait poser son veto en séance plénière et les magistrats ne pourraient rejeter ce veto qu’en choisissant de répondre immédiatement à l’accusation et en confirmant qu’ils agissent en conformité avec la volonté générale. Deuxièmement, il serait possible de rétablir une tenue périodique des séances du Conseil Général avec le pouvoir d’agir comme magistrats suprêmes, mais seulement avec comme compétence d’obliger les conseils restreints à respecter la loi. Par ailleurs, contrairement aux Représentants, Rousseau accepte le fait que le Conseil Général n’ait pas le droit d’initiative en matière législative[26]. Il défend à la place un droit de législation du Conseil Général et un droit d’initiative législative au Petit Conseil [27].



Il existe un désaccord final sur le plan stratégique, car Rousseau, à travers ses Lettres écrites de la montagne, pensait œuvrer à une nouvelle médiation qui fournirait, pensait-il, une nouvelle période de stabilité à Genève, semblable à celle que vécut Genève entre 1738 et 1762. Il était critique de la stratégie des Représentants consistant à rentrer en confrontation directe avec le Petit Conseil, ainsi qu’avec la pratique des Représentations elles-mêmes[28]. A noter, enfin, que dans les Lettres écrites de la montagne, quand Rousseau parle du peuple souverain, il entend, en accord avec les Représentants, les Citoyens et les Bourgeois  uniquement, et non les Natifs. Plus tard, en 1770, lors de la répression armée des Natifs, qui tentaient d’obtenir une extension de leurs droits, il prendra, bien tardivement, leur parti et dénoncera l’attitude des Citoyens et Bourgeois[29].


Conclusion


Comme on a pu le constater à travers cette analyse, l’Affaire Rousseau commence avec la condamnation des ouvrages de Rousseau et avec des mesures prises à son encontre par le Petit Conseil, mais elle ne se réduit pas à la personne de Rousseau et se mue assez vite à une remise en question plus générale des prérogatives du Petit Conseil qui aboutit à une confrontation de plusieurs années entre Citoyens et Bourgeois, menés par les Représentants, et Patriciens. Rousseau a donc un rôle d’élément déclencheur dans ces événements, et son retrait de la confrontation avec le Petit Conseil en 1765 ne met pas fin au conflit. Comme on a pu le voir ci-dessus, il n’est même pas si clair que Rousseau et les Représentants défendent vraiment le même programme politique, en ce qui concerne le devenir le plus désirable pour les institutions politiques de Genève, car tandis que les Représentants veulent renforcer les prérogatives du Conseil Général, Rousseau désire lui rétablir la souveraineté des lois les plus anciennes de Genève, s’éloignant peut-être ainsi de sa philosophie politique plus générale et moins contextualiste. C’est toutefois là une question pour une autre analyse, axée davantage sur l’étude des idées de Rousseau.


Enfin, il convient de noter que c’est dans le cadre de l’Affaire Rousseau, que, profitant de la Médiation des Puissances Garantes, les Natifs commenceront à se mobiliser pour leurs droits en 1766. Tous les événements de la révolte des Natifs et de l’implication de Voltaire dans la vie politique genevoise entre 1765 et 1778 sont donc aussi, en ce sens, parties intégrantes de l’Affaire Rousseau. On notera d’ailleurs un passage de témoin entre Rousseau et Voltaire en 1765, lorsque le premier, constatant son incapacité à peser, transmet au second, en le recommandant auprès des Représentants, une forme de responsabilité morale sur le devenir de la situation politique genevoise. Une responsabilité que Voltaire assumera en allant au-delà des Bourgeois et des Citoyens droit au cœur du peuple, défendre les Natifs et l'égalité civique.



Adrien Faure








 

[1] « Premier extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (25 juin 1763) 2005, p.274.

[2] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.11.

[3] SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, Working Papers 82 (2006), p.26.

[4] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Editions Tallandier, Paris, 2012, p.513.

[5] SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, op.cit., p.30.

[6] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.524.

[7] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3 (2006), p.388.

[8] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.308.

[9] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.408.

[10] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.19.

[11] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.390.

[12] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.587.

[13] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.409.

[14] Ibidem, p.403.

[15] Ibidem, p.404.

[16] Ibidem, p.405.

[17] Ibidem, p.406.

[18] Ibidem, p.407.

[19] Ibidem, p.410.

[20] Tout comme le concept d’état de nature, il est fort probable qu’il s’agisse d’une antériorité conceptuelle et non empirique.

[21] SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, op.cit., p.28.

[22] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, tome 3, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, Paris, 1964, p.CXCIII.

[23] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.410.

[24] Ibidem, p.412.

[25] Ibidem, p.411.

[26] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CXCIII.

[27] SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, op.cit., p.27.

[28] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.403.

[29] SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, op.cit., p.34.

 

 

 

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08/05/2018

L'Affaire Rousseau

 

 

Comme annoncé préalablement, je publie le récit de l’Affaire Rousseau. Si vous n’être pas familier avec le XVIIIe siècle genevois et le contexte politique de l’époque, je vous invite toutefois à (re)lire mon billet récapitulatif à ce sujet. En effet, avant le XIXe siècle, Genève était une société oligarchique d’ordres (de castes), que les contemporains appelaient aristo-démocratie, et la réalité sociale et politique de l’époque était bien différente de la nôtre. Mais venons-en à l’Affaire Rousseau.

 

 

Premier acte : La condamnation



C’est à Paris en 1762, et non à Genève, que l’Affaire Rousseau trouve son origine. Alors que Rousseau publie en avril le Contrat Social et en mai l’Emile[1], le 1er juin, la chancellerie française, ancêtre du ministère de la justice, donne l’ordre de saisir les exemplaires de l’Emile, si bien que le 3 juin ils sont confisqués par la police. Le 7 juin, l’ouvrage est dénoncé à la Sorbonne[2]. Le 8 juin, Rousseau est informé par un de ses amis, le Prince de Conti, que la Cour et le Parlement de France s’apprêtent à le déclarer de prise de corps[3]. Réfléchissant sur son lieu de fuite, il prend la décision de ne pas se rendre à Genève, car il y redoute la pression que pourrait exercer la France sur les décisions des Patriciens genevois. Il décide en conséquence d’aller à Yverdon[4]. Le 9 juin, le Parlement de France condamne l’Emile comme contraire à la religion et au gouvernement, ordonne que ses exemplaires soient brûlés et lacérés, et que Rousseau soit arrêté et emprisonné[5]. Le Contrat Social est lui-aussi interdit[6]. Rousseau prend alors la fuite et échappe aux huissiers envoyés l’arrêter. Le 14 juin, il parvient à Yverdon[7].

A Genève, à la lecture du Contrat Social et de l’Emile, les Citoyens et Bourgeois applaudissent les positions politiques de Rousseau mais se divisent sur ses « audaces religieuses » [8]. D’après Jean-Daniel Candaux, ce serait même davantage qu’une division, et les Citoyens et Bourgeois auraient été véritablement blessés et scandalisés par La Profession de foi du Vicaire savoyard[9], une partie du livre IV de l’Émile. Le 11 juin 1762, le Petit Conseil décrète, quant à lui, la saisie des exemplaires du Contrat Social et de l’Emile[10]. Le 19 juin, sur la base d’un rapport du procureur général Jean-Robert Tronchin, figure importante du patriciat, le Petit Conseil condamne l’Émile et le Contrat Social « à être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la haute justice, devant la porte de l'Hôtel de ville, comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements[11] ». Le Petit Conseil décrète en outre, concernant la personne de Rousseau, « qu'au cas qu'il vienne dans la ville ou dans les terres de la Seigneurie, il devra être saisi et appréhendé, pour être ensuite prononcé sur sa personne ce qu'il appartiendra ». Le Petit Conseil émet ce décret contre l'avis du procureur général Tronchin, qui avait affirmé que le Petit Conseil ne devait condamner que les ouvrages et non l'auteur. En effet, Rousseau n'aurait pas, selon lui, recouvré sa citoyenneté, puisqu'il aurait abjuré formellement le protestantisme[12] et n’aurait pas renoncé à la religion catholique[13] (or, seul un protestant peut posséder les droits politiques à Genève). Ces décisions du Petit Conseil sont tenues secrètes, ce qui était la norme pour ses délibérations[14]. Par ailleurs, le Petit Conseil transmet des informations compromettantes sur la vie privée de Rousseau à Voltaire, qui est en conflit avec Rousseau, pour qu’il les rende publiques et salisse l’image de son auteur. Dans la semaine qui suit, Voltaire dénonce ainsi publiquement que Rousseau a abandonné ses enfants[15].

Le 22 juin 1762, Rousseau réagit aux mesures prises à son encontre par le Petit Conseil dans une lettre à son ami le pasteur Paul Moultou qui l'en a informé. Il y exprime son indignation de n'avoir pas été entendu par les autorités genevoises avant d'être condamné. Le même jour, le colonel Charles Pictet, un Patricien genevois, critique les décisions du Petit Conseil[16]. Dans une lettre rendue publique, il affirme en effet que la décision du Petit Conseil est influencée par son désir de plaire à la Cour de Versailles, par l’influence qu’exerce Voltaire sur lui, et par la volonté de compenser la mauvaise réputation que lui aurait fait la publication de l'article sur Genève de D'Alembert dans l'Encyclopédie en 1757 (où ce dernier présentait Genève comme une cité quasiment déiste)[17]. Pour avoir publié cette lettre, Pictet est traduit en justice et condamné, sans que nul syndic n’assiste à son jugement[18]. Le 23 juillet, sa lettre est censurée par le Petit Conseil, et il est suspendu de sa qualité de membre du Conseil des Deux-Cents et de sa bourgeoisie pendant un an[19]. Le 24 juin, Rousseau écrit à Moultou que malgré les décisions prises par le Petit Conseil à son encontre, il respectera néanmoins toujours les magistrats, même s'ils sont injustes, et qu'il aimera toujours ses concitoyens genevois, même s'ils sont ingrats[20]. Le 25 juin, des membres de la parenté de Rousseau demandent au Petit Conseil la communication de l'arrêt du 19 juin émis à l’encontre de Rousseau, mais le Petit Conseil refuse[21]. Entre le 25 juin et le 6 juillet, une quinzaine de Citoyens et Bourgeois se rendent chez le procureur général et chez le Premier Syndic pour tenter d’apprendre si un décret de prise de corps a été rendu contre Rousseau, la sentence rendue publique par le Petit Conseil ne mentionnant que la condamnation des œuvres et non le traitement de l’auteur. Le Petit Conseil leur communique qu'il ajourne sa réponse. Le 6 juillet, Rousseau dit ne pas avoir été au courant de la démarche de ses parents, mais qu’il est surpris que le Petit Conseil refuse de répondre à leur question.

Du côté des Représentants, Jean-François Deluc souhaite redorer l’image de Rousseau auprès des Citoyens et des Bourgeois après les dégâts provoqués par La Profession de foi du Vicaire savoyard [22]. Mais le 7 juillet 1762, Rousseau craint la guerre civile à Genève et écrit à Deluc pour lui dire d’abandonner ses tentatives[23]. Sept mois plus tard, le 26 février 1763, Rousseau développe, dans une autre lettre à Deluc, les considérations suivantes : « Je ne puis ni ne veux rien dire, ni rien faire, en quelque manière que ce soit, qui a l'air de réparation ni d'excuses, parce qu'il est infâme et ridicule que ce soit à l'offensé de faire satisfaction à l'offenseur. » En mars 1763, Rousseau publie la Lettre à Christophe de Beaumont où il défend son appartenance au christianisme et la conformité du protestantisme avec sa conception de la religion. Le 29 avril 1763, le Petit Conseil interdit la réimpression de la Lettre à Christophe de Beaumont, sans que les Citoyens et Bourgeois ne réagissent.  Le 12 mai 1763, Rousseau écrit au Premier Syndic pour annoncer son abdication de son droit de bourgeoisie. A cette occasion, il déclare : « Ma patrie en me devenant étrangère ne peut me devenir indifférente ; je lui reste attaché par un tendre souvenir, et je n'oublie d'elle que ses outrages. » Le Petit Conseil prend acte de l’abdication de Rousseau sans faire de commentaires publics. D'après Candaux, les Citoyens et Bourgeois en conçurent « un complexe de culpabilité qui les porta à l'action ».  D’après Bruno Bernardi, Florent Guénard et Gabriella Silvestrini, Rousseau cherchait explicitement par cet acte à inciter ses alliés parmi les Citoyens et Bourgeois à employer la voie des Représentations[24]. A partir du 26 mai 1763, Rousseau écrit d’ailleurs à certains Bourgeois et Citoyens pour se plaindre de leur manque de soutien[25]. C’est alors, un an après la condamnation de Rousseau par le Petit Conseil, que les Citoyens et Bourgeois entrent en action.




Second acte : Les Représentations

 


Le 18 juin 1763, une quarantaine de Citoyens et Bourgeois présentent au Premier Syndic une première Représentation[26], sorte de pétition de l’époque. Ils se plaignent du jugement rendu contre Rousseau en 1762, de l'illégalité des tribunaux sans syndics (dans le cas du jugement du colonel Pictet), et de l'enlèvement et du refus de restitution de 24 exemplaires de l’Émile à deux Citoyens. Le 25 juin, le Petit Conseil promet de donner satisfaction aux deux Citoyens dont on a enlevé les livres, mais repousse les deux autres plaintes[27]. En apprenant l’action des Représentants, Rousseau, pris de scrupules, demande à nouveau à Deluc de renoncer à toute démarche (comme il l’avait déjà fait onze mois plus tôt). Mais les Représentants ne tiennent pas compte de la demande de Rousseau. De son côté, Rousseau est expulsé d’Yverdon, territoire bernois, par le Conseil de Berne[28]. Le 9 juillet, il se rend à Môtiers, une localité située sur le territoire de Neuchâtel[29], qui est alors une possession du Roi de Prusse[30].

Le 8 août 1763, a lieu une deuxième Représentation[31], soutenue cette fois-ci par une centaine de Citoyens et Bourgeois[32]. Cette seconde Représentation reprend les doléances exprimées dans la première. Le 10 août 1763, le Petit Conseil annonce s'en tenir à sa déclaration du 25 juin 1763[33]. En conséquence de quoi, le 20 août 1763, les Citoyens et Bourgeois portent une lettre publique[34] au Premier Syndic, soutenue par 700 personnes[35]. Leur lettre publique demande que leurs requêtes, telles qu’exprimées dans les deux premières Représentations, soient soumises, non à l’autorité du Petit Conseil, mais à la délibération du Conseil Général[36]. L’argument avancé par les Représentants pour justifier leur demande est que, selon eux, lorsqu’il y a désaccord entre Citoyens et magistrats sur l’interprétation des lois, alors c’est au Conseil Général de trancher le désaccord. Cette lettre est un tournant dans l’Affaire Rousseau, car elle représente le passage de la défense d’un individu, certes connu, certes incarnant symboliquement bien davantage que ses intérêts individuels, à une remise en question plus générale des prérogatives du Petit Conseil et, symétriquement, à l’affirmation de prérogatives plus étendues devant revenir aux Citoyens et Bourgeois.

Le 31 août 1763, sur demande du Petit Conseil, le procureur général Tronchin répond publiquement à la dernière lettre des Citoyens et Bourgeois[37]. Dans sa réponse, il réaffirme le droit négatif du Petit Conseil, c'est-à-dire son droit de refuser une Représentation de manière définitive, sans qu'aucune autre autorité ne puisse en décider autrement[38]. Selon lui, c’est seulement dans la situation où le Petit Conseil trouve que le sens d’une loi est obscur que le Conseil Général peut être appelé à se prononcer[39]. L’Illustre Règlement de la Médiation de 1738 établirait en effet, d’après son interprétation, que rien ne peut être porté devant le Conseil Général sans avoir été d’abord porté devant le Conseil des Deux-Cents et préalablement approuvé par le Petit Conseil.

Le 29 septembre 1763, les Représentants maintiennent leurs demandes et nient le droit négatif du Petit Conseil. C’est la troisième Représentation[40].  Les Représentants y critiquent la prétention du Petit Conseil à disposer d’un droit négatif sur les Représentations des Citoyens et Bourgeois, car un tel droit négatif rendrait le droit de faire des Représentations parfaitement illusoire[41]. Ils ajoutent aussi que le règlement de la Médiation prévoit bel et bien la réunion du Conseil Général pour trancher des désaccords entre Citoyens et magistrats. Mis sur la défensive, le Petit Conseil va répliquer aux Représentations des Citoyens et Bourgeois sous la plume du procureur général Tronchin. Ce sont les Lettres écrites de la campagne.

 


Troisième acte : La contre-offensive du Petit Conseil

 


A partir du 27 septembre 1763[42] commence la diffusion des quatre premières lettres des Lettres écrites de la campagne, qui abordent la question de la condamnation de Rousseau et des tribunaux sans syndics. Bien que ces Lettres soient publiées de façon anonyme et présentées comme écrites par un citoyen impartial retiré dans sa campagne, elles sont en réalité rédigées par le procureur général Jean-Robert Tronchin et constituent un plaidoyer en faveur des positions du Petit Conseil[43]. La cinquième et dernière Lettre, qui est une défense du droit négatif du Petit Conseil, est publiée le 23 octobre 1763. Ces lettres ont un fort impact sur les Citoyens et Bourgeois qui sont « désemparés[44] » face à elles. Les Lettres écrites de la campagne ne restent toutefois pas longtemps anonymes et Rousseau apprend lui aussi qui en est l’auteur[45]. Le 25 octobre 1763, Rousseau annonce à Deluc qu'il est décidé à répondre aux Lettres écrites de la campagne[46]. A ce moment-là, il n'a pas encore lu la cinquième lettre. C'est la publication des Lettres écrites de la campagne, ainsi que la demande de Deluc, qui poussent Rousseau à réagir. Ce seront les Lettres écrites de la montagne[47]. Selon Candaux, Rousseau ne se met pas seulement à la rédaction d’une réponse aux Lettres écrites de la campagne pour répondre aux critiques des magistrats à son encontre et à l’encontre de ses écrits, mais aussi pour polémiquer avec les pasteurs de Genève[48]. Les Lettres écrites de la montagne sont aussi une réponse aux Lettres écrites sur le christianisme de Mr J.J. Rousseau, publiées par le pasteur Jacob Vernes durant l’été 1763[49].

Le 6 janvier 1764, Rousseau reçoit une malle de documentation de ses alliés genevois, assemblée à son attention par Deluc et les Représentants, pour préparer sa réponse aux Lettres du patriciat[50]. Le 10 mai 1764, après sept mois de travail[51], Rousseau termine la rédaction des Lettres écrites de la montagne[52], qu’il fait imprimer par Marc-Michel Rey à Amsterdam.
Pendant toute la rédaction de ses Lettres Rousseau réside à Môtiers, dans le canton de Neuchâtel[53]. En août 1764, a lieu une rencontre entre les Représentants et Rousseau à Thonon, en France, pour préparer la publication et la diffusion des Lettres écrites de la montagne[54].

Les Lettres écrites de la montagne sont diffusées à Genève à partir du 18 décembre 1764[55].  Elles sont composées de neuf lettres. Les six premières lettres sont une défense de l’Émile et du Contrat Social et en reproduisent les principales théories en y ajoutant quelques apports marginaux[56]. Les trois dernières lettres abordent la situation genevoise[57]. Comme le lui avait demandé Deluc et les Représentants, Rousseau les publie en décembre afin qu'elles aient une influence sur le processus électoral genevois, les élections des syndics par le Conseil Général devant avoir lieu en janvier 1765. Cette publication est en fait la dernière contribution importante de Rousseau aux événements de l’affaire qui porte son nom.

 



Acte final : Les élections et l’intervention des Puissances Garantes

 


Le 1er janvier 1765, les Représentants publient un texte intitulé Réponse aux lettres écrites de la campagne[58], rédigée par un comité nommé  par leurs soins[59]. Les élections des syndics par le Conseil Général ont lieu cinq jours plus tard, le 6 janvier 1765. Lors des élections, les candidats ne sont élus qu’à une très courte majorité. Le Petit Conseil, effrayé, menace alors de démissionner si les Citoyens et Bourgeois ne manifestent pas leur confiance aux magistrats[60]. Le 7 février 1765, un millier de Citoyens et Bourgeois viennent donner au Petit Conseil le témoignage de leur respect, tout en maintenant leurs revendications[61]. Le 12 février 1765, le Petit Conseil publie une déclaration contre les Lettres écrites de la montagne de
Rousseau et remercie les Représentants d’avoir attesté de leur confiance envers lui[62]. Les Représentants ne réagissent pas à cette déclaration du Petit Conseil[63]. Rousseau rompt alors avec la plupart de ses contacts de Genève, et notamment sa relation épistolaire avec Deluc[64]. A ce stade du déroulement des événements, on peut se demander si cette rupture entre Rousseau et les Représentants, mais aussi avec la vie politique genevoise en général, signifie la fin de l’Affaire Rousseau. C’est notamment là l’interprétation d’Edouard Rod, dans son ouvrage L’Affaire J.-J. Rousseau[65]. On peut toutefois y répondre par la négative car, d’une part, la rupture de Rousseau avec vie politique genevoise n’est pas totale, et, d’autre part, les événements politiques survenant entre janvier 1765 et mars 1768 s’inscrivent dans la continuité de la dynamique qui a vu le jour dans le processus contestataire des Représentations, mais dont l’origine est bel et bien la condamnation de Rousseau et de ses écrits.

Après les élections de janvier, le conflit entre les Représentants et le Petit Conseil se poursuit durant l’année 1765 avec la publication de plusieurs brochures, pamphlets et livres. A partir de novembre[66], les Représentants adoptent la « ligne de nouvelle élection[67] », une tactique consistant à refuser d’élire les candidats proposés par le Petit Conseil (c’est-à-dire tous les candidats proposés). Face au maintien de cette tactique par les Représentants lors des élections de janvier 1766[68], le Petit Conseil appelle à l’aide les Puissances Garantes de la Médiation de 1738, soit la France, Berne et Zürich, pour raffermir sa position[69]. Ces dernières interviennent dans l’année et tentent de faire adopter un édit de conciliation et de pacification, dont la première mouture est rejetée en Conseil Général[70]. À la suite de ce refus, la monarchie française ferme ses frontières aux marchandises genevoises pour tenter d’amener les Citoyens et Bourgeois à adoucir leurs positions[71]. Une nouvelle mouture de l’édit de pacification est finalement adoptée en Conseil Général le 11 mars 1768[72]. Elle établit l’abandon de la « ligne de nouvelle élection » par les Représentants, en échange du droit de nommer, en cas de vacance, une partie des nouveaux membres du Conseil des Deux-Cents[73]. Ce compromis marque la fin de cette phase de conflits politiques entre Citoyens et Bourgeois et Patriciens qu’est l’Affaire Rousseau, débutée avec la condamnation de Rousseau et de ses ouvrages.

Quant à Rousseau, la déclaration émise par le Petit Conseil genevois le 12 février 1765 a des conséquences directes pour lui. En effet, le 13 février 1765, les pasteurs de Neuchâtel demandent l’interdiction de ses ouvrages, et le 18 février 1765 la municipalité de Neuchâtel interdit la vente des Lettres écrites de la montagne[74]. Après que le pasteur de Môtiers, le pasteur Montmollin, se soit déclaré contre Rousseau, les paysans du cru jettent des pierres sur la maison de Rousseau en septembre 1765. Il quitte alors le territoire de Neuchâtel et se rend sur l'île de Saint-Pierre, dans le lac de Bienne, qui est sous juridiction bernoise, et dont il est expulsé[75]. En janvier 1766, sur proposition du philosophe David Hume, il se rend à Londres et s’installe à Wootton. Toutefois, entre 1766 et 1768, il continue de se faire informer sur la vie politique genevoise et envoie des recommandations aux Représentants où il les enjoint de se montrer conciliant face aux exigences des magistrats et même de préférer « la paix publique à la liberté[76] ». En 1767 enfin, lors d’une collecte de bienfaisance en faveur des Genevois qui souffrent de l’embargo français, Rousseau envoie 14 livres sterlings aux Genevois[77]. Il revient en France en 1767 et s’installe à Paris en 1770 jusqu’en 1778, année où il décède[78].

 

 

 

 

 

 

[1] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Editions Tallandier, Paris, 2012, p.506-509.

[2] Ibidem, p.511.

[3] Ibidem, p.512.

[4] Ibidem, p.513.

[5] Ibidem, p.514.

[6] Ibidem, p.522.

[7] Ibidem, p.518.

[8] Ibidem, p.523.

[9] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, tome 3, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, Paris, 1964, p.CLXIV.

[10] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.524.

[11] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[12] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.525.

[13] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[14] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.525.

[15] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, (2006), p.389.

[16] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[17] D’ALEMBERT Jean le Rond, « Genève » in Encyclopédie de Diderot, [http://www.info-bible.org/histoire/reforme/geneve-encyclo...], 1757.

[18] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[19] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.529.

[20] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[21] Ibidem, p.CLXIII.

[22] Idem.

[23] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.564.

[24] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, 2005, p.19.

[25] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXV.

[26] « Première Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (18 juin 1763) 2005, p.274-277.

[27] « Premier extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (25 juin 1763) 2005, p. 278-281.

[28] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.530.

[29] Ibidem, p.532.

[30] Ibidem, p.533.

[31] « Seconde Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (8 août 1763) 2005, p. 282-294.

[32] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[33] « Seconde extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (10 août 1763) 2005, p.295.

[34] « Lettre des Citoyens et Bourgeois à Monsieur le Premier Syndic » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (20 août 1763) 2005, p.295.

[35] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.566.

[36] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[37] « Troisième extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (31 août 1763) 2005, p.296-300.

[38] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[39] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.567.

[40] « Troisième Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (29 septembre 1763) 2005, p. 301-306.

[41] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.568.

[42] Ibidem, p.568.

[43] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[44] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CXCI.

[45] Ibidem, p.CXCI.

[46] Ibidem, p.CLXX.

[47] ROUSSEAU Jean-Jacques, Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, (1764) 1962.

[48] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVIII.

[49] Ibidem, p.CXC.

[50] Ibidem, p.CLXXI.

[51] Ibidem, p.CLXXV.

[52] Ibidem, p.CLXXIII.

[53] Ibidem, p.CLXXVI.

[54] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.409.

[55] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20

[56] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXXXII.

[57] Ibidem, p.CLXXXIII.

[58] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.587.

[59] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.390.

[60] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[61] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[62] Ibidem, p.20-21.

[63] Ibidem, p.21.

[64] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.404.

[65] ROD Edouard, L’Affaire J.-J. Rousseau, Editions Perrin, Paris, 1906, p.346.

[66] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, Editions Boivin, Paris, 1934, p.254.

[67] DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, Presses Universitaires de France, 2010, Paris, p.82.

[68] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, op.cit., p.254.

[69] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.589.

[70] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, op.cit., p.255.

[71] Ibidem, p.256.

[72] VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, Editions Plon-Nourrit, Paris, 1911, p.347.

[73] DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, op. cit., p.82-83.

[74] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.594.

[75] GUILLEMIN Henri, « Préface » aux Lettres écrites de la montagne, op.cit., p.10.

[76] VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, op.cit., p.341.

[77] Ibidem, p.346.

[78] JACOB François, Rousseau Jean-Jacques, Dictionnaire Historique de la Suisse, [http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F9547.php], 2012.

 

 

 

 

Bibliographie


Articles


-
BARBER Benjamin, « How Swiss is Rousseau ? » in Political Theroy 13/4 (1985), p.475-495.

- JACOB François, Rousseau Jean-Jacques, Dictionnaire Historique de la Suisse, [http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F9547.php], 2012.

- ROSENBLATT Helena, « Le Contrat Social, une œuvre genevoise ? L’école du droit naturel et le débat politique à Genève. La réponse de Rousseau » in Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Genève 21 (1991), p.13-26.

- SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme de Rousseau mis en contexte : le cas de Genève » in Les études philosophiques n°83 (2007/4), p.519-541. 

- SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, Working Papers 82 (2006), p.1-40.

- WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3 (2006), p.1-29.


Ouvrages


- BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, 2005.

- CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, tome 3, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, Paris, 1964, CLIX-CXCVIII.

- DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, Presses Universitaires de France, Paris, 2010.

- GUILLEMIN Henri, « Préface » aux Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1962, p.7-52.

- ROD Edouard, L’Affaire J.-J. Rousseau, Editions Perrin, Paris, 1906.

- SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, Editions Boivin, Paris, 1934.

- TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Editions Tallandier, Paris, 2012.

- VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, Editions Plon-Nourrit, Paris, 1911.


Sources


- D’ALEMBERT Jean le Rond, « Genève » in Encyclopédie de Diderot, [http://www.info-bible.org/histoire/reforme/geneve-encyclo...], 1757.

- « Lettre des Citoyens et Bourgeois à Monsieur le Premier Syndic » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (20 août 1763) 2005, p.295.

- « Première Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (18 juin 1763) 2005, p.274-277.

- « Premier extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (25 juin 1763) 2005, p.278-281.

- ROUSSEAU Jean-Jacques, Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, (1764) 1962.

- « Seconde Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (8 août 1763) 2005, p. 282-294.

- « Seconde extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (10 août 1763) 2005, p.295.

- « Troisième extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (31 août 1763) 2005, p.296-300.

- « Troisième Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (29 septembre 1763) 2005, p.301-306.

 



 

 

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