Peterson Jordan

  • Ce que nous dit Jordan Peterson

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    La première fois que j’ai entendu parler du Professeur Jordan Peterson, je résidais à Toronto. Une connaissance m’enjoignit alors vivement d’aller assister à ses cours, puisque j’étudiais dans l’université dans laquelle il enseignait. Je n’en fis rien, ne connaissant pas encore l’homme. La seconde fois que je tombais sur lui, c’était durant un cours de psychologie morale, à Genève, où ses travaux faisaient partie du corpus étudié. C’est toutefois lors de recherches personnelles sur le postmodernisme que je finis par véritablement m’intéresser davantage à sa réflexion, au point, finalement, d’acheter son bestseller, 12 règles pour une vie, que je suis actuellement en train de lire.

    Jordan Peterson est un professeur canadien de psychologie. Il enseigne à la University of Toronto après avoir enseigné à Harvard. En tant que chercheur académique, il a produit des travaux en psychologie empiriste (lorsque l’on cherche à corroborer ou réfuter une hypothèse empiriquement/expérimentalement). Toutefois, il travaille aussi comme psychologue clinicien, prenant en charge des patients, et a une connaissance érudite du corpus théorique psychanalytique. Dans sa réflexion moins académique, il se permet aussi d’invoquer les grands classiques de la littérature russe, l’œuvre de Nietzsche et même… la Bible ! Bien que Peterson m’ait intéressé d’abord pour sa critique du postmodernisme, je ne vais toutefois pas ici m’étendre beaucoup sur sa réflexion politique pour le moment, mais plutôt vous restituer quelques éléments de ce qu’il appelle sa réflexion théologique. A vous de voir si cela vous parle ou non.

    1. La vie est souffrance. Ce qui est incroyable n’est pas que certains souffrent ou que certains soient en dépression, mais que tant de gens parviennent à fonctionner malgré la souffrance qui menace de les saisir à tout instant ou malgré la souffrance qui les étreint d’ores et déjà. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que des gens soient déprimés ou à terre, c’est là l’état naturel de tous, ce vers quoi nous sommes toujours ramenés.

    2. L’antidote à la souffrance réside dans le sens (meaning). Le sens est à trouver dans l’adoption de la responsabilité. En commençant par la responsabilité de soi-même par soi-même, puis en prenant des responsabilités pour nos proches et les gens qui nous entourent, et par la suite, si nous développons une telle capacité, en prenant sans cesse de nouvelles responsabilités. Ce n’est donc pas en cherchant directement un sens à sa vie que l’on en trouve un, mais en devenant responsable pour soi et pour les autres (cf. le paradoxe du bonheur). L’hédonisme n'est pas la solution à la souffrance, car il ne peut que la mettre entre parenthèse de façon toute éphémère. Seule l’adoption de la responsabilité peut nous permettre de faire face à la souffrance et de nous libérer d’elle.

    3. En conséquence, la chose morale à faire dans nos vies ne consiste nullement à embrasser l’hédonisme ou le nihilisme, mais à réduire la souffrance autour de nous. Cette injonction est proche de celle de l’utilitarisme négatif de Karl Popper. Ces trois premiers points, relativement simples, me semblent être l’essentiel du message que Peterson essaie de transmettre aux jeunes. On peut les rattacher avec le concept d’antifragilité formulé par le Professeur Nassim Nicholas Taleb et repris par le psychologue Jonathan Haidt pour expliquer l’actuelle croissance de dépressions chez les jeunes Américains dans son livre The Coddling of the American Mind (cf. par exemple sa conférence).  

    4. Abordons quatre autres points que formule Peterson. Dans nos vies, comme dans nos sociétés et nos institutions, nous avons besoin de trouver un équilibre entre l’ordre et le chaos. Trop d’ordre nuit à nos vies comme à nos sociétés, trop de chaos aussi.

    5. Dans les sociétés occidentales, les hiérarchies sociales tendent en général à reposer sur la compétence. Ces hiérarchies sont nécessaires parce que la compétence est nécessaire. Les alternatives aux hiérarchies reposant sur la compétence sont la hiérarchie arbitraire ou celle fondée sur l’usage de la force, et elles n’ont évidemment rien de désirable... 

    6. Le mariage est une institution qui a pour fonction première de protéger les enfants en rendant plus difficile la séparation de leurs parents et en garantissant ainsi une durée plus longue de présence parentale aux enfants (peut-être que ce point parlera davantage à ceux dont les parents ne se sont pas mariés).

    7. On peut appliquer la théorie de l’évolution à la littérature. Les textes qui nous sont parvenus et qui sont considérés comme de grands textes, comme de la grande littérature, le sont parce qu’ils ont été sélectionnés à travers le temps pour leurs qualités ou leur utilité. Tout ne se vaut donc pas en littérature et il existe une justification à ce que l’on considère un certain corpus littéraire comme objectivement supérieur.

    Je m’arrête là pour le moment. Si le cœur m’en dit, je reviendrai vers vous avec de nouveaux éléments à vous présenter sur le travail de Peterson.


    Adrien Faure