17/03/2015

La spéculation, un outil de stabilité qui sert les plus vulnérables

 



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J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui sur mon blog le militant libertarien Jean Level, coordinateur de European Students For Liberty pour le Nord de la France. Bonne lecture,
Adrien Faure











C’est bien connu, les spéculateurs sont des parasites qui gagnent leur vie en achetant pas cher et en revendant plus cher, sans jamais produire de richesse. On serait vachement mieux sans eux. 

 

Ça c’était la minute gauchiste. Ou même la minute de droite. Bref une minute où on déclare qui est utile et qui ne l’est pas, et qui mérite de gagner quoi. C’est plutôt fun en général,mais là on va passer à la minute réflexion. Qui sera d’ailleurs vachement plus longue (le temps passe moins vite quand on ne s’amuse pas).Un spéculateur c’est clairement quelqu'un qui gagne sa vie en achetant des produits pas chers et en les revendant plus chers. En tout cas c’est son intérêt, parce que s’il fait un peu trop l’inverse il finit un peu trop ruiné et en général il n’aime pas trop ça. 

Donc notre méchant spéculateur achète un produit pas cher. Au fait quand est-ce qu’un produit n’est pas cher ? Quand il y a beaucoup d’offre par rapport à la demande. Ça les spéculateurs adorent parce que c’est un peu ce qui va leur permettre de manger, alors ils foncent et ils achètent. L’autre manière de le dire c’est qu’ils font monter la demande, donc les prix. Et ça c’est mal ? Bah non pas trop. Parce que certes quelques consommateurs (pas nombreux, « demande faible » souvenez vous) faisaient une super affaire, mais les producteurs eux risquaient de franchement galérer. Les prix qui remontent un peu, ça n’empêche pas les consommateurs de toujours faire une bonne affaire (juste un peu moins bonne), et ça peut permettre au producteur de ne pas changer d’activité.  Salauds de spéculateurs !

Ainsi les spéculateurs ont fait leurs courses, puis vont tranquillement vivre leur vie. Mais quelques mois plus tard la demande augmente. Ou l’offre diminue. On s’en fout un peu. Pour l’histoire ce qui est important c’est que les prix montent. Le salaud de riche ça l’embête un peu, mais il pourra toujours payer. Pour le pauvre c’est un peu plus compliqué, il va devoir se passer du produit en question (si c’est de la nourriture c’est un peu gênant). Sauf que là le spéculateur se dit que c’est peut-être le moment de vendre le produit qu’il avait acheté pas cher avant (c’est pas con un spéculateur !). C'est-à-dire qu’il… fait augmenter l’offre, sans que la demande change. Gné ? Bah ouais, à cause du méchant spéculateur les prix baissent, et le pauvre a plus de chances de pouvoir acheter le produit. Pourriture de spéculateur !

Eh oui, la spéculation, c’est un énorme amortisseur des prix du marché. Elle permet à des producteurs de vivre quand les prix sont bas, et de limiter les hausses de prix brutales qui nuisent avant tout aux plus pauvres. Et ça pas parce que le spéculateur est un gentil bisounours qui aime les pauvres et les producteurs (c’est peut-être son cas, mais on ne peut pas partir de ce principe) : si il rend ce service, peut-être même sans s'en rendre compte, c’est juste parce que très égoïstement il veut avoir des sous pour manger, payer des vacances à sa femme, et offrir des verres à votre maman ou votre sœur en boite de nuit. Et plus il peut payer de verres, plus ça veut dire qu’il a rendu service en temps qu’amortisseur. Ça s’appelle les intérêts convergents, et ça marche super bien.

 

Bon en fait la spéculation ça peut être utile à la "justice sociale", donc ça doit être le rôle de l’État ! 

 

D’ailleurs ce job d’amortisseur utile à tous, personne ne peut le jouer mieux que notre spéculateur égoïste. Parce que sa vie en dépend. Alors qu’une « agence gouvernementale de prévoyance » ou n’importe quel bidule qu’on pourrait inventer pour jouer ce rôle, survivra toujours (oui, les impôts ça serait cool pour renflouer une agence qui aurait acheté en période chère, et donc encore fait monter les prix, pour revendre en période pas chère). Sans compter la possibilité de faire du lobbying intensif auprès de cette agence pleine de sous du contribuable, pour faire varier les cours en votre faveur en lui suggérant de vendre si vous êtes un gros acheteur, ou d'acheter si vous êtes un gros vendeur ("Si si Môssieur le Haut Comissaire, c'est une information exclusive, les prix vont augmenter/baisser - rayer la mention inutile - et tout le monde vous sera reconnaissant d'avoir été si clairvoyant"). 

 

Le capitalisme c'est un mal nécessaire, mais il faut poser des garde-fous ! Luttons contre le capitalisme apatride anthropophage! 

 

Dernier point : plus on met de bâtons dans les roues du spéculateur (« Faut réééééééégulllllllller !!! ») plus il est effectivement embêté (« Bien fait pour sa tête de sale capitaliste turbo-libéral ! »), et moins il peut jouer son rôle d’amortisseur (« C’est pas grave, on ira voir le pauvre qui ne peut pas manger, et on lui dira quand même que c’est de la faute de la finance, et que c'est parce qu'on n'a pas assez régulé ! »), et tant pis pour ceux qui en profitaient le plus. Et si on joue au jeu de l’État stratège, en mettant des subventions dans les domaines rigolos sur le moment, avant de les enlever, puis de changer les normes de production, c’est encore pire. Gné? OUI. Parce que l’intérêt du spéculateur n’est alors plus de prévoir les périodes d’abondance et de disette, mais de prévoir (voire d’influencer) les prochaines réglementations. Est-ce que je suis en train de dire que l’État ne doit pas avoir le pouvoir d’intervenir sur l’économie parce que les acteurs du marché ont plus intérêt à faire pression sur lui qu’à jouer involontairement un rôle utile ? Oui. Clairement. Je suis une pourriture libertarienne après tout, je pense que l'intervention de l'État nuit aux plus fragiles, qu'il vaut mieux laisser les gens libres de rendre des services involontairement, sans bonne intention, que d'imposer de bonnes intentions qui seront au final nuisibles. 

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Pensez à oublier ceci avant de réécouter la télé, parce que ce n’est pas très BienPensance-compatible.

Tendrement et librement vôtre,

Jean L 

 




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13/03/2015

L'irruption de la dissonance



Comme bien des gens, je parcours chaque jour les colonnes d'au moins un quotidien helvète, et parfois même, exceptionnellement, je pousse même jusqu'à zappoter sans grande conviction un téléjournal. Autrement dit, je suis l'actualité.

Et pourtant, je dois bien avouer que je la trouve franchement lassante cette actualité. Jour après jour, le théâtre du monde nous vomit la même bouillie insipide. On a beau changer la couleur du papier (rouge, bleue, orange, etc.), seule la narration et l'ornement varient tandis que le contenu se maintient sur place.

Pourquoi l'actualité est-elle si peu spectaculaire ? Car elle est essentiellement répétition sur répétition des mêmes mélodies. Ce sont les mêmes schémas qui se répètent sans relâche et tournent en boucle devant nos yeux et nos oreilles. Une usine a fermé, une usine va ouvrir, une multinationale a dérobé les ressources de paysans ou d'une ethnie, un gouvernement a nationalisé ou privatisé une entreprise, un conflit salarial oppose un patron à ses employés, la droite vote contre la gauche, la gauche vote contre la droite, le centre s'allie à la droite, le centre s'allie à la gauche, l'extrême gauche reste hors du gouvernement, une grève éclate, une grève prend fin, les syndicats ont négocié les pots cassés, Apple a lancé son xème nouveau gadget, les journaux papiers sont en voie de disparition depuis 10 ans mais ils continuent de se vendre, le gouvernement de gauche n'est pas assez à gauche, le gouvernement à droite est assez à droite. Je continue ?

Alors pourquoi est-ce que je continue de suivre l'actualité ?

Un peu pour des raisons de nécessité (des raisons pratiques) je l'admets (on ne peut pas militer ou faire de la politique sans connaître un minimum l'actualité), un petit peu par plaisir (certaines plumes, certaines chroniques savent encore faire vibrer l'âme du lecteur), mais surtout car, comme tout le monde, j'espère (voire, j'implore) pour que l'inattendu survienne. Que les brumes de la morose répétition se dissolvent, que mes habitudes s'effondrent, et que, enfin, l'inhabituel advienne. Lorsque les révolutions arabes emportent les régimes autoritaires le lecteur vit l'intrusion de la dissonance dans une mécanique bien huilée (la banalité de la marche monde). Cette intrusion est le sel de l'information, le piment journalistique, qui fait passer au lecteur toutes ces pages noircies de redondants remplissages. Pour le meilleur ou pour le pire, et contrairement à ce que croyaient les dérivant situationnistes, le véritable spectacle n'est pas la morne traînasserie quotidienne, mais bien cela : le chamboulement des habitudes, le bouleversement du socle du monde, en bref, l'irruption de la dissonance.



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07/03/2015

Qu'est ce que la philosophie politique ?



On confond souvent la philosophie politique avec bien des choses. Tantôt elle se présente sous les traits de la théorie politique, tantôt comme sous-ensemble de la philosophie morale, et parfois elle apparaît comme partie intégrante de la sociologie. Afin de tenter d'établir quelques éléments de définition clairs et cohérents, nous allons ci-dessous étudier les relations entre la philosophie politique et diverses autres branches de la philosophie et de la connaissance, ainsi que tenter de cerner succinctement ce qui fait la spécificité de la philosophie politique comme domaine de recherche.

D'abord, une question préliminaire se pose à nous : si la philosophie politique se nomme ainsi, c'est parce qu'elle appartient à la philosophie (autrement l'expression « philosophie politique » n'aurait pas de sens), or il serait bon avant de chercher à savoir ce qu'est la philosophie politique de connaître la définition de la philosophie tout court.
Je propose pour ce faire de m'appuyer sur la définition de Steve Humbert-Droz : 

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On trouvera un développement et une défense de cette définition dans le dernier numéro du journal des étudiants en philosophie de l'Université de Genève (Iphilo) et par conséquent je ne me livrerai pas ici à un fastidieux exercice de répétition.

Si nous appliquons à la philosophie politique cette définition de la philosophie, on peut déduire que : la philosophie politique est la discipline dont le champ d'étude est tous les concepts politiques et leurs interactions ; qui les étudie à partir des intuitions en se servant du sens commun et des expériences de pensée afin de former des arguments valides à leur propos.

Pour comprendre ce qu'on entend par « concept politique », voilà une courte liste de quelques concepts politiques : justice, liberté, égalité, droits, État, démocratie. On peut constater qu'il y a deux types de concepts différents : des concepts clairement moraux (justice, liberté, égalité, droits) qui sont en fait des concepts axiologiques ou déontiques, ainsi que des concepts (État, démocratie) qui ne semblent pas a priori être des concepts moraux. Mon hypothèse est que seuls les seconds (État, démocratie) sont des concepts purement politiques. Néanmoins, les premiers (les valeurs et les normes sus-mentionnés) peuvent être étudiés comme des concepts politiques lorsqu'ils ne s'appliquent pas à une réflexion sur ce que devrait faire un individu, mais lorsqu'ils s'appliquent à une réflexion sur ce que devrait être la société (à noter qu'un concept moral peut être étudié comme concept moral et comme concept politique si on mène une réflexion sur comment devrait se comporter un individu et sur comment la société devrait être, ou autrement dit, on peut mener en même temps une réflexion éthique et politique, et c'est même probablement une bonne manière de procéder).

Cette définition de la philosophie politique est compatible avec la démarche de Platon dans la République où, après avoir défini que ce qui caractérise une société idéale est la justice, il recherche ce qu'est une société juste. Elle est aussi compatible avec la définition de Murray Rothbard qu'il donne dans l’Éthique de la liberté, soit comme recherche normative de ce que devrait être une société libre et juste (ou autrement dit selon lui, de ce que devrait être une société idéale). Il est toutefois plus compliqué de savoir si elle est compatible avec la démarche de John Rawls. Ce dernier considère en effet dans son ouvrage de reformulation de sa théorie de la justice que la philosophie politique a pour tâche (entre autres) de trouver, non pas ce qu'est la société idéale, mais quelle serait une société acceptable par tous (et donc quels critères de justice pourraient rendre cette société acceptable par tous). Je pense toutefois que l'on pourrait démontrer que cette proposition de Rawls est un artifice rhétorique pour cacher le fait que ses propositions en matière de critères de justice font de sa proposition de société acceptable une proposition de nature équivalente (aussi englobante) qu'une proposition de société idéale. En outre, si la société idéale est impossible à mettre en place (à cause du pluralisme raisonnable qui est un des axiomes limitant volontairement les recherches de Rawls), alors la société idéale devient par réduction la société acceptable par tous que Rawls définit avec ses critères de justice. Toutes ces questions méritent bien entendu un développement ultérieur.

A présent, j'aimerais essayer de distinguer la philosophie politique d'autres domaines de la philosophie. Premièrement, il est clair que la philosophie politique est un sous-ensemble de la philosophie tout court. Mais la philosophie politique est aussi un sous-ensemble de la philosophie éthique (ou morale), car 1. toute proposition politique ne peut être justifiée que par l'invocation d'une proposition morale ou d'un concept moral 2. les concepts qu'elle étudie sont partiellement des concepts moraux (l'inverse n'est pas le cas de la philosophie éthique). Deuxièmement, on entend parfois parler de « philosophie sociale ». Je ne sais pas vraiment ce que ceux qui emploient cette expression entendent précisément, mais je suppose que c'est soit une manière de parler de la philosophie politique, soit une manière de désigner des théories de sociologie (mais enfin peut-être qu'il existe des concepts sociaux non politiques, mais je n'en vois présentement pas). Troisièmement, la philosophie du droit est probablement un sous-ensemble de la philosophie politique qui s'intéresse exclusivement aux questions déontiques (les droits, les devoirs, les interdictions, les obligations, etc.) en rapport avec d'autres concepts politiques (État, démocratie) ou moraux (justice, injustice, égalité, etc.). Quatrièmement, je pense que des philosophes comme Ludwig von Mises, Karl Marx, ou David Friedman, ont montré que la philosophie économique (l'étude des concepts économiques) et la philosophie politique sont extrêmement proches sur bien des points et qu'il y a interpénétration entre ces deux champs d'étude philosophique (le problème étant que la science économique et la philosophie économique sont bien souvent inséparables, ce qui tend à rendre confus l'interpénétration entre philosophie économique et philosophie politique et par conséquent à laisser entendre qu'il y aurait interpénétration de la science économique avec la philosophie politique). Ce dernier point nécessiterait qu'on s'arrête plus en détails sur la nature de la science économique pour clairement distinguer philosophie économique (étude des concepts économiques) et science économique (observation empirique des faits économiques et tentative de généraliser par induction des constantes).

Enfin, j'aimerais aborder les différences qui existent entre la philosophie politique et d'autres domaines de la connaissance. Prenons pour commencer le cas de la science politique. La science politique se découpe (si je ne m'abuse) en deux axes : l'étude des comportements politiques et l'étude des institutions politiques. Elle est descriptive et explicative, et afin d'expliquer ce qu'elle observe elle fait appel à des théories explicatives (fonctionnalisme, structuralisme, interactionnisme symbolique, etc.). Comme on peut le noter, ces théories explicatives sont les mêmes que l'on retrouve en sociologie, ce qui me laisse penser que la science politique est un sous-ensemble de la sociologie (d'ailleurs, la sociologie étudie les phénomènes sociaux et la science politique les phénomènes sociaux à caractère politique). La philosophie politique est normative (prescriptive) et évaluative, mais elle n'est pas descriptive et explicative au même sens que l'est la science politique (elle est descriptive et explicative uniquement en ce qui concerne les concepts). Ainsi, la philosophie politique s'inscrit bien dans un champ de la connaissance (la philosophie) distinct de celui de la science politique qui s'inscrit plutôt au sein des sciences sociales en général (et de la sociologie en particulier je suppose). Quant à la théorie politique, on peut la différencier de la philosophie politique car il me semble que son rôle est plutôt de développer des théories explicatives (des modèles explicatifs, des idéaux-types) plutôt que de faire un travail normatif ou évaluatif. C'est du moins une manière de différencier les deux expressions pour leur préserver un sens qui ne les confondent pas. On peut aussi abandonner l'idée de les distinguer (après tout on parle dans d'autres domaines indistinctement de théorie de la connaissance et de philosophie de la connaissance pour désigner l'épistémologie). Un argument contre la distinction entre philosophie politique et théorie politique réside dans le fait que l'ontologie politique est tout autant employé par les deux domaines de recherche. Enfin, je propose comme ultime distinction de différencier la philosophie politique en tant que domaine d'étude et de recherche d'une philosophie politique qui serait simplement l'équivalent d'une doctrine politique. Le travail de la philosophie politique est entre autres l'évaluation des philosophies politiques et le développement de philosophies politiques, mais la philosophie politique ne se réduit jamais à une philosophie politique (à moins de tomber dans le dogmatisme).

Voilà, j'espère que cette petite présentation aura permis de clarifier quelque peu la définition de la philosophie politique.


 

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07/02/2015

Qu'est ce que la justice pour un libertarien ?


La justice est quelque chose d'essentiel pour tout libertarien. En effet, le libertarianisme se présente volontiers non seulement comme une théorie de la liberté, mais surtout comme une théorie de la justice (qui serait meilleure, soit plus valable, que les théories concurrentes, comme celle de Rawls par exemple). En vérité, il y a débat parmi les théoriciens libertariens sur ce qui est juste et sur ce qui ne l'est pas. J'aimerais ici revenir quelque peu sur ce débat, exposer les différentes positions, et défendre celle à laquelle j'adhère.

Avant toute chose, je souhaiterais rappeler que le libertarianisme propose deux types de règles éthiques différentes, un impératif catégorique (au sens kantien de l'expression) et un ensemble de règles morales laissées au libre choix des individus.
L'impératif catégorique libertarien est : chacun doit respecter les droits de propriété légitimes de chacun (principe de non agression). Le grand débat porte sur la définition de ce qu'est une propriété légitime (et donc sur ce qu'est une agression).
Il existe un second débat qui porte sur quelles devraient être les règles morales à adopter en sus de l'impératif catégorique (le respect du principe de non agression). Par exemple, un libertarien de gauche pourrait avoir envie d'affirmer l'importance du partage volontaire ou de la solidarité, tandis qu'un libertarien de droite pourrait préférer mettre l'accent sur le refus volontaire des drogues ou de l'avortement. A noter enfin qu'il existe une défense très variée en éthique normative du principe de non agression comme fondement organisationnel d'une société (une défense conséquentialiste par David Friedman, une défense par la théorie de la loi naturelle par Rothbard, une défense par l'éthique des vertus par Ayn Rand, et une défense déontologiste par Nozick).

Mais revenons à la question principale : comment définir ce qu'est un droit de propriété légitime ?

Pour Rothbard, x est propriétaire de son corps, et tout ce qu'il obtient par l'usage pacifique de son corps est sa propriété légitime. Toute personne ne respectant pas la propriété d'autrui sur son corps et sur ce qu'il a obtenu par l'usage pacifique de son corps est un agresseur. Évidemment, un éventuel problème réside ici dans la définition de ce qu'est un usage pacifique (= non agressif) de son corps. Pour les marxistes, l'employeur viole les droits de propriété de ses salariés sur leur corps en ne les payant pas l'entier de la valeur de leur travail. Mais on peut infirmer cette hypothèse soit en démontrant la subjectivité de la valeur, soit en rappelant que sur un marché libre tout travail est payé à sa juste valeur car un employeur a toujours intérêt à surenchérir sur un employeur payant ses salariés en dessous de leur productivité.
Selon Rothbard, il convient en outre de mener des enquêtes pour retracer la généalogie des propriétés de chacun afin de déterminer si elles ont été acquises avec ou sans agression. Bien entendu, dans le cas où une propriété a été acquise par l'usage de l'agression, alors elle doit être rendue à son juste propriétaire. On peut qualifier la position de Rothbard de position minimale libertarienne sur la justice (autrement dit, tous les libertariens sont au moins d'accord avec Rothbard, mais certains pensent qu'il ne va pas assez loin).

Rothbard, certes fort habile dans ses définitions, se heurte à un problème : les ressources naturelles. Selon lui, à l'origine les ressources naturelles ne sont à personne et les premiers individus à se les approprier par leur travail (en mélangeant à ces ressources leur travail) en deviennent les propriétaires légitimes. Locke, et Nozick à sa suite, contestent qu'il soit juste que certains s'approprient des ressources naturelles au détriment d'autrui et toute appropriation est donc soumise à une clause (un proviso) interdisant de s'approprier une ressource si cela nuit à autrui. Évidemment, il est relativement difficile d'en impliquer des applications pratiques (autre qu'un système collectiviste). S'engouffrant dans la brèche ouverte par Locke, l'ancêtre des libertariens, Henry George et les géolibertariens vont impliquer d'une appropriation originelle des ressources naturelles injustes un droit des individus spoliés à toucher une part de ces ressources ou des revenus qui en proviennent. Les marxistes analytiques, dont l'éminent Gerald Cohen, utiliseront aussi cet argument pour justifier la nécessité d'une propriété commune des ressources naturelles.
Toutefois, comme je l'ai expliqué dans un billet précédent, toutes ces positions sont fausses, car A n'est une ressource pour x que du moment que x a trouvé comment faire un usage productif de A. Autrement dit, rien n'est une ressource en lui-même, mais ce sont les individus qui créent les ressources en trouvant un usage utile et productif à ces ressources.

Mais Rothbard se trompe tout de même sur un point : son système d'enquête généalogique ne peut permettre de rétablir une répartition juste de la propriété tant les derniers siècles ont été soumis à l'agression systématique et systématisée (l’État). Jamais nous ne pourrons rétablir une répartition juste de la propriété ainsi. Par conséquent, la seule chose qui est juste est, comme le défendait d'une certaine manière le socialiste libéral Oppenheimer, de répartir de manière égalitaire l'ensemble de la propriété une bonne fois pour toute, puis de laisser un marché libre (sans État) répartir à l'infini la propriété en fonction des échanges libres entre individus.
Ceci étant dit, je ne suis pas de ceux qui défendent une expropriation généralisée par l’État et une redistribution égalitaire par ce dernier avant sa suppression, et ce pour deux raisons. D'une part, parce que donner ce pouvoir à l’État c'est rendre fortement improbable sa suppression ultérieure (au contraire, c'est mettre en place les racines de la tyrannie d'un étatisme total). D'autre part, il suffit qu'une seule personne ait réussi à transmettre sa propriété à ses descendants de manière pacifique pour que ces descendants innocents soient victimes d'un acte injuste, et cela n'est pas acceptable.
Par conséquent, ce qui est juste c'est que les individus répartissent volontairement la propriété de manière égalitaire. Pour ce faire, on peut imaginer une entreprise proposant à chaque individu sur Terre de signer un contrat de cession de biens soumis à la condition que chaque individu du globe le signe aussi. Avec une campagne médiatique d'importance et un fort mouvement social en sa faveur, une telle démarche pourrait amener un jour l'ensemble de l'humanité à s'engager pour rétablir la justice. 

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24/01/2015

Le libertarianisme et les penseurs socialistes : convergences



Après avoir esquissé à grands traits dans un précédent billet les convergences thématiques entre le libertarianisme et la gauche, je m'intéresse à présent aux convergences entre penseurs socialistes et libertarianisme. En effet, je me suis rendu compte au fil de mes recherches de certaines ressemblances de vue parfois inédites.

On trouve d'abord, de manière assez surprenante en fait, une convergence entre la critique que Karl Marx, Friedrich Engels, et même Lénine (avant octobre 1917), formulent à l'encontre de l’État-bourgeois (qu'il convient selon eux de détruire) et la critique que font les libertariens de l’État(-tout court). Cette convergence entre marxisme orthodoxe et libertarianisme se retrouve notamment dans leurs écrits lorsqu'ils s'en prennent à la connivence entre bureaucrates et grands capitalistes et aux privilèges que ces derniers obtiennent des premiers. Bien entendu, de l’État-ouvrier (la dictature du prolétariat) à la théorie de l'expropriation de la valeur du travail des prolétaires par les bourgeois, tout le reste du marxisme orthodoxe diffère du libertarianisme. Néanmoins, on pourrait imaginer une formulation marxiste proposant de retirer de l’État toute sa propriété pour la rendre aux prolétaires qui réduirait le fossé entre marxisme et libertarianisme.

Du côté des marxistes que l'on qualifiera de non orthodoxes, on trouve d'autres accointances. Chez Antonio Gramsci, avec sa critique de l'hégémonie culturelle (passant par le contrôle des médias, de l'éducation, ou encore des artistes), qui est assez proche de celle formulée par les libertariens à l'encontre de l'hégémonie culturelle étatique, ou chez Althusser, qui développe la théorie de Gramsci en inventant les
Appareils Idéologiques d’État.

Moins surprenant, on retrouve du côté des anarchistes individualistes toute une gamme de penseurs proches du socialisme (Max Stirner, Thoreau, Lysander Spooner, Benjamin Tucker, Josiah Warren) et dans le même temps présents dans les fondements mêmes de la construction théorique libertarienne (cf. Murray Rothbard), ainsi que des penseurs proches de cet anarchisme individualiste comme Oscar Wilde qui se revendique d'un socialisme individualiste. Tandis que certains anarchistes socialistes comme Proudhon peuvent carrément être considérés comme des (proto-)libertariens (au moins dans ses derniers textes contre l'impôt et faisant l'éloge de la propriété comme défense contre la tyrannie et l’État).

En outre, il existe une catégorie peu connue qui est celle des socialistes libéraux, comme Oppenheimer, qui est clairement très proche des libertariens.

Enfin, je conclurai avec deux oiseaux rares.
Premièrement, Foucault, pour son dernier cours sur le libéralisme, qui comporte des inclinaisons positives envers le libéralisme, et pour sa critique du (bio-)pouvoir qui comprend une critique de l’État (entre autres, providence). Et deuxièmement, Ivan Illich, une des figures les plus fondamentales de l'objection de croissance et de l'écologie politique, pour sa critique des institutions étatiques, et notamment de l'école obligatoire.



 



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30/12/2014

La diversité libertarienne

 

Pour toutes les définitions, je vous renvoie à mon article sur les libertarianismes de gauche : 

http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2014/11/24/les-libertarianismes-de-gauche-262137.html 

J'ajouterais simplement que la position lockéenne est celle (évidemment) de John Locke, mais aussi celle de Nozick. Elle comprend un proviso, une condition/clause à l'appropriation, qui établit que x ne peut s'approprier A que si cela ne nuit à personne. La position néo-lockéenne est celle de Rothbard, elle ne comprend pas de proviso et est donc plus permissive. 

 

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23/12/2014

Quelques postulats libertariens en matière de questions internationales


1. L’État est l'institutionnalisation de la violation de la liberté et de la volonté des individus (soit l'agression systématique et systématisée). Par conséquent, d'un point de vue libertarien, les relations internationales ne devraient pas dans l'idéal concerner des États ou leurs représentants mais bien plutôt les individus et leurs organisations librement constituées. Toutefois, étant donné l'influence des États aujourd'hui, il convient d'analyser leur action dans le cadre des relations internationales.

2. Les libertariens préfèrent les États davantage respectueux de la liberté individuelle aux États moins respectueux de cette dernière. Autrement dit, ils préfèrent les États libéraux aux États démocratiques, les États démocratiques aux États autoritaires, et les États autoritaires aux États totalitaires.

3. Plus un État est petit, plus il est contrôlable par les individus, et moins il peut violer leur liberté. Par conséquent, les libertariens préfèrent les États de petite taille aux États de grande taille, les confédérations nationales aux fédérations nationales, les fédérations nationales aux nations unitaires, et les nations unitaires aux empires. Ils sont favorables aux démantèlement des États en plus petites entités et unités, et s'opposent à l'existence de grandes entités supra-nationales comme l'Union Européenne. Enfin, ils soutiennent tous les mouvements indépendantistes et séparatistes, y compris les mouvements révolutionnaires, du moment que ces mouvements agissent dans le respect des droits de propriété légitimes des individus et qu'ils ne répondent à la violence de l’État que de manière proportionnelle à celle-ci.

4. Le droit international n'est que le reflet juridique d'un contrôle étatique supra-national. Les individus ont moins de contrôle sur le droit international que sur le droit national. Par conséquent, les libertariens s'opposent à l'existence d'un droit international inter-étatique.

5. L'arme nucléaire ne pouvant que toucher des individus innocents, les libertariens sont favorables au désarmement nucléaire.

6. Le libre-échange renforce l'interdépendance des États et réduit le risque de conflit entre ceux-ci. Par conséquent, les libertariens encouragent l'extension du libre-échange.

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20/12/2014

Interprétations de la Grande Dépression

 

Je partage sur mon blog ce travail que j'ai réalisé dans le cadre d'un séminaire d'histoire contemporaine. On y trouvera un certain nombre d'interprétations de la Grande Dépression.

Interprétation keynésienne de la Grande Dépression

Figure de référence : Stiglitz (et non Keynes en ce qui concerne l'interprétation de la Grande Dépression, car son approche de la crise diverge de celle de ses disciples)

L'interprétation keynésienne du déroulement de la Grande Dépression la fait débuter durant les années 1920. Ce serait en effet durant ces années que la population étasunienne se serait plongée à corps perdu dans des activités spéculatives de plus en plus effrénées, achetant des actions pour les revendre ensuite lorsque les cours de la Bourse avaient augmenté. Dans le contexte de ces années folles, on pouvait même emprunter de l'argent à ceux qui vendaient les actions (les courtiers), puis investir cet argent et réaliser un profit sur la base de cet argent emprunté. Ce type d'emprunt (call loans) était possible avec seulement 10% de fonds propres, et ainsi si vous aviez 100 dollars et que vous en empruntiez 900, vous pouviez alors acheter des actions pour 1000, attendre que le marché boursier croisse, puis revendre, récupérer 1100, rembourser le courtier en adjoignant une commission pour son prêt, et finalement réaliser un bénéfice substantiel à partir d'une mise de départ minime. Selon les keynésiens, la croissance de la spéculation aurait amené à une sur-évaluation des capacités des entreprises à créer de la richesse. Autrement dit, la valeur des actions des entreprises ne correspondait plus à la capacité réelle des entreprises à réaliser des bénéfices.

En 1929, les investisseurs cessent d'avoir confiance dans la hausse continue du marché des actions et dans la capacité des entreprises à créer des richesses de manière continue. Ces prévisions (anticipations) pessimistes des investisseurs les amènent à vendre leurs actions pendant que le marché boursier est encore haut, mais plus les investisseurs vendent leurs actions, plus la valeur des actions baisse. Plus la valeur des actions baisse, plus les investisseurs veulent vendre car plus ils craignent que le marché boursier ne perde encore de la valeur... Et c'est le krach de la Bourse, soit une ruée des investisseurs pour vendre le plus vite possible leurs actifs en Bourse, faisant ainsi s'écrouler la valeur de ces mêmes actifs.

Avec le krach boursier, la population étasunienne craint que les grands investisseurs, et en premier lieu les banques, ne fassent faillites ou du moins ne soient insolvables. C'est pourquoi une grande partie de la population se presse aux banques (ruée bancaire) pour récupérer l'argent qu'elle y a déposé. Les banques devant faire face à ces demandes de retrait en cascades, elles restreignent le crédit (c'est à dire les prêts qu'elles octroient aux entreprises et aux ménages). Étant donné que les entreprises dépendent du crédit pour payer leurs achats courants (les entreprises ne recevant les paiements de leurs ventes qu'a posteriori), et étant donné que les entreprises dépendent du crédit pour investir, cette contraction du crédit ralentit et réduit leurs activités et leurs bénéfices. Ce ralentissement de la consommation des entreprises s'ajoute au ralentissement de la consommation des ménages, ces derniers n'ayant plus accès au crédit à la consommation, pour confluer en une importante baisse de la consommation généralisée, qui touche en premiers lieux les biens durables (soit l'électroménager, les voitures, le logement, et autres types de bien relativement chers pour l'époque). Cette baisse de la consommation induit une baisse des ventes des entreprises, qui réagissent en tentant de baisser leurs coûts en réduisant les salaires ou en licenciant. Comme les salariés licenciés se retrouvent sans revenus, leur consommation en baisse vient accroître la contraction de la consommation, ce qui accroît encore les pertes des entreprises.

En conséquence de cette chaîne d'événements, on assiste aux conséquences terribles que l'on connaît : baisse de la production, baisse des salaires, hausse du chômage, hausse de la pauvreté, croissance du logement précaire, etc.
A noter qu'une variante de l'explication keynésienne met l'accent sur la croissance des inégalités entre riches et pauvres pour expliquer une baisse de la consommation qui aurait joué un rôle important dans la crise.

Face à cette situation catastrophique, les keynésiens considèrent que le président républicain Hoover est incapable de faire face à la crise, car il ne prend pas les mesures adéquates, ou pire, ne fait rien. Et pourtant, les solutions existent selon eux. Elles passent par une politique budgétaire axée sur la redistribution des richesses entre les riches et les pauvres, car les pauvres consomment davantage que les riches, par une politique de relance de la consommation à travers de grands travaux (dans les infrastructures, comme les ponts, les routes, les écoles, les hôpitaux, etc.), et par une politique financière axée sur une baisse du taux d'intérêt de la banque centrale afin d'augmenter les prêts qu'elle octroie aux autres banques pour accroître leurs possibilités de crédit aux entreprises et aux ménages. Bien que cela soit plus ou moins ce qu'a fait Roosevelt, la plupart des keynésiens affirment qu'il n'a pas agi avec suffisamment de volonté politique. Ce serait un manque de radicalité dans son action politique qui expliquerait pourquoi les résultats des politiques du New Deal n'ont pas été aussi bons que ce que la théorie keynésienne pouvait laisser penser qu'elle serait. Et c'est ce qui explique pourquoi la crise se serait poursuivie jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale malgré la mise en pratique des mesures préconisées par les keynésiens.


Interprétation marxiste de la Grande Dépression

Figures de référence : Eugène Varga, Isaac Johsua

 

Dans le cadre du capitalisme de marché, les entrepreneurs capitalistes sont en concurrence entre eux pour écouler leur production (leurs marchandises). Afin de ne pas laisser de parts de marché à leurs concurrents, ils doivent baisser les prix de vente le plus bas possible. Afin de baisser leurs prix de vente, ils doivent baisser leur coût de production, et pour pouvoir baisser leur coût de production, une des manières de procéder les plus aisées consiste à abaisser les salaires de leurs salariés. Toutefois, en baissant le salaires de leurs salariés, les entrepreneurs capitalistes provoquent une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs (car leurs salariés sont aussi leurs consommateurs), ce qui se traduit par une baisse de la consommation. Cette baisse de la consommation induit une baisse des ventes pour les entrepreneurs capitalistes, et donc une baisse de leurs profits.

Cette baisse des ventes laisse une partie de la production invendue sur le marché, et c'est pourquoi les marxistes parlent de crise de surproduction pour dénommer ce type de crise. Il y a selon eux abondance de marchandises produites, mais le mécanisme chaotique et anomique de la concurrence capitaliste ne permet pas une répartition rationnelle de la production en fonction des besoins réels des consommateurs. Au contraire, les marchandises invendues se déprécient, ce qui conduit à la déflation (soit à une baisse généralisée des prix). Cette baisse des prix et cette baisse des ventes (et donc des profits) amène les entrepreneurs capitalistes à abaisser encore les salaires des salariés et à les licencier, ainsi qu'à réduire leur production pour répondre à la demande en baisse.
On retrouve dans l'approche marxiste tous les éléments classiques de la Grande Dépression : production en baisse, baisse des salaires, hausse du chômage, hausse de la pauvreté, etc.

Pour les marxistes, ce n'est toutefois pas l’État qui doit et peut sauver l'économie, comme le pensent les keynésiens, mais ce sont les travailleurs (les prolétaires) eux-mêmes qui doivent se sauver, en renversant le capitalisme et en expropriant les entrepreneurs capitalistes (propriétaires des moyens de production) par la révolution. Dans cette optique, l’État keynésien joue un rôle contre-révolutionnaire, puisqu'il ralentit l'avènement de la révolution socialiste (l'expropriation de la bourgeoisie par le prolétariat) et le renversement du capitalisme en permettant à la domination bourgeoise de perdurer.


Interprétation monétariste de la Grande Dépression

Figure de référence : Milton Friedman (« A monetary history of the United States »)

Selon les monétaristes, il y a bel et bien une bulle spéculative qui provoque le krach de 1929 (là-dessus il y a a priori accord avec les keynésiens), toutefois, la récession aurait d'ores et déjà commencé en août 1929, soit deux mois avant le krach d'octobre. Le krach provoque une panique chez les consommateurs et les entrepreneurs qui se mettent à faire des réserves. Cette peur pousse les déposants à se ruer sur les banques pour y retirer leurs dépôts, ce qui déclenche une série de faillites bancaires, détruisant les capacités de prêt de l'économie étasunienne. A titre d'illustration, nous pouvons noter qu'en 1929 il y avait 25 000 banques aux États-Unis, tandis qu'au début de l'année 1933 il n'en reste plus que 18 000. Enfin, après la fermeture forcée décidée par Roosevelt, il n'en reste que 15'000. La crise sonne donc le glas pour 10 000 banques, soit pour 40 à 45% des banques étasuniennes et de la capacité de crédit du pays.

Selon Milton Friedman, la banque centrale étasunienne aurait alors dû acheter des bons du gouvernement (c'est à dire des obligations émises par la banque centrale qu'elle peut acheter ou émettre à volonté) et baisser son taux d'intérêt pour offrir des liquidités aux banques et leur permettre ainsi d'avoir suffisamment de monnaies pour faire face aux demandes de retrait des déposants, et éviter de cette manière la faillite. Or, la banque centrale ne fait rien de tout cela et reste passive. Pire, en septembre 1931, elle relève le taux d'intérêt auquel elle prête aux banques, ce qui réduit leur possibilité de crédit aux entreprises et aux ménages. En conséquence, rien n'est fait selon Friedman pour empêcher la restriction du crédit et la contraction de la masse monétaire, qui provoque déflation, chute de la production, baisse de salaires, licenciements, etc.

Interprétation libre-échangiste de la Grande Dépression

Figure de référence : Jude Wanniski

En 1999, Jude Wanniski publie une analyse originale du déclenchement de la Grande Dépression. En premier lieu, il commence par nier l'existence d'une bulle spéculative. Selon lui, les investisseurs à la Bourse anticipent les évolutions de l'économie, et pour ce faire prêtent une attention particulière à l'état de l'économie, mais aussi aux interventions de l’État et aux impacts qu'elles sur les possibilités des entreprises de réaliser des profits. Ainsi, si les autorités politiques votent des lois allant à l'encontre du fonctionnement optimal de l'économie, alors les investisseurs prennent peur et retirent leurs capitaux (cessent d'investir). Suivant ce raisonnement, Wanniski affirme que le krach boursier de 1929 est une anticipation de la part des investisseurs de la Loi sur les tarifs douaniers rentrée en vigueur en 1930 (le Smoot and Hawley Act). En effet, le déclin boursier calamiteux du lundi 28 octobre et du mardi 29 octobre 1929 a eu lieu immédiatement après la défaite de la coalition parlementaire qui était la dernière barrière à la mise en place des tarifs douaniers.

Si on peut légitimement questionner la pertinence d'une approche aussi mono-thématique, on peut aussi noter que tous les historiens s'accordent sur le fait que ces importantes mesures protectionnistes du Smoot and Hawley Act ont eu des conséquences désastreuses pour les États-Unis et le reste du monde, en provoquant une véritable montée des barrières économiques et commerciales, asséchant le commerce mondial et appauvrissant l'ensemble des producteurs et des consommateurs.

Interprétation de l'école autrichienne d'économie de la Grande Dépression

Figures de référence : Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Murray Rothbard, et Lawrence Reed

Selon cette approche, développée particulièrement par Rothbard, la cause première et fondamentale de la Grande Dépression réside dans l'existence et l'action de la banque centrale étasunienne, appelée Réserve Fédérale des États-Unis en français et Federal Reserve System en anglais (ou FED). Selon Rothbard, la FED mène une politique inflationniste durant les années 1920 en maintenant un taux d'intérêt bas aux prêts qu'elle accorde aux banques. Cette politique de la FED a pour conséquence d'accroître les liquidités dont disposent les banques. En effet en abaissant le taux d'intérêt de ses prêts, la FED abaisse le prix de l'argent (et donc des prêts) pour les autres banques. Ainsi, les banques sont incitées à accroître leurs prêts (puisque cela leur coûte moins grâce aux prêts à moindre coût de la FED), et c'est justement ce qu'elles font durant les années 1920.

Tant que cette politique de crédit facile dure, les consommateurs ont davantage accès à des prêts pour acquérir des biens durables (électroménager, voiture, logement, etc.) et les entrepreneurs ont davantage de crédits pour investir, faire des affaires, et produire (puisqu'une entreprise dépend du crédit pour produire, la production nécessitant un capital a priori n'étant remboursé qu'a posteriori après vente des biens ou services produits). Mais dans le même temps, cette politique de crédit facile provoque inévitablement un accroissement de la masse monétaire en circulation, et donc de l'inflation (en effet, si tout le monde a davantage d'argent et de pouvoir d'achat, les prix montent).

Cette augmentation des prix aux États-Unis durant les années 1920 provoque une baisse des exportations, les produits étasuniens coûtant plus cher à produire en comparaison aux pays ayant des monnaies moins inflationnistes, et une hausse des importations, les Étasuniens consommant davantage de produits de l'étranger puisque leur monnaie vaut davantage par rapport aux monnaies étrangères à cause de l'inflation. Le problème dans cette situation réside dans le fait que les vendeurs étrangers ne gardent pas les dollars étasuniens, mais les échangent dans les banques étasuniennes contre de l'or, car nous sommes dans un système d'étalon-or. L'inflation provoque donc des sorties d'or du pays.

En conséquence, en 1929 les banques se retrouvent en possession de moins en moins d'or. Ce qui est problématique pour elles, car le système de l'étalon-or les contraint à devoir accepter de changer en tout temps la monnaie de leurs clients en or. D'où la nécessité qu'elles ont de garder toujours des réserves d'or suffisantes. Pour réduire leur risque d'être insolvables, les banques ralentissent progressivement le rythme et la facilité de leurs prêts. Ce durcissement des politiques de crédit des banques, conjugué à la baisse de la base d'or des banques, effraient le grand public provoquant des ruées bancaires (c'est à dire des afflux de déposants désireux de retirer leurs dépôts bancaires en liquides). En conséquence, nombre de banques ne survivent pas à ces ruées bancaires (comme on l'a vu aussi dans l'analyse de Milton Friedman).

En outre, la chute du crédit bancaire étrangle les entreprises qui doivent ralentir leur rythme de production, annuler des investissements, et réduire leurs coûts de production, tandis que les consommateurs ne peuvent plus accéder aux prêts qui leur permettaient d'acheter des biens durables. Les entreprises baissent les salaires pour essayer de réduire leurs coûts de production, et, face à l'impossibilité de les baisser davantage (à cause de l'intervention gouvernementale de Hoover puis de Roosevelt, qui maintiennent un niveau de rémunération salariale minimal supérieur au niveau du capacité du marché), licencient. La chute du crédit provoque donc un effondrement de la consommation, une chute de la production, une baisse des salaires, une montée du chômage, ou plus brièvement formulé : une récession importante.

Selon Rothbard, la reprise ne se fera que grâce à la baisse des prix étasuniens (qui a lieu effectivement, car plus le pays s'enfonce dans la crise moins les entreprises et les ménages dépensent). En effet, la déflation provoquera une reprise des exportations et l'accroissement des entrées d'or, permettant aux banques d'accroître à nouveau le crédit.

 

En 1998, un autre membre de l'école autrichienne d'économie, Lawrence Reed a développé cette analyse en mettant cette fois-ci en évidence le rôle essentiel joué par l’État dans la Grande Dépression. Selon lui, si la récession de 1929, induite par l'action de la banque centrale, se transforme en Grande Dépression c'est à cause des politiques du président républicain Hoover. D'une part, à cause de ses politiques protectionnistes, et d'autre part à cause de ses augmentations d'impôts, qui ont réduit l'investissement et la production, sans oublier à cause du niveau trop élevé des salaires qu'il contraint les entreprises à adopter.

Si selon Reed le président républicain Hoover transforme une récession en Grande Dépression, c'est le président démocrate Roosevelt et son New Deal qui vont prolonger la dépression économique jusqu'en 1950. Reed pointe notamment l'impact du salaire minimum qui a pour effet immédiat de mettre 500 000 Noirs au chômage en 1933, mais aussi l'impact de la planification partielle de l'économie entre 1933 et 1935 qui fait monter le coût des affaires de 40% et voit une partie de la production agricole être détruite, faisant monter les prix de la nourriture et affamant les consommateurs. Il met aussi en évidence les taux d'impôt de 90% mis en place par Roosevelt qui touchent les hauts revenus, bloquant ainsi l'investissement et la production. Il pointe par ailleurs la corruption de la bureaucratie du New Deal qui oblige les demandeurs d'emplois à faire des dons pour le Parti Démocrate en échange d'emplois. Enfin, il montre que le climat anti-entrepreneurs et anti-affaires de la période du New Deal a passablement déprimé les entrepreneurs et les a incité à ne pas produire.

Pour conclure avec cette approche, on peut noter que la solution pour éviter la crise et les crises suivantes consiste selon l'école autrichienne d'économie à supprimer les banques centrales, le monopole de l’État sur la monnaie, et de manière générale à supprimer toute intervention de l’État dans l'économie.



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29/11/2014

L'impôt c'est l'exploitation de l'Homme par l'Homme



Afin de clarifier cette position éthique libertarienne fondamentale, je reprends l'argument de Nozick présenté à la fin de mon précédent billet pour le formaliser très simplement.



Impôt/processus d'imposition : X est contraint par l’État à lui verser une partie de son revenu.


Par la suite, l’État donne/redistribue une partie des recettes fiscales (issues de l'imposition des individus) à certains individus.

Ainsi X est contraint par l’État de verser une partie de son revenu à Y.
Or le revenu de X correspond à une rémunération R pour un temps de travail T.*
Donc X est contraint par l’État de travailler pour Y durant une partie de son temps de travail T.

*Rémunération du temps de travail pour tout type de travail (travail salarié, entrepreneuriat, investissement, etc.)

Donc, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même est une définition valable du processus d'imposition.

Or, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même, est une définition possible de l'esclavage.

La nature de l'impôt est donc essentiellement l'exploitation de l'Homme par l'Homme et l’État n'est rien d'autre que l’institutionnalisation de la négation de la volonté individuelle et de l'esclavage.

Le projet libertarien peut donc se résumer ainsi : abolition de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, abolition de l'esclavage, respect de la volonté individuelle.


 

 

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26/11/2014

L'erreur du géolibertarianisme (et celle de Rawls)



Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles (dont le sol) sont limitées et que comme elles sont limitées il n'est pas juste que certains individus s'approprient des ressources en toute liberté au détriment des autres. Cela leur permet de justifier une redistribution des richesses produites par les individus par le biais d'un État (et c'est pourquoi les géolibertariens sont des minarchistes de gauche).

Je pense toutefois que les géolibertariens font erreur lorsqu'ils considèrent que les ressources naturelles sont limitées. Car ils supposent que les ressources ont leur qualité de ressource de manière inhérente à elles-mêmes. Autrement dit, ils supposent qu'il est le propre d'une ressource d'être une ressource, que les ressources existent objectivement en dehors des êtres humains. Or, cela est faux, car A n'est une ressource pour X que du moment où X décide d'utiliser A pour en faire quelque chose. Si X n'imaginait pas un usage possible de A pour réaliser un but particulier, alors A ne serait pas une ressource, mais simplement un objet physique sans fonction particulière. Ce sont donc les êtres humains qui, lors d'un acte de création visant la réalisation d'un but, donnent le caractère de ressource à un objet physique sans fonction particulière prédéfinie. La propriété de A d'être une ressource pour X est donc relative à X.

Compte tenu du caractère relatif d'une ressource, on ne peut pas établir qu'il y a inégalité dans la répartition des ressources naturelles et la justification géolibertarienne d'une redistribution forcée (étatique) des richesses produites s'écroule. Par contre, on peut éventuellement dire qu'il y a inégalité dans la répartition des capacités des individus à créer de la richesse (à créer de la valeur pour les individus à partir d'objets du monde physique). Notons toutefois que cette inégalité ne découle pas forcément tant des capacités des individus (car chacun est compétent dans des domaines différents, mais tout le monde est compétent dans certains domaines), mais surtout de la valeur subjective qu'ils donnent aux fruits de ces capacités. Autrement dit, si X produit A à partir de B, la valeur de B dépend de la valeur que lui trouve Y. Il y a donc surtout une inégalité dans les capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus.

A partir de ce constat du caractère inégalitaire de la répartition des capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus (qui découle du fait évident que tous les individus sont différents), Rawls pense que les plus capables des individus devraient être contraints par la force à redistribuer une partie de ce qu'ils ont obtenu pour leurs compétences. Quoiqu'il faudrait revenir en détails sur son argumentation (et je le ferai), j'aimerais tout de même répondre ici que ce qu'il propose est éthiquement inacceptable, car, et si je ne me trompe pas c'est là un argument que l'on retrouve chez Nozick, nul n'a de droit sur autrui. En effet, si X a le droit à une partie du revenu de Y, cela signifie que X a le droit que Y travaille pour X un certain temps sans contrepartie et contre sa volonté. Or, le droit de X de faire travailler Y pour lui contre sa volonté est ce qu'on appelle l'esclavage... 



17:50 Publié dans Géolibertarianisme, Rawls John | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

25/11/2014

Le contrat social libertarien



J'étais hier soir à une conférence de Bertrand Cassegrain, co-organisée par la Société romande de philosophie et par l'Association des étudiant-e-s en philosophie de l'Université de Genève (Phileas), portant sur l'impossibilité de l'anarchisme (défini comme un processus de prise de décision collectif fondé sur le consensus/l'unanimité). Si je suis en accord avec la thèse du conférencier (effectivement le consensus ne fonctionne pas et se traduit bien souvent par l'ostracisme de certains des participants à la prise de décision), je pense toutefois qu'elle n'infirme que l'anarchisme conseilliste unanimiste (il y a aussi un anarchisme conseilliste démocratique), et non pas le libertarianisme anarchiste. Car entre l'anarchisme conseilliste unanimiste et l'état de nature (le chaos hobbesien), il y a une place pour le libertarianisme anarchiste, compris comme un consensus ultra-minimal sur un principe éthique, le principe de non agression (i.e. la liberté des uns s'arrête à la liberté des autres).

Si je reprends un schéma de la conférence d'hier, voilà la typologie que je proposerais :

- Monarchie => Un seul décide

- Aristocratie/Oligarchie => Une minorité décide

- Démocratie (dont l'anarchisme conseilliste démocratique, la démocratie directe, etc.) => Une majorité décide

- Anarchisme conseilliste unanimiste => En théorie, tout le monde décide pour tout le monde, mais en réalité une majorité finit par décider pour des minorités (donc retour à la case démocratique).

- Libertarianisme anarchiste => Personne ne décide pour personne, chacun décide pour soi-même dans le respect d'autrui.

- État de nature (anomie hobbesienne) => Chacun décide pour soi-même sans respect pour autrui.

 

L'anarchie libertarienne se fonde donc sur un consensus ultra-minimal sur un principe éthique qui est le principe de non agression. Bien entendu, il faut que ce principe soit défini. La définition libertarienne classique est la suivante : chacun est propriétaire de son corps et de son esprit et de ce qu'il acquiert par leur usage pacifique, nul ne doit violer les droits de propriété d'autrui, une violation des droits de propriété d'un individu correspond à un acte d'agression.
Une difficulté que présente cette définition classique réside dans ses applications pratiques. Un vol ou un meurtre est un acte d'agression évident, mais qu'en est-il de la nature d'un puissant projecteur braqué par x sur la maison de y, ou d'une insulte de x poussant y au suicide ? La solution se trouve probablement et pragmatiquement dans une approche au cas par cas, réalisée par les tribunaux et autres arbitrages privés dans une société sans État (cf. David Friedman).
Quant au respect du principe de non agression, on peut supposer qu'il sera le fait de tous (y compris d'agences de protection privées). En effet, à partir d'une certaine masse critique d'individus respectant le principe de non agression, les agresseurs potentiels sont automatiquement mis hors d'état de nuire.

Le libertarianisme anarchiste est donc bel et bien un projet de société proposant non un retour à l'état de nature, mais une forme ultra-minimale de contrat-social consistant à établir un consensus sur un principe éthique unique, le principe de non agression. 


 

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24/11/2014

Les libertarianismes de gauche



Le libertarianisme est une philosophie politique aux courants multiples et diversifiés. On a tendance à le présenter comme composé d'un triptyque : libertarianisme modéré (hayekien ou infra-hayekien), libertarianisme minarchiste, et libertarianisme anarchiste. Les libertariens modérés sont ceux qui sont favorables à une absence totale d'intervention de l’État dans l'économie, mais qui acceptent l'existence d'un État régalien s'occupant en outre de quelques tâches supplémentaires (assistance sociale, routes, etc.). Ces libertariens sont proches, voire parfois identiques, à ce qu'on appelait autrefois les libéraux classiques. Les libertariens minarchistes sont ceux qui sont favorables à un État minimal, réduit à ses fonctions régaliennes (police, justice, armée, diplomatie). Enfin, les libertariens anarchistes (tel que moi) défendent une société sans État.


Ce premier découpage possible des libertariens peut se doubler d'un second, centré sur la question des mœurs. Il y en effet des libertariens conservateurs et des libertariens progressistes (et toute une gamme de positions intermédiaires évidemment). Les libertariens conservateurs, appelés paléolibertariens, sont par exemple opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, mais contrairement aux conservateurs non libertariens, ils ne souhaitent empêcher personne de consommer des drogues ou de pratiquer l'avortement. Toutefois, ils se refusent à participer au financement de l'avortement ou à celui d'éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues (ce qui n'est pas problématique car tout libertarien est pour un marché libre des assurances en matière de santé et de maladie). A la différence des libertariens conservateurs, les libertariens progressistes ne sont pas opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, bien qu'ils ne souhaitent obliger personne à financer l'avortement ou les éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues.

 

On peut voir ici un premier clivage entre des libertariens de gauche et des libertariens de droite si on associe conservatisme et droite, et progressisme et gauche. Il y a toutefois une petite difficulté dans ce découpage, car il existe des libertariens de gauche comme Proudhon qui ne sont pas des libertariens progressistes, mais des libertariens conservateurs. Donc, on peut considérer qu'il y a un clivage gauche/droite sur la question des mœurs et un clivage gauche/droite sur les questions économiques au sein du libertarianisme, et qu'on peut être libertarien de gauche sur les questions économiques et libertarien de droite sur les questions de mœurs (comme Proudhon).

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Sur les questions économiques, nous avons une opposition entre trois formes de libertarianisme anarchiste. Il y a un libertarianisme anarcho-capitaliste, un libertarianisme anarcho-socialiste, et un libertarianisme anarcho-communiste. Le libertarianisme anarcho-capitaliste défend le salariat, la hiérarchie, et l'autorité au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-socialiste défend le coopérativisme, l'absence de hiérarchie, et des rapports horizontaux au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-communiste (de Proudhon par exemple) défend le mutuellisme. Ici, on a un clivage entre le libertarianisme anarcho-capitaliste que l'on classera très classiquement à droite, et deux libertarianismes de gauche, le libertarianisme anarcho-socialiste et le libertarianisme anarcho-communiste.


 

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Il existe cependant un autre clivage sur les questions économiques, axé sur la question de l'appropriation originelle de la propriété. Certains libertariens pensent que la répartition originelle des ressources naturelles et de la propriété a été fondée sur l'usage de l'agression (cas des bandits notamment), puis a été sans cesse le fruit de l'agression étatique. Compte tenu de cette origine agressive de la propriété, on ne pourrait considérer comme légitime aucune forme de propriété. Rothbard considère qu'il faut que des enquêtes soient menées pour voir si chaque propriété est légitimement acquise (c'est à dire sans usage de l'agression) et que les propriétés acquises par la force soient rendues à leur propriétaire légitime. Face à cette position pragmatique, d'autres libertariens, comme Franz Oppenheimer, défendent une remise à zéro de la répartition de la propriété. Autrement dit, toute la propriété doit être répartie de manière égalitaire entre tous les individus une bonne fois pour toute, et ensuite le libre jeu des échanges et des niveaux de créativité et de productivité différents fera le reste (en absence d’État et d'agression, la répartition sans cesse fluctuante de la propriété sur un marché libre est ensuite considérée comme légitime).


Cette position libertarienne égalitariste fait face à une autre position libertarienne que l'on nomme géolibertarianisme ou georgisme (du nom de celui qui en est le précurseur, Henry George). Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles, et notamment en premier lieu le sol, sont limitées et que par conséquent il n'est pas légitime que chacun s'approprie ces ressources comme il le souhaite (en mélangeant son travail avec ces ressources). Il convient donc que l’État taxe les individus en compensation des ressources perçues. On pourrait appeler cette dernière approche : minarchisme de gauche (par opposition à un minarchisme régalien de droite).
On voit ici se dessiner un clivage entre libertariens remettant en question la légitimité de l'appropriation originelle des ressources et de la propriété avec une position minimale de droite (Rothbard) et une position maximale de gauche (Oppenheimer) en passant par une position minimale de gauche (les géolibertariens).


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Voilà, j'espère que ce petit tour des différentes positions libertariennes de gauche aura donné un aperçu de toute la richesse et la diversité d'une philosophie politique pleine de vitalité intellectuelle, dont la créativité tranche avec la morne stagnation des autres familles politiques. 


 

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02/11/2014

Appareils idéologiques d’État ou comment l'Etat nous asservit



Beaucoup de gens croient que l’État est une hydre omnipotente millénaire (si ce n'est éternelle) que rien ni personne ne pourra détrôner de son piédestal. Et il est effectivement le cas que l’État jouit d'un atout puissant : le monopole de la violence légale (ou le monopole légal de la violence) sur un territoire donné et pour une population donnée. Et pourtant, ce n'est ni la police, ni les tribunaux, ni l'armée, qui maintiennent l'ordre étatique en place à coups de triques et de crosses. Ce qui maintient l’État est en place est bien plus pernicieux : c'est nous-mêmes.

Refoulée en nous, notre croyance en cette grande fiction qu'est l’État, notre crainte devant un monde fondé sur la liberté et le consentement mutuel, s'expriment sous la forme d'une adhésion répétée à l'existence du Léviathan.
Mais pourquoi laissons-nous la part libertaire de notre esprit être étranglée de la sorte par sa part autoritaire ?

Le marxiste Althusser y a répondu en trois lettres : AIE (pour Appareils Idéologiques d’État). Ce sont les structures de propagande étatiques qui influencent notre esprit, et le conditionnent à craindre la liberté et à se résoudre à la société bureaucratique contemporaine. Parmi ces nombreuses structures, ses trois piliers sont : le contrôle des médias (et de la presse), le contrôle des arts (ce qu'on appelle souvent de nos jours la culture), et le contrôle de l'éducation (et de la formation).

Par le contrôle des médias, soit direct lorsque l’État est propriétaire majoritaire de certains médias, soit indirect lorsqu'il se contente de les subventionner, l’État favorise la diffusion des informations qui arrangent ses intérêts (ceux de la classe politicienne et bureaucratique, et de leurs complices économiques). Toute concurrence des médias étatiques ou subventionnés par des médias libres est évidemment rendue ainsi très difficile (très coûteuse et risquée), ce qui pousse les médias libres à rentrer eux aussi dans le système de la dépendance-subvention envers l’État.

Par le contrôle des arts, essentiellement à travers le système asservissant des subventions, l’État peut favoriser les formes d'expression artistique, et les contenus idéologiques qu'ils colportent, qui ne remettent pas en question son existence ou ses intérêts. Même des artistes anarchistes finiraient par cesser de critiquer l’État s'ils se mettaient à vivre sous perfusion étatique. Et c'est ainsi que se crée la servitude volontaire et que les opposants sont muselés avant même d'envisager tout acte subversif.

Enfin, par le contrôle total étatique de l'éducation et de la formation, le pire de tous, la classe politicienne et bureaucratique contrôle le formatage des esprits de l'ensemble des membres de la société et élimine tout enseignement potentiellement subversif.

 

Voici comment la classe politicienne et bureaucratique, et ses complices économiques, maintient son pouvoir, et voilà ce que nous devons libérer en premier lieu. Car si le mouvement libertarien parvient à libérer les médias, les arts, et l'éducation, les verrous mentaux sauteront, l'endoctrinement étatique prendra fin, et une société libre deviendra enfin possible.


 

L'Etat est une fiction qu'il faut tuer en nous.png


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01/11/2014

Le mouvement libertarien étasunien et la gauche

 


« Beaucoup de ceux qui se trouvent à droite devraient se rendre à gauche, et vice versa. L'alternative n'est pas capitalisme contre socialisme mais bien État fort centralisé contre le peuple. »

Carl Oglesby



« Les gens bien à droite et ceux bien à gauche étaient les seuls que mes idées intéressaient... étaient même les seuls que n'importe quelle idée intéressait. Seul le centre bureaucratique, qui était grand, était opposé à toutes les idées. Il y avait, surtout dans les universités, une sorte d'alliance gauche-droite en faveur de l'intelligence, contre la stupidité, qui se trouvait au centre. »

Leonard Liggio



Le mouvement libertarien étasunien s'est formé en tant que mouvement politiquement organisé durant les années 1950 au sein du Parti Républicain, comme une tendance et une fraction de plus en plus organisée et autonome de ce parti. Toutefois, dans les années 1960, les libertariens étasuniens finissent par prendre acte de leur marginalisation au sein de ce parti et de leur incapacité à influer sur sa ligne. Vers 1965, ils décident donc de rompre avec les Républicains et quittent le parti pour se lancer dans une alliance avec ... l'extrême gauche américaine (the New Left).



« L'avant-garde libertarienne [étasunienne] s'aventure à partir de 1965 dans une alliance avec la gauche radicale. Cette coalition entre la Nouvelle Gauche et l'avant-garde libertarienne, sur fond d'anti-étatisme, est encouragée par la réactivation d'un double héritage. Le premier, isolationniste, offre aux libertariens un espace d'accord avec le pacifisme de la gauche. Le second, anarchiste et inspiré d'un Thoreau ou d'un Tucker, ouvre un second lieu de rapprochement avec l'anti-autoritarisme des militants de la gauche radicale. »

(...)

« En 1968, Rothbard rejoignit avec une dizaine de libertarien un nouveau parti d'extrême gauche le Peace ans Freedom Party. Représenté à la présidentielle de 1968 par le candidat Black Panther Elridge Cleaver, le parti se donnait pour programme de retirer les troupes américaines du Vietnam et proclamait une liberté absolue pour chaque individu de conduire sa vie comme il l'entend. (...) Au sein du Peace and Freedom Party, les libertariens passèrent même une alliance avec la faction maoïste du Progressive Labor Party. »

Sébastien Caré



Dans le cadre de cette alliance, les libertariens se lancent dans une vaste campagne contre l'impérialisme étasunien.



« Nous savions tous que l'ennemi du Che était aussi le nôtre : cet immense colosse qui oppresse et effraye tous les peuples du monde, à savoir l'impérialisme américain. »

Murray Rothbard 
(extrait de son éloge funèbre d'Ernesto Che Guevara)


Et adoptent les codes de la contre-culture et du mouvement hippie.


« Nous nous identifions à la contre-culture. Les traditionalistes étaient des gens qui... étaient en costard cravate et portaient de belles chemises. Quant à nous, nous étions simplement affublés de jeans effilochés, écoutions de la musique rock, portions des chemises de travailleurs, laissions pousser nos cheveux, et écoutions les Doors ou d'autres groupes dans le genre... Les libertariens étaient en phase avec la liberté qui s'exprimait dans la génération Woodstock. »

Dana Rohrabacher 



Tout en rejetant la validité du clivage gauche-droite.


« Les catégories actuelles de la « gauche » et de la « droite » sont devenues erronées et obsolètes, et la doctrine de la liberté contient des éléments correspondant aux deux. »

Murray Rothbard


Cette alliance avec l'extrême gauche étasunienne durera jusqu'aux années 1973-1975. A ce moment-la les libertariens étasuniens forment leur propre parti, le Parti Libertarien, emmenant avec eux nombre de militants de gauche convaincus à leurs idées. De cette alliance avec la gauche émergera durablement au sein des libertariens étasuniens une tendance libertaire jusqu'à de nos jours.

Il faut encore ajouter que le vote libertarien (entre 10 et 20% des Étasuniens seraient libertariens aujourd'hui) s'est porté davantage sur le candidat démocrate que sur le candidat républicain lors des élections de 2008.



« Un sondage réalisé par Rasmussen à l'été 2008 indique que 53% des libertariens [américains] auraient soutenu Obama, contre 38% en faveur de Mac Cain. Cette désaffection des voix libertariennes s'explique aisément par la politique suivie par le Président George W. Bush, à la fois interventionniste à l'extérieur, peu respectueux des libertés individuelles et finalement économiquement peu libéral à l'intérieur. »

Sébastien Caré


D'après-moi, l'ensemble de ces éléments devraient donc servir de base de réflexion au mouvement libertarien européen quant à ses possibilités d'extension et de recrutement.


« A l'exception de Ayn Rand et de quelques paléolibertariens fondamentalistes, il n'est pas d'intellectuel libertarien qui n'ait envisagé l'existence de communautés socialistes dans son modèle idéal de société. (...) Les tenants d'un communisme utopique devraient peut-être considérer avec moins d'hostilité une pensée qui prétend leur offrir le moyen de le réaliser. »

Sébastien Caré

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30/10/2014

L’État-providence contre le mouvement ouvrier



La social-bureaucratie contemporaine se plaît à croire qu'elle a jeté les bases de la civilisation occidentale en façonnant les piliers de l’État-providence dans une lutte acharnée contre les puissants. Ce joli mythe que l'on se raconte (pour mieux se rassurer ou se justifier ?) se heurte au douloureux mur de la réalité.



« Mon idée était de persuader - ou devrais-je dire de corrompre - la classe prolétarienne pour qu'elle voie en l'État une institution sociale érigée pour elle et veillant à son bien-être. » 

Otto von Bismarck



Car, comme l'illustre la citation ci-dessus, il apparaît bien plus certain que les fondements de l’État-providence ont été jetés contre la classe ouvrière et ses organisations spontanées. Syndicats, associations de métier, sociétés secrètes, sociétés de secours mutuels, fraternités, sont quelque uns des noms qui existent pour désigner les formes auto-instituées par le mouvement ouvrier pour s'organiser solidairement et en toute indépendance du pouvoir d’État, des politiciens, et des bureaucrates. Contre cette autogestion ouvrière menaçant son hégémonie, le pouvoir d’État a réagi en prenant progressivement le contrôle (directement ou indirectement) des caisses de prévoyance ouvrières et en remplaçant ses organisations et institutions spontanées par des entités étatiques soumises à la bureaucratie d’État.

Autrefois, durant le XIXème siècle et jusqu'au début du XXème siècle, une des formes principales, mais peu connues, d'organisation ouvrière était la société de secours mutuel. Voici une description des modalités de ces sociétés de secours mutuels en Grande-Bretagne, dont étaient membres une vaste majorité des travailleurs.



« En Grande-Bretagne les friendly societies, sociétés de secours mutuels, ont été les plus importants fournisseurs de services sociaux au cour du XIXème siècle et au début du XXème siècle.

Les friendly societies étaient des associations mutuelles autonomes fondées par les ouvriers pour se prémunir contre les temps difficiles. Elles distinguaient leur philosophie de celle de la philanthropie qui est au coeur des oeuvres caritatives. 
Une société de secours mutuels n'était pas gérée par un ensemble de personnes ayant l'intention d'aider un autre groupe distinct ; c'était une association d'individus s'engageant à s'aider les uns les autres quand l'occasion se présentait. L'assistance portée ne relevait pas de la générosité, mais d'un droit, acquis par les contributions régulières versées au fonds commun de chaque membre et justifié par l'obligation de même traitement pour les autres membres si les difficultés croisaient leur toute. Elles commencèrent comme des clubs locaux, gardant leur fonds commun dans un coffre en bois ou un coffre-fort. Mais le XIXème siècle vit l'évolution progressive des fédérations nationales avec des centaines de milliers de membres et des investissements soigneusement gérés. »

(...)


« Au début du XXème siècle, les sociétés de secours mutuels avait acquis une longue expérience en tant que clubs sociaux de bienfaisance qui offraient des avantages tels que des indemnités de maladie lorsque le soutien de famille était incapable de ramener un salaire à la maison, à cause de maladie, d'accident ou de vieillesse ; les soins médicaux tant pour le membre que sa famille ; une indemnité de décès suffisante pour fournir un enterrement décent ; et un soutien financier et en nature pour les veuves et les orphelins des membres décédés. Les services médicaux étaient généralement dispensés par le médecin de la loge ou de la branche, nommé par un vote des membres, mais la plupart des grandes villes avaient également un institut médical, offrant les services dispensés aujourd'hui par les centres médicaux. Les sociétés de secours mutuels fournissaient également un réseau de soutien pour permettre aux membres de se déplacer pour rechercher du travail. »

David Green



Si dans un premier temps au XXème siècle l’État-providence a été constitué par le haut, sans tenir compte de l'avis des individus, dans le but d'affaiblir le mouvement ouvrier et de contrer ses velléités révolutionnaires, il est assez probable que dans un second temps, les anciennes formes d'organisation ouvrière ayant été largement démantelées et les individus s'étant habitués à dépendre de l’État, les politiciens aient adopté un discours favorable à une extension de l’État-providence comme méthode de propagande électorale. Ce populisme étatiste (welfariste) est assez bien illustré par la citation suivante.



« Le fait de dépenser est relativement populaire chez les hommes politiques parce que cela leur permet d'acheter des votes à court terme... Après tout, dans le long terme nous serons tous morts, ou du moins, pas au pouvoir. C'est aussi populaire auprès des électeurs, car ils ont tendance à voir les prestations publiques comme une manne. Ils ne voient pas que l'argent provient de leurs propres proches. Ils ont l'impression qu'il vient de celle de "l’État", ou du moins des poches de quelqu'un d'autre. »


Aristides Hatzis




Une telle rhétorique est évidemment éminemment hypocrite.



« Les mêmes Etats-providence qui offrent des tickets d'alimentation et des subventions alimentaires aux pauvres font augmenter aussi le prix de la nourriture qu'ils achètent par des subventions agricoles, des restrictions sur des denrées importées moins coûteuses, et l'obligation de prix alimentaires minimaux. »

Tom G. Palmer



Et la construction de l’État-providence ne produit pas les résultats qu'espèrent les individus, comme on peut le constater de nos jours...



« Même si la santé et l'éducation sont fournies gratuitement par l'Etat, la famille grecque paie 45% du total des dépenses médicales (la plupart du temps d'ailleurs à soudoyer les médecins, les infirmières et les fonctionnaires pour qu'ils fassent leur travail). De nombreux ménages grecs (2,5%) sont sur la paille chaque année en raison de ces dépenses médicales élevées. C'est la même chose avec l'éducation. Même si c'est gratuit à tous les niveaux, les ménages grecs dépensent plus pour l'éducation de leurs enfants (pour les cours particuliers) que tout autre ménage dans l'UE. »


Aristides Hatzis

 


Face à la guerre de tous contre tous dans laquelle nous enferme l’État, une situation dé-responsabilisante où chacun s'efforce de donner le moins possible et d'obtenir le plus possible des autres membres de la société, le mouvement libertarien ne peut que prôner un retour à des formes d'organisation autonomes, fondées sur la liberté, la responsabilité, et la solidarité. En ce sens, le mouvement libertarien ne fait que poursuivre la lutte 
contre l’État du mouvement ouvrier pour son émancipation finale.

 

 

 

 

19:06 Publié dans État-providence | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

29/10/2014

Positions politiques par rapport aux moeurs

 

Voici un petit croquis que j'ai esquissé qui illustre les quatre positions possibles en matière de moeurs. Comme il parle de lui-même je n'ajoute pas de légende supplémentaire.

 

 

Liberté en termes de moeurs.png

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28/10/2014

Ce que le libertarianisme partage avec la gauche



Ce libéralisme classique radicalisé à la sauce anarcho-individualiste étasunienne que l'on appelle libertarianisme est un super-libéralisme poussant les logiques internes du libéralisme jusqu'à ses conclusions logiques (soit l'anarchie pour les plus cohérents d'entre les libertariens, ou au moins un État minimal pour les plus frileux). Comme il échappe au traditionnel clivage gauche-droite, j'ai trouvé qu'il n'était pas inintéressant de présenter les éléments qu'il partage avec la gauche (l'exercice peut aussi évidemment être fait avec la droite).

Voici donc les positions que les libertariens partagent généralement avec la gauche.

1. Un soutien à l’État de droit, au constitutionnalisme, à la séparation des pouvoirs, et au respect des droits fondamentaux (il y a toutefois divergence sur l'étendue de ces droits fondamentaux) dont la liberté d'association, de mouvement, d'expression, de croyance, de presse, etc.
(A noter que, bien entendu, les libertariens anarchistes ne voient dans tout cela qu'une étape.)

2. Une condamnation totale de l'esclavage.

3. Une condamnation totale de toutes les doctrines totalitaires et despotiques, comme le fascisme ou le nazisme.

4. Une opposition farouche au colonialisme, au néo-colonialisme, et à l'impérialisme, et un soutien à la restitution des terres aux individus expropriés par la force dans les pays pauvres.

5. Une ferme opposition au militarisme, à l'interventionnisme militaire, au service militaire obligatoire, à l'armée étatique, et un soutien à la réduction des budgets militaires (les deux derniers points concernant toutefois surtout les libertariens anarchistes).

6. Une opposition à la surveillance étatique, aux services de renseignement, et à l’État-policier.

7. Un soutien à l’économie de marché plutôt qu'au planisme d’État (je fais exception d'une poignée de marxiste-léninistes).

8. Un soutien à la décentralisation plutôt qu'à la centralisation.

 

9. Une opposition aux abus de pouvoir, à la corruption, au copinage politique, et aux privilèges de la haute-bureaucratie.

10. Un soutien (à gauche en général) au libre-échange.

11. Un soutien à la libre-circulation des personnes et à une immigration plus libre.

12. Un soutien à la liberté en matière de mœurs et un refus d'imposer une morale conservatrice aux individus par la force.

13. Un soutien à la légalisation des drogues.

14. Un soutien à la liberté des individus de faire ce qu'ils veulent avec leur corps.

15. Un soutien à la possibilité de l'école à la maison et à la possibilité de méthodes d'enseignement alternatives.

16. Un soutien à la liberté de créer librement des monnaies.

17. Une opposition générale à la TVA et conséquemment à sa hausse.




12:29 Publié dans Libertarianisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

27/10/2014

Esquisse d'un libertarianisme anarcho-socialiste


Il existe dans l'histoire des idées deux libéralismes et deux socialismes. 

Un de ces deux libéralismes, le plus ancien, dit classique, correspond à la doctrine du laissez-faire, et du libre-marché. L'autre, qualifié en Angleterre de new liberalism et aux États-Unis de modern liberalism (et aujourd'hui simplement liberalism), est une doctrine prônant l'interventionnisme gouvernemental, le contrôle bureaucratique, et parfois même (chez Rawls ou Dworkin par exemple) le collectivisme d’État. 

Un des deux socialismes est un socialisme d’État que l'on retrouve fortement dans tout le marxisme-léninisme ou dans certaines interprétations babouvistes. L'autre est un socialisme libertaire, prônant l'autogestion et l'auto-organisation ouvrière, ou un socialisme utopiste, favorable aux expérimentations immédiates et aux phalanstères.

 

Entre le libéralisme interventionniste et le socialisme d’État, une synthèse a vu le jour : le welfarisme (ou social-libéralisme). Cette synthèse existe en deux versions, dont une est keynésienne (la version de gauche) et l'autre non (la version de droite), mais toutes deux jouent le même jeu du populisme welfariste consistant à appâter l'électeur à coût de promesses de dépenses étatiques (à gauche on offre la carotte-allocation paternaliste, et à droite le bâton-policier sécurisant) afin de se maintenir au pouvoir à moindre frais (puisque l'argent provient des poches du contribuable). 

 

Il existe cependant un autre rapprochement possible entre socialisme et libéralisme, et ce dernier emprunte le chemin de la liberté, et non celui du despotisme gouvernemental. Les plus éclairés des libéraux classiques ont fini en effet par radicaliser leurs positions en les mariant à l'anarchisme-individualiste (de penseurs comme Lysander Spooner ou Benjamin Tucker) pour aboutir à ce qu'on appelle dorénavant le libertarianisme

Du côté socialiste libertaire, une difficulté réside dans l'attachement de bon nombre de ses représentants aux vieux schémas de lutte des classes opposant bourgeoisie/patronat et prolétariat/travailleurs. Ma position est qu'il convient de dépasser ces antagonismes erronés et de se concentrer sur l'idéal socialiste d'une société sans État, solidaire, et débarrassée de toute hiérarchie, au lieu de lancer des pierres aux entrepreneurs et aux actionnaires. A partir de ces concessions, nous pouvons envisager une synthèse intéressante du socialisme libertaire et du libertarianisme anarchiste sur le modèle des communautés utopiques du XIXème siècle et des phalanstères dont j'aimerais à présent esquisser quelques composants fondamentaux. 

 

1. Le libertarianisme anarcho-socialiste a pour idéal une société sans État, sans gouvernement, sans bureaucratie, sans despotisme ou tyrannie d'aucune sorte, et sans majorité démocratique imposant ses volontés à des minorités. Une telle société est ce qu'on appelle un libre-marché, car nul gouvernement n'impose sa volonté aux individus. 

 

2. Toute société libertarienne anarcho-socialiste se fonde sur le refus absolu de l'agression. C'est une société pacifique où la liberté d'autrui est la limite à la liberté de chacun. Le respect des droits de propriété de chacun sur son corps et son esprit, et sur ce qu'il acquiert par leur usage, est une nécessité et un principe fondamental d'une telle société.

 

3. Une société libertarienne anarcho-socialiste refuse toute hiérarchie, et s'organise volontairement sur la base du coopérativisme ou de l'auto-entrepreneuriat afin de se passer de rapports salariaux. En ce sens, le libertarianisme anarcho-socialiste rompt fondamentalement avec le libertarianisme anarcho-capitaliste qui se désintéresse généralement de la question hiérarchique (bien que Spencer, Milton Friedman, et David Friedman, l'abordent bel et bien chacun à leur manière).

 

4. Les libertariens anarcho-socialistes pratiquent la solidarité volontaire, le partage, le don, et l'altruisme. En dehors des assurances individuelles, des associations de métier, et des sociétés de secours mutuels, les libertariens anarcho-socialistes souhaitent la mise en place de la distribution d'un revenu minimum à tous les individus en ayant le besoin par des transferts de ressource volontaires.

 

5. Les libertariens anarcho-socialistes sont favorables à un certain nombre de mutualisations volontaires. Le financement d'une éducation minimale (par le biais de chèque-éducation), de transports publics à bas prix, d'un réseau de routes, sont quelques exemples du type de mutualisations envisagées dans une société libertarienne anarcho-socialiste.

 

6. Les libertariens anarcho-socialistes sont des progressistes ne cherchant pas à imposer leurs idées à autrui mais cherchant à convaincre autrui de la valeur de l'ouverture en matière de mœurs et du respect envers la différence. C'est pourquoi ils luttent par l'éducation, le débat, et la pédagogie, contre le racisme, le sexisme, l'homophobie, et toute autre forme de position conservatrice.

 

7. Dans leur volonté d'abolir l’État, les libertariens anarcho-socialistes préfèrent la socialisation des biens de l’État à la privatisation. Chaque individu résident dans un État a droit à une part des biens de l’État et deviendrait lors de la socialisation d'un bien ou d'une entreprise d’État propriétaire d'une de ces parts qu'il peut revendre ou préserver pour toucher une part des profits générés par les entreprises d’État à présent entreprises privées.

16:25 Publié dans Libertarianisme anarcho-socialiste | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

19/10/2014

Salariat et hiérarchie

 

Le présent graphique propose de différencier une volonté d'émancipation du salariat ne cherchant pas à contraindre autrui à embrasser ce choix de vie, d'une volonté d'interdire le salariat par la force et la contrainte. 

Même si j'ai présenté le socialisme libertaire comme ne cherchant pas à interdire à tous le salariat par la force, il est bien souvent le cas que des socialistes (ou communistes) libertaires assimilent salariat et agression. Dans ce dernier cas, le salariat est conçue comme une agression et son abolition par la force comme un acte de résistance et de légitime défense.

C'est d'ailleurs pourquoi je me revendique à présent d'un libertarianisme socialiste et non plus d'un socialisme libertaire.  



La question du salariat et de la hiérarchie.png

Certains aiment vivre dans des structures hiérarchisées. On peut toujours essayer de les convaincre de les abandonner, mais je ne vois pas de légitimité à employer la force pour les y obliger.

Le salariat imposé par la force (par l'Etat) n'est quant à lui qu'une forme d'esclavage.  

 

16:35 Publié dans Hiérarchie, Salariat, salariés | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

18/10/2014

Modèles économiques et doctrines politiques



Ci-dessous, vous trouverez un de mes charmants graphiques réalisé sur paint (car je suis très doué en informatique), illustrant les différents modèles économiques possibles (au-dessus de la flèche) et les différentes doctrines politiques (au-dessous de la flèche) qui les préconisent. 

La flèche centrale est l'axe de la liberté économique. En haut à gauche se trouve les modèles économiques les plus libres (dont le plus libre est évidemment le modèle d'une société sans Etat, le libre marché), et en haut à droite les modèles économiques les moins libres (la planification étatique totale de la production). 

En dessous de la flèche vous trouverez les doctrines politiques défendant chacun des modèles économiques présents au-dessus de la flèche.



Axe de la liberté économique.png






Une remarque complémentaire : Dans le cadre d'une société sans Etat, les individus désireux de planifier la production collectivement pourraient le faire, il convient donc de différencier planisme étatique et planisme libertaire (le planisme libertaire n'étant qu'une sous-catégorie possible du libre marché).




 

16:42 Publié dans Modèles économiques, Philosophie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

16/09/2014

Le libertarianisme n'est pas réductible au libéralisme

 


J’ai longtemps pensé que le libertarianisme n’était qu’une forme de libéralisme un peu extrême, mais après réflexion j’en suis venu à considérer cet anglicisme comme n’étant pas réductible au libéralisme. Certes, on ne peut nier l’héritage du libéralisme classique, mais Sébastien Caré a raison de rappeler que le mouvement libertarien américain s’est aussi construit sur l’isolationnisme et l’anarchisme individualiste. Le libertarianisme n’est donc pas qu’un autre terme pour nommer une forme radicale et éclairée de libéralisme, mais bel et bien le résultat d’une fusion de plusieurs éléments.

Bien sûr,  on pourrait considérer que le libertarianisme incarne la forme la plus pure du libéralisme et la plus fidèle à ses valeurs de base. Néanmoins il y a polémique et bataille sur cette question. Les libéraux interventionnistes dans la lignée de Mill ou de Keynes (aujourd’hui Rawls ou Audard) n’ont d’une certaine façon pas totalement tort lorsqu’ils se réfèrent aux libéraux classiques, car ces derniers n’étaient jamais parvenus aux positions libertariennes (sinon les libertariens n’auraient pas besoin de se distinguer des libéraux classiques évidemment). Il y a donc innovation avec le libertarianisme, que l’on apprécie ou pas ce terme quelque peu barbare.

La logique interne et naturelle du libertarianisme l’amène en outre à soutenir une position anarchiste (ou du moins anarchisante pour les plus modérés des libertariens) qui m’amène à une observation stimulante.

Le fait que l’aboutissement du libertarianisme soit un monde panarchique implique que le libertarianisme permet tout à fait la formation et l’émergence de sociétés communistes (où tout est mis en commun volontairement), socialistes (coopérativistes et a-hiérarchiques), ou encore conservatrices (où les mœurs sont encadrés par la tradition par exemple). Cela montre la nature divergente du libertarianisme d’avec le libéralisme, puisque les libéraux sont généralement moralement libéraux et favorables à un mode de production hiérarchique ou salarial. 

Ainsi, bien que le libertarianisme réalise le libre-marché dans le respect des droits de propriété, il n’est pas réductible au libéralisme. Il innove et incarne en lui-même une nouvelle philosophie politique. 

09:25 Publié dans Libertarianisme | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

27/08/2014

Départ de la Jeunesse Socialiste Genevoise


Compte tenu de mon évolution politique, je me retire de la Jeunesse Socialiste Genevoise (et du Parti Socialiste Genevois).

Ce furent 5 années riches en expériences et en émotions, et je souhaite bonne chance aux membres de la JSG pour ces prochaines années. J'ai confiance en leur capacité à réaliser leurs objectifs et en leurs convictions à toute épreuve dans leurs idéaux.

Je compte à présent participer à la création d'un parti libertarien en Suisse romande.

 

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25/08/2014

Pour un art indépendant


Pourquoi quelques dizaines de politiciens élus devraient-ils décider où votre argent doit-il être dépensé ? Ont-ils l'oreille des dieux pour prétendre à une telle omniscience ? Sont-ils des génies touchés par la grâce ?


La vérité c'est que les Hommes de l’État (des hommes et des femmes qui disent représenter le bien commun) se saisissent de votre argent par diverses taxes et impôts (c'est à dire par la force) et prétendent ensuite le dépenser pour votre bien.
Dans le domaine artistique, ils prétendent savoir mieux que vous ce que vous avez envie de voir, quels spectacles, quels concerts, quels festivals, doivent voir le jour, et lesquels ne doivent pas voir le jour. Fort de leur magot qu'ils vous ont dérobé, ils ne leur restent plus qu'à attendre que les artistes viennent ramper à leurs pieds pour avoir leur part du butin.

Et pourtant, pourquoi ne seriez-vous pas apte à choisir ce que vous avez envie de voir ? Pourquoi ne pourriez-vous pas décider de manière autonome quelle production artistique vous avez envie de soutenir ?
Quant aux artistes, pourquoi devraient-ils se contraindre à plaire aux politiciens au lieu de proposer directement leurs créations aux individus demandeurs ?

Tant que le magot de la taxation existera pour financer des subventions aux artistes, ces derniers dépendront (à des degrés divers) des politiciens, biaisant leur production.
Il convient donc de supprimer les subventions artistiques des Hommes de l’État et de restituer cet argent à leur propriétaire (la population taxée). Les individus décideront ensuite ce qu'ils désirent faire de cet argent (et s'ils souhaitent le dépenser en art ou pas).

De mon point de vue, en supprimant les liens de vassalité entre artistes et politiciens, on libérera l'art d'une influence néfaste et on permettra à leur production à se tourner davantage vers les goûts de la population. Avec un effort de communication appropriée, j'ai bon espoir que même des domaines artistiques complexes devraient trouver publics, sponsors, soutiens, et financements. Il est aussi possible pour les artistes de varier leurs productions entre production plus personnelle et expérimentale et production alimentaire en phase avec les goûts du grand public. Toutefois, l'offre crée la demande et il est toujours possible d'attirer le chaland, quelle que soit la production. 

Pour un art indépendant : suppression de toutes les subventions aux monde de l'art.

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24/08/2014

Le socialisme n'existe pas


Le socialisme est un spectre. Créature désincarnée, il flotte dans les méandres de l'inconscient collectif à la recherche d'une proie, d'un crâne où s'y loger pour imprimer sa marque. Mais le socialisme n'est qu'un nom qui ne désigne rien et tout en même temps. Est-il un ensemble de valeurs sympathiques ? Mais lesquelles, et pourquoi celles-ci et pas d'autres ? Comment bâtit-on autant de systèmes différents se réclamant du socialisme à partir des mêmes valeurs ?


Pendant trois ans j'ai couru après ce fantôme. J'ai poursuivi sa trace à travers des piles d'ouvrages différents dont chaque auteur murmurait son ombre. Litanie, simple dénomination, le socialisme n'a pas de squelette cohérent. Il est un nom propre que l'on accole à certains systèmes pour leur plaisance ou leur joliesse partageuse.

Il se fait tour à tour communauté utopique, marxisme, trotskisme, planisme, stalinisme, interventionnisme, étatisme, communisme, démocratie plus ou moins radicale, conseillisme. Il se présente comme enfant de l'égalité, de l'équité, de la liberté, du partage, de l'organisation, de la justice.

Le socialisme n'est pas une valeur en particulier, il n'est pas plusieurs valeurs différentes ou contradictoires. Il est ce nom que l'on appose sur un système ou un autre. Ces systèmes, eux, existent. Il y a un système trotskiste, un système planiste, un système interventionniste, etc. Mais de système socialiste, point.

Par générosité, je pourrais dire que le socialisme est la classe de tous ces systèmes, la dénomination générale à leur apposer pour les définir collectivement. Mais ce serait m'avancer par trop puisque ces systèmes n'ont pas assez en commun pour cela.

La vérité, c'est que le socialisme n'existe pas.

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23/08/2014

L'abolition de l’État, le libre-marché, c'est la liberté positive et l'autonomie


Certains semblent penser qu'en abolissant l’État les individus seront libres, mais uniquement libres de crever de faim. Cette vision pessimiste de la nature humaine est fausse, car elle ne tient pas compte de la nature de l’État et de ce que son abolition implique. En réalité, l'abolition de l’État réalisera (maximisera) la liberté positive des individus (leur capacité à faire des choses, comme se nourrir) et pas uniquement leur liberté négative (leur possibilité de faire des choses sans en être empêché par autrui).

Premièrement, toute entreprise d’État n'étant pas soumise à la concurrence (soit qu'elle jouit d'un monopole, soit qu'elle jouit de transferts imposés de ressources de la poche des individus à la sienne), elle ne cherche pas à être la plus rentable et se montre donc moins productive et moins compétente qu'une entreprise privée. L'abolition des entreprises d’État devrait rendre tout un pan de la production plus efficace, provoquant une baisse des prix pour les consommateurs (donc pour tout le monde), une amélioration de la qualité des biens et services vendus, et un accroissement de la production. Cet accroissement de prospérité correspond à une hausse de la liberté positive des individus qui auront davantage de capacité à réaliser ce qu'ils souhaitent faire.

Deuxièmement, l'abolition de l’État implique la fin de tous les monopoles artificiels créés par la force par l’État. En effet, sans l’État pour préserver un monopole (par des régulations, des interdictions, ou des transferts à l'entreprise) tous les monopoles disparaîtront, à l'exception des monopoles naturels (c'est à dire des monopoles qui représentent des situations d'efficacité de production où les prix proposés sont les plus bas que les consommateurs peuvent espérer obtenir). Aucun monopole privé non préservé par l’État et non naturel ne peut survivre, car une nouvelle entreprise tentera toujours de s'emparer du marché en proposant des prix plus bas que le monopole, contraignant le monopole à la concurrence (et donc à l'efficacité). Les monopoles s'appuyant sur des avantages d'économie d'échelle peuvent être brisés par des entreprises débauchant les clients du monopole en leur proposant un contrat impliquant des prix équivalents au monopole pour les premiers temps (permettant à l'entreprise offensive de réaliser les économies d'échelles nécessaires pour se mettre au même niveau que le monopole) et ensuite une baisse des prix (au niveau de la rentabilité, mais en dessous des prix artificiellement hauts du monopole). Quant aux cartels, ils ne tiennent pas pour les mêmes raisons, ainsi que parce que leurs membres finissent toujours par baisser leurs prix pour débaucher certains clients de ses partenaires (ce qui, lorsque les autres membres le découvrent, met fin au cartel).
La fin des monopoles artificiels provoquera une baisse des prix pour les consommateurs, une amélioration de la qualité des biens et services vendus, et un accroissement de la production. Ici aussi donc, accroissement de la liberté positive.

Troisièmement, l'abolition de l’État permettra la suppression des frais de fonctionnement inhérents à la démocratie, et des rentes versés aux politiciens et aux hauts bureaucrates. En outre, les Hommes de l’État (politiciens et bureaucrates) pourront trouver un emploi en fonction de leurs compétences réelles (et non supposés par le vote, ou biaisées par la corruption et le copinage) et ainsi être davantage productifs. Ces éléments impliquent aussi un accroissement de prospérité général.

Quatrièmement, en situation de panarchie (de cohabitation spontanée de communautés et de sociétés fondées sur des règles ou des valeurs différentes après l'abolition de l’État) les individus sont libres de se rassembler dans la communauté de leur choix et d'y fixer les règles auxquelles ils adhèrent, sur la base de leur raison, de leur volonté, et de leur propriété, par unanimité. Dans une telle situation, il est tout à fait possible de mutualiser volontairement des biens ou des services, et d'assurer par exemple un revenu minimum décent à tous ceux qui n'en ont point. Enfin, ma vision optimiste de l'individu me pousse à voir en lui un être naturellement porté à la solidarité et au partage. Ce dernier point vient rassurer celles et ceux qui craignent que l'abolition de l’État, malgré les gains de prospérité obtenus, implique une possible baisse de la liberté positive et de l'autonomie pour les plus malchanceux.

Comme on peut donc le constater, absence d’État, libre-marché, ne rime pas avec appauvrissement, bien au contraire. Il faut en plus ajouter qu'avec tous les gains de prospérité obtenus, les individus seront tous bien plus riches et auront les moyens d'investir davantage, d'entreprendre, de créer, et ainsi de s'enrichir tout en enrichissant les autres. 

 

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22/08/2014

L'anarchisme c'est la propriété et le libre-marché


Il n'y a qu'une alternative : la tyrannie (la dictature) ou la liberté (l'anarchie). La démocratie représentative est une tyrannie de la majorité représentative (indirecte), la démocratie directe (ou semi-directe) est une tyrannie de la majorité directe (ou semi-directe), la démocratie conseilliste est une tyrannie de la majorité dans les conseils, la démocratie athénienne est une tyrannie de la majorité tirée au sort, etc.

Toutes les formes de démocratie possibles et imaginables ne sont que des formes de tyrannies de la majorité. Et ce n'est pas l'existence d'une liste de droits fondamentaux, de constitutions, de la presse et des médias, d'une société civile active, et que sais-je encore, qui vont changer quoique ce soit à ce fait. La démocratie c'est essentiellement une majorité qui impose son bon plaisir, par la force s'il le faut, aux minorités. Améliorer ou radicaliser la démocratie ne changera pas cela.

Les anarchistes qui prônent une démocratie directe, radicale, avec mandat impératif, tirage au sort, et tutti quanti, les anarchistes qui prônent la démocratie des conseils, se contentent de demander une tyrannie allégée. Mais une tyrannie allégée n'en est pas moins une tyrannie...

Après avoir descendu la démocratie, les démocrates vous classent généralement dans la case des individus favorables à une dictature (qu'elle soit militaire, aristocratique, oligarchique, ou monarchique), alors qu'en réalité ils appartiennent eux-mêmes à ce grand ensemble des partisans de la tyrannie.

Pourtant, il existe une alternative à la démocratie et à la dictature : l'anarchie.
L'anarchie c'est la société où l'individu est libre de faire ce qu'il veut tant qu'il n'agresse pas autrui. Autrement dit, chacun étant propriétaire de soi-même et de ce qu'il acquiert par son travail, tant que nul n'attente à la propriété d'autrui chacun est libre de faire ce que bon lui semble (chacun s'autogère librement). Dans une telle société dépourvue d'agression, les rassemblements communautaires se fondent sur le volontariat et l'unanimité et non sur la contrainte, tandis que les individus commercent pacifiquement et échangent librement les produits de leur travail.

Voilà pourquoi l'anarchisme peut être résumé dans ces deux mots : propriété et libre-marché.

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21/08/2014

Qu'est ce qu'une œuvre d'art ?


Suite à ma lecture d'un ouvrage (très touffu) d'introduction à la philosophie analytique de l'art du philosophe Karlheinz Lüdeking, et suite à la lecture du constat de l'auteur que la philosophie n'est pas parvenue à définir ce qu'est une œuvre d'art, je me suis demandé s'il n'était tout de même pas possible de proposer une définition minimale (mais fonctionnelle) de l’œuvre d'art. Voilà le modeste résultat de ma tentative que je publie pour la discussion.


Tout l'intérêt (et toute la difficulté) de définir ce qu'est une œuvre d'art réside, depuis l'invention du ready-made en 1917 par Duchamp et sa fameuse Fontaine, dans la détermination de ce qui différencie une œuvre d'art de n'importe quoi d'autre. Puisque tout objet, puisque n'importe quoi, peut potentiellement servir de matériel artistique, et potentiellement devenir (= être considéré comme) une œuvre d'art, il s'agit de trouver les conditions nécessaires et suffisantes permettant de différencier l’urinoir des toilettes publiques de celui de Marcel Duchamp.

Certes, on pourrait abandonner l'idée qu'il y a une différence entre une œuvre d'art et n'importe quelle chose de notre vie courante, mais alors il semble étrange que l'on attache autant d'importance à l'art et aux artistes. Si tout est une œuvre d'art, alors tout le monde peut être considéré comme un artiste et n'importe quoi peut être exposé au hasard dans les musées.
Une autre piste possible consiste à considérer comme je le disais plus haut que toute chose est potentiellement une œuvre d'art, mais que l'artiste est celui qui sait exploiter (mettre en valeur) le potentiel artistique de chaque chose à travers son talent et sa réflexion. C'est cette piste qu'il convient de développer je pense.

On pourrait aussi imaginer qu'il convient d'envisager une définition de l’œuvre d'art par domaine artistique (une définition pour la musique, une définition pour le théâtre, une définition pour les arts plastiques, etc.). De même, on pourrait supposer qu'il y a une définition de l’œuvre d'art par époque (la définition de l’œuvre d'art serait alors contextuelle et relativiste). Ces deux possibilités sont à mon sens erronées, car il est possible d'induire une définition à partir de l'ensemble des époques et des domaines artistiques qui soit toujours valable (et donc universelle), comme nous le verrons par la suite.

Enfin, on pourrait décider de se simplifier la vie en affirmant que ce qui est une œuvre d'art est simplement ce que les experts (critiques, professeurs, institutions, musées, etc.) en art ou le public/le marché considèrent comme étant une œuvre d'art. Mais cette définition est fausse, car on peut fort bien imaginer le cas d'un faussaire ramassant une brique sur le sol et l'amenant devant un public crédule ou un expert bourré et leur faisant croire que cette brique est une œuvre d'art, sans avoir par ailleurs le moins du monde réfléchi à pourquoi cette brique pourrait être une œuvre d'art. Ce qui différencie ici la Fontaine de cette brique, c'est que Duchamp posait une interrogation, une réflexion conceptuelle, sur la nature de l’œuvre d'art, lorsqu'il souhaita exposer son urinoir. Au contraire, le faussaire n'a pas d'interrogation ou de réflexion, pas de question à proposer, pas de norme à bouleverser, pas de performance à présenter, il se contente de prendre n’importe quoi et de décréter que c'est une œuvre d'art devant des individus crédules ou mentalement dérangés. Voilà pourquoi on ne peut considérer qu'une institution (un expert) ou un public (le marché) peut déterminer ce qu'est une œuvre d'art.

Compte tenu de ce qui précède, voilà la définition de l’œuvre d'art à laquelle je suis parvenue.

X (= quelque chose) peut être considéré comme une œuvre d'art si :

Première condition : x est un artefact (= une création humaine).

Seconde condition : x est intentionnellement exposé dans un espace d'exposition quelconque.

Troisième condition : x figure intentionnellement y ; où y peut être un élément matériel ou physique, un récit, un concept, une réflexion, une conceptualisation d'émotions.


La première condition implique qu'un caillou exposé naturellement (et non par une main humaine) en haut d'une montagne ne peut être considéré comme une œuvre d'art. La troisième condition implique qu'un caillou posé en haut d'une montagne par une main humaine sans autre modalités n'est pas une oeuvre d'art. L'acte d'exposer le caillou et de justifier cette exposition d'une façon ou d'une autre, par une réflexion expliquant ce que l'acte d'exposer ce caillou en haut d'une montagne figure conceptuellement, est l'acte artistique qui transforme l'exposition du caillou de simple objet à une œuvre d'art.

La troisième condition étend le concept de figuration (de représentation). L'art conceptuel (et l'art contemporain) ne s'oppose pas à quelque chose comme l'art figuratif, car l'art conceptuel figure lui-aussi. Certes, l'art conceptuel ne figure pas des arbres, des paysages, ou des scènes mythologiques, mais il figure des concepts, des réflexions, des conceptualisations d'émotions.

La seconde condition implique que si Duchamp avait enfermé son urinoir dans une grosse malle fermée à double tours, qu'il l'avait remplie de cailloux, et enfin jetée dans les profondeurs d'un océan, alors cet urinoir n'aurait pas pu être considéré comme une oeuvre d'art. 

Je pense qu'à partir de ma définition on peut distinguer ce qu'est une œuvre d'art et ce qui ne l'est pas. C'est pourquoi je considère que ma définition est valable. En outre, elle fonctionne pour tous les domaines artistiques. Un concerto est un artefact, exposé dans une salle de concert, et figurant une conceptualisation d'émotions ou un récit ; un roman est un artefact, exposé dans une librairie, et figurant une conceptualisation d'émotions, une réflexion, et un récit ; un tableau est un artefact, exposé dans un musée, et figurant un élément physique, ou un concept ; une installation ou un happening est un artefact, exposé quelque part (musée, rue, salle de spectacle, etc.), et figurant un concept, une réflexion ; etc.

Un dernier élément à aborder réside dans les critères d'évaluation d'une œuvre d'art. Il y a en effet selon moi de bonnes et de mauvaises œuvres d'art, et toute une gamme graduelle d'évaluation entre ces bonnes et ces mauvaises œuvres d'art. Et c'est pourquoi, l'activité de critique d'art a une valeur et n'est pas qu'une activité subjective ou littéraire. Pour le moment, je me contenterais de proposer deux critères d'évaluation d'une œuvre d'art. Premièrement, le critère d'originalité et d'innovation. Deuxièmement, le critère de cohérence et de rigueur.

La Fontaine était une bonne œuvre d'art, car elle était innovante/originale (puisqu'elle remettait en question les normes en vigueur dans le monde de l'art) et car elle était fondée sur une réflexion cohérente/rigoureuse sur la nature d'une œuvre d'art. Cependant, exposer une poubelle de nos jours dans un musée est (sans apport réflexif et conceptuel supplémentaire) une mauvaise œuvre d'art, car ce n'est pas innovant ou original (le ready-made ayant été intégré par le monde de l'art). Néanmoins, la poubelle doit être considéré comme une œuvre d'art puisqu'elle respecte les critères d'artefactibilité, d'exposition, et de figuration.
Une mauvaise œuvre d'art pourrait aussi être une œuvre consistant en une crotte de chien posée sans autre au milieu d'une salle d'exposition pour représenter le capitalisme sans aucune autre explication, car cette œuvre d'art ne serait pas cohérente ou rigoureuse dans son argumentation/réflexion conceptuelle.


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20/08/2014

Comment abolir l’État en Suisse ? - Principes généraux


Bien que je n'ignore pas que l'abolition de l’État se traduira concrètement probablement par une lutte sans relâche à tous les niveaux, je souhaite donner ici une sorte de schéma théorique de comment abolir l’État en Suisse. Mon propos est de montrer que cette abolition peut tout à fait se faire pacifiquement et progressivement.

A noter que je ne dis pas que les anarchistes qui rêvent de violence révolutionnaire et de lutte armée sont toujours dans leur tort. Au contraire, il peuvent parfois être dans leur bon droit. Mais toute action de ce type ne peut être, pour être légitime, qu'une défense proportionnée à un acte d'agression (par exemple à la répression armée des Hommes de l’État). Dans le contexte suisse actuel, une voie pacifique et progressive me semble tout indiquée.

La question de la désobéissance civile est aussi intéressante. Si une majorité d'individus cessaient de payer taxes et impôts, je me demande combien de temps la machine étatique pourrait rester en place. Mais je suppose aussi que cela pourrait se traduire par une période plutôt troublée. A creuser.


Une abolition pacifique et progressive de l’État doit se fonder sur deux principes. Premièrement, il convient de transférer tout ce qui est possible de l’État aux individus. Deuxièmement, lorsqu'il n'est pas possible de directement transférer les compétences et les fonctions de l’État aux individus (par exemple pour des raisons politiques), il faut alors les transférer à un niveau de compétence étatique inférieure pour rapprocher au maximum l’État de l'individu et le rendre plus facilement maîtrisable par ce dernier (on tend ainsi à rendre à l'individu le maximum de souveraineté possible sur lui-même).

Ci-dessous, voilà une illustration de ces deux principes.

1. Faire prévaloir le droit cantonal sur le droit fédéral.

2. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État fédéral aux individus ou aux États cantonaux.

3. Abolir l’État fédéral et transformer la Suisse en confédération.

4. Faire prévaloir le droit communal sur le droit cantonal.

5. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État cantonal aux individus ou aux États communaux.

6. Abolir les États cantonaux.

7. Donner les compétences et les fonctions que remplit l’État communal aux individus. 

8. Abolir les Etats communaux. L'Etat est ainsi aboli.

Ceci étant posé, il s'agit à présent de décrire dans le détail comment donner les compétences et les fonctions de l’État aux individus. J'y reviendrai donc prochainement.

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19/08/2014

Les classes sociales n'existent pas


Suite à mes premières concessions, certains ont trouvé mon argumentation en défaveur de l'existence des classes sociales un peu courte. C'est pourquoi je prends ici le temps de développer un peu mon point de vue sur le sujet.

La définition canonique des classes sociales est celle de Karl Marx. Il me semble que c'est d'ailleurs celle que les marxistes ont généralement reprise à leur tour jusqu'à de nos jours. Marx affirme que la classe bourgeoise/la classe capitaliste est composée des individus propriétaires des moyens de production, tandis que la classe ouvrière/la classe prolétaire est composée des individus qui ne sont pas propriétaires des moyens de production. Il ajoute que les individus composant la classe prolétaire ont tout de même une chose : leur force de travail. A noter que je ne sais si Marx accorde aux prolétaires qu'ils sont propriétaires de leur force de travail ou pas (mais je suppose que oui). En outre, Marx affine sa théorie des classes sociales en y intégrant d'autres groupes sociaux, la petite-bourgeoisie et le prolétariat en haillons (le Lumpenproletariat). Au fil du temps, les marxistes adjoindront d'autres catégories sociales à cette construction comme les ouvriers spécialisés ou les techniciens.

Toute cette habile construction intellectuelle repose sur une seule chose : la place de l'individu dans le mode de production (dans l'économie). Si l'individu est à tel endroit dans le mode de production, le voilà objectivement et de manière déterminée membre du prolétariat ou de la bourgeoisie. L'élément central repose donc dans la place que l'individu occupe par rapport aux moyens de production.
Mais qu'est ce qu'un moyen de production en fait ? Les marxistes ne savent pas trop. Ils citent les usines, la terre, les outils de production comme des marteaux, des scies, des ordinateurs, des machines, les ressources naturelles parfois. La réponse est pourtant beaucoup plus simple. Un moyen de production est tout x qui permet à un individu de produire. Or, compte tenu de la grande variété de producteurs et de production possibles et imaginables, il faut bien convenir que n'importe quoi peut servir de moyen de production. Par conséquent, même un homme nu dans le désert, dépourvu de tout bien, pourrait ramasser trois cailloux, aller devant la tête d'un bédouin et entreprendre de jongler avec pour gagner quelques sous (ou denrées) pour subvenir à ses besoins vitaux. Les trois cailloux sont devenus des biens/moyens de production.
Bien sûr, Marx considérait que seuls les ouvriers et les paysans étaient réellement des producteurs. Mais cette idée est absurde. Certes, les paysans produisent de la nourriture, ce qui est essentiel à notre survie. Mais si seuls les producteurs de choses assurant notre survie sont des producteurs, alors il faut considérer que les médecins sont aussi des producteurs. Ce que Marx ne fait pas, montrant ainsi le manque de cohérence de sa théorie.

De nos jours, certains marxistes particulièrement rusés redéfinissent les classes sociales différemment. Ils affirment que la classe prolétaire se fonde sur le simple partage de valeurs et de buts (la réalisation du socialisme). Malheureusement (pour eux), cela signifie simplement que des individus favorables au socialisme peuvent être appelés socialistes, et non point que ces individus seraient particulièrement davantage des prolétaires que qui que ce soit.

Il y a des individus qui touchent un revenu grâce à un travail salarié, d'autres (beaucoup moins) qui touchent un revenu grâce à un investissement habile de leur argent. Les investisseurs ne font pas rien. Ils prennent des risques en prêtant leur argent à des gens qui promettent d'en faire un usage fructueux. Le crédit (c'est à dire l'investissement) est essentiel au bon fonctionnement de toute économie. L'activité de faire crédit n'est pas une activité oisive. Même lorsqu'un individu demande à quelqu'un de placer son argent pour lui, il prend un risque. S'il choisit bien, si les placements sont bons, si les bonnes affaires sont lancées, alors il en tirera un profit, tout comme les consommateurs (donc tout le monde) qui profiteront de la création des nouveaux biens et services permis grâce à l'investissement, et comme les individus désireux d'obtenir un travail salarié ou associé. Investir, faire crédit, vivre d'une rente issu de son capital placé, implique une compétence que tous n'ont pas. C'est d'ailleurs pourquoi de grandes fortunes héritées peuvent disparaître. L'incompréhension de tout cela est à la base de la croyance marxiste en l'existence de classes sociales.

Il existe deux autres définitions possibles des classes sociales.
Murray Rothbard oppose une classe de fonctionnaires vivant aux frais des producteurs par l'agression étatique (les Hommes de l’État ponctionnant de force les individus) et une classe de producteurs vivant sans toucher un sou de cette extorsion.
Cette définition est fausse car tout le monde touche d'une manière ou d'une autre, plus ou moins directement, de l'argent ou quelque chose de l’État (il suffit de marcher sur les routes de l’État). Rien ne sert donc d'opposer par trop nécessairement ceux qui touchent plus d'argent de l’État que ceux qui en touchent moins. David Friedman a bien montré (cf. Vers une société sans État) que même les dirigeants de l’État (qu'on supposerait les plus avantagés par l'existence de l’État) ont intérêt à le voir disparaître.

L'ultime définition est celle que nombre de sociologues et d'économistes emploient. Il s'agit de parler de riches et de pauvres, et parfois de classe moyenne. Cette définition n'en est pas une. Bien sûr, il y a des gens qui ont plus ou moins d'argent, mais nul n'est capable de dire à partir de quand on est riche ou on est pauvre. Ainsi, il s'agit juste d'usages langagiers pour désigner un état matériel relatif à une époque donnée.

Je crois donc avoir montré que les classes sociales n'existent pas.

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18/08/2014

Mise au point sur mes positions politiques – Du cheminement vers la liberté



Compte tenu de mes concessions, je pense qu'une petite mise au point sur mes positions politiques s'impose.

A 15 ans j'ai réellement commencé à me poser des questions sur la politique, la société, et sur la marche du monde. La gauche m'a tout de suite attiré, car je la percevais comme une défense des individus peu aisés, élément essentiel selon moi compte tenu de ma situation personnelle. A 18 ans, j'ai commencé à militer à la Gauche des collèges, puis à la Jeunesse Socialiste. J'avais alors des positions qui étaient celles d'un étatiste modéré (d'un social-libéral). A 20 ans, j'ai créé ce blog pour chercher des réponses à la crise économique dont les conséquences m'indignaient. Progressivement, j'ai essayé de fonder mes positions politiques sur une argumentation rigoureuse. Pendant 3 ans, j'ai lu, j'ai débattu, j'ai écrit, j'ai encore débattu, j'ai de nouveau lu, et ce fut passionnant. J'ai traversé beaucoup de courants, de théories, et d'idées. Dans mes études j'ai quitté les sciences politiques pour la philosophie et l'histoire, y trouvant davantage de réponses à mes interrogations.

Ce que je constate en tout cas, c'est qu'il y a une réelle cohérence dans mon évolution politique. Au commencement, lorsque j'ai cherché une solution à la crise économique, je me suis tout naturellement (parce que c'est ainsi que l'on nous conditionne aujourd'hui) tourné vers un étatisme et un planisme total. Mais par la suite, je n'ai eu de cesse de me rapprocher de la liberté. Je suis passé successivement de mon ultra-étatisme totalisant au marxisme, puis à Marx, puis à Castoriadis, pour finir avec le socialisme libertaire. Pendant ces trois ans de cheminement politique, j'ai été confronté à énormément de contradicteurs, d'opposants, de débatteurs. Les plus convaincants (ceux qui avaient les meilleurs arguments) étaient des anarchistes.

A présent, je suis convaincu qu'il convient d'abolir l’État (instrument fondé sur l'agression), la hiérarchie, le salariat (qui est une forme de hiérarchie), et qu'il faut lutter contre toute forme de domination (racisme, sexisme, homophobie, etc.) Si on considère que le capitalisme n'est que le salariat, alors je suis pour en finir avec le capitalisme. J'attache en outre énormément d'importance à la solidarité et au partage.
Ces éléments font probablement de moi un socialiste libertaire je pense. Je me considère aussi proche des socialistes utopistes et de leur désir de créer des phalanstères et des utopies dès maintenant.

Toutefois, je ne considère pas que le salariat soit une agression, je suis favorable au libre-marché (aucun politicien ou bureaucrate ne peut savoir mieux que vous où votre argent doit être dépensé), et je pense que la propriété (sur notre propre corps et notre esprit, et sur ce que nous acquérons en les employant) est un élément essentiel de toute société (actuellement elle nous préserve (partiellement) des volontés des majorités démocratiques et des politiciens élus). Ce qui me rapproche considérablement des anarchistes libéraux et des libertariens, et fait probablement de moi ce qu'on appelle parfois un libertarien de gauche (ou un anarchiste libéral de gauche).

Par conséquent, je considère que la meilleure stratégie actuelle consiste à une union entre socialistes libertaires favorables au libre-marché et anarchistes libéraux & libertariens. Sur la base de cette union, nous pourrons marcher ensemble jusqu'à l'abolition de l’État. Lorsque l’État sera aboli, les individus s'établiront spontanément en communautés partageant un certain nombre d'éléments en commun (il s'agira d'une situation panarchique). Personnellement, j'irai vivre dans une société (communauté) où nous mettrons volontairement un certain nombre de choses en commun (les routes par exemple), où le salariat n'existera plus (il y aura des coopératives et des entrepreneurs indépendants), et où un revenu minimum décent sera garanti à tous. Les individus conservateurs iront sûrement vivre entre eux, tout comme les individus désireux de vivre dans une société où le salariat existe.

Concrètement, je suis donc favorable à la création d'un parti libertarien en Suisse romande. 

 

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