14/06/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban - Deuxième partie


AF. Qu'est ce que l’État selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La population dont les membres connaissent des origines, une culture, une idéologie commune sont légitimés à s'organiser afin de réaliser des buts communs, et ainsi de créer un État à leur image. L’État (idéal) est un reflet de la société sur laquelle il se calque : c'est un rapport de représentation qui lie l’État à sa population, ainsi qu'aux individus qui la composent. De leur côté, les individus sont libres avant la création de l’État, et celui-ci ne peut en principe pas restreindre cette liberté sans l'approbation de son organe souverain (la population, ainsi que les individus qui la composent). Cependant, sachant que la liberté s'arrête là où commence celle des autres, des limites doivent être posées afin de prévenir le crime, de protéger et d'améliorer la qualité de vie du plus grand nombre, et d'agir pour permettre à toutes et à tous de trouver une place digne au sein de la société. C'est là le rôle de l’État : intervenir là où il y a besoin de règles du jeu et d'un arbitre (une métaphore très a-propos en ce premier jour de mondial de football).

De mon côté, je me considère comme socialiste, en ce sens que je crois à une société qui prévient les divisions et les menaces, crée des synergies là où elles sont souhaitables, et tend la main à celles et ceux qui seraient marginalisé-e-s de cette société sans une aide extérieure. Pour atteindre un tel résultat, il est inévitable que cette société doit s'organiser en créant un État, chargé de remplir les tâches que les individus ne peuvent effectuer eux-mêmes. Un État qui arriverait à ce résultat permettrait à sa population de vivre en paix, avec dignité, et disposant d'un minimum d'opportunités pour s'épanouir.

 

AF. Qu'est ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La science représente, dans l'absolu, l'ensemble des connaissances que détiennent les humains. Je la sépare schématiquement en deux genres : la science objective (les connaissances qui peuvent être prouvées par l'évidence, l'expérience ou la raison) et la science subjective (les jugements de valeur). La science objective ne devrait a priori causer aucun problème: en raison du fait qu'elle peut être prouvée, elle s'impose et revêt accessoirement une fonction d'élimination de l'ignorance. Cependant, même s'il s'agit de faits démontrables comme le réchauffement climatique, on assiste parfois à un négationnisme obstiné de ces faits. Cette opposition à reconnaître ce qui est objectivement établi résulte souvent d'un conflit entre l'opinion qu'on a de la réalité et la réalité elle-même. De mon côté, je crois à la science car elle sort les humains de l'ignorance, mais ces conflits entre jugements de valeur et faits objectifs montrent à quel point on est encore loin du compte.

Le socialisme contribue à remplir cette vocation instructrice, puisqu'il réfute les dogmes qui s'imposent arbitrairement au motif qu'ils sont généralement admis (au cours du siècle dernier par exemple, il s'agissait de lutter à contre-courant contre la conception selon laquelle les femmes seraient moins légitimées que les hommes à assumer des fonctions à responsabilité au sein de la société, sur la seule base de leur sexe), ou que leur remise en cause provienne de faits qui dérangent (le réchauffement climatique et – partant – la mise en danger de l'écosystème planétaire, est corrélé à l'activité humaine, ce qui n'est pas du goût de tous).


AF. Qu'est ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La philosophie est une science qui a pour fonction d'expliquer la perception, par les humains, de leur environnement et de leur propre personne. Par exemple, elle est un préalable nécessaire pour fonder une confession, un parti politique, une association: le but idéal de ces entités n'est que le résultat d'une réflexion logique consistant à déduire des principes généraux à partir de l'expérience de la vie. Une philosophie s'interprète toujours, car elle ne peut jamais couvrir tout ce qui régit le monde, à l'image du fonctionnement de l'être humain, et car ses sources ne doivent jamais s'imposer arbitrairement et dans tous les cas comme une évidence incontestable, ce d'autant plus si ces sources sont anciennes, voire périmées (exemple: l'Ancien Testament); en ce sens, une philosophie a un caractère individuel, personnel, qui lui donne une particularité souvent unique.

Le socialisme est une philosophie, donc elle s'interprète: je sais que je suis socialiste, comme beaucoup d'autres, mais ceux-ci le sont différemment, à leur manière. Si je crois en le socialisme pour la réalisation de mes idéaux, c'est qu'il existe une proximité suffisante entre ceux-ci et celui-là pour que je les assimile, et pour que le socialisme apporte à mes yeux une réponse suffisante aux choses que je veux voir changer dans le monde.



AF. Qu'est ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. L'art est un moyen d'expression de l'humanité: c'est la somme des formes que l'être humain choisit de donner à sa communication. Lorsque la parole et le geste ne suffisent pas, la langue et le corps étant finis, il reste des moyens, à travers la musique par exemple, d'exprimer un message qui, cas échéant, serait incompris. La liberté de l'art, qui est parfois élevée au niveau de droit fondamental, n'est rien d'autre qu'une composante de la liberté d'expression. C'est pourquoi l'enseignement des arts est utile, car il permet à toutes et tous d'exprimer un message, une idée, le plus fidèlement possible, afin d'en faire ressortir le sens tel que voulu à la base et d'éviter l'incompréhension. De plus, concernant celles et ceux qui ne peuvent pas user d'une des formes de communication humaine (muets, aveugles, sourds...), la diversité des moyens leur permet de s'exprimer au même titre que les autres. A ce titre, la prise en compte de ces personnes désavantagées, dans l'enseignement des arts comme moyens d'expression, est une prérogative du socialisme à laquelle j'adhère sans aucune hésitation.



AF Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

DE. La base du débat sur l'éducation repose sur l'identité de la personne qui la fournit: physique (parents) ou morale (école publique ou privée). M'est avis qu'avant toute chose, il faut déjà se poser la question de savoir à quoi sert l'éducation, plus particulièrement quel est son but. Je penche plutôt pour le critère du bien de l'enfant: l'objectif de l'éducation devrait être de le guider vers des choix qui permettront son épanouissement, au regard de son individualité et du contexte familial et social. Pour ce faire, il saute à mes yeux que l'éducateur doive effectivement revêtir un rôle de simple guide, et non qu'il oblige l'enfant à suivre un chemin particulier (souvent inadapté au bien de l'enfant). Ces considérations parlent à la fois en faveur et en défaveur d'une éducation apportée par les parents, respectivement par une école (publique ou privée); il s'agirait donc plutôt de trouver une répartition des tâches adéquate. Ce qui me paraît en revanche certain, c'est qu'une éducation soit dans tous les cas nécessaire: ainsi, le système éducatif actuel, qui instaure une formation obligatoire jusqu'à 18 ans, part sur les bonnes bases, en garantissant l'éducation des enfants et en laissant la possibilité de choisir quelle école (publique ou privée) sera chargée de compléter l'éducation octroyée par les parents.

Si je considère avoir reçu une bonne éducation de la part de mes parents, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Si j'estime que l'école publique m'a laissé suffisamment de marge de manoeuvre pour que je suive une voie adaptée à ma personnalité, ce n'est pas le cas pour tout le monde non plus. La question de savoir si et comment faudrait-il corriger le tir, concernant des enfants par exemple dont le contexte familial ne leur permet pas de pourvoir à leur épanouissement, est bien plus complexe, occupe le débat sur l'éducation probablement depuis ses débuts, et dépasse mes compétences. Je peux dans tous les cas affirmer que le système éducatif m'a permis de m'épanouir, mais pour aller jusqu'à dire qu'il fonctionne, il faudrait que toutes et tous aient eu la même chance que moi, ce qui n'est pas le cas. Et s'il faut réformer ce système, je saurais pour l'instant dire en quoi il devrait l'être.


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01/06/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Cinquième partie

     AF. Que penses-tu de l'Union Européenne ? Es-tu favorable au fédéralisme                     européen ?

 

CM. Je connais très peu le fonctionnement de l'Union Européenne et ce qu'elle fait véritablement. Mais un gros défaut que je lui reprocherais, c'est son manque de communication et de transparence !

Sur le principe de l'Union Européenne et du fédéralisme européen, je suis assez sceptique. Cela est sans doute dû à mon manque d'information, mais comme je l'ai dit dans les questions précédentes, mon idéal serait l'absence d’État ou du moins qu'il soit réduit à son minimum que sont les fonctions régaliennes. Est-ce le cas de l'Union Européenne ? Absolument pas, elle est déjà un État qui domine les autres États qui dominent l'individu. Je risque d'être un peu cru dans mes propos, mais de ce que je connais de l'Union Européenne, elle me fait étrangement penser à l'URSS, avec la dictature en moins (et encore). Il y a une sorte de domination plus forte encore qu'un simple État et un manque de cohérence. Je m'explique. Lorsque des lois ou traités sont votés au parlement européen, ceux-ci ont un impact direct sur la politique des États membres, sauf que chaque État interprète un peu à sa manière les lois et traités européens, soit on va jusqu'au bout de l'idée et nous créons un fédéralisme européen avec un véritable gouvernement européen et on transcende les États jusqu'à leur disparition totale (transformation en région à de l'Europe à la limite), soit on oublie totalement cette idée, et on laisse les individus gérer leur vie comme bon leur semble. Cette Union Européenne crée encore plus de coercition selon moi, l’État est déjà coercitif, mais en rajoutant un État au dessus de l’État, on double les réprimandes, car lorsque l'Union punit, elle s'attaque aux États. Et à qui s'attaque l’État ? Aux individus !

Pour conclure, je dirais que de ce que je connais de l'Union Européenne, je comprend l'idée, mais ai peur que dans l'avenir nous entrions dans une concurrence de « super État », alors qu'au contraire on devrait être dans la concurrence libre de chaque individu.

 

 

     AF. Adhères-tu à l'idée d'un gouvernement mondial ?

 

CM. Je ne visualise pas bien l'idée de gouvernement mondial. A quoi consisterait-il ? Comment fonctionnerait-il ? Créerait-il lui aussi des impôts ? A qui cela reviendrait ? Comment ce gouvernement serait-il élu ? Comment communiquerions exactement ? Cela me parait fort peu probable. Le seul « gouvernement mondial » que je visualise est l'absence de gouvernement justement et la libre concurrence, la loi de l'offre et de la demande et donc l'économie de marché.

 

      

    AF. Selon toi, quel est le rapport entre le keynésianisme et le libéralisme ?

 

CM. Le keynésianisme est selon moi une dérive d'un libéralisme devenu étatique. En effet, de ce que j'ai pu lire de ce courant, cette théorie économique propose d'influencer l'économie. Pour donner un exemple concret, je pense que le parti que je présente (le Mouvement Réformateur) est keynésien. Il cherche à influencer l'économie en créant des dispositifs d'aides aux entreprises, aux indépendants, etc. L'un d'eux fait d'ailleurs polémique et il y a de quoi effectivement. Ce dispositif se nomme « les intérêts notionnels ». Ils consistent au fait qu'un patron d'entreprise reverse l'argent qu'il a gagné dans son entreprise (fonds propres) ce qui lui permet d'avoir une déduction fiscale. Ce dispositif était à la base conçu pour permettre aux PME de diminuer leur fiscalité très importante en Belgique. Sauf que ces intérêts notionnels ont privilégié au final les grandes entreprises !

Pourquoi je vous parle de cela ? Pour vous démontrer que l'utilisation de dispositif d’État discrimine une partie de l'économie à chaque fois. C'est ce que Milton Friedman met en avant lorsqu'il évoque les monopoles, ceux-ci sont à 99% créés par l’État, et ce dispositif en est en quelque sorte la preuve, vu qu'elle a privilégié des entreprises qui étaient déjà privilégiées. Certes, il a aussi aidé les PME, mais pas comme il l'aurait dû à la base. Et même si cela avait privilégié les PME, celles qui auraient utilisé ce dispositif se serait enrichies, se seraient agrandies, seraient devenues de grandes entreprises et auraient donc créé un autre privilège, et ceci peut être au détriment d'autres grandes entreprises qui n'auraient pas reçu d'aides de l’État. Donc pour moi, le keynésianisme est un libéralisme d’État, un libéralisme influencé par des idées étatistes.

 

 

     AF. Quelle est la personne qui a marqué le plus l'histoire positivement ?

 

CM. Il est difficile de répondre à ce type de question, tellement d'individus ont influencé l'histoire que n'en citer qu'un est assez injuste pour les autres. De plus, nos réponses seront sans doute influencé par notre culture et notre époque. Par exemple, j'aurais directement répondu Mandela ou Luther King, car ils ont permis à une population opprimée depuis des siècles de s'en sortir ou d'avoir au moins une possibilité de s'en sortir. Je ne saurais en dire davantage, il y a beaucoup trop de personnes qui ont influencé l'histoire.

 

 

     AF. Et négativement ?

 

CM. Pareil pour cette question, j'aurais répondu Hitler, mais ceci influencé par notre histoire, notre culture et notre contexte de vie. Pourquoi j'ai choisi Hitler, car il démontre à quel point un individu peut influencer une société et manipuler les dispositifs mis en place par l’État. Soyons clair, pour moi, cela démontre les côtés néfastes d'un État fort. En effet, Hitler a certes débuté au bas de l'échelle, a gangrené la société petit à petit, mais cette société l'était déjà ! La propagande anti-juif était déjà de mise et était propagé par des agents de l’État et ceci avant même qu'Hitler se lance en « politique ». Le contexte était donc propice pour qu'un individu puisse influencer davantage la société. Lorsqu'il fut au pouvoir ou du moins assez connu, il a eu en sa possession d'autres outils donnés soit par des particuliers, soit par l’État, car soyons sérieux un moment, un individu seul n'aurait jamais pu faire ce qu'il a fait. Si cette partie de notre histoire démontrait une « crise de l'individu », il aurait suffit que l'armée, qu'un général, qu'une personne proche de lui ou même une personne lambda l'assassine avant qu'il ne fasse ce qu'il a fait, mais ce ne fut pas le cas ! L’État a été un outil encore plus coercitif pour les individus et ils ont presque tous suivi. Nous avons des exemples concrets à notre époque de coup d’État par l'armée ou par des individus lorsque le gouvernement en place ne leur convient pas, il n'y a rien eu de cela durant l'époque Hitlérienne.

 

 

    AF. Qu'est-ce que le communisme selon toi ? Comment le différencier du                         socialisme ?

 

 

CM. Selon moi, le communisme cherche à avoir un État fort afin de régler, à tout niveau, la vie de l'individu. Tout est propriété de l’État, l'individu aura droit aux restes. Prenons un exemple concret. En Belgique, nous avons un parti politique nommé PTB qui se revendique de « la vraie gauche », du « vrai socialisme », mais aussi du marxisme – léninisme. Lors d'une interview, son représentant expliquait que les cachets qu'il recevait lors de ses mandats étaient directement versés au parti. C'est là qu'on voit, selon moi, le côté sectaire du communisme. Du moins de ce type de communisme. Que fait le parti de cet argent ? Va-t-il forcément l'utiliser de la manière que le peuple, que les individus auraient voulu ? C'est le genre de question que l'on pourrait se poser lorsqu'un État est fort. Dans le monde, les régimes qui se sont tentés au communisme ont quasiment tous fini en dictature : Cuba, Corée du Nord, Chine, URSS et sûrement d'autres.

Le socialisme pour moi se différencie du communisme, même si un certain type de socialisme cherche à se rapprocher du communisme, ce socialisme là est dangereux. Le socialisme, comme une certaine forme de libéralisme, cherche à transcender l’État, à le pousser dans ces retranchements, voire à l'éradiquer. Comme je l'ai dit dans une précédente question, le libéralisme pourrait permettre des sociétés socialistes où il y aurait une cohésion sociale, une sorte d'auto-gestion en petit comité. Pour moi, c'est ça le socialisme, c'est penser au bien commun, à la communauté avant le bien individuel, avant l'individu. Les deux finissent par se compléter à un moment, car l'individu ne peut vivre seul et le groupe ne serait pas le même selon les individus qui le composent. Le groupe influence donc l'individu et vice-versa.

 

 

 

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30/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Quatrième partie

 

      AF. En tant que résident belge et libéral, comment perçois-tu la Suisse ?

 

Ma réponse risque d'être assez courte, car je connais assez peu la Suisse, sa politique et sa façon de vivre. Les peu de fois où j'en ai entendu parlé véritablement c'était en lien avec des scandales bancaires ou de société (minaret). Ce que j'en ai retenu, c'est que contrairement à la Belgique, vous laissez une place plus concrète à la population par le biais de référendums. C'est un élément que je trouve primordiale au sein d'une démocratie. Sinon, à part les montres, les banques, les chocolats, et les fromages, je ne connais pas grand chose de la Suisse.
 

 

       AF. Si ton parti arrivait au pouvoir, quelles seraient les premières mesures les plus s  essentielles qu'il réaliserait ?

 

Tout au long de sa dernière campagne, le Mouvement Réformateur a eu trois grands sujets : une réforme fiscale, l'enseignement, et la transparence.

L'enjeu de nos élections (qui ont eu lieu dimanche dernier, ndlr) est surtout socio-économique et donc la réforme fiscale prime sur tous les autres sujets. Elle a pour but de donner du pouvoir d'achat aux plus démunis, de diminuer la rage taxatoire qui plane sur nos entreprises (nous avons un des impôts sur les entreprises le plus important d'Europe) et diminution de diverses taxes afin de relancer l'économie et la création d'emploi.

Au niveau de l'enseignement, le Mouvement Réformateur souhaite revaloriser les formations qualifiantes et proposer des formations aux demandeurs d'emplois qui n'en trouvent pas. Le MR souhaite aussi avoir un véritable suivi des élèves et une véritable remédiation, il refuse le nivellement par le bas de l'enseignement. Il souhaite supprimer le décret inscription. Ce décret avait différents objectifs :

 

  • Les écoles soient obligées d'inscrire les élèves dans l'ordre de demande et de tenir un registre dès le moment où l'école dépasse sa capacité maximale ;

  • Les élèves inscrits en primaire ne sont pas inscrits d’office ni prioritaires dans l’école secondaire correspondante ;

  • L’élève ne pourra pas changer d’école pendant un cycle, en primaire et au premier cycle du secondaire, sauf dérogation suite à un déménagement, un changement familial et un problème pédagogique ou psychologique.

     

Tout ceci avait pour but de favoriser la mixité sociale dans les écoles et donc ne plus cloisonner les élèves d'un milieu social favorable et les élèves moins favorisés. Cependant, cela a crée beaucoup trop de problème, des élèves qui ne sont pas inscrit à la rentrée ou alors dans des écoles bien trop loin de chez eux, mais aussi cela enlève la liberté de choix des parents. Ce décret a compliqué la vie de nombreuse famille. Il est évident que le manque de place dans les écoles a aussi joué un rôle, mais le décret a apporté son lot d'inconvénients et le MR aimerait le supprimer.

La transparence est primordiale pour le Mouvement Réformateur, toutes les institutions ne doivent pas déclarer leur activités, leur finance, etc. Par exemple, les syndicats n'ont pas à déclarer les moyens financiers qu'ils possèdent, alors que d'autres institutions comme les partis politiques doivent le faire.

 

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le nationalisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

Le nationalisme est une idéologie qui consiste à penser en terme de nation et non plus en terme d'humanité. Il s'éloigne du principe de patriotisme qui est certes de reconnaître une nation comme étant la sienne, mais elle n'implique pas forcément un conflit entre les nations, entre les individus. Pour moi le nationalisme n'a aucune raison d'être, les nationalistes utilisent régulièrement des rhétoriques prônant la supériorité de leur nation et de leur identité, sauf que l'identité n'existe pas véritablement. Prenons le cas concret de la Belgique, elle se compose d'une partie néerlandophone, une partie francophone et une partie germanophone. Elle a été sous le joug des Celtes, des peuples germains, bourguignonnes, autrichiens, espagnols, français et néerlandais. Quel est donc son identité propre ? La Belgique n'est qu'un mélange d'autres identités, qui sont eux aussi des mélanges d'identité. La Belgique a certes des particularités, mais chaque individu a lui aussi des particularités qui lui permet de se créer une identité propre, au delà de sa nationalité.

Le libéralisme est aux antipodes du nationalisme. Par son principe de libre-échange, il va au delà des frontières des nations, il ouvre les frontières aux autres cultures en prônant le fait que nous avons des choses à apprendre l'un de l'autre et ainsi construire un « projet de société » qui pourrait toucher l'ensemble de l'humanité.

 

  

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le conservatisme ? Quel est son rapport au                          libéralisme ?

 

Ce sujet est assez particulier pour moi. En effet, j'entends souvent des personnes s'identifier de libéral conservateur. J'avoue ne pas comprendre ce terme, car il n'a pas de sens à mes yeux. Comment un libéral peut être conservateur ? Un libéral est un individu qui regarde toujours en face de lui et non derrière lui, il ne reste pas figé sur le passé en se disant que telle ou telle période était la meilleure et qu'elle devrait être remise au goût du jour.

Si je devais donner une définition concrète du conservatisme, je dirais que c'est une idéologie prônant le retour en arrière ou souhaitant rester figer sur une forme de la société précise, même si celle-ci possède des défauts, le conservateur est pour moi quelqu'un qui se dit que c'est la moins pire forme de société. Ce qui est tout le contraire du libéralisme, qui lui cherche la meilleure forme de société et ai donc en perpétuel mouvement. Le conservateur n'aime pas le changement et a souvent du mal avec les libertés individuelles, il reste figé sur des normes précises de la société. Le conservateur est un individu qui ne se prend pas véritablement en main, mais cherche soit à être un « Grand Homme d’État », soit à suivre un « Grand Homme d’État ». Beaucoup d'hommes et de femmes politiques belges et français font souvent référence à De Gaulle, pour moi, ils ont un côté assez conservateur à cause de cela. Je ne suis pas dans le culte de la personnalité, même si des personnes ont fait de grande chose, je ne souhaite pas personnellement les mettre sur un piédestal.

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que l'anarchisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

L'anarchisme pour moi est une forme de société sans État, avec ou sans règles prédéfinies. L'anarchie est une idéologie qui s'oppose au système mis en place, à condition que ce système soit aux antipodes de l'idéal anarchiste. Pour moi, un des éléments de l'anarchie est la désobéissance civique. Je m'explique. Je fais ici référence à un ouvrage d'auteurs libéraux où un de ces auteurs explique qu'il serait prêt à ne pas payer d'impôt si ceux-ci servaient à financer une future guerre. Pour moi, cet acte est un acte anarchiste, car il s'oppose à une partie du système mis en place. Je précise bien qu'une personne qui ne fait que désobéir n'est pas un anarchiste, mais bien que la désobéissance dans certains cas peut être un acte anarchiste.

Le rapport avec le libéralisme serait pour moi assez simple. Si on suit la logique libéral jusqu'au bout, on en vient à la conclusion que l’État est une entité à éviter, qu'elle n'a pas à avoir de pouvoir sur l'individu. Les anarchistes sont souvent présentés comme des gens de gauche, du moins c'est toujours l'image que j'en ai eu, sauf que l'anarchie n'a selon moi pas de position précise. Elle est comme le libéralisme une idéologie changeante et possédant des formes diverses et variées, c'est ce qui m'amène à penser que si nous suivions la logique libérale, l'anarchie serait l'alternative idéal au système étatiste actuel.

 

     AF. Quel est l’événement historique le plus important à tes yeux ?

Il n'y a qu'un seul véritable événement historique qui me fascine et c'est la Seconde Guerre Mondiale. L'homme d’État Hitler est un personnage qui me fascine et me dégoûte à la fois. Ayant fait des études de psychologie, et donc m'intéressant à la logique humaine, je me pose toujours la question de savoir comment et surtout pourquoi cet homme en est arrivé à faire de telles atrocités. Comment un individu a réussi à monter au pouvoir et à manipuler toute une nation. Là est le problème du nationalisme, on pourrait penser que c'est le propre d'un individu et de son délire xénophobe, sauf que non, cet homme a été soutenu par toute une nation, même s'il y avait des anti-fascistes qui le combattaient, il faut se mettre à l'évidence que l'entité État est aussi derrière cet événement. En effet, nous avons la preuve un peu partout dans le monde que si les hommes d’État ne respecte pas l'attente du peuple, des actes de rébellion se font partout dans le pays et ceux-ci sont parfois accompagnés par une intervention de l'armée qui déloge le gouvernement en vue d'en créer un nouveau. Or, ce ne fut pas le cas durant la seconde guerre mondiale, l’État et la nation était derrière lui, le soutenait, même quand les premières atrocités commencèrent. Beaucoup n'étaient certes pas au courant de ce qui se passait dans les camps, mais les déportations quant à elle était bien visible. Tout ceci pour dire que cet événement me « marque », je ne l'ai certes pas connu, mais c'est un élément de l'histoire européen qui fait écho chez moi et qui me donne envie de m'informer et de comprendre cette période désastreuse de l'Europe.


 

 


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28/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Troisième partie

      AF. Existe-il une lutte des classes aujourd'hui selon toi ? Y a-t-il encore une bourgeoisie et un                         prolétariat ? Existe-il une classe ou un groupe social censé émanciper la société ?
 

J'ai dû mal à répondre à cette question car je ne vois pas le monde sous cet angle. Malgré l'un de mes précédentes réponses où j'expliquais faire partie de la « classe moyenne », j'apprécie peu les catégories de ce genre. Pour moi, la lutte des classes n'existe pas aujourd'hui ou si elle doit exister, elle n'est pas entre la bourgeoisie et le prolétariat, mais entre l’État et l'individu. En effet, l’État pourrait représenter la classe bourgeoise d'antan, il contrôle nos vies dans les moindres détails et nous impose des choses. La grande différence entre la lutte des classes d'antan est qu'à notre époque la barrière entre la « bourgeoisie » et le « prolétariat » est mince. Je m'explique. Nous avons des exemples concrets d'individus qui venaient de nulle part et qui sont allés très loin par leur force de travail et leur créativité (Bill Gates par exemple). Certes, cet individu a eu accès à des études lui permettant d'innover le monde de l'informatique, mais à l'heure actuelle, et ceci dans beaucoup de pays (en Occident principalement), même le fils ou la fille d'ouvrier peut avoir accès à des études supérieures, ce qui était très rare à l'époque où la bourgeoisie oppressait le reste de la population.

Pour moi, il n'y a pas de groupe social qui doit émanciper la société, c'est l'individu qui doit innover la société. Certes, à l'heure actuelle, les personnes ayant un certain capital investissent dans des entreprises et créent ainsi de l'emploi. On pourrait donc penser que les riches émancipent la société, mais ce n'est pas mon interprétation des choses. Malgré le fait que les personnes à gros capitaux investissent dans des entreprises, ce sont les entrepreneurs, les travailleurs, les chercheurs, en gros, les individus qui émancipent la société en travaillant sur le monde (science, nouvelles technologies, santé, etc.).

 

    AF. Comment résoudre la crise écologique selon toi ? Est-ce seulement encore                possible ?
 

Il y aurait deux possibilités selon moi. La première serait une intervention de l’État qui obligerait les individus et les sociétés a investir dans des énergies renouvelables, à trier leurs déchets, à prendre soin du monde qui l'entoure. La deuxième serait de sensibiliser les individus à cette problématique et laisser parler leurs raisons afin d'investir de leur propre gré dans ces énergies renouvelables et donc avoir une conscience écologique spontanée.

La première pose encore une fois le soucis de l'obligation, elle part du fait que les individus ne pourraient pas réfléchir par eux-même sur le monde qui les entourent et qu'ils ne pourraient donc pas en prendre soin sans l'intervention de l’État.

La deuxième pose le soucis que tous les individus ne sont pas sensibles à cela. Certains individus préféreront l'appât du gain, plutôt que le respect de la nature.

Cette question amène son lot de difficulté. En effet, tout le monde n'est pas sensible à ce problème, mais est-ce que cela donne le droit d'imposer des choix de vie aux individus ? J'aurais tendance à dire que non, mais il est vrai que sans la nature, sans la terre, il n'y a pas d'individu, il n'y a pas de vie possible. Je pense qu'il faudrait sensibiliser le plus possible, tenter d'avoir une véritable vision du problème, car tous les scientifiques n'arrivent pas à la même conclusion et cela amène un certain flou sur la question. Dernièrement, il faut permettre l'accès aux énergies renouvelables, permettre aux individus de garder le fruit de leur travail ou le salaire (complet) qui leur revient, et ainsi leur laisser le choix d'investir ou non.

 

     AF. Que représente pour toi la Révolution française ?
 

La Révolution française représente véritablement la lutte des classes selon moi. Une époque où des élites dominaient véritablement le pays et ne laissaient aucune possibilité d'émancipation au peuple. A l'heure actuelle, nous avons aussi des élites, mais l'émancipation est possible. Il y a bien sûr des améliorations à faire, mais elles restent à la portée de tout individu (bien sûr, ceci dépend du pays et de la politique mise en place).

Pour revenir sur la Révolution française, elle démontre la force d'un groupe, mais aussi l'envie d'individus d'avoir accès à la liberté, à leur envie d'entreprendre librement et non sous le joug d'une élite esclavagiste. Le mot est fort, mais je pense qu'il correspond bien à l'époque.

 

     AF. Et quid de mai 68 ?
 

Mai 68 a été vu comme un mouvement des forces de gauches, progressiste et pacifiste. Je refuse en partie cette description. Mai 68 a surtout été le mouvement d'une jeunesse souhaitant plus de libertés individuelles ! C'est véritablement ainsi que je le vois, je ne peux cependant pas en dire plus, je ne connais que trop peu cette période pour m'avancer davantage sur le sujet.

 

     AF. Selon toi, existe-il un lien entre libéralisme et spiritualité ?
 

Si lien il doit y avoir, ce serait que le libéralisme permet toute sorte de spiritualité, permet à chaque individu d'avoir sa vision du monde, sa religion, sa philosophie de pensée. Certain pourrait faire un lien entre libéralisme et laïcité, mais la laïcité est selon moi aussi une philosophie parmi d'autre et sa définition est floue.

Il existe selon moi deux laïcités. La première est la laïcité française, c'est-à-dire une laïcité où on considère que la spiritualité fait parti de la vie privée et qu'elle ne doit donc pas être montrée dans des lieux publics. C'est ainsi que des lois, notamment sur le voile islamique, ont pu faire leur apparition. La deuxième laïcité serait pour moi la possibilité à tout individu de vivre sa spiritualité dans la vie privée et publique. Il y aurait cependant des exceptions, des individus étant à des postes dans la fonction publique ou dans l'enseignement devraient garder une neutralité, car ils sont les représentants soit d'un État, soit ils sont à une place où ils doivent permettre à toute individualité de s'exprimer et donc de mettre la sienne de côté afin que tous puissent s'exprimer sans jugement.

 

     AF. Comment définirais-tu le socialisme ?

 

Le socialisme selon moi est une philosophie politique collectiviste, c'est-à-dire qu'elle voit avant tout le groupe avant l'individu, le bien commun avant le bien privé, l’État avant le peuple. Même si le socialisme vient des « entrailles » du peuple ouvrier, il n'en est pas moins une philosophie étatiste. Il y a certes différentes sortes de socialisme, mais dans toutes ses formes, elle a besoin d'un pouvoir coercitif afin de pouvoir partager le bien commun. Contrairement au libéralisme qui, selon moi, n'a pas besoin d'un État ou alors d'un État faible. Le socialisme a quant à lui besoin d'un État fort afin de contrôler chaque élément de la vie d'un individu afin de partager le fruit de son travail au sein du groupe. 

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27/05/2014

Les vertus intellectuelles sont équivalentes aux vertus morales


Je publie sur mon blog un travail que j'ai réalisé dans le cadre d'un cours d'épistémologie. J'y réfute (entre autres) l'idée selon laquelle la connaissance serait nécessairement un outil de domination, une idée malheureusement assez courante je trouve de nos jours.

 


A travers cet essai, je vais essayer de démontrer que les vertus intellectuelles sont équivalentes aux vertus morales. Je commencerai cet essai par proposer un certain nombre de définitions des termes employés dans la thèse afin de pouvoir ensuite les utiliser de manière claire pendant le reste du texte. Le lecteur notera que les définitions que je donne des vertus sont issues d'une (libre) interprétation des définitions que propose Roger Pouivet dans son œuvre le Réalisme esthétique.

 

Par « vertu », j'entends désigner les dispositions émotionnelles (qu'on pourrait aussi qualifier éventuellement d'affectives) adéquates d'un individu. Par « dispositions émotionnelles adéquates », je veux dire que ces dispositions sont telles qu'elles amènent l'individu à se comporter de façon adaptée dans une situation donnée. Se comporter de façon adapté signifie qu'un individu x maximise son utilité (sa satisfaction) dans une situation y en se comportant ainsi. On pourrait aussi dire que l'individu x qui agit et réagit de façon adaptée dans une situation y, se comporte de manière favorable à sa nature, ou autrement dit, qu'il réalise sa nature (puisque agissant en conformité avec elle). Pour exemplifier mon propos, je propose de prendre l'exemple d'un individu x qui est confronté à un danger. Face à un danger, l'individu x réagit de manière approprié s'il est conscient du fait qu'il est confronté à un danger, et s'il tente d'éviter ce danger, ou encore de le juguler (de le désamorcer). Si l'individu x ignore le danger ou ne tente pas de l'éviter ou de le juguler, alors il subit des conséquences négatives. De la même manière, le vice se caractérise par des dispositions déficientes impliquant une attitude inadéquate dans une situation donnée, avec comme conséquences des désagréments (des impacts négatifs) pour l'individu vicieux. A l'opposé du vice, la vertu est tout le contraire : dispositions adéquates impliquant un comportement adapté aux situations qui se présentent. Pour illustrer ce concept, cela signifie que l'individu qui cherche à éteindre ou fuir un incendie agit de manière adéquate (vertueuse), tandis que celui qui se jette dans le brasier ou se contente de regarder la télévision sans prêter attention aux flammes se comporte de manière non adaptée (vicieuse).

Par « vertu intellectuelle », j'entends désigner les dispositions émotionnelles adéquates, c'est à dire impliquant un comportement adapté aux situations qui se présentent, dans le cadre des activités intellectuelles. On peut considérer comme des activités intellectuelles toutes les activités qui consistent à utiliser sa raison (son intellect, ses capacités intellectuelles) dans le but de réaliser une action. Ainsi, lire, écrire, étudier, raisonner, réfléchir, argumenter, apprendre, enseigner, disserter, sont quelques exemples d'activités intellectuelles. Dans le cadre de ces activités, est vertueux celui qui agit et réagit de manière adéquate. Par exemple, un individu x est vertueux si lors de l'écriture d'un essai philosophique il n'affirme pas une chose et son contraire, car il est impossible de démontrer une thèse si on affirme qu'elle est valable et non valable en même temps (et bien entendu, il est vicieux dans le cas contraire). Dans le cas de cet exemple, l'individu vertueux fait preuve de responsabilité intellectuelle ou de cohérence intellectuelle lorsqu'il est vertueux, et de lâcheté intellectuelle ou d'incohérence intellectuelle s'il est vicieux.

Par « vertu morale » (que l'on pourrait probablement faire équivaloir à « vertu éthique »), j'entends désigner les dispositions émotionnelles adéquates (impliquant un comportement adapté aux situations qui se présentent) dans le cadre des activités impliquant une interaction avec autrui. Ainsi, il y a des manières adaptées d'agir et de réagir pour un individu lorsqu'il est en contact avec d'autres individus. Le respect des vertus morales permet à l'individu de maximiser son utilité et d'agir en faveur de son bien et du bien d'autrui, soit d'agir en faveur du bien tout court. La finalité des vertus morales est donc de réaliser le bien.
A noter que je ne vais pas le démontrer, car ce serait sortir un peu du cadre de cet essai et que ce n'est pas utile pour la présente démonstration, mais je considère qu'agir contre le bien d'autrui va à l'encontre de son propre bien. Ce qui me permet d'affirmer qu'un individu maximise son utilité lorsqu'il agit en faveur de son bien et du bien d'autrui.

 

Avant de rentrer dans l'argumentation en faveur de ma thèse, j'aimerais aborder rapidement une remarque de la philosophe Linda Zagzebski. Cette-dernière considère que ce qui différencie les vertus intellectuelles et morales réside dans leur motivation. Autrement dit, l'individu aurait des motivations différentes pour acquérir des vertus intellectuelles et pour acquérir des vertus morales. Il est malheureux qu'elle ne développe pas davantage cette position dans son texte Les vertus épistémiques (texte auquel je ferai référence par la suite) car cette position ne me semble pas tenir. En effet, comme on a pu le constater dans les définitions que j'ai proposées des vertus, l'individu acquiert des vertus pour maximiser son utilité et ainsi tendre vers le bonheur, soit la réalisation de sa nature humaine. C'est une explication simple (mais pas simpliste) qui peut s'appliquer à tous les vertus, que Linda Zagzebski mentionne comme hypothèse (sous la forme de « l'amour de l'être en général » à la page 398 de son texte), et je ne vais en conséquence pas davantage m'étendre là-dessus. Enfin, il est à noter que je ne vais pas parler des rapports entre connaissance et vérité, car cela n'est pas particulièrement nécessaire à la démonstration de ma thèse (mais peut-être cela aura quelque utilité pour le lecteur de savoir que je considère que la découverte de la vérité est le but de la connaissance).

L'argumentation de ma thèse s'articule autour de quatre prémisses. Les trois premières constituent une chaîne d'implications. La conclusion est démontrée, parce que si la première prémisse est valable, alors elle implique la seconde prémisse, et si la seconde prémisse est valable, alors elle implique la troisième prémisse, ce qui signifie que la première prémisse implique la troisième prémisse, ce qui in fine démontre la thèse. Auxiliairement, la quatrième prémisse se présente comme un argument complémentaire, mais plutôt indépendant des trois premières prémisses, visant à renforcer la thèse.

 

1. Les vertus intellectuelles, en tant que catégorie générale de vertus, ont pour finalité la connaissance.

Si le but des vertus consiste pour l'individu à maximiser son utilité en se comportant (en agissant et en réagissant) de manière favorable à sa nature, alors le but des vertus intellectuelles (parce qu'elles sont des vertus et ont donc les mêmes implications que toute vertu) consiste pour l'individu à maximiser son utilité dans le cadre des activités intellectuelles, ce qui revient à maximiser la connaissance. Autrement dit, si les vertus intellectuelles sont des dispositions adéquates permettant de savoir (d'avoir accès au savoir), alors la finalité des vertus intellectuelles est la connaissance (je considère ici « connaissance » et « savoir » comme des choses équivalentes). Cette position est aussi celle défendue par Linda Zagzebski (à la page 398 de son texte, ainsi qu'à la page 408 et 409).
A noter que je parle ici de catégorie générale de vertus en tant que partie (catégorie) d'un tout (les vertus) qui est générale et non particulière, soit l'ensemble des vertus de type intellectuel et non chacune des vertus intellectuelles prise individuellement pour elle-même (ce qui sera abordé dans la quatrième prémisse).

 

2. La connaissance a pour finalité le bien.

Pour justifier cette prémisse, commençons par constater que tout individu qui a une connaissance dans un domaine saura ce qu'il peut faire et ce qu'il doit faire dans ce domaine pour obtenir des résultats qu'il souhaite. Par exemple, si j'ai des connaissances dans le domaine de la chimie, alors je saurais comment réaliser telle ou telle expérience ou réaliser telle ou telle action dans le but d'obtenir quelque chose que je souhaite obtenir dans le domaine en question. Ainsi, si je souhaite produire de l'azote liquide, je saurais comment manipuler de l'azote sous forme de gaz pour le transformer en azote liquide. La connaissance dans un domaine a donc comme propriété de permettre à l'individu connaisseur dans ce domaine d'y réaliser ce qu'il souhaite y réaliser. Mais dans la première affirmation de ce deuxième argument de mon essai, je parle de connaissance générale, et non de connaissance dans un domaine précis. Autrement dit, il faut considérer la connaissance en tant qu'agrégation (en tant que somme) de l'ensemble des connaissances dans tous les domaines possibles du savoir. Cette connaissance, la connaissance de toutes choses, implique que l'individu sait non seulement comment réaliser des choses qu'il souhaite réaliser dans des domaines comme la physique ou la chimie, mais aussi qu'il sait s'il doit les réaliser et pour quoi il devrait ou pas les réaliser. En effet, la connaissance de toutes choses implique la connaissance de ce qu'est la nature humaine et de ce qui est nécessaire et suffisant pour permettre de réaliser cette nature. La connaissance de la nature humaine impliquant la connaissance de ce qui est bon pour l'être humain (soit comment réaliser sa nature), alors on peut dire que la connaissance de toutes choses permet de savoir comment agir en faveur du bien, étant entendu que le bien est la réalisation de la nature humaine. On pourrait aussi le dire autrement en notant que la connaissance de toutes choses implique évidemment la connaissance métaphysique (de la nature humaine et des choses) et éthique (comment réaliser la nature humaine), et qu'autrement dit ces deux types de connaissances permettent de savoir comment agir en faveur du bien. En outre, non seulement la connaissance éthique permet de savoir comment agir en faveur du bien, mais en sus de cela cette connaissance implique une obligation pour l'individu d'agir en faveur du bien. En effet, un individu x qui a la connaissance éthique sait comment faire le bien et sait aussi que s'il ne le fait pas il ne maximise pas son utilité. C'est parce qu'il sait qu'il maximise son utilité en agissant en faveur du bien que l'individu qui a la connaissance éthique agira toujours en faveur du bien. Si l'individu se refuse à maximiser son utilité c'est par ignorance, parce qu'il lui manque certaines connaissances qui l'empêche d'agir de manière rationnelle (ou de rationnellement être à même d'agir de façon à maximiser son utilité). Ainsi, l'individu qui a la connaissance de toutes choses (et qui par conséquent n'est nullement victime d'une quelconque ignorance) ne peut que se comporter de manière rationnelle et maximiser son utilité. Parce que l'individu qui a la connaissance de toutes choses ne peut que se comporter de manière rationnelle et maximiser son utilité, alors l'individu qui a la connaissance de toutes choses ne peut qu'agir en faveur du bien. Par ailleurs, comme la connaissance de toutes choses est équivalente à la connaissance tout court, soit à la catégorie générale de connaissance, alors on peut dire que la connaissance a pour finalité le bien. A noter que Linda Zagzebski défend elle-aussi que la connaissance est une forme de bien (à la page 400 de son texte).

3. La connaissance ne peut pas avoir d'autre finalité que le bien.

Cette affirmation, complémentaire selon moi à celle du précédent argument, est essentielle à soutenir pour défendre de manière crédible la thèse de cet essai. Nombre de philosophes ont soutenu des positions inverses à celle que je défends ici. Les philosophes Thomas Hobbes, Theodor Wiesengrund-Adorno, Max Horkheimer, ou encore Arthur Schopenhauer, ont tous défendu la position selon laquelle la connaissance peut avoir d'autre finalité que le bien. Pour les plus contemporains d'entre eux, ils articulent généralement leur discours autour d'une critique et d'une dénonciation de la modernité, de la raison, des Lumières, de la science, ou encore de l'industrie ou de la société de consommation. Tous ces éléments seraient selon eux l'illustration de leur position, à savoir que la connaissance peut fort bien avoir d'autres finalités que le bien. Probablement qu'une actualisation de leur thèse consisterait à voir dans la crise écologique contemporaine une démonstration supplémentaire de leur position sur la connaissance. Pourtant, leur position sur la connaissance est fausse. Certes, leur définition de la connaissance comme quelque chose d'équivalent à un pouvoir n'est pas faux en soi. En effet, on peut considérer que la connaissance est un pouvoir, soit un moyen qui permet de réaliser une fin. Mais il n'y a pas d'implication entre le fait que la connaissance soit effectivement un pouvoir et le fait que cette connaissance puisse être utilisée dans un autre but que le bien. Toute l'erreur de leur raisonnement consiste à prendre la connaissance dans un domaine comme équivalent à la connaissance en elle-même, en tant que catégorie générale agrégeant l'ensemble des connaissances dans tous les domaines. Il est vrai qu'un individu x peut utiliser ses connaissances dans un domaine, par exemple la chimie ou la biologie, pour provoquer des conséquences négatives pour des êtres humains. Un individu peut par exemple savoir comment créer moult poisons ou produits toxiques et décider ensuite de les distribuer sous une forme innocente à de simples passants pour les intoxiquer, mais il s'agit ici d'un simple cas d'utilisation d'une connaissance dans un domaine précis (ou dans une série de domaines précis) avec une finalité qui n'est pas celle du bien. On ne peut pas prendre des parties du tout qu'est la connaissance (de toutes choses), dire que prise indépendamment du tout ces parties peuvent être utilisées à mauvais escient, et en impliquer que le tout peut être utilisé à mauvais escient lui-aussi.

En effet, une connaissance de toutes choses, soit la connaissance elle-même, implique une connaissance métaphysique et éthique dont je parlais dans le développement de mon second argument. Cette connaissance métaphysique et éthique implique que l'individu sait ce qui n'est pas favorable à sa nature (à la maximisation de sa satisfaction permettant de tendre au bonheur, le fait d'atteindre le bonheur pouvant être considéré comme le but de tout être humain pour se réaliser) de tuer des innocents (pour reprendre mon précédent exemple), car le fait de tuer des innocents ne maximise pas son utilité (personnel) mais au contraire ne peut que mener à la dépression, à la folie, ou à la destruction de la personnalité (et ce ne sont que quelques éléments triviaux pour illustrer une idée à prendre comme tels). On notera que je ne souhaite pas trancher formellement en faveur d'une certaine doctrine éthique pour développer ma position, car je considère qu'il suffit de dire que la connaissance éthique (et métaphysique) permet de savoir comment utiliser des connaissances dans un domaine précis pour que l'argument soit suffisant, sans rentrer dans le développement d'une doctrine éthique particulière (chacune d'entre elles pouvant, à mon sens, se prêter à la démonstration). Si nous considérons maintenant l'exemple de l'individu qui crée la bombe atomique, on devrait considérer que s'il était totalement savant (c'est à dire que s'il avait la connaissance de toutes choses) il ne créerait pas cette bombe atomique. Seulement, cet argument est infirmé par le fait qu'il est possible que la création de la bombe atomique ait permis d'éviter une plus grande peine à l'humanité, par exemple en établissant un équilibre de la terreur pendant la Guerre froide entre les deux blocs, en empêchant ainsi le déclenchement d'une troisième guerre mondiale. A son tour, cet argument se trouve infirmé par le fait que si l'individu avait vraiment une connaissance totale de toutes choses, il serait à même de calculer à l'avance chacune des conséquences de ses actes, et pourrait donc décider en pleine connaissance de cause s'il est bon ou pas de créer la bombe atomique.

A ce stade de l'argumentation, le lecteur risque toutefois de douter de la plausibilité de l'existence d'un être tel qu'il soit à même d'avoir une connaissance aussi totale que celle qui est discutée dans le présent essai. Je crois que l'on peut répondre à cette (compréhensible) interrogation qu'il n'est pas inimaginable, du moment que l'on croit au progrès de la connaissance, de penser qu'il serait un jour possible qu'il existe des êtres humains qui puissent accéder à une connaissance totale. Un rapide regard sur le chemin parcouru jusqu'à maintenant ou sur les théories trans-humanistes contemporaines devrait confirmer les potentialités de cette hypothèse. Certes, on peut noter que la connaissance totale n'est (évidemment) pas encore possible (je fais ici abstraction de l'hypothèse d'un dieu omniscient car je ne pense pas que cela apporte grand chose au débat), et il faut donc considérer que le mieux que l'on puisse faire est d'essayer de tendre actuellement à cette connaissance de toutes choses. Toutefois, le fait que la connaissance totale ne soit pas actuellement atteignable, ne vient en rien affaiblir la thèse selon laquelle les vertus intellectuelles permettent (possiblement) d'atteindre la connaissance et que la connaissance (de toutes choses, donc la connaissance en tant que catégorie générale) ne peut avoir d'autres finalités que le bien. Pour en revenir à l'argument développé en défense de cette troisième prémisse, des phénomènes provoqués par l'être humain comme la crise écologique (je fais ici abstraction des postulats des climato-sceptiques, car à nouveau cela n'apporte rien à la discussion) sont le fruit de l'ignorance (d'un manque de connaissance) et non le fruit d'un choix réalisé en pleine connaissance de causes.

Pour résumer mon raisonnement, je considère qu'il est impossible que la connaissance ait une autre finalité que le bien, car la connaissance (totale) implique toujours la connaissance de comment utiliser les connaissances dans des domaines particuliers. Il n'y a donc pas de crise de la raison (de la connaissance) comme le pense l’École de Francfort, mais seulement une connaissance humaine qui n'est pas encore parvenue à son stade de développement le plus élevé qui soit possible, et des êtres humains qui ne sont pas encore capables de calculer l'ensemble des conséquences de leurs actes en fonction d'une connaissance de ce qu'est la nature humaine et de comment agir de manière à la réaliser (à maximiser son utilité).
A noter que Linda Zagzebski mentionne aussi (à la page 402 se son texte) son désaccord avec les philosophes (comme Thomas Hobbes qu'elle cite) qui défendent la position selon laquelle on peut réduire la connaissance à une puissance ou à un pouvoir.

4. Les vertus intellectuelles, prises individuellement, ont pour finalité le bien.

Avant d'arriver à une conclusion sur la nature des vertus intellectuelles à partir des trois premières prémisses que j'ai données, je souhaiterais aborder un autre axe possible d'argumentation selon lequel les vertus intellectuelles, prises individuellement, ont pour finalité le bien. L'ouverture d'esprit, l'honnêteté intellectuelle, la flexibilité intellectuelle, la responsabilité intellectuelle (le fait d'assumer ses thèses et leurs conséquences), sont toutes des illustrations de vertus intellectuelles. Mon propos consiste à dire que toutes ces vertus intellectuelles, chacune d'entre elle prise individuellement, a une valeur morale positive indépendamment de l'objectif d'accéder à la connaissance (ou à des connaissances). Ainsi, l'ouverture d'esprit a une valeur dans la vie de tous les jours, car elle nous permet par exemple de faire de nouvelles rencontres et d'élargir notre cercle d'amis, ce qui a des conséquences positives directes sur la vie quotidienne, indépendamment du fait de nous permettre ou non à accéder à la connaissance (à moins de considérer mes nouveaux amis comme des sources de connaissance, ce qui serait un réductionnisme absurde dans le cadre de cette réflexion). Le bien, la maximisation de mon utilité me permettant de réaliser ma nature humaine, est donc directement le résultat de l'usage des vertus intellectuelles dans la vie de tous les jours et des activités qui n'ont pas directement trait à la recherche de la connaissance. Si le lecteur n'est pas convaincu, je l'invite à répéter mon exemple avec une autre vertu intellectuelle, et je pense qu'il constatera que toutes se prêtent au même usage multiple de la recherche de la connaissance et de la vie quotidienne.

A noter que Linda Zagzebski défend une vision à peu près semblable aux pages 413 à 415 de son texte. Selon elle, chaque vertu intellectuelle permet bien davantage que « simplement » d'accéder à la connaissance, mais a des conséquences positives pour d'autres aspects de notre vie. Elle donne comme exemples le fait de créer un sonnet artistiquement supérieur, ou encore le fait de gagner une partie d'échecs. On notera que ces exemples ont trait à l'art ou au jeu, ce qui montre un clair élargissement du champ des activités concernés par les vertus intellectuelles que la seule recherche de la connaissance. Mais de telles réflexions nous permettent aussi d'élargir notre compréhension de ce que sont les vertus intellectuelles. Si on les considère sous les divers apports qu'elles peuvent amener, alors on aura en effet moins de difficulté à considérer que la créativité ou l'originalité sont aussi des vertus intellectuelles, ce qui pourrait paraître étrange à certains vu que l'originalité pourrait à première vue être considérée comme une vertu pas forcément à même de maximiser les chances d'accéder à la connaissance.

Linda Zagzebski mentionne aussi une thèse selon laquelle beaucoup d'individus créatifs ont tendance à expliquer leur créativité par le fait qu'ils suivent leurs intuitions (et que celles-ci sont quelque chose qui leur permet d'être productifs). Cela peut sembler paradoxal car les intuitions semblent bien être quelque chose de différents des vertus intellectuelles. Une manière de répondre à cela consiste à dire que les intuitions sont simplement un moyen permettant de manière moins consciente de faire fonctionner des vertus intellectuelles. Une autre façon de résoudre cet apparent paradoxe consiste à dire que les intuitions sont une composante de l'individu qui lui permet spontanément de saisir ce qui est bon pour lui (soit comment maximiser son utilité), car trouver ce qui est bon pour lui équivaut à réaliser sa nature. Dans cette interprétation, l'intuition serait une forme de perception spontanée des individus de leur nature et de comment la réaliser.

En conclusion, après avoir vu successivement ces quatre arguments, je pense avoir montré que les vertus intellectuelles sont équivalentes aux vertus morales. En effet, la première prémisse établit que les vertus intellectuelles, en tant que catégorie générale de vertus, ont pour finalité la connaissance, tandis que la seconde prémisse démontre que la connaissance a pour finalité le bien. Avec la troisième prémisse, selon laquelle la connaissance ne peut pas avoir d'autre finalité que le bien, j'ai renforcé la seconde prémisse. Or les vertus morales ont pour finalité le bien. Par conséquent, si, comme j'ai essayé de le montrer, et étant donné que les vertus intellectuelles ont pour finalité la connaissance et que la connaissance a pour finalité le bien, les vertus intellectuelles ont pour finalité le bien (et ne peuvent avoir d'autres finalités), alors les vertus intellectuelles ont la même finalité que les vertus morales. Autrement dit, les vertus intellectuelles et les vertus morales, puisqu'ayant la même finalité, sont de même nature. Si les vertus intellectuelles et morales ont la même nature, alors elles sont équivalentes. Enfin, la quatrième prémisse vient ajouter un argument supplémentaire en faveur de la thèse selon laquelle les vertus intellectuelles sont équivalentes avec les vertus morales, en mettant l'accent sur la nature des vertus intellectuelles prises chacune individuellement et indépendamment de leur fonction générale. Compte tenu, de cette argumentation, je considère avoir montré que les vertus intellectuelles sont équivalentes aux vertus morales.

Je pense que les implications à tirer d'une telle thèse résident principalement dans la manière d'aborder et de concevoir les vertus intellectuelles. Il s'agit d'appréhender les vertus intellectuelles non en tant que « simples » propriétés qui seraient propres à la recherche ou à la science, mais en tant que dispositions fondamentales ayant un rôle important à jouer dans notre vie quotidienne. La connaissance étant la condition du bien (et donc du bonheur), les vertus intellectuelles et leur bonne compréhension et apprentissage devient un élément essentiel et indispensable de la possibilité pour l'individu de pouvoir accéder au bonheur. Une telle conclusion devrait pouvoir être utilisée pour convaincre de jeunes élèves de l'importance de l'apprentissage des vertus intellectuelles, ou encore permettre au système éducatif de davantage mettre l'accent sur l'apprentissage de ces vertus comme objectif de l'enseignement public.

Bibliographie

HORKHEIMER Max, ADORNO Theodor, La dialectique de la raison, Éditions Gallimard, Saint-Armand, 1974
POUIVET Roger, « L'épistémologie des vertus » in Le réalisme esthétique, Presses Universitaires de France, Paris, 2006

ZAGZEBSKI Linda, « Les vertus épistémiques », in La connaissance comme vertu intellectuelle, 1996

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26/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Deuxième partie

      AF. Qu'est-ce que l’État selon toi ? A-t-il un rôle à jouer dans la construction de            ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. Le rôle de l’État est selon moi de garder la paix au sein d'une société, son rôle est donc au niveau de la justice et de l'armée. Tout le reste peut être privatisé à mon sens.

Cependant, l’État peut avoir un pouvoir coercitif par le biais de la justice et de l'armée, cela rentre en collision avec l'idéal libéral qui est de donner des libertés individuelles avec le principe de non-agression. Or, l’État utilise l'agression. L'armée est punitive, la justice est punitive, l'impôt est punitif, même si cela apporte des avantages (protection, sécurité sociale, etc.), elle apporte aussi son lot d'inconvénients (diminution des libertés individuelles, vol d'une partie du travail de l'individu, etc.).

Je suis donc assez mitigé en ce qui concerne le rôle de l’État, à la fois, l'idée d'être protégé par une armée et une justice (tribunaux, police) est intéressante, mais à la fois, elle ne l'est pas car elle suppose son lot d'impôt. Même si l’État n'existait pas, la création de tribunaux serait indispensable afin de régler les problèmes de contrat entre individu. En effet, une branche du libéralisme (libertarianisme) suppose que les individus pourraient vivre librement par le biais de contrat, mais que faire quand ceux-ci ne sont pas respectés ? Il doit y avoir poursuite pour faire valoir ses droits, mais qui décide de cela ? Des juges, mais qui les payent ? Ce ne sont pas des créateurs de richesse, ils ne peuvent vivre par leur travail seul, ils ne vendent pas leur jugement, leur prestation en tant que telle. Il faut donc un accord consenti (liberté individuel) ou imposé (État) afin de créer une justice crédible, ce qui en vient à créer un impôt pour la financer.

 

 

      AF. Qu'est-ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                          construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La science est l'étude des phénomènes de ce monde et de l'univers. Elle est un outil créé par l'homme afin de mieux comprendre son environnement. Malgré les innovations faites en la matière, elle reste biaisée dû au fait que l'homme n'utilise pas toutes ces capacités intellectuelles et que les instruments scientifiques sont continuellement améliorés.

La science dans la construction de mon idéal n'apporterait rien en soi. Mon idéal serait que toute personne puisse vivre comme elle le souhaite sans restriction. Cependant, la science peut permettre à certain d'avoir des réponses à leur questions existentielles, mais aussi à créer des instruments/outils permettant un meilleur rendement dans la production de produit, tout en essayant de respecter la terre qui nous accueille. La science servirait donc aux hommes et à son monde (celui dans lequel il vit et non celui qui lui appartient).

Son rapport au libéralisme serait que tout individu pourrait se lancer dans des recherches scientifiques précises permettant d'améliorer son quotidien, et indirectement celui des autres. Économiquement, elle serait un atout essentiel au développement de machine augmentant le rendement et la prospérité écologique. Chaque individu, chaque entreprise pourrait investir dans un domaine précis et apporter des services en lien avec ces recherches scientifiques.

 

      AF. Qu'est-ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                  construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La philosophie est la vision d'un homme, d'une femme ou d'un groupe d'individu sur le reste du monde. La philosophie est une forme d'expression qui consiste à expliquer sa façon de voir le monde, sa façon de voir le vivre ensemble, sa façon de voir la nature et son fonctionnement, sa façon de voir les phénomènes naturels ou non qui nous entourent et de les interpréter. Certaines philosophies pourraient se rapprocher de l'approche scientifique, mais je considère véritablement que la philosophie est le propre d'un individu et non des vérités absolues. Nous pouvons nous reconnaître dans des philosophies, mais elles ne seront jamais totalement les nôtres.

La philosophie aurait une place importante dans mon idéal, elle serait une source de connaissance inouïe permettant le libre-échange d'idées entre les individus et ainsi parvenir à une quasi vérité absolue de l'être humain. En effet, si chaque individu exprimait sa vision du monde, nous pourrions supposer que l'être humain posséderait une définition plus ou moins concrète de ce qu'il est, des raisons de son existence et de ce qu'il doit faire. Elle serait aussi à la base de toute création, car toute création demande réflexion et la philosophie est un acte de réflexion sur le monde.

Le libéralisme est une philosophie et donc une vision du monde. Il est donc évident que les libéraux seuls ne peuvent définir ce qu'est l'être humain, ce qui le pousse à avancer, à agir, ... Il est une vision du monde parmi d'autres, mais contrairement à d'autres philosophies, à d'autres idéologies, elle est l'une des rares à permettre la présence d'autres philosophies qu'elle. Elle est donc une philosophie quasi universelle, car elle ne représente pas tout, mais permet que tout soit représenté.

 

 

     AF. Qu'est-ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de       ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. L'art consiste en la création de bien « matériel » pouvant créer un ressenti, une émotion chez un individu. Le bien « matériel » est ici à comprendre comme création d'un produit. Prenons quelques exemples concrets, si je vous parle d'un film, d'une peinture, vous allez tout de suite penser à de l'art, mais si je vous parle d'une chaise en bois, allez-vous y penser ? Pourtant, une chaise n'est pas une autre, certaines sont faites en boucle (production de bien) et d'autres sont faites avec précision et parfois à modèle unique (travail d'artisan). L'art est une création réfléchie par son créateur, conçu par son créateur et de préférence « fabriquer » par son créateur. Dans le cas de film ou de théâtre, nous parlerons davantage d'un groupement de créateurs que d'un créateur isolé, car contrairement à une peinture ou un dessin, le film ou la pièce de théâtre demandent plusieurs créations : metteur en scène, scénariste et autres.

L'art est une forme d'expression, c'est une force créatrice. Au delà de son côté marchand, il est le reflet d'une époque et possède donc une force historique à mon sens. Les artistes sont le reflet d'une époque, d'une civilisation, d'une philosophie de pensée, c'est cela qui crée leur force.

Le lien avec le libéralisme me semble évident, l’œuvre d'art est le produit d'un individu, de sa force de travail, de sa force créatrice et de son entrepreneuriat. Elle représente à la fois une philosophie de l'époque, mais aussi la vision du monde de l'artiste, ce qui d'un point de vue historique est primordiale pour les générations futures et du point de vue sociétale, l'artiste est un empêcheur de tourner en rond. Certains jouent sur la corde du marketing et du commercial, alors que d'autres jouent au contraire sur l'art pur, celui qui ne cherche pas à se vendre, mais à faire réfléchir, à déranger, à bousculer les esprits coincés afin de les libérer de leur carcan idéologique.

 

 

      AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

CM. Chaque système éducatif est différent, il dépend de l'histoire du pays, de la région, voire même de la ville. Cependant, nous pouvons nous poser des questions sur son fonctionnement. En Belgique, certains politiques tentent de rendre l'enseignement accessible à tous (que ça soit financièrement ou intellectuellement). Si la première raison semble louable, la deuxième pose problème. Un décret portant sur le système éducatif belge francophone a permis de réduire la cote minimale pour réussir. Cette cote qui était de douze sur vingt est passée a une cote de dix sur vingt. Que devons-nous penser d'une telle réforme ? Premièrement, elle est inutile car les compétences propre aux métiers doivent être évaluées et les élèves doivent posséder un minimum obligatoire de connaissances pour accéder à la profession, ce qui causera un durcissement des examens de la part des professeurs. Deuxièmement, ce n'est pas en demandant moins d'effort intellectuel que nous aiderons les populations « moins éduquées » à se cultiver davantage, tout au contraire ! C'est en les poussant à viser l'excellence que l'envie de l'effort se ressentira.

Au-delà des points mentionnés ci-dessus, je tiens à faire part de mon inquiétude sur ce décret. Nous pourrions dire qu'une cote ne représente pas véritablement les acquis de l'élève, cela est en partie vrai. En effet, entre une cote théorique et la mise en pratique, il peut y avoir une très grande différence. Cependant, prenons le cas de médecin, aimeriez-vous être soigné par un médecin qui a réussi sa formation de médecine avec une moyenne de dix sur vingt, cela signifie tout de même que ce médecin ne possède que la moitié des compétences requises pour ce type de travail. Il est cependant vrai qu'il serait mieux d'évaluer selon les métiers. Certaines professions demandent peu de théories ou celles-ci peuvent être mises en partie de côté lors de la pratique et s'apprendre sur le tas. Les formations doivent être vue de façon individuelle et unique, chacune d'elles devrait posséder sa propre pédagogie et donc sa propre méthodologie d'apprentissage et d'évaluation.

 

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24/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën

Christopher Mariën, 25 ans, réside en Belgique, et est actuellement en formation pour obtenir le Certificat d'Aptitudes Pédagogiques (CAP). Il est membre du Mouvement Réformateur (MR), un parti de centre-droit francophone belge, dans lequel il milite depuis deux ans. Son signe astrologique est bélier, et ses couleurs préférées le bleu et le noir.

    AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CM. Je pense appartenir à la classe moyenne. Mes parents sont tout deux magasiniers et ont enchaîné les boulots afin de pouvoir vivre. Je suis aussi issu du « monde » de l'enseignement supérieur, ce qui m'a ouvert à une culture supplémentaire, qui peut parfaitement être accessible en dehors du cursus scolaire, mais qui est plus facile d'accès lorsqu'on est dans le « milieu ».

 

    AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela                 représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?
 

CM. La politique selon moi n'existe pas, du moins à proprement parlé. Lorsque j'entends des personnes dire qu'ils ne s'intéressent pas à la politique, je me dis qu'ils ne doivent donc s'intéresser à rien du tout, car la politique n'est rien d'autre que ce qui touche à la vie de tous les jours. Je m'explique, je ne dis pas que la politique est la vie, je dis que la politique en tant que telle n'existe pas car elle n'est qu'un ensemble de sujets touchant à la population et au monde : économie, écologie, enseignement, justice, etc. Elle est ce qui entoure ces problématiques, la façon dont on gère ces sujets pour le bien-être de la population.

Le militantisme quant à lui est l'action de promouvoir ses idées, et dans nos démocraties, celles de notre parti. Il ne s'arrête cependant pas à cela. En effet, je me méfie fortement des personnes étant en accord total avec les idées de son parti, le militantisme n'est pas le conformisme. Si les propositions données par les politiques que nous soutenons ne nous correspondent pas totalement, il est aussi bon de le dire et de changer les choses. Le militant n'est pas le laquais du parti qui fait le sale boulot, il est aussi un acteur essentiel au sein du parti qu'il soutient et doit défendre ses opinions afin de changer (ou du moins essayer) les éléments n'allant pas dans le sens de ses idées

 

    AF. Qu'est-ce que le libéralisme selon toi ?
 

CM. Le libéralisme est pour moi une philosophie progressiste. Progressiste dans le sens qu'elle apporte le plus de liberté et surtout de libertés individuelles ! Si on suit les principes du libéralisme jusqu'au bout, l’État n'existerait pas ou très peu, il ne serait présent que pour des fonctions régaliennes et l'impôt ne serait dédié qu'à cela. Le libéralisme est une philosophie et donc, une vision du monde. Elle est humaniste, car elle cherche à utiliser le meilleur de chaque individu et pense que les individus sont responsables de leurs actes. Le principe de non-agression est pour moi essentiel dans le libéralisme, il est ce qui apporte la part d'humanisme, par ce simple principe, les libertés individuelles peuvent être maintenues et cela sans le pouvoir coercitif d'un État. Le libéralisme donne aussi la possibilité à chacun d'entreprendre sans contrainte. Si on observe clairement les choses, quand un individu ne peut pas entreprendre, ce n'est pas dû à la liberté des autres, mais bien à l'absence de liberté laissée par l’état.

Pour résumé, je dirais que le libéralisme est une philosophie et une politique de vie qui permet à tout un chacun de vivre comme bon lui semble en respectant la liberté d'autrui : sa liberté de vivre comme il le ressent, sa liberté d'entreprendre par le biais du contrat consentis, sa liberté d'innover, sa liberté d'exprimer ses opinions sans risque de poursuite, ...

 

    AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?
 

CM. Malheureusement, il est difficile à l'heure actuelle de mettre en place un vrai projet libéral. En effet, même les partis se revendiquant du libéralisme ne vont pas jusqu'au bout de la logique libéral. Selon moi, pour entreprendre un véritable projet libéral, il faudrait réduire à son maximum les interventions de l’État, celui-ci ne devrait imposer que très peu de chose (impôt pour le financement d'armée par exemple) ou bien rien du tout, chaque individu ou groupe d'individu pourrait gérer à sa manière sa/leur manière de vivre. Je pense que dans un projet libéral, il pourrait y avoir des groupements socialistes ou communistes, si cela est le choix d'un certain nombre d'individu de vivre en autarcie, telle est leur liberté d'entreprendre cette démarche. Pour ceux qui souhaiterait vivre dans un système capitaliste, rien ne leur empêcherait d'entreprendre, d'innover, de concevoir des contrats entre eux afin d'amener un libre-échange et donc une économie de marché. Cet idéal est sans doute utopiste, mais je crois sincèrement en la liberté et la responsabilité de chacun.

Étant de nationalité belge, je vis dans un État-providence où tout les partis (qu'ils soient de gauche ou de droite) soutiennent (à des niveaux différents) ce type d’État. Dans ma logique actuelle, je suis pour défendre le système de sécurité sociale, je vis dans un système le mettant en place et trouve cela intéressant dans la pratique. Cependant, au niveau des principes, je ne conçois pas qu'une entité telle que l’État puisse intervenir à chaque niveau de notre vie. Durant l'enfance par le biais des allocations familiales, à l'âge adulte par l'obligation d'être inscrit à une mutuelle (voire à un syndicat), à l'âge de la pension par le système de pension par répartition (qui est une abomination à mon sens). Tout ceci laisse penser que les individus ne savent pas se gérer eux-même, qu'ils ne savent pas prendre soin d'eux. Je conclurais cette question par une citation : « Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)

 

    AF. Quels individus, vivant ou mort, inspirent ton engagement ?
 

CM. Je n'ai pas de personnalités particulières qui m'inspirent, je suis toujours dans une phase où je m'instruis sur le libéralisme et sur ces auteurs. Je dois cependant admettre que j'apprécie les propos de Milton Friedman. Je préciserais tout de même que je n'ai pu voir qu'une dizaine de vidéo de ce monsieur et qu'il m'est donc difficile d'admettre que cette personne m'inspire, ne connaissant pas toute l’œuvre du personnage.

  

AF. Quels sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

CM. La liberté d'entreprendre est pour moi primordiale. Elle est le moteur d'une économie saine et d'une construction de soi sereine. Si toute personne, et ceci peu importe la classe sociale, a l'opportunité d'entreprendre, de créer de la richesse et d'être reconnu pour son travail, alors c'est que le système fonctionne. Ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui à mon sens.

La liberté d'expression est peut être encore plus importante à mes yeux que la liberté d'entreprendre. Elle est quant à elle le moteur d'une société saine. Si toute personne, toute idéologie, toute opinion peut s'exprimer librement, alors le concept de démocratie prend tout son sens et toute son utilité.

Le droit à la différence, la liberté d'être différent est aussi très importante. Chaque individu, en respectant bien sûr le principe de non-agression, a le droit d'exister et de vivre comme il le souhaite. Je suis un fervent défenseur du droit à la différence, qu'elle soit de culture, de religion ou de sexualité. Souvent, ce sont les États qui imposent des normes de vie empêchant ainsi ce droit à la différence. Pour reprendre une idée défendue par Milton Friedman dans l'une de ses vidéos sur l'esclavage, il est anormal et honteux de soumettre des hommes pour quelques raisons que ce soit et même lorsque l'esclavage n'était plus de mise, la politique de l’État américain continuait à discriminer les populations noires en ne leur permettant pas d'avoir accès à un enseignement de qualité, mais aussi en les bloquant sur le marché de l'emploi par la mise en place du salaire minimum qui les empêchaient de se former sur le tas. Cet exemple est utilisé pour démontrer, encore une fois, que ce sont les politiques des États qui créent les discriminations, qui créent les différences, qui empêchent la progression et ce n'est pas les individus, les particuliers, le privé qui empêche cela.

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23/05/2014

Entretien avec le militant Frédéric Jollien

Je m'appelle Frédéric Jollien, j'ai 27 ans. Je suis enseignant à l'école primaire à temps partiel car je fais actuellement un master en didactique des langues étrangères avec spécialisation en allemand. Je souhaite dans le futur enseigner dans une école privée de langue étrangère et, en parallèle, tenter une aventure d'entreprise sur internet.

A côté de ma vie professionnelle j'ai une vie associative très intense. Je fais partie des Jeunes Libéraux-Radicaux du Valais, comme caissier du centre du Valais. Je suis co-président de Swiss Students for Liberty depuis 2013. C'est une association internationale d'étudiants libéraux dont nous avons étendu l'influence à la Suisse. Plus globalement, ça fait depuis maintenant 5 ans que je m'intéresse à la philosophie politique et à la pensée économique.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

FJ. Je suis un individu unique qui appartient à une combinaison unique de groupes sociaux divers et variés. Chacun de ces groupes constitue mon appartenance propre et mes spécificités propres. Décrire cette combinaison serait très complexe et barbant.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

FJ. Le militantisme est un acte délibéré de promouvoir des idées. C'est une résistance face à l'oppression que l'on voit ou que l'on croit voir. Cette oppression vient soit des autres qui souhaitent imposer des idées qui ne sont pas les nôtres, soit du système qui ne nous correspond pas. Militer signifie lutter pour un monde qui nous correspond mieux ou qui correspondrait mieux à tout le monde.


AF. Qu'est ce que le libéralisme selon toi ?


FJ. Le libéralisme est une philosophie politique visant la protection de la liberté individuelle. Le libéralisme défend la réelle minorité : l'individu. Par conséquent elle vise à réduire ou à supprimer tout acte coercitif d'individus sur d'autres individus. Si ce principe va de soit pour les faits de personnes isolées (le vol à main armée, le meurtre, etc...), il est malheureusement ignoré lorsque des actes ont été voulus par des officiels ou des majorités (guerre, taxation, inflation, ...).

Le libéralisme ne participe pas au culte de la démocratie telle qu'on la perçoit aujourd'hui. Qu'une minorité soit persécutée par un roi ou par le consentement démocratique du peuple ne fait absolument aucune différence. Pour un libéral, l'essence véritable de la démocratie est la souveraineté de l'individu sur sa vie personnelle.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?


FJ. Il y a mille voies différentes et je pourrais faire une liste assez importante d'entreprises envisageables pour amener à un monde plus libre. Certains refusent, par principe, de s'engager en politique, d'autres essaient de changer les idées à l'intérieur d'un parti et finalement, certains préfèrent créer un parti de toute pièce respectant parfaitement le libéralisme (UP-Schweiz). Il y a aussi beaucoup d'autres voix qui ne touchent absolument pas au jeu politique comme l'écriture, la recherche, la diffusion d'idées ou les actions spontanées.

Personnellement je suis responsable international à l'Institut Coppet. J'aide l'Institut libéral occasionnellement (traduction d'articles, marketing d'un concours d'écriture, ...). Avec Swiss Students for Liberty c'est plutôt par des actions et de l'information à l'attention des jeunes que nous espérons faire changer notre société. Je suis également actif au sein du Parti Libéral-Radical, particulièrement auprès des jeunes.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

FJ. C'est en particulier par les écrits que certains individus m'inspirent. Je pense notamment à B.Constant ou F.Bastiat qui m'ont particulièrement bousculé. J'ai aussi été inspiré par l'action de Ron Paul aux États-Unis qui a osé, au sein d'un parti néo-conservateur, s'affirmer et faire ressortir les valeurs de liberté qui fondèrent leur pays. Il osa démontrer toute la contradiction de la très large majorité des membres de son parti. C'est un acte de courage extraordinaire car on s'expose et on s'attire les foudres de toutes les personnes qui ne supportent pas de remettre en question leurs idées.



AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


FJ. Respect (non-violence), humilité et responsabilité



AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

« Hommes de spoliation, vous qui, de force ou de ruse, au mépris des lois ou par l'intermédiaire des lois, vous engraissez de la substance des peuples ; vous qui vivez des erreurs que vous répandez, de l'ignorance que vous entretenez, des guerres que vous allumez, des entraves que vous imposez aux transactions ; vous qui taxez le travail après l'avoir stérilisé, et lui faites perdre plus de gerbes que vous ne lui arrachez d'épis ; vous qui vous faites payer pour créer des obstacles, afin d'avoir ensuite l'occasion de vous faire payer pour en lever un partie ; manifestations vivantes de l'égoïsme dans son mauvais sens, excroissances parasites de la fausse politique, préparez l'encre corrosive de votre critique : à vous seuls je ne puis faire appel, car ce livre a pour but de vous sacrifier, ou plutôt de sacrifier vos prétentions injustes.

On a beau aimer la conciliation, il est deux principes qu'on ne saurait concilier : la liberté et la contrainte »

Frédéric Bastiat (1801-1850)

 

 

 

 

 

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22/05/2014

Entretien avec la militante Camille de Félice

 

Camille de Félice, 20 ans, est étudiante en deuxième année de Bachelor en français et en philosophie à la Faculté des Lettres de l'Université de Genève. Après ses études, elle aspire à devenir enseignante. Elle est membre de SolidaritéS depuis deux ans et demi, et milite aussi dans d'autres associations. Elle se considère par ailleurs comme socialiste libertaire. Son signe astrologique est gémeaux, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le loup.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CdF. Je suis née et j’ai grandi dans une classe plutôt aisée. Néanmoins, ma famille a toujours été de gauche ; par conséquent, dès mon enfance, j’ai été sensibilisée à certaines questions politiques telles que l’écologie, l’égalité entre les sexes, les inégalités sociales, etc.


AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

CdF. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent à tort, la politique ne consiste pas seulement à voter de temps en temps, à faire signer des initiatives et à rédiger des communiqués de presse sur tel et tel sujet. A mes yeux, les individus, dès lors qu’ils vivent ensemble, sont amenés à faire de la politique. Dès qu’une décision concerne les autres membres de la société, il s’agit de questions politiques. Si quelqu’un affirme que la politique ne l’intéresse pas, s’il suit vraiment son raisonnement, alors il se désintéresse du fonctionnement même du monde dans lequel il vit et de comment il s’organise. Refuser de faire de la politique, et, je le répète, il ne faut pas la confondre avec la politique parlementaire, c’est se désinvestir du monde dans lequel on vit. Ma conception de la politique explique, par conséquent, la nécessité de s’engager et de militer. Le militantisme peut prendre de nombreuses formes différentes, mais il a notamment pour but de contester le système, de défendre ses convictions et de lutter pour un monde meilleur.


AF. Qu'est-ce que le socialisme selon toi ?
 

CdF. Le socialisme, c’est une manière de vivre et de voir le monde. C’est être convaincu qu’un autre monde est possible. Le socialisme veut l’égalité entre les Hommes, la justice, l’épanouissement de chacun, la liberté. Réaliser le socialisme, c’est vouloir l’abolition de tous les moyens d’exploitation de l’Homme par l’Homme, c’est-à-dire aussi bien le capitalisme que l’État. Le but du socialisme est d’atteindre un système social sans classes, sans discriminations, sans répression, qui nous permette de vivre en harmonie avec la nature, libres et heureux.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

CdF. Cet idéal trouve un moyen de se réaliser, certes à travers le militantisme, mais aussi et surtout par un renouvellement de notre mode de vie. Nous devons refuser l’asservissement à ce système inhumain qui nous exploite en nous imposant le diktat du travail, du salariat, de la consommation effrénée, de la pensée unique… Nous devons nous libérer de ces chaînes en prenant conscience de notre individualité et de celle des autres, et d’y laisser libre cours. Il faut travailler sur de nombreux fronts en parallèle : un important travail sur l’éducation doit être réalisé afin de changer les mentalités. Il faut aussi lutter contre le capitalisme sous toutes ses formes, et s’il faut passer par des réformes, alors il ne faut pas hésiter à s’emparer également de ce moyen d’action, quand bien même il ne s’agirait là que d’une illusion démocratique, car seule une véritable insurrection nous permettra de venir à bout de ce système dont nous n’avons jamais voulu. Enfin, il faut résister à toute forme de répression ; bien qu’on ne puisse pas comparer le cas suisse à celui d’autres pays, il est nécessaire de rappeler que la Suisse se targue d’être l’une des démocraties les plus accomplies et, pourtant, nous n’avons pas le droit de manifester librement, nous sommes constamment surveillés et contrôlés, nous n’avons pas légalement le droit à l’autodétermination. Afin de construire une société socialiste, nous devons par conséquent commencer par refuser de faire le jeu de ceux qui gouvernent le monde, notamment au moyen de la désobéissance civile, de la réappropriation de l’espace de vie et de la (re)construction d’un mouvement social anti-autoritaire.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
 

CdF. J’ai certes fait certaines lectures qui m’ont permis d’acquérir un semblant de base théorique, mais j’ai beaucoup appris en militant dans la rue, en parlant avec les gens. En tant que tel, ce ne sont pas des auteurs dits politiques qui m’ont le plus influencée. En tant qu’étudiante en littérature française, j’aurai plutôt tendance à citer des poètes, qui sont à leur manière des militants politiques, des « voyants » comme disait Arthur Rimbaud. Si je dois citer un auteur, alors je citerais André Breton, qui est le principal théoricien du surréalisme. Ce mouvement est révolutionnaire par essence ; proposant une nouvelle esthétique, il rejette par ailleurs le rationalisme afin de laisser place à la subjectivité humaine, c’est-à-dire à l’Art. Le surréalisme a pour but de changer la vie, en se débarrassant des interdits sociaux, de ce qu’on a établi comme étant le « bon goût » et la « morale » qui sont toujours ceux de la classe dominante. Nous devons nous en inspirer afin de mener à bien la révolution ; celle doit aussi bien être économique, sociale, artistique que dans les mentalités.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

Le respect, la solidarité et la compassion.


AF.  Envie d'ajouter encore quelque chose ?
 

Pour finir, je souhaite citer Diderot lorsqu’il dit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.» Denis Diderot, (L’Encyclopédie, l’Autorité politique.)

Il est désolant de voir que dans la majorité des institutions et des organisations aussi bien politiques que sociales, si ce n’est pas dans toutes, le concept d’autorité est non seulement la norme - en réalité, on n’imagine pas qu’un système sans autorité soit possible - mais il est aussi valorisé, présenté comme inhérent au monde dans lequel nous vivons. En tant que socialistes, nous devons nous opposer à cette idée reçue et lutter pour un monde sans pouvoir et libre.

 

 

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21/05/2014

État des lieux des jeunesses de parti à Genève


Dans le cadre de cette période de bilan et de rétrospective que je m'offre (et qui durera encore un certain temps), je propose une petite classification des différentes jeunesses de parti à Genève. Mon propos est moins de mettre en valeur ma propre jeunesse de parti que de proposer au regard extérieur un petit panorama du rapport des forces des jeunesses de parti dans ce canton. Par ailleurs, si certains jugeaient mon analyse erronée, je serais très heureux de recueillir leurs commentaires et leurs données. Enfin, il faut noter que certaines jeunesses de parti sont des sections de leur parti mère, tandis que d'autres (comme la Jeunesse Socialiste Genevoise) sont des sections de leur propre parti (dans notre cas la Jeunesse Socialiste Suisse) affiliées à leur parti mère (ce qui nous donne évidemment une autonomie supplémentaire et une liberté de mouvement supérieur par rapport aux autres jeunesses de parti qui dépendent directement de leur parti mère).

1. Les grandes jeunesses de parti

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont les plus actives (au moins une action par mois), les plus nombreuses (au moins 10 membres actifs), et les plus communicantes (au moins une à deux communications par mois aux médias et à la presse).
Dans cette catégorie, on trouve bien évidemment la Jeunesse Socialiste Genevoise avec entre 15 et 20 membres actifs, plus d'une action par mois, et bien davantage que deux communications par mois normalement, mais aussi la Jeunesse Libérale-Radicale (JLR), dont on peut supposer qu'elle s'est inspirée un peu de nous pour certaines choses, avec probablement une quinzaine de membres actifs.

2. Les petites jeunesses de parti

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont peu actives (moins d'une action par mois), peu nombreuses (moins de 10 membres actifs), et peu communicantes (moins d'une communication par mois aux médias et à la presse).
Dans cette catégorie, on trouve le Groupe Jeunes de SolidaritéS (qui a le statut formel de groupe de travail, et non de jeunesse de parti), et les Jeunes Démocrates-Chrétiens (JDC).

3. Les jeunesses de parti amorphes

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont inactives, inhabitées, et silencieuses. On retrouve dans cette catégorie les Jeunes Vert-e-s (depuis le départ de Julien Cart), la Jeunesse Communiste (malheureusement), les Jeunes de l'Union Démocratique du Centre (JUDC), et les Jeunes du Mouvement Citoyen Genevois (JMCG).

En tout, il y a donc 8 jeunesses de parti à Genève, dont 2 sont vraiment actives, nombreuses, et communicantes, 2 autres le sont un peu, et 4 autres ne le sont quasiment pas.
A noter que tous les autres partis n'ont simplement pas de jeunesse de parti, car ils sont trop petits (et trop faibles) pour être capables d'assurer le financement, le recrutement (nécessaire au tout début du lancement d'une jeunesse), et le soutien à une jeunesse de parti. Le fait de "posséder" une jeunesse de parti est donc le reflet de la puissance d'un parti, et même si une jeunesse de parti peut ne pas toujours servir directement l'ensemble des intérêts d'un parti (lorsque cette jeunesse est particulièrement autonome ou aspire à une position avant-gardiste), elle assure tout de même la formation d'une partie des futurs membres (voire « cadres » disent certains) du parti.

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19/05/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux - Deuxième partie


AF. Qu'est ce que l’État selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'Etat c'est le peuple (du moins ça devrait l'être...). L'Etat est un organe qui est constitué de toutes les personnes qui vivent en son sein, il s'agit donc de l'organe résultant de l'union de la population.

En même temps cet Etat doit être un protecteur qui prend soin des plus faibles, ceux qui ne peuvent pas travailler, ceux qui n'ont pas eu une naissance heureuse... Chacun doit bénéficier d'un minimum de protection et nombreux sont ceux qui n'en auront jamais, l'Etat doit être présent pour ces personnes là. Il doit gommer au maximum les injustices de la vie.

Dans la construction du socialisme et de la société de tous les jours, l'Etat doit assurer des fonctions de base qui sont une bonne éducation pour toutes et tous, un véritable accès aux soins équivalents pour toutes et tous et, comme je l'ai dit plus haut, une défense et une protection des plus faibles.
 

AF. Qu'est ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. La science est le domaine de la connaissance du monde qui nous entoure. Elle est fondée sur des bases logiques, avec des liens de causes à effets ou simplement de prédispositions. Peut-être que je dis ça parce que j'ai une formation de scientifique, mais pour moi la science est extrêmement importante dans la construction du socialisme. Celui-ci mettra en place une logique de partage de la connaissance scientifique : le savoir et sa maîtrise appartient à l'espèce humaine et non à quelques uns.

La science permet de mieux comprendre notre monde, et par conséquent elle nous permet de l'améliorer. C'est vrai que le développement technologique amène des problèmes, mais la réflexion scientifique permet de les cerner et de les résoudre, si le système le veut, ce qui n'est pas le cas actuellement pour les problèmes de surconsommation et de pollution.

En somme, la science fait partie inhérente du socialisme. La science médicale avec une amélioration des conditions socio-économiques a réussi à augmenter l'espérance de vie à la naissance de 35 ans au cours du 20e siècle.

 

AF. Qu'est ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. Autant la science permet de comprendre le monde sur les faits, autant celle-ci peut difficilement imaginer le monde si les choses étaient différentes. C'est là que la philosophie intervient. Elle est la réflexion sur le monde actuel et passé, mais aussi sur les potentiels mondes futurs. La philosophie crée une réflexion perpétuelle sur le système. Ainsi elle l'améliore en tout temps. Comme un idéal ne doit pas être fixe, car celui-ci favoriserait les injustices et la dictature par manque d'ouverture, la philosophie est le rempart face à l'intégrisme d'un quelconque idéal. Elle est le garant de l'amélioration de cette idéal, qu'il soit socialiste ou non.

La philosophie a fondé les bases du socialisme théorique, elle le modifiera au courant des siècles à venir.

 

AF. Qu'est ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'art est très difficile à définir, et s'obstiner à en donner une définition a des limites, et j'y vois personnellement une négation de l'art en soi. L'art peut avoir un mission, un but, ou être inutile au premier abord. L'art existe dans la plupart des systèmes, même ceux qui tentent de le limiter. Il est lié à ce qui fait de nous notre « humanité ». Si un passage à un système socialiste devait avoir lieu, il me semble évidement qu'un grand mouvement artistique suivrait. A moins que ce mouvement ne précède l'arrivée du socialisme...

 

AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

BT. Si nous considérions notre système éducatif comme étant parfait, d'une certaine manière nous sommes perdus. Nous pouvons toujours tout améliorer, donc tout est à réformer tôt ou tard.

Notre système éducatif néglige trop les langues étrangères. Tout d'abord, nous vivons en Suisse, pays possédants 4 langues nationales. Nous parlons la deuxième, plus répandue, mais sommes mal formés à la maîtrise de la première : l'allemand (ou ses dialectes suisse-allemands). L'apprentissage de l'allemand est fait de manière trop stricte, trop réglé. Nous, les jeunes romands, sommes stressés de faire une erreur lors de toute expression en langue germanique, car il faut bien placer son datif, etc. Au final, nous ne sommes pas prêts de communiquer dans la rue avec une bonne partie des résidents suisses. Nous devrions plus apprendre à communiquer en allemand.

A cela, au niveau des sciences, il faudrait appliquer la logique de Claude Bernard (physiologiste français du 19e siècle). Tout apprentissage d'un fait devrait être réalisé en comprenant ses causes et conséquences. Le bourrage de crâne d'apprentissage par cœur est une négation de la science. Si nous comprenons les cause, alors les « sciences » telles qu'elles sont enseignées sont plus intéressantes et ouvrent mieux l'esprit.

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16/05/2014

Échecs et apprentissages à la Jeunesse Socialiste

 


Le but de mon dernier billet était de montrer ce qu’il était possible de faire dans une jeunesse de parti.
A présent, je vais m’étendre sur ce qu’il n’est pas  possible de faire à la Jeunesse Socialiste (ou de manière plus générale dans une jeunesse de parti), mais pour pouvoir faire cela convenablement il va me falloir d'abord remonter un peu dans le temps.



Il y a 2-3 ans, en pleine crise économique et sociale, les gouvernements social-démocrates européens se convertissaient tous à l’austérité, condamnant les populations du sud de l’Europe au chômage et à la pauvreté. Mes maigres convictions politiques de l’époque s’écroulaient devant pareil spectacle et ma foi social-libérale (très conventionnelle) dans le capitalisme chapeauté d’un État-providence ne devait plus jamais s’en remettre. Du social-libéralisme au réformisme, du réformisme à la révolution, de la révolution à l’anarchisme, le fossé qui me séparait de la social-démocratie s’accrut ensuite progressivement.
J’ajouterais qu’on entend souvent que la social-démocratie suisse serait plus à gauche que la social-démocratie européenne, et si cela est vrai sur le papier programmatique (qui m’a longtemps illusionné), la réalité des pratiques de collaboration avec la droite dément gravement cette affirmation.
Voilà pour le cadre général, à présent, revenons-en au vif du sujet : mes échecs à la Jeunesse Socialiste.

Ma première tentative, après la conversion de ma section aux idéaux socialistes, consista à imaginer un projet d’union entre Jeunes Socialistes et représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste. De cette idée naquit le Mouvement Socialiste Anticapitaliste (ensuite renommé par souci tactique Mouvement des idées socialistes), dont le but était d’organiser la gauche du parti pour lui permettre de faire face aux social-libéraux. La première étape de cette possible union consistait à rassembler les diverses Jeunesses Socialistes de Suisse romande dans le mouvement avant de commencer à prendre des contacts avec l’aile gauche du PS. Naturellement, les premiers contacts furent pris avec la JS vaudoise, la section la plus proche géographiquement de Genève. Et c’est avec stupéfaction que je découvris alors que les JS vaudois, non seulement se méfiaient du projet, mais en plus n’étaient pas vraiment socialistes… C’est là que je compris que les sections JS en Suisse romande étaient bien différentes de la section genevoise. Organisées avec des comités possédant de grands pouvoirs et des assemblées générales sans réelles compétences, ces sections se considèrent généralement comme des sous-sections des PS cantonaux, et leurs positions sont plutôt social-libérales. Ce premier échec m’ouvrit les yeux sur la réalité de mon parti au niveau romand. Plus tard, je devais aussi constater la faiblesse de l'aile gauche du PS.

Ma seconde tentative était une conséquence logique de mon premier échec au niveau romand. Puisqu’agir depuis l’échelle romande était impossible, je décidais d’agir directement au niveau fédéral. Cette tentative se traduisit par le dépôt de deux motions par ma section, l’une demandant que la JS suisse s’engage pour la sortie du PS du Conseil Fédéral et l’autre demandant que la JS suisse s’engage pour que le PS ôte de son programme sa demande d’une adhésion de la Suisse à l’Union Européenne. Alors que la motion sur l’UE allait être présentée à l’assemblée de nos camarades suisses, les membres de ma section firent le constat que seule une infime minorité de JS présents s’apprêtaient à nous soutenir et retirèrent la motion pour éviter un fiasco. Je découvris alors que les JS romandes n’étaient probablement pas l’exception, mais la norme au sein de notre parti. L’aile gauche de la JS suisse, 150 trotskistes réunis dans l’organisation Funke avec un cercle d’influence de 100 autres membres environ (sur 3000 à 3500 membres que compte la JS suisse), n’avait quant à elle pas l’intention de soutenir nos démarches unilatérales.
Ce second échec me fit prendre conscience du rapport de force qui existait au niveau fédéral, et de la marginalité des positions que nous avions adoptées à Genève.

Ayant échoué au niveau romand et fédéral, ne croyant plus en la social-démocratie, je me résignais à une troisième tentative concentrée sur Genève. Il s’agissait de rassembler les jeunesses de gauche du canton en un vaste mouvement de jeunes militants. Pour réaliser cela, je lançais l’idée d’une initiative cantonale commune. Si l’idée sembla avoir quelques succès auprès des différentes jeunesses de gauche au début, quelques réunions plus tard les jeunes de SolidaritéS se retirèrent du projet, tandis qu’il devenait évident que les Jeunes Vert-e-s et la Jeunesse Communiste n’existaient plus vraiment...
De ce troisième échec je constatai la faillite de mes diverses tentatives, et décidai d’explorer de nouvelles modalités militantes.





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15/05/2014

Ce qui a été fait à la Jeunesse Socialiste Genevoise


C'est l'heure de rédiger quelques lignes de bilan pour que l'on puisse comprendre ce que j'ai bien pu faire de ma présidence à la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG) ces deux dernières années. Je ne vais donc pas parler de ce qui a été fait par la JSG, car cela vous le savez déjà (certes probablement fort partiellement) si vous suivez le parti sur les réseaux sociaux ou via notre journal (ou éventuellement parfois par les médias et la presse). Je ne vais pas non plus aborder ma fonction sous l'angle des devoirs administratifs, médiatiques, ou communicationnels, car cela ne présente pas grand intérêt pour le lecteur je crois.


Alors qu'ai-je pu bien faire ces deux dernières années de présidence ?

Il faut vous représenter qu'à peu près au moment où j'abandonnais (contraint par la raison) mes positions social-libérales il y a deux ans, Romain de Sainte-Marie et Olga Baranova quittaient la JSG (pour un investissement conséquent au sein du Parti Socialiste Genevois) et me laissaient avec une toute nouvelle équipe de camarades très motivés. Le futur du parti était donc totalement ouvert. Et j'en ai profité.
Ma démarche a suivi trois angles d'attaque.

D'abord, radicaliser les positions du parti et lutter contre les idées social-libérales. Cela fut un long combat, mais au final il ne subsiste plus d'idées social-libérales au sein de notre parti. Il est impossible de le retracer ici, mais cela représente un sacré paquet constant de débats, et un gros travail d'apprentissage commun, avec comme clef de voûte le travail qui fut fait sur le Manifeste (des heures de débat d'abord en groupe de travail, puis douze heures de débat en assemblée, puis encore quelques heures durant la seconde année). La victoire sur les idées social-libérales devait nous amener à la situation actuelle où le parti est certes divisé entre trotskistes, réformistes, et libertaires, mais où chacun d'entre nous se retrouve sur des positions socialistes. Ce qui fait tout de même un joli pluralisme au sein de notre section.
Bien entendu, cette radicalisation du parti impliquait un affermissement de l'autonomie de la JSG vis à vis du PSG. Mais comme ce dernier a toujours soutenu cette autonomie, cela n'a pas posé vraiment de problème.

Ensuite, démocratiser au maximum toutes les structures du parti pour se rapprocher le plus possible de l'autogestion. Avec la nouvelle équipe de membres arrivée il y a deux ans, nous avons entrepris une ré-organisation du comité, des statuts, du pouvoir de l'Assemblée Générale (AG), etc. En pérennisant le système de l'AG hebdomadaire, en réduisant les compétences du comité, en contraignant les membres du comité à rendre des comptes directement à l'AG chaque semaine, et en virtualisant nos moyens de communication (afin d'obtenir un échange quotidien et rapide entre tous les membres, de l'AG ou du comité), nous avons réalisé une forme de mandat impératif de l'assemblée des membres à son comité. C'est toutefois quelque chose de constamment remis en question et je ne suis pas certain que cela perdure. Cela reste néanmoins un acquis important qui fut obtenu.

Enfin, créer une ambiance conviviale. Cela peut paraître simpliste, mais c'est essentiel. Il est impossible d'imaginer militer chaque semaine, voire plusieurs fois par semaine, si les membres du parti ne s'apprécient pas. C'est pourquoi un certain accent a été mis sur les activités festives durant ces deux dernières années.

Voilà en trois points, le cœur de ce qui a été réalisé à l'interne du parti ces deux dernières années.
Dans mon prochain billet, je reviendrai sur mes principaux échecs à la Jeunesse Socialiste.



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14/05/2014

Démission de la présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise


Hier, lors de l'Assemblée Générale de la Jeunesse Socialiste Genevoise, j'ai présenté ma démission de la présidence du parti.

Voici quelques mots que j'ai prononcés à cette occasion :



« Chères et chers camarades,

Permettez-moi de vous présenter ma démission de la présidence du parti, avec effet immédiat.
Si vous voulez bien, et comme le veut la tradition de notre parti, j'aimerais dire quelques mots pour accompagner et justifier cette démission.

Tout d'abord, je tiens à dire que je ne démissionne pas de manière inconséquente et futile, mais après un temps certain de réflexion et de maturation, ainsi qu'après avoir reçu l'assurance que Tristan et Brice sont prêts à reprendre ma fonction, si vous le désirez, ce qui fait que la présidence ne connaîtra pas d'absence.

Ensuite, concernant les raisons de ma démission, je considère qu'après plus de 3 ans au comité de ce parti et plus de 2 ans à sa présidence, j'ai fait mon temps. Je n'ai en effet ni le temps, ni la disponibilité, ni l'énergie, ni la motivation, pour exercer cette fonction, qui nécessite pour le bien du parti quelqu'un de plus motivé et de plus investi.

Qui plus est, mon rapprochement avec les idées libertaires me met de plus en plus en porte à faux avec les idées trotskistes et réformistes auxquelles adhèrent majoritairement les membres de notre section, ce qui affaiblit clairement ma représentativité, et, je le sens bien, provoque une certaine irritation chez certains d'entre vous.

Par ailleurs, j'ai bien l'impression que certains JS genevois souhaiteraient avoir un président qui assure davantage un rôle de direction du parti, voire carrément d'autorité.
Ayant toujours cherché à supprimer toute hiérarchie au sein de parti, je me sens fort peu en phase avec pareille vision.

Si je devais tirer un bilan de mes 4 dernières années de militantisme au sein de la Jeunesse Socialiste Genevoise, il serait bien évidemment extrêmement positif, tant mon expérience au sein de ce parti m'a apporté et m'apporte toujours à tous les niveaux.

Ma fin de présidence a été, comme toutes les fins de présidence je crains, plutôt laborieuse, car il me manquait temps, énergie, motivation, et disponibilité... Et c'est pourquoi je vous présente mes excuses pour cette fin de présidence quelque peu poussive.

Quant à ma présidence, elle a été, je suppose, à mon image, avec les qualités et les défauts évidents qui me sont propres.

Ce qui m'a en tout cas toujours importé lors de ma présidence a été de préserver et de développer la démocratie, l'horizontalité, et la convivialité, au sein de notre parti, notamment en évitant au maximum la séparation entre comité et membres.
En outre, je crois que nous avons réussi à mettre au cœur de notre activité militante l'idéal que nous poursuivons, le socialisme, en tant que projet de société réel, et c'est là quelque chose qui a de l'importance à mes yeux.

Je remercie chacune et chacun d'entre vous pour ce qu'il m'a été donné de vivre à vos côtés.
Notre parti est composé d'individu honnêtes, avec de vrais idéaux, et je crois que nous pouvons nous en féliciter, tant cela est rare et précieux aujourd'hui.

Je reste membre de la Jeunesse Socialiste Genevoise et je continuerai de participer aux activités de ce parti.

Merci de m'avoir écouté. »



Une phase de mon militantisme et de mon engagement politique se termine, mais ce n'était bien entendu qu'un début.



14:34 Publié dans Jeunesse Socialiste Genevoise, Qui suis-je? | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

12/05/2014

Théorème pour un militantisme harmonieux

« Il me paraît frappée de dérision toute forme d'engagement qui se tient en deçà de cet objectif triple et indivisible : transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l'entendement humain. »
André Breton, 1946


Je crois avoir trouvé dans cette phrase de Breton une jolie illustration de ce que j'ai essayé de formuler à travers mes derniers billets. Il y a un triple impératif militant, trois voies que doit et peut emprunter le militantisme pour se réaliser et atteindre ses buts.

La voie du militantisme traditionnel (transformer le monde), celle du tract qui se tend vers ce citoyen au hasard d'un après-midi gris ou jaune, celle du militant qui débat et se débat devant ses pairs pour faire entendre sa voix parmi un public plus ou moins ouvert ou grognon, celle du journal qui prend forme, ligne après ligne, mot après mot, et qui finit dans la poche de l'ami consciencieux ou du parent aimable, celle du cortège vindicatif, de la trompette populaire qui vient sonner les messieurs qui siègent, celle de la grève qui libère, celle de la rue qui hurle, celle de l'occupation qui illumine, et celle de la tribune qui scande.
Vaste programme, chaud et besogneux, trépidant et harassant, passionnant et tellement social.

Pour que cette première voie ne soit pas une ascèse, mais au contraire, pour qu'elle soit joie et découverte, le second chemin du militant (changer la vie) prend la forme du phalanstère. L'espace se distend, se tord, se détourne de son devenir contraint, et finit par exploser dans une novatrice et régénératrice expérimentation. Nouvelle socialité, nouvelle organisation, nouvelle liberté, la pyramide se tasse et s’aplanit jusqu'à se fondre avec l'horizon, pour que surgisse une sociale spatialité réellement socialement vôtre, et que chacun découvre un pair aussi libre et aussi égal que son ego propre. Une autre vie est possible, dès maintenant, il suffit de la saisir et de l'étreindre avec suffisamment de conviction : que notre idéal fleurisse, et que partout il s'étende.

Enfin, la troisième voie (refaire de toutes pièces l'entendement humain) est celle qui couronne toutes les autres, car sans elle les précédentes ne sont pas possibles.
Il s'agit des deux puissances éternelles, l'art et la philosophie, qui toutes deux sont seules à même de permettre à l'individu de se faire militant, et de saisir son idéal. Par la sensibilité et par la raison, la transformation individuelle devient possible, et par là, devient possible la transformation de toute la société. Il faut parler à l'esprit humain et lui parler par les deux portes qui flanquent son crâne, celle du discours rationnel, de l'argument, de la logique, du raisonnement qui éclaire, et celle de la surprise, de l'étonnement, du sentiment, et de l'émotion.

La révolution en tant que mouvement est ce triple cheminement militant. Son apothéose se fait apparente dans la poussée finale qu'une main commune donne au vieux monde pour mieux le balayer, table rase.

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08/05/2014

Typologie de phalanstères


Avec la reformulation que j'ai donné dans mes derniers articles du militantisme, qui a provoqué un certain nombre de réactions positives ou au contraire clairement négatives, quand ce n'est pas carrément indignées voire fâchées, j'ai mis un accent particulier sur un élément, le phalanstère.

Cette tradition des phalanstères, dont le terme a été inventé par Fourier, se retrouve en réalité dans toute l'histoire des familles socialistes, communistes, et anarchistes. Marx et ses successeurs, de même que des anarchistes comme Bakounine ou des utopistes comme Owen, ont en effet toujours mis en évidence l'importance des coopératives ouvrières dans la construction du mouvement socialiste, tandis que les municipalités rouges ont joué un rôle non négligeable dans l'amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd'hui, la municipalité de Marinaleda, la coopérative de la Librairie du Boulevard à Genève, les Zones à défendre, les squats autogérés, les expérimentations communautaires hippies ou de nos jours décroissantes, le quartier « indépendant » Christiana, mais aussi dans une certaine mesure la section genevoise de la Jeunesse Socialiste (ou d'autres organisations de gauche autogestionnaires), sont quelques exemples contemporains de ces phalanstères, espace de vie alternatifs où il est permis de vivre dans l'immédiat des rapports sociaux différents de ceux de la société capitaliste.

Je pense que l'on peut classer les différents types de phalanstères en cinq catégories.

1. Le micro-phalanstère (l'individu-phalanstère) est l'unité fondamentale de tout espace de vie alternatif. Il s'agit de l'individu et de la modification de son environnement qu'il provoque par son comportement et son attitude simplement en agissant selon les normes éthiques socialistes/communistes/anarchistes. En soi, l'individu crée un espace vivant (social) autour de lui qui est d'ores et déjà un espace partiellement insoumis aux règles capitalistes.

2. La réunion de micro-phalanstères (le phalanstère nomade) consiste en la création d'espaces, sporadiquement ou de manière régulière, mais géographiquement non fixes (nomades), de plus grande ampleur. Ces réunions se traduisent par exemple dans les cercles de lecture ou d'étude, dans les bureaux de recherche, dans les clubs festifs, qui se rassemblent de manière itinérante sans occuper les mêmes lieux.

3. Le phalanstère est cet espace de vie alternatif qui existe continuellement et sur un espace défini. Il s'agit des coopératives ouvrières ou de logement, des squats établis, des zones occupées sur une certaine durée, des librairies, clubs, bibliothèques, fixes, ou encore des organisations politiques autogestionnaires.

4. Le réseau de phalanstère est une succession diffuse, en chaîne, de nœuds de résistance spatialement fixes mais organisé en alliance. Cette fédération de phalanstère constitue les fondements de la contre-société révolutionnaire et peut espérer sur le long terme concurrencer le capitalisme et le miner de l'intérieur.

5. Enfin, l’État-phalanstère (le macro-phalanstère) représente la constitution du réseau de phalanstères en un territoire relié et continu. Si tout phalanstère peut se fixer ses propres règles (par le biais de l'autogestion et de la démocratie directe), l’État-phalanstère se fixe en tout cas des règles sans tenir compte des règles de l’État capitaliste. Autrement dit, il s'agit du stade où la contre-société est suffisamment organisée (c'est uniquement en ce sens que j'emploie le mot « État ») pour pouvoir tenter une confrontation directe (et éventuellement totale) avec les autorités capitalistes.

Un mot de conclusion ?
Créez et incarnez vos phalanstères !

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07/05/2014

Arguments en faveur du salaire minimum à 4000 francs



Afin de participer à un débat public à l'école de commerce d'Emilie-Gourd sur le salaire minimum à 4000 francs, j'ai compilé un ensemble d'arguments en sa faveur.
J'en publie la petite somme ici pour celles et ceux qui en auraient l'usage.


1. Le salaire minimum permet de réaliser le droit à chaque individu à pouvoir vivre dignement de son travail. Quiconque travaille à 100% doit pouvoir subvenir à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille. On parle de rémunérer les travailleurs à la hauteur de 4000 francs pour 42 heures de travail hebdomadaire, ce qui revient à seulement 22 francs de l'heure, ce n'est donc pas une grosse somme, et c'est un impératif éthique dans une société qui se veut moderne. Il faut réaliser le chiffre énorme que représente le nombre de 335 000 travailleurs (soit 9% des salaires) qui doivent se débrouiller, on ne sait comment, avec moins de 4000 francs par mois ! Comme par hasard, 70% sont des femmes... ! Et, autre fait choquant, 1/3 d'entre eux ont un CFC. A Genève, cela concerne 33'000 travailleurs.
A noter encore que 75% des travailleurs gagnant moins de 4000 francs ont plus que 25 ans. Enfin, le salaire minimum ne concerne pas les apprentis, les stagiaires, ou les personnes en formation.

2. Le salaire minimum est un salaire plancher, nullement une norme nivelant tout le monde à ce taux minimum, et nullement un salaire maximum. Autrement dit, et dans le respect du fédéralisme, il est totalement possible (et carrément chaudement encouragé évidemment) de fixer un salaire minimum davantage élevé dans les cantons, comme Genève ou Zürich, où le coup de la vie est particulièrement élevé.

3. Le salaire minimum est une question de justice sociale. De 2002 à 2010, la productivité a augmenté en Suisse de 6%, mais le salaire moyen n'a augmenté que de 3,5 %, tandis que celui des titulaires d'un CFC a même baissé de 0,4%... Pendant ce temps, les salaires des cadres supérieurs ont augmenté de 14% !
A Genève, 10% des plus hauts salaires se partagent 30% de la masse salariale tandis que les 30% des plus bas salaires doivent se satisfaire de 10% de la masse salariale...
Alors qu'aujourd'hui 1 salarié sur 5 est incapable de faire face à une dépense imprévue de 2000 francs, la droite nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour financer le salaire minimum. Pourtant, on voit bien que c'est simplement une question de redistribution des richesses et des fruits de la production de manière plus équitable et plus juste. En 2013, 42 milliards de francs ont été distribués sous la forme de dividendes aux actionnaires des entreprises suisses. La même année, Brenninkmeijer, le propriétaire de C&A, une de ces entreprises qui versent des salaires de moins de 4000 francs, et dont la fortune est estimée à 25 milliards d'euros, s'est fait construire une nouvelle villa de luxe à Oberägeri. Visiblement, l'argent nécessaire à financer le salaire minimum est bien là, mais dans les poches d'une petite minorité égoïste. Car financer le salaire minimum à 4000 francs ne coûterait en fait que 1,6 milliards de francs (et se traduirait par des augmentations de salaire de 1 à 20%). Une somme infime en comparaison des chiffres des profits du patronat !

4. Le salaire minimum ne crée pas du chômage, bien au contraire, il crée de l'emploi. Car le salaire minimum à 4000 francs c'est davantage de revenu pour les travailleurs, et des revenus plus élevés pour les travailleurs c'est davantage de consommation, ce qui provoque une hausse de la demande et de la production (l'offre devant répondre à la hausse de la demande) se concrétisant par une hausse de la demande en travail, et donc en emplois. En outre, le salaire minimum libère les travailleurs qui étaient obligés de cumuler deux jobs sous-payés, et leur permet de ne garder qu'une seule source de revenu, ce qui donne l'opportunité à d'autres travailleurs de reprendre le second emploi (à présent payé plus décemment). Enfin, le salaire minimum c'est davantage de motivation à travailler, et donc une hausse de la productivité qui se traduira à nouveau par une hausse de la production, de la croissance, et in fine de l'emploi. On le voit donc bien, le salaire minimum crée de l'emploi.

5. Le salaire minimum va permettre aux assurances sociales d'engranger de nouvelles recettes. Avec le salaire minimum, c'est 300 millions de francs qui vont aller dans les caisses des différentes assurances sociales, comme l'AVS ou l'AI.

6. Le salaire minimum vient mettre fin à cette injustice totale qui consiste à faire payer au contribuable à travers l'impôt ou la TVA l'argent que le patronat refuse de payer aux travailleurs. Actuellement, l’État doit verser 100 millions en subsides pour permettre aux travailleurs sous-payés de survivre. Le salaire minimum permettra d'économiser cet argent et de ne plus faire dépendre un travailleur de la collectivité, simplement parce que son patron ne le paie pas suffisamment.

7. Le partenariat social ne profite pas aux travailleurs. Plus de 50% des travailleurs ne sont pas soumis à une CCT, et nombre de CCT ne fixent pas de salaire minimum, tandis que celles qui en fixent n'en fixent pas forcément à un niveau décent, mais parfois en dessous de 4000 francs. Par ailleurs, 25% des CCT ne sont pas respectées par les patrons d'après la SECO (et ce ne sont que les cas observés cette année).

8. Les statistiques nous indiquent que seulement 20% des précaires en Suisse touchent un bas salaire. Cela signifie certes que 80% des précaires résidant en Suisse ne touche pas de salaire. Mais cela signifie surtout que ces 80% de précaires sont précaires parce que les allocations, subsides, aides, fruits des mécanismes de solidarité de la collectivité, sont incapables de fournir un minimum vital décent permettant aux individus de vivre au-delà du seuil de pauvreté. Qui plus est, c'est probablement à cause des salaires trop bas qu'ils ont touché que ces individus se retrouvent à présent dans la précarité, car leur salaire était si bas qu'il ne leur a pas permis d'économiser de quoi faire face aux coups durs (ou de monter leur propre entreprise). N'oublions pas que 600 000 à 1 000 000 de personnes sont dans la précarité ou au bord de la précarité en Suisse. C'est un chiffre extrêmement élevé pour un pays aussi riche et opulent ! A Genève, 18% des habitants sont même contraints de se priver de soins pour cause de manque d'argent...

9. Le salaire minimum permet de lutter contre le dumping salarial en empêchant les patrons d'engager des travailleurs étrangers à un salaire moindre que celui des travailleurs résidant en Suisse. Il s'agit donc d'une véritable protection salariale.

10. Sans le SMIC, en France, les salaires seraient plus bas. Tous les salaires qui stagnent aux alentours du SMIC seraient simplement en dessous du SMIC sans lui...
C'est donc un faux-argument que pointer la France du doigt.

11. Les petites PME dont les patrons ne se paient pas 4000 francs et qui disent qu'elles ne pourraient pas financer un salaire minimum à 4000 francs sont rares. Dans l'agriculture par exemple, on voit que des coopératives comme les Jardins des Charrotons parviennent à payer des salaires supérieurs à 4000 francs à l'ensemble des travailleurs. Certains défenseurs du salaire minimum ont dit que l'on pourrait prévoir des exceptions pour ces petites entreprises. Personnellement, je pense que la solution réside dans la libre association de l'entrepreneur avec les travailleurs dont il a besoin de la force de travail, car ainsi il y aura partage des bénéfices équitablement (avec possibilité de se verser des salaires inférieurs à 4000 francs), et partage des risques.

Pour toutes ces raisons, il me semble éminemment raisonnable, équitable, et sensé de voter pour un salaire minimum à 4000 francs.

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05/05/2014

Pourquoi il est important et nécessaire de repenser le militantisme


Il m'apparaît que beaucoup de gens ne semblent pas comprendre les raisons pour lesquelles il s'agirait de repenser le militantisme, je vais donc, par la présente, les rendre clairement explicites.

Le problème n'est pas seulement qu'il y a un constat empirique (sur un long terme bi-séculaire) d'échec de la gauche réformiste et révolutionnaire à réaliser, de gré ou de force, le socialisme, car cela reste un problème plutôt théorique et on peut y apporter des réponses adéquates en définissant une méthodologie révolutionnaire adaptée (dans la ligne du militantisme de transition dont parlait Trotsky). Le véritable problème aujourd'hui réside dans la désillusion à laquelle doit faire face un militant sincère dans le contexte politique contemporain (et je parle en pleine connaissance de cause).
Pour paraphraser Costanzo Preve, l'essentiel aujourd'hui n'est plus tant de savoir qui est révolutionnaire et qui est réformiste, mais bien plutôt de savoir qui va rentrer à la maison après 5 ans de militantisme et qui va aller se vendre sur le marché électoral pour rentabiliser l'investissement temporel déjà effectué. Car après une certaine durée de militantisme par convictions, le militant honnête se heurte à la baffe de la non réalisation de son idéal et à l'évidente stagnation du monde européen dans le bourbier capitaliste. Face à un semblable résultat, le militant sincère ne peut qu'abandonner tout espoir de voir un jour se réaliser le socialisme, et n'a plus qu'à cesser le militantisme et rentrer chez lui se faire des cupcakes, ou bien à embrasser une carrière politique où il aura l'occasion d'obtenir éventuellement quelque argent, responsabilité, prestige, poste bureaucratique, et autre possible reconnaissance politicienne que nos institutions offrent à celles et ceux qui acceptent de jouer leur jeu.

C'est parce qu'on ne doit pas accepter que la vie politique contemporaine ne se résume à un dilemme aussi déprimant qu'il est important et nécessaire de repenser le militantisme. Nous devons briser le dilemme, et, pour ce faire, formuler une troisième voie.
Ce que j'ai essayé de faire dans mon dernier billet, mais aussi dans d'autres un peu moins récents, c'est justement de formaliser les grandes lignes de cette troisième voie, seule à même de sauver le militantisme et l'espoir de voir se réaliser un jour le socialisme.

Mon propos était de développer l'idée selon laquelle il faut considérer que le socialisme n'est pas (seulement) un système tout fait tout beau, ou un stade donné dans le développement des sociétés humaines (ou autrement dit un mode de production particulier dans l'optique de Marx), mais avant tout une attitude et une pratique individuelle fondée sur une certaine position éthique (qualifiable justement de « socialiste ») qui se traduit par la possibilité de vivre son idéal individuellement, et surtout collectivement à travers les phalanstères, ces espaces de vie alternatifs où les rapports sociaux sont d'ores et déjà modifiés (je reviendrai sur ce concept plus en détails dans un prochain billet).
Ainsi le militant peut-il dès à présent expérimenter et vivre son idéal, sans avoir à remettre à plus tard la jouissance d'une société libre, débarrassée de la hiérarchie et de la domination. Le militantisme peut alors devenir une fin en soi, un art de vivre, apportant du plaisir au militant, tandis que le militantisme traditionnel devient envisageable sur le long terme, en tant qu'activité secondaire.
Je pense aussi la philosophie et l'art comme les piliers fondamentaux de ce militantisme-art de vivre, car ces deux activités mènent toutes deux, par la recherche de la vérité par la raison et par la recherche de la beauté et/ou de la qualité esthétique par la sensibilité, à la réalisation du socialisme et à la subversion de l'ordre en place.

Voilà donc esquissées je pense les grandes lignes d'une possibilité militante alternative, et voilà le pourquoi de l'esquisse.

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03/05/2014

Repenser le militantisme



Depuis 200 ans, la gauche s'évertue à essayer de changer les choses en Europe. Pourtant, jamais la gestion de l’État et du pouvoir par les partis de gauche n'a su réaliser le socialisme, jamais les réformes des réformateurs et des réformistes en tout genre ne sont parvenues à réaliser une société libre et débarrassée de l'oppression et de la hiérarchie. Tout militant révolutionnaire doit donc le constater : la conquête du pouvoir politique et de l’État est aussi inutile que fastidieux, et ne représente qu'une perte de temps.

L'heure est par conséquent venu de faire le deuil de nos illusions perdues et de repenser notre militantisme à l'aune de ce constat éclairant : le pouvoir corrompt, il n'est pas à conquérir, mais à détruire. Il nous faut donc redonner aux élections et aux votations leur juste place, soit celle d'événements secondaires qui n'ont pas de rôle majeur à jouer dans la réalisation du socialisme, et qui ne méritent ni notre temps, ni notre énergie, et encore moins notre créativité. Aucun chef n'abolira la grande chefferie sociale, et ce n'est pas en hissant nos propres représentants à la tête de la pyramide que nous obtiendrons l'horizontalité sociale. La révolution ne saurait être autre chose que la construction d'une contre-société plus vivante, et plus attirante, que le spectacle désolant d'une société de maîtres et d'esclaves. Et cette contre-société commence avec un militantisme fondé sur l'individu.

Penser qu'il y a un autre point de départ à la révolution que celui qui se trouve dans l'individu, dans sa raison, dans sa subjectivité, dans sa force de création, dans sa liberté, dans son amour de la vie, dans sa passion, dans son exaltation, dans ses tourments, dans ses malheurs, c'est penser en dehors de ce qui fait l'être humain, et c'est se condamner à l'erreur. Le militantisme commence avec l'individu, dans sa pratique quotidienne de la vie, dans son respect d'une éthique en accord avec les valeurs du socialisme que sont la liberté, la solidarité, le partage, etc. Ce militantisme est ancré dans la vie réelle. Ce n'est pas un militantisme de temps libre, mais un militantisme en tant que choix de vie.
Cette pratique militante n'est rien si elle ne s'appuie pas sur une pratique philosophique, tournée vers la rechercher de la vérité et du bien, amenant l'individu à se poser sans cesse et sans relâche question sur question, l'entraînant à un débat incessant avec lui-même et avec autrui, et si elle ne s'appuie pas sur une pratique artistique, tournée vers la création, la sensibilité, l'expérimentation, et la recherche de l'intriguant, de la surprise féconde, et de quelque chose comme le beau. Enfin, ce militantisme doit être créateur d'espaces, les fameux phalanstères, où les individus pourront vivre dès à présent une vie différente, des rapports sociaux différents, dans les structures mêmes de leur quotidien et de l'organisation des choses qui les entoure.

L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité.
La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. Le pouvoir ne se conquiert pas, il se détruit. Le socialisme n'est pas une utopie, il est à vivre dès maintenant. Le militantisme n'est pas un hobby, c'est un choix de vie. 


Article paru dans la Cuite Finale n°9 

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28/04/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban

Diego Esteban, 20 ans, étudiant en droit à l'Université de Genève et aspirant à un métier dans la diplomatie et les relations internationales, est membre du Parti Socialiste Genevois depuis mars 2013, et co-préside la section des Trois-Chênes depuis octobre 2013. Il est membre du Parlement des Jeunes de Thônex depuis 2009 et a co-fondé le Parlement des Jeunes Genevois dont il préside la commission Engagement. Par ailleurs, son signe astrologique est vierge, et il est amateur des couleurs vives. 
 

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

DE. Je m'identifie avant tout aux artistes : en effet, j'ai grandi dans une famille de musiciens. J'ai moi-même joué de la trompette pendant 10 ans, puis fait du chant amateur pendant 2 ans. Ainsi, je m'identifie principalement à celles et ceux qui créent et véhiculent la vitalité de la culture et des arts, et ce le plus souvent de manière bénévole.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

DE. Le militantisme, c'est la démarche que l'on entreprend pour promouvoir des idées ou des projets tendant à changer la société. J'ai commencé à militer lorsque l'initiative contre la construction de minarets fut acceptée, car sa substance islamophobe et les pulsions racistes qui en étaient à l'origine m'ont convaincu de la nécessité d'inverser cette tendance sinistre et haineuse. Tout le monde milite un jour ou l'autre, car il est impossible que rien ne nous choque : ainsi, « changer le monde » est une ambition très répandue. J'ai d'ailleurs commencé à y croire lorsqu'au sein du Parlement des Jeunes Genevois, puis au Parti Socialiste, j'ai remarqué à quel point le militantisme (à plusieurs) pouvait avoir un impact réel sur la société. De cette observation, j'en déduis que la politique est la somme de toutes les actions qui visent à faire parvenir la société à un but déterminé. Dans un pays où les décisions sont prises à la majorité, il est essentiel de faire de la politique, de militer pour sa vision du monde, afin que la balance penche du « bon » côté (je conviens qu'il s'agit là d'une notion particulièrement subjective). En effet, ne laissons pas les choix de société à des personnes qui prônent l'inverse de nos idéaux : faisons de la politique !

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

DE. Le socialisme est à mes yeux la doctrine qui réalise le principe du mieux vivre ensemble, de l'égalité des chances et de la solidarité. Il permet de contrer les effets néfastes de l'individualisme, du nationalisme, de l'exclusion et de la méritocratie. Je m'identifie au socialisme car il m'apparaît comme la seule ligne de défense crédible face à la xénophobie rampante, qui détruit la cohésion sociale nécessaire pour que la société vive en paix. Je m'identifie au socialisme car il s'attaque aux problèmes de fond, et non pas seulement les problèmes apparents, sans superficialité. Enfin, je m'identifie au socialisme car c'est la seule doctrine qui pense à toutes et tous les membres de la population, militant activement pour les personnes défavorisées, comme les working poors, les non-hétérosexuels et les migrants, afin qu'il y ait un équilibre social dépassant les divisions.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

DE. En tant qu'étudiant en droit, je suis conscient de l'étendue du pouvoir de la loi dans un État de droit comme la Suisse. Ce sont la Constitution, les lois, les ordonnances, les règlements, les traités, qui organisent la société parfois jusque dans ses moindres détails. Ainsi, tout changement majeur ne peut passer que par les organes qui font la loi : le parlement ou le gouvernement, voire le peuple et les cantons. Or, le socialisme a quasiment toujours été minoritaire dans ces organes, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau cantonal. Mon but est alors de travailler pour que le socialisme soit mieux représenté au sein de ces organes. Étant de nationalité étrangère (plus précisément américaine), je ne peux pas siéger au parlement ou au gouvernement, et je ne peux pas voter non plus. Mais en tant que co-président du Parti Socialiste Trois-Chêne, je peux contribuer à réaliser le socialisme au sein des communes de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex, un bassin de population comprenant plus de 32'000 personnes. En tant que militant autoproclamé du Parti Socialiste, je peux aller convaincre les gens de faire certains choix de société sur les nombreux stands du parti dans la rue. Avec mon blog intitulé « soliloques engagés », je peux rédiger des argumentaires extensifs sur des thématiques diverses. Les moyens existent, et je les utilise au mieux. Je ne sais pas si ça permettra la réalisation de mon idéal, mais il est certain que ça y contribue.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

DE. Parmi les vivants, je peux citer Jean-Claude Guillebaud, philosophe français qui incarne tout ce qu'il y a de mieux dans la démocratie chrétienne, à savoir un sens développé de l'humanité et de la charité. J'ai tout de suite adhéré au raisonnement avec lequel il rejette le clonage, l'eugénisme ou encore la commercialisation du vivant (notamment à travers la brevetisation des gènes par des institutions privées). Je cite également Noella Rouget, la dernière rescapée de l'Holocauste vivant à Genève, et qui fut déportée en tant que détenue politique au camp de concentration de Ravensbrück. Résistante face à l'Occupation nazie, elle est longtemps restée dans un demi-silence quant à son passage dans les camps, jusqu'à ce qu'elle ait été confrontée à des négationnistes. Depuis lors, elle tient des conférences dans lesquelles elle appelle à rejeter la haine qui divise les gens sur la base de critères arbitraires. Il y a aussi Anita Hill, ancienne collègue du juge fédéral américain Clarence Thomas, contre lequel elle a témoigné lors d'audiences très médiatisées en 1991 en raison de son comportement sexiste. C'est elle qui a éveillé les consciences de la population américaine sur la question du harcèlement sexuel. Parmi les morts me vient à l'esprit le nom de Harvey Milk, premier élu d'importance ouvertement gay aux Etats-Unis, qui fut assassiné pour avoir porté en avant les revendications égalitaires du mouvement aujourd'hui nommé « LGBT », voire « LGBTIQ ».

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

DE. La première valeur qui me guide dans mon engagement est l'honnêteté. J'ai déjà été confronté à trop de politicien-ne-s dont le mensonge, la manipulation et la désinformation sont le fonds de commerce, je n'ai absolument aucune envie d'allonger la liste, et je préfère la démarche consensuelle et constructive à l'insulte et au jeu de qui a la plus grosse. Mais je remarque cependant que les politicien-ne-s malhonnêtes restent une minorité du monde politique : c'est une réalité souvent oubliée qu'il convient de rappeler.

La deuxième valeur est la solidarité (dont l'égalité, l'antiracisme, etc). Mon engagement tend vers une société inclusive, où toutes et tous ont leur place et où la stigmatisation disparaît. A ce titre, le problème le plus évident est le traitement réservé aux gitans et aux roms, discriminés à l'excès par les partis racistes comme l'UDC ou le MCG, qui affirment qu'être rom prédispose à la criminalité, ce qui est inacceptable.

La troisième valeur que je pourrais mentionner est la liberté. En Suisse on a déjà beaucoup d'avance sur de nombreux autres pays mais il reste des lacunes : la loi sur la surveillance des communications (LSCPT) qui devrait être votée cet été par l'Assemblée Fédérale est l'exemple par excellence des violations modernes de la liberté, exemple auquel peuvent s'ajouter l'impôt ecclésiastique que connaissent certains cantons ou encore les restrictions au droit de manifester. C'est en revanche sur la thématique de la surveillance des données que je suis le plus attentif, car les enseignements de Wikileaks et de la NSA nous montrent qu'entre notre monde et celui d'Orwell, dans son ouvrage intitulé « 1984 », il n'y a qu'un pas. En revanche, la liberté a des limites, raison pour laquelle je condamne fermement l'invocation de la sphère privée comme moyen de cacher des preuves de fraude fiscale ou d'évasion fiscale.

 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

DE. Une chose que j'ai remarquée, lorsque je passais en revue les différents partis du canton pour savoir auquel je m'identifiais le mieux, est la tendance à réduire une personne à sa seule étiquette politique. Je tiens à faire savoir que le parti ne dit pas tout sur une personne : il est réducteur de tout ramener à cela dans une société qui autorise la liberté d'expression. Comme le dit cette phrase de l'humaniste Abraham Maslow : « si ton seul outil est un marteau, tu verras des clous partout ».

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15/04/2014

Entretien avec une militante anonyme

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?


J'appartiens à plusieurs groupes sociaux. Si la question fait référence à mon origine sociale, je dirais que j'appartiens à une couche sociale moyenne. Mes parents sont fonctionnaires.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?


Pour moi il y a deux sens à la politique, comme il y a deux classes sociales qui s'affrontent. Il y a la politique qu'on a l'habitude de voir ou d'entendre comme étant de la « politique », c'est-à-dire la « politique officielle » qu'on voit à travers les médias, les élections, les débats télévisés, etc. Cette politique, à mes yeux, n'est que pure mascarade et la plupart du temps ça me dégoûte, il faut que je fasse un grand effort pour m'y intéresser. Car c'est la bourgeoisie au pouvoir qui va tout faire pour conserver l'ordre établi tout en ne cessant de promettre le contraire. Alors que la politique, la vraie à mes yeux, c'est en effet de discuter de ce qu'on veut pour nous, notre société, discuter de comment faire pour y arriver et se donner les moyens de le mettre en oeuvre. Mais cette politique n'est pas relayée par les médias dominants. C'est la politique des travailleurs, du peuple, qui discute, réfléchit et agit pour reprendre le pouvoir (politique justement). Et le militantisme c'est l'acte de faire de la politique du côté de la classe qui veut prendre le pouvoir, c'est-à-dire les travailleurs. Pour moi cela représente une prise en main de son destin, et la tentative de ne plus être passif face à notre présent surtout, mais aussi évidemment à notre futur. Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ? Pour les mêmes raisons que hier. Parce que nous sommes loin de vivre dans une société épanouissante pour l'être humain. Alors que c'est ce qu'il faudrait construire pourtant.
 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?


Le socialisme c'est la dictature du prolétariat. C'est la société qui pourrait faire son apparition après la prise du pouvoir par les travailleurs, c'est-à-dire après la révolution. C'est la société de transition qui suivrait le capitalisme et précéderait le communisme (la société sans classes sociales). À mon avis, vouloir le socialisme c'est vouloir le communisme.
 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ? 



En unifiant la classe ouvrière et en créant un parti révolutionnaire capable de diriger la révolution. Ça parait simple, mais c'est la chose la plus difficile à mettre en oeuvre.
 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


Mon engagement est inspiré par ma propre expérience de vie. Et pour le reste, je ne sais pas, il y a plein de figures révolutionnaires admirables. Mais je ne répondrai pas à cette question, parce que je me méfie beaucoup du culte de la personnalité. Personne n'est parfait, tout le monde est humain, y compris ceux qui vouent leur vie à transformer la société.
 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Pourquoi trois ? Je ne sais pas. Rapidement, je dirais : 1. la justice (ce qui comprends plein de choses, comme par exemple la démocratie, l'honnêteté, etc.) 2. la compassion et 3. l'amour (bon, ça ressemble pas mal à la compassion et c'est plus un sentiment qu'une valeur, mais comme c'est important, je tiens à le mettre dans la liste).
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?


Arrêtez de penser que les autres s'en foutent. Arrêtez de penser que c'est pas possible de vivre mieux. Arrêtez de penser qu'il n'y a rien à faire. Arrêtez d'être résigné.

 

 

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14/04/2014

La beauté est quelque chose d'objectif

S'il y a bien une thèse qui fait dissensus aujourd'hui c'est celle-ci.
Que ce soit dans le monde académique ou dans la rue, la quasi totalité des individus considèrent que la beauté est quelque chose de subjectif. Pourtant, la plupart des gens sont prêts à admettre que bien des choses sont objectives (par exemple beaucoup de gens sont d'accord que la science vise à découvrir une connaissance objective du monde, ou encore qu'il y a des principes éthiques objectivement valables), mais pas concernant la beauté.
Je vais essayer de présenter quelques éléments argumentatifs en faveur de la thèse selon laquelle la beauté est quelque chose d'objectif, en me basant sur un livre de Roger Pouivet, Le réalisme esthétique. L'auteur ne va pas forcément aussi loin que la présente thèse, mais je fais l'hypothèse que la plupart des éléments qu'il présente permettent d'arriver à une thèse plus forte.
Le livre de Pouivet est construit autour de 3 parties bien distinctes. La première vise à montrer qu'il existe un monde réel, indépendant de nous (c'est la thèse du réalisme métaphysique), la deuxième que l'on peut connaître ce monde sans avoir besoin de fondement certain à notre connaissance (c'est la thèse du réalisme épistémologique).
La dernière partie aborde ce qui nous intéresse ici : la question du réalisme en esthétique, que je ne vais pas différencier ici d'une conception objectiviste.

Un premier élément intéressant réside dans le fait que les gens ont une tendance à être intuitivement objectivistes lorsqu'ils évaluent esthétiquement, spontanément, quelque chose. Par exemple, les gens s'exclament « C'est beau ! » devant quelque chose qu'ils considèrent comme étant beau, et non « J'ai l'impression que ceci est beau ». Il y a donc une forme de tendance intuitive à l'être humain à penser sa perception esthétique comme étant objective. Ce qui est curieux vu que la plupart des gens acceptent aussi la thèse selon laquelle la beauté est quelque chose de subjectif.

Alors, comment défendre l'objectivité de la beauté ?
Prenez un papillon avec de grandes ailes bleues, et imaginez que vous le trouvez beau. Il vous est impossible d'imaginer ce papillon-ci comme n'étant pas beau, sauf si vous modifiez certaines de ses propriétés (par exemple vous pouvez l'imaginez sans ailes). Ainsi, la propriété d'être beau du papillon est constitutive et indissociable de ses autres propriétés, et donc la propriété esthétique du papillon est une propriété réelle du papillon, et objective puisqu'elle ne dépend pas de votre bon vouloir (vous ne pouvez pas considérer ce papillon comme étant laid par jeu de l'esprit).
Pouivet affirme toutefois que les propriétés esthétiques sont des propriétés extrinsèques (qui dépendent d'une relation entre individu et objet), et non intrinsèques. Ainsi, si l'être humain n'existait pas, peut-être que la beauté n'existerait pas non plus (ce qui intuitivement peut surprendre je trouve).

Pouivet développe ensuite une théorie intéressante sur la compétence esthétique. Tout comme il y a des réactions appropriées à avoir face au danger (par exemple, en cas d'incendie ne pas rester au beau milieu du brasier) il y aurait des réactions appropriées à avoir face aux propriétés esthétiques. Ces réactions appropriées nous permettent de tendre vers le bien (soit vers la réalisation de notre nature humaine), et sont le fruit de dispositions (vertus) adéquates que nous devons développer. Ce sont ces dispositions (vertus) adéquates qui font que nous ressentons les émotions appropriées face à telle ou telle propriété esthétique.
Les individus incapables de ressentir des émotions devant la beauté sont donc des handicapés ou des incompétents esthétiques (et c'est là que l'on voit comme cette thèse peut choquer), et la bonne inculcation des bonnes dispositions esthétiques découle de la bonne socialisation (éducation/formation) esthétique.

En conclusion, il est évident que ces quelques éléments que j'ai retenus de ma lecture de Pouivet ne sont pas suffisants pour justifier une thèse aussi forte que celle que j'avais envie de soutenir, mais ils permettent toutefois d'introduire le débat et de montrer quelques pistes pour remettre en question les (quasi) dogmes du subjectivisme (relativisme) esthétique.

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13/04/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux

Brice Touilloux, 24 ans, étudiant en médecine en dernière année, est le Vice-président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, dont il est sympathisant depuis 4 ans, et est membre du Parti Socialiste Genevois depuis 2 ans. Sur le plan associatif, il est membre de l'association des étudiants en médecine de Genève, dont il a été secrétaire des affaires facultaires et responsable des affaires politiques.
Professionnellement, il aspire à exercer en tant que pneumologue et épidémiologiste. Son signe astrologique est capricorne, il n'a pas de couleur préférée, et considère que le chat est l'animal suprême.
 


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

BT. Vu mon parcours, mes études et mon proche métier, je pense faire partie de la classe moyenne en étant issu de la classe populaire.

C'est ma formation de médecin et ma future profession de médecin (avec le bon salaire qui va avec) qui permet de me définir dans cette catégorie. Mais mes origines modestes, passées à compter s'il m'était possible de boire une bière durant la soirée dans un bar avec des amis ou de pouvoir prendre un café, me font appartenir en même temps à la classe populaire. J'ai eu la chance que mes facultés intéressent le monde actuelle, chance dont très peu de personne bénéficient.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

BT. La politique est le mécanisme, l'organe qui aujourd’hui peut modifier l'environnement social (mais aussi écologique) dans lequel nous vivons. L’organisation de notre société est le résultat de nombreuses petites choses qui ajoutées les unes aux autres forment un gros bloc : notre société. La politique est un moyen de changer cette société en changeant ces petits détails. Et pour donner des moyens à notre vision politique, le militantisme est une arme.

Aujourd'hui nous sommes dans une période particulière. Une grande partie de la jeunesse (dont je fais partie) n'a connu qu'un monde dit unipolaire, avec une superpuissance que personne ne semble pouvoir contrer : les États-Unis, et surtout leur système financier. En même temps, ce monde avec un seul modèle économique (et un seul modèle de vie) est dit en crise en Europe. Le peuple, qui est celui qui encaisse toujours les erreurs des dirigeants et de la finance, cherche une sortie à sa souffrance et à la progressive diminution de sa qualité de vie. Faire de la politique aujourd'hui c'est proposer des solutions concrètes pour améliorer cette qualité de vie mais aussi mettre en avant la difficile réalité de tous les jours de la population.

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

BT. Pour moi, il s'agit d'un système où le travailleur possède son moyen de production, soit directement soit en étant membre d'une coopérative. Ainsi toute augmentation de sa production a une répercussion directe sur son revenu, ce qui est bien plus valorisant que le système actuel.

En même temps ce système tend à éliminer la concurrence entre les travailleurs, et un organe tel que l'Etat protège les plus faibles et ceux qui ne peuvent pas travailler. Le socialisme apportera aussi plus de décisions de la part du peuple pour qu'il soit vraiment le dirigeant de son avenir.

En attendant, le socialisme à Genève en 2014 c'est la défense de la classe populaire et de la classe moyenne, face à une minorité dominante (bénéficiant de forfaits et boucliers fiscaux...). Ceci passe par une revalorisation du travail, une véritable égalité des chances et une diminution des privilèges de naissance ou acquis.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

BT. Aujourd'hui, en 2014, pour réaliser l'idéal que j'ai décrit au dessus il faut des majorité de gauche dans les parlements et dans les exécutifs, à tous les niveaux. Avec des parlements fort de gauche, nous pourrons réformer la société actuelle pour al rendre plus juste. En attendant, des initiatives de gauche peuvent préparer le terrain. Nous devons donc nous montrer prêt à diriger le pays face à la population, pour la convaincre puis l'aider et surtout lui permettre de s'aider.

L'ambiance n'est pas à la révolution, alors travaillons avec force à réformer.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

BT. Parmi les morts, il y a Salvador Allende (président chilien de 1970 à 1973). J'admire sa volonté absolue de réformer la société chilienne pour la rendre plus juste et plus égalitaire. Ceci en conservant la démocratie, la transparence et la liberté d'expression même durant les périodes de manifestations de droites qui voulaient reprendre le pouvoir (ce qu'elles ont finalement réussi...).

J'aime beaucoup aussi le duo Léon Nicole – Charles Rosselet (leader du PS Genevois dans les années 1920 et 30), l'un bouillonnant tribun d'apparence révolutionnaire, héros de la classe ouvrière, agressif, dépassant parfois les limites du respect mais aimé pour cela. L'autre, le placide Charles, qui avec de belles tirades d'apparence calme détruit la rhétorique bourgeoise et arrive à convaincre bien au delà de la classe populaire, ce qui renforce l'ensemble socialisme. Malgré quelques divergences, ils étaient unis. J'aimerais vraiment que le PS retrouve cette dualité et cette union : classe populaire et classe moyenne.

Dans les vivants, je suis admiratif de la ténacité et du courage de Pierre-Yves Maillard de tenter de résoudre un problème aussi important que la mainmise des assureurs et des boites pharmaceutiques sur la santé en Suisse. J'admire tout particulièrement ses réussites, car il a 2 ogres en face de lui.

Dans la médecine, je citerais Dr James Curran, épidémiologiste du CDC d'Atlanta qui avait clairement mis en évidence les moyens de transmissions du VIH et que le SIDA était du à un virus... Ceci sans laboratoire, juste par réflexion épidémiologique !

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

BT. L'intégrité, le sérieux dans son travail et l'humour, car une vie sans humour est une vie... chiante. Il faut le dire !
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

BT. Léon Nicole dirait « Tout pour le peuple, tout par le peuple », je serais d'accord avec lui. Mélenchon ajouterait « Durant des décennies, vous avez trouvé des ouvriers moins chers. Eh bien nous trouverons des patrons moins cher. », je le soutiendrais aussi.

Et parce que j'aime la science, je citerais Claude Bernard (Physiologiste français du 19e siècle) : « L'admission d'un fait sans cause, c'est à dire indéterminé dans ses conditions d'existence, n'est ni plus ni moins que la négation de la science. ». Comprendre les causes et le mécanismes est plus importants que de connaître les faits.

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12/04/2014

Entretien avec le militant Idrees Samim




Je m'appelle Idrees Samim mais ça se prononce "Idriss Samim". J'ai 27 ans et je viens de terminer un Master à l'EPFL en Bio-ingénierie. J'hésite pour le moment entre un métier dans la recherche scientifique ou devenir enseignant. Mon signe astrologique est capricorne et ma couleur préférée est le rouge, naturellement. Si j'étais un animal je pense que je serais un hibou ou une chouette.

Je suis suisse d'origine afghane et mon père était un communiste engagé à l'époque. C'est pourquoi, de part mon éducation familiale, j'ai un penchant naturel pour les idées d'extrême-gauche. Mais comme je suis conscient que l'époque n'est pas à la révolution, en pragmatique que je suis, j'ai intégré le Parti Socialiste Suisse. Je suis actuellement conseiller communal depuis 2-3 ans.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

IS. Si le prolétariat existe en Suisse, j'en fait partie sans aucun doute. Même si maintenant que j'ai fini mes études je risque de changer de classe sociale.

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

IS. La politique et le militantisme commencent dans la rue. Tout le monde défend des idées et chacun agit sur le monde selon ses moyens. Mais tout le monde n'a pas le "pouvoir politique". Là est toute la différence. J'ai remarqué qu'on parlait très peu politique au sein des partis mais qu'on faisait souvent de la simple gestion, de la bureaucratie, de la validation de projet et des récoltes de signatures. Les partis politiques sont des structures très rigides et auto-consensuels. Il y a très peu de place pour le débat de fond et le changement. Alors que dans la rue, pendant une manifestation, à la sortie d'une conférence, dans un bar, etc… le terrain est selon moi bien plus propice. Le problème c'est que les partis politiques ont le pouvoir. Or selon moi, tout pouvoir représentatif est une confiscation de pouvoir. Tout le monde fait de la politique, mais tout le monde n'a pas le pouvoir. Quant à mes propres motivations elles vont dans ce même sens, je souhaite que le pouvoir soit distribué et partagé. Et tout mon engagement va dans ce sens.


AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

IS. Selon moi le socialisme est un collectivisme. Tout le reste ne devrait pas s'appeler socialisme ; je fais référence à ce socialisme qui a viré du "rouge" au "rose".

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

IS. Je n'ai jamais pensé à réaliser "mon idéal". Jamais je n'ai souhaité que "mon idéal" soit imposé aux autres. Même si je n'aime pas l'étiquette d'anarchiste, je pense que chacun à le droit de vivre son propre idéal et il ne me revient pas à moi de décider pour les autres. Mais pour que chacun puisse réaliser son idéal il faut lui en donner les moyens. C'est pourquoi je dirai qu'il faut se battre pour la liberté et l'égalité. Car il n'y a de liberté que lorsqu'il y a égalité parmi les Hommes (comme dans un jeux de miroir). Bakounine disait "l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est la négation de la liberté de tous".

Quant aux moyens pour y arriver, la route sera longue. Cela commence par un travail de conscientisation, d'information, d'organisation et d'activisme. Mais dans tous les cas, même si nous y mettons tout notre cœur et notre courage, nous sommes emportés par les forces historiques. Car les grands changements n'interviennent que lorsque les conditions de l'époque le permettent (guerre, crise économique, grand saut technologique, etc.)

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

IS. Alors je suis un grand lecteur de K. Marx que j'apprécie à la fois comme économiste et comme philosophe. Cela dit, je le replace dans son contexte historique. Avec le temps je commence à déceler de nombreuses faiblesses théoriques chez lui et c'est pourquoi j'ai de nombreux points de désaccord avec lui. Afin de compléter la pensée de K. Marx je me suis mis à lire Spinoza que j'ai découvert tout à fait par hasard mais qui continue toujours à m'impressionner. Je trouve que lorsqu'on assemble Marx et Spinoza on obtient des résultats très intéressants.

Pour ce qui est des penseurs vivants, je choisirais F. Lordon qui est exactement sur cette lignée de Marx et Spinoza.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

IS. La liberté, l'égalité et la solidarité

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11/04/2014

Généalogie de la distinction entre "social" et "politique"

 

Je publie ci-dessous un texte que l'on m'a envoyé et que j'ai apprécié. Son auteur a toutefois souhaité rester anonyme. 
 

La distinction entre social et politique ne peut pas, à notre connaissance, remonter à l’Antiquité sinon dans le sens où l’entend Arendt (social latin, politique grec et confusions à cause des emprunts réciproques). Les philosophes de l’École et de la Renaissance dont nous sommes aptes à parler n’ont jamais pesé les questions d’ordre social ou politique que dans une structure qu’il n’était pas question de repenser1. C’est pourquoi, à notre sens, les premières réflexions capitales où une telle distinction s’effectue ont lieu avec les contractualistes, parmi lesquels nous nous soucierons avant tout2 de Hobbes et Leibniz, puis Rousseau.

Dans le Léviathan, pour la toute première fois peut-être, le politique est exposé par Thomas Hobbes comme un instrument : Permettant de défendre les hommes d’eux-mêmes, il n’est pas une fin, mais un moyen. La raison pour laquelle les hommes vivent ensemble, ce qu’on appellera le social, n’y est pas donnée, mais la raison du politique est assez clairement ce social donné. Gottfried Willhelm Leibniz3, dont la conception peut être saisie à travers ses écrits juridiques, économiques, politiques, mais aussi métaphysiques, comme Hobbes estime que les hommes ont instauré le politique, mais chez lui c’est afin de vivre ensemble, pour vivre ensemble, parce qu’ils voulaient vivre ensemble, par amour et non pas que, vivant ensemble, ils voulaient se défendre les uns des autres.

 

I. Jean-Jacques Rousseau et le socialisme

 

Jean-Jacques Rousseau rend la chose obvie et explicite en écrivant Du contrat social. À la différence des deux précédents auteurs, le texte de Rousseau affiche assez clairement ce qu’il contient comme un modèle idéal qui devra être suivi et non pas une interprétation historique : Son hypothèse fondamentale, développement de son Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, que les hommes ont dû s’assembler pour survivre et que c’est là l’origine de la société, sert de complément au Léviathan de Hobbes en donnant la raison de la société qu’il s’agira d’organiser de façon politique, mais le texte de Rousseau va bien plus loin : Le rôle instrumental du politique y est investi, creusé, analysé, présenté, puis, comme le moyen est défini, les fins apparaissent. Le but n’est plus simplement de maintenir la société ou les individus qui la constituent, mais bien de déterminer leurs rapports. Un exemple tout à fait saisissant, «l’égalité» ici étant bien sûr une question purement sociale et la législation le politique : «C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.»4 Voici en quel sens Rousseau préfigure la tradition marxiste, car chez Karl Marx, plus encore que chez ces trois-là, l’affirmation que le politique est le bras du social résonne comme un motto : Que ce soit dans sa critique du capitalisme de connivence, où le grand capital se sert de l’état pour imposer des salaires maximaux et étendre l’aliénation, ou dans ses projets politiques où l’ère qui précède le communisme, une véritable anarchie bienveillante, est celle d’un étatisme enseignant chargé de libérer les hommes et permettre la société libre.

 

II. Adam Smith et le libéralisme

 

Si Rousseau était un grand lecteur de Leibniz, un autre homme ne l’était pas moins et fait figure de précurseur d’une autre école, distincte de l’école née avec Rousseau (voire Hobbes) que l’on pourrait appeler grossièrement l’école du socialisme : Adam Smith. Adam Smith est en effet un héritier en ligne directe de Leibniz, bien sûr de ses écrits économiques, mais plus en particulier du principe de l’harmonie préétablie, en ce que ce qui se passe se passe pour le meilleur non seulement du tout, mais de chaque chose en particulier. La «main invisible», idée selon laquelle tous les intérêts particuliers convergent dans ce qu’on pourrait appeler : l’intérêt général, est éminemment leibnizienne. Adam Smith constitue un tournant en ce qu’il ouvre la voie au libéralisme qui, reconnaissant aussi bien que le socialisme que l’état n’est pas une fin mais un moyen, estime que ce moyen est en vérité superflu et même encombrant, faisant d’un marché par nature isostatique une structure hyperstatique, systématiquement en tremblement. C’est ainsi que l’école autrichienne, dans la première moitié du vingtième siècle, déclare que l’état doit être aboli : S’il ne sert pas la société, il n’a pas lieu d’être.

 

III. Hannah Arendt : la «fiction communiste»

 

Comme nous l’avons vu, en somme, les traditions du socialisme et du libéralisme ont considéré toujours que la fin du politique était le social, le social idéalement abouti d’ailleurs dans les deux traditions par une disparition (selon les auteurs : progressive ou soudaine, totale ou partielle) de ce qui était en somme appelé : le politique.

Quand Arendt parle de «fiction communiste»5, englobant aussi bien les libéraux que les socialistes, il est difficile d’imaginer autre chose que cette idée, d’autant plus que c’est sur ce point précis qu’elle s’éloigne des deux écoles, en défendant que le politique n’est pas un moyen dont la fin serait le social, mais bien la fin elle-même dont le social ne serait que moyen.

C’est pourquoi nous nous étions servi, dans notre premier travail, du qualificatif de «bourgeois» en parlant d’Arendt, car, si libéraux et socialistes prétendent les uns comme les autres se battre pour l’amélioration de la condition de tous, l’auteur d’On Revolution en fait une simple étape, un acquis nécessaire à une fin plus grande à son sens : freedom au lieu de liberty. Est-ce vraiment comme elle le prétend un héritage de la philosophie grecque ? Ça n’est pas ce que nous allons analyser plus précisément par la suite, mais il semble du moins que cette interprétation lui soit propre, puisqu’en effet chez Aristote par exemple il ne semble pas y avoir d’écart majeur entre éthique et politique, étant donné qu’il présente ce que nous appelons Éthique à Nicomaque comme un traité de politique.

 

1 Nous laissons de côté les différents utopistes dont l’importance est bien entendu capitale, car le propos de ce travail reste celui de la distinction entre social et politique dont l’avènement ne se fait pas encore avec eux.

2 D’autres, comme Grotius, Locke et d’autres mériteraient bien sûr d’être cités.

3 Notre synthèse découle de la lecture d’abord des principes de la "Monadologie", mais appliqués à des questions sociales et politiques exposées dans le "Codex juris gentis diplomaticus", entre autres, mais aussi de : Y. Ch. Zarka, "Le droit naturel selon Leibniz".

4 J.-J. Rousseau, "Du Contrat social", ch. 2.11

5 H. Arendt, The Human Condition : “communist fiction”


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10/04/2014

L'Internationale anti-autoritaire (1872-1878)

Je publie ci-dessous une présentation que j'ai faite dans le cadre d'un séminaire d'histoire. Je pense que les lecteurs de mon blog pourraient y trouver un intérêt.


A. Le congrès de Saint-Imier


Du 2 au 7 septembre 1872 se tient le 6ème congrès de l'Association Internationale des Travailleurs à la Haye. Lors du congrès, une majorité de délégués suit l'avis du Conseil Général et vote l'exclusion de Bakounine et de ses partisans de l'Association Internationale des Travailleurs.

En réaction, Bakounine et ses partisans, sans même rentrer chez eux, se réunissent à Saint-Imier et y tiennent un congrès du 15 au 16 septembre 1872, une semaine après le congrès de la Haye.
Les participants de ce congrès sont au nombre de 15 délégués.
Il y a 6 délégués des sections italiennes, dont Errico Malatesta, et Carlo Cafiero. Il y a 4 délégués des sections espagnoles, 2 délégués des sections françaises, 2 délégués de la fédération jurassienne, James Guillaume et Adhémar Schwitzguébel, et 1 délégué de deux sections américaines.

Le congrès de Saint-Imier apparaît bien comme une réaction au congrès de la Haye, ce n'est donc pas ce congrès en lui-même qui provoque la scission avec les autres tendances de l'Association Internationale des Travailleurs, mais c'est ce congrès qui entérine la rupture provoqué par Marx et ses partisans.

Le Congrès de Saint-Imier rejette les résolutions adoptées au congrès de la Haye et signe un pacte fédératif libre entre toutes les fédérations le désirant. C'est ce pacte qui fonde l'Internationale anti-autoritaire.
A noter que James Guillaume avait convaincu Bakounine de l'impossibilité de fonder une Internationale anarchiste, afin d'essayer de garder l'esprit de l'Association Internationale des Travailleurs et de fédérer le maximum de sections autour de l'Internationale anti-autoritaire.

Dans l'Internationale anti-autoritaire, à la place du Conseil Général, il y a un simple Bureau fédéral international, dépourvu de rôle dirigeant, qui s'occupe simplement de faciliter les échanges entre les différentes fédérations et sections.

Marianne Enckell met en évidence le rôle de lien permettant l'unité que joue la Fédération Jurassienne au sein de l'Internationale anti-autoritaire. C'est d'ailleurs probablement pourquoi le Bureau fédéral international coordonnant les différentes fédérations se trouve la plupart du temps au Jura.

B. Le congrès de Genève

L'Internationale anti-autoritaire organise un congrès international à Genève du 1 au 6 septembre 1873, une semaine avant le congrès de l'Internationale centraliste.
Ce congrès de l'Internationale anti-autoritaire est revendiqué comme étant le 6ème de l'Association Internationale des Travailleurs puisque les anti-autoritaires ne reconnaissent pas le congrès de la Haye.
On voit ici la volonté de l'Internationale anti-autoritaire de se positionner comme la continuatrice de l'Association Internationale des Travailleurs, et de présenter les autres tendances, dites autoritaires, comme les véritables scissionnistes.

Toutes les tendances sont les bienvenues à ce congrès, à l'exception de celle de Marx et de ses partisans, des socialistes allemands, et des blanquistes.
Il y a des délégués des trade-unions anglais, des internationalistes espagnols, des délégués de sections françaises, des Jurassiens, des Hollandais, et des Belges, qui assistent à ce congrès de Genève.
Tous se retrouvent dans leur adhésion au principe de l'autonomie des sections et de l'hostilité aux manœuvres du Conseil Général.

Il y a toutefois une opposition entre ceux qui pensent qu'un Conseil Général est inutile et ceux qui pensent qu'il faut maintenir un point de coordination entre les fédérations, entre ceux qui prônent la participation parlementaire et l'instauration progressive du socialisme par des réformes, et ceux qui prônent l’abstentionnisme et la révolution.
On voit ici que le pacte d'amitié liant les fédérations concerne essentiellement les fédérations espagnoles, italiennes, et jurassiennes, qui se retrouvent sur les mêmes idées.
C'est à partir de ce congrès que les divergences vont aller croissantes, dans la théorie et dans l'action, dans l'Internationale anti-autoritaire.
D'une certaine façon c'est inévitable, car, vu que l'Internationale anti-autoritaire cherche à rassembler au-delà des seuls anarchistes, elle fait face aux mêmes débats qui avaient lieu au sein de l'Internationale avant la scission.

Lors du congrès de Genève se tient un débat, voulu par les Belges, sur la grève générale (grève universelle).
Suite au débat, le principe de la grève générale est adoptée secrètement mais l'Internationale anti-autoritaire évite de le clamer trop fort par souci d'éviter une répression accrue envers le mouvement ouvrier.
Mais il y a toutefois des différences de perception sur l'utilité de la grève générale au sein de l'Intenationale anti-autoritaire.
Certains la voient comme l'équivalent de la révolution sociale devant amener à l'expropriation des classes possédantes, d'autres comme un simple mouvement d'agitation devant permettre d'obtenir des réformes.

C. L'Internationale centraliste

De son côté, le congrès de l'Internationale centraliste, qui se tient du 7 au 13 septembre 1873, aussi à Genève, est un échec total. La trentaine de délégués présent n'est pas représentative du mouvement ouvrier, et aucun procès-verbal n'est rédigé.

A partir de ce moment-la, l'Internationale centraliste n'est plus qu'une coquille vide. Le dernier acte de cette Internationale centraliste se tient le 15 juillet 1876, avec son dernier congrès officiel, organisé à Philadelphie.
Aucun délégué européen n'est venu assister à ce congrès.
Lors de cet ultime congrès, les délégués présents décident de dissoudre le Conseil Général jusqu'à ce que les conditions soient plus favorables au lancement d'une nouvelle organisation internationale des travailleurs.
C'est la fin de cette Internationale.

D. L'Internationale anti-autoritaire en Espagne

De son côté, l'Internationale anti-autoritaire poursuit son chemin.
En 1873, la République est proclamée en Espagne, et les membres de l'Internationale anti-autoritaire (qui sont 30 000 en Espagne) participent activement aux grèves et aux soulèvements qui ont lieu dans tout le pays.
Ils sont toutefois réprimés par l'armée et plusieurs centaines d'entre eux sont exécutés.

Face à la répression, la fédération espagnole de l'Internationale anti-autoritaire plonge dans la clandestinité, et prône l'usage de la violence.
Concrètement, l'usage de la violence se traduit par des sabotages et des destructions de machines, par la pose de bombes dans les usines, les ateliers, et les logements des employeurs, ou encore par le pillage de greniers à blé.
Mais globalement, la violence n'est pas dirigée contre des personnes.
En janvier 1874, après la restauration de la monarchie, l'Internationale anti-autoritaire est dissoute par les autorités.
Malgré cela, en 1882, l'Internationale anti-autoritaire compte 60 000 membres, le double de ses forces en 1873.

E. Le congrès de Bruxelles

En 1874 à Bruxelles, du 7 au 13 septembre, se tient le troisième congrès de l'Internationale anti-autoritaire.
16 délégués sont présents, dont 10 Belges.
Les oppositions entre collectivistes révolutionnaires (anarchistes) et réformistes, qui étaient déjà présentes au congrès de Genève, se répètent.

Au congrès de Bruxelles de 1874, De Paepe fait une proposition de synthèse entre socialisme étatiste modéré et collectivisme anti-autoritaire.
Cette proposition est axée autour de la défense des services publics aux mains des travailleurs à travers la commune les fédérant.
La fédération belge est elle-même partagée, la plupart des Flamands soutiennent les thèses socialistes étatistes tandis que les autres soutiennent les thèses libertaires.

F. La mort de Bakounine

Quant à Bakounine, le 25 septembre 1873, dans une lettre publique au Journal de Genève, Bakounine déclare se retirer de la politique, dégoûté des intrigues et des attaques de ses adversaires.
Après une dernière tentative, avortée, de libérer une ville italienne par la force, Bakounine meurt le 1er juillet 1876 à Berne.
Sur sa tombe se rassemblent des représentants de l'Internationale anti-autoritaire de cinq nations différentes.
Ils y ré-affirment l'importance d'une réconciliation entre tendances libertaires et étatistes.

G. Le congrès de Berne

C'est à cause des tentatives révolutionnaires de 1873 et de 1874 en Espagne, sur les demandes de la fédération espagnole de l'Internationale anti-autoritaire, qui subit une répression féroce, que ne se tient pas de congrès en 1875.
Le congrès de 1875, projeté à Barcelone est donc repoussé d'une année.

En 1876, se tient le quatrième congrès de l'Internationale anti-autoritaire à Berne. Des délégués italiens et espagnols sont présents. Ainsi que des délégués des fédérations belges, hollandaises, françaises, jurassiennes, et genevoises.
A l'occasion de ce congrès, on peut faire le constat que les sections et les fédérations de l'Internationale anti-autoritaire s'affaiblissent en France, en Espagne, en Italie, à cause de la répression, tandis que les sections belges se tournent quasiment toutes vers les moyens légaux de lutte.

H. L'Internationale anti-autoritaire en Italie

En 1876, traqués par les autorités les anarchistes italiens de l'Internationale anti-autoritaire décident de passer à la propagande par le fait, soit à l'insurrection, censée servir de détonateur à une explosion sociale révolutionnaire généralisée.
Après un premier échec à Bologne en 1874, 30 libertaires italiens se lancent donc dans une guérilla montagnarde en 1877.
Ils se rendent dans un premier village où ils tirent sur les carabiniers, et y annoncent dans l'enthousiasme des habitants l'abolition de la propriété et des chefs.
Puis ils se rendent dans un deuxième village où les habitants craignent la répression. A juste raison, puisque finalement 12 000 soldats sont envoyés pour les arrêter, et les arrêtent sans échanger le moindre coup de feu.

I. Le congrès de Verviers

En septembre 1877 se tient à Verviers en Belgique l'avant-dernier (et cinquième) congrès de l'Internationale anti-autoritaire.
A ce congrès se séparent deux tendances.
L'une proche du syndicalisme réformiste et électoraliste, et l'autre proprement révolutionnaire, allant jusqu'à prôner des formes de terrorisme.
A noter que la tendance insurrectionnelle prônant la propagande par le fait va finalement s'aliéner progressivement le soutien de la classe ouvrière.
Ce dernier congrès voit donc les oppositions entre libertaires révolutionnaires et étatistes réformistes. Encore une fois...

Pendant cette dernière année de l'Internationale anti-autoritaire, la correspondance entre sections a été mal tenue. Certains frais n'ont pas été payés. Les études statistiques n'ont pas été faites. La caisse spéciale de propagande n'a pas été créée. Bref, on peut faire le constat de la dislocation de l'Internationale.

En août 1878, à Fribourg, se tient un ultime congrès qui entérine formellement la dissolution de l'Internationale anti-autoritaire en annonçant la fin des congrès internationaux.
C'est la fin de l'Internationale anti-autoritaire.

James Guillaume pense que la fatigue des militants les plus dévoués, et son propre départ, ont causé l'éclatement de la Fédération jurassienne et que cet éclatement aurait provoqué la mort de l'Internationale anti-autoritaire.
Mais en étudiant le parcours de l'Internationale, on peut probablement faire l'hypothèse que ce sont les divergences de position et de pratique politique qui ont miné l'organisation, et ont provoqué sa fin, ainsi que la répression croissante de la part des différents États européens.

J. Le congrès socialiste universel de Gand

Une tentative de concilier les diverses tendances a lieu lors d'un congrès socialiste universel qui se tient du 6 au 16 septembre à Gand en Belgique à l'initiative de De Paepe.
On y retrouve des socialistes étatistes réformistes, des libertaires révolutionnaires, et des conciliateurs belges.
Toutefois, les socialistes non libertaires profitent de ce congrès pour se réunir seulement entre eux.
Les libertaires ne seront pas invités aux futurs congrès organisés par les socialistes.

K. L'ultime tentative de réactiver l'Internationale anti-autoritaire

La dernière tentative des anarchistes de réactiver l'Internationale anti-autoritaire a lieu lors d'un congrès qu'ils organisent à Londres du 14 au 20 juillet 1881.
Ce congrès réunit 45 délégués de 60 sections de l'Internationale, ou de cercles anarchistes, avec de nouvelles représentations comme la Serbie, la Turquie, l’Égypte, ou le Mexique.
Le congrès fait preuve d'une grande radicalité dans ses déclarations, que ce soit en exaltant le prolétariat en haillons, l'incendie d'usines, l'abandon de la légalité, ou le lynchage des propriétaires.
La propagande par le fait semble être le seul moyen révolutionnaire reconnu.
Toute tentative d'organisation est décrétée vaine, seul compte l'esprit de la révolte qu'il faut distiller parmi les masses.

Pourtant, dès l'année suivante, en 1882, un certain nombre d'anarchistes abandonnent la propagande par la fait et reviennent à des modalités d'action légales (par exemple, Cafiero se fait élire au parlement italien ou Brousse passe au réformisme).

Bibliographie

Sources

Association Internationale des Travailleurs, Résolution du congrès jurassien, tenu à Saint-Imier, Neuchâtel, 1872 

BAKOUNINE, Michel, Œuvres complètes, (tome 3: Les conflits dans l'Internationale 1872), Editions Champ libre, Paris, 1974.

Documents généraux

ANGAUT, Jean-Christophe, « Le conflit Marx-Bakounine dans l'Internationale: une confrontation des pratiques politiques », in Actuel Marx, n°41, Paris, 2007/1, pp.112-129.

BAER François (dir.), Une pensée unie - mais pas unique, 125 ans Parti Socialiste Suisse, Redboox éditions, Zürich, 2013 

BAILLARGEON Normand, L'ordre moins le pouvoir : histoire et actualité de l'anarchisme, Marseille, Agone, coll. « Mémoires sociales », 2001, 152 p. 

BERTHIER René, La fin de l'AIT et la rupture avec le bakouninisme, Éditions du Cercle d'études libertaires-Gaston-Leval-monde-nouveau.net.

ENCKELL Marianne, La Fédération jurassienne, Canevas Éditeur, Saint-Imier, 1991.

LEONARD Mathieu, L'émancipation des travailleurs, Éditions La fabrique, Paris, 2011.

MAIREY Serge, Les trois Internationales, Éditions Sociales, Paris, 1955

RUBEL Maximilien, Marx, théoricien de l'anarchisme, Éditions Entremonde, Genève, 2011

THOMANN Charles, Les hauts lieux de l'anarchisme jurassien, Éditions du Haut, La Chaux-de-Fonds, 2002.

VUILLEUMIER Marc, Histoires et combats, mouvement ouvrier et socialisme en Suisse 1864-1960, Éditions d'en bas, Ulm, 2012

 


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09/04/2014

De la possibilité d'une histoire des animaux

J'ai le plaisir d'accueillir sur ce blog un texte issu d'une collaboration entre Justine Favre et Antoine Conforti II. 
Bonne lecture !


Il faut tout d’abord se demander ce qui, dans un premier temps, a permis à l’homme de se distinguer des autres animaux (ou le genre humain). Ce n’est certainement pas le refuge des mathématiques, ni les conventions sociales ni la maîtrise de son environnement, ni aucune de ces autres choses quelconques, mais le feu. Il semble en effet que le feu ait changé pour toujours la façon dont la nature humaine s’est conduite au travers des âges. Sinon même l’idée d’âges. Il est impossible d’imaginer que l’homme avant d’avoir le feu en son pouvoir en ait dépendu, qu’il ait été aussi faible que de nos jours car il n’y aurait eu qu’une génération si tant eût été que l’on n’eût pas su faire des étincelles. Cette petite chose quelconque en apparence, comme la brindille du grand feu de joie qu’on pourrait appeler l’histoire humaine. C’est à partir du feu que l’homme s’est affaibli, en un sens bien particulier puisqu’il n’a pas changé à proprement parler mais que ses enfants les plus moindres ont pu accéder à la vie, le vieil âge et en somme à, communément, la société. Le feu fut sans doute d’une aide capitale à ce nouveau genre ou à ce genre déchéant qui peu à peu rendit les individus inaptes à la vie sauvage pour élever les groupes au gouvernement de la création.

Il nous faut toutefois traiter de quelques points préliminaires, avant d’aborder la question capitale de cet essai, à savoir : avons-nous privé les animaux d’une histoire, de leur histoire, qui leur aurait été propre, et pas forcément pareille à celle qu’on leur a imposé ?

 

  1. De la ligne de départ

 

1.1 Pourquoi l’homme s’est-il rendu maître du feu ?

Que l’homme n’ait pas eu besoin du feu avant de s’en rendre maître, la chose est obvie. La nécessité est dès lors une raison à écarter, à priori. Le loisir, lui, nous semble bien plus pertinent. En effet, ne sait-on pas comme le feu est agréable ? L’homme n’est pas le seul à trouver du plaisir dans la chaleur d’un âtre, non pas qu’aux animaux igniphiles le feu soit de quelque usage utile, mais comme aux premiers hommes certainement l’évidence du confort qu’il procure frappe l’esprit. Ce que l’on peut en conclure, c’est que l’homme n’avait pas de plus grande raison qu’un autre animal de vouloir s’approprier le feu.

 

1.2 D’autres animaux auraient-ils pu devenir maîtres du feu ?

Tout d’abord il faut exclure bien sûr les animaux de la mer, ce qui n’est pas si trivial puisqu’on compte parmi leur rang des créatures extrêmement sages, comme les dauphins. Simplement car le feu évidemment, mais aussi tout autre analogue compatible avec leur milieu aquatique, ne leur aurait pas servi. En effet les dauphins de nos jours encore, quoi qu’on leur rajoute quelques difficultés par notre développement, parviennent sans problème à établir un ordre qui leur est infiniment profitable.

Qu’en sera-t-il donc des animaux de la terre ? Quelques conditions peuvent sembler nécessaires à la domestication du feu. On parle souvent du pouce opposable, par exemple, ou de ce genre de choses qui rendent les éléphants, les porcs sangliers, les moutons et dans une certaine mesure même les oiseaux, inaptes à la fabrique d’objets d’artifice. Imaginons. Reste encore un grand nombre d’espèces qui sans doute se tenaient alors sur la ligne de départ, car les singes, multiples, auraient pu devancer leur cousin du genre humain, dans ces entreprises, et il y a fort à parier que le hasard a joué un rôle capital dans l’attribution du feu à nos ancêtres. Les tchimpes qui sont nos frères et qui partagent avec nous bien des aspects sociaux et naturels auraient tout à fait pu prendre notre place, parce qu’on sait assez leur facilité à créer des outils et s’en servir. On nous opposera peut-être et sans doute par simplicité que rien n’empêcha les singes après notre accaparement du feu d’en devenir à leur tour des adeptes aguerris. Il faut toutefois rappeler que ça n’est que très tard, à l’égard de leur longue évolution que ceux que nous appelons aujourd’hui les hommes, y sont parvenu. La comparaison de cet intervalle avec celui de notre cohabitation en tant que maîtres du feu, avec les singes, est infinitésimale, rendant l’objection telle une objection d’enfant. Nous avons donc vu que le tchimpes au moins aurait pu nous voler la vedette lors de la conquête du feu, à moins que nous ne leur ayons volé la vedette.

 

  1. Des liens entre histoire et technologie


 2.1 On ne parle pas ici de l’histoire au sens restreint qui ne commencerait qu’avec l’écriture. Ce postulat trouve son origine dans une question de facilité méthodologique. Il est en effet plus facile de juger (car l’histoire est un jugement) les événements en apprenant quel témoignage en donnent les anciens, or nous appelons histoire les événements même. Ces événements qui à part les guerres ou l’art, appartiennent toujours au domaine technologique. La question de l’écriture, toutefois, témoigne d’un sentiment de familiarité entre le langage et la discipline historique, si bien qu’en somme cette histoire même au sens restreint devrait comprendre tous les axes de mémoire que permet le langage. Afin de mieux creuser ces choses, nous allons nous pencher sur quelques questions ponctuelles.

2.2 Le langage des animaux.

Les animaux ont un langage. La chose a été rendue obvie par de nombreuses observations. Plus que le simple baptême de forme (au sens de Platon), rencontré dans la vie de tous les jours, on connaît même quelques exemples de grammaire animale. L’association régulée de deux termes constitue en effet un signe de grammaire : le signe minimal s’il en est. Mais il suffit pour les animaux dont le mode de vie est resté plus ou moins rudimentaire par opposition avec notre développement civilisationnel. Qu’il existe un langage des animaux, ça ne fait aucun doute, et nous laisserons le lecteur curieux chercher lui-même les études qui en attestent. 

2.3 Développement du langage humain

Il est très certain que le langage humain s’est élaboré à la suite de découvertes technologiques. En effet, comme il était d’usage sans doute de baptiser les objets naturels, et comme on devait trouver de nouveaux noms avec les nouvelles découvertes, les objets artificiels ont nécessairement dû poser des questions de terminologie. C’est sans doute avec la multiplication des arts de fabrique que l’on a observé la plus grande augmentation du vocabulaire. De l’augmentation s’ensuit forcément à terme une élaboration de la grammaire. Dès lors si ç’avait été les tchimpes qui s’étaient lancé dans la grande conquête technologique qui a suivi l’accaparement du feu, il ne fait aucun doute que leur langage aurait crû comme le nôtre. Que le développement technologique est la cause du développement sophistique (mais tout de même primitif ou originel, bien que d’avantage peut-être) du langage, nous venons de le voir. 

2.4 De l’aspect conventionnel du langage

On entend souvent distinguer l’homme des animaux par la dichotomie suivante : les animaux font par instinct ce que l’homme fait par instruction. Cependant, l’idée même de l’existence d’un instinct que l’on pourrait qualifier de secondaire (assavoir au-delà de la connaissance des besoins, tel que la nutrition ou le sommeil, ainsi que des impératifs biologiques tel que la reproduction) peut sembler problématique, puisque peut-être superflu. Que les animaux ont un langage, nous l’avons vu, mais nous savons aussi que les animaux peuvent apprendre et qu’aux instincts primaires ils peuvent substituer des usages conventionnels hérités de l’homme (pensons au dressage). Qu’est-ce qui les empêcherait dès lors d’à notre façon s’enseigner ses choses que l’ont parfois pour des notions de l’instinct secondaire (la connaissance de la toxicité de certaines denrées, l’identification des prédateurs, etc.).

De même comment peut-on imaginer que le langage des animaux soit de nature instinctive, idée contraire à la conception même du langage dans le genre humain ? Qu’un tchimpe ayant grandi dans un pays lointain puisse communiquer dans le langage dont il a l’habitude avec un tchimpe étranger, ça nous semble absurde. Par quelle faculté innée, donnée égale à tous les tchimpes du monde de telles choses se pourraient-elles, alors que l’homme ne comprend qu’avec peine même les mots les plus communs et les plus simples de ceux qui vivent au loin. Il faudra donc à moins que l’on veuille considérer que les singes ont reçu du bon dieu un langage unique, peut-être parce qu’ils ne l’ont pas perdu en construisant la tour de Babel, certes, conclure, que chez les animaux aussi le langage est par essence conventionnel.
 

 3. De la vraisemblance pour les animaux de développer une civilisation

Comme nous l’avons vu la civilisation consiste essentiellement dans le développement des technologies (également bien sûr dans les arts mais nous en traiterons pas ici).

3.1 Des possibilités des animaux de développer des technologies comparables aux nôtres

Que les animaux ont dans une certaine mesure au moins des aptitudes technologiques, nous l’avons vu. Reste à savoir si cette aptitude technologique est comparable à celle des hommes. Les conditions du développement technologique sont multiples, mais on peut exclure de principe le besoin, comme nous l’avons vu pour le feu. On pourrait lister la confrontation à un phénomène nouveau, la compréhension du phénomène et la transmission du phénomène. La confrontation du phénomène ne dépend en somme que très peu de celui qui est confronté. Il y a là du hasard, parfois aidé par de la curiosité mais la curiosité est loin d’être le propre de l’homme. La compréhension du phénomène va nous intéresser d’avantage. C’est que l’homme est réputé au sein de son propre genre doté d’une intelligence exceptionnelle parmi les animaux. On sait cependant que les mathématiques au moins sont accessibles non seulement aux singes, mais même aux pigeons, or, la compréhension d’un phénomène passe toujours, sinon par les mathématiques même, par des lois implicites dans les mathématique, tel les grands principes de la logique. Celui qui a son refuge dans les nombres a la possibilité de comprendre tout ce que nous comprenons, si bien que les pigeons ont en puissance l’équivalent de notre science. Que la transmission de la connaissance est possible pour les animaux, nous l’avons déjà vu sous le nom d’instruction. Les possibilités pour les animaux de développer une technologie comparable à la nôtre, nous en avons assez devisé. 

3.2 De la motivation éventuelle des animaux de développer des technologies et des arts comparables aux nôtres

Comme nous l’avons vu pour le feu, les raisons qui ont poussé l’homme à développer des technologies ne se trouvent pas dans ses besoins, mais dans son loisir. Que les animaux ont des goûts et des préférences, qu’ils ont une hiérarchie de l’agréable, la chose est obvie. Rien dès lors ne peut décemment laisser penser que les animaux n’auraient pas eu le même entrain que les hommes pour le développement des technologies.

Le développement des arts obéit au même principe, celui du loisir, et dès lors, il va de soi qu’on aurait pu assister à une grande tradition artistique des animaux.

 
Conclusion

 

Au regard de ces différentes observations, nous ne pouvons douter que c’est bien par hasard que les hommes se trouvent aujourd’hui si haut dans la hiérarchie animale. Que nous ayons privé les animaux, ou du moins d’autres animaux d’une histoire, ça ne fait donc aucun doute. 

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16/03/2014

Nous sommes le socialisme

Affirmer que nous sommes le socialisme n'est pas une mince affaire !
En effet, affirmer que nous sommes le socialisme, c'est affirmer que notre parti, en tant qu'organisation politique, en tant qu'ensemble de structures politiques, incarne dès maintenant un espace de vie socialiste. Autrement dit, à l'intérieur de cet espace de vie les rapports sociaux sont d'ores et déjà différents de la réalité quotidienne de la société capitaliste. Nos pratiques organisationnelles, assez proches de pratiques autogestionnaires, sont d'ores et déjà un défi lancé à la rationalité mercantile et à la loi du plus fort, qui caractérisent les modalités organisationnelles du capitalisme. La rupture avec le capitalisme, l'adhésion au projet socialiste, est donc déjà contenu dans la forme même de notre parti.

Cette idée est importante je pense, car elle établit que le socialisme n'est pas qu'un concept abstrait, ou un sentiment diffus, mais au contraire, une conception éthique et politique qui se traduit directement dans la vie sociale par une modification de son environnement. Le militant socialiste est une sorte de micro-phalanstère à lui tout seul, et son adhésion aux valeurs socialistes (dont le cœur est la liberté) l'amène tout naturellement à modifier spontanément la vie quotidienne autour de lui. Ce micro-phalanstère grossit considérablement quand il fait la jonction avec d'autres micro-phalanstère, se traduisant par l'association partisane (le parti), qui n'est rien d'autre qu'un phalanstère militant.

Tout comme Bakounine en son temps avec l'Internationale anti-autoritaire, nous pouvons donc considérer que nous incarnons une brique de la société future, de la société idéale socialiste, et qu'il s'agit de construire autant de briques que nécessaire pour jeter les bases d'une contre-société à l'intérieur même du capitalisme. Ainsi la révolution dévore-t-elle la société capitaliste de l'intérieur, tandis que l'avènement révolutionnaire n'est que l'embrasement ultime qui voit la poussée sociale finale se hisser sur nos fondations révolutionnaires pour mieux porter le coup fatal à l'ordre capitaliste.

Ceux qui voudront aller plus loin dans cette idée auront raison d'en impliquer la nécessité de d'étendre au maximum ces espaces de vie qui échappent au capitalisme et à ses logiques, que ce soit des syndicats ou des partis, mais aussi des coopératives, des librairies alternatives, des éco-villages, des municipalités rouges (comme Marinaleda), des quartiers autonomes (comme Christiana), des cercles de discussion, des bureaux de recherche, des clubs ouvriers, etc.

Voilà pourquoi notre parti doit se considérer comme un espace de vie en révolution permanente contre le conformisme, l'autoritarisme, le consensualisme, le carriérisme, et le centralisme, toutes tendances ne pouvant que nous ramener à nous soumettre à la Loi du patronat, et voilà pourquoi incarner l'idéal que nous prônons est une nécessité révolutionnaire, et non une simple rêverie utopiste. 


Article paru dans la Cuite Finale numéro 8 

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10/03/2014

Pourquoi militer en faveur du socialisme ?


Pour un ethos militant harmonieux

A la question de savoir pourquoi militer en faveur du socialisme, un certain nombre de militants ont tendance à répondre qu'ils militent en solidarité envers telle ou telle cause parce qu'elle leur tient à cœur. C'est donc la pulsion altruiste qui fait vibrer leurs entrailles et les emporte dans le tourbillon du militantisme. Qu'il pleuve, qu'il vente, c'est cette émotion qui sera leur force.
Bien souvent, ces militants s'identifient à certains individus, ou plutôt à certains groupes sociaux, victimes d'une oppression ou d'une injustice. Ces militants ont ensuite tendance à voir en ces groupes sociaux (prolétariat, classe ouvrière, travailleurs, précaires, précariat, travailleurs immigrés, pauvres, minorités culturelles, femmes, homosexuelles, etc.) le sujet émancipateur, la classe ou le groupe appelé à émanciper l'ensemble de la société, pourvu qu'il prenne conscience de son rôle historique. Les militants n'ont alors pour objectif que de servir ce groupe social, en l'aidant à s'organiser.
A mon humble avis, cette position, si elle est certes moralement justifié évidemment, pose de gros problèmes. Combien de militants ne se lassent-ils pas de ne pas voir avancer leurs causes ? Combien désespèrent de ne point voir poindre un sursaut de révolte parmi leur sujet émancipateur favori ? Après quelques années de cette routine, je crains que ces militants ne lâchent l'affaire, et sombrent soit dans le fatalisme apolitisant, soit dans le carriérisme par défaut...

Chères et chers militant-e-s, nous devons faire de la politique par plaisir. Le militantisme doit être une fête éternelle, un enrichissement individuel continu, et non une quelconque forme de sacrifice ou d'austérité. Car notre projet de société n'est pas un objectif lointain, il est à vivre immédiatement, dans la vie quotidienne, dans nos rapports sociaux de tous les jours. La société n'est pas un bloc monolithique capitaliste et autoritaire, elle est multiple, plurielle, et nous pouvons y creuser dans ses parois des fresques et des phalanstères. Nos organisations sont d'ores et déjà des lieux de vie alternatifs, des espaces de pensée, de création, et d'expérimentation, en rupture avec la société dominante, nous devons les développer, étendre leurs modalités, et dévorer le monstre capitaliste de l'intérieur en étendant nos logiques et nos valeurs sans cesse à l'assaut de nouveaux bastions de la vie sociale, culturelle, symbolique, économique, politique, etc.
Notre idéal nous n'avons pas à l'attendre mille ans, il est à vivre ici et maintenant, et c'est sur cet ici et ce maintenant que nous aurons reconstruit, que nous bâtirons les fondations d'une révolution plus générale. Car la réalité est qu'il n'y a pas d'autre sujet émancipateur que nous-mêmes, et ce n'est nullement un problème. Dans une société où classe et groupes sociaux ne sont plus aisément perceptibles, c'est l'association des individus de bonne volonté qui prime pour donner vie à une société alternative.

Camarades, nous sommes notre idéal.
Vivons-le !

14:06 Publié dans Militantisme, Socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

09/03/2014

Fondements éthiques et ontologiques du socialisme


« La question que se pose l'anarchie pourrait être exprimée comme suit : quelles formes de sociétés permettent mieux à cette somme de bonheur de grandir et de se développer en quantité et en qualité ? »

Kropotkine


J'ai retrouvé chez Kropotkine l'intuition géniale qu'avait eu Gracchus Babeuf en son siècle sur la finalité du socialisme (à noter que je considère dans un texte philosophique, et non historique, comme équivalent socialisme, communisme, et anarchisme). Selon ces deux auteurs, le socialisme a comme finalité l'établissement du bonheur collectif et individuel.
Évidement, affirmer que le socialisme équivaut au bonheur c'est aller trop loin. Par contre, affirmer que le but du socialisme réside dans l'établissement des conditions idéales pour permettre à l'individu de rechercher et de trouver le bonheur me semble parfaitement valable. Il ne s'agit en effet donc pas de donner le bonheur aux individus, c'est proprement impossible car l'individu sait mieux comment atteindre le bonheur que la société ne le sait pour lui, mais simplement de mettre en place les conditions qui permettent à l'individu de rechercher le bonheur, et (éventuellement) de le trouver.
Je ne suis pas certain qu'à ce stade de la réflexion une définition du bonheur soit nécessaire. Si c'était le cas, je m'en tiendrais personnellement à proposer une définition ultra-simplifiée du bonheur comme étant la maximisation de sa satisfaction, quantitativement et qualitativement. Et je pense que cette définition n'infirme en rien mes premiers propos.

Les conditions idéales permettant à l'individu de rechercher le bonheur équivalent à la liberté. C'est en effet dans une société libre que l'individu a le plus de chance de trouver le bonheur, libéré qu'il est des contraintes et des asservissements de la société contemporaine. Ce point, comme le précédent et comme ceux qui suivront, nécessiteraient clairement un long développement argumenté, et j'y reviendrai dans un prochain billet. Disons que je me contente ici de poser les briques fondamentales de mon argumentation afin d'y voir plus clair.
Mais globalement, je rejoins les anarchistes libéraux qui pensent qu'il existe une nature humaine, mais je n'en tire pas les conclusions qu'ils en tirent sur la propriété de soi (et tout ce qui s'ensuit). Je pense que nous pouvons considérer que s'il existe bel et bien une nature humaine (universelle évidemment donc), cela explique pourquoi tous les êtres humains ont leur intérêt (leur possibilité de trouver le bonheur) dans le même projet de société : le projet de liberté, le projet socialiste. C'est notre nature humaine qui nécessite pour pouvoir se réaliser (soit trouver le bonheur) de pouvoir se développer au sein d'une société libre.

Il nous faut maintenant proposer une définition de la liberté. Ma position est que la liberté est en même temps positive et négative, les deux notions ne s'opposant pas, contrairement à ce que croient les anarchistes libéraux, mais se complétant harmonieusement.
La liberté est négative, car elle réside dans le fait de ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire. L'oppression, l'exploitation, la domination, l'aliénation, sont toutes des entraves qui se traduisent dans l’État (au sens non platonicien du terme), le capitalisme (et donc le salariat), et dans toutes les expressions autoritaires et dans toutes les hiérarchies.
La liberté est positive, car elle réside dans la capacité qu'a l'être humain de se réaliser. Nul ne défendra en effet qu'un être humain vivant dans une misère matérielle est réellement libre, d'où l'importance de la liberté en tant que capacité de se réaliser, qui se traduit dans la solidarité, l'égalité, et le partage.
La réalisation de la liberté négative et positive, la réalisation de la liberté tout court donc, c'est la mise en place des conditions idéales permettant à l'individu de trouver le bonheur, et c'est le but du socialisme. Ainsi, la plus haute de toutes les valeurs du socialisme, c'est la liberté. Toute les autres valeurs lui sont soumises, et ne sont que les conditions de la réalisation de la liberté. Voilà pourquoi le socialisme est essentiellement libertaire, et voilà pourquoi toute forme de socialisme non libertaire n'est pas du socialisme.

Enfin, deux autres postulats (complémentaires) qu'il faudra que je développe. Premièrement, il faut différencier le libre-arbitre de la liberté (je suis déterministe et ne crois pas en l'existence du libre-arbitre, mais cela ne m'empêche en rien de croire en la possibilité d'une société libre composée d'individus libres).
Deuxièmement, la liberté n'est pas un sentiment subjectif. Se croire libre ne fait pas de vous quelqu'un de libre : soit on est libre, soit on ne l'est pas, objectivement.

« Quel est le but de la société ? N’est-ce pas de procurer à ses membres la plus grande somme de bonheur qu’il est possible ? Et que servent donc toutes vos lois lorsqu’en dernier résultat elles n’aboutissent point à tirer de la profonde détresse cette masse énorme d’indigents, cette multitude qui compose la grande majorité de l’association ? »

Gracchus Babeuf

16:52 Publié dans Socialisme | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg