28/07/2017

La libre circulation des travailleurs : une défense

 

 

Aujourd'hui, je vous partage un travail que j'ai rédigé pour un séminaire de théorie politique portant sur le multiculturalisme. Une fois n'est pas coutume, le sujet abordé est bien plus concret que d'habitude et résonne bien davantage avec l'actualité. Bonne lecture ! AF

 

 

 

Dans ce travail est présentée une défense du libre-échange en matière de travail – que l'on appelle, bien souvent, libre circulation des travailleurs dans le débat public - par le biais de l'éthique conséquentialiste1. Je présuppose donc ici que la valeur d'un arrangement institutionnel (d'une politique publique) dépend avant tout de ses conséquences (plausibles) en matière de maximisation du bien-être pour l'ensemble des individus (impartialité vis à vis des individus)2.

1. Définition du libre-échange en matière de travail

Par libre-échange en matière de travail, j'entends l'addition des trois principes ci-dessous.

(1) Le principe de liberté contractuelle individuelle
3.

Les individus devraient être libres de contracter entre eux, sur une base volontaire, sans limitation d'un tiers, que ce tiers soit un individu, un gouvernement, une autorité politique, un représentant de l’État, etc.

(2) Le principe de liberté d’échange, de coopération et de commerce
4.

Les individus devraient être libres de vendre (ou de donner) leur travail à qui ils veulent sans limitation d'un tiers, que ce tiers soit un individu, un gouvernement, une autorité politique, un représentant de l’État, etc.

(3) Le principe de la liberté de mouvement et de circulation des travailleurs
5.

Les travailleurs devraient être libres d'aller là où ils veulent - dans les limites du respect du consentement d'autrui - mais sans limitation d'un gouvernement, d'une autorité politique, d'un représentant de l’État
6, etc.

Le libre-échange en matière de travail consiste donc dans la liberté de contracter librement avec les personnes de son choix (1) afin d'échanger, de commercer ou de coopérer dans l'activité de son choix (2) sans limite de l’État à sa mobilité (3).

2. L'échange volontaire crée de la valeur pour ceux qui échangent.

Un échange volontaire est, en général
7, positif pour les deux parties prenantes de l'échange8. C'est à dire que l'échange volontaire n'est pas un jeu à somme nulle où des valeurs identiques sont échangées, mais une activité créatrice de valeur : à la fin d'un échange, chaque partie active dans l'échange a davantage que ce qu'elle avait avant l'échange9. Si ce n'était pas le cas, si l'échange volontaire n'était pas favorable aux parties prenantes de l'échange, alors les individus n'auraient pas d'incitation rationnelle à échanger et il l'existence d'échanges devient un état de fait incompréhensible et mystérieux. En effet, si les individus ne pouvaient échanger que quelque chose qui a davantage de valeur à leurs yeux contre quelque chose à laquelle ils donnent moins de valeur, alors ils n'échangeraient pas. Bien entendu, plus la situation initiale d'un individu avant l'échange est mauvaise, moins il peut apparaître de manière visible que cet individu est en train d'améliorer sa situation.
Concernant le cas qui nous intéresse, l'échange de travail contre une rémunération, les travailleurs étrangers et les employeurs domestiques sont donc des gagnants de l'échange. Nous verrons à la suite dans ce travail qu'ils ne sont pas les seuls gagnants de ce processus en nous intéressant à l'argument de la division du travail.

3. La division du travail

Le principal argument en faveur du libre-échange en matière de travail, c'est à dire de la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, c'est l'argument de la division du travail
10, qui s'articule de la façon suivante :

(1) Plus il y a de division de travail, c'est à dire plus les individus se spécialisent dans une ou plusieurs productions, plus les individus sont productifs.
(2) Plus les individus sont productifs (plus leur productivité s'accroît), c'est à dire plus ils produisent davantage dans un temps moins élevé, plus la production s'accroît.
(2a) Plus la production s'accroît, plus elle se diversifie pour répondre à des demandes plus spécifiques.
(2b) Plus la production s'accroît, plus les prix baissent (car si vous avez une demande stable pour un service ou un bien A et que l'offre de A augmente alors le prix de A baisse).
(3) Plus les prix baissent, plus le revenu des individus augmentent.
(4) Plus le revenu des individus augmentent, plus ils épargnent ou consomment.
(5) Plus ils consomment et épargnent, plus la production s'accroît.
Conclusion : Comme le libre-échange en matière de travail permet de maximiser la production (2) (5), de diversifier l'offre (2a), d'augmenter le revenu des individus (3), d'accroître la consommation et l'épargne des individus (3), il a des conséquences positives en termes de bien-être pour les individus.

Concernant le cas qui nous intéresse, les travailleurs étrangers qui travaillent sur le marché domestique de l'emploi proposent soit des prix plus bas, soit des services de qualité supérieure, que l'offre en travail déjà présente sur le marché. Et réciproquement pour les travailleurs domestiques qui partent travailler à l'étranger.

4. Les conséquences du libre-échange en matière de travail prises séparément par groupes d'acteurs

4.1 Les conséquences positives pour les consommateurs

L'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix pour les consommateurs
11, ce qui leur permet d'accroître leur revenu et leur pouvoir d'achat, c'est à dire d'acquérir davantage de biens et services, ou d'épargner davantage12. Alternativement (mais en général de manière conjointe), l'accroissement de la division du travail permet l'accès à des services de qualité supérieure et davantage diversifiés.

4.2 Les conséquences pour le marché de l'emploi

Comme l'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix qui permet aux consommateurs de consommer davantage, la croissance de la consommation se traduit par une croissance de la demande en biens et services à laquelle une offre, créatrice d'emplois, va répondre
13. Comme l'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix qui permet aux consommateurs départager davantage, la croissance de l’épargne fait baisser le taux d'intérêt (le prix du crédit) et se traduit par une augmentation de l'investissement, qui se traduit par une création d'emplois. Ainsi, par la baisse des prix et le ré-investissement de ressources que cette baisse des prix permet en libérant des ressources, le libre-échange en matière de travail permet donc une augmentation du nombre d'emplois14.

4.3 Les conséquences pour les travailleurs étrangers

La conséquence la plus évidente et la plus directe du libre-échange en matière de travail pour les travailleurs étrangers est qu'ils trouvent un travail à des conditions plus avantageuses que celles de leur marché de l'emploi domestique
15.

4.4 Les conséquences pour les travailleurs domestiques

Lorsqu'il n'y a pas de barrière à la mobilité du travail, le travail s'alloue et se ré-alloue là où il est le plus performant, le plus efficace, c'est à dire là où il va être le plus productif. Toutefois, la division du travail est un phénomène
disruptif, c'est à dire que c'est un processus de destruction créatrice qui modifie des états de choses en place et les remplace par d'autres états de chose16. Elle contraint au changement, à l'adaptation, mais elle le fait à la hausse, c'est à dire par un processus d'amélioration des états de chose existant. Il y a donc un coût d'ajustement pour certains travailleurs domestiques quand ils doivent faire face à des travailleurs concurrents étrangers qui sont davantage compétitifs qu'eux, c'est à dire quand le travail se ré-alloue de manière plus performante à leur détriment.

On peut néanmoins mettre en place des politiques publiques facilitant cette ré-allocation du travail et réduisant les coûts d'ajustement pour les individus. Ces politiques publiques se découpent en trois catégories :
(1) Des politiques d'accompagnement à la reconversion des travailleurs : politique de formation, de formation continue et d'accompagnement des chômeurs, mais aussi de facilitation de l'épargne.
(2) Des politiques de facilitation de la mobilité
171819.
(3) Des politiques de flexibilisation et de dynamisation du marché de l'emploi, notamment en réduisant les freins à la création de l'emploi
20.

5. Les conséquences du protectionnisme

L
a logique protectionniste, poussée dans toute sa cohérence, remet en question le libre-échange en matière de travail à l'intérieur des frontières nationales21. En effet, si le protectionnisme est une politique jugée valable pour un État-nation, ou pour une union d’États comme l'Union Européenne, alors pourquoi ne faudrait-il pas suivre cette logique jusqu'au bout ? Dans ce cas, la question se pose de savoir s'il faut-il protéger les emplois genevois face à la concurrence vaudoise ? Protéger les emplois de la Ville de Genève de la concurrence carougeoise ? Protéger les emplois du quartier de Plainpalais de la concurrence des habitants du quartier de Champel ? Protéger chaque ménage de la concurrence des autres ménages ? L'aboutissement de la logique protectionniste poussée dans toute sa cohérence c'est donc l'autarcie22. Or, l'autarcie signifie un niveau de division du travail, et donc de productivité, extrêmement faible23. Mais revenons à présent sur les conséquences du protectionnisme en matière de travail, sans aller jusqu'à l'autarcie, de manière plus détaillée.

5.1 Une baisse de la productivité

Le protectionnisme en matière de travail empêche les travailleurs qui pourraient être les plus compétents dans un travail x ou y de travailler à ces postes. La conséquence d'une telle politique réside dans la réduction de la division du travail et de l'allocation la plus efficiente du travail, ce qui réduit la productivité, et donc la production et les prix.

5.2 Une destruction d'emplois

La protection de la concurrence de certains emplois détruit davantage d'emplois qu'elle n'en préserve. En effet, le coût de chaque emploi protégé coûte des ressources qui pourraient être investies de manière davantage productive ailleurs : la protection retire des ressources de là où elles seraient les plus productives - c'est à dire de là où elles répondent le mieux à la demande des consommateurs et de manière la plus efficace - pour protéger des emplois moins productifs
24.

5.3 Des pertes pour la majorité des individus

Lorsqu'un gouvernement protège un acteur ou un groupe d'acteurs de la concurrence internationale, le gain de ce groupe est inférieur aux pertes du reste de la population
25. Symétriquement, le coût de l'ajustement des travailleurs domestiques perdant leur emploi à cause de la concurrence étrangère est inférieur aux gains qui pourraient être obtenus par un accroissement de la division du travail. Il y a une différence entre ce qu'on voit, le coût de l'ajustement pour certains travailleurs domestiques, et ce qu'on ne voit pas, les gains obtenus par la division du travail accrue.


Les arguments protectionnistes réfutés

1. L’argument protectionniste de l’accaparement de l’emploi domestique et du dumping salarial

Cet argument peut prendre les formes suivantes :
(1) Les travailleurs étrangers prennent le travail des travailleurs domestiques qui se retrouvent sans travail (au chômage).
(2) Les travailleurs étrangers concurrencent les travailleurs domestiques en acceptant de travailler pour moins cher, ce qui fait baisser les salaires des travailleurs domestiques.
(3) Les patrons font venir des travailleurs étrangers acceptant de travailler pour moins chers pour faire baisser les salaires et économiser sur les salaires.

La réponse à cet argument consiste d'abord à mettre en évidence que ce n'est pas seulement le niveau des salaires qui détermine son employabilité et sa compétitivité, mais que c'est avant tout sa productivité
26. Celle-ci dépend de plusieurs facteurs, notamment du capital productif, du capital d'équipement, des moyens technologiques et de la formation, dont disposent les travailleurs. Or, comme le met en évidence Hans F. Sennolz, « [import restrictions] reduce the productivity of labor and, therefore reduce the demand of labor27 ». La protection, en réduisant la productivité du travail découlant de la mise en concurrence, détruit donc, à la longue, les emplois qu'elle cherche à préserver.

Deuxièmement, on l'a vu, le coût d'ajustement pour les travailleurs domestiques est inférieur aux gains globaux pour l'ensemble des individus. En effet, de nouveaux emplois, permis par la baisse des prix découlant de l'accroissement de la division du travail, remplacent les emplois pris par des travailleurs étrangers. Dans le cas où les travailleurs étrangers prennent des emplois domestiques parce qu'ils sont plus compétents mais aussi plus chers, les gains de productivité permettent aussi le ré-investissement et la création d'emplois.

De manière plus générale, il faut rappeler que, contrairement à l'allégorie du gâteau que l'on se partage, il n'existe pas une somme d'emplois fixe puisque le marché du travail n'est pas statique mais dynamique. Le nombre d'emplois totaux offerts sur le marché de l'emploi fluctue en fonction de la demande des consommateurs, des facteurs productifs et de l'accès aux facteurs productifs (notamment au crédit). C'est d'ailleurs pourquoi, quand les femmes sont rentrées sur le marché de l'emploi moderne (alors qu'auparavant elles en étaient légalement partiellement privées), elles n'ont pas pris des emplois aux hommes, mais ont permis un accroissement de la division du travail et de cette façon un ré-investissement dans de nouvelles productions créatrices de nouveaux emplois.

2. L’argument du vol des cerveaux

Cet argument affirme que l'ouverture des marchés de l'emploi nationaux a pour conséquence que les travailleurs les plus compétents partent pour les marchés de l'emploi les plus rémunérateurs, laissant les marchés de l'emploi moins rémunérateurs sans travailleurs compétents. Cet argument semble plausible. Toutefois, ce risque de départ des travailleurs les plus compétents a bonnes conséquences, car il incite les États à améliorer leurs marchés de l'emploi et à être attractifs sur le plan de leurs conditions-cadres et les employeurs à augmenter la rémunération des salariés pour les inciter à rester. Par ailleurs, mieux vaut pour un pays un travailleur qui s'expatrie et trouve un emploi, qu'un travailleur qui reste au pays et ne trouve pas d'emploi, dépendant ainsi de la charité publique ou privée
28.

3. L’argument protectionniste de la balance déficitaire des échanges

Cet argument affirme que si un pays x importe davantage qu'il n'exporte, c'est à dire si un pays x a une balance des échanges déficitaire, alors c'est un problème car sa population produit moins. Ceci repose sur l'idée que dans l'idéal il vaut mieux exporter qu'importer. L'origine de cette idée est la doctrine mercantiliste qui affirmait qu'il faut exporter le plus possible et importer le maximum (dans leur optique, d'or et de métaux précieux).

Pour répondre à cet argument de la balance déficitaire des échanges, il convient de noter premièrement que si cette idée avait une quelconque valeur, alors on s'intéresserait aussi à la balance des échange entre cantons, entre communes, entre quartiers et,
in fine, entre individus. Or, l'idée qu'il faudrait veiller à ce que chaque individu ou chaque commune ait une balance des échanges équilibré avec chaque autre individu ou commune semble absurde29.

Deuxièmement, cette absurdité transparaît aussi si considère le cas hypothétique d'un pays pouvant importer beaucoup pour peu cher et produire juste le minimum dans des domaines de faible pénibilité du travail. En effet, on peine à voir où serait le problème d'une balance déficitaire des échanges dans ce cas là.
Quid de la population d'un pays qui importerait gratuitement l'ensemble de ses consommations et ne travaillerait pas ? Bien que totalement déficitaire dans sa balance des échanges, ne serait-elle pas gagnante d'une telle situation ? Ces exemples nous montrent, par l'absurde, pourquoi ce concept de balance des échanges est vide de sens.

Enfin, il faut rappeler que, comme le dit Jacobo Rodriguez, « it is individuals, not nations, that trade with one another
30 ». Cet aspect individuel des échanges nous ramène à l'argument du caractère mutuellement bénéfique des échanges volontaires exposé au point 2 et repris par Rodriguez : « The reason [individuals] exchange goods ans services is that they expect to benefit from the exchange, which necessarily implies that they value the goods and services they receive more than tose they give up31 ». 

4. Le libre-échange en matière de travail est injuste

Cet argument prend la formes suivante :

(1) Le libre-échange en matière de travail met en concurrence des travailleurs de pays différents.
(2) Les travailleurs de différents pays sont différents.
(3) La différence entre les travailleurs de différents pays fait qu'ils ne sont pas égaux pour l'accès aux emplois.
(4) L'inégalité entre travailleurs issus de pays différents pour l'accès aux emplois est injuste.
Conclusion : Le libre-échange en matière de travail est injuste.

Cet argument part d'une prémisse qui semble correct. En effet, la différence entre les individus, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur d'un pays, semble quelque chose de plausible. Toutefois, le fait que les individus soient différents, que des travailleurs de pays différents soient différents, et qu'ils soient en concurrence avec leurs différences, n'est pas quelque chose d'injuste. La différence c'est l'absence d'uniformité, c'est l'existence de différences d'aptitudes et de talents, et donc l'existence d'une inégalité des compétences (révélées, peut-être pas potentielles) entre individus. Or, c'est parce que tout le monde est différent en compétences et en aptitudes (révélées) que nous avons un intérêt à nous spécialiser et à échanger, c'est pour cela que le processus de division du travail présente un intérêt et permet un accroissement de la productivité
32. D'un point de vue conséquentialiste, ce qui est juste n'est donc pas de ne pas mettre en concurrence des travailleurs aux aptitudes différentes, mais au contraire de les mettre en concurrence pour permettre la division du travail et l'échange, c'est à dire pour permettre d'atteindre le niveau de productivité le plus élevé possible33.

En outre, si nous voulions des échanges entre individus égaux, entre agrégats d'individus (marchés des emplois nationaux) égaux, alors il faudrait (entre autres) égaliser les niveaux de revenu et de fortune entre tous. Or, les niveaux de productivité ne sont pas partout identiques et, par conséquent, en égalisant par la force revenus et fortunes on se retrouverait simplement avec des marchés sans incitations à produire efficacement et on obtiendrait un appauvrissement de la population mondiale.

Appendice : De la nature du raisonnement conséquentialiste

Dans ce travail, nous avons déployé un raisonnement conséquentialiste. Comme la logique formelle, la géométrie et les mathématiques, l'argumentation conséquentialiste est axiomatique et déductive : elle part de prémisses jugées évidentes pour en impliquer par déductions logiques des conclusions. Elle ressemble à ce que certains penseurs, comme Jean-Marc Daniel ou Ludwig von Mises, appelleraient peut-être de la théorie économique. Toutefois, ce n'est pas de la science économique au sens usuel du terme, car ce n'est pas un raisonnement inductif et empirique, - même si on pourrait certainement parvenir à de telles conclusions par inductions empiriques. Ainsi, ce raisonnement conséquentialiste – que certains, comme Mises, comme David Friedman, comme Sébastien Caré, nommeraient
utilitariste – semble donc s'apparenter à de la philosophie économique. Ce qui signifie qu'en partant d'une philosophie morale conséquentialiste appliquée à la philosophie politique, on parvient à la philosophie économique.

Un tel résultat peut ne pas nous surprendre. En effet, dans l'histoire des idées, que ce soit Adam Smith, John Stuart Mill, Karl Marx, Pierre-Joseph Proudhon, Murray Rothbard, ou même John Rawls avec son
principe de différence, on se meut toujours entre les genres, entre philosophie morale et philosophie économique. Un tel constat soulève des questions sur l'étanchéité du cloisonnement entre philosophie morale, philosophie politique et philosophie économique.

Conclusion

Pour conclure ce travail,
je me propose d'aborder une autre perspective éthique : celle de l'égalité universelle en droits entre les individus. A partir de cette prémisse morale, demandons-nous : pourquoi, du fait de l'appartenance nationale à un État-nation donné, un individu aurait-il un droit supérieur à des individus non membres de cet État-nation à un emploi sur ce territoire nationale ? Si on part du principe que les individus sont tous égaux en droits, indépendamment de leur nationalité, alors il ne semble pas y avoir de raison de hiérarchiser leur droit à accéder à un marché du travail en fonction du critère de la nationalité. L'égalité universelle en droits entre individus signifie donc, au moins, impartialité étatique vis à vis d'eux et de leurs caractéristiques particulières, et non distribution de privilèges à certains. Dans cette perspective, la discrimination légale, étatique, sur la base de la nationalité quant à l'accès au marché de l'emploi, est donc en fait une position nationaliste qui s'oppose à une position égalitaire.

 

 

 

1 Une telle argumentation conséquentialiste s'inscrit dans la lignée de celles articulées par des théoriciens comme Ludwig von Mises, Milton Friedman et David Friedman.

2 Il s'agit donc d'un conséquentialisme de la règle (rules-consequentialism).

3 NORTH Gary, The statist propositions of protectionism, Mises Institute, [https://mises.org/library/statist-propositions-protection...], August 6 2012.

4 BASTIAT Frédéric, Protectionnisme et communisme, Bastiat.org, [http://bastiat.org/fr/protectionisme_et_communisme.html], janvier 1849.

5 Comme le dit Jason Brennan : « An immigration restriction does not simply interfere with a would-be-immigrant ; it also prohibits citizens from hiring her. » in BRENNAN Jason, “America first !” doesn't justify immigration restrictions or protectionism, Bleeding Heart Libertarians, [http://bleedingheartlibertarians.com/2017/01/america-firs...], January 30 2017.

6 AKERS Becky, Can we tell those huddled masses to scram? Immigration and the constitution, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/can-we-tell-those-huddled-masses...], November 1 2016.

7 Il n'est pas possible d'affirmer que l'échange volontaire est toujours a posteriori positif, car la possibilité d'une anticipation erronée des fruits de l'échange est plausible. Ceci étant dit, si les anticipations erronées étaient la norme, alors l'échange n'aurait pas lieu, ce qui n'est empiriquement pas le cas. On peut par contre affirmer que l'échange volontaire est toujours hic et nunc subjectivement positif et a posteriori en général positif.

8 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

9 REED Lawrence, The case against protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-case-against-protectionism/], (original publication October 1980) July 1 2016.

10 LASSUDRIE-DUCHÊNE Bernard ÜNAL-KESENCI Deniz, L'avantage comparatif, notion fondamentale et controversée, [http://www.cepii.fr/PDF_PUB/em/2002/em2002-08.pdf], Editions La Découverte, Paris, 2001, p.90-104.

11 FRENCH Douglas, Immigrants probably built your home, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/immigrants-probably-built-your-home/], February 24 2017.

12 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

13 BOURNE Ryan, Trump is wrong: protectionism leads to misery, not prosperity, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/trump-wrong-...], January 24 2017.

14 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

15 RODRIGUEZ L. Jacobo, An export that developing countries don't need, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/export-devel...], unknown date.

16 LINCIOME Scott, The truth about trade, Cato Institute,[https://www.cato.org/publications/commentary/truth-about-...], April 11 2016.

17 NORASTEH Alex, Employment-based Green Cards are mostly used by family members, Cato Institute, [https://www.cato.org/blog/employment-based-green-cards-ar...], July 7 2016.

18 NORASTEH Alex, Three ways to improve employment-based Green Cards, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/three-ways-i...cards], November 9 2015.

19 NORASTEH Alex, Boost high skilled immigration, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/cato-online-forum/boost...], November 2014.

20 LINCIOME Scott, The truth about trade, Cato Institute,[https://www.cato.org/publications/commentary/truth-about-trade], April 11 2016.

21 SENNHOLZ F. Hans, Protectionism, old and new, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-old-and-new/], August 1 1995.

22 ROTHBARD Murray, The ricardian law of comparative advantage, Mises Institute, [https://mises.org/library/ricardian-law-comparative-advan...], (original publication 1995), April 26 2012.

23 PAUL Ron, The case for free trade, Mises Institute, [https://mises.org/library/case-free-trade], September 1 1981.

24 KEARL J.R., Protectionism: the myths, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-the-myths/], October 1 1986.

25 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

26 WOOSTER Morse Martin, Why globalization works, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/why-globalization-works/], July 13 2010.

27 SENNHOLZ F. Hans, Protectionism, old and new, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-old-and-new/], August 1 1995.

28 MCAFFREY Matthew, Mises on protectionism and immigration, Mises Institute, [https://mises.org/library/mises-protectionism-and-immigra...], 27 January 2016.

29 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

30 RODRIGUEZ L. Jacobo, An export that developing countries don't need, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/export-devel...], unknown date.

31 Idem.

32 REED Lawrence, The case against protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-case-against-protectionism/], (original publication October 1980) July 1 2016.

33 WOOSTER Morse Martin, Why globalization works, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/why-globalization-works/], July 13 2010.

 

 

 

 

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