24/12/2013

Du socialisme castoriadien (complément)


Il ne semble pas que le propos de mon texte ait été bien saisi au vu de certains commentaires que l'on m'a fait à son sujet.

Les point 1 et 2 de mon texte visait à arriver au point 3, soit à affirmer le caractère universel du projet socialiste. Cette universalité, on aurait aussi pu l'établir par d'autres biais (cf. mon texte sur l'objectivisme par exemple), mais ce qui est intéressant avec Castoriadis, c'est sa définition du socialisme qui permet de retracer le parcours du socialisme à travers plusieurs événements et mouvements historiques.
Le point 4 reprend cette définition du socialisme, mais cherche à établir ce qui fait que quelque chose est socialiste. Ainsi, un projet de société politique est socialiste parce qu'il comprend des mesures socialistes fondées sur des valeurs socialistes. Un projet de société socialiste expérimenté collectivement (comme une coopérative autogérée ou un éco-village) est socialiste parce qu'il est l'application pratique des valeurs socialistes à l'organisation sociale. Un individu socialiste est socialiste parce qu'il adhère à des valeurs socialistes et qu'il les met en application.
Il y a donc toujours un aspect adhésion aux valeurs socialistes (quel que soit le niveau d'échelle), et un aspect respect de ces valeurs en pratique.
Je suis socialiste parce que j'adhère à l'idée que la liberté est la valeur fondamentale de toute organisation sociale certes (parce que condition du bonheur), mais je respecte aussi cette valeur de liberté en pratique en n'opprimant jamais quiconque.
La liberté impliquant égalité et solidarité pour être une liberté réelle et respectueuse d'autrui, j'applique ces préceptes à moi-même d'abord en me montrant solidaire envers autrui, etc.
Il ne faut donc pas dissocier un idéal politique d'un idéal individuel, d'une pratique individuelle, et il ne faut pas les opposer. Ce n'est pas anodin si des militants quittent la politique pour vivre dans des fermes autogérées dans les montagnes. Leur désir de vivre selon leurs principes les poussent simplement à un moment donné de cesser d'attendre l'avènement révolutionnaire, et à vivre leurs idéaux immédiatement en pratique.
Pour éviter cette rupture entre militantisme et aspirations personnelles, je pense que l'individu socialiste doit trouver un moyen de concilier les deux, un peu comme le font les personnes œuvrant dans les coopératives Lungo Maï mais qui militent aussi en faveur de l'ensemble des travailleurs et soutiennent leurs luttes. Idéal politique et idéal individuel ne s'opposent pas, mais forment un tout qu'il faut vivre de la manière la plus harmonieuse possible selon moi.

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22/12/2013

Du socialisme castoriadien



Le raisonnement suivant est celui qui m'a permis d'arriver à une définition que je trouve valable du socialisme. Il part de la philosophie politique socialiste de Cornelius Castoriadis, mais va au-delà des intuitions du penseur je crois (je n'en suis pas sûr parce que je n'ai lu, loin de là même, tout ce qu'il a écrit sur le sujet).

1. Qu'est ce que l'idéal de Castoriadis ?

Castoriadis définit d'abord son idéal comme étant le socialisme. Il ne me semble pas qu'il emploie le mot « communisme », car ce mot fait alors référence à l'URSS (et pour beaucoup de gens c'est malheureusement toujours le cas).
Mais dans un deuxième temps, Castoriadis trouve plus pertinent d'employer le mot « gestion directe de la production par les ouvriers » ou « gestion ouvrière » pour désigner son idéal. Le but est alors de se distancier des trotskistes qui ne font pas toujours (à l'époque) de différence entre étatisation des moyens de production et socialisme.
Avec l'évolution culturelle des années 60, Castoriadis établit une équivalence (assez évidente certes) entre « autogestion » et « gestion directe de la production par les ouvriers ». En fait, il s'agit non pas d'une équivalence, mais d'un retour à la source d'une implication, car l'autogestion c'est la gestion directe ouvrière généralisée à tous les individus et à tous les secteurs de la vie. On retrouve ici ma définition du socialisme comme étant la gestion du monde par ses usagers (ce qui est logique puisqu'elle découle de ma compréhension de Castoriadis).
Mais Castoriadis va plus loin et établit que l'autogestion n'est rien d'autre que la démocratie la plus radicale et la plus directe possible.

« Qu'est ce qu'une société autonome ? 
J'avais d'abord donné au concept d'autonomie, étendu à la société, le sens de « gestion collective ». 
Je suis maintenant amené à lui donner un contenu plus radical, qui n'est plus simplement la gestion collective (l'autogestion) mais l'auto-institution permanente et explicite de la société ; c'est à dire un état où la collectivité sait que ses institutions sont sa propre création et est devenue capable de les regarder comme telles, de les reprendre et de les transformer. 
Si on accepte cette idée, elle définit une unité du projet révolutionnaire. »


Plus tard, lorsqu'il est très âgé, il affirme qu'il a toujours parlé et lutté pour le même idéal. Ainsi, le socialisme équivaut à la gestion directe ouvrière, qui équivaut à l'autogestion, qui équivaut à la démocratie.
Selon lui, derrière ces différentes manière de désigner son idéal réside un même projet de société, qu'il nomme « projet d'autonomie » ou « projet de liberté ».

2. L'idéal de Castoriadis par rapport l'histoire

« Ce que nous appelons le projet révolutionnaire a été engendré dans et par les luttes des ouvriers, et cela avant Marx (entre 1790 et 1840 en Angleterre et en France). Toutes les idées pertinentes sont formées et formulées pendant cette période : le fait de l'exploitation et de ses conditions, le projet d'une transformation radicale de la société, celui d'un gouvernement par les producteurs et pour les producteurs, la suppression du salariat. »

Castoriadis affirme, comme on peut le voir, que le projet de liberté commence avant Marx, avec le mouvement ouvrier lui-même.
Mais il va aller encore plus loin en affirmant que le projet de liberté commence en fait avec l'invention de la démocratie athénienne, se développe, atteint son apogée sous Périclès, puis sombre. Après un millénaire d'oppression, il renaît avec la Révolution française, puis est porté par le mouvement ouvrier. Enfin, il est successivement porté par le mouvement des femmes (le mouvement féministe), le mouvement des jeunes (le mouvement étudiant notamment), et le mouvement écologiste.

« Nous déchiffrons, ou croyons déchiffrer dans l'histoire effective une signification – la demande d'autonomie. » 


Tout cela me semble très juste et très cohérent. Mais pourquoi devrions-nous nous arrêter là ?
Pourquoi les formes primitives de démocratie pré-antiques ne seraient-elles pas elles-aussi des prémisses au projet de liberté ?

3. Le socialisme/le projet de liberté est universel

Nous avons un projet de société, le projet de liberté, que l'on retrouve dans l'Antiquité, puis à l'époque moderne, et enfin tout le long de l'époque contemporaine avec différents mouvements sociaux.
Je pense qu'il n'y a qu'une manière d'expliquer cela, c'est ce que le socialisme/le projet de liberté est universellement valable, soit valable pour tous les individus, en tous temps, et en tous lieux. Les exemples de Castoriadis ne sont donc que des illustrations de certains moments où le projet de liberté/le socialisme a été réalisé.

4. Qu'est ce que le socialisme ?

Ce projet de société qu'est le socialisme/le projet de liberté semble être un projet collectif, un but à réaliser, une expérimentation collective.
Pourtant, le mouvement ouvrier (pour reprendre l'exemple de Castoriadis) est d'abord et avant tout un mouvement composé d'individus se battant pour un idéal.
Ces individus qui veulent réaliser le socialisme sont appelés « socialistes » parce qu'ils veulent vivre dans une société différente (socialiste).
Donc eux-mêmes sont porteurs de quelque chose : une adhésion aux valeurs de cette société différente. Cette adhésion à ces valeurs signifie que le socialisme est d'abord ça : une adhésion individuelle à des valeurs portant le projet de liberté.
Mais si j'adhère aux valeurs socialistes dans le but de réaliser un projet de société, alors je suis moi-même respectueux de ces valeurs socialistes (de liberté).
Donc le socialisme c'est aussi et d'abord des valeurs impliquant un comportement impliquant une action individuelle. Donc le socialisme est d'abord une éthique individuelle.
Vécue en groupe elle donne des expérimentations collectives (coopératives autogérées, municipalités rouges, jardins collectifs, etc.)
Politiquement elle donne le projet de société socialiste.

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25/11/2013

La société sans propriété



De nos jours, l'apothéose de l'utopie sociale en Suisse peut envisager une économie de marché composée d'entités coopératives autogérées (autrement dit la généralisation de la propriété privée à toutes et tous), éventuellement en y adjoignant un crédit socialisé.
Autrement dit, le socialisme proudhonien (puisqu'il s'agit bien de ça si je ne m'abuse) semble être aujourd'hui ce qu'il y a de plus subversif au politiquement correct.

Bien entendu, d'un point de vue propagandiste, ce programme maximum forcé fait bien l'affaire, surtout quand on sait que le top du top de la radicalité contemporaine à gauche consiste bien souvent à la simple défense des services publics ou à l'étatisation de deux-trois usines.

Toutefois, je prétends qu'on ne gagne pas une lutte culturelle et idéologique sans braver les écoles de pensée dominantes et sans poser quelques esquisses d'alternatives. Car on ne s’extirpera pas du monde capitaliste sans en repenser les fondamentaux.
Et qu'est ce qu'il y a de plus fondamental dans le capitalisme, que la question de la propriété ?

Le marxisme apporte généralement comme réponse que la propriété privée des moyens de production doit être abolie afin de supprimer l'exploitation et l'aliénation des travailleurs.
Mais qu'est ce qu'un moyen de production ?
Les marxistes répondent généralement à cette question qu'un moyen de production est en gros tout ce qui ressemble de près ou de loin à une usine, à de la terre, à des matériaux bruts, etc.
Mais alors ? Un crayon m'est très utile pour produire un graphique, une marionnette pour donner un spectacle de marionnettes...
La vérité c'est que tout est potentiellement moyen de production !
Par conséquent, en bon marxiste, il faudrait supprimer la propriété privée de toute chose.

Généralement, quand on parle alors de supprimer la propriété privée, on sous-entend que l'on souhaite passer à un système de propriété commune.
Cette idée est juste, mais pourquoi garder ce concept, ce mot, propriété ?

La théorie libérale est fondée sur ce concept. Elle se base sur l'idée que l'on se possède soi-même, et qu'ensuite on possède ce que notre propriété sur nous-même parvient à produire.
Cette idée est fausse, car on est soi-même, et on ne peut pas se posséder (X ne peut pas posséder X, X est X).

Je considère que nous n'avons pas besoin de garder ce concept de propriété qui est étranger à notre tradition politique, à l'histoire de la doctrine socialiste.
Nous pouvons fonder notre conception du monde sur un autre concept : celui de gestion du monde par ses usagers.

Sur le lieu de travail, dans l'entreprise, gestion directe de la production et de son organisation par les travailleurs, dans les lieux de formation, dans les écoles ou les universités, gestion directe de la formation et de son organisation par les élèves et les professeurs, dans les espaces de vie communs, dans les lieux publics, gestion directe des usagers de l'organisation de ces espaces, dans les logements, gestion directe par les habitants de leurs lieux de vie, dans les quartiers, gestion directe par les citoyens, etc.

La gestion remplace ainsi la propriété comme fondement de l'organisation humaine.
Autrement dit, ce n'est plus le fait de posséder qui détermine la marche du monde, mais le fait d'exister. Démocratiser l'existence, c'est donc supprimer la propriété.

Quant au fait que certains biens (une brosse à dent par exemple) ne seraient utilisés que par un usager, ce n'est pas un problème, il suffit d'introduire le concept d'usage exclusif de ce bien.
La grosse différence que l'on introduit alors avec le concept de propriété, c'est qu'un droit d'usage est toujours quelque chose de socialement construit, et donc temporellement limité (ce qui fait par exemple particulièrement sens en ce qui concerne les biens fonciers ou immobiliers).

Une société sans propriété est donc envisageable.
La démocratie la plus pure, gestion du monde par ses usagers, en est la clef de voûte.



23:59 Publié dans Société sans propriété | Lien permanent | Commentaires (40) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

22/11/2013

La Chinoise 2013 et comment dépasser la contradiction petite-bourgeoise



Suite à la lecture de la critique du Courrier sur la pièce la Chinoise 2013, actuellement en représentation au Théâtre Saint-Gervais, j'ai eu envie de donner quelques éléments complémentaires qui m'ont particulièrement marqué.

Ce que la pièce met en scène, c'est moins une expérience foireuse de communauté de jeunes, mais bien davantage la jeunesse révolutionnaire contemporaine en tant que telle (contemporaine car la pièce parle bien de 2013, et non plus de 1967).
Il s'agit en fait d'une véritable critique de la jeunesse révolutionnaire actuelle, et par conséquent de la jeunesse actuelle en général, mise en scène de manière caricaturale pour bien rendre saillant ses contradictions (supposées).

On contemple en effet un groupe de (petit-)bourgeois oisifs déclamant des salmigondis de concepts marxisant à la sauce soixante-huitard, le tout saupoudré de chansons signées Mao et consort.
Totalement incapables d'accorder leurs paroles à leurs actes, ces jeunes proto-révolutionnaires exploitent une pauvre femme de ménage (presque femme à tout faire en fait), et se dé-crédibilisent tant et plus, en actes, comme en paroles en fait.

Ceci étant dit, il y a une remarque essentielle qu'il faut faire maintenant. Cette pièce ne parle pas de la jeunesse actuelle, non. Cette pièce parle de la jeunesse actuelle telle que vue par l'auteur-metteur en scène, à travers ses souvenirs de la jeunesse soixante-huitarde.
La jeunesse actuelle ne se perd de loin pas (dans sa très large majorité) dans une bourrasque chaotique de concepts marxisant, mais au contraire adhère plutôt massivement à la doxa social-libérale consensuelle contemporaine dans une relative absence de culture politique (et dans un manque marqué de repères idéologiques).

Quant à la jeunesse révolutionnaire contemporaine plus particulièrement, je vais me permettre de prétendre l'incarner pour répondre à la contradiction petite-bourgeoise qui a tellement gêné la génération 68.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 68 affirmait vouloir émanciper le prolétariat, mais ne cherchait en fait qu'à s'émanciper elle-même.
La jeunesse révolutionnaire (petite-bourgeoise et étudiante) de 2013 n'affirme plus vouloir se mettre au service du prolétariat, mais affirme que la réalisation de la société socialiste est souhaitable d'abord pour elle-même, et ensuite seulement pour le reste du monde.
Cet individualisme socialiste assumé est une exigence de lucidité et d'auto-analyse nécessaire à toute démarche politique il me semble.
L'émancipation des pauvres, des veuves et des orphelins, du prolétariat, n'est que l'heureuse conséquence de notre propre émancipation, à nous, la jeunesse révolutionnaire petite-bourgeoise et étudiante, mais elle n'est pas le but premier.
La généralisation de la liberté à tous, voilà notre projet de société, voilà notre éthique individuelle. Mais nous le faisons d'abord pour nous mêmes, ensuite pour les autres.
Lucidité (révolutionnaire), vous dis-je. 

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18/11/2013

Pourquoi parler de romantisme ?



Cette question, je l'ai senti poindre sur bon nombre de lèvres à la publication de mon dernier billet.
En effet, pourquoi parler de romantisme ?

Mais parce qu'il faut être capable d'expliquer d'où viennent nos positions radicales !
Tout le discours argumentatif, rationnel, logique, toute cette belle construction de l'esprit, n'est venu se greffer qu'après l'engagement.
Ce n'est qu'un outil au service de la cause, et non la cause elle-même.


A la base de l'engagement (en tout cas à la base de l'engagement intègre et sincère), il y a peut-être ce temps d'empathie, d'identification, que l'on ressent avec la victime de l'injustice, avec cet autre être humain qui souffre, et qui nous ramène à nous même et à notre propre condition humaine.
Ou bien, l'engagement naît de la confrontation avec la froideur et la dureté du monde capitaliste et de ses modalités impitoyables qui nous révulsent et nous indignent.


Mais ce qui transforme cette émotion, cet engagement, cette révolte, en une remise en question totale de l'ordre bourgeois et du régime patronal, en un virulent et exaltant ethos révolutionnaire, c'est la pulsion romantique.

Car aujourd'hui il n'y a plus de conscience de classe, mais il y a le romantisme, assumé.

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17/11/2013

Romantisme et socialisme

Lorsque quelqu'un dit : Je suis socialiste et je dédie ma vie à la révolution.
Il ne fait en fait qu'avouer une seule chose : Je suis romantique et je dédie ma vie à la passion. 
 

Pour certains, la politique est un moyen de faire carrière, pour d'autres, c'est une manière avantageuse d'occuper son temps libre. Pour quelque uns, c'est une façon de trouver une seconde famille, ou tout simplement de combler ses besoins en terme de sociabilité. Enfin, certains y recherchent prestige ou reconnaissance sociale.

Mais pour le romantique, la politique n'est que l'extension logique du déchaînement des passions, le champ de bataille où bâtir une cathédrale au nom d'une divine exaltation.
Seul le romantique a de véritables convictions politiques, car lui seul va au bout de ses idées et est prêt à en assumer ses conséquences. Ainsi, le romantique est révolutionnaire par excellence.

L'état d'esprit du militant romantique est toutefois tiraillé par ses contradictions : entre militantisme en phase avec la population et ses propres aspirations, entre sa spontanéité et la nécessaire planification de l'action politique, entre son impatience et la lenteur des institutions, entre la réalité et son idéal, entre la nécessité de s'appuyer sur la raison et la logique, pour construire ses idées et son discours, et ses émotions.

Au lieu de donner des cours de marxisme, nous ferions donc mieux de donner des cours de romantisme.
Mais le romantisme ne s'apprend pas, il se vit.

14:34 Publié dans Romantisme | Lien permanent | Commentaires (17) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Le marché n'existe pas



On dit souvent que le marché n'est qu'une fiction pour représenter l'ensemble des consommateurs et des producteurs (de la même façon que les marchés financiers ne sont que la représentation des investisseurs). Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le marché est aussi une fiction d'une spontanéité qui n'en est pas une. Ce qu'on appelle le marché, ou l'économie de marché, n'existe pas.

Mon ami Jérémy D., auteur du très bon texte sur l'économie planifiée décentralisée et démocratique Codename Utopia, disait en effet il y a peu sur les réseaux que jamais la production (l'offre) n'est déterminée toute seule par la magie d'une Main invisible. Il n'y a pas de demande qui déterminerait de manière naturelle l'offre, toute demande en biens et services de consommation est une demande sociale qui implique une offre sociale. Autrement dit, il y a des hommes et des femmes qui à un moment ou à un autre doivent déterminer ce qu'il faut produire, comment, combien, et pour qui.

Dans ce qu'on appelle l'économie de marché, ce sont les entrepreneurs (dans leur rôle de gestionnaire d'entreprise) qui déterminent la production en fonction de la consommation (l'offre en fonction de la demande) en anticipant la demande pour les biens et les services qu'ils produisent. Il y a nécessité pour eux de prévoir ce qu'ils vont vendre pour pouvoir décider que produire, et donc ils doivent anticiper la demande (la consommation) pour leur production.

Cela semble ce qu'il y a de plus simple en économie politique, et pourtant, cela signifie que l'économie est toujours planifiée, et que le marché n'est rien d'autre qu'une planification par les entrepreneurs de la production. 

13:47 Publié dans Socialisme & économie planifiée | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/11/2013

Éloge de l'ivresse

Exercice de style  

Toute génération, parvenue à l'âge mûr, ne peut que sombrer dans l'approbation consensuelle des grandes lignes du monde qu'elle a participé à créer. Il ne reste alors aux survivants de ce monde mort, car vidé de tout changement, qu'à fignoler avec une hargneuse ténacité les détails du grand œuvre des élus.
C'est pourquoi, la jeunesse est le principe régénérateur, et donc créateur, de toute société. Elle seule peut briser les murs épais du conformisme.
Ainsi la jeunesse est-elle toujours romantique : passionnée, tourmentée, et exaltée.


La jeunesse boit trop, nous dit un « on » bourgeois ou embourgeoisé.
Est-ce un simple jeu ?
Est-ce une maladie incurable ?
Un passage obligé vers les dédales de l'âge de la moralité et des convenances ?
Une dette qui vient irriter les bourses de l'assurance maladie ?
Quel est ce troupeau de pourceaux dénué d'une once de civile discipline qui poignarde si souvent la doctrine d’Épicure ?
Puritains de tous les pays, unissez-vous contre ce Dionysos qui règne en maître sur nos cités luxurieuses ! Lois, taxes, et piloris médiatiques, l'artillerie politique canarde la fontaine de jouvence pour en réduire le vicié débit.

Mais qu'est ce que l'ivresse ?

Boire jusqu'à l'ivresse c'est pratiquer l'excès.
La pratique de l'excès n'est rien d'autre qu'un rituel purgatoire et autodestructeur, un défi à ses limites mortelles, une régénération.
Ainsi, le saint week-end, les masses se rassemblent pour célébrer l'eucharistie universel des fêtards, et dans le calice alcoolisé, communient au nom du seul Dieu qui existe encore sur cette Terre : le plaisir de vivre en ayant du plaisir. 
Sacrifier sur cet autel quelque part de son esprit et de son corps, voilà qui est bien sûr braver la Loi de l'ordre des médecins. 
Mais que vaut le courroux sanitaire face à l'émancipation de l'âme ?


L'ivresse c'est aussi le ridicule certes, et, comme le ridicule, elle ne tue pas, la plupart du temps. Se rouler dans la fange, ou se traîner nu parmi ses contemporains, voilà ce qui attend parfois le disciple par trop imprudent, ou par trop jouteur. Mais c'est le jeu auquel le joueur s'adonne, et dont il connaît les règles.
Transgression, déviance, désinhibition, exhibition, les maux de l'ivresse ne sont toutefois que les mots du poète. Ils brillent intensément, illuminent une nuit, voire deux, puis disparaissent dans une nouvelle voie lactée.
C'est pourquoi, nous avons tant besoin des poètes.


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05/11/2013

La bourgeoisie a un visage



Je dis souvent qu'il n'y a pas de déterminisme socio-économique absolu, et qu'un riche peut fort bien rejoindre nos rangs par humanisme ou carrément par adhésion au socialisme. Je le dis d'ailleurs d'autant plus lorsque je pense aux jeunes dont j'aime penser l'esprit non tant influencé par leurs parents (au sens large du terme).

Mon esprit catholique peu matérialiste me pousse en sus de cela à voir dans les riches des victimes de leur argent et à voir dans la réalisation du socialisme un bon moyen de leur venir en aide.

Mais voilà, ayant dit cela, je dois bien admettre que dans la réalité à laquelle je suis confronté tout n'est pas aussi simple.
La jeunesse dorée peut se montrer progressiste en matière de moeurs, cachée derrière une poignée d'idéalistes anarchistes libéraux elle peut même sembler aimable, mais proposer lui de partager son or, et vous verrez le dragon refermer ses griffes sur son magot.
Nous sommes les partageux, ils sont l'aristocratie à la tête de la pyramide capitaliste.
La jeunesse dorée tient à ses privilèges et affiche ouvertement son mépris de classe envers les gueux. Ayant foi dans le mérite de leurs idoles patronales, ils enrobent derrière leurs principes de libre entreprise et de patron méritant la misère qu'ils offrent au reste de la société.

Nous avons des adversaires, ils ont un visage et des noms. Ils ont l'or, nous avons les principes. Ils ont le pouvoir, nous avons la flamme. Ils ont, nous sommes. 

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04/11/2013

Lexique pour un marxisme actualisé



J'entreprends l'écriture d'un petit lexique, dont ce billet est le présent commencement, traitant du vocabulaire marxiste et de sa nécessaire actualisation.
Dans le cadre d'un militantisme de transition, il me paraît en effet fort souhaitable d'actualiser le vocabulaire marxiste (ce que les militants marxistes ont bel et bien fait dans bien des cas) pour le rendre audible au grand public.
La lutte culturelle, théorique, et éthique, que nous menons pour renverser l'hégémonie idéologique capitaliste, ne doit pas se confondre avec un dogmatisme (ou sectarisme) langagier nostalgisant.
Certes, celui qui dicte les termes du débat domine le débat, mais nous sommes dans un tel état de déliquescence théorique (désolé, mais je crois que c'est la vérité, tout est à reconstruire dans le champ de ruine de la pensée de gauche contemporaine), que nous sommes tactiquement contraints de faire un pas en arrière et d'accepter certains termes que nos adversaires ont su imposer, mais pas tous, comme on le verra.

Prolétaire/prolétariat

Voilà bien un mot, certes conceptuellement essentiel, que nous ne devons plus employer. Pour la majorité des gens, un prolétaire c'est un ouvrier du secteur industriel et uniquement cela (ou pire, c'est un ouvrier du secteur industriel du XIXème siècle...). Il faut lui préférer le terme « travailleur », un terme excellent, car directement en lien avec nos fondements théoriques et éthiques (sur l'exploitation et la domination), et qui plus est absolument subversif puisqu'il remet en question le terme « salarié » que nos adversaires aimeraient nous imposer. Pour parler du « prolétariat » il suffit de parler « des travailleurs ».

Classe ouvrière/classe prolétaire/classe prolétarienne

Dans une société suisse où 75% de la population travaille dans le secteur tertiaire, parler encore de « classe ouvrière » relève de la bêtise tactique (sans vouloir être aucunement désagréable). Au grand maximum on peut se permettre de parler de « classe des travailleurs », mais ce n'est même pas idéal je trouve. Dans la même logique, on se passera du terme « classe prolétaire » et de celui de « classe prolétarienne » autrement qu'entre marxistes (car bien sûr, entre marxistes on peut sans souci employer ces mots dans leur significations conceptuelles, et non dans leur connotation faussée). On peut aussi envisager le terme « classe populaire », puisque les médias l'ont amené dans le débat public, un terme dont l'usage est d'ailleurs en pleine croissance et qui pourrait présager des évolutions intéressantes.

Culture prolétarienne


Je dirais que là le terme le plus simple pour remplacer cette expression est "culture populaire" (Bourdieu l'utilisait déjà il me semble dans ses travaux). Pourquoi pas éventuellement dans certaines situations, « culture révolutionnaire ».

Lumpenproletariat (ou littéralement « prolétariat en haillons »)

Un terme de toute façon peu utilisé, même par les marxistes, aujourd'hui. Le concept peut être transcris à travers celui de « précariat » ou simplement de « précaires » (voire pourquoi pas, « pauvres »). On peut aussi leur préférer des expressions comme « marginaux », « déviants », « exclus », mais on est alors déjà en train de dériver un peu par rapport au concept de base.

Masses

Un terme qui est connoté fort négativement aujourd'hui je crois. Je propose de le remplacer par l'expression « grand public », tout à fait adapté à nos habitudes langagières il me semble.

Bourgeois

A part pour désigner les partis de droite comme « partis bourgeois », pour désigner des notions historiques, ou pour faire référence à l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux abandonner ce terme. Parler des « riches » à la place me semble une bonne solution, ou bien selon comment, de « patrons ».

Petit-bourgeois

Le terme peut encore être employé pour désigner un adversaire négativement. On peut sinon employer le mot « petit patron » dans les cas où cela se justifie. Bourgeois de Bohème, sous sa contraction populaire « bobo » peut aussi se justifier dans certains cas. Enfin, il y a évidemment aussi le terme « classe moyenne » que l'on peut différencier entre « classe moyenne inférieure » (équivalent éventuellement à « petite-bourgeoisie prolétarisée ») et « classe moyenne supérieure ».

Culture bourgeoise

A nouveau, sauf pour parler de notions historiques, ou de l'ancienne bourgeoisie, il vaut mieux parler de « culture dominante » (par opposition à la culture populaire).

Classe bourgeoise/classe capitaliste

Là très clairement, je conseille de parler de « classe dominante » (ou au pluriel « classes dominantes ». L'expression passe très bien. Bien entendu, on peut aussi parler « des riches » sinon, voire employer le terme « oligarchie » ou « ploutocratie », qui sont revenus un peu à la mode.

Capitaliste

Un joli mot, mais malheureusement il faut aussi l'abandonner pour le moment. Je propose de prendre le mot « manager » pour désigner le capitaliste gestionnaire, et le mot « actionnaire » ou « gros actionnaire » pour désigner le capitaliste propriétaire (et rentier). On peut évidemment aussi fort bien employer le mot « patron » de manière indifférenciée pour désigner ces deux concepts.


Capitalisme

Aucun problème. Au contraire, ce mot désigne très bien la société contemporaine.

Classes sociales

On préférera le terme « groupes sociaux ».

Lutte des classes

Mieux vaut en parler indirectement, en s'étendant sur la confrontation ou la lutte entre patrons et travailleurs.

Plus-value

Ce terme ne peut être utilisé dans son sens marxiste. Il faut privilégier les concepts de « domination » et « d'exploitation ».

Collaboration de classe

Je dirais que le terme à utiliser dans ce cas est celui de « compromission ». Je cherche encore un meilleur équivalent.

Révolution

Éventuellement « transformation sociale ».

Dictature du prolétariat

Totalement incompréhensible pour les contemporains. Un terme à abandonner.

Soviets

Superbement mal connoté, il faut revenir au sens d'origine, soit « démocratie des conseils ».

21:41 Publié dans Lexique marxiste | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

26/10/2013

Thèses pour un socialisme décomplexé : de la légitimité de la jalousie



Nos adversaires nous qualifient souvent de jaloux, ou d'envieux.
Ces termes sont plutôt connotés négativement (et c'est évidemment d'ailleurs pourquoi ils nous qualifient ainsi), et je pense que beaucoup de militants ont peut-être du mal à faire la part des choses par rapport à eux.
Pourtant, la jalousie, l'envie, est légitime.

La société capitaliste, fondée sur la propriété privée des moyens de production, où une infime minorité possède des fortunes colossales tandis que la grande majorité trime au four et au moulin, est une société profondément inégalitaire.
Une société inégalitaire crée des situations évidentes où des individus de la grande majorité se retrouvent confrontés à des démonstrations de l'inégalité systémique, lorsque des représentants de l'infime minorité s'adonne à l'une ou l'autre de leurs activités de privilégiés.
Dans une telle situation, confrontés à l'expression concrète de l'inégalité sociale, les représentants de la grande majorité peuvent (pas de déterminisme ici s'il vous plaît) ressentir de la jalousie, ou de l'envie.
Quoi de plus naturel ?
Une société inégalitaire ne peut que produire de la jalousie et de l'envie à foison.

A partir de là, si la jalousie n'est que la production logique d'une société inégalitaire, de quel droit peut-on condamner la jalousie ?
Car avoir davantage qu'autrui, c'est être davantage libre qu'autrui.
La liberté n'est pas une notion abstraite, mais une notion au contenu, entre autres, positif : si je peux consommer davantage que x, alors je suis plus libre que x.
Être libre c'est, entre autres, avoir la capacité de se réaliser, et donc d'avoir la capacité de faire bien des choses.
Par conséquent, si certains sont moins libres que d'autres, et qu'ils en font l'expérience, on ne peut leur reprocher de ressentir de la jalousie.
La jalousie est donc légitime.
Mais la jalousie est une souffrance, un sentiment de peine devant une situation déplaisante, et c'est pourquoi nous devons supprimer les causes de cette souffrance, à savoir le caractère inégalitaire de la société capitaliste (ce n'est certes qu'une raison parmi tant d'autres).

L'égalité est une condition de la liberté. Mais l'égalitarisme pur n'est pas nécessaire, car il y a des écarts acceptables entre des situations différentes. En effet, tout le monde étant différent, il faut réaliser une société où « de chacun selon ses moyens, de chacun selon ses besoins ».

Enfin, oui, il faut admettre la possibilité que les riches ne vont probablement pas apprécier le fait qu'on les dépossède pour réaliser une société égalitaire. Mais l'expropriation des expropriateurs (des profiteurs), qui met fin à toute expropriation/exploitation future, n'est rien d'autre que la justice. 

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22/10/2013

AVS versus deuxième pilier ?



Si nous prenons la théorie (marxienne) de la valeur, nous constatons que l'AVS est un système de solidarité entre travailleurs où les travailleurs en activité entretiennent les travailleurs qui ont cessé de travailler. Une partie des revenus des travailleurs en activité est donc versée en solidarité aux travailleurs qui ne sont plus en activité.

Si nous abordons à présent le deuxième pilier, nous constatons qu'il s'agit d'un système où chaque travailleur en activité met de côté une part de ses revenus.
Plus exactement, le deuxième pilier des travailleurs, ou autrement dit la somme issue de ses revenus qu'il met de côté individuellement à travers des caisses, est ensuite (généralement car il y a aussi des placements fonciers et immobiliers) placé en bourse.
Ce placement boursier correspond à un crédit, et le rendement du placement dépend du taux d'intérêt auquel il est effectué.

Avec le deuxième pilier, nous avons donc des travailleurs en activité qui placent (à travers leurs caisses) généralement une part de leurs revenus en bourse, en escomptant un rendement sur leurs placements financiers.
Mais d'où provient ce rendement ?
Comme le placement financier équivaut à un crédit avec un taux d'intérêt, c'est bien entendu le paiement du taux d'intérêt sur le crédit qui représente ce rendement.
Mais ce qu'il est intéressant de noter, c'est que le paiement de ce taux d'intérêt correspond à une part des bénéfices des entreprises qui ont contracté le crédit.

Dans une société socialiste, le deuxième pilier ne poserait pas les mêmes problèmes. Mais en société capitaliste, la part des bénéfices qui vient payé le taux d'intérêt du crédit contracté provient fort majoritairement de l'expropriation de la valeur du travail des travailleurs.

On voit donc que le système du deuxième pilier est fort étrange puisqu'il s'agit de travailleurs qui épargnent pour leurs vieux jours en se ponctionnant eux-mêmes. D'une main il gagne sur les rendements de ses placements boursiers, et de l'autre il perd sur les revenus de son travail même.

Bien entendu, tout cela n'est pas si simple, puisque le taux d'intérêt d'un crédit provenant du deuxième pilier peut aussi être payé (et donc prélevé sur) des travailleurs étrangers si ce sont des entreprises étrangères qui ont contracté le-dit crédit. Dans ce cas ce sont les travailleurs suisses qui ponctionnent la valeur du travail de travailleurs étrangers. Attention, l'inverse est aussi possible.

On me dira que le crédit est nécessaire, et que le deuxième pilier permet de donner aux entreprises l'argent dont elles ont besoin pour tourner ou pour se développer.
Certes, mais ce n'est pas le but premier d'un système de retraite, la question du crédit doit être traitée séparément, en outre, en société capitaliste on voit bien les limites de ce système, et c'est pourquoi il faut lui préférer l'AVS 
comme le soutiennent les partis de gauche.

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21/10/2013

Une synthèse théorique pour un XXIème siècle révolutionnaire : le marxisme libertaire



Après avoir beaucoup pesé le marxisme et l'anarchisme, j'en étais venu d'abord à me dire que le socialisme se suffisait à lui-même, et ce constat me paraît toujours extrêmement vrai. Si je viens à présent avec un nouvel ensemble théorique, c'est en tant qu'ensemble théorique inclus dans la grande catégorie générale qu'est le socialisme, donc en tant que sous-catégorie et non en tant que catégorie équivalente.

Dans un second temps, j'avais ressenti la forte attirance que le marxisme exerce aujourd'hui sur l'ensemble des jeunes militants radicalisés, retour aux sources permettant probablement la formation d'une nouvelle génération de socialistes révolutionnaires. 

Tenant compte de ce deuxième point, je considère que la synthèse socialiste entre marxisme et anarchisme se trouve dans ce que j'ai envie de nommer le marxisme libertaire. A noter que j'emprunte volontairement et consciemment ce terme à Daniel Guérin, car s'il a eu son utilité pour son époque, il en trouvera une nouvelle à nos côtés.
Par « marxisme libertaire », j'entends prendre le meilleur (l'essentiel) du marxisme et lui adjoindre des éléments importants de l'anarchisme. Je considère que, loin d'être une déformation du marxisme ou de l'anarchisme, cette synthèse permet au marxisme et à l'anarchisme d'agréablement se compléter en une théorie efficace et critique à l'usage du mouvement socialiste.

Du marxisme, je pense que nous devons retenir ses meilleurs outils, soit la sociologie marxiste et l'économie marxiste.
La sociologie marxiste (théorie de la société) peut être divisée fondamentalement en une théorie des classes et de la lutte des classes, en une théorie de l’État, et en une théorie de l'aliénation. La théorie des classes et de la lutte des classes ne saurait évidemment se passer de l'économie marxiste pour être complète. La théorie de l’État, centrée sur une analyse entre infrastructure et superstructure, peut selon moi être abordée à partir de Gramsci (pas de primauté à l'infrastructure ou la superstructure). La théorie de l'aliénation fait référence aussi aux travaux de Gramsci, mais aussi d'Althusser, de Foucault, etc.
Par économie marxiste, j'entends l'ensemble des travaux économiques de Marx, les 3 livres du Capital évidemment, mais aussi l'ensemble de la production économique des marxistes qui l'ont suivi (on y retrouve l'analyse de l'antagonisme capital/travail, la théorie de la valeur, de la monnaie, etc.)

Du marxisme, j'abandonne par contre cette étrange philosophie qu'est le matérialisme dialectique, au profit de positions déterministes, objectivistes, et physicalistes. S'il faut vraiment une dialectique, alors je préfère la dialectique socratique.
Du marxisme, j'abandonne aussi cette philosophie de l'histoire téléologique qu'est le matérialisme historique, et je lui préfère la philosophie socialiste universaliste castoriadienne.

De l'anarchisme, j'aimerais adjoindre aux outils d'analyse du marxisme une éthique, une méthode, et une organisation, conseilliste et libertaire.
Par éthique libertaire, j'entends placer au centre du socialisme la liberté. Liberté de ne pas être exploité ou dominé, mais aussi liberté de ne pas être entravé dans ses actions par autrui, et liberté de pouvoir se réaliser.
Par méthode libertaire et organisation libertaire, je veux dire que notre militantisme doit être fondé sur nos principes éthiques et se traduire par une organisation autogestionnaire de nos structures politiques. Et à la place de la dictature de l’État prolétarien centralisateur, je préfère la démocratie des conseils, et le fédéralisme.

Voilà en quelques traits très généraux ma synthèse théorique critique du socialisme de demain. 

21:05 Publié dans Marxisme libertaire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

20/10/2013

Quel individu politique le formatage scolaire produit-il ?


Le système éducatif n'est pas neutre.
Certes rien ne l'est, mais le système éducatif ne cherche même pas à tendre vers une certaine neutralité.
Le régime actuel cherche en effet à se maintenir en place, et c'est pourquoi son système scolaire a une fonction : la transmission des valeurs dominantes (celles qui ne remettent pas en question l'organisation économique, politique, et sociale, en place).

L'individu politique que produit le formatage scolaire n'est pas opposé au capitalisme (qu'il confond de toute façon, nous l'avons vu, bien souvent avec l'économie de marché), mais, plein de bons sentiments pour le genre humain et la veuve et l'orphelin, il lui adjoint un État-providence (dont la taille peut varier selon l'humanité de l'individu en question, sa propre situation matérielle, et son expérience personnelle).
C'est là une sorte de synthèse magique aux multiples noms : social-libéralisme, capitalisme à visage humain, capitalisme social, libéralisme humaniste, capitalisme moral (toutes dénominations aussi stériles les unes que les autres pour tenter de différencier différentes teintes d'une seule et même couleur).

En sus de ces éléments fondamentaux de la propagande scolaire, on trouve l’inculcation d'un amour inconditionnel pour le consensus, maître mot de toute la vie politique suisse, chef d’œuvre de l'évolution de l'espèce humaine, divinisé par tout bon politicien et respecté par tout bon citoyen sous peine d'accusation de déviance morale grave à sanctionner par tous les moyens.

Enfin, à cette glorieuse orfèvrerie, il faut encore ajouter l'amour de la paix du travail, qui, présente depuis l'aube des temps, serait l'essence la plus pure et la plus sacrée de notre réussite. Tous êtres humains, tous égaux, patrons, gueux, ouvriers, top-managers, riches, pauvres, gros actionnaires, rentiers AVS, main dans la main, marchons au pas de la sainte Confédération (qui n'en est plus une) et produisons les richesses dans la conciliation et la sérénité pour ne pas risquer de briser les cours de la Bourse (de Dieu).

L'individu social-libéral n'est pas subversif.
Mais le formatage scolaire ça peut se dépasser !

18:19 Publié dans Formatage scolaire anti-socialiste | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Le formatage scolaire contre le mouvement socialiste


Jusqu'à l'université (et encore...) le système éducatif obligatoire et post-obligatoire fait gober aux élèves une définition très simpliste et manichéenne des modèles économiques, politiques, et sociaux, qui se résume à :

1. Capitalisme = économie de marché + démocratie

2. Communisme/socialisme = économie planifiée + dictature

Répétez cette opposition pendant 20 ans, et regardez le résultat, je suppose que peu de gens seront très ouverts à étudier toute alternative au capitalisme...

Bien entendu, cette définition est complètement fausse.
Le capitalisme peut être considéré comme étant l'opposé de toute véritable démocratie, en outre, le capitalisme n'est pas forcément une véritable économie de marché, tant la détermination de la production peut être soumis à des impératifs (État, monopoles, concentration, multinationales, etc.) qui n'ont plus rien à voir avec ceux définissant la concurrence d'une économie de marché.
Le communisme/socialisme n'est pas forcément une économie planifiée (notons que jamais les professeurs ne sont capables d'expliquer ce qu'est vraiment une économie planifiée et comment elle fonctionne...) puisque des modèles de socialisme de marché sont envisageables, et évidemment il n'est pas une dictature, mais une démocratie radicale. Présenter l'URSS comme étant équivalent au communisme/socialisme est une bonne manière de tuer toute idée de modèle alternatif, mais c'est contraire à toute démarche intellectuelle sérieuse.

Le lavage de cerveau de la propagande scolaire est donc une arme efficace des classes dominantes, qu'il nous convient d'affronter comme nous le pouvons, en commençant par dénoncer ce formatage misérable.

16:33 Publié dans Formatage scolaire anti-socialiste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Intoxication linguistique : du mauvais usage du mot « emploi »



Dans la lutte culturelle et idéologique que nous livrons à la droite, nous avons clairement perdu pied sur bon nombre de points. Il est toutefois nécessaire de remettre sur ses deux jambes ce qui peut l'être, et cela passe nécessairement par une transformation de notre vocabulaire, car c'est ce dernier qui détermine les limites de nos propositions politiques.


Lorsque nous mettons dans nos programmes une catégorie thématique se dénommant « emploi » ce n'est pas anodin. Comme par « emploi », les auteurs de cette catégorie veulent signifier « travail », ils établissent en effet une équivalence entre ces deux notions.
Mais cette équivalence est fausse et je la réfute totalement.
Certes, un emploi est toujours un travail, et employer c'est bel et bien acheter la force de travail (manuelle ou intellectuelle) d'autrui. Cependant, le travail peut fort bien ne rien avoir à faire avec l'emploi. Je peux en effet travailler sans être employé par quiconque, comme c'est le cas pour les travailleurs-coopérateurs ou pour les travailleurs dans une société socialiste.

Utiliser le mot « emploi » pour désigner la catégorie « travail » (englobant la catégorie des « conditions de travail ») c'est nous lier les mains, et nous contraindre à débattre dans un cadre défini par nos adversaires (où le travail ne saurait qu'être travail salarié). Et c'est donc la catégorie « travail » qui doit remplacer celle de « l'emploi » dans l'ensemble de notre propagande et de nos travaux théoriques.

Abdiquer devant l'usage dominant des mots, c'est abdiquer devant nos adversaires, et cela, nous devons catégoriquement nous y refuser.



12:59 Publié dans Travail versus emploi | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

17/10/2013

Initiative 1:12 : Une solution éthiquement valable et économiquement intelligente



L'initiative 1:12, initiative fédérale lancée par la Jeunesse Socialiste Suisse sur laquelle nous voterons le 24 novembre 2013, demande l'instauration d'un écart salarial maximal de 1 pour 12. Autrement dit, un manager (un patron) d'une entreprise ne pourrait pas gagner plus de 12 fois le plus bas salaire de cette même entreprise. Symboliquement, cela revient à dire qu'un manager ne pourrait pas gagner en un mois plus d'un an du plus bas salaire de l'entreprise dans laquelle il travaille.

Cette initiative est une réponse au niveau très élevé qu'ont atteint les inégalités dans la répartition des revenus et des richesses produites, ainsi qu'un moyen de lutter contre les bas salaires qui ne permettent pas de vivre dignement.
Elle concerne 1% des entreprises suisses, soit les très grandes entreprises, qui sont aussi de gros employeurs (autour des 1/3 des salariés de Suisse). Elle a donc un impact positif non négligeable.

En instaurant un écart salarial maximal de 1 pour 12, l'initiative 1:12 crée une forte incitation pour les managers à augmenter les plus bas salaires de l'entreprise. En effet, pour pouvoir augmenter leur propre salaire, les managers sont contraints d'augmenter les plus bas salaires de manière quasi-automatique.
Concernant l'application de l'initiative et ses modalités, le conseiller national Jean Christophe Schwaab a traité la question ici.

Par rapport à d'éventuelles craintes concernant les rentrées fiscales ou les cotisations AVS, une étude a prouvé le contraire.
En effet, en distribuant la masse salariale plus équitablement, cette-dernière n'est nullement réduite, et continue par conséquent d'être ponctionnée.
Qui plus est, en redistribuant une part des revenus des plus hauts salaires aux plus bas salaires, on augmente le niveau général de consommation, puisque les plus bas salaires dépensent davantage (ils ont davantage de besoins non comblés que les plus hauts salaires) que les plus hauts salaires (comme ils ont moins de besoins à combler). Cela implique une hausse des recettes de la TVA, et une hausse de la croissance, et donc un rééquilibrage de l'offre en fonction de cette hausse de la demande, et par conséquent une création d'emplois.

Le grand patronat agite l'épouvantail des délocalisations, mais ce n'est qu'un artifice de propagande pour faire peur aux citoyens. En réalité, une entreprise ne va pas quitter les conditions optimales que notre pays lui offre (infrastructures de pointe, travailleurs bien formés, qualité de vie, haut niveau d'enseignement, etc.) simplement parce que leurs managers vont être payés un peu moins. Il faut bien se rappeler que ce sont les actionnaires qui sont propriétaires des entreprises, et qu'ils ont leur mot à dire.

Quant aux managers les plus cupides, il est possible que certains s'en aillent effectivement. Mais nous nous ferons une joie de les remplacer par d'autres managers moins avides, et prêts à travailler avec des conditions de rémunération équitable.

Enfin, le patron de Victorinox a bien mis en avant le grand bienfait que représente un écart salarial réduit. Selon lui, cela crée un climat de confiance et de convivialité dans l'entreprise, ce qui améliore la coopération, et in fine, la productivité.
L'initiative 1:12 a donc aussi pour conséquence d'augmenter la productivité des entreprises, et les rend ainsi plus compétitives.

On voit donc bien que l'initiative 1:12 est une réponse non seulement éthiquement valable, mais aussi parfaitement économiquement intelligente.

C'est pourquoi, le 24 novembre, votons OUI à l'initiative 1:12 !!

19:46 Publié dans Initiative 1:12 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

14/10/2013

Tentative de reformulation de la théorie (marxienne) de la valeur



Avertissement : Il ne s'agit point du tout ici de présenter une nouvelle théorie de la valeur ou d'améliorer la théorie de la valeur de Karl Marx, mais uniquement de proposer une présentation (reformulation) de la théorie (marxienne) de la valeur.

1. Marx adopte une position humaniste consistant à mettre l'être humain au centre de toutes les préoccupations (prémisse éthique).
Ce qui compte c'est l'être humain, et tout ce qui n'est pas humain ne compte d'abord que par rapport à l'être humain.
L'intérêt de Marx se porte donc sur l'action humaine, car la vie peut être réduite à une somme d'actions humaines (étant entendu que nous donnons un sens très large au mot « action humaine »).
L'intérêt pour la vie des êtres humains (et donc pour leurs actions) découle que sans la vie (sans l'existence), il ne saurait y avoir d'être humain, ce qui n'est pas acceptable pour Marx, puisque sa prémisse éthique est humaniste.

2. Il découle de 1. que nous devons évaluer le monde (la valeur du monde) en fonction de l'action humaine (puisque l'action humaine est le critère de valeur déterminant).

3. L'action humaine a une quantité et une qualité.
La quantité d'une action humaine est sa durée (temps).
La qualité d'une action humaine est individuelle (effort investi dans l'action, conditions de santé individuelles permettant la réalisation de l'action, humeur influant sur l'état d'esprit dans lequel est réalisée l'action humaine, etc.) et en même temps collective ou sociale (culture, niveau de développement économique, environnement, type de société, etc.).

4. L'action humaine a une valeur. Cette valeur est objectivement déterminable.
La valeur d'une action humaine est déterminée par sa quantité et sa qualité.
La valeur d'une action humaine est donc théoriquement quantifiable, mais seul un être omniscient pourrait quantifier cette valeur de manière totalement juste. Il découle de cela que pratiquement, on ne peut que tendre à une approximation de la valeur d'une action humaine (objectivité théorique versus calcul approximatif pratique). La valeur de cette approximation dépend de la connaissance que l'on a des facteurs déterminants la valeur de l'action humaine étudiée (et cette connaissance découle de notre propre degré de compétence à appréhender ces facteurs).

5. Le produit de l'action humaine a une valeur. La valeur du produit de l'action humaine est subjective et objective.
La valeur objective du produit de l'action humaine est déterminée par la quantité d'action humaine nécessaire à la production de ce produit et par la qualité de cette action humaine.
La valeur subjective du produit de l'action humaine est valeur d'usage, ou autrement dit la valeur subjective que l'on donne à ce produit est déterminée par l'utilité qu'il a pour nous à réaliser quelque chose.
La valeur subjective du produit de l'action humaine est aussi valeur d'échange, ou autrement dit la valeur subjective que l'on donne à ce produit détermine le prix que l'on est prêt à payer pour le donner à autrui (et vice-versa en sens inverse).



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13/10/2013

Du cancer carriériste


Il règne, je trouve, bien trop de tolérance dans nos organisations politiques envers les comportements carriéristes de certains de nos militants. Le carriérisme semble non seulement être considéré comme un comportement normal (qui entre dans la norme), mais il est de plus souvent encouragé, voire pire, félicité lorsqu'il atteint ses buts !
Pourtant, le carriérisme, ou autrement dit, la volonté de faire carrière en politique, est incompatible avec la réalisation du projet de société que nous prônons.

Le militant carriériste n'est pas un militant, c'est un politicien.
Son objectif, faire carrière en politique, détermine l'ensemble de ses choix, de ses prises de position, de son discours. Le militant carriériste est donc ce militant qui respecte toujours le politiquement correct, suit la ligne dominante, montre du respect envers toute représentation du pouvoir (de son camp), ne prend pas position lorsqu'il y a le moindre risque que cela puisse se retourner contre lui.
Le militant carriériste est donc un spécialiste en tactique égoïste, ou en comment faire de la politique sans oser dépasser les bornes des conventions des puissants.

Mais le militant carriériste c'est aussi ce militant dont on ne connaît jamais le fond de la pensée. C'est ce militant qui ne dévoile sa position qu'après que l'autorité du parti ait donné son sacro-saint avis. C'est ce militant qui refuse d'apparaître à côté d'un autrui qui pourrait être quelque peu par trop sulfureux ou indocile.
Le militant carriériste a-t-il des convictions ?
Ce qui est certain c'est que le débat d'idées n'est pas son dada, et encore moins tout ce qui pourrait se rapprocher d'un débat philosophique. La philosophie c'est vieux, poussiéreux, ennuyeux, mais surtout, c'est dangereusement subversif. Et la subversion n'est clairement pas au programme du carriériste.
Le militant carriériste affirme que dans le consensus réside le succès, que la paix du travail est la clef de réussite de ce pays, que les puissants sont puissants parce qu'ils le méritent, et que tout ce qui remet 
en question l'ordre du monde est archaïque.


Camarades, nous ne pouvons plus longtemps tolérer ce type de comportements dans nos organisations. Il faut que les mentalités changent.
Comme première mesure, je demande donc que toute personne exerçant une charge politique soit interdite d'exercer une autre charge politique. Cela réduira déjà un peu la marge de manœuvre des carriéristes.

La politique n'est pas un métier, c'est un engagement en faveur de la Cité. 

21:42 Publié dans Carriérisme | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

02/10/2013

Avons-nous besoin du marxisme en 2013 ?



Il me semble que cette question est extrêmement pertinente aujourd'hui.
J'aimerais pouvoir dire que le socialisme non marxiste pourrait tout aussi bien faire l'affaire, mais ce n'est pas possible. Le socialisme non marxiste existe certes, Castoriadis en est la preuve, mais il n'est pas représenté par un courant suffisamment développé (qu'on me dise si je fais erreur) pour représenter une véritable alternative.
Qui plus est, c'est justement parce qu'ils ont abandonner le marxisme que les partis social-démocrates ont fini par abandonné le socialisme tout court pour embrasser le social-libéralisme et le micro-réformisme minimaliste...

Alors on me dira qu'il y a certes l'anarchisme (le socialisme et le communisme libertaire), mais malheureusement ces courants sont pour le moment assez mal organisés (pas d'organisation politique sur Genève par exemple), et en sus de cela traversés par des tendances quelque peu sectaires ou coupés de la lutte des classes (pas de présence dans les syndicats, ni de formation de syndicats révolutionnaires, obsession autour de questions auxiliaires).

Et puis, il faut savoir saisir le sens de l'histoire.
La quasi-totalité de la jeunesse militante contemporaine radicalisée s'est tournée vers le marxisme, non vers une autre forme de socialisme. Aujourd'hui, c'est Marx et Engels que l'on lit et que l'on redécouvre. Et ce retour aux sources est sûrement nécessaire pour reconstruire les fondements théoriques, culturelles, et in fine politiques, de nos mouvements.

Nous n'avons pas forcément besoin d'être marxistes. Mais nous avons besoin du marxisme. Et d'un marxisme critique qui plus est.

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire »
disait l'autre.

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24/09/2013

Militantisme de transition



Je n'ai pas été particulièrement impressionné par le Programme de transition de Trotsky (de 1938), mais il faut bien lui reconnaître une qualité certaine, celle de mettre en évidence (voire de conceptualiser) la nécessité d'adapter le contenu de la propagande socialiste et révolutionnaire au grand public (ce qu'il appellerait plutôt les masses je suppose), ce qui n'est pas si loin de quelque chose comme le populisme (dans une définition non propagandiste justement). Car si le populisme consiste à dire au grand public ce qu'il veut entendre (ou à lui dire que ce qu'il veut est ce qui est bon ou bien), à l'opposé de la philosophie (politique ou pas) qui établit la vérité (ce qui est bon ou bien entre autres) et la présente au grand public, alors la propagande de transition de Trotsky se trouve à la croisée des chemins entre philosophie politique socialiste et populisme.

Selon Trotsky, la propagande de transition est la propagande qui est nécessaire dans le cadre d'un niveau de développement donné d'une société non socialiste. Il s'agit de savoir comment s'adresser au grand public sans le rebuter, en passant sous silence les éléments les plus radicaux qui pourraient par trop choquer, en vulgarisant ce qui doit l'être, et en axant son discours sur des objets concrets (non théoriques) à même de toucher directement les groupes sociaux visés. Ainsi, d'une propagande de transition efficace est censée émerger une adhésion progressive au programme socialiste révolutionnaire de la part du grand public, jusqu'au niveau de conscientisation et de mobilisation nécessaire à la réalisation des premières étapes de la révolution.

Bien entendu, il y a une propagande de transition comme il y a une action (politique) de transition, et peut-être même une philosophie (politique ou pas) de transition, formant un militantisme de transition.

Dans son texte (cité au début de ce billet), Trotsky aborde la question des programmes. Lui-même écrit un Programme de transition, dont je tire la présente méthodologie militante, qui explique (entre autres) comment dans le contexte de son époque mettre en pratique une propagande et une action de transition. Il y a pour Trotsky des programmes minimum, maximum, et de transition. Les programmes maximums sont les programmes qui décrivent, non pas la société idéale recherchée dans son détail (ce serait je suppose pour lui un programme idéaliste ou utopiste, et donc anti-marxiste), mais plutôt ce que l'action politique socialiste révolutionnaire cherche à réaliser (le renversement de l'état des choses). Les programmes minimums sont les programmes qui se content de décrire ce qu'un parti ferait comme réformes (non révolutionnaires*) s'il arrivait à la tête de l’État dans le cadre d'une société capitaliste. Les programmes de transition sont les programmes cherchant par des objets de luttes concrètes à conscientiser et mobiliser progressivement le grand public.

Ceci étant posé, il est bien plus difficile de savoir ce qu'est exactement un bon programme de transition, ou de manière plus générale, un bon militantisme de transition, et il me semble que c'est essentiellement par la pratique, par le tâtonnement, que l'on parvient à s'adapter au contexte dans lequel on évolue.

Un petit mot en conclusion, je suis bien conscient que mon blog n'est pas un blog de transition (aucune de ses trois parties ne l'est), mais ce n'est pas son but. Mon blog est un blog de recherche et de débat qui s'adresse avant tout aux autres militants. Il ne s'agit pas de faire de la propagande au grand public (ce que d'autres blogueurs font, particulièrement en ces temps d'élection), mais bien plutôt d'essayer de construire les bases théoriques d'une culture politique militante socialiste et révolutionnaire contemporaine.


*Les réformes révolutionnaires sont les réformes qui favorisent l'avènement de la révolution socialiste. Les réformes contre-révolutionnaires sont celles qui produisent l'effet inverse. Les réformes neutres n'ont aucun effet sur l'avancement ou l'affaiblissement de la probabilité révolutionnaire.

16:47 Publié dans Militantisme de transition | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

23/09/2013

(Re)construire une culture politique (révolutionnaire)


La construction d'un mouvement social révolutionnaire passe nécessairement par la (re)construction d'une culture politique (révolutionnaire)*. Je mets une parenthèse au mot « révolutionnaire » car j'ai du mal à considérer l'état actuel du champ culturel politique comme relevant d'une culture politique en tant que telle. Entre pragmatisme consensualiste prêt à tous les compromis(sions) et électoralisme carriériste, en passant par la posture anti-idéologisme dépolitisante ou le réformisme minimaliste (anti-radical) petit-bourgeois, je crois que je ne suis en effet pas grandement convaincu (bon d'accord j'exagère volontairement quelque peu).
Par conséquent, le premier pas consiste à (re)construire une culture politique de qualité, mais dans une optique socialiste et révolutionnaire évidemment.**

La (re)construction d'une culture politique révolutionnaire signifie que le militant doit se faire en quelque sorte, non forcément théoricien, mais en tout cas propagateur théorique (et donc débattant théorique). Cela implique évidemment un effort de notre (les organisations socialistes) part dans la formation des militants (un point que j'avais déjà traité dans une note antérieure), dans la mise à disposition, la production, et la diffusion de matériel théorique et analytique (sans oublier leur actualisation), dans la mise sur pieds de nouveaux rites militants (célébrations par exemple) ou de symboles (novateurs ou anciens). Nous avons besoin d'analyse socialiste des crises, du capitalisme suisse, de la composition en classe de la société, etc. Le fait est que les partis ayant abandonné plutôt largement la diffusion (et la production) de ce type de matériel, il nous faut en retrouver (voire en recréer), le vulgariser si besoin est, et le diffuser à nouveau de manière adéquate.

On voit pourquoi l'échec rapide de mon projet d'Union des ouvriers de l'esprit est embêtant, de même que l'échec antérieur du Cercle Gramsci. D'autres structures devraient voir le jour d'une manière ou d'une autre (il y a au moins des volontés de relancer le cercle d'étude marxiste de l'année précédente). La difficulté étant toujours d'essayer de ne pas en rester aux limites partisanes (ce qui est très difficile à ce que j'ai pu constater malheureusement) dans le développement de ce type de projets.

Une question importante qui se pose aussi est : avons-nous besoin du marxisme dans cette entreprise de reconstruction culturelle politique révolutionnaire ?
Il me faut bien constater que la quasi totalité des jeunes militants de gauche radicalisés se sont tournés vers le marxisme (et ses dérivés léninistes et/ou trotskistes), si on excepte les anarchistes (mais bon ces derniers n'ont même pas d'organisation politique à Genève). Il y a donc quelque chose dans le marxisme qui en fait l'outil adéquat pour la nouvelle génération de militants socialistes révolutionnaires, et ce quelque chose est probablement l'immense bagage théorique et analytique qui s'est développé depuis la pensée de Marx et de Engels au court du XXe siècle et du XXIe siècle qui offre un cadre de pensée efficace pour penser le socialisme et la révolution. Si on évite l'écueil de l'orthodoxisme (ou du dogmatisme littéraire) en cherchant à bâtir une pensée et un projet socialiste critique sur la base du meilleur du marxisme, alors je pense qu'on peut considérer que le marxisme a clairement un rôle (important) à jouer aujourd'hui. Il serait d'ailleurs bon de s'étendre un peu sur ce que signifie être marxiste de nos jours.
Enfin, sur la question (tactique) de la connotation du terme, je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il soit pire que le mot « communisme » ou le mot « socialisme » (qui est doublement connoté « URSS » et « social-libéralisme à la sauce Hollande »).


*Pas de révolution sans politique révolutionnaire et tactique révolutionnaire. Pas de politique et de tactique révolutionnaire sans mouvement révolutionnaire. Pas de mouvement révolutionnaire sans culture politique révolutionnaire.

**On notera qu'il s'agit de construire une culture politique révolutionnaire au sein des militants en premier lieu, et que par extension une telle action aurait comme conséquence de toucher bien au-delà le grand public non militant. C'est là du moins mon hypothèse.

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15/09/2013

Coming-out révolutionnaire



Quel meilleur moment que les élections cantonales pour l'annoncer ?

Il y a plusieurs semaines, de passage à Lausanne pour une rencontre inter-cantonale du collectif artistico-politique Chlorure de sodium, j'ai pris le temps de discuter avec deux socialistes libertaires. La discussion a porté entres autres sur mon parti, nos activités, et nos buts. Et c'est ainsi que ces derniers ont instillé en moi le doute : le socialisme pouvait-il réellement être réalisé par une couche successive de réformes ? Si par un hasard transcendant notre histoire suisse minoritaire nous obtenions une majorité dans les parlements et les exécutifs de ce pays, pourrions-nous réellement voter des lois transformant radicalement la société, ses institutions, ses structures ?

L'histoire n'est pas du côté du réformisme.
Mitterrand n'a-t-il pas échoué ?
Jamais le socialisme n'a été réalisé par des réformistes.
Ses seuls moments d'existence sont des moments révolutionnaires : l’État du Soleil de Spartacus dans l'Antiquité, la Commune de Paris en 1871, la Catalogne de 1936, la Hongrie de 1956, etc.
Empiriquement, le socialisme semble n'être réalisable que par des révolutions.
Mais ce n'est pas un argument suffisant.

Ce qui m'a convaincu, c'est cette petite phrase qui m'a traversé l'esprit : « La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. »

Ni Dieu, ni César, ni tribun.
Ni État, ni gouvernement, ni parti, ni avant-garde.
Nul ne peut donner la liberté à un individu.
On ne libère pas un esclave en lui notifiant sa liberté sur un bout de papier.
Car le réformisme est un formalisme, il croit qu'un peu d'encre sur un papier crée quelque chose de réel, alors que tout ce qu'il produit c'est une possibilité de réalité qui restera possibilité tant que la réalité ne rejoindra pas le contenu du bout de papier.
L'esclave doit vouloir au plus profond de son âme sa liberté. Et il doit la conquérir, sinon elle restera simple illusion de liberté.
On n'instaura pas l'autogestion d'un trait de plume sur un document officiel.
La gestion direct du monde par ses usagers ne saurait émerger que des usagers de ce monde.

Nous, socialistes révolutionnaires réunis au sein du Parti Socialiste et de la Jeunesse Socialiste, ferons du PS le parti de la révolution, et de la JS son avant-garde dans cette transformation.
Pour que ce projet soit crédible, nous devons obtenir en premier lieu l'entrée du PS dans une opposition radicale, ce qui implique : le retrait du PS de tout exécutif où nous sommes minoritaires, et prioritairement du Conseil Fédéral, la rupture avec toute idée de paix du travail, et la fin de la collaboration avec les partis bourgeois.


Ainsi prennent fin mes trois années de militantisme réformiste.

16:01 Publié dans Qui suis-je?, Révolution | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

04/09/2013

Pourquoi je suis candidat ?



Nous ne transformerons pas radicalement la société tel que nous le souhaitons depuis les parlements, et probablement encore moins depuis les exécutifs (et je ne parle même pas des exécutifs décrédibilisant où nous sommes minoritaires), ou autrement dit, nous n'instaurerons pas le socialisme par des couches successives de réformes.
Pourquoi ? Car la liberté ne se donne pas, elle se conquiert. On ne peut pas libérer un esclave tant qu'il reste dans une mentalité d'esclave. On ne peut pas supprimer la propriété et instaurer l'autogestion d'un trait de plume sur un document officiel, même voté par une majorité parlementaire. La seule façon de transformer radicalement la société vient des individus eux-mêmes. Ce sont les jeunes, les travailleurs, et les précaires, qui doivent construire une contre-société au sein même du capitalisme en étendant la gestion directe des espaces de vie, de la production, et des lieux de formation, par ceux-la mêmes qui en sont les premiers concernés. Ainsi la transformation sociale est-elle le fait même de la base de la société, et non le fait de quelque avant garde.

Ceci étant dit, je suis néanmoins candidat aux prochaines élections cantonales d'automne sur la liste socialiste.
Pourquoi être candidat après pareille introduction ?
Pour plusieurs raisons que voici.

Premièrement, la charge de député est une tribune permettant de mettre en avant des idées nouvelles, si possible subversives, pouvant participer à mobiliser et conscientiser les jeunes, les travailleurs, et les précaires, aussi bien qu'un terrain de luttes concrètes illustrant institutionnellement les rapports de pouvoir qui traversent la société, ainsi que le rapport de force capital-travail (et la lutte des classes qui découle de cet antagonisme). Ces luttes doivent être menées et peuvent servir d'exemples pour dévoiler toute la servilité de la droite en faveur des intérêts des classes dominantes.

Ensuite, il est évident que le Grand Conseil reste un lieu où l'on peut obtenir des réformes utiles permettant une amélioration rapide et concrète des conditions de vie de la population (création de crèches, de logements à bas prix, baisse du prix des transports publics, etc.), et en ce sens, le travail du député reste essentiel.

Je suis aussi candidat, car il s'agit de favoriser la représentation des jeunes au parlement, car Dieu sait si nous sommes mal représentés par rapport à notre proportion réelle dans la société (sans oublier que seuls les citoyens de plus de 18 ans, suisses, peuvent voter, excluant ainsi bon nombre de résidents).

En outre, il serait intéressant pour la Jeunesse Socialiste Genevoise d'avoir des élus parmi ses membres, ceci afin de lui permettre d'amener directement ses propres projets au sein du parlement.

Par ailleurs, si j'étais élu, je publierais tout ce que je vivrais et verrais en tant que député sur mes blogs, histoire d'informer les citoyens au jour le jour du fonctionnement concret du législatif, des rapports de pouvoir qui s'y trament, des questions de temps investi, de revenu reçu, et de présence des députés.

Alors, faut-il que vous votiez pour moi ?
Franchement, préférerais que vous rejoigniez notre parti ou tout autre mouvement d'émancipation luttant pour le socialisme et la liberté.
A défaut (ou si c'est déjà le cas), oui, vous pouvez toujours voter pour moi.


Article paru (sous une version brève) dans la Cuite Finale n°7, le journal de la Jeunesse Socialiste Genevoise 

19:14 Publié dans Réformisme | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

02/09/2013

Des origines de la crise économique contemporaine



Selon l'économiste R. Brenner, qui analyse l'économie sur la base des théories de Kondratieff sur les séquences longues de plusieurs décennies du capitalisme, on doit faire remonter les origines de la crise économique contemporaine aux années 1970. C'est en effet à partir de cette date que les taux de croissance ont commencé à être historiquement faibles, comparativement aux Trente Glorieuses, et même au début à la fin du XIXe siècle. Cette baisse serait une crise de profitabilité du capitalisme, ou autrement dit nous serions depuis 1970 dans une phase de baisse tendancielle du taux de profit.
Cette baisse s'expliquerait par l'augmentation de la concurrence internationale avec l'entrée en compétition avec les pays occidentaux de nouveaux acteurs, les puissances émergentes, innovantes, ayant accomplis un transfert de technologies et de connaissances de l'Occident à elles-mêmes, et possédant comme caractéristique un coût du travail très bas (ou autrement dit un très haut degré d'exploitation des travailleurs).
En outre, les innovations technologiques constantes de ces dernières décennies rendent de plus en plus rapidement le capital fixe (et par conséquent l'investissement) désuet, impliquant une baisse du profit.
Ces deux facteurs (augmentation des acteurs productifs dans le domaine de la concurrence internationale, et innovations technologiques constantes) ont comme conséquence une augmentation de la capacité productive générale au-delà de la demande antérieure, et donc une suproduction, induisant une baisse du taux de profit.

Face à cette baisse tendancielle du taux de profit, la classe capitaliste a réagi politiquement en ouvrant « de force » de nouveaux marchés par la privatisation et/ou la libéralisation des entreprises publiques (par exemple de monopoles d’État) et de certains pans des services publics, et en attaquant l'Etat-providence pour faire baisser les coûts de solidarité qu'elle devait assurer jusqu'à présent. C'est ce qu'on appelle généralement le néolibéralisme il me semble (dans son sens le plus restreint et plus valable à mon sens).

Mais outre cette offensive politique, la classe capitaliste a aussi réagi économiquement en tournant ses investissements vers la spéculation. C'est ce qu'on appelle la financiarisation de l'économie (le passage massif d'investissements du secteur productif au secteur financier).
Cette financiarisation de l'économie produit des bulles, comme celle qui a éclaté en 2000, et comme la crises des subprimes.
Elle s'appuie sur l’État pour maintenir artificiellement un retour sur investissement financier élevé (keynésianisme financier).

La crise économique contemporaine immédiate est donc le fruit de ce processus, et la crise de la dette n'est que le résultat d'une baisse de la croissance (impliquant une baisse des recettes pour l’État, et les poussant à s'endetter) de ces dernières décennies, ainsi que des offensives néolibérales qui ont baissé les coûts de solidarité pour la classe capitaliste (idem que le précédent).

20:37 Publié dans crise de la dette, crise économique et austérité | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Complément sur l'économie planifiée

Il m'arrive régulièrement de recevoir des messages de lecteurs qui me demandent des compléments d'information sur le sujet de l'économie planifiée, que j'avais abordé à l'ouverture de ce blog.

Premièrement, oui, la planification est généralement conçue (sous une forme ou une autre) par les penseurs socialistes comme un outil utile à la construction de la société socialiste. Toutefois, il faut rappeler que le principal combat socialiste réside dans la transformation de la propriété et le passage à une société fondée sur la gestion directe du monde par ses usagers (l'autogestion). Bon nombre de socialistes contemporains s'intéressent donc moins à cette question et conçoivent (tout comme moi) un socialisme de marché comme première et principale étape de la lutte pour la réalisation du socialisme. 
Je considère par conséquent que Schumpeter se trompe avec la thèse de son livre "Socialisme, capitalisme, et démocratie" où il prétend faire équivaloir économie planifiée et socialisme (j'ai moi-même fait cette erreur au début de mes recherches).

En ce qui concerne les origines de l'économie planifiée, je ne crois pas me tromper en renvoyant aux théories de Saint-Simon, dont Marx s'inspira. 
L'apogée de ces théories eut lieu dans les années 1930 à 1950 il me semble. On peut en voir un exemple à la lecture du programme du Parti Socialiste Suisse de 1956.
Une bonne critique de l'économie planifiée étatiste et centralisatrice, telle qu'elle était défendue à l'époque majoritairement est évidemment "La route de la servitude" du libéral Hayek.
La réponse doctrinale aux critiques de cette forme d'économie planifiée se retrouve dans les textes de Castoriadis "Sur le contenu du socialisme", qui présente une économie planifiée décentralisée et autogestionnaire (un ouvrage impossible à trouver, j'ai mis la main dessus en fouillant des recueils).

Aujourd'hui, des modèles intéressants ont été développés, par exemple avec le courant de l'économie distributive (qui règle les problèmes monétaires, notamment en ce qui concerne l'inflation).
Un ami à moi en a imaginé une théorisation particulièrement poussée ici
J'ai retrouvé des soutiens à des modèles d'économie planifiée parmi certains acteurs de la gauche radicale (sous des formes peu subversives comme chez Mélenchon), chez certains militants marxistes sous une forme antérieure (celle des années 30-50), chez des objecteurs de croissance (parfois), et chez certains anarchistes (c'est peut-être là le plus intéressant).

16:23 Publié dans Socialisme & économie planifiée | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/08/2013

L'autogestion partout, la liberté partout, le socialisme partout





La contre-société : incarnation de la transformation sociale

La meilleure façon de militer dans une optique non réformiste consiste à favoriser par tous les moyens possibles la construction d'un mouvement de transformation sociale. Un tel mouvement doit nécessairement s'appuyer sur les jeunes (étudiants, collégiens, et travailleurs) ; et sur les travailleurs, qu'ils soient du secteur primaire (paysans), secondaire (ouvriers), ou tertiaire (employés), qu'ils soient sans emploi (chômeurs), ou à la retraite ; ainsi que sur toutes les catégories dominées (précaires, minorités, marginaux, exclus, etc.)
Notre sujet d'émancipation contemporain est donc multiple, et cette multiplicité trouve son unité, non uniquement par rapport à sa place dans le système capitaliste (classe en soi), mais dans son adhésion au projet d'émancipation global (classe pour soi). Et c'est justement pourquoi il convient de définir comment la construction d'un mouvement de transformation sociale peut se faire.

J'appelle la construction d'un tel mouvement, contre-société, car c'est ainsi qu'il faut penser ce mouvement ; non uniquement comme un rassemblement d'individus partageant les mêmes objectifs, mais davantage comme la mise en place de structures fondant l'antithèse de la société capitaliste, et la possibilité de son dépassement. Ainsi, la société socialiste voit-elle le jour concrètement, progressivement, au sein du capitalisme, au fil de l'extension des pratiques socialistes, et de la diffusion d'une culture révolutionnaire. L'aboutissement de cette dialectique se fait lorsque la contre-société incarne un mouvement de transformation sociale tellement développé, que le capitalisme ne peut qu'être renversé. Alors ses piliers s’effondrent, la contre-société emplit le monde, et une nouvelle société voit le jour.


La contre-société politique

Étendre les pratiques socialistes, c'est de manière générale en appliquant partout où c'est possible le principe de l'autogestion. Sur le lieu de travail, dans l'entreprise, gestion directe de la production et de son organisation par les travailleurs, dans les lieux de formation, dans les écoles ou les universités, gestion directe de la formation et de son organisation par les élèves et les professeurs, dans les espaces de vie communs, dans les lieux publics, gestion directe des usagers de l'organisation de ces espaces, dans les logements, gestion directe par les habitants de leurs lieux de vie, dans les quartiers, gestion directe par les citoyens, etc.
Ce principe d'autogestion (de démocratie directe) forme le fondement du socialisme et de la liberté. Dans la société socialiste aboutie, il remplace le principe de propriété (car sans propriétaire, plus d'interférence entre le monde et ses usagers).

Très concrètement, il s'agit entres autres aussi pour le mouvement d'émancipation, d'unir toutes les composantes politiques et militantes déjà mobilisées, et cherchant réellement à transformer la société capitaliste et à la dépasser. Je parle bien entendu de toutes les organisations socialistes, communistes, et anarchistes. Une telle union ne prend pas un caractère formel partisan forcément, mais doit plutôt tendre à une collaboration naturelle et régulière, à des pratiques communes, jetant les bases d'une alliance de fond.


La contre-société économique

Le mouvement d'émancipation doit soutenir toutes les créations subversives qui se font dans le domaine économique, aussi bien que participer à toutes les mobilisations des travailleurs dans leurs luttes quotidiennes contre le patronat.
Ainsi, il s'agit de soutenir les coopératives autogérées, les SEL, les réseaux de proximité de consommateurs et de producteurs, aussi bien que de participer aux grèves, aux manifestations, et aux occupations, des travailleurs.
A vrai dire, je pense tout de même qu'il est essentiel de mettre l'accent sur la participation à toutes les manifestations de l'antagonisme capital-travail. C'est sur ce terrain-la que la lutte des classes devient évidente.

La contre-société culturelle

Le développement, plus ou moins spontané, d'une culture révolutionnaire est un élément important selon moi pour permettre l'extension du mouvement d'émancipation à toute la société. On ne peut que faire des projections totalement abstraites sur la forme qu'elle peut prendre. Mais ce qui est certain, c'est qu'un tel mouvement développera automatiquement des symboles, des représentations, des pratiques, un esthétique, et un ethos, novateurs, et subversifs.
On peut d'ores et déjà tenter de développer ces aspects, que ce soit par l'organisation des événements (parfois rituels) nécessaires, ou par la création de mythes (et de récits) collectifs. 

20:50 Publié dans Transformation sociale | Lien permanent | Commentaires (66) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

14/08/2013

Evolution du Blog

Mon Blog évolue.

Utilisant à fond son potentiel, je l'ai divisé en trois parties.

La première, Utopies Concrètes, restera mon blog principal (c'est celle-ci, sur laquelle vous vous trouvez).
Je continuerai à y parler essentiellement politique, théorie/philosophie politique, économique, éthique, et sociale, actualité, et d'autres annonces et questionnements liés à mes activités militantes.

La seconde consiste en un carnet de notes qui servira de complément direct au blog principal. J'y publierai des réflexions courtes, des brouillons, des prises de note, ou encore des textes inachevés.
Le contenu sera davantage axé action politique, et j'y poserai des questions en lien avec mon activité militante quotidienne. 
Cela me permettra d'éviter de laisser au compost tout un tas d'écrits.

Enfin, la troisième consiste en une introduction à la culture geek
C'est une culture souvent fort peu connue et je suis intéressé à la diffuser et à la faire connaître à sa juste valeur. 

Voilà, en espérant que les lecteurs y trouveront leur compte.

Adrien Faure



 

 

17:31 Publié dans Au sujet du Blog | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

12/08/2013

Karl Marx's resurrection

Sans prétention aucune, vous trouverez ci-dessous quelques lignes que je me suis amusé à écrire. 

« - Ça y est ! Ils l'ont fait !


- Quoi donc ?

- Mais enfin mon bon monsieur ? Vous ne lisez pas les journaux ?

- Je ne lis plus depuis que j'ai fini mes études.

- Vous avez peut-être raison.

- Mais alors, qu'ont-ils fait ?

- Les scientifiques ! Ils ont créé la première machine-à-ressusciter-les-morts !

- Et vous y voyez un progrès vous ?

- Mais mon cher monsieur, imaginez donc enfin ! Nous allons ressusciter les morts !
C'est pas un peu magiquement transcendantal tout ça ?
Bientôt nous pourrons faire tourner Hector et Achille dans un vrai film de reconstitution holiwoodienne de la bataille de Troie !
Quel progrès ! Quel génie ! »

*

Dans une pièce sombre et partiellement octogonal, les maîtres du monde, grands industriels, financiers aux bras tentaculaires, bureaucrates poussiéreux, managers hauts de gamme, et une nuée de politiciens au nom prestigieux, sirotent leur Hennier tout en échangeant des commentaires ennuyés.

« - Monsieur le président McDonald, pouvons-nous laisser les morts revenir à la vie ?

- Monsieur le directeur du Département de la répression publique, je crois que c'est un bon moyen d'accroître l'espérance de vie de la population.

- Mais monsieur le président, imaginez si certains morts revenaient à la vie ! Ce serait une catastrophe !

- Vous pensez à Hitler ?

- Non, je pensais à feue ma femme.

- Messieurs, l'heure est grave, en tant que Ministre du bon sens, je pense nécessaire d'organiser une grande tombola géante où nous tirerons au sort le premier ressuscité.
Pour rendre le jeu plus pimenté, je propose de mélanger quelques noms d'apparence aimable, Mozart, Hergé, ou Douglas Adams, à quelques noms plus osés, tel le Marquis de Sade, Casanova, ou Valmont.

- Monsieur le Ministre du bon sens, Valmont n'a jamais existé, il ne peut donc pas être ressuscité.

- Ah comme la science est limitée ! »

*

Un peu plus loin, et même plus loin que ça, dans un cercle périphérique du centre de la Terre, se trouvait un vaste complexe de recherche thermo-nucléaire où les scientifiques du monde entier avaient mis au point la machine-à-ressusciter-les-morts.
Cette nuit-la, un groupe de jeunes gens s'introduisit par effraction dans le complexe en se faisant passer pour des agents du fisc, et s'enferma dans la salle où se trouvait entrepose la machine à ressusciter.
Alertée par les scientifiques du complexe, la police intervint rapidement.
Arrivés devant la salle où était entreprosée la machine-à-ressusciter-les-morts, les portes s'ouvrirent devant les policiers, et le groupe de jeunes gens en sortit, un bébé dans les bras.
Les portes se refermèrent.
Quelques secondes plus tard, la machine explosait.

*

« - Incroyable ! Ils l'ont fait !

- Quoi encore ?

- Cher monsieur, ils ont ressuscité Karl Marx !

- Pour quoi faire ?

- Oh qui sait, paraît qu'il aimait bien écrire de la poésie.

- A notre époque ? Qui lit encore de la poésie ?

- En tout cas pas vous, vous ne lisez pas.

- Mais j'écris monsieur, j'écris.

- Et qu'écrivez-vous ?

- Mon autobiographie.

- Comme ça doit être passionnant ! »

*

« - Monsieur le président, je suis profondément désolé, notre dispositif sécuritaire n'avait pas anticipé la possibilité que de faux agents du fisc tentent de s'introduire dans le complexe de recherche thermo-nucléaire.

- Mais qui sont ces jeunes ?

- Des jeunes, simplement des jeunes Monsieur le président. Ils ne lisent plus normalement, mais ceux qui lisent font des choses bizarres.

- Pourquoi avoir ressuscité un type comme ça ?

- Peut-être qu'ils aiment la poésie ? »

*

Cour de justice mondiale, deux milles caméras sur le dos de deux milles cameramans épient le moindre geste du groupe de jeunes amenés par la police pour être jugés et condamnés.

« - Votre Honneur, nous sommes innocents ! Nous avons agi pour sauver l'humanité !

- Messieurs les jeunes, l'humanité n'a pas besoin de vous pour se sauver.
Elle a des gens compétents pour cela, comme Monsieur le président McDonald, et notre excellent Ministre du bon sens.

- En ressuscitant Karl Marx, nous donnons une nouvelle chance à l'humanité de faire sa révolution !

- Vous lisez trop. Pourquoi vouloir révolutionner nos cours et nos ministères ? Tout va bien.

- Et la crise écologique ? Et les millions d'exploités du Tiers-Monde ? Et nos propres pauvres ? Nos chômeurs ?

- Organisez une tombola pour les aider, ce sera plus constructif, et franchement plus divertissant.

- Nous voulons la liberté ! Karl Marx va libérer l'humanité !

- Pour le moment, je vous condamne à la prison à vie pour dommage envers des biens du gouvernement mondial. En espérant que cela vous libérera de vos inepties. »


A suivre.

21:20 Publié dans Karl Marx's resurrection | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

08/08/2013

La révolution mondiale est-elle à nouveau à l'ordre du jour ? (complément)

Suite à mon dernier billet, Arkan Akin m'a écrit pour me demander de préciser qu'il n'avait pas soutenu que le mouvement de contestation turque en lui-même se réclamait de l'anticapitalisme (pas plus que de la révolution), mais que la cause de cette contestation était à chercher dans le système capitaliste et dans ses conséquences.

En somme, il me semble que c'est là faire la distinction entre cause manifeste et cause latente.
La cause manifeste de la mobilisation en Turquie étant ici par exemple la lutte contre l'AKP ou Erdogan, tandis que la cause latente (profonde) serait l'opposition au capitalisme et à ses modalités (ainsi qu'aux conséquences de ses modalités).

J'aimerais ajouter qu'il est certain (comme on me l'a fait remarquer) que pour pouvoir réaliser une véritable analyse socialiste de la probabilité révolutionnaire dans les différentes régions et pays du monde, il serait au moins nécessaire d'étudier l'état de l'antagonisme capital-travail (notamment la division de la société en classes) et ses nombreuses implications, le niveau de développement des forces productives (dont le développement technologique et scientifique), ainsi que la superstructure (idéologie, culture, etc.)





 

02:42 Publié dans Révolution | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg