13/03/2015

L'irruption de la dissonance



Comme bien des gens, je parcours chaque jour les colonnes d'au moins un quotidien helvète, et parfois même, exceptionnellement, je pousse même jusqu'à zappoter sans grande conviction un téléjournal. Autrement dit, je suis l'actualité.

Et pourtant, je dois bien avouer que je la trouve franchement lassante cette actualité. Jour après jour, le théâtre du monde nous vomit la même bouillie insipide. On a beau changer la couleur du papier (rouge, bleue, orange, etc.), seule la narration et l'ornement varient tandis que le contenu se maintient sur place.

Pourquoi l'actualité est-elle si peu spectaculaire ? Car elle est essentiellement répétition sur répétition des mêmes mélodies. Ce sont les mêmes schémas qui se répètent sans relâche et tournent en boucle devant nos yeux et nos oreilles. Une usine a fermé, une usine va ouvrir, une multinationale a dérobé les ressources de paysans ou d'une ethnie, un gouvernement a nationalisé ou privatisé une entreprise, un conflit salarial oppose un patron à ses employés, la droite vote contre la gauche, la gauche vote contre la droite, le centre s'allie à la droite, le centre s'allie à la gauche, l'extrême gauche reste hors du gouvernement, une grève éclate, une grève prend fin, les syndicats ont négocié les pots cassés, Apple a lancé son xème nouveau gadget, les journaux papiers sont en voie de disparition depuis 10 ans mais ils continuent de se vendre, le gouvernement de gauche n'est pas assez à gauche, le gouvernement à droite est assez à droite. Je continue ?

Alors pourquoi est-ce que je continue de suivre l'actualité ?

Un peu pour des raisons de nécessité (des raisons pratiques) je l'admets (on ne peut pas militer ou faire de la politique sans connaître un minimum l'actualité), un petit peu par plaisir (certaines plumes, certaines chroniques savent encore faire vibrer l'âme du lecteur), mais surtout car, comme tout le monde, j'espère (voire, j'implore) pour que l'inattendu survienne. Que les brumes de la morose répétition se dissolvent, que mes habitudes s'effondrent, et que, enfin, l'inhabituel advienne. Lorsque les révolutions arabes emportent les régimes autoritaires le lecteur vit l'intrusion de la dissonance dans une mécanique bien huilée (la banalité de la marche monde). Cette intrusion est le sel de l'information, le piment journalistique, qui fait passer au lecteur toutes ces pages noircies de redondants remplissages. Pour le meilleur ou pour le pire, et contrairement à ce que croyaient les dérivant situationnistes, le véritable spectacle n'est pas la morne traînasserie quotidienne, mais bien cela : le chamboulement des habitudes, le bouleversement du socle du monde, en bref, l'irruption de la dissonance.



19:36 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg