17/08/2016

Quelques considérations en faveur des partis politiques

 

 

Il existe chez un certain nombre de libéraux très radicaux une tendance à critiquer les partis politiques ainsi que la stratégie consistant à s'engager dans un parti politique pour militer et diffuser ses idées. A mon sens c'est une méconnaissance (empirique, personnelle) des partis politiques qui les amène à ces croyances (probablement parce qu'ils n'ont pas assez, voire pas du tout, militer au sein d'un parti). Je me propose de rappeler quelques points élémentaires qui font que l'engagement partisan peut être absolument pertinent du point de vue de l'efficacité.

 

1. Si le parti politique dans lequel vous militez a des positions libérales, alors tout ce que vous ferez en faveur du parti favorisera la diffusion de ces positions libérales.

NB : Si le parti politique dans lequel vous militez a des positions libérales mais ne dispose pas des moyens (humains et/ou financiers ou encore du capital social) nécessaires à diffuser ses positions libérales, alors le parti doit être réformé (de manière à accroître ses moyens) ou abandonné.

2. Si le parti politique dans lequel vous militez n'a pas des positions libérales (ou aussi libérales que vous le souhaiteriez) ce n'est pas forcément grave car un parti n'est jamais un bloc monolithique. Un parti est un ensemble complexe de petits groupes d'individus (sections, groupes de travail, comités, etc.) qui se retrouvent à toutes sortes d'échelles (quartier, commune, canton, nation, etc.) et vous n'avez pas besoin que l'ensemble de tout ce qui forme le parti adopte une position libérale pour pouvoir militer en faveur de positions libérales : il vous suffit que le groupe à l'intérieur du parti dans lequel vous militez ait des positions libérales.

3. Si la portion du parti avec laquelle vous militez n'a pas des positions libérales, vous entrez dans une démarche entriste. Cela signifie que vous tentez de modifier la ligne de la portion du parti avec laquelle vous militez. Le travail entriste peut évidemment aussi se faire à partir d'un groupe au sein du parti et viser d'autres groupes composant le parti (par exemple les jeunesses de parti tentent généralement d'influencer les partis mères de manière à les rapprocher de leurs positions plus radicales). L'entrisme n'est pas une mauvaise méthode et peut apporter de bons résultats.

4. Les partis politiques disposent (entre autres) de ressources financières importantes, d'accès très privilégiés aux médias et de militants. Tout cela peut être mis au service de la cause libérale et il m'apparaît en conséquence contre-productif de négliger les partis politiques.

Enfin non, je ne suis pas fermé aux autres méthodes d'engagement possibles (contre-culture, agorisme et contre-économie, associatif, etc.), bien au contraire. Mais je pense que l'on ne devrait pas rejeter trop vite les partis politiques alors qu'ils représentent un moyen pratique de réaliser nos objectifs.

 

 

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23/01/2016

Vivre ou investir : deux formes d'engagement politique

 

 

Quelles que soient les positions politiques, il y a deux manières d'envisager et de faire de la politique. Ces deux manières de faire et de concevoir la politique ne s'excluent pas forcément. Généralement, les individus qui s'engagent en politique se situent d'ailleurs quelque part entre ces deux extrêmes.

 

La première, la plus courante de nos jours, consiste à concevoir l'engagement politique comme un investissement. Dans la très grande majorité des cas, il s'agit d'un investissement égoïste. L'individu investit des ressources, du temps, de l'énergie, dans le but d'obtenir ensuite un retour sur investissement qui soit dans son intérêt propre, pouvant prendre des formes fort diverses : élection dans un parlement, dans un exécutif, dans un organe judiciaire, dans un conseil d'administration, à un poste quelconque de l'administration d'un parti, obtention d'une subvention ou d'un privilège pour son association ou son entreprise (ou celle d'un proche), prestige auprès de certaines personnes, obtention de nouvelles compétences, agrandissement de ses réseaux (de son carnet d'adresse), etc. A l'extrême de cette manière de s'engager, on trouve le carriériste pur, totalement corruptible.

 

Toutefois, des idéalistes (altruistes) purs peuvent aussi raisonner en termes d'investissement. Ils investissent en effet ressources, temps et énergie, dans le but d'obtenir un changement de société désiré. Je crois avoir rencontré des militants comme ça (et je l'ai peut-être été moi-même), notamment parmi les trotskistes, et mon impression est qu'ils ne tiennent pas le coup sur la durée. En observant la non avancée de leur idéal, ils finissent fatalement par se retirer de la politique, ou par changer de conception de l’engagement politique (ce qui peut être une bonne chose).

 

La seconde conception de l'engagement politique, bien moins courante aujourd'hui, consiste à concevoir l'engagement politique comme une fin en soi et non comme un moyen. Je pense que tous les mouvements sociaux ont fonctionné et fonctionnent grosso modo ainsi, notamment les situationnistes, les hippies, les yippies, certains mouvements anarchistes socialistes, les anciens socialistes utopistes, les créateurs de kibboutz, etc. Il ne s'agit plus dans ce cas d'investir pour un futur, par intérêt égoïste ou altruiste, mais de vivre la politique comme la réalisation immédiate de son idéal. D'une certaine façon, ce que nous avions réussi à faire avec la Jeunesse Socialiste Genevoise était un peu (mais pas totalement) de cet ordre. Lorsque des militants décident de vivre leur idéal politique ici et maintenant, ils deviennent un mouvement, dont la capacité à diffuser leur idéal est décuplée. Certes, en ces temps de désintérêt pour la politique (ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose, car peut-être que les individus ont simplement pris l'habitude de vivre leur vie en toute indépendance des politiciens et du gouvernement), un mouvement politique ne peut espérer, parce qu'il vit et incarne son idéal, transformer d'un coup la société selon ses souhaits les plus chers, mais il peut espérer avoir une action plus cohérente, s'inscrivant sur la durée, et tellement plus enrichissante pour ses membres !

 

 

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12/05/2014

Théorème pour un militantisme harmonieux

« Il me paraît frappée de dérision toute forme d'engagement qui se tient en deçà de cet objectif triple et indivisible : transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l'entendement humain. »
André Breton, 1946


Je crois avoir trouvé dans cette phrase de Breton une jolie illustration de ce que j'ai essayé de formuler à travers mes derniers billets. Il y a un triple impératif militant, trois voies que doit et peut emprunter le militantisme pour se réaliser et atteindre ses buts.

La voie du militantisme traditionnel (transformer le monde), celle du tract qui se tend vers ce citoyen au hasard d'un après-midi gris ou jaune, celle du militant qui débat et se débat devant ses pairs pour faire entendre sa voix parmi un public plus ou moins ouvert ou grognon, celle du journal qui prend forme, ligne après ligne, mot après mot, et qui finit dans la poche de l'ami consciencieux ou du parent aimable, celle du cortège vindicatif, de la trompette populaire qui vient sonner les messieurs qui siègent, celle de la grève qui libère, celle de la rue qui hurle, celle de l'occupation qui illumine, et celle de la tribune qui scande.
Vaste programme, chaud et besogneux, trépidant et harassant, passionnant et tellement social.

Pour que cette première voie ne soit pas une ascèse, mais au contraire, pour qu'elle soit joie et découverte, le second chemin du militant (changer la vie) prend la forme du phalanstère. L'espace se distend, se tord, se détourne de son devenir contraint, et finit par exploser dans une novatrice et régénératrice expérimentation. Nouvelle socialité, nouvelle organisation, nouvelle liberté, la pyramide se tasse et s’aplanit jusqu'à se fondre avec l'horizon, pour que surgisse une sociale spatialité réellement socialement vôtre, et que chacun découvre un pair aussi libre et aussi égal que son ego propre. Une autre vie est possible, dès maintenant, il suffit de la saisir et de l'étreindre avec suffisamment de conviction : que notre idéal fleurisse, et que partout il s'étende.

Enfin, la troisième voie (refaire de toutes pièces l'entendement humain) est celle qui couronne toutes les autres, car sans elle les précédentes ne sont pas possibles.
Il s'agit des deux puissances éternelles, l'art et la philosophie, qui toutes deux sont seules à même de permettre à l'individu de se faire militant, et de saisir son idéal. Par la sensibilité et par la raison, la transformation individuelle devient possible, et par là, devient possible la transformation de toute la société. Il faut parler à l'esprit humain et lui parler par les deux portes qui flanquent son crâne, celle du discours rationnel, de l'argument, de la logique, du raisonnement qui éclaire, et celle de la surprise, de l'étonnement, du sentiment, et de l'émotion.

La révolution en tant que mouvement est ce triple cheminement militant. Son apothéose se fait apparente dans la poussée finale qu'une main commune donne au vieux monde pour mieux le balayer, table rase.

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05/05/2014

Pourquoi il est important et nécessaire de repenser le militantisme


Il m'apparaît que beaucoup de gens ne semblent pas comprendre les raisons pour lesquelles il s'agirait de repenser le militantisme, je vais donc, par la présente, les rendre clairement explicites.

Le problème n'est pas seulement qu'il y a un constat empirique (sur un long terme bi-séculaire) d'échec de la gauche réformiste et révolutionnaire à réaliser, de gré ou de force, le socialisme, car cela reste un problème plutôt théorique et on peut y apporter des réponses adéquates en définissant une méthodologie révolutionnaire adaptée (dans la ligne du militantisme de transition dont parlait Trotsky). Le véritable problème aujourd'hui réside dans la désillusion à laquelle doit faire face un militant sincère dans le contexte politique contemporain (et je parle en pleine connaissance de cause).
Pour paraphraser Costanzo Preve, l'essentiel aujourd'hui n'est plus tant de savoir qui est révolutionnaire et qui est réformiste, mais bien plutôt de savoir qui va rentrer à la maison après 5 ans de militantisme et qui va aller se vendre sur le marché électoral pour rentabiliser l'investissement temporel déjà effectué. Car après une certaine durée de militantisme par convictions, le militant honnête se heurte à la baffe de la non réalisation de son idéal et à l'évidente stagnation du monde européen dans le bourbier capitaliste. Face à un semblable résultat, le militant sincère ne peut qu'abandonner tout espoir de voir un jour se réaliser le socialisme, et n'a plus qu'à cesser le militantisme et rentrer chez lui se faire des cupcakes, ou bien à embrasser une carrière politique où il aura l'occasion d'obtenir éventuellement quelque argent, responsabilité, prestige, poste bureaucratique, et autre possible reconnaissance politicienne que nos institutions offrent à celles et ceux qui acceptent de jouer leur jeu.

C'est parce qu'on ne doit pas accepter que la vie politique contemporaine ne se résume à un dilemme aussi déprimant qu'il est important et nécessaire de repenser le militantisme. Nous devons briser le dilemme, et, pour ce faire, formuler une troisième voie.
Ce que j'ai essayé de faire dans mon dernier billet, mais aussi dans d'autres un peu moins récents, c'est justement de formaliser les grandes lignes de cette troisième voie, seule à même de sauver le militantisme et l'espoir de voir se réaliser un jour le socialisme.

Mon propos était de développer l'idée selon laquelle il faut considérer que le socialisme n'est pas (seulement) un système tout fait tout beau, ou un stade donné dans le développement des sociétés humaines (ou autrement dit un mode de production particulier dans l'optique de Marx), mais avant tout une attitude et une pratique individuelle fondée sur une certaine position éthique (qualifiable justement de « socialiste ») qui se traduit par la possibilité de vivre son idéal individuellement, et surtout collectivement à travers les phalanstères, ces espaces de vie alternatifs où les rapports sociaux sont d'ores et déjà modifiés (je reviendrai sur ce concept plus en détails dans un prochain billet).
Ainsi le militant peut-il dès à présent expérimenter et vivre son idéal, sans avoir à remettre à plus tard la jouissance d'une société libre, débarrassée de la hiérarchie et de la domination. Le militantisme peut alors devenir une fin en soi, un art de vivre, apportant du plaisir au militant, tandis que le militantisme traditionnel devient envisageable sur le long terme, en tant qu'activité secondaire.
Je pense aussi la philosophie et l'art comme les piliers fondamentaux de ce militantisme-art de vivre, car ces deux activités mènent toutes deux, par la recherche de la vérité par la raison et par la recherche de la beauté et/ou de la qualité esthétique par la sensibilité, à la réalisation du socialisme et à la subversion de l'ordre en place.

Voilà donc esquissées je pense les grandes lignes d'une possibilité militante alternative, et voilà le pourquoi de l'esquisse.

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03/05/2014

Repenser le militantisme



Depuis 200 ans, la gauche s'évertue à essayer de changer les choses en Europe. Pourtant, jamais la gestion de l’État et du pouvoir par les partis de gauche n'a su réaliser le socialisme, jamais les réformes des réformateurs et des réformistes en tout genre ne sont parvenues à réaliser une société libre et débarrassée de l'oppression et de la hiérarchie. Tout militant révolutionnaire doit donc le constater : la conquête du pouvoir politique et de l’État est aussi inutile que fastidieux, et ne représente qu'une perte de temps.

L'heure est par conséquent venu de faire le deuil de nos illusions perdues et de repenser notre militantisme à l'aune de ce constat éclairant : le pouvoir corrompt, il n'est pas à conquérir, mais à détruire. Il nous faut donc redonner aux élections et aux votations leur juste place, soit celle d'événements secondaires qui n'ont pas de rôle majeur à jouer dans la réalisation du socialisme, et qui ne méritent ni notre temps, ni notre énergie, et encore moins notre créativité. Aucun chef n'abolira la grande chefferie sociale, et ce n'est pas en hissant nos propres représentants à la tête de la pyramide que nous obtiendrons l'horizontalité sociale. La révolution ne saurait être autre chose que la construction d'une contre-société plus vivante, et plus attirante, que le spectacle désolant d'une société de maîtres et d'esclaves. Et cette contre-société commence avec un militantisme fondé sur l'individu.

Penser qu'il y a un autre point de départ à la révolution que celui qui se trouve dans l'individu, dans sa raison, dans sa subjectivité, dans sa force de création, dans sa liberté, dans son amour de la vie, dans sa passion, dans son exaltation, dans ses tourments, dans ses malheurs, c'est penser en dehors de ce qui fait l'être humain, et c'est se condamner à l'erreur. Le militantisme commence avec l'individu, dans sa pratique quotidienne de la vie, dans son respect d'une éthique en accord avec les valeurs du socialisme que sont la liberté, la solidarité, le partage, etc. Ce militantisme est ancré dans la vie réelle. Ce n'est pas un militantisme de temps libre, mais un militantisme en tant que choix de vie.
Cette pratique militante n'est rien si elle ne s'appuie pas sur une pratique philosophique, tournée vers la rechercher de la vérité et du bien, amenant l'individu à se poser sans cesse et sans relâche question sur question, l'entraînant à un débat incessant avec lui-même et avec autrui, et si elle ne s'appuie pas sur une pratique artistique, tournée vers la création, la sensibilité, l'expérimentation, et la recherche de l'intriguant, de la surprise féconde, et de quelque chose comme le beau. Enfin, ce militantisme doit être créateur d'espaces, les fameux phalanstères, où les individus pourront vivre dès à présent une vie différente, des rapports sociaux différents, dans les structures mêmes de leur quotidien et de l'organisation des choses qui les entoure.

L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité.
La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. Le pouvoir ne se conquiert pas, il se détruit. Le socialisme n'est pas une utopie, il est à vivre dès maintenant. Le militantisme n'est pas un hobby, c'est un choix de vie. 


Article paru dans la Cuite Finale n°9 

14:19 Publié dans Militantisme | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

16/03/2014

Nous sommes le socialisme

Affirmer que nous sommes le socialisme n'est pas une mince affaire !
En effet, affirmer que nous sommes le socialisme, c'est affirmer que notre parti, en tant qu'organisation politique, en tant qu'ensemble de structures politiques, incarne dès maintenant un espace de vie socialiste. Autrement dit, à l'intérieur de cet espace de vie les rapports sociaux sont d'ores et déjà différents de la réalité quotidienne de la société capitaliste. Nos pratiques organisationnelles, assez proches de pratiques autogestionnaires, sont d'ores et déjà un défi lancé à la rationalité mercantile et à la loi du plus fort, qui caractérisent les modalités organisationnelles du capitalisme. La rupture avec le capitalisme, l'adhésion au projet socialiste, est donc déjà contenu dans la forme même de notre parti.

Cette idée est importante je pense, car elle établit que le socialisme n'est pas qu'un concept abstrait, ou un sentiment diffus, mais au contraire, une conception éthique et politique qui se traduit directement dans la vie sociale par une modification de son environnement. Le militant socialiste est une sorte de micro-phalanstère à lui tout seul, et son adhésion aux valeurs socialistes (dont le cœur est la liberté) l'amène tout naturellement à modifier spontanément la vie quotidienne autour de lui. Ce micro-phalanstère grossit considérablement quand il fait la jonction avec d'autres micro-phalanstère, se traduisant par l'association partisane (le parti), qui n'est rien d'autre qu'un phalanstère militant.

Tout comme Bakounine en son temps avec l'Internationale anti-autoritaire, nous pouvons donc considérer que nous incarnons une brique de la société future, de la société idéale socialiste, et qu'il s'agit de construire autant de briques que nécessaire pour jeter les bases d'une contre-société à l'intérieur même du capitalisme. Ainsi la révolution dévore-t-elle la société capitaliste de l'intérieur, tandis que l'avènement révolutionnaire n'est que l'embrasement ultime qui voit la poussée sociale finale se hisser sur nos fondations révolutionnaires pour mieux porter le coup fatal à l'ordre capitaliste.

Ceux qui voudront aller plus loin dans cette idée auront raison d'en impliquer la nécessité de d'étendre au maximum ces espaces de vie qui échappent au capitalisme et à ses logiques, que ce soit des syndicats ou des partis, mais aussi des coopératives, des librairies alternatives, des éco-villages, des municipalités rouges (comme Marinaleda), des quartiers autonomes (comme Christiana), des cercles de discussion, des bureaux de recherche, des clubs ouvriers, etc.

Voilà pourquoi notre parti doit se considérer comme un espace de vie en révolution permanente contre le conformisme, l'autoritarisme, le consensualisme, le carriérisme, et le centralisme, toutes tendances ne pouvant que nous ramener à nous soumettre à la Loi du patronat, et voilà pourquoi incarner l'idéal que nous prônons est une nécessité révolutionnaire, et non une simple rêverie utopiste. 


Article paru dans la Cuite Finale numéro 8 

17:54 Publié dans Militantisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

10/03/2014

Pourquoi militer en faveur du socialisme ?


Pour un ethos militant harmonieux

A la question de savoir pourquoi militer en faveur du socialisme, un certain nombre de militants ont tendance à répondre qu'ils militent en solidarité envers telle ou telle cause parce qu'elle leur tient à cœur. C'est donc la pulsion altruiste qui fait vibrer leurs entrailles et les emporte dans le tourbillon du militantisme. Qu'il pleuve, qu'il vente, c'est cette émotion qui sera leur force.
Bien souvent, ces militants s'identifient à certains individus, ou plutôt à certains groupes sociaux, victimes d'une oppression ou d'une injustice. Ces militants ont ensuite tendance à voir en ces groupes sociaux (prolétariat, classe ouvrière, travailleurs, précaires, précariat, travailleurs immigrés, pauvres, minorités culturelles, femmes, homosexuelles, etc.) le sujet émancipateur, la classe ou le groupe appelé à émanciper l'ensemble de la société, pourvu qu'il prenne conscience de son rôle historique. Les militants n'ont alors pour objectif que de servir ce groupe social, en l'aidant à s'organiser.
A mon humble avis, cette position, si elle est certes moralement justifié évidemment, pose de gros problèmes. Combien de militants ne se lassent-ils pas de ne pas voir avancer leurs causes ? Combien désespèrent de ne point voir poindre un sursaut de révolte parmi leur sujet émancipateur favori ? Après quelques années de cette routine, je crains que ces militants ne lâchent l'affaire, et sombrent soit dans le fatalisme apolitisant, soit dans le carriérisme par défaut...

Chères et chers militant-e-s, nous devons faire de la politique par plaisir. Le militantisme doit être une fête éternelle, un enrichissement individuel continu, et non une quelconque forme de sacrifice ou d'austérité. Car notre projet de société n'est pas un objectif lointain, il est à vivre immédiatement, dans la vie quotidienne, dans nos rapports sociaux de tous les jours. La société n'est pas un bloc monolithique capitaliste et autoritaire, elle est multiple, plurielle, et nous pouvons y creuser dans ses parois des fresques et des phalanstères. Nos organisations sont d'ores et déjà des lieux de vie alternatifs, des espaces de pensée, de création, et d'expérimentation, en rupture avec la société dominante, nous devons les développer, étendre leurs modalités, et dévorer le monstre capitaliste de l'intérieur en étendant nos logiques et nos valeurs sans cesse à l'assaut de nouveaux bastions de la vie sociale, culturelle, symbolique, économique, politique, etc.
Notre idéal nous n'avons pas à l'attendre mille ans, il est à vivre ici et maintenant, et c'est sur cet ici et ce maintenant que nous aurons reconstruit, que nous bâtirons les fondations d'une révolution plus générale. Car la réalité est qu'il n'y a pas d'autre sujet émancipateur que nous-mêmes, et ce n'est nullement un problème. Dans une société où classe et groupes sociaux ne sont plus aisément perceptibles, c'est l'association des individus de bonne volonté qui prime pour donner vie à une société alternative.

Camarades, nous sommes notre idéal.
Vivons-le !

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