05/01/2012

Les Indigné-e-s : une tentative de réenchanter le monde

Les Indigné-e-s : une tentative de réenchanter le monde

La révolution industrielle, la révolution bourgeoise, et la révolution culturelle individualiste ont forgé la société contemporaine telle qu'elle est aujourd'hui en Occident.
Automatisation du travail, machinisme dans la production et la distribution, extension des technologies dans nos rapports entre humains, gadgétisation de nos loisirs, dogmatisation de la propriété privée, sont caractéristiques de cette société moderne où l'individu se doit d'être rationnel, calculateur, et logique, dans ses rapports avec ses pairs.
Le sociologue Tönnies parle de passage d'une société communautaire (Gemeinschaft), à une société moderne (Gesellschaft) marquée par l'individualisme. Dans cette société, seule l’État (bureaucratie wéberiennement rationnelle) peut garantir la cohésion de la société et évité l'anomie du lien social.

Alors dans la froideur de ce monde moderne en décomposition morale et idéologique, des groupes d'êtres humains s'élèvent contre l'ordre imposé de cette morne société capitaliste. Ces individus sont le fruit de la modernité, ils n'échappent pas à une certaine intériorisation des normes dominantes. Néanmoins, ils tentent de résister à la déliquescence sociale en cours et occupent l'espace public laissé jusqu'à présent aux derniers rassemblements rituels (et ritualisés) qui incarnent l'ultime lien entre les membres de notre modernité.
Les Indigné-e-s ne sont pas qu'un mouvement politique à la ligne idéologique fluctuante, ils sont aussi une réaction à ce délitement du lien social, une tentative (plutôt réussie selon moi) de recréer cette société communautaire pré-moderne. On retrouve en effet chez les Indigné-e-s certains aspects de ces sociétés communautaires pré-modernes, notamment la recherche du consensus, la valorisation du groupe et de l'action de groupe, et la mise en avant de valeurs communes fondamentales.
Mais les Indigné-e-s dépassent les faiblesses des sociétés communautaires, par exemple en étant ouvert sur le reste de la société, non seulement fonctionnellement parce qu'ils désirent la changer en mieux, mais aussi par la volonté affirmée d'intégrer les 99% de la population à leur reconstitution d'une société au lien social développé.

Cette tentative de dépassement de l'anomie capitaliste représente un bon exemple pour les partis et mouvements de gauche. Il n'est plus suffisant de mobiliser des militants, il faut à présent tenter de les intégrer à un mouvement populaire que nous formons inconsciemment d'ores et déjà. Ce mouvement en soi, doit devenir un mouvement pour soi.
Alors notre force politique sera en adéquation avec notre projet de société et avec nos valeurs, ce qui ouvrira ainsi la voie à l'instauration d'une société post-moderne et post-capitaliste : la société socialiste !

12:47 Publié dans Les Indigné-e-s | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : indigné-e-s, indignation, tönnies, société, modernité | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

01/11/2011

Le mouvement des Indigné-e-s, vu par un Indigné (suite)

Le mouvement des Indigné-e-s, vu par un Indigné (suite)

Réflexion sur le devenir du mouvement et ses moyens d'action.

Quelles sont les options qui s'offrent au mouvement des Indigné-e-s ?
Que va-t-il devenir ? Comment peut-t-il avoir une quelconque influence ?

Plusieurs possibilités s'offrent au mouvement :

- Fonder un parti politique et tenter de prendre le pouvoir par la démocratie représentative et le jeu électoral.

Évidemment, cette idée est en totale contradiction avec les fondements mêmes du mouvement qui rejette majoritairement la démocratie représentative et le système des partis. Une telle contradiction tuerait symboliquement la crédibilité du mouvement.
De plus, il semble difficilement envisageable de réussir à établir de manière consensuelle une ligne idéologique commune.

- Se radicaliser et passer à la lutte armée.

Concrètement, la majeure partie du mouvement étant pacifiste cela me semble difficilement imaginable. En outre, cela soulèverait des questions morales importantes.
Par ailleurs, je ne pense personnellement pas que la situation actuelle en Suisse nécessite d'arriver à de telles solutions extrêmes.

- Développer une société alternative jusqu'à absorber la société externe.

Ce qui se fait au campement des Indigné-e-s jette les bases d'un autre mode de fonctionnement collectif, d'une organisation sociétale différente.
Concrètement, si une société interne à une autre grandissait suffisamment jusqu'à devenir majoritaire, on pourrait alors légitimement remettre en question l'existence de la société l'entourant.
Sur le plan symbolique, l'existence d'un autre mode d'organisation sociale peut donner, par l'exemple, des pistes à la société externe, et ainsi l'influencer.

- Servir de lobby citoyen

Par des mobilisations collectives, par des actions médiatiques ou populaires, par des grèves, par des occupations, par l'usage de la désobéissance civile, par le lancement d'initiatives, de référendums, de pétitions, par des campagnes lors des votations, bref par la participation à la vie collective et politique de manière a-partisane, mais en se fondant sur des valeurs et des idéaux, le mouvement des Indigné-e-s peut être réellement efficace.
En agissant sur des thèmes précis, comme le manque de logement ou les difficultés d'accès aux soins de la santé, le mouvement des Indigné-e-s peut réellement influer sur la situation actuelle.

C'est la voie que je soutiens, car c'est celle qui me semble la plus logique et la plus adéquate à la dynamique et à la composition du mouvement.

Ceci étant dit, le mouvement aura dans tous les cas permis de mettre en évidence l'existence de pans entiers de la société largement insatisfaits avec le système en place.
Et cette insatisfaction n'est pas près de faiblir !

23:18 Publié dans Les Indigné-e-s | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : indignation, indigné, mouvement, politique, société, moyens, actions | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

30/10/2011

Le mouvement des Indigné-e-s, vu par un Indigné

Le mouvement des Indigné-e-s, vu par un Indigné

Petit retour sur un mouvement que je fréquente depuis sa création en juin dernier.

Le mouvement des Indigné-e-s est a-partisan, c'est à dire qu'il n'est pas affilié à un quelconque parti politique (ce qui ne veut pas dire forcément que ses membres ne le soient pas).
Par contre, le mouvement n'est pas apolitique, puisque par essence il s'est fondé sur des revendications politiques. Le fait qu'il critique la démocratie représentative ne veut d'ailleurs pas dire qu'il ne soit pas politique.

Si le mouvement est politique, il est avant tout un mouvement social formé d'individus d'origine fort diverse et de sensibilités politiques variées. Ces individus, bien qu'ils ne soient pas d'accord sur tout, mènent des actions politiques sur des sujets spécifiques (on l'a vu par exemple avec le vote blanc).

La décision de fonctionner par consensus empêche le mouvement d'avoir une ligne idéologique clairement définie. Toutefois, cela permet de faire que personne ne se retrouve rebuter par un point quelconque et que chacun puisse amener ses idées. Finalement, c'est un élément rassembleur qui permet d'unir plutôt que de diviser.

Si des actions politiques spécifiques sont un apport intéressant à la dynamique du mouvement, ce dernier garde un avantage général très important, du fait que sa simple existence est un symbole de résistance et de contestation au système en place.

Par l'occupation libre et ouverte d'une portion d'un espace public, le mouvement invite la population à la mobilisation et à la politisation, c'est à dire à une réappropriation symbolique de la politique et de la démocratie. Cette réappropriation est un apport bienvenu à un système démocratique qui peine à rassembler et à intéresser.
En soi donc, le mouvement des Indigné-e-s œuvre au bien commun en tentant d'amener la population à prendre son destin en mains.

Enfin, il faut noter que le mouvement forme une société à l'intérieur d'une société plus grande, et qu'il tente d'organiser cette société (dans les limites qui sont les siennes bien entendu) comme une société tendant vers l'idéal recherché par la globalité du mouvement.
Ainsi, il défie ouvertement l'organisation sociétale actuelle, et permet de proposer (de manière partielle évidemment pour le moment) concrètement et quotidiennement, une expérimentation de ce que pourrait être une alternative à la réalité en place.

En conclusion, j'invite les citoyen-ne-s indigné-e-s, ou simplement curieux/curieuses, à se rendre au campement (au parc des Bastions) des Indigné-e-s, pour participer au mouvement, et amener leur pierre à la construction d'une utopie concrète, qui diffère de celles vécues jusqu'à aujourd'hui.

« CREER C'EST RESISTER.
RESISTER C'EST CREER. »

Appel du Conseil National de la Résistance, relayé dans le livre de Stéphane Hessel "Indignez-vous!"

 

18:43 Publié dans Les Indigné-e-s | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : indignation, indigné, mouvement, politique, société, mobilisation, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg