23/05/2014

Entretien avec le militant Frédéric Jollien

Je m'appelle Frédéric Jollien, j'ai 27 ans. Je suis enseignant à l'école primaire à temps partiel car je fais actuellement un master en didactique des langues étrangères avec spécialisation en allemand. Je souhaite dans le futur enseigner dans une école privée de langue étrangère et, en parallèle, tenter une aventure d'entreprise sur internet.

A côté de ma vie professionnelle j'ai une vie associative très intense. Je fais partie des Jeunes Libéraux-Radicaux du Valais, comme caissier du centre du Valais. Je suis co-président de Swiss Students for Liberty depuis 2013. C'est une association internationale d'étudiants libéraux dont nous avons étendu l'influence à la Suisse. Plus globalement, ça fait depuis maintenant 5 ans que je m'intéresse à la philosophie politique et à la pensée économique.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

FJ. Je suis un individu unique qui appartient à une combinaison unique de groupes sociaux divers et variés. Chacun de ces groupes constitue mon appartenance propre et mes spécificités propres. Décrire cette combinaison serait très complexe et barbant.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

FJ. Le militantisme est un acte délibéré de promouvoir des idées. C'est une résistance face à l'oppression que l'on voit ou que l'on croit voir. Cette oppression vient soit des autres qui souhaitent imposer des idées qui ne sont pas les nôtres, soit du système qui ne nous correspond pas. Militer signifie lutter pour un monde qui nous correspond mieux ou qui correspondrait mieux à tout le monde.


AF. Qu'est ce que le libéralisme selon toi ?


FJ. Le libéralisme est une philosophie politique visant la protection de la liberté individuelle. Le libéralisme défend la réelle minorité : l'individu. Par conséquent elle vise à réduire ou à supprimer tout acte coercitif d'individus sur d'autres individus. Si ce principe va de soit pour les faits de personnes isolées (le vol à main armée, le meurtre, etc...), il est malheureusement ignoré lorsque des actes ont été voulus par des officiels ou des majorités (guerre, taxation, inflation, ...).

Le libéralisme ne participe pas au culte de la démocratie telle qu'on la perçoit aujourd'hui. Qu'une minorité soit persécutée par un roi ou par le consentement démocratique du peuple ne fait absolument aucune différence. Pour un libéral, l'essence véritable de la démocratie est la souveraineté de l'individu sur sa vie personnelle.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?


FJ. Il y a mille voies différentes et je pourrais faire une liste assez importante d'entreprises envisageables pour amener à un monde plus libre. Certains refusent, par principe, de s'engager en politique, d'autres essaient de changer les idées à l'intérieur d'un parti et finalement, certains préfèrent créer un parti de toute pièce respectant parfaitement le libéralisme (UP-Schweiz). Il y a aussi beaucoup d'autres voix qui ne touchent absolument pas au jeu politique comme l'écriture, la recherche, la diffusion d'idées ou les actions spontanées.

Personnellement je suis responsable international à l'Institut Coppet. J'aide l'Institut libéral occasionnellement (traduction d'articles, marketing d'un concours d'écriture, ...). Avec Swiss Students for Liberty c'est plutôt par des actions et de l'information à l'attention des jeunes que nous espérons faire changer notre société. Je suis également actif au sein du Parti Libéral-Radical, particulièrement auprès des jeunes.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

FJ. C'est en particulier par les écrits que certains individus m'inspirent. Je pense notamment à B.Constant ou F.Bastiat qui m'ont particulièrement bousculé. J'ai aussi été inspiré par l'action de Ron Paul aux États-Unis qui a osé, au sein d'un parti néo-conservateur, s'affirmer et faire ressortir les valeurs de liberté qui fondèrent leur pays. Il osa démontrer toute la contradiction de la très large majorité des membres de son parti. C'est un acte de courage extraordinaire car on s'expose et on s'attire les foudres de toutes les personnes qui ne supportent pas de remettre en question leurs idées.



AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


FJ. Respect (non-violence), humilité et responsabilité



AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

« Hommes de spoliation, vous qui, de force ou de ruse, au mépris des lois ou par l'intermédiaire des lois, vous engraissez de la substance des peuples ; vous qui vivez des erreurs que vous répandez, de l'ignorance que vous entretenez, des guerres que vous allumez, des entraves que vous imposez aux transactions ; vous qui taxez le travail après l'avoir stérilisé, et lui faites perdre plus de gerbes que vous ne lui arrachez d'épis ; vous qui vous faites payer pour créer des obstacles, afin d'avoir ensuite l'occasion de vous faire payer pour en lever un partie ; manifestations vivantes de l'égoïsme dans son mauvais sens, excroissances parasites de la fausse politique, préparez l'encre corrosive de votre critique : à vous seuls je ne puis faire appel, car ce livre a pour but de vous sacrifier, ou plutôt de sacrifier vos prétentions injustes.

On a beau aimer la conciliation, il est deux principes qu'on ne saurait concilier : la liberté et la contrainte »

Frédéric Bastiat (1801-1850)

 

 

 

 

 

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22/05/2014

Entretien avec la militante Camille de Félice

 

Camille de Félice, 20 ans, est étudiante en deuxième année de Bachelor en français et en philosophie à la Faculté des Lettres de l'Université de Genève. Après ses études, elle aspire à devenir enseignante. Elle est membre de SolidaritéS depuis deux ans et demi, et milite aussi dans d'autres associations. Elle se considère par ailleurs comme socialiste libertaire. Son signe astrologique est gémeaux, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le loup.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CdF. Je suis née et j’ai grandi dans une classe plutôt aisée. Néanmoins, ma famille a toujours été de gauche ; par conséquent, dès mon enfance, j’ai été sensibilisée à certaines questions politiques telles que l’écologie, l’égalité entre les sexes, les inégalités sociales, etc.


AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

CdF. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent à tort, la politique ne consiste pas seulement à voter de temps en temps, à faire signer des initiatives et à rédiger des communiqués de presse sur tel et tel sujet. A mes yeux, les individus, dès lors qu’ils vivent ensemble, sont amenés à faire de la politique. Dès qu’une décision concerne les autres membres de la société, il s’agit de questions politiques. Si quelqu’un affirme que la politique ne l’intéresse pas, s’il suit vraiment son raisonnement, alors il se désintéresse du fonctionnement même du monde dans lequel il vit et de comment il s’organise. Refuser de faire de la politique, et, je le répète, il ne faut pas la confondre avec la politique parlementaire, c’est se désinvestir du monde dans lequel on vit. Ma conception de la politique explique, par conséquent, la nécessité de s’engager et de militer. Le militantisme peut prendre de nombreuses formes différentes, mais il a notamment pour but de contester le système, de défendre ses convictions et de lutter pour un monde meilleur.


AF. Qu'est-ce que le socialisme selon toi ?
 

CdF. Le socialisme, c’est une manière de vivre et de voir le monde. C’est être convaincu qu’un autre monde est possible. Le socialisme veut l’égalité entre les Hommes, la justice, l’épanouissement de chacun, la liberté. Réaliser le socialisme, c’est vouloir l’abolition de tous les moyens d’exploitation de l’Homme par l’Homme, c’est-à-dire aussi bien le capitalisme que l’État. Le but du socialisme est d’atteindre un système social sans classes, sans discriminations, sans répression, qui nous permette de vivre en harmonie avec la nature, libres et heureux.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

CdF. Cet idéal trouve un moyen de se réaliser, certes à travers le militantisme, mais aussi et surtout par un renouvellement de notre mode de vie. Nous devons refuser l’asservissement à ce système inhumain qui nous exploite en nous imposant le diktat du travail, du salariat, de la consommation effrénée, de la pensée unique… Nous devons nous libérer de ces chaînes en prenant conscience de notre individualité et de celle des autres, et d’y laisser libre cours. Il faut travailler sur de nombreux fronts en parallèle : un important travail sur l’éducation doit être réalisé afin de changer les mentalités. Il faut aussi lutter contre le capitalisme sous toutes ses formes, et s’il faut passer par des réformes, alors il ne faut pas hésiter à s’emparer également de ce moyen d’action, quand bien même il ne s’agirait là que d’une illusion démocratique, car seule une véritable insurrection nous permettra de venir à bout de ce système dont nous n’avons jamais voulu. Enfin, il faut résister à toute forme de répression ; bien qu’on ne puisse pas comparer le cas suisse à celui d’autres pays, il est nécessaire de rappeler que la Suisse se targue d’être l’une des démocraties les plus accomplies et, pourtant, nous n’avons pas le droit de manifester librement, nous sommes constamment surveillés et contrôlés, nous n’avons pas légalement le droit à l’autodétermination. Afin de construire une société socialiste, nous devons par conséquent commencer par refuser de faire le jeu de ceux qui gouvernent le monde, notamment au moyen de la désobéissance civile, de la réappropriation de l’espace de vie et de la (re)construction d’un mouvement social anti-autoritaire.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
 

CdF. J’ai certes fait certaines lectures qui m’ont permis d’acquérir un semblant de base théorique, mais j’ai beaucoup appris en militant dans la rue, en parlant avec les gens. En tant que tel, ce ne sont pas des auteurs dits politiques qui m’ont le plus influencée. En tant qu’étudiante en littérature française, j’aurai plutôt tendance à citer des poètes, qui sont à leur manière des militants politiques, des « voyants » comme disait Arthur Rimbaud. Si je dois citer un auteur, alors je citerais André Breton, qui est le principal théoricien du surréalisme. Ce mouvement est révolutionnaire par essence ; proposant une nouvelle esthétique, il rejette par ailleurs le rationalisme afin de laisser place à la subjectivité humaine, c’est-à-dire à l’Art. Le surréalisme a pour but de changer la vie, en se débarrassant des interdits sociaux, de ce qu’on a établi comme étant le « bon goût » et la « morale » qui sont toujours ceux de la classe dominante. Nous devons nous en inspirer afin de mener à bien la révolution ; celle doit aussi bien être économique, sociale, artistique que dans les mentalités.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

Le respect, la solidarité et la compassion.


AF.  Envie d'ajouter encore quelque chose ?
 

Pour finir, je souhaite citer Diderot lorsqu’il dit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.» Denis Diderot, (L’Encyclopédie, l’Autorité politique.)

Il est désolant de voir que dans la majorité des institutions et des organisations aussi bien politiques que sociales, si ce n’est pas dans toutes, le concept d’autorité est non seulement la norme - en réalité, on n’imagine pas qu’un système sans autorité soit possible - mais il est aussi valorisé, présenté comme inhérent au monde dans lequel nous vivons. En tant que socialistes, nous devons nous opposer à cette idée reçue et lutter pour un monde sans pouvoir et libre.

 

 

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21/05/2014

État des lieux des jeunesses de parti à Genève


Dans le cadre de cette période de bilan et de rétrospective que je m'offre (et qui durera encore un certain temps), je propose une petite classification des différentes jeunesses de parti à Genève. Mon propos est moins de mettre en valeur ma propre jeunesse de parti que de proposer au regard extérieur un petit panorama du rapport des forces des jeunesses de parti dans ce canton. Par ailleurs, si certains jugeaient mon analyse erronée, je serais très heureux de recueillir leurs commentaires et leurs données. Enfin, il faut noter que certaines jeunesses de parti sont des sections de leur parti mère, tandis que d'autres (comme la Jeunesse Socialiste Genevoise) sont des sections de leur propre parti (dans notre cas la Jeunesse Socialiste Suisse) affiliées à leur parti mère (ce qui nous donne évidemment une autonomie supplémentaire et une liberté de mouvement supérieur par rapport aux autres jeunesses de parti qui dépendent directement de leur parti mère).

1. Les grandes jeunesses de parti

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont les plus actives (au moins une action par mois), les plus nombreuses (au moins 10 membres actifs), et les plus communicantes (au moins une à deux communications par mois aux médias et à la presse).
Dans cette catégorie, on trouve bien évidemment la Jeunesse Socialiste Genevoise avec entre 15 et 20 membres actifs, plus d'une action par mois, et bien davantage que deux communications par mois normalement, mais aussi la Jeunesse Libérale-Radicale (JLR), dont on peut supposer qu'elle s'est inspirée un peu de nous pour certaines choses, avec probablement une quinzaine de membres actifs.

2. Les petites jeunesses de parti

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont peu actives (moins d'une action par mois), peu nombreuses (moins de 10 membres actifs), et peu communicantes (moins d'une communication par mois aux médias et à la presse).
Dans cette catégorie, on trouve le Groupe Jeunes de SolidaritéS (qui a le statut formel de groupe de travail, et non de jeunesse de parti), et les Jeunes Démocrates-Chrétiens (JDC).

3. Les jeunesses de parti amorphes

Il s'agit des jeunesses de parti qui sont inactives, inhabitées, et silencieuses. On retrouve dans cette catégorie les Jeunes Vert-e-s (depuis le départ de Julien Cart), la Jeunesse Communiste (malheureusement), les Jeunes de l'Union Démocratique du Centre (JUDC), et les Jeunes du Mouvement Citoyen Genevois (JMCG).

En tout, il y a donc 8 jeunesses de parti à Genève, dont 2 sont vraiment actives, nombreuses, et communicantes, 2 autres le sont un peu, et 4 autres ne le sont quasiment pas.
A noter que tous les autres partis n'ont simplement pas de jeunesse de parti, car ils sont trop petits (et trop faibles) pour être capables d'assurer le financement, le recrutement (nécessaire au tout début du lancement d'une jeunesse), et le soutien à une jeunesse de parti. Le fait de "posséder" une jeunesse de parti est donc le reflet de la puissance d'un parti, et même si une jeunesse de parti peut ne pas toujours servir directement l'ensemble des intérêts d'un parti (lorsque cette jeunesse est particulièrement autonome ou aspire à une position avant-gardiste), elle assure tout de même la formation d'une partie des futurs membres (voire « cadres » disent certains) du parti.

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19/05/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux - Deuxième partie


AF. Qu'est ce que l’État selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'Etat c'est le peuple (du moins ça devrait l'être...). L'Etat est un organe qui est constitué de toutes les personnes qui vivent en son sein, il s'agit donc de l'organe résultant de l'union de la population.

En même temps cet Etat doit être un protecteur qui prend soin des plus faibles, ceux qui ne peuvent pas travailler, ceux qui n'ont pas eu une naissance heureuse... Chacun doit bénéficier d'un minimum de protection et nombreux sont ceux qui n'en auront jamais, l'Etat doit être présent pour ces personnes là. Il doit gommer au maximum les injustices de la vie.

Dans la construction du socialisme et de la société de tous les jours, l'Etat doit assurer des fonctions de base qui sont une bonne éducation pour toutes et tous, un véritable accès aux soins équivalents pour toutes et tous et, comme je l'ai dit plus haut, une défense et une protection des plus faibles.
 

AF. Qu'est ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. La science est le domaine de la connaissance du monde qui nous entoure. Elle est fondée sur des bases logiques, avec des liens de causes à effets ou simplement de prédispositions. Peut-être que je dis ça parce que j'ai une formation de scientifique, mais pour moi la science est extrêmement importante dans la construction du socialisme. Celui-ci mettra en place une logique de partage de la connaissance scientifique : le savoir et sa maîtrise appartient à l'espèce humaine et non à quelques uns.

La science permet de mieux comprendre notre monde, et par conséquent elle nous permet de l'améliorer. C'est vrai que le développement technologique amène des problèmes, mais la réflexion scientifique permet de les cerner et de les résoudre, si le système le veut, ce qui n'est pas le cas actuellement pour les problèmes de surconsommation et de pollution.

En somme, la science fait partie inhérente du socialisme. La science médicale avec une amélioration des conditions socio-économiques a réussi à augmenter l'espérance de vie à la naissance de 35 ans au cours du 20e siècle.

 

AF. Qu'est ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. Autant la science permet de comprendre le monde sur les faits, autant celle-ci peut difficilement imaginer le monde si les choses étaient différentes. C'est là que la philosophie intervient. Elle est la réflexion sur le monde actuel et passé, mais aussi sur les potentiels mondes futurs. La philosophie crée une réflexion perpétuelle sur le système. Ainsi elle l'améliore en tout temps. Comme un idéal ne doit pas être fixe, car celui-ci favoriserait les injustices et la dictature par manque d'ouverture, la philosophie est le rempart face à l'intégrisme d'un quelconque idéal. Elle est le garant de l'amélioration de cette idéal, qu'il soit socialiste ou non.

La philosophie a fondé les bases du socialisme théorique, elle le modifiera au courant des siècles à venir.

 

AF. Qu'est ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'art est très difficile à définir, et s'obstiner à en donner une définition a des limites, et j'y vois personnellement une négation de l'art en soi. L'art peut avoir un mission, un but, ou être inutile au premier abord. L'art existe dans la plupart des systèmes, même ceux qui tentent de le limiter. Il est lié à ce qui fait de nous notre « humanité ». Si un passage à un système socialiste devait avoir lieu, il me semble évidement qu'un grand mouvement artistique suivrait. A moins que ce mouvement ne précède l'arrivée du socialisme...

 

AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

BT. Si nous considérions notre système éducatif comme étant parfait, d'une certaine manière nous sommes perdus. Nous pouvons toujours tout améliorer, donc tout est à réformer tôt ou tard.

Notre système éducatif néglige trop les langues étrangères. Tout d'abord, nous vivons en Suisse, pays possédants 4 langues nationales. Nous parlons la deuxième, plus répandue, mais sommes mal formés à la maîtrise de la première : l'allemand (ou ses dialectes suisse-allemands). L'apprentissage de l'allemand est fait de manière trop stricte, trop réglé. Nous, les jeunes romands, sommes stressés de faire une erreur lors de toute expression en langue germanique, car il faut bien placer son datif, etc. Au final, nous ne sommes pas prêts de communiquer dans la rue avec une bonne partie des résidents suisses. Nous devrions plus apprendre à communiquer en allemand.

A cela, au niveau des sciences, il faudrait appliquer la logique de Claude Bernard (physiologiste français du 19e siècle). Tout apprentissage d'un fait devrait être réalisé en comprenant ses causes et conséquences. Le bourrage de crâne d'apprentissage par cœur est une négation de la science. Si nous comprenons les cause, alors les « sciences » telles qu'elles sont enseignées sont plus intéressantes et ouvrent mieux l'esprit.

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16/05/2014

Échecs et apprentissages à la Jeunesse Socialiste

 


Le but de mon dernier billet était de montrer ce qu’il était possible de faire dans une jeunesse de parti.
A présent, je vais m’étendre sur ce qu’il n’est pas  possible de faire à la Jeunesse Socialiste (ou de manière plus générale dans une jeunesse de parti), mais pour pouvoir faire cela convenablement il va me falloir d'abord remonter un peu dans le temps.



Il y a 2-3 ans, en pleine crise économique et sociale, les gouvernements social-démocrates européens se convertissaient tous à l’austérité, condamnant les populations du sud de l’Europe au chômage et à la pauvreté. Mes maigres convictions politiques de l’époque s’écroulaient devant pareil spectacle et ma foi social-libérale (très conventionnelle) dans le capitalisme chapeauté d’un État-providence ne devait plus jamais s’en remettre. Du social-libéralisme au réformisme, du réformisme à la révolution, de la révolution à l’anarchisme, le fossé qui me séparait de la social-démocratie s’accrut ensuite progressivement.
J’ajouterais qu’on entend souvent que la social-démocratie suisse serait plus à gauche que la social-démocratie européenne, et si cela est vrai sur le papier programmatique (qui m’a longtemps illusionné), la réalité des pratiques de collaboration avec la droite dément gravement cette affirmation.
Voilà pour le cadre général, à présent, revenons-en au vif du sujet : mes échecs à la Jeunesse Socialiste.

Ma première tentative, après la conversion de ma section aux idéaux socialistes, consista à imaginer un projet d’union entre Jeunes Socialistes et représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste. De cette idée naquit le Mouvement Socialiste Anticapitaliste (ensuite renommé par souci tactique Mouvement des idées socialistes), dont le but était d’organiser la gauche du parti pour lui permettre de faire face aux social-libéraux. La première étape de cette possible union consistait à rassembler les diverses Jeunesses Socialistes de Suisse romande dans le mouvement avant de commencer à prendre des contacts avec l’aile gauche du PS. Naturellement, les premiers contacts furent pris avec la JS vaudoise, la section la plus proche géographiquement de Genève. Et c’est avec stupéfaction que je découvris alors que les JS vaudois, non seulement se méfiaient du projet, mais en plus n’étaient pas vraiment socialistes… C’est là que je compris que les sections JS en Suisse romande étaient bien différentes de la section genevoise. Organisées avec des comités possédant de grands pouvoirs et des assemblées générales sans réelles compétences, ces sections se considèrent généralement comme des sous-sections des PS cantonaux, et leurs positions sont plutôt social-libérales. Ce premier échec m’ouvrit les yeux sur la réalité de mon parti au niveau romand. Plus tard, je devais aussi constater la faiblesse de l'aile gauche du PS.

Ma seconde tentative était une conséquence logique de mon premier échec au niveau romand. Puisqu’agir depuis l’échelle romande était impossible, je décidais d’agir directement au niveau fédéral. Cette tentative se traduisit par le dépôt de deux motions par ma section, l’une demandant que la JS suisse s’engage pour la sortie du PS du Conseil Fédéral et l’autre demandant que la JS suisse s’engage pour que le PS ôte de son programme sa demande d’une adhésion de la Suisse à l’Union Européenne. Alors que la motion sur l’UE allait être présentée à l’assemblée de nos camarades suisses, les membres de ma section firent le constat que seule une infime minorité de JS présents s’apprêtaient à nous soutenir et retirèrent la motion pour éviter un fiasco. Je découvris alors que les JS romandes n’étaient probablement pas l’exception, mais la norme au sein de notre parti. L’aile gauche de la JS suisse, 150 trotskistes réunis dans l’organisation Funke avec un cercle d’influence de 100 autres membres environ (sur 3000 à 3500 membres que compte la JS suisse), n’avait quant à elle pas l’intention de soutenir nos démarches unilatérales.
Ce second échec me fit prendre conscience du rapport de force qui existait au niveau fédéral, et de la marginalité des positions que nous avions adoptées à Genève.

Ayant échoué au niveau romand et fédéral, ne croyant plus en la social-démocratie, je me résignais à une troisième tentative concentrée sur Genève. Il s’agissait de rassembler les jeunesses de gauche du canton en un vaste mouvement de jeunes militants. Pour réaliser cela, je lançais l’idée d’une initiative cantonale commune. Si l’idée sembla avoir quelques succès auprès des différentes jeunesses de gauche au début, quelques réunions plus tard les jeunes de SolidaritéS se retirèrent du projet, tandis qu’il devenait évident que les Jeunes Vert-e-s et la Jeunesse Communiste n’existaient plus vraiment...
De ce troisième échec je constatai la faillite de mes diverses tentatives, et décidai d’explorer de nouvelles modalités militantes.





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15/05/2014

Ce qui a été fait à la Jeunesse Socialiste Genevoise


C'est l'heure de rédiger quelques lignes de bilan pour que l'on puisse comprendre ce que j'ai bien pu faire de ma présidence à la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG) ces deux dernières années. Je ne vais donc pas parler de ce qui a été fait par la JSG, car cela vous le savez déjà (certes probablement fort partiellement) si vous suivez le parti sur les réseaux sociaux ou via notre journal (ou éventuellement parfois par les médias et la presse). Je ne vais pas non plus aborder ma fonction sous l'angle des devoirs administratifs, médiatiques, ou communicationnels, car cela ne présente pas grand intérêt pour le lecteur je crois.


Alors qu'ai-je pu bien faire ces deux dernières années de présidence ?

Il faut vous représenter qu'à peu près au moment où j'abandonnais (contraint par la raison) mes positions social-libérales il y a deux ans, Romain de Sainte-Marie et Olga Baranova quittaient la JSG (pour un investissement conséquent au sein du Parti Socialiste Genevois) et me laissaient avec une toute nouvelle équipe de camarades très motivés. Le futur du parti était donc totalement ouvert. Et j'en ai profité.
Ma démarche a suivi trois angles d'attaque.

D'abord, radicaliser les positions du parti et lutter contre les idées social-libérales. Cela fut un long combat, mais au final il ne subsiste plus d'idées social-libérales au sein de notre parti. Il est impossible de le retracer ici, mais cela représente un sacré paquet constant de débats, et un gros travail d'apprentissage commun, avec comme clef de voûte le travail qui fut fait sur le Manifeste (des heures de débat d'abord en groupe de travail, puis douze heures de débat en assemblée, puis encore quelques heures durant la seconde année). La victoire sur les idées social-libérales devait nous amener à la situation actuelle où le parti est certes divisé entre trotskistes, réformistes, et libertaires, mais où chacun d'entre nous se retrouve sur des positions socialistes. Ce qui fait tout de même un joli pluralisme au sein de notre section.
Bien entendu, cette radicalisation du parti impliquait un affermissement de l'autonomie de la JSG vis à vis du PSG. Mais comme ce dernier a toujours soutenu cette autonomie, cela n'a pas posé vraiment de problème.

Ensuite, démocratiser au maximum toutes les structures du parti pour se rapprocher le plus possible de l'autogestion. Avec la nouvelle équipe de membres arrivée il y a deux ans, nous avons entrepris une ré-organisation du comité, des statuts, du pouvoir de l'Assemblée Générale (AG), etc. En pérennisant le système de l'AG hebdomadaire, en réduisant les compétences du comité, en contraignant les membres du comité à rendre des comptes directement à l'AG chaque semaine, et en virtualisant nos moyens de communication (afin d'obtenir un échange quotidien et rapide entre tous les membres, de l'AG ou du comité), nous avons réalisé une forme de mandat impératif de l'assemblée des membres à son comité. C'est toutefois quelque chose de constamment remis en question et je ne suis pas certain que cela perdure. Cela reste néanmoins un acquis important qui fut obtenu.

Enfin, créer une ambiance conviviale. Cela peut paraître simpliste, mais c'est essentiel. Il est impossible d'imaginer militer chaque semaine, voire plusieurs fois par semaine, si les membres du parti ne s'apprécient pas. C'est pourquoi un certain accent a été mis sur les activités festives durant ces deux dernières années.

Voilà en trois points, le cœur de ce qui a été réalisé à l'interne du parti ces deux dernières années.
Dans mon prochain billet, je reviendrai sur mes principaux échecs à la Jeunesse Socialiste.



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14/05/2014

Démission de la présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise


Hier, lors de l'Assemblée Générale de la Jeunesse Socialiste Genevoise, j'ai présenté ma démission de la présidence du parti.

Voici quelques mots que j'ai prononcés à cette occasion :



« Chères et chers camarades,

Permettez-moi de vous présenter ma démission de la présidence du parti, avec effet immédiat.
Si vous voulez bien, et comme le veut la tradition de notre parti, j'aimerais dire quelques mots pour accompagner et justifier cette démission.

Tout d'abord, je tiens à dire que je ne démissionne pas de manière inconséquente et futile, mais après un temps certain de réflexion et de maturation, ainsi qu'après avoir reçu l'assurance que Tristan et Brice sont prêts à reprendre ma fonction, si vous le désirez, ce qui fait que la présidence ne connaîtra pas d'absence.

Ensuite, concernant les raisons de ma démission, je considère qu'après plus de 3 ans au comité de ce parti et plus de 2 ans à sa présidence, j'ai fait mon temps. Je n'ai en effet ni le temps, ni la disponibilité, ni l'énergie, ni la motivation, pour exercer cette fonction, qui nécessite pour le bien du parti quelqu'un de plus motivé et de plus investi.

Qui plus est, mon rapprochement avec les idées libertaires me met de plus en plus en porte à faux avec les idées trotskistes et réformistes auxquelles adhèrent majoritairement les membres de notre section, ce qui affaiblit clairement ma représentativité, et, je le sens bien, provoque une certaine irritation chez certains d'entre vous.

Par ailleurs, j'ai bien l'impression que certains JS genevois souhaiteraient avoir un président qui assure davantage un rôle de direction du parti, voire carrément d'autorité.
Ayant toujours cherché à supprimer toute hiérarchie au sein de parti, je me sens fort peu en phase avec pareille vision.

Si je devais tirer un bilan de mes 4 dernières années de militantisme au sein de la Jeunesse Socialiste Genevoise, il serait bien évidemment extrêmement positif, tant mon expérience au sein de ce parti m'a apporté et m'apporte toujours à tous les niveaux.

Ma fin de présidence a été, comme toutes les fins de présidence je crains, plutôt laborieuse, car il me manquait temps, énergie, motivation, et disponibilité... Et c'est pourquoi je vous présente mes excuses pour cette fin de présidence quelque peu poussive.

Quant à ma présidence, elle a été, je suppose, à mon image, avec les qualités et les défauts évidents qui me sont propres.

Ce qui m'a en tout cas toujours importé lors de ma présidence a été de préserver et de développer la démocratie, l'horizontalité, et la convivialité, au sein de notre parti, notamment en évitant au maximum la séparation entre comité et membres.
En outre, je crois que nous avons réussi à mettre au cœur de notre activité militante l'idéal que nous poursuivons, le socialisme, en tant que projet de société réel, et c'est là quelque chose qui a de l'importance à mes yeux.

Je remercie chacune et chacun d'entre vous pour ce qu'il m'a été donné de vivre à vos côtés.
Notre parti est composé d'individu honnêtes, avec de vrais idéaux, et je crois que nous pouvons nous en féliciter, tant cela est rare et précieux aujourd'hui.

Je reste membre de la Jeunesse Socialiste Genevoise et je continuerai de participer aux activités de ce parti.

Merci de m'avoir écouté. »



Une phase de mon militantisme et de mon engagement politique se termine, mais ce n'était bien entendu qu'un début.



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12/05/2014

Théorème pour un militantisme harmonieux

« Il me paraît frappée de dérision toute forme d'engagement qui se tient en deçà de cet objectif triple et indivisible : transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pièces l'entendement humain. »
André Breton, 1946


Je crois avoir trouvé dans cette phrase de Breton une jolie illustration de ce que j'ai essayé de formuler à travers mes derniers billets. Il y a un triple impératif militant, trois voies que doit et peut emprunter le militantisme pour se réaliser et atteindre ses buts.

La voie du militantisme traditionnel (transformer le monde), celle du tract qui se tend vers ce citoyen au hasard d'un après-midi gris ou jaune, celle du militant qui débat et se débat devant ses pairs pour faire entendre sa voix parmi un public plus ou moins ouvert ou grognon, celle du journal qui prend forme, ligne après ligne, mot après mot, et qui finit dans la poche de l'ami consciencieux ou du parent aimable, celle du cortège vindicatif, de la trompette populaire qui vient sonner les messieurs qui siègent, celle de la grève qui libère, celle de la rue qui hurle, celle de l'occupation qui illumine, et celle de la tribune qui scande.
Vaste programme, chaud et besogneux, trépidant et harassant, passionnant et tellement social.

Pour que cette première voie ne soit pas une ascèse, mais au contraire, pour qu'elle soit joie et découverte, le second chemin du militant (changer la vie) prend la forme du phalanstère. L'espace se distend, se tord, se détourne de son devenir contraint, et finit par exploser dans une novatrice et régénératrice expérimentation. Nouvelle socialité, nouvelle organisation, nouvelle liberté, la pyramide se tasse et s’aplanit jusqu'à se fondre avec l'horizon, pour que surgisse une sociale spatialité réellement socialement vôtre, et que chacun découvre un pair aussi libre et aussi égal que son ego propre. Une autre vie est possible, dès maintenant, il suffit de la saisir et de l'étreindre avec suffisamment de conviction : que notre idéal fleurisse, et que partout il s'étende.

Enfin, la troisième voie (refaire de toutes pièces l'entendement humain) est celle qui couronne toutes les autres, car sans elle les précédentes ne sont pas possibles.
Il s'agit des deux puissances éternelles, l'art et la philosophie, qui toutes deux sont seules à même de permettre à l'individu de se faire militant, et de saisir son idéal. Par la sensibilité et par la raison, la transformation individuelle devient possible, et par là, devient possible la transformation de toute la société. Il faut parler à l'esprit humain et lui parler par les deux portes qui flanquent son crâne, celle du discours rationnel, de l'argument, de la logique, du raisonnement qui éclaire, et celle de la surprise, de l'étonnement, du sentiment, et de l'émotion.

La révolution en tant que mouvement est ce triple cheminement militant. Son apothéose se fait apparente dans la poussée finale qu'une main commune donne au vieux monde pour mieux le balayer, table rase.

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08/05/2014

Typologie de phalanstères


Avec la reformulation que j'ai donné dans mes derniers articles du militantisme, qui a provoqué un certain nombre de réactions positives ou au contraire clairement négatives, quand ce n'est pas carrément indignées voire fâchées, j'ai mis un accent particulier sur un élément, le phalanstère.

Cette tradition des phalanstères, dont le terme a été inventé par Fourier, se retrouve en réalité dans toute l'histoire des familles socialistes, communistes, et anarchistes. Marx et ses successeurs, de même que des anarchistes comme Bakounine ou des utopistes comme Owen, ont en effet toujours mis en évidence l'importance des coopératives ouvrières dans la construction du mouvement socialiste, tandis que les municipalités rouges ont joué un rôle non négligeable dans l'amélioration des conditions de vie des travailleurs. Aujourd'hui, la municipalité de Marinaleda, la coopérative de la Librairie du Boulevard à Genève, les Zones à défendre, les squats autogérés, les expérimentations communautaires hippies ou de nos jours décroissantes, le quartier « indépendant » Christiana, mais aussi dans une certaine mesure la section genevoise de la Jeunesse Socialiste (ou d'autres organisations de gauche autogestionnaires), sont quelques exemples contemporains de ces phalanstères, espace de vie alternatifs où il est permis de vivre dans l'immédiat des rapports sociaux différents de ceux de la société capitaliste.

Je pense que l'on peut classer les différents types de phalanstères en cinq catégories.

1. Le micro-phalanstère (l'individu-phalanstère) est l'unité fondamentale de tout espace de vie alternatif. Il s'agit de l'individu et de la modification de son environnement qu'il provoque par son comportement et son attitude simplement en agissant selon les normes éthiques socialistes/communistes/anarchistes. En soi, l'individu crée un espace vivant (social) autour de lui qui est d'ores et déjà un espace partiellement insoumis aux règles capitalistes.

2. La réunion de micro-phalanstères (le phalanstère nomade) consiste en la création d'espaces, sporadiquement ou de manière régulière, mais géographiquement non fixes (nomades), de plus grande ampleur. Ces réunions se traduisent par exemple dans les cercles de lecture ou d'étude, dans les bureaux de recherche, dans les clubs festifs, qui se rassemblent de manière itinérante sans occuper les mêmes lieux.

3. Le phalanstère est cet espace de vie alternatif qui existe continuellement et sur un espace défini. Il s'agit des coopératives ouvrières ou de logement, des squats établis, des zones occupées sur une certaine durée, des librairies, clubs, bibliothèques, fixes, ou encore des organisations politiques autogestionnaires.

4. Le réseau de phalanstère est une succession diffuse, en chaîne, de nœuds de résistance spatialement fixes mais organisé en alliance. Cette fédération de phalanstère constitue les fondements de la contre-société révolutionnaire et peut espérer sur le long terme concurrencer le capitalisme et le miner de l'intérieur.

5. Enfin, l’État-phalanstère (le macro-phalanstère) représente la constitution du réseau de phalanstères en un territoire relié et continu. Si tout phalanstère peut se fixer ses propres règles (par le biais de l'autogestion et de la démocratie directe), l’État-phalanstère se fixe en tout cas des règles sans tenir compte des règles de l’État capitaliste. Autrement dit, il s'agit du stade où la contre-société est suffisamment organisée (c'est uniquement en ce sens que j'emploie le mot « État ») pour pouvoir tenter une confrontation directe (et éventuellement totale) avec les autorités capitalistes.

Un mot de conclusion ?
Créez et incarnez vos phalanstères !

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07/05/2014

Arguments en faveur du salaire minimum à 4000 francs



Afin de participer à un débat public à l'école de commerce d'Emilie-Gourd sur le salaire minimum à 4000 francs, j'ai compilé un ensemble d'arguments en sa faveur.
J'en publie la petite somme ici pour celles et ceux qui en auraient l'usage.


1. Le salaire minimum permet de réaliser le droit à chaque individu à pouvoir vivre dignement de son travail. Quiconque travaille à 100% doit pouvoir subvenir à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille. On parle de rémunérer les travailleurs à la hauteur de 4000 francs pour 42 heures de travail hebdomadaire, ce qui revient à seulement 22 francs de l'heure, ce n'est donc pas une grosse somme, et c'est un impératif éthique dans une société qui se veut moderne. Il faut réaliser le chiffre énorme que représente le nombre de 335 000 travailleurs (soit 9% des salaires) qui doivent se débrouiller, on ne sait comment, avec moins de 4000 francs par mois ! Comme par hasard, 70% sont des femmes... ! Et, autre fait choquant, 1/3 d'entre eux ont un CFC. A Genève, cela concerne 33'000 travailleurs.
A noter encore que 75% des travailleurs gagnant moins de 4000 francs ont plus que 25 ans. Enfin, le salaire minimum ne concerne pas les apprentis, les stagiaires, ou les personnes en formation.

2. Le salaire minimum est un salaire plancher, nullement une norme nivelant tout le monde à ce taux minimum, et nullement un salaire maximum. Autrement dit, et dans le respect du fédéralisme, il est totalement possible (et carrément chaudement encouragé évidemment) de fixer un salaire minimum davantage élevé dans les cantons, comme Genève ou Zürich, où le coup de la vie est particulièrement élevé.

3. Le salaire minimum est une question de justice sociale. De 2002 à 2010, la productivité a augmenté en Suisse de 6%, mais le salaire moyen n'a augmenté que de 3,5 %, tandis que celui des titulaires d'un CFC a même baissé de 0,4%... Pendant ce temps, les salaires des cadres supérieurs ont augmenté de 14% !
A Genève, 10% des plus hauts salaires se partagent 30% de la masse salariale tandis que les 30% des plus bas salaires doivent se satisfaire de 10% de la masse salariale...
Alors qu'aujourd'hui 1 salarié sur 5 est incapable de faire face à une dépense imprévue de 2000 francs, la droite nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour financer le salaire minimum. Pourtant, on voit bien que c'est simplement une question de redistribution des richesses et des fruits de la production de manière plus équitable et plus juste. En 2013, 42 milliards de francs ont été distribués sous la forme de dividendes aux actionnaires des entreprises suisses. La même année, Brenninkmeijer, le propriétaire de C&A, une de ces entreprises qui versent des salaires de moins de 4000 francs, et dont la fortune est estimée à 25 milliards d'euros, s'est fait construire une nouvelle villa de luxe à Oberägeri. Visiblement, l'argent nécessaire à financer le salaire minimum est bien là, mais dans les poches d'une petite minorité égoïste. Car financer le salaire minimum à 4000 francs ne coûterait en fait que 1,6 milliards de francs (et se traduirait par des augmentations de salaire de 1 à 20%). Une somme infime en comparaison des chiffres des profits du patronat !

4. Le salaire minimum ne crée pas du chômage, bien au contraire, il crée de l'emploi. Car le salaire minimum à 4000 francs c'est davantage de revenu pour les travailleurs, et des revenus plus élevés pour les travailleurs c'est davantage de consommation, ce qui provoque une hausse de la demande et de la production (l'offre devant répondre à la hausse de la demande) se concrétisant par une hausse de la demande en travail, et donc en emplois. En outre, le salaire minimum libère les travailleurs qui étaient obligés de cumuler deux jobs sous-payés, et leur permet de ne garder qu'une seule source de revenu, ce qui donne l'opportunité à d'autres travailleurs de reprendre le second emploi (à présent payé plus décemment). Enfin, le salaire minimum c'est davantage de motivation à travailler, et donc une hausse de la productivité qui se traduira à nouveau par une hausse de la production, de la croissance, et in fine de l'emploi. On le voit donc bien, le salaire minimum crée de l'emploi.

5. Le salaire minimum va permettre aux assurances sociales d'engranger de nouvelles recettes. Avec le salaire minimum, c'est 300 millions de francs qui vont aller dans les caisses des différentes assurances sociales, comme l'AVS ou l'AI.

6. Le salaire minimum vient mettre fin à cette injustice totale qui consiste à faire payer au contribuable à travers l'impôt ou la TVA l'argent que le patronat refuse de payer aux travailleurs. Actuellement, l’État doit verser 100 millions en subsides pour permettre aux travailleurs sous-payés de survivre. Le salaire minimum permettra d'économiser cet argent et de ne plus faire dépendre un travailleur de la collectivité, simplement parce que son patron ne le paie pas suffisamment.

7. Le partenariat social ne profite pas aux travailleurs. Plus de 50% des travailleurs ne sont pas soumis à une CCT, et nombre de CCT ne fixent pas de salaire minimum, tandis que celles qui en fixent n'en fixent pas forcément à un niveau décent, mais parfois en dessous de 4000 francs. Par ailleurs, 25% des CCT ne sont pas respectées par les patrons d'après la SECO (et ce ne sont que les cas observés cette année).

8. Les statistiques nous indiquent que seulement 20% des précaires en Suisse touchent un bas salaire. Cela signifie certes que 80% des précaires résidant en Suisse ne touche pas de salaire. Mais cela signifie surtout que ces 80% de précaires sont précaires parce que les allocations, subsides, aides, fruits des mécanismes de solidarité de la collectivité, sont incapables de fournir un minimum vital décent permettant aux individus de vivre au-delà du seuil de pauvreté. Qui plus est, c'est probablement à cause des salaires trop bas qu'ils ont touché que ces individus se retrouvent à présent dans la précarité, car leur salaire était si bas qu'il ne leur a pas permis d'économiser de quoi faire face aux coups durs (ou de monter leur propre entreprise). N'oublions pas que 600 000 à 1 000 000 de personnes sont dans la précarité ou au bord de la précarité en Suisse. C'est un chiffre extrêmement élevé pour un pays aussi riche et opulent ! A Genève, 18% des habitants sont même contraints de se priver de soins pour cause de manque d'argent...

9. Le salaire minimum permet de lutter contre le dumping salarial en empêchant les patrons d'engager des travailleurs étrangers à un salaire moindre que celui des travailleurs résidant en Suisse. Il s'agit donc d'une véritable protection salariale.

10. Sans le SMIC, en France, les salaires seraient plus bas. Tous les salaires qui stagnent aux alentours du SMIC seraient simplement en dessous du SMIC sans lui...
C'est donc un faux-argument que pointer la France du doigt.

11. Les petites PME dont les patrons ne se paient pas 4000 francs et qui disent qu'elles ne pourraient pas financer un salaire minimum à 4000 francs sont rares. Dans l'agriculture par exemple, on voit que des coopératives comme les Jardins des Charrotons parviennent à payer des salaires supérieurs à 4000 francs à l'ensemble des travailleurs. Certains défenseurs du salaire minimum ont dit que l'on pourrait prévoir des exceptions pour ces petites entreprises. Personnellement, je pense que la solution réside dans la libre association de l'entrepreneur avec les travailleurs dont il a besoin de la force de travail, car ainsi il y aura partage des bénéfices équitablement (avec possibilité de se verser des salaires inférieurs à 4000 francs), et partage des risques.

Pour toutes ces raisons, il me semble éminemment raisonnable, équitable, et sensé de voter pour un salaire minimum à 4000 francs.

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05/05/2014

Pourquoi il est important et nécessaire de repenser le militantisme


Il m'apparaît que beaucoup de gens ne semblent pas comprendre les raisons pour lesquelles il s'agirait de repenser le militantisme, je vais donc, par la présente, les rendre clairement explicites.

Le problème n'est pas seulement qu'il y a un constat empirique (sur un long terme bi-séculaire) d'échec de la gauche réformiste et révolutionnaire à réaliser, de gré ou de force, le socialisme, car cela reste un problème plutôt théorique et on peut y apporter des réponses adéquates en définissant une méthodologie révolutionnaire adaptée (dans la ligne du militantisme de transition dont parlait Trotsky). Le véritable problème aujourd'hui réside dans la désillusion à laquelle doit faire face un militant sincère dans le contexte politique contemporain (et je parle en pleine connaissance de cause).
Pour paraphraser Costanzo Preve, l'essentiel aujourd'hui n'est plus tant de savoir qui est révolutionnaire et qui est réformiste, mais bien plutôt de savoir qui va rentrer à la maison après 5 ans de militantisme et qui va aller se vendre sur le marché électoral pour rentabiliser l'investissement temporel déjà effectué. Car après une certaine durée de militantisme par convictions, le militant honnête se heurte à la baffe de la non réalisation de son idéal et à l'évidente stagnation du monde européen dans le bourbier capitaliste. Face à un semblable résultat, le militant sincère ne peut qu'abandonner tout espoir de voir un jour se réaliser le socialisme, et n'a plus qu'à cesser le militantisme et rentrer chez lui se faire des cupcakes, ou bien à embrasser une carrière politique où il aura l'occasion d'obtenir éventuellement quelque argent, responsabilité, prestige, poste bureaucratique, et autre possible reconnaissance politicienne que nos institutions offrent à celles et ceux qui acceptent de jouer leur jeu.

C'est parce qu'on ne doit pas accepter que la vie politique contemporaine ne se résume à un dilemme aussi déprimant qu'il est important et nécessaire de repenser le militantisme. Nous devons briser le dilemme, et, pour ce faire, formuler une troisième voie.
Ce que j'ai essayé de faire dans mon dernier billet, mais aussi dans d'autres un peu moins récents, c'est justement de formaliser les grandes lignes de cette troisième voie, seule à même de sauver le militantisme et l'espoir de voir se réaliser un jour le socialisme.

Mon propos était de développer l'idée selon laquelle il faut considérer que le socialisme n'est pas (seulement) un système tout fait tout beau, ou un stade donné dans le développement des sociétés humaines (ou autrement dit un mode de production particulier dans l'optique de Marx), mais avant tout une attitude et une pratique individuelle fondée sur une certaine position éthique (qualifiable justement de « socialiste ») qui se traduit par la possibilité de vivre son idéal individuellement, et surtout collectivement à travers les phalanstères, ces espaces de vie alternatifs où les rapports sociaux sont d'ores et déjà modifiés (je reviendrai sur ce concept plus en détails dans un prochain billet).
Ainsi le militant peut-il dès à présent expérimenter et vivre son idéal, sans avoir à remettre à plus tard la jouissance d'une société libre, débarrassée de la hiérarchie et de la domination. Le militantisme peut alors devenir une fin en soi, un art de vivre, apportant du plaisir au militant, tandis que le militantisme traditionnel devient envisageable sur le long terme, en tant qu'activité secondaire.
Je pense aussi la philosophie et l'art comme les piliers fondamentaux de ce militantisme-art de vivre, car ces deux activités mènent toutes deux, par la recherche de la vérité par la raison et par la recherche de la beauté et/ou de la qualité esthétique par la sensibilité, à la réalisation du socialisme et à la subversion de l'ordre en place.

Voilà donc esquissées je pense les grandes lignes d'une possibilité militante alternative, et voilà le pourquoi de l'esquisse.

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03/05/2014

Repenser le militantisme



Depuis 200 ans, la gauche s'évertue à essayer de changer les choses en Europe. Pourtant, jamais la gestion de l’État et du pouvoir par les partis de gauche n'a su réaliser le socialisme, jamais les réformes des réformateurs et des réformistes en tout genre ne sont parvenues à réaliser une société libre et débarrassée de l'oppression et de la hiérarchie. Tout militant révolutionnaire doit donc le constater : la conquête du pouvoir politique et de l’État est aussi inutile que fastidieux, et ne représente qu'une perte de temps.

L'heure est par conséquent venu de faire le deuil de nos illusions perdues et de repenser notre militantisme à l'aune de ce constat éclairant : le pouvoir corrompt, il n'est pas à conquérir, mais à détruire. Il nous faut donc redonner aux élections et aux votations leur juste place, soit celle d'événements secondaires qui n'ont pas de rôle majeur à jouer dans la réalisation du socialisme, et qui ne méritent ni notre temps, ni notre énergie, et encore moins notre créativité. Aucun chef n'abolira la grande chefferie sociale, et ce n'est pas en hissant nos propres représentants à la tête de la pyramide que nous obtiendrons l'horizontalité sociale. La révolution ne saurait être autre chose que la construction d'une contre-société plus vivante, et plus attirante, que le spectacle désolant d'une société de maîtres et d'esclaves. Et cette contre-société commence avec un militantisme fondé sur l'individu.

Penser qu'il y a un autre point de départ à la révolution que celui qui se trouve dans l'individu, dans sa raison, dans sa subjectivité, dans sa force de création, dans sa liberté, dans son amour de la vie, dans sa passion, dans son exaltation, dans ses tourments, dans ses malheurs, c'est penser en dehors de ce qui fait l'être humain, et c'est se condamner à l'erreur. Le militantisme commence avec l'individu, dans sa pratique quotidienne de la vie, dans son respect d'une éthique en accord avec les valeurs du socialisme que sont la liberté, la solidarité, le partage, etc. Ce militantisme est ancré dans la vie réelle. Ce n'est pas un militantisme de temps libre, mais un militantisme en tant que choix de vie.
Cette pratique militante n'est rien si elle ne s'appuie pas sur une pratique philosophique, tournée vers la rechercher de la vérité et du bien, amenant l'individu à se poser sans cesse et sans relâche question sur question, l'entraînant à un débat incessant avec lui-même et avec autrui, et si elle ne s'appuie pas sur une pratique artistique, tournée vers la création, la sensibilité, l'expérimentation, et la recherche de l'intriguant, de la surprise féconde, et de quelque chose comme le beau. Enfin, ce militantisme doit être créateur d'espaces, les fameux phalanstères, où les individus pourront vivre dès à présent une vie différente, des rapports sociaux différents, dans les structures mêmes de leur quotidien et de l'organisation des choses qui les entoure.

L'émancipation de l'individu commence par l'individu, pas par le parti ou l’État. Il appartient à l'individu de se montrer responsable, de prendre en main son devenir, et de conquérir le pouvoir sur sa vie, sa liberté, et sa suprême félicité.
La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. Le pouvoir ne se conquiert pas, il se détruit. Le socialisme n'est pas une utopie, il est à vivre dès maintenant. Le militantisme n'est pas un hobby, c'est un choix de vie. 


Article paru dans la Cuite Finale n°9 

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28/04/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban

Diego Esteban, 20 ans, étudiant en droit à l'Université de Genève et aspirant à un métier dans la diplomatie et les relations internationales, est membre du Parti Socialiste Genevois depuis mars 2013, et co-préside la section des Trois-Chênes depuis octobre 2013. Il est membre du Parlement des Jeunes de Thônex depuis 2009 et a co-fondé le Parlement des Jeunes Genevois dont il préside la commission Engagement. Par ailleurs, son signe astrologique est vierge, et il est amateur des couleurs vives. 
 

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

DE. Je m'identifie avant tout aux artistes : en effet, j'ai grandi dans une famille de musiciens. J'ai moi-même joué de la trompette pendant 10 ans, puis fait du chant amateur pendant 2 ans. Ainsi, je m'identifie principalement à celles et ceux qui créent et véhiculent la vitalité de la culture et des arts, et ce le plus souvent de manière bénévole.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

DE. Le militantisme, c'est la démarche que l'on entreprend pour promouvoir des idées ou des projets tendant à changer la société. J'ai commencé à militer lorsque l'initiative contre la construction de minarets fut acceptée, car sa substance islamophobe et les pulsions racistes qui en étaient à l'origine m'ont convaincu de la nécessité d'inverser cette tendance sinistre et haineuse. Tout le monde milite un jour ou l'autre, car il est impossible que rien ne nous choque : ainsi, « changer le monde » est une ambition très répandue. J'ai d'ailleurs commencé à y croire lorsqu'au sein du Parlement des Jeunes Genevois, puis au Parti Socialiste, j'ai remarqué à quel point le militantisme (à plusieurs) pouvait avoir un impact réel sur la société. De cette observation, j'en déduis que la politique est la somme de toutes les actions qui visent à faire parvenir la société à un but déterminé. Dans un pays où les décisions sont prises à la majorité, il est essentiel de faire de la politique, de militer pour sa vision du monde, afin que la balance penche du « bon » côté (je conviens qu'il s'agit là d'une notion particulièrement subjective). En effet, ne laissons pas les choix de société à des personnes qui prônent l'inverse de nos idéaux : faisons de la politique !

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

DE. Le socialisme est à mes yeux la doctrine qui réalise le principe du mieux vivre ensemble, de l'égalité des chances et de la solidarité. Il permet de contrer les effets néfastes de l'individualisme, du nationalisme, de l'exclusion et de la méritocratie. Je m'identifie au socialisme car il m'apparaît comme la seule ligne de défense crédible face à la xénophobie rampante, qui détruit la cohésion sociale nécessaire pour que la société vive en paix. Je m'identifie au socialisme car il s'attaque aux problèmes de fond, et non pas seulement les problèmes apparents, sans superficialité. Enfin, je m'identifie au socialisme car c'est la seule doctrine qui pense à toutes et tous les membres de la population, militant activement pour les personnes défavorisées, comme les working poors, les non-hétérosexuels et les migrants, afin qu'il y ait un équilibre social dépassant les divisions.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

DE. En tant qu'étudiant en droit, je suis conscient de l'étendue du pouvoir de la loi dans un État de droit comme la Suisse. Ce sont la Constitution, les lois, les ordonnances, les règlements, les traités, qui organisent la société parfois jusque dans ses moindres détails. Ainsi, tout changement majeur ne peut passer que par les organes qui font la loi : le parlement ou le gouvernement, voire le peuple et les cantons. Or, le socialisme a quasiment toujours été minoritaire dans ces organes, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau cantonal. Mon but est alors de travailler pour que le socialisme soit mieux représenté au sein de ces organes. Étant de nationalité étrangère (plus précisément américaine), je ne peux pas siéger au parlement ou au gouvernement, et je ne peux pas voter non plus. Mais en tant que co-président du Parti Socialiste Trois-Chêne, je peux contribuer à réaliser le socialisme au sein des communes de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex, un bassin de population comprenant plus de 32'000 personnes. En tant que militant autoproclamé du Parti Socialiste, je peux aller convaincre les gens de faire certains choix de société sur les nombreux stands du parti dans la rue. Avec mon blog intitulé « soliloques engagés », je peux rédiger des argumentaires extensifs sur des thématiques diverses. Les moyens existent, et je les utilise au mieux. Je ne sais pas si ça permettra la réalisation de mon idéal, mais il est certain que ça y contribue.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

DE. Parmi les vivants, je peux citer Jean-Claude Guillebaud, philosophe français qui incarne tout ce qu'il y a de mieux dans la démocratie chrétienne, à savoir un sens développé de l'humanité et de la charité. J'ai tout de suite adhéré au raisonnement avec lequel il rejette le clonage, l'eugénisme ou encore la commercialisation du vivant (notamment à travers la brevetisation des gènes par des institutions privées). Je cite également Noella Rouget, la dernière rescapée de l'Holocauste vivant à Genève, et qui fut déportée en tant que détenue politique au camp de concentration de Ravensbrück. Résistante face à l'Occupation nazie, elle est longtemps restée dans un demi-silence quant à son passage dans les camps, jusqu'à ce qu'elle ait été confrontée à des négationnistes. Depuis lors, elle tient des conférences dans lesquelles elle appelle à rejeter la haine qui divise les gens sur la base de critères arbitraires. Il y a aussi Anita Hill, ancienne collègue du juge fédéral américain Clarence Thomas, contre lequel elle a témoigné lors d'audiences très médiatisées en 1991 en raison de son comportement sexiste. C'est elle qui a éveillé les consciences de la population américaine sur la question du harcèlement sexuel. Parmi les morts me vient à l'esprit le nom de Harvey Milk, premier élu d'importance ouvertement gay aux Etats-Unis, qui fut assassiné pour avoir porté en avant les revendications égalitaires du mouvement aujourd'hui nommé « LGBT », voire « LGBTIQ ».

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

DE. La première valeur qui me guide dans mon engagement est l'honnêteté. J'ai déjà été confronté à trop de politicien-ne-s dont le mensonge, la manipulation et la désinformation sont le fonds de commerce, je n'ai absolument aucune envie d'allonger la liste, et je préfère la démarche consensuelle et constructive à l'insulte et au jeu de qui a la plus grosse. Mais je remarque cependant que les politicien-ne-s malhonnêtes restent une minorité du monde politique : c'est une réalité souvent oubliée qu'il convient de rappeler.

La deuxième valeur est la solidarité (dont l'égalité, l'antiracisme, etc). Mon engagement tend vers une société inclusive, où toutes et tous ont leur place et où la stigmatisation disparaît. A ce titre, le problème le plus évident est le traitement réservé aux gitans et aux roms, discriminés à l'excès par les partis racistes comme l'UDC ou le MCG, qui affirment qu'être rom prédispose à la criminalité, ce qui est inacceptable.

La troisième valeur que je pourrais mentionner est la liberté. En Suisse on a déjà beaucoup d'avance sur de nombreux autres pays mais il reste des lacunes : la loi sur la surveillance des communications (LSCPT) qui devrait être votée cet été par l'Assemblée Fédérale est l'exemple par excellence des violations modernes de la liberté, exemple auquel peuvent s'ajouter l'impôt ecclésiastique que connaissent certains cantons ou encore les restrictions au droit de manifester. C'est en revanche sur la thématique de la surveillance des données que je suis le plus attentif, car les enseignements de Wikileaks et de la NSA nous montrent qu'entre notre monde et celui d'Orwell, dans son ouvrage intitulé « 1984 », il n'y a qu'un pas. En revanche, la liberté a des limites, raison pour laquelle je condamne fermement l'invocation de la sphère privée comme moyen de cacher des preuves de fraude fiscale ou d'évasion fiscale.

 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

DE. Une chose que j'ai remarquée, lorsque je passais en revue les différents partis du canton pour savoir auquel je m'identifiais le mieux, est la tendance à réduire une personne à sa seule étiquette politique. Je tiens à faire savoir que le parti ne dit pas tout sur une personne : il est réducteur de tout ramener à cela dans une société qui autorise la liberté d'expression. Comme le dit cette phrase de l'humaniste Abraham Maslow : « si ton seul outil est un marteau, tu verras des clous partout ».

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15/04/2014

Entretien avec une militante anonyme

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?


J'appartiens à plusieurs groupes sociaux. Si la question fait référence à mon origine sociale, je dirais que j'appartiens à une couche sociale moyenne. Mes parents sont fonctionnaires.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?


Pour moi il y a deux sens à la politique, comme il y a deux classes sociales qui s'affrontent. Il y a la politique qu'on a l'habitude de voir ou d'entendre comme étant de la « politique », c'est-à-dire la « politique officielle » qu'on voit à travers les médias, les élections, les débats télévisés, etc. Cette politique, à mes yeux, n'est que pure mascarade et la plupart du temps ça me dégoûte, il faut que je fasse un grand effort pour m'y intéresser. Car c'est la bourgeoisie au pouvoir qui va tout faire pour conserver l'ordre établi tout en ne cessant de promettre le contraire. Alors que la politique, la vraie à mes yeux, c'est en effet de discuter de ce qu'on veut pour nous, notre société, discuter de comment faire pour y arriver et se donner les moyens de le mettre en oeuvre. Mais cette politique n'est pas relayée par les médias dominants. C'est la politique des travailleurs, du peuple, qui discute, réfléchit et agit pour reprendre le pouvoir (politique justement). Et le militantisme c'est l'acte de faire de la politique du côté de la classe qui veut prendre le pouvoir, c'est-à-dire les travailleurs. Pour moi cela représente une prise en main de son destin, et la tentative de ne plus être passif face à notre présent surtout, mais aussi évidemment à notre futur. Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ? Pour les mêmes raisons que hier. Parce que nous sommes loin de vivre dans une société épanouissante pour l'être humain. Alors que c'est ce qu'il faudrait construire pourtant.
 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?


Le socialisme c'est la dictature du prolétariat. C'est la société qui pourrait faire son apparition après la prise du pouvoir par les travailleurs, c'est-à-dire après la révolution. C'est la société de transition qui suivrait le capitalisme et précéderait le communisme (la société sans classes sociales). À mon avis, vouloir le socialisme c'est vouloir le communisme.
 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ? 



En unifiant la classe ouvrière et en créant un parti révolutionnaire capable de diriger la révolution. Ça parait simple, mais c'est la chose la plus difficile à mettre en oeuvre.
 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


Mon engagement est inspiré par ma propre expérience de vie. Et pour le reste, je ne sais pas, il y a plein de figures révolutionnaires admirables. Mais je ne répondrai pas à cette question, parce que je me méfie beaucoup du culte de la personnalité. Personne n'est parfait, tout le monde est humain, y compris ceux qui vouent leur vie à transformer la société.
 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Pourquoi trois ? Je ne sais pas. Rapidement, je dirais : 1. la justice (ce qui comprends plein de choses, comme par exemple la démocratie, l'honnêteté, etc.) 2. la compassion et 3. l'amour (bon, ça ressemble pas mal à la compassion et c'est plus un sentiment qu'une valeur, mais comme c'est important, je tiens à le mettre dans la liste).
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?


Arrêtez de penser que les autres s'en foutent. Arrêtez de penser que c'est pas possible de vivre mieux. Arrêtez de penser qu'il n'y a rien à faire. Arrêtez d'être résigné.

 

 

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14/04/2014

La beauté est quelque chose d'objectif

S'il y a bien une thèse qui fait dissensus aujourd'hui c'est celle-ci.
Que ce soit dans le monde académique ou dans la rue, la quasi totalité des individus considèrent que la beauté est quelque chose de subjectif. Pourtant, la plupart des gens sont prêts à admettre que bien des choses sont objectives (par exemple beaucoup de gens sont d'accord que la science vise à découvrir une connaissance objective du monde, ou encore qu'il y a des principes éthiques objectivement valables), mais pas concernant la beauté.
Je vais essayer de présenter quelques éléments argumentatifs en faveur de la thèse selon laquelle la beauté est quelque chose d'objectif, en me basant sur un livre de Roger Pouivet, Le réalisme esthétique. L'auteur ne va pas forcément aussi loin que la présente thèse, mais je fais l'hypothèse que la plupart des éléments qu'il présente permettent d'arriver à une thèse plus forte.
Le livre de Pouivet est construit autour de 3 parties bien distinctes. La première vise à montrer qu'il existe un monde réel, indépendant de nous (c'est la thèse du réalisme métaphysique), la deuxième que l'on peut connaître ce monde sans avoir besoin de fondement certain à notre connaissance (c'est la thèse du réalisme épistémologique).
La dernière partie aborde ce qui nous intéresse ici : la question du réalisme en esthétique, que je ne vais pas différencier ici d'une conception objectiviste.

Un premier élément intéressant réside dans le fait que les gens ont une tendance à être intuitivement objectivistes lorsqu'ils évaluent esthétiquement, spontanément, quelque chose. Par exemple, les gens s'exclament « C'est beau ! » devant quelque chose qu'ils considèrent comme étant beau, et non « J'ai l'impression que ceci est beau ». Il y a donc une forme de tendance intuitive à l'être humain à penser sa perception esthétique comme étant objective. Ce qui est curieux vu que la plupart des gens acceptent aussi la thèse selon laquelle la beauté est quelque chose de subjectif.

Alors, comment défendre l'objectivité de la beauté ?
Prenez un papillon avec de grandes ailes bleues, et imaginez que vous le trouvez beau. Il vous est impossible d'imaginer ce papillon-ci comme n'étant pas beau, sauf si vous modifiez certaines de ses propriétés (par exemple vous pouvez l'imaginez sans ailes). Ainsi, la propriété d'être beau du papillon est constitutive et indissociable de ses autres propriétés, et donc la propriété esthétique du papillon est une propriété réelle du papillon, et objective puisqu'elle ne dépend pas de votre bon vouloir (vous ne pouvez pas considérer ce papillon comme étant laid par jeu de l'esprit).
Pouivet affirme toutefois que les propriétés esthétiques sont des propriétés extrinsèques (qui dépendent d'une relation entre individu et objet), et non intrinsèques. Ainsi, si l'être humain n'existait pas, peut-être que la beauté n'existerait pas non plus (ce qui intuitivement peut surprendre je trouve).

Pouivet développe ensuite une théorie intéressante sur la compétence esthétique. Tout comme il y a des réactions appropriées à avoir face au danger (par exemple, en cas d'incendie ne pas rester au beau milieu du brasier) il y aurait des réactions appropriées à avoir face aux propriétés esthétiques. Ces réactions appropriées nous permettent de tendre vers le bien (soit vers la réalisation de notre nature humaine), et sont le fruit de dispositions (vertus) adéquates que nous devons développer. Ce sont ces dispositions (vertus) adéquates qui font que nous ressentons les émotions appropriées face à telle ou telle propriété esthétique.
Les individus incapables de ressentir des émotions devant la beauté sont donc des handicapés ou des incompétents esthétiques (et c'est là que l'on voit comme cette thèse peut choquer), et la bonne inculcation des bonnes dispositions esthétiques découle de la bonne socialisation (éducation/formation) esthétique.

En conclusion, il est évident que ces quelques éléments que j'ai retenus de ma lecture de Pouivet ne sont pas suffisants pour justifier une thèse aussi forte que celle que j'avais envie de soutenir, mais ils permettent toutefois d'introduire le débat et de montrer quelques pistes pour remettre en question les (quasi) dogmes du subjectivisme (relativisme) esthétique.

13:56 Publié dans Réalisme/objectivisme esthétique | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

13/04/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux

Brice Touilloux, 24 ans, étudiant en médecine en dernière année, est le Vice-président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, dont il est sympathisant depuis 4 ans, et est membre du Parti Socialiste Genevois depuis 2 ans. Sur le plan associatif, il est membre de l'association des étudiants en médecine de Genève, dont il a été secrétaire des affaires facultaires et responsable des affaires politiques.
Professionnellement, il aspire à exercer en tant que pneumologue et épidémiologiste. Son signe astrologique est capricorne, il n'a pas de couleur préférée, et considère que le chat est l'animal suprême.
 


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

BT. Vu mon parcours, mes études et mon proche métier, je pense faire partie de la classe moyenne en étant issu de la classe populaire.

C'est ma formation de médecin et ma future profession de médecin (avec le bon salaire qui va avec) qui permet de me définir dans cette catégorie. Mais mes origines modestes, passées à compter s'il m'était possible de boire une bière durant la soirée dans un bar avec des amis ou de pouvoir prendre un café, me font appartenir en même temps à la classe populaire. J'ai eu la chance que mes facultés intéressent le monde actuelle, chance dont très peu de personne bénéficient.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

BT. La politique est le mécanisme, l'organe qui aujourd’hui peut modifier l'environnement social (mais aussi écologique) dans lequel nous vivons. L’organisation de notre société est le résultat de nombreuses petites choses qui ajoutées les unes aux autres forment un gros bloc : notre société. La politique est un moyen de changer cette société en changeant ces petits détails. Et pour donner des moyens à notre vision politique, le militantisme est une arme.

Aujourd'hui nous sommes dans une période particulière. Une grande partie de la jeunesse (dont je fais partie) n'a connu qu'un monde dit unipolaire, avec une superpuissance que personne ne semble pouvoir contrer : les États-Unis, et surtout leur système financier. En même temps, ce monde avec un seul modèle économique (et un seul modèle de vie) est dit en crise en Europe. Le peuple, qui est celui qui encaisse toujours les erreurs des dirigeants et de la finance, cherche une sortie à sa souffrance et à la progressive diminution de sa qualité de vie. Faire de la politique aujourd'hui c'est proposer des solutions concrètes pour améliorer cette qualité de vie mais aussi mettre en avant la difficile réalité de tous les jours de la population.

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

BT. Pour moi, il s'agit d'un système où le travailleur possède son moyen de production, soit directement soit en étant membre d'une coopérative. Ainsi toute augmentation de sa production a une répercussion directe sur son revenu, ce qui est bien plus valorisant que le système actuel.

En même temps ce système tend à éliminer la concurrence entre les travailleurs, et un organe tel que l'Etat protège les plus faibles et ceux qui ne peuvent pas travailler. Le socialisme apportera aussi plus de décisions de la part du peuple pour qu'il soit vraiment le dirigeant de son avenir.

En attendant, le socialisme à Genève en 2014 c'est la défense de la classe populaire et de la classe moyenne, face à une minorité dominante (bénéficiant de forfaits et boucliers fiscaux...). Ceci passe par une revalorisation du travail, une véritable égalité des chances et une diminution des privilèges de naissance ou acquis.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

BT. Aujourd'hui, en 2014, pour réaliser l'idéal que j'ai décrit au dessus il faut des majorité de gauche dans les parlements et dans les exécutifs, à tous les niveaux. Avec des parlements fort de gauche, nous pourrons réformer la société actuelle pour al rendre plus juste. En attendant, des initiatives de gauche peuvent préparer le terrain. Nous devons donc nous montrer prêt à diriger le pays face à la population, pour la convaincre puis l'aider et surtout lui permettre de s'aider.

L'ambiance n'est pas à la révolution, alors travaillons avec force à réformer.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

BT. Parmi les morts, il y a Salvador Allende (président chilien de 1970 à 1973). J'admire sa volonté absolue de réformer la société chilienne pour la rendre plus juste et plus égalitaire. Ceci en conservant la démocratie, la transparence et la liberté d'expression même durant les périodes de manifestations de droites qui voulaient reprendre le pouvoir (ce qu'elles ont finalement réussi...).

J'aime beaucoup aussi le duo Léon Nicole – Charles Rosselet (leader du PS Genevois dans les années 1920 et 30), l'un bouillonnant tribun d'apparence révolutionnaire, héros de la classe ouvrière, agressif, dépassant parfois les limites du respect mais aimé pour cela. L'autre, le placide Charles, qui avec de belles tirades d'apparence calme détruit la rhétorique bourgeoise et arrive à convaincre bien au delà de la classe populaire, ce qui renforce l'ensemble socialisme. Malgré quelques divergences, ils étaient unis. J'aimerais vraiment que le PS retrouve cette dualité et cette union : classe populaire et classe moyenne.

Dans les vivants, je suis admiratif de la ténacité et du courage de Pierre-Yves Maillard de tenter de résoudre un problème aussi important que la mainmise des assureurs et des boites pharmaceutiques sur la santé en Suisse. J'admire tout particulièrement ses réussites, car il a 2 ogres en face de lui.

Dans la médecine, je citerais Dr James Curran, épidémiologiste du CDC d'Atlanta qui avait clairement mis en évidence les moyens de transmissions du VIH et que le SIDA était du à un virus... Ceci sans laboratoire, juste par réflexion épidémiologique !

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

BT. L'intégrité, le sérieux dans son travail et l'humour, car une vie sans humour est une vie... chiante. Il faut le dire !
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

BT. Léon Nicole dirait « Tout pour le peuple, tout par le peuple », je serais d'accord avec lui. Mélenchon ajouterait « Durant des décennies, vous avez trouvé des ouvriers moins chers. Eh bien nous trouverons des patrons moins cher. », je le soutiendrais aussi.

Et parce que j'aime la science, je citerais Claude Bernard (Physiologiste français du 19e siècle) : « L'admission d'un fait sans cause, c'est à dire indéterminé dans ses conditions d'existence, n'est ni plus ni moins que la négation de la science. ». Comprendre les causes et le mécanismes est plus importants que de connaître les faits.

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12/04/2014

Entretien avec le militant Idrees Samim




Je m'appelle Idrees Samim mais ça se prononce "Idriss Samim". J'ai 27 ans et je viens de terminer un Master à l'EPFL en Bio-ingénierie. J'hésite pour le moment entre un métier dans la recherche scientifique ou devenir enseignant. Mon signe astrologique est capricorne et ma couleur préférée est le rouge, naturellement. Si j'étais un animal je pense que je serais un hibou ou une chouette.

Je suis suisse d'origine afghane et mon père était un communiste engagé à l'époque. C'est pourquoi, de part mon éducation familiale, j'ai un penchant naturel pour les idées d'extrême-gauche. Mais comme je suis conscient que l'époque n'est pas à la révolution, en pragmatique que je suis, j'ai intégré le Parti Socialiste Suisse. Je suis actuellement conseiller communal depuis 2-3 ans.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

IS. Si le prolétariat existe en Suisse, j'en fait partie sans aucun doute. Même si maintenant que j'ai fini mes études je risque de changer de classe sociale.

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

IS. La politique et le militantisme commencent dans la rue. Tout le monde défend des idées et chacun agit sur le monde selon ses moyens. Mais tout le monde n'a pas le "pouvoir politique". Là est toute la différence. J'ai remarqué qu'on parlait très peu politique au sein des partis mais qu'on faisait souvent de la simple gestion, de la bureaucratie, de la validation de projet et des récoltes de signatures. Les partis politiques sont des structures très rigides et auto-consensuels. Il y a très peu de place pour le débat de fond et le changement. Alors que dans la rue, pendant une manifestation, à la sortie d'une conférence, dans un bar, etc… le terrain est selon moi bien plus propice. Le problème c'est que les partis politiques ont le pouvoir. Or selon moi, tout pouvoir représentatif est une confiscation de pouvoir. Tout le monde fait de la politique, mais tout le monde n'a pas le pouvoir. Quant à mes propres motivations elles vont dans ce même sens, je souhaite que le pouvoir soit distribué et partagé. Et tout mon engagement va dans ce sens.


AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

IS. Selon moi le socialisme est un collectivisme. Tout le reste ne devrait pas s'appeler socialisme ; je fais référence à ce socialisme qui a viré du "rouge" au "rose".

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

IS. Je n'ai jamais pensé à réaliser "mon idéal". Jamais je n'ai souhaité que "mon idéal" soit imposé aux autres. Même si je n'aime pas l'étiquette d'anarchiste, je pense que chacun à le droit de vivre son propre idéal et il ne me revient pas à moi de décider pour les autres. Mais pour que chacun puisse réaliser son idéal il faut lui en donner les moyens. C'est pourquoi je dirai qu'il faut se battre pour la liberté et l'égalité. Car il n'y a de liberté que lorsqu'il y a égalité parmi les Hommes (comme dans un jeux de miroir). Bakounine disait "l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est la négation de la liberté de tous".

Quant aux moyens pour y arriver, la route sera longue. Cela commence par un travail de conscientisation, d'information, d'organisation et d'activisme. Mais dans tous les cas, même si nous y mettons tout notre cœur et notre courage, nous sommes emportés par les forces historiques. Car les grands changements n'interviennent que lorsque les conditions de l'époque le permettent (guerre, crise économique, grand saut technologique, etc.)

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

IS. Alors je suis un grand lecteur de K. Marx que j'apprécie à la fois comme économiste et comme philosophe. Cela dit, je le replace dans son contexte historique. Avec le temps je commence à déceler de nombreuses faiblesses théoriques chez lui et c'est pourquoi j'ai de nombreux points de désaccord avec lui. Afin de compléter la pensée de K. Marx je me suis mis à lire Spinoza que j'ai découvert tout à fait par hasard mais qui continue toujours à m'impressionner. Je trouve que lorsqu'on assemble Marx et Spinoza on obtient des résultats très intéressants.

Pour ce qui est des penseurs vivants, je choisirais F. Lordon qui est exactement sur cette lignée de Marx et Spinoza.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

IS. La liberté, l'égalité et la solidarité

15:19 Publié dans Entretiens avec des militants | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

11/04/2014

Généalogie de la distinction entre "social" et "politique"

 

Je publie ci-dessous un texte que l'on m'a envoyé et que j'ai apprécié. Son auteur a toutefois souhaité rester anonyme. 
 

La distinction entre social et politique ne peut pas, à notre connaissance, remonter à l’Antiquité sinon dans le sens où l’entend Arendt (social latin, politique grec et confusions à cause des emprunts réciproques). Les philosophes de l’École et de la Renaissance dont nous sommes aptes à parler n’ont jamais pesé les questions d’ordre social ou politique que dans une structure qu’il n’était pas question de repenser1. C’est pourquoi, à notre sens, les premières réflexions capitales où une telle distinction s’effectue ont lieu avec les contractualistes, parmi lesquels nous nous soucierons avant tout2 de Hobbes et Leibniz, puis Rousseau.

Dans le Léviathan, pour la toute première fois peut-être, le politique est exposé par Thomas Hobbes comme un instrument : Permettant de défendre les hommes d’eux-mêmes, il n’est pas une fin, mais un moyen. La raison pour laquelle les hommes vivent ensemble, ce qu’on appellera le social, n’y est pas donnée, mais la raison du politique est assez clairement ce social donné. Gottfried Willhelm Leibniz3, dont la conception peut être saisie à travers ses écrits juridiques, économiques, politiques, mais aussi métaphysiques, comme Hobbes estime que les hommes ont instauré le politique, mais chez lui c’est afin de vivre ensemble, pour vivre ensemble, parce qu’ils voulaient vivre ensemble, par amour et non pas que, vivant ensemble, ils voulaient se défendre les uns des autres.

 

I. Jean-Jacques Rousseau et le socialisme

 

Jean-Jacques Rousseau rend la chose obvie et explicite en écrivant Du contrat social. À la différence des deux précédents auteurs, le texte de Rousseau affiche assez clairement ce qu’il contient comme un modèle idéal qui devra être suivi et non pas une interprétation historique : Son hypothèse fondamentale, développement de son Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, que les hommes ont dû s’assembler pour survivre et que c’est là l’origine de la société, sert de complément au Léviathan de Hobbes en donnant la raison de la société qu’il s’agira d’organiser de façon politique, mais le texte de Rousseau va bien plus loin : Le rôle instrumental du politique y est investi, creusé, analysé, présenté, puis, comme le moyen est défini, les fins apparaissent. Le but n’est plus simplement de maintenir la société ou les individus qui la constituent, mais bien de déterminer leurs rapports. Un exemple tout à fait saisissant, «l’égalité» ici étant bien sûr une question purement sociale et la législation le politique : «C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.»4 Voici en quel sens Rousseau préfigure la tradition marxiste, car chez Karl Marx, plus encore que chez ces trois-là, l’affirmation que le politique est le bras du social résonne comme un motto : Que ce soit dans sa critique du capitalisme de connivence, où le grand capital se sert de l’état pour imposer des salaires maximaux et étendre l’aliénation, ou dans ses projets politiques où l’ère qui précède le communisme, une véritable anarchie bienveillante, est celle d’un étatisme enseignant chargé de libérer les hommes et permettre la société libre.

 

II. Adam Smith et le libéralisme

 

Si Rousseau était un grand lecteur de Leibniz, un autre homme ne l’était pas moins et fait figure de précurseur d’une autre école, distincte de l’école née avec Rousseau (voire Hobbes) que l’on pourrait appeler grossièrement l’école du socialisme : Adam Smith. Adam Smith est en effet un héritier en ligne directe de Leibniz, bien sûr de ses écrits économiques, mais plus en particulier du principe de l’harmonie préétablie, en ce que ce qui se passe se passe pour le meilleur non seulement du tout, mais de chaque chose en particulier. La «main invisible», idée selon laquelle tous les intérêts particuliers convergent dans ce qu’on pourrait appeler : l’intérêt général, est éminemment leibnizienne. Adam Smith constitue un tournant en ce qu’il ouvre la voie au libéralisme qui, reconnaissant aussi bien que le socialisme que l’état n’est pas une fin mais un moyen, estime que ce moyen est en vérité superflu et même encombrant, faisant d’un marché par nature isostatique une structure hyperstatique, systématiquement en tremblement. C’est ainsi que l’école autrichienne, dans la première moitié du vingtième siècle, déclare que l’état doit être aboli : S’il ne sert pas la société, il n’a pas lieu d’être.

 

III. Hannah Arendt : la «fiction communiste»

 

Comme nous l’avons vu, en somme, les traditions du socialisme et du libéralisme ont considéré toujours que la fin du politique était le social, le social idéalement abouti d’ailleurs dans les deux traditions par une disparition (selon les auteurs : progressive ou soudaine, totale ou partielle) de ce qui était en somme appelé : le politique.

Quand Arendt parle de «fiction communiste»5, englobant aussi bien les libéraux que les socialistes, il est difficile d’imaginer autre chose que cette idée, d’autant plus que c’est sur ce point précis qu’elle s’éloigne des deux écoles, en défendant que le politique n’est pas un moyen dont la fin serait le social, mais bien la fin elle-même dont le social ne serait que moyen.

C’est pourquoi nous nous étions servi, dans notre premier travail, du qualificatif de «bourgeois» en parlant d’Arendt, car, si libéraux et socialistes prétendent les uns comme les autres se battre pour l’amélioration de la condition de tous, l’auteur d’On Revolution en fait une simple étape, un acquis nécessaire à une fin plus grande à son sens : freedom au lieu de liberty. Est-ce vraiment comme elle le prétend un héritage de la philosophie grecque ? Ça n’est pas ce que nous allons analyser plus précisément par la suite, mais il semble du moins que cette interprétation lui soit propre, puisqu’en effet chez Aristote par exemple il ne semble pas y avoir d’écart majeur entre éthique et politique, étant donné qu’il présente ce que nous appelons Éthique à Nicomaque comme un traité de politique.

 

1 Nous laissons de côté les différents utopistes dont l’importance est bien entendu capitale, car le propos de ce travail reste celui de la distinction entre social et politique dont l’avènement ne se fait pas encore avec eux.

2 D’autres, comme Grotius, Locke et d’autres mériteraient bien sûr d’être cités.

3 Notre synthèse découle de la lecture d’abord des principes de la "Monadologie", mais appliqués à des questions sociales et politiques exposées dans le "Codex juris gentis diplomaticus", entre autres, mais aussi de : Y. Ch. Zarka, "Le droit naturel selon Leibniz".

4 J.-J. Rousseau, "Du Contrat social", ch. 2.11

5 H. Arendt, The Human Condition : “communist fiction”


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10/04/2014

L'Internationale anti-autoritaire (1872-1878)

Je publie ci-dessous une présentation que j'ai faite dans le cadre d'un séminaire d'histoire. Je pense que les lecteurs de mon blog pourraient y trouver un intérêt.


A. Le congrès de Saint-Imier


Du 2 au 7 septembre 1872 se tient le 6ème congrès de l'Association Internationale des Travailleurs à la Haye. Lors du congrès, une majorité de délégués suit l'avis du Conseil Général et vote l'exclusion de Bakounine et de ses partisans de l'Association Internationale des Travailleurs.

En réaction, Bakounine et ses partisans, sans même rentrer chez eux, se réunissent à Saint-Imier et y tiennent un congrès du 15 au 16 septembre 1872, une semaine après le congrès de la Haye.
Les participants de ce congrès sont au nombre de 15 délégués.
Il y a 6 délégués des sections italiennes, dont Errico Malatesta, et Carlo Cafiero. Il y a 4 délégués des sections espagnoles, 2 délégués des sections françaises, 2 délégués de la fédération jurassienne, James Guillaume et Adhémar Schwitzguébel, et 1 délégué de deux sections américaines.

Le congrès de Saint-Imier apparaît bien comme une réaction au congrès de la Haye, ce n'est donc pas ce congrès en lui-même qui provoque la scission avec les autres tendances de l'Association Internationale des Travailleurs, mais c'est ce congrès qui entérine la rupture provoqué par Marx et ses partisans.

Le Congrès de Saint-Imier rejette les résolutions adoptées au congrès de la Haye et signe un pacte fédératif libre entre toutes les fédérations le désirant. C'est ce pacte qui fonde l'Internationale anti-autoritaire.
A noter que James Guillaume avait convaincu Bakounine de l'impossibilité de fonder une Internationale anarchiste, afin d'essayer de garder l'esprit de l'Association Internationale des Travailleurs et de fédérer le maximum de sections autour de l'Internationale anti-autoritaire.

Dans l'Internationale anti-autoritaire, à la place du Conseil Général, il y a un simple Bureau fédéral international, dépourvu de rôle dirigeant, qui s'occupe simplement de faciliter les échanges entre les différentes fédérations et sections.

Marianne Enckell met en évidence le rôle de lien permettant l'unité que joue la Fédération Jurassienne au sein de l'Internationale anti-autoritaire. C'est d'ailleurs probablement pourquoi le Bureau fédéral international coordonnant les différentes fédérations se trouve la plupart du temps au Jura.

B. Le congrès de Genève

L'Internationale anti-autoritaire organise un congrès international à Genève du 1 au 6 septembre 1873, une semaine avant le congrès de l'Internationale centraliste.
Ce congrès de l'Internationale anti-autoritaire est revendiqué comme étant le 6ème de l'Association Internationale des Travailleurs puisque les anti-autoritaires ne reconnaissent pas le congrès de la Haye.
On voit ici la volonté de l'Internationale anti-autoritaire de se positionner comme la continuatrice de l'Association Internationale des Travailleurs, et de présenter les autres tendances, dites autoritaires, comme les véritables scissionnistes.

Toutes les tendances sont les bienvenues à ce congrès, à l'exception de celle de Marx et de ses partisans, des socialistes allemands, et des blanquistes.
Il y a des délégués des trade-unions anglais, des internationalistes espagnols, des délégués de sections françaises, des Jurassiens, des Hollandais, et des Belges, qui assistent à ce congrès de Genève.
Tous se retrouvent dans leur adhésion au principe de l'autonomie des sections et de l'hostilité aux manœuvres du Conseil Général.

Il y a toutefois une opposition entre ceux qui pensent qu'un Conseil Général est inutile et ceux qui pensent qu'il faut maintenir un point de coordination entre les fédérations, entre ceux qui prônent la participation parlementaire et l'instauration progressive du socialisme par des réformes, et ceux qui prônent l’abstentionnisme et la révolution.
On voit ici que le pacte d'amitié liant les fédérations concerne essentiellement les fédérations espagnoles, italiennes, et jurassiennes, qui se retrouvent sur les mêmes idées.
C'est à partir de ce congrès que les divergences vont aller croissantes, dans la théorie et dans l'action, dans l'Internationale anti-autoritaire.
D'une certaine façon c'est inévitable, car, vu que l'Internationale anti-autoritaire cherche à rassembler au-delà des seuls anarchistes, elle fait face aux mêmes débats qui avaient lieu au sein de l'Internationale avant la scission.

Lors du congrès de Genève se tient un débat, voulu par les Belges, sur la grève générale (grève universelle).
Suite au débat, le principe de la grève générale est adoptée secrètement mais l'Internationale anti-autoritaire évite de le clamer trop fort par souci d'éviter une répression accrue envers le mouvement ouvrier.
Mais il y a toutefois des différences de perception sur l'utilité de la grève générale au sein de l'Intenationale anti-autoritaire.
Certains la voient comme l'équivalent de la révolution sociale devant amener à l'expropriation des classes possédantes, d'autres comme un simple mouvement d'agitation devant permettre d'obtenir des réformes.

C. L'Internationale centraliste

De son côté, le congrès de l'Internationale centraliste, qui se tient du 7 au 13 septembre 1873, aussi à Genève, est un échec total. La trentaine de délégués présent n'est pas représentative du mouvement ouvrier, et aucun procès-verbal n'est rédigé.

A partir de ce moment-la, l'Internationale centraliste n'est plus qu'une coquille vide. Le dernier acte de cette Internationale centraliste se tient le 15 juillet 1876, avec son dernier congrès officiel, organisé à Philadelphie.
Aucun délégué européen n'est venu assister à ce congrès.
Lors de cet ultime congrès, les délégués présents décident de dissoudre le Conseil Général jusqu'à ce que les conditions soient plus favorables au lancement d'une nouvelle organisation internationale des travailleurs.
C'est la fin de cette Internationale.

D. L'Internationale anti-autoritaire en Espagne

De son côté, l'Internationale anti-autoritaire poursuit son chemin.
En 1873, la République est proclamée en Espagne, et les membres de l'Internationale anti-autoritaire (qui sont 30 000 en Espagne) participent activement aux grèves et aux soulèvements qui ont lieu dans tout le pays.
Ils sont toutefois réprimés par l'armée et plusieurs centaines d'entre eux sont exécutés.

Face à la répression, la fédération espagnole de l'Internationale anti-autoritaire plonge dans la clandestinité, et prône l'usage de la violence.
Concrètement, l'usage de la violence se traduit par des sabotages et des destructions de machines, par la pose de bombes dans les usines, les ateliers, et les logements des employeurs, ou encore par le pillage de greniers à blé.
Mais globalement, la violence n'est pas dirigée contre des personnes.
En janvier 1874, après la restauration de la monarchie, l'Internationale anti-autoritaire est dissoute par les autorités.
Malgré cela, en 1882, l'Internationale anti-autoritaire compte 60 000 membres, le double de ses forces en 1873.

E. Le congrès de Bruxelles

En 1874 à Bruxelles, du 7 au 13 septembre, se tient le troisième congrès de l'Internationale anti-autoritaire.
16 délégués sont présents, dont 10 Belges.
Les oppositions entre collectivistes révolutionnaires (anarchistes) et réformistes, qui étaient déjà présentes au congrès de Genève, se répètent.

Au congrès de Bruxelles de 1874, De Paepe fait une proposition de synthèse entre socialisme étatiste modéré et collectivisme anti-autoritaire.
Cette proposition est axée autour de la défense des services publics aux mains des travailleurs à travers la commune les fédérant.
La fédération belge est elle-même partagée, la plupart des Flamands soutiennent les thèses socialistes étatistes tandis que les autres soutiennent les thèses libertaires.

F. La mort de Bakounine

Quant à Bakounine, le 25 septembre 1873, dans une lettre publique au Journal de Genève, Bakounine déclare se retirer de la politique, dégoûté des intrigues et des attaques de ses adversaires.
Après une dernière tentative, avortée, de libérer une ville italienne par la force, Bakounine meurt le 1er juillet 1876 à Berne.
Sur sa tombe se rassemblent des représentants de l'Internationale anti-autoritaire de cinq nations différentes.
Ils y ré-affirment l'importance d'une réconciliation entre tendances libertaires et étatistes.

G. Le congrès de Berne

C'est à cause des tentatives révolutionnaires de 1873 et de 1874 en Espagne, sur les demandes de la fédération espagnole de l'Internationale anti-autoritaire, qui subit une répression féroce, que ne se tient pas de congrès en 1875.
Le congrès de 1875, projeté à Barcelone est donc repoussé d'une année.

En 1876, se tient le quatrième congrès de l'Internationale anti-autoritaire à Berne. Des délégués italiens et espagnols sont présents. Ainsi que des délégués des fédérations belges, hollandaises, françaises, jurassiennes, et genevoises.
A l'occasion de ce congrès, on peut faire le constat que les sections et les fédérations de l'Internationale anti-autoritaire s'affaiblissent en France, en Espagne, en Italie, à cause de la répression, tandis que les sections belges se tournent quasiment toutes vers les moyens légaux de lutte.

H. L'Internationale anti-autoritaire en Italie

En 1876, traqués par les autorités les anarchistes italiens de l'Internationale anti-autoritaire décident de passer à la propagande par le fait, soit à l'insurrection, censée servir de détonateur à une explosion sociale révolutionnaire généralisée.
Après un premier échec à Bologne en 1874, 30 libertaires italiens se lancent donc dans une guérilla montagnarde en 1877.
Ils se rendent dans un premier village où ils tirent sur les carabiniers, et y annoncent dans l'enthousiasme des habitants l'abolition de la propriété et des chefs.
Puis ils se rendent dans un deuxième village où les habitants craignent la répression. A juste raison, puisque finalement 12 000 soldats sont envoyés pour les arrêter, et les arrêtent sans échanger le moindre coup de feu.

I. Le congrès de Verviers

En septembre 1877 se tient à Verviers en Belgique l'avant-dernier (et cinquième) congrès de l'Internationale anti-autoritaire.
A ce congrès se séparent deux tendances.
L'une proche du syndicalisme réformiste et électoraliste, et l'autre proprement révolutionnaire, allant jusqu'à prôner des formes de terrorisme.
A noter que la tendance insurrectionnelle prônant la propagande par le fait va finalement s'aliéner progressivement le soutien de la classe ouvrière.
Ce dernier congrès voit donc les oppositions entre libertaires révolutionnaires et étatistes réformistes. Encore une fois...

Pendant cette dernière année de l'Internationale anti-autoritaire, la correspondance entre sections a été mal tenue. Certains frais n'ont pas été payés. Les études statistiques n'ont pas été faites. La caisse spéciale de propagande n'a pas été créée. Bref, on peut faire le constat de la dislocation de l'Internationale.

En août 1878, à Fribourg, se tient un ultime congrès qui entérine formellement la dissolution de l'Internationale anti-autoritaire en annonçant la fin des congrès internationaux.
C'est la fin de l'Internationale anti-autoritaire.

James Guillaume pense que la fatigue des militants les plus dévoués, et son propre départ, ont causé l'éclatement de la Fédération jurassienne et que cet éclatement aurait provoqué la mort de l'Internationale anti-autoritaire.
Mais en étudiant le parcours de l'Internationale, on peut probablement faire l'hypothèse que ce sont les divergences de position et de pratique politique qui ont miné l'organisation, et ont provoqué sa fin, ainsi que la répression croissante de la part des différents États européens.

J. Le congrès socialiste universel de Gand

Une tentative de concilier les diverses tendances a lieu lors d'un congrès socialiste universel qui se tient du 6 au 16 septembre à Gand en Belgique à l'initiative de De Paepe.
On y retrouve des socialistes étatistes réformistes, des libertaires révolutionnaires, et des conciliateurs belges.
Toutefois, les socialistes non libertaires profitent de ce congrès pour se réunir seulement entre eux.
Les libertaires ne seront pas invités aux futurs congrès organisés par les socialistes.

K. L'ultime tentative de réactiver l'Internationale anti-autoritaire

La dernière tentative des anarchistes de réactiver l'Internationale anti-autoritaire a lieu lors d'un congrès qu'ils organisent à Londres du 14 au 20 juillet 1881.
Ce congrès réunit 45 délégués de 60 sections de l'Internationale, ou de cercles anarchistes, avec de nouvelles représentations comme la Serbie, la Turquie, l’Égypte, ou le Mexique.
Le congrès fait preuve d'une grande radicalité dans ses déclarations, que ce soit en exaltant le prolétariat en haillons, l'incendie d'usines, l'abandon de la légalité, ou le lynchage des propriétaires.
La propagande par le fait semble être le seul moyen révolutionnaire reconnu.
Toute tentative d'organisation est décrétée vaine, seul compte l'esprit de la révolte qu'il faut distiller parmi les masses.

Pourtant, dès l'année suivante, en 1882, un certain nombre d'anarchistes abandonnent la propagande par la fait et reviennent à des modalités d'action légales (par exemple, Cafiero se fait élire au parlement italien ou Brousse passe au réformisme).

Bibliographie

Sources

Association Internationale des Travailleurs, Résolution du congrès jurassien, tenu à Saint-Imier, Neuchâtel, 1872 

BAKOUNINE, Michel, Œuvres complètes, (tome 3: Les conflits dans l'Internationale 1872), Editions Champ libre, Paris, 1974.

Documents généraux

ANGAUT, Jean-Christophe, « Le conflit Marx-Bakounine dans l'Internationale: une confrontation des pratiques politiques », in Actuel Marx, n°41, Paris, 2007/1, pp.112-129.

BAER François (dir.), Une pensée unie - mais pas unique, 125 ans Parti Socialiste Suisse, Redboox éditions, Zürich, 2013 

BAILLARGEON Normand, L'ordre moins le pouvoir : histoire et actualité de l'anarchisme, Marseille, Agone, coll. « Mémoires sociales », 2001, 152 p. 

BERTHIER René, La fin de l'AIT et la rupture avec le bakouninisme, Éditions du Cercle d'études libertaires-Gaston-Leval-monde-nouveau.net.

ENCKELL Marianne, La Fédération jurassienne, Canevas Éditeur, Saint-Imier, 1991.

LEONARD Mathieu, L'émancipation des travailleurs, Éditions La fabrique, Paris, 2011.

MAIREY Serge, Les trois Internationales, Éditions Sociales, Paris, 1955

RUBEL Maximilien, Marx, théoricien de l'anarchisme, Éditions Entremonde, Genève, 2011

THOMANN Charles, Les hauts lieux de l'anarchisme jurassien, Éditions du Haut, La Chaux-de-Fonds, 2002.

VUILLEUMIER Marc, Histoires et combats, mouvement ouvrier et socialisme en Suisse 1864-1960, Éditions d'en bas, Ulm, 2012

 


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09/04/2014

De la possibilité d'une histoire des animaux

J'ai le plaisir d'accueillir sur ce blog un texte issu d'une collaboration entre Justine Favre et Antoine Conforti II. 
Bonne lecture !


Il faut tout d’abord se demander ce qui, dans un premier temps, a permis à l’homme de se distinguer des autres animaux (ou le genre humain). Ce n’est certainement pas le refuge des mathématiques, ni les conventions sociales ni la maîtrise de son environnement, ni aucune de ces autres choses quelconques, mais le feu. Il semble en effet que le feu ait changé pour toujours la façon dont la nature humaine s’est conduite au travers des âges. Sinon même l’idée d’âges. Il est impossible d’imaginer que l’homme avant d’avoir le feu en son pouvoir en ait dépendu, qu’il ait été aussi faible que de nos jours car il n’y aurait eu qu’une génération si tant eût été que l’on n’eût pas su faire des étincelles. Cette petite chose quelconque en apparence, comme la brindille du grand feu de joie qu’on pourrait appeler l’histoire humaine. C’est à partir du feu que l’homme s’est affaibli, en un sens bien particulier puisqu’il n’a pas changé à proprement parler mais que ses enfants les plus moindres ont pu accéder à la vie, le vieil âge et en somme à, communément, la société. Le feu fut sans doute d’une aide capitale à ce nouveau genre ou à ce genre déchéant qui peu à peu rendit les individus inaptes à la vie sauvage pour élever les groupes au gouvernement de la création.

Il nous faut toutefois traiter de quelques points préliminaires, avant d’aborder la question capitale de cet essai, à savoir : avons-nous privé les animaux d’une histoire, de leur histoire, qui leur aurait été propre, et pas forcément pareille à celle qu’on leur a imposé ?

 

  1. De la ligne de départ

 

1.1 Pourquoi l’homme s’est-il rendu maître du feu ?

Que l’homme n’ait pas eu besoin du feu avant de s’en rendre maître, la chose est obvie. La nécessité est dès lors une raison à écarter, à priori. Le loisir, lui, nous semble bien plus pertinent. En effet, ne sait-on pas comme le feu est agréable ? L’homme n’est pas le seul à trouver du plaisir dans la chaleur d’un âtre, non pas qu’aux animaux igniphiles le feu soit de quelque usage utile, mais comme aux premiers hommes certainement l’évidence du confort qu’il procure frappe l’esprit. Ce que l’on peut en conclure, c’est que l’homme n’avait pas de plus grande raison qu’un autre animal de vouloir s’approprier le feu.

 

1.2 D’autres animaux auraient-ils pu devenir maîtres du feu ?

Tout d’abord il faut exclure bien sûr les animaux de la mer, ce qui n’est pas si trivial puisqu’on compte parmi leur rang des créatures extrêmement sages, comme les dauphins. Simplement car le feu évidemment, mais aussi tout autre analogue compatible avec leur milieu aquatique, ne leur aurait pas servi. En effet les dauphins de nos jours encore, quoi qu’on leur rajoute quelques difficultés par notre développement, parviennent sans problème à établir un ordre qui leur est infiniment profitable.

Qu’en sera-t-il donc des animaux de la terre ? Quelques conditions peuvent sembler nécessaires à la domestication du feu. On parle souvent du pouce opposable, par exemple, ou de ce genre de choses qui rendent les éléphants, les porcs sangliers, les moutons et dans une certaine mesure même les oiseaux, inaptes à la fabrique d’objets d’artifice. Imaginons. Reste encore un grand nombre d’espèces qui sans doute se tenaient alors sur la ligne de départ, car les singes, multiples, auraient pu devancer leur cousin du genre humain, dans ces entreprises, et il y a fort à parier que le hasard a joué un rôle capital dans l’attribution du feu à nos ancêtres. Les tchimpes qui sont nos frères et qui partagent avec nous bien des aspects sociaux et naturels auraient tout à fait pu prendre notre place, parce qu’on sait assez leur facilité à créer des outils et s’en servir. On nous opposera peut-être et sans doute par simplicité que rien n’empêcha les singes après notre accaparement du feu d’en devenir à leur tour des adeptes aguerris. Il faut toutefois rappeler que ça n’est que très tard, à l’égard de leur longue évolution que ceux que nous appelons aujourd’hui les hommes, y sont parvenu. La comparaison de cet intervalle avec celui de notre cohabitation en tant que maîtres du feu, avec les singes, est infinitésimale, rendant l’objection telle une objection d’enfant. Nous avons donc vu que le tchimpes au moins aurait pu nous voler la vedette lors de la conquête du feu, à moins que nous ne leur ayons volé la vedette.

 

  1. Des liens entre histoire et technologie


 2.1 On ne parle pas ici de l’histoire au sens restreint qui ne commencerait qu’avec l’écriture. Ce postulat trouve son origine dans une question de facilité méthodologique. Il est en effet plus facile de juger (car l’histoire est un jugement) les événements en apprenant quel témoignage en donnent les anciens, or nous appelons histoire les événements même. Ces événements qui à part les guerres ou l’art, appartiennent toujours au domaine technologique. La question de l’écriture, toutefois, témoigne d’un sentiment de familiarité entre le langage et la discipline historique, si bien qu’en somme cette histoire même au sens restreint devrait comprendre tous les axes de mémoire que permet le langage. Afin de mieux creuser ces choses, nous allons nous pencher sur quelques questions ponctuelles.

2.2 Le langage des animaux.

Les animaux ont un langage. La chose a été rendue obvie par de nombreuses observations. Plus que le simple baptême de forme (au sens de Platon), rencontré dans la vie de tous les jours, on connaît même quelques exemples de grammaire animale. L’association régulée de deux termes constitue en effet un signe de grammaire : le signe minimal s’il en est. Mais il suffit pour les animaux dont le mode de vie est resté plus ou moins rudimentaire par opposition avec notre développement civilisationnel. Qu’il existe un langage des animaux, ça ne fait aucun doute, et nous laisserons le lecteur curieux chercher lui-même les études qui en attestent. 

2.3 Développement du langage humain

Il est très certain que le langage humain s’est élaboré à la suite de découvertes technologiques. En effet, comme il était d’usage sans doute de baptiser les objets naturels, et comme on devait trouver de nouveaux noms avec les nouvelles découvertes, les objets artificiels ont nécessairement dû poser des questions de terminologie. C’est sans doute avec la multiplication des arts de fabrique que l’on a observé la plus grande augmentation du vocabulaire. De l’augmentation s’ensuit forcément à terme une élaboration de la grammaire. Dès lors si ç’avait été les tchimpes qui s’étaient lancé dans la grande conquête technologique qui a suivi l’accaparement du feu, il ne fait aucun doute que leur langage aurait crû comme le nôtre. Que le développement technologique est la cause du développement sophistique (mais tout de même primitif ou originel, bien que d’avantage peut-être) du langage, nous venons de le voir. 

2.4 De l’aspect conventionnel du langage

On entend souvent distinguer l’homme des animaux par la dichotomie suivante : les animaux font par instinct ce que l’homme fait par instruction. Cependant, l’idée même de l’existence d’un instinct que l’on pourrait qualifier de secondaire (assavoir au-delà de la connaissance des besoins, tel que la nutrition ou le sommeil, ainsi que des impératifs biologiques tel que la reproduction) peut sembler problématique, puisque peut-être superflu. Que les animaux ont un langage, nous l’avons vu, mais nous savons aussi que les animaux peuvent apprendre et qu’aux instincts primaires ils peuvent substituer des usages conventionnels hérités de l’homme (pensons au dressage). Qu’est-ce qui les empêcherait dès lors d’à notre façon s’enseigner ses choses que l’ont parfois pour des notions de l’instinct secondaire (la connaissance de la toxicité de certaines denrées, l’identification des prédateurs, etc.).

De même comment peut-on imaginer que le langage des animaux soit de nature instinctive, idée contraire à la conception même du langage dans le genre humain ? Qu’un tchimpe ayant grandi dans un pays lointain puisse communiquer dans le langage dont il a l’habitude avec un tchimpe étranger, ça nous semble absurde. Par quelle faculté innée, donnée égale à tous les tchimpes du monde de telles choses se pourraient-elles, alors que l’homme ne comprend qu’avec peine même les mots les plus communs et les plus simples de ceux qui vivent au loin. Il faudra donc à moins que l’on veuille considérer que les singes ont reçu du bon dieu un langage unique, peut-être parce qu’ils ne l’ont pas perdu en construisant la tour de Babel, certes, conclure, que chez les animaux aussi le langage est par essence conventionnel.
 

 3. De la vraisemblance pour les animaux de développer une civilisation

Comme nous l’avons vu la civilisation consiste essentiellement dans le développement des technologies (également bien sûr dans les arts mais nous en traiterons pas ici).

3.1 Des possibilités des animaux de développer des technologies comparables aux nôtres

Que les animaux ont dans une certaine mesure au moins des aptitudes technologiques, nous l’avons vu. Reste à savoir si cette aptitude technologique est comparable à celle des hommes. Les conditions du développement technologique sont multiples, mais on peut exclure de principe le besoin, comme nous l’avons vu pour le feu. On pourrait lister la confrontation à un phénomène nouveau, la compréhension du phénomène et la transmission du phénomène. La confrontation du phénomène ne dépend en somme que très peu de celui qui est confronté. Il y a là du hasard, parfois aidé par de la curiosité mais la curiosité est loin d’être le propre de l’homme. La compréhension du phénomène va nous intéresser d’avantage. C’est que l’homme est réputé au sein de son propre genre doté d’une intelligence exceptionnelle parmi les animaux. On sait cependant que les mathématiques au moins sont accessibles non seulement aux singes, mais même aux pigeons, or, la compréhension d’un phénomène passe toujours, sinon par les mathématiques même, par des lois implicites dans les mathématique, tel les grands principes de la logique. Celui qui a son refuge dans les nombres a la possibilité de comprendre tout ce que nous comprenons, si bien que les pigeons ont en puissance l’équivalent de notre science. Que la transmission de la connaissance est possible pour les animaux, nous l’avons déjà vu sous le nom d’instruction. Les possibilités pour les animaux de développer une technologie comparable à la nôtre, nous en avons assez devisé. 

3.2 De la motivation éventuelle des animaux de développer des technologies et des arts comparables aux nôtres

Comme nous l’avons vu pour le feu, les raisons qui ont poussé l’homme à développer des technologies ne se trouvent pas dans ses besoins, mais dans son loisir. Que les animaux ont des goûts et des préférences, qu’ils ont une hiérarchie de l’agréable, la chose est obvie. Rien dès lors ne peut décemment laisser penser que les animaux n’auraient pas eu le même entrain que les hommes pour le développement des technologies.

Le développement des arts obéit au même principe, celui du loisir, et dès lors, il va de soi qu’on aurait pu assister à une grande tradition artistique des animaux.

 
Conclusion

 

Au regard de ces différentes observations, nous ne pouvons douter que c’est bien par hasard que les hommes se trouvent aujourd’hui si haut dans la hiérarchie animale. Que nous ayons privé les animaux, ou du moins d’autres animaux d’une histoire, ça ne fait donc aucun doute. 

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16/03/2014

Nous sommes le socialisme

Affirmer que nous sommes le socialisme n'est pas une mince affaire !
En effet, affirmer que nous sommes le socialisme, c'est affirmer que notre parti, en tant qu'organisation politique, en tant qu'ensemble de structures politiques, incarne dès maintenant un espace de vie socialiste. Autrement dit, à l'intérieur de cet espace de vie les rapports sociaux sont d'ores et déjà différents de la réalité quotidienne de la société capitaliste. Nos pratiques organisationnelles, assez proches de pratiques autogestionnaires, sont d'ores et déjà un défi lancé à la rationalité mercantile et à la loi du plus fort, qui caractérisent les modalités organisationnelles du capitalisme. La rupture avec le capitalisme, l'adhésion au projet socialiste, est donc déjà contenu dans la forme même de notre parti.

Cette idée est importante je pense, car elle établit que le socialisme n'est pas qu'un concept abstrait, ou un sentiment diffus, mais au contraire, une conception éthique et politique qui se traduit directement dans la vie sociale par une modification de son environnement. Le militant socialiste est une sorte de micro-phalanstère à lui tout seul, et son adhésion aux valeurs socialistes (dont le cœur est la liberté) l'amène tout naturellement à modifier spontanément la vie quotidienne autour de lui. Ce micro-phalanstère grossit considérablement quand il fait la jonction avec d'autres micro-phalanstère, se traduisant par l'association partisane (le parti), qui n'est rien d'autre qu'un phalanstère militant.

Tout comme Bakounine en son temps avec l'Internationale anti-autoritaire, nous pouvons donc considérer que nous incarnons une brique de la société future, de la société idéale socialiste, et qu'il s'agit de construire autant de briques que nécessaire pour jeter les bases d'une contre-société à l'intérieur même du capitalisme. Ainsi la révolution dévore-t-elle la société capitaliste de l'intérieur, tandis que l'avènement révolutionnaire n'est que l'embrasement ultime qui voit la poussée sociale finale se hisser sur nos fondations révolutionnaires pour mieux porter le coup fatal à l'ordre capitaliste.

Ceux qui voudront aller plus loin dans cette idée auront raison d'en impliquer la nécessité de d'étendre au maximum ces espaces de vie qui échappent au capitalisme et à ses logiques, que ce soit des syndicats ou des partis, mais aussi des coopératives, des librairies alternatives, des éco-villages, des municipalités rouges (comme Marinaleda), des quartiers autonomes (comme Christiana), des cercles de discussion, des bureaux de recherche, des clubs ouvriers, etc.

Voilà pourquoi notre parti doit se considérer comme un espace de vie en révolution permanente contre le conformisme, l'autoritarisme, le consensualisme, le carriérisme, et le centralisme, toutes tendances ne pouvant que nous ramener à nous soumettre à la Loi du patronat, et voilà pourquoi incarner l'idéal que nous prônons est une nécessité révolutionnaire, et non une simple rêverie utopiste. 


Article paru dans la Cuite Finale numéro 8 

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10/03/2014

Pourquoi militer en faveur du socialisme ?


Pour un ethos militant harmonieux

A la question de savoir pourquoi militer en faveur du socialisme, un certain nombre de militants ont tendance à répondre qu'ils militent en solidarité envers telle ou telle cause parce qu'elle leur tient à cœur. C'est donc la pulsion altruiste qui fait vibrer leurs entrailles et les emporte dans le tourbillon du militantisme. Qu'il pleuve, qu'il vente, c'est cette émotion qui sera leur force.
Bien souvent, ces militants s'identifient à certains individus, ou plutôt à certains groupes sociaux, victimes d'une oppression ou d'une injustice. Ces militants ont ensuite tendance à voir en ces groupes sociaux (prolétariat, classe ouvrière, travailleurs, précaires, précariat, travailleurs immigrés, pauvres, minorités culturelles, femmes, homosexuelles, etc.) le sujet émancipateur, la classe ou le groupe appelé à émanciper l'ensemble de la société, pourvu qu'il prenne conscience de son rôle historique. Les militants n'ont alors pour objectif que de servir ce groupe social, en l'aidant à s'organiser.
A mon humble avis, cette position, si elle est certes moralement justifié évidemment, pose de gros problèmes. Combien de militants ne se lassent-ils pas de ne pas voir avancer leurs causes ? Combien désespèrent de ne point voir poindre un sursaut de révolte parmi leur sujet émancipateur favori ? Après quelques années de cette routine, je crains que ces militants ne lâchent l'affaire, et sombrent soit dans le fatalisme apolitisant, soit dans le carriérisme par défaut...

Chères et chers militant-e-s, nous devons faire de la politique par plaisir. Le militantisme doit être une fête éternelle, un enrichissement individuel continu, et non une quelconque forme de sacrifice ou d'austérité. Car notre projet de société n'est pas un objectif lointain, il est à vivre immédiatement, dans la vie quotidienne, dans nos rapports sociaux de tous les jours. La société n'est pas un bloc monolithique capitaliste et autoritaire, elle est multiple, plurielle, et nous pouvons y creuser dans ses parois des fresques et des phalanstères. Nos organisations sont d'ores et déjà des lieux de vie alternatifs, des espaces de pensée, de création, et d'expérimentation, en rupture avec la société dominante, nous devons les développer, étendre leurs modalités, et dévorer le monstre capitaliste de l'intérieur en étendant nos logiques et nos valeurs sans cesse à l'assaut de nouveaux bastions de la vie sociale, culturelle, symbolique, économique, politique, etc.
Notre idéal nous n'avons pas à l'attendre mille ans, il est à vivre ici et maintenant, et c'est sur cet ici et ce maintenant que nous aurons reconstruit, que nous bâtirons les fondations d'une révolution plus générale. Car la réalité est qu'il n'y a pas d'autre sujet émancipateur que nous-mêmes, et ce n'est nullement un problème. Dans une société où classe et groupes sociaux ne sont plus aisément perceptibles, c'est l'association des individus de bonne volonté qui prime pour donner vie à une société alternative.

Camarades, nous sommes notre idéal.
Vivons-le !

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09/03/2014

Fondements éthiques et ontologiques du socialisme


« La question que se pose l'anarchie pourrait être exprimée comme suit : quelles formes de sociétés permettent mieux à cette somme de bonheur de grandir et de se développer en quantité et en qualité ? »

Kropotkine


J'ai retrouvé chez Kropotkine l'intuition géniale qu'avait eu Gracchus Babeuf en son siècle sur la finalité du socialisme (à noter que je considère dans un texte philosophique, et non historique, comme équivalent socialisme, communisme, et anarchisme). Selon ces deux auteurs, le socialisme a comme finalité l'établissement du bonheur collectif et individuel.
Évidement, affirmer que le socialisme équivaut au bonheur c'est aller trop loin. Par contre, affirmer que le but du socialisme réside dans l'établissement des conditions idéales pour permettre à l'individu de rechercher et de trouver le bonheur me semble parfaitement valable. Il ne s'agit en effet donc pas de donner le bonheur aux individus, c'est proprement impossible car l'individu sait mieux comment atteindre le bonheur que la société ne le sait pour lui, mais simplement de mettre en place les conditions qui permettent à l'individu de rechercher le bonheur, et (éventuellement) de le trouver.
Je ne suis pas certain qu'à ce stade de la réflexion une définition du bonheur soit nécessaire. Si c'était le cas, je m'en tiendrais personnellement à proposer une définition ultra-simplifiée du bonheur comme étant la maximisation de sa satisfaction, quantitativement et qualitativement. Et je pense que cette définition n'infirme en rien mes premiers propos.

Les conditions idéales permettant à l'individu de rechercher le bonheur équivalent à la liberté. C'est en effet dans une société libre que l'individu a le plus de chance de trouver le bonheur, libéré qu'il est des contraintes et des asservissements de la société contemporaine. Ce point, comme le précédent et comme ceux qui suivront, nécessiteraient clairement un long développement argumenté, et j'y reviendrai dans un prochain billet. Disons que je me contente ici de poser les briques fondamentales de mon argumentation afin d'y voir plus clair.
Mais globalement, je rejoins les anarchistes libéraux qui pensent qu'il existe une nature humaine, mais je n'en tire pas les conclusions qu'ils en tirent sur la propriété de soi (et tout ce qui s'ensuit). Je pense que nous pouvons considérer que s'il existe bel et bien une nature humaine (universelle évidemment donc), cela explique pourquoi tous les êtres humains ont leur intérêt (leur possibilité de trouver le bonheur) dans le même projet de société : le projet de liberté, le projet socialiste. C'est notre nature humaine qui nécessite pour pouvoir se réaliser (soit trouver le bonheur) de pouvoir se développer au sein d'une société libre.

Il nous faut maintenant proposer une définition de la liberté. Ma position est que la liberté est en même temps positive et négative, les deux notions ne s'opposant pas, contrairement à ce que croient les anarchistes libéraux, mais se complétant harmonieusement.
La liberté est négative, car elle réside dans le fait de ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire. L'oppression, l'exploitation, la domination, l'aliénation, sont toutes des entraves qui se traduisent dans l’État (au sens non platonicien du terme), le capitalisme (et donc le salariat), et dans toutes les expressions autoritaires et dans toutes les hiérarchies.
La liberté est positive, car elle réside dans la capacité qu'a l'être humain de se réaliser. Nul ne défendra en effet qu'un être humain vivant dans une misère matérielle est réellement libre, d'où l'importance de la liberté en tant que capacité de se réaliser, qui se traduit dans la solidarité, l'égalité, et le partage.
La réalisation de la liberté négative et positive, la réalisation de la liberté tout court donc, c'est la mise en place des conditions idéales permettant à l'individu de trouver le bonheur, et c'est le but du socialisme. Ainsi, la plus haute de toutes les valeurs du socialisme, c'est la liberté. Toute les autres valeurs lui sont soumises, et ne sont que les conditions de la réalisation de la liberté. Voilà pourquoi le socialisme est essentiellement libertaire, et voilà pourquoi toute forme de socialisme non libertaire n'est pas du socialisme.

Enfin, deux autres postulats (complémentaires) qu'il faudra que je développe. Premièrement, il faut différencier le libre-arbitre de la liberté (je suis déterministe et ne crois pas en l'existence du libre-arbitre, mais cela ne m'empêche en rien de croire en la possibilité d'une société libre composée d'individus libres).
Deuxièmement, la liberté n'est pas un sentiment subjectif. Se croire libre ne fait pas de vous quelqu'un de libre : soit on est libre, soit on ne l'est pas, objectivement.

« Quel est le but de la société ? N’est-ce pas de procurer à ses membres la plus grande somme de bonheur qu’il est possible ? Et que servent donc toutes vos lois lorsqu’en dernier résultat elles n’aboutissent point à tirer de la profonde détresse cette masse énorme d’indigents, cette multitude qui compose la grande majorité de l’association ? »

Gracchus Babeuf

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07/03/2014

Pourquoi je ne soutiens plus les trotskistes de Der Funke


Il m'est régulièrement arrivé de défendre les mêmes positions que les trotskistes de Der Funke, et même, parfois, de faire front avec eux dans des débats internes contre des membres plus proches du social-libéralisme que du socialisme.
Toutefois, il faut bien admettre qu'à présent que les tendances plus modérées sont moins présentes au sein de notre parti, les funkistes ne cachent plus leurs travers...

Tendance à l'autoritarisme

En faisant voter par une majorité de notre assemblée l'interdiction aux membres de la Jeunesse Socialiste Genevoise de se revendiquer librement de notre parti dans leurs rapports avec le Comité des jeunes, et en accompagnant cette interdiction de la menace d'exclusion des membres qui contreviendraient au vote de la majorité de l'assemblée, les trotskistes de Der Funke ont démontré le peu d'intérêt qu'a pour eux la démocratie. En imposant ainsi à une minorité le silence sur son appartenance partisane, les funkistes ne sont pas démocrates, mais autoritaires. Ce travers va totalement à l'encontre du projet socialiste et n'est que la démonstration de leur faible compréhension ou adhésion au dit projet.

Tendance au centralisme et au bureaucratisme

En s'attaquant régulièrement au fonctionnement quasi-autogestionnaire de notre parti afin d'y renforcer le pouvoir d'un petit groupe de membres sur le reste des membres, les trotskistes de Der Funke ont montré qu'ils sont adeptes d'un centralisme anti-socialiste et anti-démocratique. Qui plus est, en demandant sans cesse le renforcement du pouvoir du comité dans le but d'en faire non un simple organe exécutant, mais au contraire un organe dirigeant, les funkistes ont prouvé doublement le peu de respect qu'ils ont pour la démocratie au sein de notre parti, et leur désir de voir apparaître des chefs et des donneurs d'ordres.

Une propagande inefficace

La propagande de Der Funke est empreinte d'un marxisme archaïque qui se refuse à faire référence à des auteurs marxistes ayant réfléchi après 1940... Ce marxisme rudimentaire produit comme résultat une propagande suintant les premières décennies du siècle dernier, et ignorant les évolutions de fond qui ont suivi. De même, cette ignorance a comme corollaire une forme et un vocabulaire absolument pas en phase avec la société contemporaine. Voilà pourquoi je ne peux que constater que leur propagande n'est pas un grand bienfait pour la régénération et la diffusion des idées marxiennes ou marxistes au XXIème siècle, mais plutôt une limite à cette régénération et à cette diffusion.

Un discours incohérent sur la libre-circulation 


C'est sur le plan de la libre-circulation enfin que les trotskistes de Der Funke font preuve d'une vaste incohérence. Voilà une organisation qui prétend défendre les travailleurs, qui met en évidence les faiblesses existantes dans la libre-circulation avec l'Union Européenne, et qui en tire comme conclusion qu'il s'agit de rompre les accords de libre-circulation. Pourtant, la rupture des accords de libre-circulation n'a comme conséquence que l'instauration de contingents, avec ce que cela implique comme affaiblissement des conditions de travail pour les travailleurs que les funkistes prétendent défendre. La lutte pour l'organisation des travailleurs contre l'exploitation n'a pas besoin des contingents, au contraire, la libre-circulation est d'ores et déjà une amélioration par rapport aux contingents, et c'est à l'intérieur de cette libre-circulation que l'on peut ensuite s'engager en faveur de la défense des intérêts des travailleurs. 



Pour toutes ces raisons, je considère dès à présent Der Funke et ses membres comme des adversaires internes, au même titre que les social-libéraux ou les carriéristes.
En espérant que ce message les fera réfléchir sur ce qu'est le socialisme et sur ce qu'il n'est pas !


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13/02/2014

Les différents types de militants



D'après mon expérience personnelle au sein des partis et des organisations politiques (c'est à dire, pas uniquement au sein du mien propre), je pense pouvoir tirer quatre types de militants.

Il y a d'abord le militant au grand cœur, ce militant un peu crédule, un peu naïf, et surtout encore vierge de toute « formation politique », qui ressent dans ses entrailles la pulsion de l'indignation ou de la révolte face à l'injustice ou à l'oppression. Ce militant, je l'ai été dans les premières années de mon engagement (de mes 15 à mes 20 ans je dirais), et je le suis encore bien des fois !

Il y a ensuite le militant religieux, quasiment fanatique, qui verse dans le dogmatisme et ne recherche pas la vérité, mais seulement la réalisation de ses dogmes. Cette posture quelque peu malheureuse, on la retrouve dans certaines sectes politiques (je crains souvent dans certains milieux trotskistes, mais pas seulement).
Le militant religieux ne débat pas, il scande, il n'agit pas de manière rationnelle, mais émotionnelle, au nom d'une mythologie politique.
Ce militant, je l'ai parfois incarné lors de mes tous premiers pas en philosophie politique (j'en suis toujours à mes premiers pas, mais plus aux tous premiers), et mes premiers textes s'en ressentent, y compris sur ce blog.

Et puis, il y a le militant carriériste. Le militant carriériste, je ne devrais même pas l'appeler « militant » car il a déjà tout du politicien. Sa pensée est totalement limitée à ses possibilités de carrière, l'empêchant de tendre vers la vérité et donc de prendre des positions politiques valables. Le militant carriériste agit par opportunisme en fonction du politiquement correct et du consensus dominant, il ne s'oppose pas à l'autorité et évite toute prise de position subversive.
Il m'est arrivé d'avoir des hésitations carriéristes, surtout lorsque j'étais encore social-libéral.

Enfin, il y a le militant que je vais qualifier de philosophe. Je veux dire par là que ce militant recherche la vérité, puis après avoir trouvé ce qui lui paraît être bon et bien, il agit dans le sens de la réalisation de ce bien et de ce bon, sans jamais cesser de remettre l'ensemble de ses positions en question. Ce militant à la recherche évite la posture religieuse aussi bien que le gouffre carriériste. Il est, je pense, la meilleure des transformations possibles pour le militant au grand cœur.
J'essaie d'être ce militant, même si ce n'est jamais facile.

Pour conclure, je tiens à dire que l'on est jamais un seul de ces types de militant, mais toujours un mélange de ces quatre types. Qui plus est, rien n'est immuable et tout le monde peut changer.

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30/01/2014

Critique du salariat



S'il y a bien quelque chose qui caractérise la pensée socialiste c'est la critique du salariat. On pourrait dire que c'est là l'élément clef qui fait de quelqu'un un socialiste ou non. Je considère d'ailleurs que quelqu'un qui accepte le salariat n'est pas socialiste.
Pourquoi cette critique socialiste du salariat ? Sur quoi porte-t-elle ?
C'est ce que je vais présenter en retraçant de manière analytique et systématique l'ensemble de la critique que l'on peut faire au salariat. J'ajoute que ma critique se porte sur le salariat en soi, en tant que catégorie universelle (et donc, quelle que soit l'époque, le lieu, ou les modalités de ce salariat), et non uniquement sur le salariat en tant que rapport social capitaliste actuel (en tant que phénomène isolé).


1. Le salariat en tant que non choix culturel et idéologique

Le salariat n'est pas un choix.

Quiconque naît au sein du capitalisme du côté des non possédants est automatiquement et systématiquement soumis à une propagande systémique (à travers ce que certains appellent les appareils idéologiques d’État) visant à conditionner l'individu à accepter sa future condition de salarié.
L'hégémonie culturelle capitaliste érige en modèle unique, et total, le salariat, qui devient une catégorie perçue comme évidente, comme naturelle, par l'ensemble des membres de la société.
On peut noter par exemple l'absence du mot « travailleur » de la plupart des discours dominants (presse, médias, télévision, école, politique, économie, etc.) et l'utilisation systématique du mot « salarié » à la place qui tend à gommer sémantiquement (dans le langage même) l'existence d'alternatives au salariat (sans mots pour désigner une alternative au salariat, l'alternative en question devient impossible à envisager).
Au final, quiconque croit préférer le salariat à la condition de travailleur libre n'est donc que victime de la propagande du régime en place.
A noter que le capitalisme exerce aussi un conditionnement sur les membres des classes dominantes, mais qu'il vise plutôt à les faire appréhender le fait de salarier comme quelque chose de naturel, voire de charitable, pour mieux former le futur patronat à ses fonctions de classe.

2. Le salariat en tant que non choix économique

Le salariat n'est pas un choix.
Les individus, hors des classes dominantes possédantes, n'ont pas d'accès facile au capital (sous toutes ses formes) ce qui leur interdit d'investir et de s'émanciper par entrepreneuriat de la condition de salarié. On ne prête qu'aux riches, dit fort justement la maxime. Si vous n'avez rien, aucune garantie à faire valoir, ni banques ni investisseurs ne vous prêteront quoique ce soit. Si vous n'avez qu'un faible revenu, jamais vous ne pourrez suffisamment mettre de côté (économiser) pour avoir de quoi investir.
Qui plus est, la position dominante de grands groupes capitalistes jouissant de position monopolistique (et d'avantages comparatifs) empêchent l'entrée de nouveaux acteurs sur des marchés cloisonnés.
Enfin, la concurrence avec des entreprises capitalistes pressurant leurs travailleurs contraint les coopératives autogérées à être constamment sous pression, réduisant leur nombre à peau de chagrin. Cette quasi-absence d'entreprise alternative aux entreprises capitalistes contraint les travailleurs à se faire salarier par absence de choix alternatif.

3. Le salariat en tant que choix matériellement imposé

Le salariat n'est pas un choix.
Si vous cherchez à éviter le salariat en refusant tout emploi, vous serez tout de même contraint de vous salarier. En effet, des contraintes matérielles basiques (manger, boire, vous vêtir, vous loger, vous soigner, etc.) peuvent vous amener à avoir besoin d'un revenu. Lorsque l’État-providence prend en charge votre dénuement, c'est alors la pression sociale et culturelle exercée par les autres membres de la société et par la propagande du régime capitaliste qui vous pousse à sortir de cette situation de dépendance. Enfin, si la pression socio-culturelle n'est pas suffisante, c'est alors l’État qui vous contraint par la force à aller travailler comme salarié pour lui-même (dans une entreprise d’État ou subventionnée) ou pour une autre entreprise capitaliste.

4. Le salariat subjectivement mal vécu

Le salariat est une souffrance, une insatisfaction.

Si vous êtes salarié, vous prendrez probablement conscience que cette condition ne vous satisfait pas. L'être humain naît libre, sa nature humaine le pousse à aspirer à vivre librement, et c'est pourquoi il ne peut que souhaiter s'émanciper d'une condition qui ne correspond pas à un état lui permettant d'être complètement heureux (la liberté étant la condition nécessaire au bonheur le plus complet).

5. Le salariat en tant que domination du travailleur

Le salariat c'est la domination du patron sur le salarié, ou autrement dit, c'est la hiérarchie (qui n'est toutefois pas présente uniquement sur le lieu de travail, mais aussi dans bien d'autres aspects et secteurs de la vie en régime capitaliste).

La hiérarchie, c'est l'imposition de chefs, d'un système où certains donnent des ordres à d'autres et où ces autres doivent obéir les yeux fermés. C'est tout une organisation de sanctions contre les réfractaires, et de cadeaux pour les obéissants, visant à faire accepter de gré ou de force aux travailleurs un ordre social fondé sur la violence, où l'agression des chefs patronaux est la règle.

6. Le salariat en tant qu'aliénation et réification du travailleur

Le travailleur, dans sa condition de salarié, est aliéné. Autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure comprendre la finalité de son action (les entrepreneurs/managers réalisant le travail d'anticipation de la demande, de planification de la production, et d'organisation du travail), transformant de son point de vue son activité en travail absurde.

Qui plus est, le travailleur, en tant que salarié, est réifié, ou autrement dit, il est mis dans une position où il n'est pas en mesure de décider ce qu'il souhaite faire, comment il souhaite s'organiser individuellement ou collectivement. Le salarié est donc ramené à la condition de chose-objet, simple exécutant sans autonomie propre.

7. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur individuel du travail

Le salariat c'est l'exploitation individuelle.

Dans le cadre de l'entreprise capitaliste, le propriétaire des moyens de production (l'actionnaire/le patron/le capitaliste) exerce son droit de propriété (capitaliste) sur les travailleurs en retirant sans rien faire une rente (le revenu du capital) de l'activité des travailleurs qui se voient ainsi spoliés d'une partie de la valeur de leur travail. Si un capitaliste (créditeur) a prêté de l'argent à l'entreprise, les travailleurs sont aussi expropriés par ce-dernier qui touche une part de la valeur de leur travail pour avoir simplement prêté son argent. Enfin, les travailleurs sont aussi exproprié d'une part de la valeur de leur travail par le manager/patron/gestionnaire qui se verse généralement un revenu supérieur à la valeur réelle de son travail.

8. Le salariat en tant qu'expropriation de la valeur collective du travail

Le salariat c'est l'exploitation collective.

Un travailleur seul ne peut exécuter ce que vingt travailleurs peuvent ensemble. Par exemple, un travailleur ne pourra jamais, même avec un million d'années à sa disposition, soulever une charge trop élevée (disons un obélisque pour reprendre l'exemple consacré par la tradition) pour sa seule force de travail, tandis que vingt travailleurs le pourront en une demi-heure.
L'alchimie productive de la coopération entre travailleurs correspond à une valeur supplémentaire du travail collectif sur le travail individuel. En entreprise capitaliste, le patron s'approprie cette valeur collective du travail des travailleurs.

Conclusion

Voici, je pense, les huit principaux aspects de la critique socialiste du salariat, qui le rendent inacceptables à mes yeux.
Le dépassement du salariat, ou son abolition, sont donc la clef du projet socialiste visant à fonder une société de travailleurs libres et autonomes, sans chefs, sans capitalistes, et sans patrons.
Seule une telle société est réellement qualifiable de société libre.


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05/01/2014

Courte somme sur le panditisme à Warwarilla

Comme je viens de l'annoncer sur mon blog auxiliaire, j'ai décidé d'ouvrir mon blog à d'autres amateurs de philosophie politique.
Pour ouvrir le bal, j'ai le plaisir d'accueillir un texte d'Antoine Conforti II


Je vais faire ici une courte présentation d’un royaume appelé, sans doute : Warwarilla, dont la localisation tant dans le temps que dans l’espace n’est pas connue vraiment (qu’au vu de certains éléments de la tradition et leur concordance avec des choses extérieures). Ce qui sera présenté ici n’est autre que le système qui, à ma connaissance, lui est propre et que j’ai nommé d’après la place capitale d’hommes appelés pandits : le panditisme.

La valeur historique des choses que je vais raconter n’est pas une question dont on va se soucier, puisqu’elles ne me sont connues que de témoignage, mais c’est en tant que base de pensée que nous allons les peser.

 

D’abord, voici je vais vous dire en peu de mots comment, selon la légende, est né ce royaume et les grandes lignes de son aventure, car vous le verrez plus tard : Cela peut aider à mieux saisir le regard particulier de cette nation :

On raconte que tout aurait commencé autour de l’équipage d’un pêcheur nommé Bâline qui allait de port en port, appelant qui voulait à le suivre au loin pour y fonder un pays meilleur. Ainsi, ce n’est pas le voyage d’une tribu ancienne que nous allons présenter, mais celui d’hommes déçus par leurs milieux, venus de partout et au hasard, afin de fonder ce qu’à leurs yeux le genre humain n’avait pas su faire ou bien garder.

Quand ils furent bien nombreux, ces braves s’en allèrent sur l’océan et après de longues traversées trouvèrent une terre qui leur sembla sans homme, une terre sur laquelle ils marchèrent au milieu des marécages pendant bien longtemps, puisqu’ils cherchaient des plaines où bâtir leur cité. L’un d’eux, que nous connaissons sous le nom de : Boscot-Bœuf, dit aussi le Grogneur, choisit de s’arrêter, disant qu’il valait mieux endiguer le fleuve et faire de quoi planter les champs que continuer à pied, peut-être pour toujours, sans jamais rien trouver. Mettant d’accord la plupart des Warwarons, il fut nommé roi, le premier du domaine qu’on commençait de bâtir avec les arbres coupés. On raconte qu’aussi longtemps qu’il vécut il fut un homme sage et plein de bon sens, qui jugea toujours les lois comme des choses de peu d’importance.

Après sa mort l’on apprit d’un chasseur qu’un autre peuple vivait quelque part dans les alentours du village et qu’ils avaient une ville forte de grands murs armés. L’héritier de boscot-bœuf envoya au tyran son voisin un message offrant de faire la chose suivante : mettre en place un marché, ce à quoi Mâr-Matsia le Premier (Il est parfois appelé d’autres façons.), le tyran donc, topa sans hésitation. En ce temps-là, tandis que l’on mettait en place à Warwarilla les premiers vrais tribunaux, les premières vraies écoles, ainsi que toutes ces choses qu’on met en place dans une cité naissante, les deux nations se lièrent tant par leurs traffiques marchandes qu’on vit ce peuple si brave jurer bientôt de servir Mâr-Matsia le Premier et que le royaume devint une province. Les champs étaient alors si nombreux dans chaque pays qu’ils se mêlaient même de part et d’autre, mais c’est sous Mâr-Matsia le Second, fils du Premier, qu’eut lieu la révolution d’un juge fâché du marché avec la tyrannie, un juge que l’on appellerait plus tard : Sans-Couronne.

C’est cette révolution qui marque la vraie naissance du Royaume de Warwarilla en ce que je le trouve plaisant et la majeure partie des choses que je vais présenter en viennent, par ailleurs, avec pour premier choix de vivre dès lors sans échange marchand avec le reste du monde. Mâr-Matsia le Second, bien qu’il perdît alors un partenaire bien riche en grains et d’autres choses, préféra ne pas marcher sur le royaume en sécession, mais après la mort de Sans-Couronne fut nommée reine des Warwarons la brave Cœur-Joie (elle aussi connue sous plusieurs noms), qui força son voisin de laisser s’en aller de son pays qui le voulait. La bataille est l’une des plus connues de l’histoire de ce peuple, mais il ne sert à rien de la raconter ici. Au fil du temps, cependant, il est à voir que Warwarilla reçut à peu près tous les anciens citoyens de Mâr-Matsia le Second, signant aussi la fin de sa tyrannie : Les autres, pour la plupart, quittèrent les alentours.

Les Warwarons vécurent ainsi pendant bien longtemps et ce qui se passa par la suite ne nous servira pas, puisque c’est le royaume à cette époque particulière que j’ai choisi de vous présenter.

 

Je commencerai par un principe drôle qui répondra peut-être à la première question que vous voudrez me poser : Les Warwarons, une fois majeurs, sont libres de prendre le nom qu’ils veulent et d’en changer aussi souvent. C’est ce qu’on appelle : principe de nom vaillant. Je tiens aussi à dire que ça n’est pas forcément la raison de l’étrangeté de certains noms dans l’histoire de Warwarilla : On m’a appris qu’elle n’était pas racontée toujours avec les mêmes noms et que c’est une possibilité, souvent, que des noms n’aient été donnés qu’après la mort des hommes mêmes, comme entre autres à Sans-Couronne, parce qu’il est obvi qu’on entend : le roi sans couronne, lui qui n’a pourtant jamais été roi vraiment, selon sa légende.

Ce principe est d’ailleurs l’un des plus anciens et aussi l’un des seuls à n’avoir, à ce qu’il semble, jamais été remis en question.

 

Voilà, pour parler de choses plus importantes, le premier principe des warwarons est le droit d’aller et venir dans le royaume, de devenir citoyen ou de ne plus l’être à l’envi : Est warwaron qui veut et ce jusqu’à ce qu’il ne veuille plus. Il n’y a pas d’écart fait entre ceux qui sont nés à Warwarilla et ceux qui y viennent, ni pour ceux qui y sont venus longtemps de ça face à ceux qui viennent d’y arriver, blâ-blâ. Cette première loi fait aussi bien sûr que l’exil n’est pas une peine qu’on puisse peser comme vaillante au sein du royaume et vous comprendrez bien pourquoi.

 

Maintenant voyons comment Sans-Couronne a changé les fondations mêmes du royaume selon ce qu’on appellera désormais : le panditisme.

Tout d’abord il s’agissait de renvoyer dos à dos les rois de sang et le peuple-roi, tous deux pour des raisons qui me semblent obvies, même si bien sûr beaucoup de gens de nos jours croient au peuple-roi et quelques-uns aussi aux rois de sang : Le panditisme veut en effet que le pays soit mené par des pandits, choisis par des épreuves et élevés par les pandits plus anciens. Ces épreuves sont des devinettes de sages, de bon sens, des questions aussi d’esprit pur comme avec les nombres ou la raison : Elles sont faites par les anciens et ce sont eux qui les font passer : Chaque pandit crée des épreuves, mais ils sont tous présents quand un brave tente d’en passer quelques unes, afin que tous ceux qui n’ont pas écrit les questions mettent sur papier leurs propres réponses. On peut ainsi dire si la question était bien faite et si les réponses des prétendants (mais aussi des pandits) sont vaillantes. Les moines sont là pour témoigner de ces épreuves, car les pandits ont le rôle sans doute le plus important, puisqu’ils sont tout à la fois chef de la nation et juges, seuls à choisir pour toute chose. Tout le monde peut passer ces épreuves, des warwarons de naissance à ceux qui sont venus seuls. Si un pandit est remis en question par un citoyen quelconque alors qu’il n’y a pas de candidats à la panditerie pour lancer les épreuves, on lui fait passer de nouvelles épreuves et ce aussi souvent qu’on le demande : si bien sûr on ne demande pas trop souvent.

Un autre groupe spécial au sein du royaume est l’ordre des moines qui sont à la fois les gardiens en arme et les seules personnes à travailler (dans les champs, les mines, les fabriques, blâ-blâ-blâ) d’après des attentes : un certain temps au moins et, selon, un certain fruit. Il faut que je dise, bien qu’on ait choisi de ne pas parler vraiment ici des usages et habitudes de la nation, qu’ils ne sont pas, ces moines, tous de la même foi, ni de la même école, partageant pourtant les mêmes règlements au sein de l’ordre. L’entrée dans l’ordre, comme le départ, est : libre. Ils dépendent, comme tout le monde en somme, des pandits seuls.

Il n’y a que deux autres genres de citoyens qui ne sont pas compris dans les communs vraiment : les docteurs et les techniciens. Les docteurs sont forcés de soigner aussi bien qu’ils peuvent : Y manquer les verrait, selon leur tort, dits criminels et mis au cachot. Les techniciens (comprenant agronomes, ingénieurs, architectes et au moins mille choses autres quelconques) doivent répondre toujours à l’appel des pandits quand on leur veut demander de travailler sur quelque chose et s’y mettre ou c’est, selon leur tort, la sentence de criminel, le cachot. Les docteurs et les bâtisseurs sont élevés à le devenir s’ils en ont l’envie et la possibilité : Ils peuvent choisir de ne plus l’être quand ils veulent.

Nous arrivons maintenant à la majeure partie : le commun ou les communs. En son sein nous pouvons encore séparer trois groupes : les chérifs, les maîtres et les poètes. Les chérifs sont des citoyens du commun nommés par les pandits pour se soucier de l’ordre. S’ils ont mal fait leur travail, ils peuvent être, selon leur tort, démis ou dits criminels et mis au cachot. Les maîtres sont des citoyens du commun choisis par leurs pairs pour s’affairer d’un champ, d’une forge, d’une fabrique ou de tout autre lieu de travail particulier, comme ferait un patron. Ce sont eux aussi qui doivent apprendre aux citoyens qui viennent y travailler à y faire leur travail comme il faut, ce pour quoi il peut être aidé par des gens qu’il nomme ou, si ça ne fait pas de souci, d’autres maîtres nommés par le commun. Ils sont libres d’accepter comme de ne pas accepter ce rôle de maître, mais s’ils l’acceptent et s’ils font mal leur travail, alors, selon leur tort, ils seront démis ou dits criminels, puis envoyés au cachot. On appelle : poètes les gens qui donnent leurs leçons aux enfants dans les écoles. Les poètes sont nommés par leurs pairs, mais sont forcés de donner les leçons que les pandits choisissent : Ces leçons ne sont pas en grand-nombre et les poètes sont dès lors très libres d’apprendre d’autres choses encore aux enfants. Quand ils sont très nombreux, certains pandits donnent parfois les leçons eux-mêmes. Les poètes qui font mal leur travail sont démis. Voilà, maintenant, les communs qui ne sont ni chérifs, ni maîtres, ni poètes, ces communs n’ont pas de travail particulier : Ils sont libres de travailler ou de ne pas travailler, où ils veulent, avec pour seule règle s’ils choisissent de travailler de suivre le commandement des maîtres : eux-mêmes sous le goubernement de la panditerie.

 

Aucun homme n’a proprement de trésors tangibles, même si l’on pèse quand même pour parler grossièrement que chaque homme doit avoir un toit : Ça n’est jamais que prêté par la cité. Si un homme seul a d’ailleurs une grande maison et qu’une grande famille en a une petite, alors les pandits se dépêcheront d’échanger ces choses (C’est à titre d’image, car en vérité tout dépend d’au moins mille petits points). Les citoyens sont bien sûr libres de choisir entre eux qui dort où, mais les pandits ont, comme sur toute chose, le droit de trancher. Un principe majeur veut encore qu’on n’emporte rien au-dehors du royaume, que ce qu’on nous donne pour le voyage : car on donne des choses à ceux qui veulent s’en aller, pour le voyage, et de même on doit tout abandonner à la cité en y entrant : Tous les Warwarons vivent, en somme, avec les mêmes possibilités et le luxe d’un seul passe plus ou moins par le luxe de tous les autres.

 

Enfin, j’ai parlé tout à l’heure du cachot : La seule peine pour le crime d’un homme libre est celle des travaux forcés. La seule peine pour le crime d’un forçat est celle de mort. Les travaux sont forcés au sens où l’on doit, quand on est dans les fers, gagner en travaillant ce que l’on va manger : Il est interdit par ailleurs de partager son pain, ce qui fait qu’on meurt de faim si l’on ne travaille pas, grosse mode : un genre de peine de mort déjà, mais pour la peine de mort à proprement parler, celle qu’on donne aux criminels des criminels selon leurs torts, les forçats qui tuent, volent ou font du mal à d’autres forçats, assavoir alors qu'ils ont été jugés et sont en train de se racheter, il s’agit cependant d’une mort par artifice. On les pend. On leur tranche le chef. On les jette au milieu du colisée.

Notez que les forçats ont à faire bien plus que ce qu’on leur donne à manger en paiement : et ce pour que le commun des hommes libres ait moins de travail, sans pour autant qu’on vienne à manquer ou que la famine guette. Si ç’arrive malgré tout, c’est aux moines de sauver le royaume selon leurs possibilités : Tous les autres hommes libres sont appelés à les aider, mais ils n’y sont jamais forcés. Si l’on n’arrive pas à faire assez de nourriture pour que tout le monde mange, alors le royaume s’effondre et demeure éteint jusqu’à ce que de braves gens viennent le rebâtir, même s’il semble que ça ne soit jamais arrivé dans son histoire pour cette raison de famine.

 

Toutes ces choses ici sont dites en peu de mots et je n’ai fait que tracer les grandes lignes du royaume à une certaine époque, royaume qui a changé souvent : Il est arrivé que les chérifs soient nommés par le peuple, pour prendre une chose parmi toutes les autres.

Je ne suis pas entré dans les questions que l’on pourra me poser vraiment en lisant tout ça, mais je ne pense pas qu’il y en ait une seule à laquelle je ne saurais répondre, ni même une seule que je trouverais difficile, donc puisque je n’ai fait que présenter les choses en grosse mode, hê bien, je vous en prie : Posez-moi des questions.


 

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29/12/2013

Fondation de Tendance Socialiste Libertaire



Par la présente, nous, Pauline Schnorhk et Adrien Faure, constituons, à deux pour commencer puisqu'il faut bien un début à toute chose, la Tendance Socialiste Libertaire au sein de la Jeunesse Socialiste Suisse et Genevoise.
Sans ambition particulière, sans la prétention de renverser les rapports de force au sein de notre parti, nous souhaitons surtout affirmer notre identité politique et notre orientation.

Jeunes Socialistes trotskistes, Jeunes Socialistes social-libéraux, Jeunes Socialistes marxistes, Jeunes Socialistes réformistes, abandonnez vos tristes oripeaux doctrinaux qui ne sont que le reflet déformé de notre idéal de liberté : le socialisme libertaire !

Au sein de la JS, nous mènerons la lutte contre le carriérisme et la compromission, pour la transparence et la démocratisation de toutes les structures de notre parti, contre toute bureaucratisation, pour l'autonomie des sections par rapport au comité directeur, et pour l'autonomie et l'avant-gardisme de la JS par rapport au PS.

Liberté, démocratie directe, et autonomie partout !
Démocratie des conseils et autogestion partout !
Abolition du capitalisme et abolition de l’État !
Patrons et bureaucrates ça suffit !
Un seul moyen : la révolution !


La liberté ne se donne pas, elle se conquiert !

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28/12/2013

« Assez d'actes, des mots ! »



Une révolution politique, soit un renversement populaire de l’État capitaliste et une expropriation des possédants, est très improbable (même à long terme) dans un pays comme la Suisse, fort peu touché par la crise économique de 2007-2008 et par ses répercussions, et dont les structures économiques sont différentes du reste de l'Europe. Même une révolution dans certains pays du sud de l'Europe (par exemple en Grèce), si la crise persistait, ne changerait pas fondamentalement la donne en Suisse je suppose (quoique cela donnerait un sacré coup de fouet à nos mouvements évidemment). Dans la même optique, les prémisses à une révolution politique, comme une grève générale adjointe d'occupations, ne semblent pas non plus à l'ordre du jour (y compris à long terme), tout comme il semble illusoire d'envisager une victoire de la gauche par les urnes.
Le travail politique des militants socialistes réside donc d'abord dans un travail défensif en appui au mouvement syndical par l'usage des outils de la démocratie semi-directe et par la mobilisation militante dans la rue, couplé à un travail politique offensif visant à conscientiser la population sur les enjeux de nos luttes.

« Les paroles sont des actes sociaux. »

Kevin Mulligan 


Mais la véritable offensive est ailleurs.
La véritable offensive que nous devons mener se situe sur le terrain culturel, idéologique, et axiologique.
Car si la révolution politique semble utopique, une transformation culturelle, dans la poursuite et dans le même ligne que les années 68, me paraît par contre tout à fait envisageable. Une telle transformation culturelle pourrait impliquer un accroissement de la participation des individus à la bonne marche de la société, et ce, à tous les niveaux, y compris sur le lieu de travail. 
 

« Dans les amphithéâtres, les mots ont pris le pouvoir et siègent sans discontinuer. Tout le monde parle de tout, partout et à tout le monde, au pied de grandes fresques sombres et muettes. La révolution occupe les esprits et les discours, mais aussi la société, la politique, l'amour, la guerre, la mort, et la sexualité. Intellectuels, employés, ouvriers, clochards et militants se mêlent dans un chaos rhétorique inextricable. On parle pour agir, on parle pour comprendre, on parle pour se libérer, on parle pur parler. Cette éloquence torrentielle et confuse vaut par elle-même. Comme si un peuple lassé d'écouter le Maître se rattrapait en trente jours de décennies de silence. » 

Laurent Joffrin



Notre offensive culturelle se heurtera logiquement au centre conservateur qui gouverne ce pays, sous couvert de consensus et de paix du travail, mais qui est en fait en proie au copinage, à la corruption, au carriérisme, et au corporatisme.
Le mouvement socialiste ne peut malheureusement pas remporter cette lutte contre le système seul, car le peuple de gauche est historiquement minoritaire dans ce pays. C'est pourquoi je pense que nous aurons besoin du mouvement (anarchiste) libéral pour briser le règne des puissants. Je reviendrai là-dessus dans mon prochain billet.


« Et si c'était vrai ? Et si la France bazardait dans la magie de la révolte les appareils vermoulus pour inventer la vraie politique, celle du cœur et de l'imagination, celle de la démocratie réelle ? »

Laurent Joffrin

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26/12/2013

Manifeste pour le droit à la difformité



Nous, individus difformes, revendiquons :


Le droit de ne pas faire de sport.

Le droit d'être en mauvaise santé.

Le droit d'être gros.

Le droit d'être laid.

Le droit d'être maigre.

Le droit de ne pas porter de jeans ou de ne porter que des jeans.

Le droit d'être trop.

Le droit de demander pourquoi.

Le droit d'être fou.

Le droit d'être marginal ou marginalisé.

Le droit d'être minoritaire.

Le droit d'être comme nous souhaitons l'être.

Le droit de s'asseoir par terre.

Le droit de porter des haillons.

Le droit d'écrire n'importe quoi.

Le droit de ne pas être vulgaire.

Le droit d'être des individus.

Le droit d'avoir les prétentions que nous voulons.

Le droit d'être ridicule ou de ne pas être ridicule.

Le droit de ne pas dormir.

Le droit de ne pas manger.

Le droit de ne pas survivre.

Le droit d'avoir des cernes.

Le droit de perdre ses cheveux.

Le droit de ne pas être authentique.

Le droit d'arborer des masques.

Le droit d'être sur Terre comme sur une scène.

Le droit de lire ce qui nous intéresse.

Le droit de ne pas parler anglais.

Le droit de ne pas comprendre ses contemporains.

Le droit de ne pas passer son permis de conduire.

Le droit d'allumer des feux là où les braises rougeoient.

Le droit de dormir dans les arbres.

Le droit de parler au vent.

Le droit de ne pas rechercher à être médiocre.

Le droit à l'insomnie.

Le droit de ne pas boire de café.

Le droit de ne pas aimer les chats.

Le droit de ne pas offrir de cadeaux et de ne pas en recevoir.

Le droit de ne pas marcher dans les rangs.

Le droit d'être seul.

Le droit de ne pas savoir danser.

Le droit de chanter n'importe comment.

Le droit de parler latin.

Le droit de danser où bon nous semble et pas seulement dans les boîtes à fric.

Le droit de ne pas sourire.

Le droit à la difformité.


Partout où ces droits sont respectés se trouve l’État difforme.
Partout où ces droits ne sont pas respectés se trouve la Conformité.


Adrien Faure, Tristan Pun, et Pauline Schnorhk

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