31/05/2012

La fin de la post-modernité, ou la fin de la pré-Histoire

La fin de la post-modernité, ou la fin de la pré-Histoire

La pré-modernité, l'Ancien Régime et l'économie mercantiliste (et physiocrate) pré-capitaliste, fut suivie de la modernité, avec les Lumières, le capitalisme, et la démocratie libérale.

Le capitalisme sauvage du XIXème siècle demandait à être civilisé pour servir davantage le plus grand nombre (utilitarisme) et non uniquement une minorité (la classe possédante ou capitaliste).

Grâce au social-libéralisme (appelé alors nouveau libéralisme), l'Europe dépassa le libéralisme classique et le capitalisme destructeur des premiers temps, en instituant un Etat-providence et keynésien, capable de mettre fin aux crises de suproduction (déflationnistes), de redistribuer quelque peu les fruits de la production, et de développer des services publics.

Avec l'enrichissement sans précédent de l'Europe et le changement de valeurs post-mai 68, fut instaurée la post-modernité.

La post-modernité est caractérisée économiquement par l'existence de la société de consommation, par une économie européenne centrée sur les services et l'innovation, par le caractère mondialisé de l'économie capitaliste mondiale, par le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, par une croissance économique sans précédent, par un néo-colonialisme impérialiste pillant les ressources des pays pauvres, et par une concentration extrême du capital dans peu de mains.

Sur le plan politico-idéologique, la post-modernité représente le passage du matérialisme au post-matéralisme, des luttes sociales (économiques) aux luttes sociétales (mœurs), des luttes idéologiques (quel système est le meilleur) aux luttes gestionnaires (comment gérer au mieux le système en place).

La post-modernité c'est donc la négation du pluralisme idéologique par la domination d'un duel de gestionnaires du capitalisme : les social-libéraux (qualifiés souvent de social-démocrates) prônant un État keynésien au sein du capitalisme, contre les néo-libéraux (qualifiés aussi de ultra-libéraux) en faveur d'un État moins interventionniste au sein du capitalisme.

Mais voilà, aujourd'hui nous vivons une crise systémique.

Il n'existe plus aucun moyen de stabiliser le système capitaliste, car la crise de la dette est une crise de système, remettant en cause les fondamentaux et les logiques internes de l'organisation capitaliste post-moderne.

Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est donc la confrontation entre les résidus idéologiques du système en place et une demande sociale majoritaire en faveur, non pas directement d'un changement systémique, mais de l'institutionnalisation de leur demande, c'est à dire de l'intégration par le système en place de leur volonté de maintien de leurs conditions de vie.

Il y a clairement antithèse entre la demande sociale majoritaire et les réponses possibles à l'intérieur du système capitaliste.
La synthèse ne peut donc être qu'en dehors du système capitaliste !

Ce que proposent les résidus idéologiques du système capitaliste, c'est à dire la classe dominante au pouvoir, c'est l'austérité, donc un retour au capitalisme sauvage du XIXème siècle.

Toutes les logiques de la post-modernité vont donc être inversées et renversées dans le sens régressif de la modernité dépassée si l'on applique leur volonté de retour en arrière austéritaire.

Les social-libéraux quant à eux plaident pour des plans de relance étatiques, mais pour trouver l'argent nécessaire ils continueront soit à s'endetter, soit à taxer ou imposer le capital (ce qui fait diminuer la production et vient réduire l'effet du multiplicateur keynésien).

On entend aussi une autre exigence, celle de ne pas payer la dette.
Fort bien, mais dans ce cas le système bancaire et d'investissement s'écroulera sûrement si on fait cela sur le plan européen, et cela plongera l'économie dans une nouvelle crise.

A quoi correspond le niveau d'endettement des pays européens sinon au niveau de capitaux collectifs nécessaires pour parvenir au niveau de civilisation que nous avons atteint avec notre État-providence, nos services publics, nos droits, et notre système de démocratie libérale ?

Cette dépense collective était nécessaire pour en arriver là.

Aujourd'hui, nous entrons dans une deuxième phase de notre évolution, c'est à dire l'entrée dans une seconde phase de processus civilisationnel.

Le niveau d'endettement européen montre que le système de gestion de l'économie par la propriété privée des moyens de production (des capitaux) et les mécanismes du marché (loi du profit, loi de la concurrence) est incapable de réaliser cette deuxième phase d'évolution humaine.

A présent, nous faisons donc face à une nécessité économique technique : passer à la propriété collective du capital et utiliser les mécanismes de la planification.

La propriété collective du capital élimine le gaspillage induit par la rente actionnariale et permet d'assurer à l’État les recettes dont il a besoin, d'abord pour mettre fin à la crise de la dette, et ensuite pour entrer dans cette seconde phase d'évolution humaine.

Ce capitalisme d'Etat n'est pas suffisant et c'est pourquoi il devra s'accompagner de l'instauration de la démocratie économique, suite et complément logique de la démocratie politique libérale.

La démocratie économique consistera à démocratiser les moyens de production par la généralisation de l'autogestion des travailleurs.

En alliant propriété collective et démocratie économique à une nécessaire planification économique décentralisée et démocratique (pour sortir du diktat de la loi du profit et de la loi de la concurrence), nous atteindrons le socialisme.

Avec le socialisme se terminera la fin de la transition entre les deux phases civilisationnelles, c'est à dire la fin de la pré-Histoire, et le début de l'Histoire.

Car l'Histoire commence avec l'avènement d'un être humain nouveau :
l'individu libéré de toute domination économique ou politique, et de toute aliénation.