27/05/2015

Entretien avec des libertariens – Thierry Falissard



Thierry Falissard a 56 ans et vit à Lausanne, dans le canton de Vaud. Adhérent de l'Institut libéral, il travaille comme ingénieur et informaticien le matin et écrivain et métaphysicien à seize heures. Son signe astrologique est Taureau ascendant Cancer et sa couleur préférée est le jaune d'or.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Je préfère parler de libertarisme que de libertarianisme. C’est la recherche et l’application des principes de base qui conditionnent la possibilité d’une vie en société qui minimise la violence.

Cette recherche touche à l’éthique, voire à la métaphysique. En effet, il faut une définition de la violence, de l’agression, des agresseurs, du périmètre individuel sujet à agression et qui devrait en être protégé, et donc de ce que devrait être le droit dans une société non-violente. On aboutit à une philosophie du droit découlant de préoccupations éthiques, voire d’une ontologie ou d’une conception de l’homme.

Le droit, sauf à être arbitraire, doit être la traduction d’une éthique intersubjective : pour moi, il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression, éthique « confirmée » par toutes les religions et les morales laïques (éthique de réciprocité, Golden Rule et Silver Rule). Les libertariens mettent au défi quiconque de trouver un autre fondement à une vie en société qui soit non-violente.

Cela remet en question les conceptions positivistes du droit comme construction ou institution héritée du passé, totalement déconnectée de l’éthique, comme le croient certains libéraux. Cela remet aussi en question la nature de la politique et du « pouvoir ». La démocratie n’en réchappe pas, puisqu’elle consacre la domination d’une majorité sur une minorité, et s’attaque constamment au périmètre individuel et à la sphère privée (y compris en Suisse avec de fréquentes initiatives populaires antilibérales, et une élite politique qui va contre l’intérêt de la population tellement elle est pressée de construire une Suisse identique au reste du monde).


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je me sens proche de tous les courants (sauf des conservateurs et des Randiens), sachant qu’ils relèvent tous pour le moment de l’utopie : il n’y a pas aujourd’hui de société anarcho-capitaliste ou panarchique, et encore moins de société minarchique. L’une ou l’autre me conviendraient, mais je n’en vois pas la perspective avant longtemps. Je parle d’utopies car il n’y a pas de formule magique pour empêcher en anarcapie l’émergence d’un Etat central, ni pour empêcher en minarchie un Etat minimal de devenir maximal, comme les Etats d’aujourd’hui. Ce sont donc des modèles théoriques vers lesquels il faut tendre, mais qui ne seront peut-être jamais réalisés, ou pas avant des siècles. En effet, la pente naturelle de toute société est de céder à cette loi éternelle qu’est la loi du plus fort, et il est impossible d’empêcher le plus fort de s’octroyer la part du lion (d’où tous les avantages dont bénéficie le secteur public dans tous les pays, l’impunité totale des dirigeants, le mépris qu’ils ont pour leurs administrés, leur court-termisme, leur propagande orwellienne, la dette publique qui matérialise leur irresponsabilité). Mais ce qu’il faut incriminer est bien la bêtise du citoyen-électeur, prisonnier de toutes sortes d’illusions, qui croit que la politique est utile et nécessaire : c’est bien là la cause profonde de l’inaptocratie !


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Le libertarisme est d’abord pour moi un rejet de la politique, ou un projet anti-politique, car c’est une affirmation de la primauté de l’individu sur le collectif. C’est aussi une éthique de vie fondée sur le primat de la volonté individuelle et de la non-agression. Ce n’est pas une éthique complète, elle ne vous empêche pas d’avoir au surplus une éthique personnelle, d’être athée ou croyant, végan ou carnivore, altruiste, égoïste, radin, misanthrope, judéophile, islamophobe, etc.

Comme individualiste radical, j’ai la plus grande méfiance à l’égard de toutes les entités collectives, sources d’oppression. Seules les associations volontaires sont légitimes. Libre à vous de vous définir comme appartenant à telle entité collective (nationale, religieuse, politique…) et d’y voir une partie de votre identité, libre à moi de refuser de faire de même, et de refuser qu’au nom de votre identification à un collectif donné (nation, patrie, congrégation, syndicat…) vous veniez empiéter sur ma liberté et m’imposer votre point de vue.

Certains libéraux se gargarisent avec l’État de droit, les institutions, la séparation des pouvoirs, la « légitimité démocratique », le « contrôle démocratique », l’indépendance de la justice, etc. Toute cette machinerie dont ils sont très fiers (et qui a sans doute quelques mérites historiquement) n’a pas empêché les Etats et les institutions (nationales et internationales) de devenir ce qu’ils sont : de terrifiantes machines à broyer l’individu, avec prolifération de la bureaucratie, impunité des irresponsables institutionnels, spoliation généralisée, atteintes continuelles aux libertés et à la propriété. Alors ils préconisent aux mécontents de « voter avec leurs pieds », comme si les Etats étaient des copropriétés d’où l’on pouvait facilement déménager en cas de désaccord, et comme si ces Etats étaient les propriétaires ultimes du territoire où ils résident…

Le libertarien conteste les notions d’intérêt général, de biens publics, constructions ad hoc qui servent à justifier l’oppression. Est récusée aussi l’idée de nation, de volonté populaire, de cohésion sociale, de « vivre ensemble », de projet commun, de progrès social, sans tomber dans un atomisme social (reproche habituel si facile), puisque le libertarien est en faveur de toute association volontaire.

La tâche du libertarien de mon point de vue n’est pas d’entrer dans le jeu politique normal et de chercher à être élu. Il n’a pas de modèle de société de rechange à proposer, mais il exerce une fonction critique à l’égard de la chose politique, en montrant comment toute action étatique est immorale, car fondée sur le vol, la coercition, les privilèges accordés à quelques-uns aux dépens de tous les autres. En abandonnant la politique politicienne au bénéfice de la philosophie politique et de l’économie politique, il peut ainsi espérer élever le « niveau de conscience » (désolé d’employer une expression aussi « New Age ») de la population en dénonçant l’imposture politique. Appliquer la loi du plus fort indépendamment de toute éthique, fût-ce au travers de la démocratie, c’est céder à la facilité : rien ne la justifie, ni la théorie des biens publics, ni la fiction de l’intérêt général.

Au plan collectif, le libertarisme est un abolitionnisme : il « suffit » en théorie d’abolir les législations liberticides, c’est-à-dire 99 % des lois, alors que la tendance est au contraire à l’empilement législatif, au bénéfice direct des politiciens, juristes, lobbyistes, assistés, groupes de pression et minorités tapageuses, etc., sans parler du capitalisme de connivence qui a pris une ampleur démesurée de nos jours (la PME du coin peut bien crever sous les charges, mais il faut sauver telle grande entreprise ou telle banque au nom de l’intérêt national, ce cache-sexe de la corruption cleptocratique).

Au plan individuel, le libertarien peut rechercher un affranchissement personnel, en usant du « droit d’ignorer l’Etat » et du passivisme. Quelques outils existent : on peut quitter la Sécu (en France), utiliser Bitcoin, faire jouer la concurrence à tous les niveaux, pratiquer l’agorisme, la désobéissance civile, etc., mais on est encore loin du compte pour ce qui est des moyens disponibles.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Quand on n’a pas de principe directeur, de philosophie politique, c’est l’émotionnel qui domine, et l’on est pris au piège d’illusions telles que la nation, les acquis sociaux, le progrès social, la justice... C’est ce qui se passe en politique française, où il n’y a plus d’idées, que de l’émotionnel et des querelles de personnes. Le cycle interventionniste a été bien décrit par les libertariens : il y a un « problème » à résoudre, d’où une intervention étatique, qui créera d’autres problèmes dans une spirale sans fin. Tout cela est absurde, sauf pour les politiciens qui y trouvent leur raison d’être, car « l'art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l'enfumage des victimes » (corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember).

Je suis donc sorti, bien péniblement car rien ne vous y aide (surtout quand vous êtes un produit des « Grandes écoles » à la française), de toutes les illusions étatistes, sans pour autant tomber dans un utopisme libertarien (pas de Matrice de rechange quand vous êtes sortis de la Matrice). La clé a été pour moi le postulat de la volonté individuelle, et le critère du consentement appliqué à tous les rapports sociaux. La critique libertarienne montre que le roi est nu, qu’on n’a pas besoin de lui, que le mensonge et le vol ne changent pas de nature parce qu’ils ont reçu l’onction politique ou étatique. Le libertarien a pour vocation de devenir le poil à gratter du conformisme politique (y compris libéral).


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Je me réclame de la philosophie transcendantale (celle qui part du primat de la conscience) et du volontarisme, dans le sillage difficile de Spinoza, Kant, Schelling et Schopenhauer. L’avantage et en même temps le défaut d’une telle philosophie est qu’on se place dans l’intemporel, on néglige un peu les théories évolutionnistes parce qu’on a tendance à penser qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil »…

Il me faut citer Max Stirner, qui dénonce l’Etat comme nouvelle divinité, ancrée davantage dans les têtes qu’établie dans les faits ou légitimée par ses succès. La royauté de droit divin et l’assertion que « tout pouvoir vient de Dieu » ont laissé des traces, on a juste remplacé le roi par la nation, tout cela pour aboutir à une oppression bien pire que sous l’Ancien régime. Il y a encore des gens qui croient que tout ce que fait l’Etat est bien, puisque cela résulte de la « volonté générale » ! Ou que l’Etat a une vision à long terme, qu’il est indispensable pour fournir tel service dit « public », voire qu’il est la source de toute civilisation et de tout progrès...

Arthur Schopenhauer, plus connu comme métaphysicien (offrant un trait d’union unique entre Occident et Orient), établit un lien fort entre métaphysique, éthique et politique. La politique n’est plus alors que la façon d’assurer la coexistence des volontés individuelles, en imposant le principe de moindre agression, chaque volonté étant respectable dès qu’elle n’en agresse pas une autre. D’où déjà la critique du paternalisme étatique, tout autant que du collectivisme (que Schopenhauer dénonce chez Hegel de façon prémonitoire !). On aboutit à des positions assez proches de celles de Rand ou Rothbard, en partant de postulats diamétralement opposés (réalisme empirique kantien au lieu du réalisme aristotélicien).

Après cela, les libertariens du XXe siècle, Rothbard, Friedman, Rand, etc., n’ont fait que développer à l’extrême et de façon systématique ce qui était déjà en germe au XIXe siècle, décrit par Bastiat (ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas) ou Molinari (l’Etat comme producteur monopolistique, très inefficace, de sécurité). Avec le temps, je crois davantage à une société multiculturelle et multi-juridique à la Friedman qu’à une société où règnerait un « droit naturel » uniforme à la Rothbard.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

Outre la triade classique liberté, propriété, responsabilité : autonomie, dépassement, lucidité.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

C’est peut-être le livre de Pascal Salin, Libéralisme (2000), celui qui m’a le plus efficacement ouvert les yeux. « Encore un livre politique, donc arbitraire, partisan et sectaire » m’étais-je dit en l’ouvrant, plutôt sceptique. Mais non, tout au long du livre on applique une seule logique, la logique de la liberté, et une extraordinaire cohérence s’en dégage ! On est très loin des ouvrages politiques habituels, écrits par les politiciens, leurs nègres ou leurs épigones, où les intentions généreuses cachent sous de belles phrases la coercition et la dictature molle nécessaires pour faire appliquer les idées.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

Il y aurait des dizaines de citations toutes aussi valables les unes que les autres…

- Il ne faut pas que le peuple s'attende à ce que l'État le fasse vivre puisque c'est lui qui fait vivre l'État. (Frédéric Bastiat)

- Ils veulent être ''bergers'', ils veulent que nous soyons ''troupeau''. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. (Frédéric Bastiat)

- L’État est le maître de mon esprit, il veut que je croie en lui et m’impose un credo, le credo de la légalité. Il exerce sur moi une influence morale, il règne sur mon esprit, il proscrit mon moi pour se substituer à lui comme mon vrai moi. (Max Stirner)

- L'État, c'est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le Peuple. » (Friedrich Nietzsche)

- Il n'y a point d'alchimie politique à l'aide de laquelle on puisse transformer des instincts de plomb en une conduite d'or. (Herbert Spencer)

- L'État n'est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive cette bête carnassière, l'homme, et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore. (Arthur Schopenhauer )

- Pour un libéral, l'État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. (Patrick Smets)


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

 

L’Europe est bien avancée sur la route de la servitude hayékienne, et la Suisse, trahie par ses élites, court derrière elle avec quelques années de retard. Comme on pouvait s’y attendre, le problème du surendettement étatique a été réglé partout non par l’austérité ou la réduction du périmètre étatique, mais par la planche à billets. Tout le monde sait que ça finira très mal (d’où le marasme actuel où cet effondrement de la société est inconsciemment pressenti) mais on ne sait pas quand l’écroulement aura lieu, ni si ce sera uniquement pour des raisons économiques (faillite générale) ou socio-politiques (dictatures nationales ou supranationales, fanatisme nationaliste ou révolutionnaire, expansion du totalitarisme islamique…).

La gangrène étatique s’étend aujourd’hui sur toute la société, et quasiment tous les domaines d’activité sont touchés. Quelques exemples dans des domaines auxquels je m’intéresse. La santé, avec une sécurité sociale de type soviétique en France, et crypto-soviétique en Suisse avec la LAMal, qui interdit de s’assurer hors de Suisse (alors que même en France c’est possible) ! L’enseignement public, à la fois uniformisé dans sa partie obligatoire (promotion des cancres et rabaissement des doués) et prébendaire dans sa partie universitaire, déconnectée de l’économie (avec des matières qui ne servent qu’à faire vivre le professeur qui les enseigne). La science, que l’on aurait pu croire objective et détachée de la politique, est en fait une science étatisée, où prolifèrent les gaspillages et les fromages (changement climatique prétendument d’origine anthropique, projets inutiles et pharaoniques comme ITER, théories-fromages qui ne servent qu’à donner une occupation aux scientifiques, comme la théorie des cordes en physique, sciences dites « sociales », etc.).


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?


Je rappelle l’existence de mon livre gratuit Faut-il avoir peur du libéralisme ?, qui est une description assez équilibrée du libéralisme, mais qui sera jugée extrémiste si l’on est étatiste, et trop modérée si l’on est libertarien.

Je publie en 2016 un petit livre « La pensée bouddhiste » (son titre d’origine : « Métaphysique bouddhique » a été jugé trop rebutant par l’éditeur, Almora…) où j’essaie de combattre pas mal d’idées reçues sur cette philosophie, qui est la mienne, au travers du prisme de la philosophie transcendantale occidentale.

Je soutiens l’initiative suisse « monnaie-or » (ex « franc-or ») qui vise à mettre en circulation une monnaie parallèle reposant sur l’or. Un des critères permettant de reconnaître un Etat vraiment libéral (on en cherche toujours !) serait celui d’une liberté monétaire complète (autres critères : non pénalisation des crimes sans victimes ; Etat géré comme une entreprise ; liberté d’expression absolue).

Enfin, je plaide pour des débats libertariens où l’on éviterait autant que possible des sources de dissension classiques, qui sont de deux sortes : éthiques et métaphysiques. Ethiques : vous avez le droit de soutenir n’importe quelle éthique (conservatrice, écologique, solidariste…) du moment que vous ne cherchez pas à l’imposer à autrui (excepté quand il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression). Métaphysiques : vous ne devriez pas utiliser des arguments métaphysiques dans un débat libertarien, qu’il s’agisse de la « loi naturelle », de Dieu, de la providence (Bastiat !), du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau !), de la dignité humaine (Kant !) ou même (plus subtil) du libre arbitre ou d’une quelconque « nature humaine ». De telles hypothèses risquent d’affaiblir votre argumentation (sauf avec ceux qui partagent les mêmes conceptions) et de mettre un terme au débat, ce qui est dommage car on peut parvenir à des conclusions libertariennes identiques à partir de postulats très différents.



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26/05/2015

Entretien avec des libertariens - João Manuel Salvador



Je m'appelle João Manuel Salvador, 24 ans, et j'habite à Luanda en Angola, juste à coté de l'océan Atlantique. Actuellement, je suis étudiant en sciences économiques en 1ère année. Pour tous ceux qui on connu l’Angola et l’Afrique en général, j'ai pris l'habitude de prendre du11265364_481398932016173_8387950128493630875_n.jpg fufu et du nfumbua, et un peu de maluvus. Voilà, c’est tout ce que je peux dire sur moi.

AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Le libertarianisme est une philosophie politique prônant un libéralisme jusnaturaliste ou utilitariste, qui fonde ses piliers sur la liberté individuelle et le principe de non-agression comme principes moraux fondamentaux du droit naturel.

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Eh bien, de l’anarcho-capitalisme (pas d'Etat). Je considère donc que les pouvoirs de l’État devraient être supprimés, à terme, mais pas en supprimant quoi que ce soit. Les services de l’État seraient probablement, graduellement remplacés par des services privés et, in fine, il n’y aurait plus d’État (plus de monopole) puisqu’il n’aurait plus de travail à offrir.

En effet, l'Etat n’est autre chose qu’une organisation de personnes parfaitement normales, sans la moindre compétence particulière, qui cherchent juste à obtenir un monopole sur la violence légale sur un territoire donné. L’Etat n’est pas la société et par conséquent la société n’a pas besoin de l’État pour exister. Puisque c’est l’État qui succède à la société, et que l’État ce ne sont que des personnes normales, TOUT ce que fait l’État peut aussi être fait par d'autres formes d'organisation.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je considère le libertarianisme comme étant d'abord une morale individuelle, et ensuite une philosophie de la vie en société, dérivée de cette morale individuelle. Le libertarianisme m’inspire juste que chacun doit être libre de faire ce qui le rend heureux. Si je suis heureux dans ma yourte au milieu de nulle part, que je veux qu’on me laisse en paix, je ne compte pas empêcher les autres de vivre leur vie. Bref, que les gens fassent ce qu’ils veulent tant qu’ils font pas chier aux autres. Tu te mêles de ce qui te concerne, idem pour moi. Tu ne dois pas me dicter ce que je vais faire, et je ne te dicterai pas ce que toi tu feras. C’est bien, en résumé, ce que je peut conclure du libertarianisme.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ?
As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Mystère, mystère de la mondialisation. J’étais de gauche, mais, évidemment, avec peu de culture. En tout cas, c’est grâce à internet que j'ai connu le libertarianisme et ait décidé d'y adhérer entièrement.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Eh bien, il m’est par conséquent tout à fait impossible de citer toutes les personnes et toutes les influences qui ont marquées mon apprentissage et envers qui j’éprouve une profonde reconnaissance. J’ai eu le bonheur de profiter d’innombrables discussions, échanges, orientations, avec un grand nombre de libertarien sérieux et cultivés, qui m’ont aidé à former mes propres idées, et surtout à se faire plus confiance à soi-même plutôt qu’à compter sur les autres. Dont, en l'occurrence : Antoine Conforti II (bien qu’il ne soit pas libertarien), Stefan Metzeler, François-René Rideau (Faré), Gidmoz Gdm, Frédéric Jollien, Roberto Fucile, etc.

Pour les auteurs, il y a Bastiat, Ludwig von Mises, Hayek, Adam Smith et enfin pour conclure, le professeur Rothbard.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

L'amour, peut-être? L’amour est bien galvaudé de nos jours. Le respect, peut-être ? Oui, c'est la seule valeur qui puisse exister : le respect des autres humains dans leurs droit à être eux même et non ce qu’on voudrait qu’ils soient.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’ai pas lu beaucoup de livres libertariens, mais en tout cas, c’est le professeur Murray Rothbard et son « Ethique de la liberté » qui m’a totalement convaincu de par la clarté et cohérence de sa pensée.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

«  On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. »

- Pascal Salin

« Ce n'est guère exagéré que de dire la chose suivante : un État ne fonctionne correctement que s'il est composé exclusivement de saints, et une anarchie n’échoue que si elle est peuplée exclusivement de démons. »

- David Friedman

« La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors. »

- Georges Brassens

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Angola et en Afrique ?

Un désastre. Aussi longtemps que les Africains n’auront pas compris que l’État n’est pas leur ami, aucune autre alternative ne sera possible. L’Afrique fait partie des continents le plus pauvres du monde et pour se débarrasser de cette pauvreté l’Afrique doit adopter une politique strictement libérale. Pour commencer : commerce libre, facilitation à créer des entreprises, garantie de la propriété, protection des personnes, et liberté de contrat. Sans cela, rien n’est possible.

Les Africains ont un immense avantage, ils savent déjà ce qui marche (précisément en Europe et en Amérique) et ce qui ne marche pas. Probablement qu'ils peuvent ne copier que les bonnes choses et rejeter les mauvaise. Sur ce point, la Suisse serait un bon exemple. Ils doivent comprendre que les ressources c'est la production humaine, ce ne sont pas les matériaux dans le sol, mais ce que produit l'activité humaine.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Angola et en Afrique ?

En Afrique ? Au moins au Maroc, mais je ne suis pas suffisamment renseigné concernant les autres pays. Pour ce qui est de l’Angola, pas encore. C’est vraiment une philosophie qui est très combattue par le gouvernement angolais, mais nous tenons à nos projets de façon à faire connaître à tous les Angolais que l’instauration du libertarianisme serait une délivrance.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais faire comprendre aux Africains que l’État n’est pas leur ami : l’État Père-Noël, c'est la seule maladie grave que l'on n'ait pas d'abord expérimentée sur les animaux.



 

 

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25/05/2015

Entretien avec des libertariens – Jean Level



Jean Level, 24 ans, est lillois depuis toujours, élevé au Welsh et perfectionné à la bière. Il est coordinateur local d'European Students For Liberty pour le Nord de la France et poursuit des études de médecine. Sa couleur préférée est le noir et il est un danseur de rock amateur mais passionné.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

C'est très compliqué de trouver une et une seule définition, mais actuellement j'ai un faible pour « laisser chacun faire ce qu'il veut avec ce qu'il a ». Ce qui rend nécessaire de définir « ce qu'il a ». Pour moi ça serait : « son corps ainsi que ce qu'il a obtenu par son travail ou via un échange volontaire ».


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche
et pourquoi ?

 

Sans que ça soit réellement un courant en tant que tel, je suis clairement anarchiste. En fait, je suis intimement persuadé que tout monopole sera avant tout influencé par ceux qui en ont les moyens afin d'en tirer avantage, qu'il ne peut pas être au service des faibles. Cela dit, si demain on me proposerait de connaître, de mon vivant, un pays réellement minarchiste, je signerais tout de suite.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Le respect de la personne et de la propriété d'autrui est une éthique de vie. Cette éthique, si elle partagé par suffisamment de gens, deviendra quelque chose de rentable électoralement parlant. C'est ce jour là qu'elle deviendra un vrai projet politique.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

J'ai toujours eu une conscience politique, centrée sur la question : « Que faire pour les plus fragiles, les plus pauvres ? ». Je suis passé par de nombreuses versions de l'étatisme, y compris le communisme, mais mes premières opinions sérieuses et argumentées étaient sarkozistes, pendant son mandat. Avec le même problème à chaque fois : toute réglementation semblait avoir des conséquences néfastes, et légiférer pour y remédier créait de nouveaux ennuis. J'ai trouvé que Sarko partait sérieusement en cacahuète en fin de mandat, particulièrement pendant sa deuxième campagne. J'ai alors pris ma carte à l'Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), sans grand enthousiasme, presque par dépit, sans trouver la solution, les lois miracles, qui permettraient de sortir du cercle vicieux.

Et puis est arrivé le mouvement des « Médecins Pigeons », dans lequel je me suis engagé corps et âme, avant que mon enthousiasme ne retombe progressivement quand j'ai compris que contrairement à ce que je pensais, nos revendications corporatistes étaient nuisibles aux patients, en particuliers les plus pauvres. C'est à ce moment-la que sur le mur Facebook de ce mouvement je suis tombé sur un article de Contrepoints, site que j'ai ensuite dévoré pendant des journées et des nuits complètes. C'était une révélation : si de nouvelles lois sont toujours sources de problèmes, alors en supprimer des anciennes devrait permettre d'en résoudre un paquet. Depuis c'est un leitmotiv.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Je suis un grand admirateur de Martin Luther King, tant pour ses convictions que pour sa manière brillante de les défendre. En parallèle, je regarde tous les entrepreneurs comme autant de leçons de vie et de courage, des porteurs d'un projet pacifique basé sur les intérêts convergents ; s'ils ne vont pas à la course aux subventions évidemment.

Globalement, je considère aussi comme une source d'inspiration toute personne qui arrive à vivre de sa passion, tant que ces moyens de subsistance ne sont pas issus de la coercition.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

La Liberté, bien sûr. La tolérance aussi : savoir ne pas aimer certaines opinions, savoir le dire, savoir militer contre elles, mais sans jamais chercher à les faire interdire. Et puis enfin, l'intégrité, la reconnaissance que la fin ne justifie pas les moyens, mais qu'au contraire les moyens influencent, voire peuvent pervertir la fin.


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''Le libéralisme raconté pour que nos enfants vivent libres'', de Jean-Marc Paturle, préfacé par Pascal Salin. Sa puissance naît de sa simplicité, de sa légèreté. Un livre à mettre en toutes les mains, tant qu'elles sont commandées par un esprit ouvert.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« Quand l’achat et la vente sont contrôlés par la législation, les premières choses qui s’achètent et se vendent sont les législateurs. »

PJ O'Rourke

Elle parle d'elle-même.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

La France va dans le mur, et elle y va joyeusement. Plus elle s'en approche, plus elle accélère, car pour les Français tout problème doit être résolu par plus d’État. Je suis assez optimiste quant à la capacités des libertariens à convaincre de plus en plus de monde, mais beaucoup plus mesuré quant à notre capacité à le faire assez vite pour inverser le mouvement.

L'Europe, prise en tant que supra-Etat, cherche à devenir une super-France, un monstre bureaucratique qui sera d'autant plus nuisible qu'il sera éloigné des populations. Les raisons d'espérer résident dans des pays comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne, dont j'espère qu'ils sauront la faire exploser à temps, sans pour autant entraver d'avantage la libre-circulation.

J'espère également de tout cœur que les Suisses sauront résister aux volontés politiques d'accroître le pouvoir de l’État chez eux.


AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?


Le mouvement libertarien fait ce qu'il peut en France. Il grandit, et vite, mais il part de peu de choses, malgré le travail formidable de ceux qui ont réussi à le faire survivre à une époque où c'était encore plus difficile qu'aujourd'hui. J'ai l'impression que ma génération a une vraie carte à jouer, mais je suis loin d'être objectif !


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Oui, une annonce :

Tu es étudiant (ou tu le seras l'an prochain), passionné de Liberté, et tu veux te battre pour elle tout en rencontrant des gens fabuleux et en développant des compétences qui te seront toujours utiles ? Rejoins la grande tente European Students For Liberty, rejoins des jeunes de toute l'Europe, brillants et animés par la même flamme que toi !
Pour tout renseignement n'hésite pas à demander mes coordonnées à l'auteur du blog ! 

 

 

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24/05/2015

Entretien avec des libertariens – Cédric Chervaz



Cédric Chervaz a 27 ans et vit à Collombey, dans le canton du Valais. Il est membre du comité des Jeunes Libéraux-Radicaux (JLR) du Chablais, président de la section des JLR de Collombey-Muraz, membre de la commission Formation Professionnelle de Collombey-Muraz, et candidat pour le Conseil National sur la liste des JLR du Bas-Valais. Professionnellement, il travaille comme stagiaire dans le segment Wealth Management chez UBS SA à Sion, après avoir terminé des études d'économie d'entreprise (Bachelor à la HES-SO de Sierre et Master à la HEG de Genève). Durant ses études, il a travaillé dans un bar à vin à Monthey et a effectué quelques mandats de consulting pour de petites entreprises. Son signe astrologique est Lion, sa couleur préférée est le bleu et son animal-totem est le chat. Il est en outre un véritable amoureux de la musique (classique et classique contemporaine en particulier), ainsi que de la littérature.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Il est difficile de donner une définition claire et arrêtée du libertarianisme. Tout d’abord je n’apprécie pas ce terme, même si je comprends son utilité. En effet, les mots sont de plus en plus vidés de leur acception et employés à tort, sans compter que leur sens n’est pas le même selon le lieu ou l’époque (voyez les définitions que certains – voire la plupart – donnent à l’individualisme, au libéralisme, etc.). Il y a en outre plusieurs courants au sein du libertarianisme ; je ne les connais pas tous en profondeur. Si je devais toutefois le définir, je dirais que c’est une philosophie du droit qui place au centre de ses préoccupations l’individu et la liberté. Pour cela, la question de la légitimité et de la propriété est essentielle.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne saurais pas citer et décrire tous les courants du libertarianisme, sans compter que bon nombre de libéraux ne sont pas d’accord sur les classifications. J’évolue au fil de mes lectures, de mes rencontres et de mes réflexions. J’ai par exemple longtemps été minarchiste. Actuellement, mon regard se tourne volontiers vers l’Autriche, et j’ai particulièrement apprécié l’anarcho-capitalisme de Rothbard.


3. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

C’est à mon sens d’abord un projet politique. Avant de pouvoir construire son éthique de vie, encore faut-il pouvoir le faire. La liberté n’est pas une valeur : c’est la condition préalable à toutes les valeurs. Sans liberté, pas d’éthique. Sans liberté, pas de morale, qui n’est que la recherche personnelle du bien. Sans liberté, pas de solidarité. Il n’y a pas d’éthique si l’on n’est pas libre d’exercer la pleine possession de sa propre personne. Mais le libertarianisme n’est bien entendu pas suffisant pour être une éthique de vie à lui seul. Il fixe un cadre dans lequel la recherche de l’éthique est possible.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Je n’ai pas toujours été libéral. Adolescent, je suivais mon père dans ses activités politiques. Il était démocrate-chrétien et je ne trouvais rien à redire à cela. Rothbard disait : « L’erreur essentielle de la conception grecque classique […] consistait à confondre la politique et la morale, puis à considérer l’État comme l’agent moral suprême de la société. » Je faisais mienne cette erreur héritée de la Grèce antique : comment les Hommes pourraient vivre sans État, sans garant de la morale ? Sans institution dépositaire de l’ordre public, pensais-je, nous vivrions dans un monde déliquescent.

Il faut dire que peu nombreux sont les discours qui remettent en question cette manière de penser. Lors de mes études, par exemple, nous avions longuement abordé Keynes et Smith, et très brièvement Friedman (et encore, que pour son monétarisme). Le reste était recouvert d’un voile d’oubli. Le sens que le public donne aux mots a également joué un rôle dans ma découverte tardive de cette philosophie. "Le libéralisme ? Quelle horreur !", disent tous les professeurs et les médias. Et de prendre en exemple les États-Unis, la France de Chirac ou Sarkozy, etc. : bien peu de libéralisme là-dedans pourtant.

Puis, presque par hasard, Bastiat est venu me chatouiller le cerveau avec ''Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas'', que j’ai dévoré. J’ai ensuite découvert d’autres auteurs, d’autres articles et j’ai rencontré d’autres personnes avec qui j’ai pu débattre de mes positions et les affiner. J’ai eu le bonheur de lire von Mises, Say, Friedman, Rand, Spooner, etc. Ayant rédigé mon travail de Master sur la monnaie, j’ai pu lire nombre d’auteurs de diverses obédiences : que ce soit sur le rôle de la monnaie, les réflexions sur la valeur, sur les cycles économiques, ou sur son fonctionnement : tout donnait raison à mes autrichiens préférés plutôt qu’aux économistes mainstream.

La curiosité a fait le reste : plus on dénigrait la philosophie qui était désormais mienne, plus j’allais me documenter par crainte d’être trop « extrême ». Finalement, ce sont les contempteurs de la liberté qui m’ont le plus rapproché d’elle !


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

J’ai une petite émotion pour Frédéric Bastiat, comme il était le premier que j’ai découvert. Également, il est la preuve que la vraie question n’est pas de savoir si l’on est de gauche ou de droite, mais de savoir si l’on est libéral ou étatiste.

J’ai apprécié Ayn Rand, avec son ''Atlas Shrugged''. Il est bon de le lire en ces temps où beaucoup veulent de l’égalitarisme, du nivellement, où les socialistes pestent contre les riches et invoquent la redistribution, le bien commun ou l’égalité. Ayn Rand nous montre que le monde n’est pas peuplé que de John Galt ou de Dagny Taggart, mais que nous sommes majoritairement des Eddie Willers. Ayn Rand montre que nous sommes tous dans une communauté de destin et que de mettre à l’index ceux qui réussissent péjore la situation de tout le monde.

Il y a bien entendu les auteurs importants que tout libéral connaît, mais peu de politiques actuels : ceux-ci n'émettent que des revendications sur les autres.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

La première est la tolérance, puisqu’il est nécessaire pour un libéral d’accepter qu’il y ait d’autres manières de vivre ou de penser. Cela ne veut pas dire qu’il faille être d’accord avec tout ; cela veut seulement dire que si l’autre respecte ma propriété il convient de le laisser tranquille avec sa manière de mener sa vie. Ensuite, la curiosité me semble importante, de même que la solidarité. Je ne cite pas la responsabilité, qui n’est que le corollaire de la liberté.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

''L’éthique de la liberté'', de Murray Rothbard. Cela fait cliché de le citer, mais c’est un livre « coup de poing ». Ce livre a participé à me faire quitter le minarchisme.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

Il y en a tellement qui mériteraient d’être citées. Comme nous devrons bientôt voter sur l’impôt sur les successions, je choisis une citation de Charles Monnard : « On ne peut légitimement recevoir que ce qui vous est transféré volontairement par un propriétaire légitime. Tout le reste est violence et ne peut être que violence. La politique sociale, c’est donc la guerre des uns contre les autres. »

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Ma perception sur la situation est pessimiste. On voit, un peu partout, des attaques répétées et vigoureuses contre les libertés individuelles. On voit des chefs d’État s’allier pour la liberté d’expression et emprisonner ou amender des gens le lendemain car ils ont dit ceci ou cela. On voit des dérives sécuritaires. On voit des chefs d’État s’offusquer de ce qu’il soit possible que les gens puissent communiquer sans que l’État puisse mettre son nez dans ces échanges. On vote régulièrement sur des sujets qui ne sont que des revendications sur autrui, ou qui n’ont que comme but de permettre à l’État de s’occuper de morale et, par là, de dire au citoyen comment il convient de vivre sa vie. On voit de plus en plus de citoyens se polariser à droite ou à gauche de l’étatisme et réclamer plus d’État pour réparer les catastrophes que celui-ci produit, chacun s’accusant de tous nos maux.

Tous ces points et bien d’autres ne vont que dans un seul sens, même de manière indirecte : le mépris de la plus petite minorité qui soit, l’individu.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Nous ne devons plus aller dans la voie délétère que les « socialistes de tous les partis » nous proposent. Posons-nous la question de la légitimité de l’État, ou des objets de votation auxquelles nous prenons part. Qui sommes-nous pour décider de la manière dont les autres doivent vivre ? Qui sommes-nous pour demander un traitement de faveur aux dépens des autres ? Rappelons-nous qu’une loi, simplement parce qu’elle est décidée par la majorité, n’est pas légitime si elle nie la propriété de ne serait-ce qu’un individu. Lisons, soyons curieux, remettons tout en question.


 

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23/05/2015

Entretien avec des libertariens – Rémy Poix

 

Je m'appelle Rémy Poix, j'ai bientôt 34 ans, et déjà deux enfants de 9 et 11 ans (père isolé), et j'habite à Gaillac (en région Midi-Pyrénées). Je suis artisan du bâtiment (auparavant, artisan brasseur de bière bio), et je suis en train de monter un dossier pour reprendre un cursus universitaire : j'espère pouvoir rentrer en master de géographie rurale et agricole à la rentrée prochaine.

Je suis un grand calme, à qui réussit tout ce qui est stimulant et tonifiant : thé, maté, guarana et piment très fort ; j'écoute également du hardcore et du métal pour me motiver, et toutes sortes de musiques bien rythmées et aux tempos rapides (à mes heures perdues je joue d'ailleurs également de la guitare ou de la basse).

Très solitaire et longtemps insociable (je suis un ancien schizophrène à qui le cannabis n'a pas réussi), j'ai toujours été très « non-conformiste », tout en n'ayant jamais pu m'affilier à un quelconque groupe sociologique : j'ai toujours été un « inclassable ». Qui plus est non fumeur, j'ai tendance à fuir la foule et à préférer les petits comités, et je passe beaucoup de temps à lire ou à débattre virtuellement sur des blogs, des forums ou des réseaux sociaux.

J'ai longtemps pratiqué le roller dans ma vie étudiante, mais aujourd'hui je pratique plus volontiers le bodyboard ; la couleur des vagues est d'ailleurs ma couleur préférée, et la puissance des vagues (et des tsunamis et autres inondations) m'a toujours fasciné ; réussir à l'apprivoiser est un plaisir sans fin.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Le libertarianisme est une philosophie de l'entière liberté. C'est une philosophie complète, logique, qui considère la liberté à la fois comme principe, comme fin, et surtout comme moyen (puisque que la liberté ne peut jamais être imposée).

« La liberté, toute la liberté, rien que la liberté » : tel pourrait être selon moi le meilleur slogan du libertarianisme.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je suis anarcho-capitaliste. Plutôt utilitariste, tel David Friedman, jusqu'à maintenant, mais ma pensée évolue désormais de plus en plus vers le jusnaturalisme de Rothbard (que je n'ai pas encore lu mais ça ne saurait tarder). J'ai toujours été anarchiste, donc lorsque je suis devenu libertarien ça a été directement en passant par la case « anarcho ».

Je me considère également comme un catallarchiste : je pense que l’État est une émanation naturelle de l'humain, et que l'existence de l’État peut tout à fait être déduite de l'individualisme méthodologique. Cependant, l'existence de l’État dépend de certains facteurs sociaux et économiques externes, autrement dit : l’État existe dans certaines conditions socio-économico-géographiques particulières ; et donc il peut aussi, par voie de conséquence, ne pas exister sous d'autres conditions socio-économico-géographiques particulières. Pour cela il faut que la société atteigne une certaine « maturité », un certain équilibre entre les capacités de circulation de l'information et les capacités de circulation des ressources, le tout dans un espace géographique stable. J'y reviendrai.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Le libertarianisme est une éthique globale, celle du laissez-faire et de la non-intervention, qui s'applique à tous les domaines. Ce n'est d'ailleurs pas le libertarianisme qui m'a amené à cette éthique, au contraire, c'est par la découverte de cette éthique, au départ en agronomie - plus précisément en étudiant le fonctionnement évolutif spontané des écosystèmes - que j'ai pu intégrer mentalement ce « paradigme » du laissez-faire, avant de l'appliquer à tous les domaines de la vie, dont la politique et l'économie, et donc de devenir pleinement libertarien (c'était d'ailleurs l'objet de mon article paru dans Libres!!).

En cela le libertarianisme n'est pas un choix politique que j'ai fait ; c'est une éthique que j'ai acquise, une maturité intellectuelle que j'ai atteinte. Il m'a simplement fallu reconnaître ensuite objectivement, un jour, que j'étais effectivement devenu un libertarien.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Très à gauche, écolo et proche des Verts et des objecteurs de croissance, j'ai commencé mon parcours anarchiste à l'adolescence, où j'ai notamment beaucoup été influencé par Proudhon. Très vite je suis donc devenu un « anarcho-mutuelliste », bien qu'encore un peu moins « constructiviste » que Proudhon, en voyant ce projet politique davantage comme un engagement individuel, comme un ensemble de préférences individuelles en tant que consommateur ou travailleur, plutôt que comme un projet politique. Puis, j'ai eu des expériences du monde du travail, et notamment un échec d'entreprise artisanale, qui m'ont poussé à creuser davantage la compréhension du domaine économique, en même temps que la pratique agronomique m'apportait ce changement de paradigme susmentionné. La lecture de « Studies in mutualist political economy » de Kevin A. Carson m'a permis la transition vers le libre marché libertarien ; celle de David Friedman, ainsi que de nombreux et riches débats avec des libertariens francophones sur des groupes de discussions Facebook, ont ensuite achevé de me convaincre du bienfait radical de la liberté et de la valorisation absolument incontournable de la propriété individuelle.

Politiquement parlant je ne considère pas vraiment nécessaire de défendre le libertarianisme en tant que tel ; je pense que la société libre sera acquise par effondrements successifs des pouvoirs politiques, qui devront abandonner progressivement leur interventionnisme, par la force des choses, à cause de la faillite inévitable de ce système. Mon approche politique est davantage celle de l'agorisme de Samuel Edward Konkin III : l'affranchissement individuel de la tutelle de l’État, le travail et le marché au noir, l'organisation libre des acteurs économiques, le refus au maximum des impôts et autres cotisations obligatoires, etc. Je pense notamment qu'internet sera pour beaucoup, à l'avenir, dans l'affranchissement des individus face à la tutelle de l’État : consciemment ou inconsciemment, des gens - de droite comme de gauche - s'affranchissent tous les jours un peu plus de cette tutelle en s'y informant, en s'y organisant, en s'y regroupant ou en y valorisant des initiatives et des innovations spontanées du marché.

Internet est pour moi l'outil principal et décisif de la catallarchie, dont je pense qu'elle pourrait advenir en Europe et dans le monde avant la fin du XXIème siècle : internet permet ainsi à la société de faire passer les capacités de circulation de l'information au dessus de ses capacités matérielles de circulation des ressources, et ainsi d'obtenir une prévalence de l'organisation spontanée et subsidiaire sur l'organisation autoritaire et centralisée. Parce qu'il ne s'agit pas simplement de vouloir se passer de l’État, encore faut-il également et surtout disposer des capacités techniques et sociologiques qui permettent de le faire. L’État ne peut pas disparaître d'un coup de baguette magique, il ne peut disparaître qu'à long terme, du fait d'évolutions des capacités techniques et sociologiques, qui ne dépendent certainement pas d'un individu ou d'un petit groupe d'individus. Pour pouvoir se passer de l’État, il faut pouvoir disposer de moyens concrets qui permettent de le surpasser en matière de sécurité ; de le concurrencer sur son propre terrain, qu'il ne domine actuellement que par l'intimidation, au même titre que les autres mafias.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'ai beaucoup d'admiration pour Jared Diamond, grand évolutionniste, physiologiste et géographe étasunien, qui a notamment beaucoup étudié l'évolution des sociétés humaines depuis la préhistoire jusqu'à nos jours. Il est lui aussi pour beaucoup dans mon passage du mutuellisme au libertarianisme, puisque c'est par la compréhension des principes et des réalités des thèses évolutionnistes, que j'ai pu acquérir les bases de l'individualisme méthodologique et changer ainsi de paradigme, tout en comprenant que le fonctionnement humain, et donc celui de l'économie, pouvaient relever d'une véritable science, et donc ne pouvaient pas relever d'un quelconque constructivisme. Les thèses libérales et libertariennes, à mon avis, sont de toutes façons très liées aux thèses évolutionnistes ; ce n'est pas pour rien si la thèse de Charles Darwin est née dans les milieux libéraux anglais du XIXème siècle : le paradigme de ces deux domaines (l'individualisme méthodologique) est le même.
La lecture de l'ensemble de l’œuvre de Jared Diamond a été pour moi un bouleversement : j'ai pris le temps de lire son œuvre en plusieurs années, afin de l'assimiler correctement. Cet essayiste a littéralement « changé ma vie ».


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Il n'y en a qu'une, l'humilité : l'humilité est la « mère de toutes les vertus », de laquelle découlent toutes les autres.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

Difficile à dire, je n'en ai pas encore lu beaucoup ; j'ai eu beaucoup de débats, j'ai lu beaucoup d'articles et de résumés, mais je n'ai lu pour l'instant que « Vers une société sans Etat » de David Friedman, et « Droit, législation et liberté » de Hayek. Bien évidemment, j'ai pour l'instant une préférence pour le premier ; mais il faudrait au moins que je lise Rothbard et von Mises dans un futur proche.
Mais auparavant je dois d'abord terminer la lecture du dernier essai de Jared Diamond, « Le monde jusqu'à hier » ; c'est important pour moi parce que c'est en lien avec ma théorie catallarchiste : je pense que la société papoue des hautes terres de Nouvelle-Guinée de ces derniers siècles (avant la colonisation occidentale) peut être considérée comme une société catallarchiste, comme une société arrivée à « maturité », relativement à ses conditions socio-économico-géographiques (et de même, je pense que la société européenne de la fin du Moyen-Âge tardif et du début de la Renaissance était une société en voie de catallarchie ; qu'elle serait devenue une telle société, s'il n'y avait pas eu la découverte des Amériques). Et il me semble que c'est justement cette société-là que Jared Diamond s'évertue entre autres à décrire dans cet ultime essai.
Ah si, j'ai bien entendu lu les deux « Libres », versions 1 et 2, puisque j'ai participé au deuxième ; ils sont très bons et exceptionnellement riches de diversité, et en cela décrivent parfaitement les libertariens.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

Il y en a deux que je place sur le même niveau : la première, de Ludwig von Mises, qui permet de comprendre en une phrase ce que les libertariens NE SONT PAS, et de briser ainsi la principale idée reçue à leur sujet :

« Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. »
(L'action humaine)


Et la deuxième, de Frédéric Bastiat, qui permet de comprendre CE QUE SONT les libertariens ; de comprendre la différence entre les deux paradigmes, étatiste (ou socialiste) et libertarien (ou « économiste ») ; la différence entre le paradigme de la peur du chaos et celui de l'ordre spontané :

« La dissidence profonde, irréconciliable sur ce point entre les socialistes et les économistes, consiste en ceci : les socialistes croient à l‘antagonisme essentiel des intérêts. Les économistes croient à l‘harmonie naturelle, ou plutôt à l‘harmonisation nécessaire et progressive des intérêts. Tout est là. »
(Justice et fraternité, in "Pamphlets")



AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je crois y avoir partiellement répondu, avec ma description de la catallarchie ; mais plus prosaïquement, je pense que la situation politique de la démocratie française ne fait que démontrer que l’État – quand bien même il est démocratique – ne peut que continuer à croître, à se développer en taille et en puissance, jusqu'à la faillite. Et les difficultés économiques ne font que pousser les électeurs à réclamer encore plus d’État (d'où la montée actuelle du vote FN), jusqu'à la faillite. Ceux qui dépendent de l’État ne peuvent pas faire autrement ; et ceux qui n'en dépendent pas subissent une concurrence déloyale qui les pousse à réclamer eux aussi de pouvoir en bénéficier ; ainsi chacun est toujours plus poussé à chercher, directement ou indirectement, à « vivre aux dépens de tous ». On cherche individuellement à payer le moins d'impôts possible, et « collectivement » à obtenir le plus d'avantages possibles : ça ne peut que conduire à la faillite.
Et lorsque l’État actuel aura fait faillite (soit globalement, soit sur un secteur particulier qu'il cessera alors d'administrer), il en renaîtra un autre moins gras que le précédent, parce que les gens auront appris par nécessité à moins en dépendre ; ils auront développé des alternatives. Ainsi, par effondrements successifs des entités collectives, l'individu se responsabilisera et s'affranchira progressivement.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

Pas vraiment. Je suis allé à ma première rencontre entre libertariens sur Toulouse, où nous étions 5. C'était très sympa et passionnant, et il y avait sans doute trois ou quatre absents, mais d'un point de vue politique c'est juste ridicule (cela dit j'étais allé dix ans plus tôt à des réunions des Verts sur Toulouse où nous n'étions guère plus nombreux). En tous cas ce n'est pas bien grave, puisque ce sont l'ensemble des initiatives individuelles, des innovations et des transactions libres, que nous défendons ; et en ce sens, tous les individus de ce monde contribuent individuellement, chaque jour, consciemment ou inconsciemment, au marché, et donc à la perpétuation et au développement de ce que nous défendons. Politiquement nous ne souhaitons rien imposer, juste laisser faire ; en ce sens nous ne pouvons rien réclamer de plus que ce que nous ne puissions observer déjà.
La seule chose que nous pourrions réclamer, ce serait la suppression de lois liberticides, des prohibitions ou des extorsions. Mais en même temps, rien ne peut arrêter le marché, puisque le marché est dirigé par la demande ; en prohibant, l’État ne fait que renvoyer le marché à la contre-économie. Donc finalement, en tant que libertariens, notre meilleure place politique est sur le marché, qu'il soit légal ou non. Et ça c'est déjà le cas, et ça ne peut que l'être.
D'ailleurs les plus grandes améliorations au bénéfice de l'individu n'ont jamais été apportées par la politique, elles ont toutes été apportées par le marché. Le marché c'est la liberté ; donc le marché doit être notre principe, notre fin et notre moyen : notre seule cause.




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22/05/2015

Entretien avec des libertariens – Alexis Andres



Alexis Andres a 23 ans et vit à Genève. Il est l'un des co-fondateurs du Parti Libertarien de Genève et a été son premier webmaster. Professionnellement, il est étudiant en systèmes d’information et travaille comme caissier parallèlement à ses études. 


AF. Comment définirais-tu 

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le libertarianisme ?

 

On utilise actuellement le mot « libertarien » dans certaines parties de la francophonie car le mot « libéral » est associé avec des idées qui ne lui correspondent plus. Le mot « libertarien » vient des États-Unis, où le mot « libéral » a subi un glissement semblable, quoique plus marqué, car il désigne désormais ceux que nous appelons socialistes en Europe. Le libertarianisme n’a rien de différent avec le libéralisme qu’on pouvait encore trouver au début du XXème siècle en Suisse ou aux USA. Ce libéralisme émet l'hypothèse que personne ne saurait mieux organiser les interactions entre individus que les individus eux-mêmes. Je suis né peu avant l'explosion de cette anarchie nommée internet, qu'aucun architecte, aucun guide, n'a organisé. Pour moi, c'est la preuve que l'humain n'a pas besoin de berger, qu'il est assez mature pour construire son avenir sans la violence d'un État lui dictant son mode de vie.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne me sens pas attaché à un courant en particulier, bien que je puisse affirmer ne pas être anarcho-capitaliste ; je pense qu'au moins un État minimal est nécessaire. Toutefois, je n’ai pas une idée précise de quel modèle fonctionnerait le mieux. Je vois plus un chemin que les différents courants empruntent, à travers lequel l’État se retire peu à peu de la vie des citoyens. Certains courants s'arrêtent assez tôt sur ce chemin, c'est le cas du libéralisme classique pour qui l'éducation, les routes et d'autres projets de société doivent être garantis par l’État, mais pour d'autre le chemin est bien plus long.

Je suis donc quelque part entre le libéralisme classique et l'anarcho-capitalisme, mais, à vrai dire, je serais bien incapable de dire où il faudrait s'arrêter. C'est aux individus d'essayer par eux-même de s'émanciper progressivement, et la suppression totale du jour au lendemain de l’État ne me semble pas une bonne idée.

 

AF. Le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Je vois le libertarianisme plus comme une éthique de vie. Après tout, il n'est pas nécessaire de s'intéresser à la politique pour être tolérant et ne pas vouloir régenter la vie des autres.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


J'ai toujours été relativement « à droite » en ce qui concerne l'économie, avec quelques réserves sur la nécessité d'un marché totalement libre. En revanche, sur les questions sociétales, hormis le port d'arme, mes opinions ont toujours été en adéquation avec les idées libertariennes. J'ai toutefois beaucoup échangé mes opinions avec mes amis avant de réussir à cerner une philosophie politique qui puisse me définir.

Lorsque j'ai réellement commencé à m'intéresser à la politique, j'ai remarqué que mes opinions étaient très proches de celles des Jeunes Libéraux-Radicaux. Mais c'est en étudiant le libertarianisme que j'ai pu constater mes divergences.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


Je n'ai pas d'auteur ou de personnalité précise en tête. Ceux qui m'inspirent sont ces individus qui, en leur temps, se sont levés contre l'ordre établi et la soumission. On peut les appeler révolutionnaires, libéraux, entrepreneurs ou philosophes. Ceux qui m'inspirent sont impossible à rassembler sous une seule dénomination et trop nombreux à lister.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Le respect, la tolérance et l'humilité. Le respect, car il est nécessaire dans toute société pour obtenir des relations saines entre individus. La tolérance, car notre monde fonctionnerait bien mieux si chacun acceptait qu'il n'y a pas qu'une façon de vivre sa vie. Et l'humilité, parce qu'il faut savoir admettre que l'on a pas la réponse à tout, et c'est l'un des fondements du libertarianisme. Comment résoudre la crise ? Comment diminuer le chômage ? Je ne sais pas. Mais je suis sûr que si on libère les capacités de réflexion des individus, ceux-ci trouveront quantité de solutions différentes, adaptées à leurs problèmes.


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''La Loi'', de Frédéric Bastiat. Rapidement lu, il représente une très bonne introduction au libertarianisme, alors même qu'il a été écrit il y a plus d'un siècle et demi.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« When buying and selling are controlled by legislation, the first things to be bought and sold are legislators. »


- P. J. O'Rourke


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?



Je suis perplexe vis-à-vis de l'Europe. Les décisions à Bruxelles qui impactent les citoyens d'un territoire aussi vaste que l'Europe ne correspondent pas à un modèle de gouvernement efficace. En Suisse en revanche, je reste optimiste : sur certaines questions, le peuple a réussi à de nombreuses reprises à montrer son attachement à la liberté. Mais les régulières attaques contre le fédéralisme et la volonté de centraliser les décisions de la part de certains milieux politiques me font peur. C'est l'une des raisons de mon engagement en politique. Je veux communiquer à ma génération la nécessité de se détacher d'un modèle qui place l’État au centre de la société.


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21/05/2015

Entretien avec des libertariens - Mario Cinardi




Mario Cinardi a 27 ans, il vit à Toulouse et travaille comme réceptionniste dans l'hôtellerie. Son signe astrologique est balance et sa couleur préférée est le
bleu.


AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?

Tout d'abord, je dois vous dire que je n'apprécie pas tellement ce mot "libertarianisme", je préfère largement "anarcho-capitalisme" car il marque, dans son appellation, une continuité anarchiste qui me plaît. Néanmoins, pour respecter les mots utilisés dans ce questionnaire ça ne me gêne pas de l'employer. Ce que vous appelez le libertarianisme est tout simplement la philosophie de la liberté , qui se situe dans une longue généalogie historique dont il faudrait rechercher les origines dès l'Antiquité. On pourrait dire que le libertarianisme est un ensemble de théories politico-économiques (qui s'affrontent parfois de façon méthodologique) visant à définir les optimums de liberté.

AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?

Je me sens proche de l'objectivisme, car j'aime la méthode de raisonnement, mais aussi, parce que les auteurs des inclinaisons théoriques de cette famille de pensée ont tendance à déborder sur des sujets qui dépassent le cadre strictement économique, comme la géopolitique ou bien divers domaines d'ordre sociologique, sociétal, culturel, démographique, et également vers des idées politiques (comme l'a démontré Hans-Hermann Hoppe dans différents documents en plaidant pour une autorité politique fédérale en Europe ou pour une immigration limitée dans le cadre d'une société de libre-marché). En dehors de ça, je me sens proche du libéralisme italien et allemand (l'ordo-libéralisme).

AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

La liberté peut être érigée en éthique et même en esthétique comme l'a démontré Philippe Nemo (cf. "Esthétique de la liberté", PUF, 2014). Quant à être un projet politique, c'est un peu plus complexe. Un nouveau gouvernement, dès demain, pourrait décider de mettre en application des mesures allant dans le sens du "libertarianisme", mais une quantité de choses qu'on ignore aujourd'hui peut compromettre l'instauration de ces mesures.

En sociologie politique, on apprend assez rapidement qu'une idée politique ne créé pas, automatiquement, l'idée politique voulue. Les projets volontaires de liberté ne créent pas forcément la liberté, comme le disait Nietzsche : « Une chose est la pensée, une autre est l'action, une autre encore, l'image que l'on se fait de l'action. La roue de la causalité ne roule pas entre elles. » La science politique dépend d'une anthropologie particulière dont ne peut pas s'extraire, c'est ma conviction, à partir de là, une de mes volontés serait de réussir une endoxa politico-économique.

En outre, il est à prendre en compte aussi que l'art politique est une question de mesure, de bonne application, de tempo. Les mouvements radicaux ont parfois tendance à oublier qu'il faut agir avec sagesse, - ce qui n'est pas incompatible avec la radicalité - , sous peine d'échouer, voire, de permettre à ce que l'on redoute le plus de voir le jour. Par exemple, aujourd'hui, nous subissons bien une répression au nom de la liberté. L'histoire humaine donne plusieurs exemples de cette ironie, qui se nomme effet d'hétérotélie.

AF. Comment êtes-vous devenu libertarien ?
Avez-vous toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient vos positions politiques antérieures ?

Je me suis intéressé au mouvement libertarien en me questionnant sur la situation économique, tout simplement, car je me suis rendu compte, étant un actif, un travailleur, et ayant travaillé auprès de petits entrepreneurs dès mon plus jeune âge, qu'il y avait un décalage entre le discours intellectuel français contre le "libéralisme" et le "capitalisme" et la réalité quotidienne du travailleur, du producteur. Plus jeune, j'ai été marxiste-léniniste, du moins, je pensais l'être. Cela tenait beaucoup à une position de style, qui, je dois l'avouer, est beaucoup plus agréable à tenir, et plus facile, que celle d'un anarcho-capitaliste, d'un libertarien, d'un libéral.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?

En sociologie et philosophie politique : Julien Freund, Carl Schmitt, Machiavel, Gaetano Mosca, Vilfredo Pareto, Georges Sorel, PJ.Proudhon. Dans le domaine économique : Hans-Hermann Hoppe, L.V.Mises, M.N.Rothbard, Wilhelm Röpke.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?

Pour rester dans le débat, je vais dire : Liberté, Justice, Propriété.

AF. Votre livre libertarien préféré ?

''L'éthique de la liberté'', de M.N.Rothbard.

AF. Votre citation libertarienne préférée ?

Il y en a beaucoup, mais je choisis celle-ci :

« En fait, il ne faut jamais avoir la moindre hésitation à s'engager dans un radicalisme (« extrémisme ») idéologique. Non seulement tout le reste serait contre-productif, mais plus important encore, seules les idées radicales, des idées radicalement simples, peuvent remuer les émotions des masses ternes et indolentes. Et rien n'est plus efficace, pour persuader les masses, que de cesser de coopérer avec le gouvernement et que d'exposer de façon constante et sans relâche, la dé-sanctification et le ridicule des gouvernements et de ses représentants comme des fraudes morales et économiques : empereurs sans vêtements sujets au mépris et cibles de toutes les moqueries »

- Hans-Hermann Hoppe.

AF. En tant que libertarien, quelle est votre analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

Seul un gouvernement mettant en place des mesures radicales pourra relever notre pays, et peut-être également notre continent, l'Europe. Ce que Vilfredo Pareto nommait "circulation des élites" peut engendrer un mouvement révolutionnaire. Sans ça, il est probable qu'une situation de crise puisse apparaître par convergence politique, économique et sociale. L'ère européenne semble être plongée dans une asthénie.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

A ma connaissance, il n'existe pas de mouvement libertarien.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais ajouter que je suis partant pour prendre part à une aventure qui serait dans la continuité du journal d'Antonio Gramsci, "l'Ordine Nuovo", ou de Piero Gobetti avec sa "Rivoluzione liberale". Je lance un appel, car je pense que seuls les libéraux sont capables de redonner vie à un mouvement pour les travailleurs, pour les producteurs, à un syndicalisme (dans le sens de G.Sorel). Voilà la synthèse que nous devons réaliser : la réconciliation des fils de l'industrialisme, le socialisme et le libéralisme, en plaidant pour la liberté de l'entrepreneuriat.

 

 

 

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20/05/2015

Entretien avec des libertariens – Ferghane Azihari

 


Bonjour, je m'appelle Ferghane Azihari, je suis âgé de 21 ans et j'habite à Torcy, en Seine-et-Marne (région Île-de-France). Actuellement en troisième année en droit et sciences politiques, je fréquente parallèlement plusieurs structures associatives telles que le Mouvement des libéraux de gauche 11291743_635942683207773_213956239_n.jpg(MLG), les Jeunes européens-Fédéralistes (JEF), European students for liberty (ESFL), OuiShare, Open Diplomacy, et bien d'autres encore. Mon signe astrologique est Balance et ma couleur préférée est le rouge. En dehors de cela, j'aime également les jeux vidéos, les sports de raquette, la natation ainsi que la musique classique & pop. 


AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Il est à mon sens plus facile de dire ce que le libertarianisme n'est pas, à savoir une idéologie politique, dans le sens où ce n'est pas un système complet qui doit s'imposer aux individus. C'est au contraire une doctrine qui s'attache à définir une éthique minimale – le rejet de la violence -, ce qui la rend compatible avec la diversité des aspirations individuelles et collectives, pour peu qu'elles s'attachent à respecter la liberté d'autrui.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

D'un point de vue pragmatique, je me définis comme un libertarien de gauche. Si l’on pousse dans l'idéalisme, j’ai des affinités avec l’anarchisme individualiste et mutualiste. Je parle "d'idéalisme" avec un peu de provocation, dans la mesure où il est difficile et prématuré, selon moi, de revendiquer une société émancipée du monopole de la violence légale quand on vit dans un environnement dans lequel la culture libérale est très faible voire inexistante.

Le terme "de gauche" que j'accole délibérément à libertarien pour me qualifier est important. Certains rétorqueront que cela n'a aucun sens en ce que la doctrine libertarienne transcende le clivage droite-gauche. Je répondrais simplement en disant que c'est justement parce que la doctrine transcende ce clivage qu'il est possible de cumuler ces deux qualificatifs. J’y tiens en ce que je me reconnais parfaitement dans la plupart des idéaux exprimés par les courants dits de gauche, à la différence près que je pense que seuls les canaux du libre-marché - et non ceux du monopole de la violence légale - permettront de les concrétiser. Par exemple, la volonté de construire une société caractérisée par un haut degré de solidarité et un faible degré dans les rapports hiérarchiques entre les individus, tout en concentrant le pouvoir politique entre les mains d’une petite élite, me semble être parfaitement contradictoire pour ne pas dire une imposture dont il faut se méfier.

Tous les rapports de domination que nous trouvons dans la société ont de près ou de loin une origine politique. Le sexisme provient en partie du fait que les femmes ont longtemps eu un statut juridique inférieur à celui des hommes. Le racisme moderne entretient une relation étroite avec le nationalisme, le colonialisme et les privilèges que seul le monopole de la violence légale peut entretenir (apartheid, ségrégation etc.). L'hégémonie de certains acteurs économiques provient de monopoles et autres privilèges octroyés par la puissance publique.

Le qualificatif « de gauche » me permet également de me différencier clairement de ceux qui revendiquent une étiquette libérale ou libertarienne et qui tiennent parfois un discours conservateur avec lequel je ne suis pas toujours à l'aise. Les deux exemples qui me viennent immédiatement à l'esprit portent sur la méritocratie et le rapport des individus au travail.

Sur le premier exemple, je pense que la société devrait reconnaître le poids des déterminismes sociaux sur la trajectoire des parcours individuels tout en admettant que la libre-initiative, les coopérations et les associations spontanées, constituent de meilleures solutions que les actions politiques . Celles-ci ne savent qu'aggraver le poids de ces déterminismes. Le cas le plus emblématique pour illustrer ces propos est probablement celui du développement international. Les États riches s'érigent faussement en vecteurs de la solidarité internationale via l'aide au développement qu'ils obtiennent par la fiscalité, alors que nous savons bien que ces dispositifs ne servent qu'à vassaliser des États corrompus. De l'autre côté, ces mêmes États prétendument solidaires mettent en place des barrières pour entraver les flux migratoires - entre autre choses - alors que l'immigration libre est naturellement un puissant outil de lutte contre les déterminismes et la pauvreté structurelle.

Concernant le second, j'ai tendance à me méfier du salariat sous toutes ses formes (public et privé) et suis convaincu qu'un marché libéré des interférences étatiques éroderait le système salarial. C'est exactement ce qu'il se passe dans certains secteurs avec l'émergence de l'économie collaborative que certains présentent comme étant une version renouvelée du mutualisme libertaire. Celle-ci défie de nombreuses structures productives excessivement « verticales » - qui bénéficient bien souvent de privilèges monopolistiques - en permettant aux travailleurs subordonnés de jouir à leur tour de l’entrepreneuriat grâce à la libre concurrence et l'égal accès au marché que les États se plaisent à neutraliser.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Le libertarianisme me paraît être un projet de société qui définit une éthique minimale destinée à embrasser tous les styles de vie, dès lors qu'ils renoncent à la violence.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


Il est difficile d'affirmer qu'on a « toujours été libertarien », en particulier quand vous grandissez au sein de l'environnement politique français. Comme la plupart de mes concitoyens en France et en Europe, j'ai longtemps été convaincu que les injustices qui caractérisent l'ordre social actuel découlaient de puissances publiques trop permissives. Je partageais donc globalement la rhétorique de la gauche dirigiste classique, telle qu'on la retrouve au sein des partis sociaux-démocrates. C'est paradoxalement en étant en contact avec les affaires européennes que j'ai peu à peu vaincu mes préjugés et développé une culture tout d'abord libérale, et libertarienne par la suite. Paradoxalement en effet car les institutions européennes et le libéralisme entretiennent des rapports complexes, voire contradictoires, contrairement à ce qu'on entend très régulièrement. Mais j'y reviendrai plus tard.

C'est grâce aux partisans du fédéralisme européen que j'ai pu me forger une opinion consistante vis-à-vis du nationalisme. Depuis le XIXème siècle, le nationalisme est l'idéologie dominante qui, dans l'Europe et dans le monde, sert à légitimer le pouvoir de l’État. L'anti-nationalisme que je développais au fur et à mesure de mon engagement pro-européen s'est par la suite logiquement mué en une critique virulente vis-à-vis de l'action étatique. Je suis ainsi devenu libertarien quand j'ai réalisé qu'il n'y avait rien qu'une association librement constituée ne pouvait pas faire au moins aussi bien que des instances politiques. Celles-ci ne sont que des instruments de violence au service des corporations biens placées, qui prospèrent sur les décombres de la liberté et de l'égalité pour dominer la société.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'aime beaucoup le parcours intellectuel de Pierre-Joseph Proudhon. Il est celui qui m'a aidé à ouvrir les yeux sur le fait que les idéaux socialistes ne pouvaient être solubles que dans un marché libre. La pensée proudhonienne m'a ensuite permis de découvrir quelques figures de l'anarchisme individualiste comme Benjamin Tucker. J'ai par la suite découvert le Center For a Stateless Society qui fait partie de la « Left-Libertarian Blogosphere ». Je lis très régulièrement les travaux de ces chercheurs qui essaient de réconcilier la gauche et l'école autrichienne d'économir, tout en prolongeant les traditions mutualistes, anarcho-individualistes, et plus largement celles de l'ensemble de la gauche libérale.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Liberté, solidarité, altérité.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

La France et l'Europe souffrent toutes deux de l'hégémonie de l'étatisme et du capitalisme de connivence qui lui est consubstantiel. Il en découle un ordre social profondément injuste et étouffant, qui prospère sur la violence perpétrée au détriment des libertés individuelles et de l'égal accès au marché. Réduire la place des puissances publiques dans nos vies est la seule manière de combattre cet ordre social.

J'ai longtemps espéré que Bruxelles mène un front anti-nationaliste pour affaiblir les gouvernements nationaux, comme le souhaitaient les théoriciens de la construction européenne. Je suis aujourd'hui un peu plus sceptique sur les effets des institutions européennes sur nos libertés. Elles sont capables du meilleur comme du pire. Elles garantissent certes quelques libertés face aux tentations nationalistes, mais tendent également à reproduire à l'échelle continentale le même capitalisme de connivence jadis dénoncé à l'échelle nationale par les pères fondateurs. Je reste néanmoins convaincu que Bruxelles n'est pas la plus grande menace, contrairement aux Etats-nations, en particulier quand j'observe que les indépendantismes à travers le continent - qui sont une piste intéressante pour restaurer la liberté individuelle – sont généralement très europhiles.

Du reste, face aux conservatismes politiques, les innovations produites par la société civile (start-ups, économie collaborative, cryptomonnaie, do & think tanks) me semblent à certains égards plus subversives que tous les programmes politiques que l'on nous sert dans les médias mainstream. Il m'arrive parfois de me dire que les élites économiques n'ont visiblement aucun intérêt à abolir les interférences étatiques qui maintiennent leurs privilèges en gangrenant la société. La liberté individuelle sera peut-être restaurée par le bas.


AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

Implanter un mouvement libertarien en France reviendrait à brûler les étapes avec tous les risques qui vont avec. Notre pays n'a aucune culture libérale. Il faut d'abord lui inculquer cela. Je fais partie d'une association politique qui s'appelle le Mouvement des libéraux de gauche, qui tente de proposer une nouvelle offre politique face au clientélisme d'une droite conservatrice qui ne connaît rien d'autre que le capitalisme de connivence, et celui d'une gauche embourbée dans de vieilles idéologies dirigistes qu'elle est incapable de dépasser plus de vingt-ans après la chute du mur de Berlin.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Je pense que si la doctrine libérale au sens large est aujourd'hui mal perçue, c'est notamment à cause du fait que celle-ci a délaissé à tort le champs de la critique des rapports de subordination, des déterminismes sociaux, et, plus largement, les préoccupations de juste redistribution. Ces thèmes sont hélas devenus des monopoles dirigistes dans les médias. Un peu de concurrence ne ferait pas de mal !

Les libéraux donnent parfois l'impression de se satisfaire de l'ordre social actuel. Leur scepticisme bien fondé à l'égard du constructivisme pèche souvent par le fait qu'il tend lui aussi à confondre le gouvernement et la société. Par exemple, la notion de juste redistribution et l'aspiration à un haut degré d'égalité économique dans les rapports sociaux me paraissent tout à fait valables, à condition d'admettre que seul le libre-marché, lequel n'est évidemment pas réduit aux relations commerciales, est en mesure d'offrir des solutions à la fois justes et efficaces car individualisées, ce que ne peut par définition pas faire une autorité centrale.

Enfin, dans la mesure où de nombreuses inégalités sociales sont le fruit d'interférences étatiques liberticides, nous gagnerions à prendre une posture beaucoup plus contestataire vis-à-vis des phénomènes sociaux dénoncés par les dirigistes, qui ne réalisent pas que c'est toujours leur idéologie qui en cause. 



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19/05/2015

Entretien avec des libertariens - Darius Tabatabay




Darius Tabatabay a 23 ans et vit sur Genève. Il est l'un des co-fondateurs du Parti Libertarien de Genève, dont il fut aussi le premier trésorier. Il est par ailleurs membre de Swiss Students for Liberty et directeur de la Friedrich Hayek Society. Professionnellement, il a terminé un Bachelor 11251712_10207081542297852_1566989491_n.jpgde droit et travaille actuellement comme aide-cuisinier chez
Inglewood, avant d'entreprendre un Bachelor en architecture. Son signe astrologique est bélier et sa couleur préférée est le bleu.
 


AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?


De mon point du vue, c'est une philosophie qui a comme valeur centrale la liberté de l'individu, et ce au travers de différentes méthodologies, les plus répendues étant le naturalisme et le conséquentialisme. Dans cette pensée, l'Etat cède principalement le pas au libre-marché ainsi qu'au monde associatif.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?


J'appartiens sans doute au libéralisme classique hayekien, d'influence austro-libertarienne. C'est le pendant subjectiviste et la grande place de la théorie de l'ordre spontané qui m'ont attirés au sein de ce courant minoritaire.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?


Les deux sans aucun doute. Un projet politique parce que je souhaite pouvoir vivre sur un territoire où tout pourrait être privé potentiellement, et une éthique de vie que je m'efforce de suivre dans la mesure du possible.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


Mon déclic eut lieu après avoir regardé la série Free to Choose, tirée du livre du même nom écrit par Milton Friedman. Cela me donna envie de mieux comprendre le fonctionnement du marché et de l'Etat, ce que j'essaie de faire depuis lors. Avant cela, j'étais plutôt conservateur et proche de l'UDC.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


L'individu qui a le plus influencé ma vision politique est sans aucun doute Friedrich A. Hayek.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Loi, Liberté et Propriété


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''Law, legislation and Liberty'', par Friedrich A. Hayek


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« Il fut un temps où l'orgueil des hommes libres étaient de n'avoir ni à demander le permission ni à obéir aux ordres de qui que ce soit, tant qu'ils restaient dans les limites connues de la loi. Il est douteux que quiconque parmi nous puissent affirmer cela aujourd'hui. »

Friedrich A. Hayek


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?


En ce qui concerne la Suisse, je m'inquiète de voir nos autorités ainsi que les majorités, au fil des votations, ignorer l'importance fondamentale des principes, détruits par chaque nouvelle réglementation. Chacun croit se décider sur un cas particulier, sans prendre du recul et étudier la question de manière abstraite.

Quant à l'Europe, je crains qu'elle ne soit victime de son envie de centralisation, et plus généralement, de son profond étatisme. Les Européens doivent adopter une politique économique et sociale beaucoup plus libérale, sans quoi ils ne pourront quitter la route vers la servitude.


 

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18/05/2015

Entretien avec des libertariens – Christophe Plateau

 


Bonjour Adrien, je me présente : je m'appelle Christophe Plateau, je vis à Orléans, et j'ai 36 ans. Je suis actuellement vendeur en jardinerie, et ce depuis longtemps, trop peut-être.

Selon certains je suis libertarien, et on me classe comme anarcho-capitaliste, mais 11291303_10206943857494515_361237475_n.jpgje préfère me voir comme un autonomiste profondément anarchiste. Je n'appartiens à aucune formation politique par principe et par conviction ; je suis un radical et je ne trouve pas chaussure à mon pied. Je ne fais pas partie d'associations, mais je partage avec qui le veut et qui en à besoin mon savoir sur les plantes, le potager, et je milite pour la libération des graines et leur libre échange.

Je suis un sagittaire qui aime le noir, qui pratique la photo de rue de manière assidue, qui s'extasie devant la nature et ce qu'elle nous offre, un libertarien écolo.



AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

En deux mots : libre choix.

Il n'y a pas un libertarianisme, mais une multitude. Je pense qu'il y a autant de façon de le définir et de le voir que de façon de concevoir sa vie. Il n'est de richesse que la liberté, voilà comment je conçois le libertarianisme.



AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je ne suis pas un spécialiste des courants. Je lis pas mal d'articles, quelques livres, je m'informe à droite à gauche et je me fais ma propre opinion et suis mon propre courant. Je suis un adepte d'un pays sans État où chacun vit sa vie comme il entend, dans le respect des droits naturels des uns et des autres. Donc je me sens proche de tout courant qui prône l'individu, le moins d’État possible, et le plus de Liberté.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Je pense que c'est avant tout une philosophie politique qui cadre et garantie les droits naturels. Une philosophie qui garantie le libre choix et ainsi permet à chacun de se développer et de suivre sa propre éthique. Mais je le conçois quand même comme une éthique de vie.



AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Questions qui entraînent une grande réponse. Je vais commencer par les deux dernières. Ai-je toujours été libertarien ? Je pense. Malgré mon parcours chaotique, j'ai toujours vu les choses différemment des autres et mis ma liberté en priorité.

Mes positions politiques antérieures ? Un jour, en cours d'histoire, j'ai appris que j'étais anarchiste (le cours en question parlait de Marx et Kropotkine). Je suis ça : un révolutionnaire. Mais je suis un non violent de nature, et le communisme et son lot de révolutions ont fini par m'en guérir. (Petite précision, en histoire, être communiste c'est être anarchiste.)

Je suis d'une famille qui n'était pas plus politique que ça, mais qui vote à gauche, alors j'ai adopté le socialisme. Mais il me manquait quelque chose, j'avais du mal à comprendre certains points comme la redistribution, ce qui est à moi est à lui aussi, etc. Je n'ai jamais été satisfait, ni à ma place.

Puis, plus tard, entre mes mains est arrivé Proudhon, l'anarchiste premier. J'ai de suite accroché à « la propriété c'est la liberté », à son refus de la révolution et son lot de violence. Les bases sont posées : je suis anarchiste proudhonien.

« Voilà donc tout mon système : liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté de l'enseignement, libre concurrence, libre disposition des fruits de son travail, liberté à l'infini, liberté absolue, liberté partout et toujours ! La Liberté donc, rien de plus, rien de moins. »

 

On en vient à la première question : « Comment ? ».
Je suis devenu libertarien depuis peu en réalité, et c'est grâce à Mélenchon, qui, à force de nous dire que les méchants libéraux allaient nous manger tout cru, a piqué ma curiosité. Après trois ou quatre recherches sur le net, je tombe sur un livre Pulp libéralisme : la tradition libérale pour les débutant. Découverte !

En fait, c'est tout l'opposé de ce que l'on en raconte. Il y a quelques trucs qui me chagrinent quand même. Ça me plaît mais il y a des mais, comme l’État minimum par exemple, car, comme Rothbard, je pense qu'un État, même minimum, tend à reprendre sa taille ; donc autant s'en passer. Je fouille sur Facebook, je tombe sur un groupe, Capitalisme et liberté, et je découvre que je ne suis pas seul à penser comme ça, et même, on porte un nom : on est des libertariens. Et c'est ma deuxième révolution politique ; il y a des gens qui adulent la Liberté autant que moi.

Voilà, je suis libertarien grâce à Mélenchon. Faudrait que je le remercie un jour.

 


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'ai une grande passion pour Frédéric Bastiat, son œuvre et surtout sa facilité à vulgariser et expliquer simplement les choses au commun des mortels. Jacques Bonhomme, l'éphémère journal, en est l'illustration parfaite.

Une autre personne compte énormément : mon grand-père maternel. Après sa mort, j'ai cherché a connaître une partie de sa vie. Il est entré dans la Résistance à tout juste 16 ans pour échapper aux travaux forcés. J'ai appris qu'il avait pris part à un combat important dans le Lot, où lui et une vingtaine de camarades mirent en déroute une garnison de soldats allemands. La sanction allemande fût lourde de conséquence, vingt civils furent exécutés. Le jour où je suis retourné sur les lieux de cette bataille, j'ai compris toute l'importance et la lourde signification du mot Liberté. Depuis je l'ai élevé comme un dogme, et c'est le seul nom commun que j'écris avec un majuscule.

Enfin, il y a celui qui arrive dans ce monde. C'est pour lui qu'il faut continuer de se battre afin de conserver nos Droits et nos Libertés, pour que lui aussi puisse en jouir à son tour et en acquérir de nouveaux.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Respect, amour et tolérance ; bien que respect et tolérance aillent de paire.

 

AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

L'éthique de la liberté de Murray Rothbard, en fait, c'est le seul que j'ai lu (rires).

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

Une citation de Ron Paul qui résume en deux phrases la façon dont je juge les gens, de manière individuelle et par leurs actes :

« Le racisme n'est qu'une forme détestable de collectivisme une mentalité qui ne voit les êtres humains que comme les membres d'un groupe plutôt que comme des individus. Les racistes croient que sont semblables tous les individus qui partagent de superficielles caractéristiques physiques ; en tant que collectivistes, ils ne pensent qu'en termes de groupes. »



AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je ne suis pas un spécialiste, je ne vois ça que de mon petit écran et de mes lectures, mais la situation socio-économique en France court à la catastrophe si rien ne change. Les écarts en tout genre sont de plus en plus important, des fossés se creusent entre les gens, les classes économiques, les religions, les individus d'origines diverses. Le canevas des relations est en train de se défaire et je suis inquiet, car jusqu'où cela ira-t-il ? Tout le monde voit en l'autre un concurrent, un bouc émissaire, une raison, une excuse à la haine.

Chaque politique pense avoir la solution mais enlève un fil du canevas à chaque décision prise. On sent la rupture à tout moment, et elle pourrait avoir lieu en 2017, on pourrait avoir la première femme présidente en France, et ça ne sera pas Ségolène Royal.

En Europe, je ne sais pas trop. Pas simple d'avoir une vraie vision globale des choses, les infos arrivent à moitié et déformées. Personnellement, je vois l'Europe prendre une mauvaise direction la BCE est trop présente. Je pense que si ça continue, les Allemands et les Anglais vont prendre le large et larguer les boulets. Dommage, car je suis un européen convaincu, mais pas pour cette Europe-ci. J'aime beaucoup la vision qu'en a Stefan Zweig.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

J'ai appris il y a quatre jours qu'un parti libertarien existait, donc, non. Il y a du travail. En France, beaucoup sont libertariens mais ne le savent pas à cause de nos médiatico-politiques.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Vivez, vivez libre. N'attendez pas qu'on vous le dise pour l'être, sortez des sentiers tracés par l’État, par l'école, pour vous instruire, élevez-vous. On ne sera peut-être jamais des loups, alors soyons des moutons mais évoluons de l'autre côté de l'enclos, car quoi qu'il arrive on meurt, alors autant vivre comme on en a envie.
Il n'est de richesse que la Liberté.

 

 - Photographie de Tib Larcher



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17/05/2015

Entretien avec des libertariens - Marius-Joseph Marchetti (2ème partie)



AF. En tant que libertarien, quelle est votre analyse sur la situation socio-économique et politique en France, en Europe et en Corse ?

 

MJM. C'est compliqué à dire : les élections anglaises montrent que lorsqu'on applique un programme de réduction des dépenses publiques, il est toujours possible d'être réélu. Cela me semble envoyer un message fort aux hommes politiques en Europe. Peut-être que la droite française jugera-t-elle utile de réduire la dépense publique et de ne pas reproduire de nouveaux les vieux poncifs keynésiens ? Mais je ne me fais pas d'illusion non plus. L'étatisme va avoir du mal à laisser sa place à quelque chose qui pourrait ressembler à un semblant de liberté.

En France, une loi sur le Renseignement a été votée et la population s'y est montrée majoritairement favorable. Voyez comment l'effet Charlie s'est transformé en effet Gestapo. Et le plus grave réside dans le fait que les gens se servent moins d'idées et de faits que de leurs émotions, en l’occurrence de la peur. Et lorsqu'ils s'essaient aux faits, ils en énoncent de mauvais. Entre 2001 et 2013, on estime aux États-Unis 227 condamnations liées au terrorisme. Et sur ces 227, la NSA serait intervenue sur approximativement... une seule. La surveillance généralisée, en plus d'être contraire à la philosophie politique des libertariens, ne peut même pas se défendre d'un point de vue utilitariste, vu le faible nombre d'attentat qu'elle a déjoué et le grand nombre d'entreprises qu'elle est en train de faire partir de France. Car cette loi a en plus des répercussions économiques. L'État a encore fait un strike et ce seront encore les individus qui paieront les pots cassés.

11304141_906620009399226_1637695654_n.jpgEn Europe, la situation me semble un peu plus ambiguë. Les États sont en général moins dépensiers que la France, même si on ne saurait qualifier ces pays de libéraux ou libertariens. On a vu le mal que pouvait faire une austérité purement fiscale en période de crise (on le voit encore aujourd'hui). C'est précisément l'inverse qu'il faudrait faire. L'économie ne repartira que si les incitations productives sont accrues. Et pour cela, il n'y a malheureusement pas mille solutions. Il nous faut diminuer les impôts, réduire, voire supprimer, la progressivité, briser les carcans et les chaînes qui ornent les chevilles des entrepreneurs de nos pays. Il serait également important de revenir à une monnaie saine, une monnaie privée et libérée de l'influence qu'un quelconque politicien. Et qu'on ne vienne pas me souffler que les Banques Centrales sont privées ! Lorsque votre survie dépend d'un privilège d'État vous n'êtes pas réellement privé. Les politiques monétaires actives en cours, en Europe et ailleurs, sont une mauvaise nouvelle. Oui, le Royaume-Uni a désormais un taux de chômage de 5,7%, mais sa politique monétaire expansionniste a contribué à la formation d'une nouvelle bulle immobilière. Aux États-Unis, le Dow Jones est a un niveau supérieur à celui de l'implosion de la bulle des subprimes. Or, il n'y a pas dans la sphère réelle de quoi justifier un tel niveau. Nous sommes en train d'empêcher un ajustement nécessaire dû à la crise de 2008, avec la même politique qui a créé ce déséquilibre. Cherchez l'erreur et voyez le danger.

Mon avis sur la Corse est plus alambiqué. Économiquement parlant, je suis pessimiste. L'inculture économique y est présente comme partout en France. Mais certains sujets reviennent bien plus que d'autres, comme par exemple, la hausse constante du prix de l'immobilier et du foncier, et la thématique de la hausse des prix par les grandes surfaces. L'accusation la plus cinglante est que les spéculateurs et capitalistes sont responsables de cette hausse constante du prix de l'immobilier. Mais la simple spéculation, non encouragée par des politiques monétaires expansionnistes et autres interventions étatiques, est bénéfique, car elle permet au marché de s'ajuster plus rapidement. Le spéculateur sur un marché libre a le même rôle que l'entrepreneur : il aperçoit une information qui n'a pas encore été détectée par les autres agents économiques. Son action enclenche donc une série d'actions qui accélère le processus de marché et le rapproche de l'équilibre. Le moins que l'on puisse dire cependant, est que nous sommes loin d'être sur un marché libre. L'empilement des réglementations, taxes, subventions, codes, sont là pour en témoigner.

Le prix du foncier est également rendu élevé pour deux principales raisons : tout d'abord, la restriction de l'offre du foncier, et secondement... les subventions agricoles. Le rendement espéré d'un terrain étant automatiquement augmenté par les subventions agricoles, cela a pour conséquence d'augmenter le prix des terrains. L'arroseur arrosé en somme.

En ce qui concerne les grandes surfaces, il est étonnant que nos politiciens locaux s'insurgent, mais ne demandent pas l'abrogation des lois Royer et Raffarin, qui limitent l'implantation d'enseignes concurrentes, car c'est principalement cela qui empêche le processus concurrentiel-entrepreneurial de se mettre à l'oeuvre et qui permettent aux grandes surfaces d'en profiter. La concurrence, c'est avant tout la liberté d'entrer sur un marché. Restreignez cette liberté et ne vous étonnez pas de voir naître des abus.

Le troisième point sur lequel on pourrait insister, c'est le nombre de fonctionnaires. Si la France est un des pays de l'OCDE qui compte le plus de fonctionnaire par habitant, la Corse est l'une des régions françaises qui compte le plus de fonctionnaires par habitant, 38% de la population active (cf. 60 milliards d'économies ! de Agnès Verdier-Molinier), ce qui, même comparé à la situation française générale, est colossale ! Comment donc espérer un décollage économique lorsqu'on traîne un boulet de ce poids ?!

Pour autant, certains détails me permettent d'être optimiste : les Corses semblent s'apercevoir, plus qu'en moyenne en France, du danger d'un État jacobin et centralisé. Et lorsqu'on regarde l'histoire, on peut comprendre pourquoi. On peut dire que l'État français a expérimenté une forme de socialisme, dans le sens où l'État français a cherché à créer un "homme nouveau" en format antique. Comme Pierre-Joseph Proudhon, anarchiste et fédéraliste, l'a dit : « La nation française actuelle se compose d’au moins vingt nations distinctes, et dont le caractère observé dans le peuple et chez les paysans, est encore fortement tranché… Le Français est un être de convention, il n’existe pas… Une nation si grande ne tient qu’à l’aide de la force. L’armée permanente sert surtout à cela. Ôtez cet appui à l’administration et à la police centrales, la France tombe dans le fédéralisme. Les attractions locales l’emportent. »

Ainsi Proudhon, comme les libertariens, est contre la fusion de l'État et de la Nation (qui a donné cette horreur pédantesque qu'on appelle État-Nation). C'est un élément qu'il n'est nullement compliqué à comprendre, et qui est parfaitement audible et admis par les insulaires.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Corse et en France ?

 

MJM. Il n'y a pas de mouvement libertarien ou de mouvement véritablement libéral en Corse. On ne peut donc pas dire qu'il soit implanté. Je n'ai tout juste que localement quelques amis avec qui je peux régulièrement parler et débattre des idées et de la philosophie politique des libertariens.

En France, il existe le Parti Libéral-Démocrate (PLD) et le Mouvement des Libertariens. On peut voir assez régulièrement sur des médias traditionnels des membres du bureau du PLD, comme Aurélien Véron, Arnaud Dassier, Gaspard Koenig ou encore Charles Beigdeber.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

MJM. Tout d'abord, j'aimerais vous remercier pour cet interview. Il m'est toujours agréable de pouvoir converser avec des camarades libertariens, surtout lorsque ceux-ci ont suivi une évolution similaire à la mienne, et ma foi, c'est toujours étrange. Il y a un dicton que j'ai découvert il y a plusieurs mois et qui me fait toujours autant rire, même si il est assez vrai: un libertarien/libéral, c'est un gauchiste qui a compris l'économie, ou un droitiste qui s'est fait matraquer par les forces de l'ordre. Je fais, pour ma part, partie de la première hypothèse. 

Que dire d'autre ? Les libertariens doivent à la fois savoir s'unir, car c'est le seul moyen à la diffusion de nos idées, tout en nous départageant. Pourquoi nous départager serait-il utile ? Le fait de montrer que de nombreuses tendances façonnent notre mouvement, c'est montrer que le libertarianisme n'offre pas simplement la liberté (qui peut rebuter les plus étatistes), mais que ces tendances offrent chacune une manière différente de l'appliquer. Un libertarien anarcho-socialiste adhère au même principe de non-agression que les autres libertariens, mais il ne mettra pas la liberté à l'oeuvre de la même manière qu'un objectiviste ou un randien par exemple. L'avantage du libertarianisme est de ne pas se mettre à dos les partisans du socialisme ou du conservatisme, et de montrer que leur ennemi commun se nomme État. Je vous souhaite une bonne continuation dans votre traversée du désert, et bon courage dans le développement et la diffusion des idées libertariennes à Genève.


 

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16/05/2015

Entretien avec des libertariens - Marius-Joseph Marchetti (1ère partie)


mjm.jpgBonjour Adrien Faure, tout d'abord, laissez-moi me présenter. Je m'appelle Marius-Joseph Marchetti, j'aurai très prochainement 20 ans et je vis en Corse. Je viens actuellement de finir ma deuxième année en licence de Sciences économiques et je vais très prochainement travailler comme serveur dans un bar durant l'été.

Je me considère comme libertarien et anarcho-capitaliste. Pour autant, je n'adhère à aucun parti libertarien pour le moment. Dans le domaine associatif, je fais partie d'une association qui a pour but de venir en aide aux étudiants en situation de précarité sur le campus.

Mon signe astrologique est Gémeaux. Quant à ma couleur préférée, elle est facilement devinable. Lorsque certaines personnes me cherchent, ils obtiennent comme réponse en général :  « Si tu aperçois une tâche bleue au loin, il y a une très forte chance pour que ce soit lui. » Ma couleur préférée est donc naturellement le bleu.

Mes passe-temps quotidiens résident dans la lecture d'ouvrage politiques ou non, et parfois dans l'écriture d'articles dans le but de les voir publiés sur Contrepoints. Je suis également très présent sur Facebook, où j'ai pris l'habitude de converser quotidiennement avec des camarades libéraux et libertariens.

 

AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?

MJM. Pour moi, le libertarianisme n’intègre pas de jugement de valeurs. Je m'explique. En somme, le libertarianisme ne prône pas un comportement type. Il en prône, en réalité, une infinité. Le but central du libertarianisme réside dans la liberté et il se fait l'adversaire éthique de l'agression publique comme privée. Le libertarianisme est donc un système de droits de propriété légitimes, protégés de l'usage de toute coercition visant la spoliation générale et la restriction illégitime des individus.

 

AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?

 

MJM. Tout d'abord, je dirais qu'étant anarcho-capitaliste, je me disqualifie d'emblée des géo-libertariens car le proviso-lockéen ne me semble guère applicable sans État. Les libéraux-conservateurs ou nationaux-libéraux, comme certains se nomment, me semblent avoir une vision trop angélique de l'État et me semblent être de "faux" conservateurs, au sens qu'en donnait Ayn Rand. Reste les minarchistes qui, admettant l'État minimal, ne me semblent pas aller assez loin dans leur critique (quoique je saurais parfaitement me servir d'un État minimal dans lequel le droit de faire sécession serait garanti et où l'impôt serait volontaire, ce qui reviendrait à instaurer la panarchie). Là vient la difficulté : je ne saurais dire à quelle type de société libre je souhaiterais appartenir en particulier.

D'un point de vue strictement moral, la société à laquelle j'appartiendrais serait probablement conservatrice au sens randien, c'est à dire également très individualiste. Si Ayn Rand avait une vue négative de la drogue, elle condamnait également le matérialisme (dans un sens plus philosophique que ce qu'on pourrait croire), le racisme, qui n'est rien d'autre qu'un collectivisme, la religion et les traditions, regorgeant d'un spiritualisme qui n'est pas sans lui rappeler celui émanant de l'État. Le conservatisme de Ayn Rand, loin d'être holiste, est individualiste est très éloigné du conservatisme "mainstream". En somme, je me considère comme "thick libertarian", c'est à dire qu'il me semble être indispensable de lutter contre les discriminations qui consiste à juger quelqu'un selon son groupe plutôt que simplement comme un individu. Je soulignerais cependant que je rejette toute forme d'intervention de l'État dans ce but.

 

AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?



MJM. Comme dit plus haut, le libertarianisme me semble plus être un projet politique qui vise à instaurer le principe de non-agression, dans le but que chacun puisse suivre sa propre éthique sans être agressé par des criminels et malfrats en tout genre (bien plus souvent publics que privés). C'est pour cela que Ayn Rand, par exemple, qualifiait les libertariens de "hippies de droite", elle-même ne se considérant pas comme libertarienne, mais objectiviste, bien qu'elle avait tout de la libertarienne et considérait Ludwig Von Mises comme l'économiste par excellence représentant l'objectivisme en matière économique. L'objectivisme peut être considéré comme une éthique, puisqu'il introduit des jugements de valeurs, là où le libertarianisme n'est qu'une philosophie politique. Comme disait Murray Rothbard : « Le libéralisme n’offre pas un mode de vie ; il offre la liberté, afin que chaque personne soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. »

 

AF. Comment êtes-vous devenu libertarien ?
Avez-vous toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient vos positions politiques antérieures ?



MJM. Je suis devenu libertarien assez récemment, et le chemin parcouru a été assez long, je dois l'admettre. Il a commencé il y a 3 ans, durant les présidentiels, où je me suis découvert l'âme d'un communiste. Je ne le suis resté que quelques mois, avant de simplement devenir un socialiste étatiste. Il se trouve que j'ai eu la malchance (ou la chance) d'avoir un professeur qui avait tout du libéral-conservateur. Sans véritablement donner de définition précise, celui-ci s'évertuait cependant à nous montrer les bienfaits du libéralisme économique là où il était appliqué. Je me mis un beau jour, par la suite, à comparer les programmes politiques de 2012. Et quel choc ! Où était donc le libéralisme décrit par mon professeur, dans les programmes dits "ultra-libéraux" de l'UMP et du PS ? Il n'y en avait pas même l'ombre. Je découvris Contrepoints et la fondation Ifrap par pure miracle en cherchant des articles sur les réformes à prendre pour lutter contre le chômage. Et c'est donc à l'aube de l'été 2013 que je commençais à réduire progressivement les sophismes que j'avais sur les "ultra-libéraux", jusqu'à le devenir moi-même, et jusqu'à me qualifier plus tard de libertarien. Ma conversion plus tard en anarcho-capitaliste est due à un camarade, qui, à force de débat, m'a convaincu du manque de logique dont je faisais preuve.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?

MJM. Il existe 3 personnalités libertariennes, deux malheureusement décédés, et une encore en vie, qui sont des sources d'inspiration. Ils sont respectivement économiste, romancière et politicien :

- Le premier est Murray Rothbard, cet économiste de l'école autrichienne à qui je dois une bonne partie des connaissances que j'ai acquis en la matière. Son Éthique de la liberté m'a également énormément aidé à comprendre à quoi pourrait ressembler une société libre.

- La seconde est Ayn Rand. Ses livres et ses réflexions m'ont permis d'avoir une vision bien plus diversifiée de ce qu'est une société libre, mais également des maux créés dans une société d'esclaves, où l'individu est au fur et à mesure effacé. Qui mieux qu'elle, la rescapée russe, est apte à montrer la catastrophe des sociétés planifiées ?

- Enfin le troisième est Ron Paul. Il est à ce jour le seul politicien qui se soit aussi vigoureusement engagé en faveur de la liberté. Il n'a jamais cessé de voter contre tous les projets dirigistes des Démocrates et des Républicains. Sa préoccupation première n'a toujours été que d'essayer de mettre en garde la population des méfaits de cet État Omnipotent qui gangrène aujourd'hui l'Amérique. Je suis un peu plus sceptique quant à son fils Rand Paul.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?



MJM. Les 3 valeurs qui me semblent être importantes à ce jour sont le respect, la tolérance et la générosité.

 

AF. Votre livre libertarien préféré ?


MJM. Je ne saurais dire quel est mon livre libertarien préféré. À défaut, j'en donnerais deux qui m'ont particulièrement touché dans mon exploration du libertarianisme : L'Éthique de la Liberté de Murray Rothbard et Capitalism : The Unknown Ideal de Ayn Rand.

 

AF. Votre citation libertarienne préférée ?

 

MJM. Ma citation préférée est de Ayn Rand. Elle est tirée de son Capitalism : The Unknown Ideal :

« La plus petite minorité sur Terre est l’individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent pas prétendre être des défenseurs des minorités. »


 

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13/05/2015

Comment le libre marché sanctionne les licenciements abusifs des entreprises qui font des bénéfices


Les gens de gauche (comme de droite) ont pour habitude de sauter en l'air dès qu'ils voient une entreprise bénéficiaire licencier des salariés et pousser quantités de hauts cris tout en pestant contre les vils actionnaires parasites qui s'engraissent encore une fois sur le dos des travailleurs. Leurs piaffements d'indignation sont-ils justifiés ?

A vrai dire, il s'agit de différencier deux types de licenciement qui peuvent être effectués par une entreprise bénéficiaire.


Premièrement, on trouve le licenciement nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise. En effet, une entreprise doit être rentable et faire des bénéfices, sinon elle fait faillite et tous ses salariés perdent leur emploi. Il peut donc arriver que pour maintenir ses capacités de production en phase avec la demande anticipée (à la baisse) elle doive licencier des salariés. Cela n'a rien de choquant, c'est le simple résultat d'une adaptation de l'offre à la demande et rien ne sert de s'indigner devant cela car les entrepreneurs sont davantage aptes qu'un tiers (journaliste, militant, politicien, économiste, etc.) quel qu'il soit pour anticiper l'évolution de la demande dans son secteur de production.


Deuxièmement, on trouve le licenciement non nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise. Que se passe-t-il quand une entreprise se livre à de tels licenciements ? 
Et bien le licenciement de ses salariés implique une baisse de ses capacités de production, et cette baisse entraîne une baisse de la production. Or, sur un marché libre, si la demande est stable ou en hausse (ce qui serait le cas si le licenciement était non nécessaire), alors une réduction de la production (de l'offre) implique une augmentation des prix du marché. Cette augmentation des prix indique aux concurrents de l'entreprise licenciant qu'il est intéressant d'augmenter leur production et c'est ce qu'ils feront probablement. Résultat, l'entreprise licenciant perd des parts de marché et ses concurrents en gagnent. En outre, pour pouvoir augmenter leur production, les entreprises concurrentes doivent engager de nouveaux salariés qui seront probablement ceux qui ont été licenciés.


Ainsi, un libre marché sanctionne spontanément les entreprises qui licencient, alors qu'elles pourraient continuer à faire des bénéfices ou les augmenter, en leur retirant des parts de marché et en réduisant leurs bénéfices. La seule façon pour une entreprise réduisant ses capacités de production en licenciant ses salariés d'accroître ses bénéfices sur un marché dont la demande est en hausse consiste en effet à ... obtenir un privilège politique quelconque (subvention, limitation à la concurrence, etc.). La meilleure solution pour limiter au maximum les licenciements abusifs est donc de laisser fonctionner le marché le plus librement possible. Ce dernier sanctionnera les entreprises licenciant à tort et à travers tandis que le pouvoir politique ne pourra que faciliter ce type de licenciements.



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11/05/2015

Est-ce que lorsque j'achète un Ipod je nuis aux Africains ?


Aujourd'hui je me propose de pourfendre un raisonnement fallacieux très commun et très répandu, à gauche comme à droite, selon lequel lorsqu'un individu occidental consomme un bien (ou un service) produit totalement ou partiellement par un travailleur issu d'un pays pauvre alors cet individu est en train de nuire à ce travailleur.

Le raisonnement fallacieux en question établit que les gras sur-consommateurs occidentaux (on parle de toi cher lecteur) se livre à ses basses pulsions matérielles en achetant hystériquement des gadgets (forcément futiles) dont la production a nécessité l'extraction de ressources naturelles présentes dans les pays pauvres. Cette extraction implique en effet notamment (c'est l'exemple que nous allons étudier) que des travailleurs devront descendre dans des mines pour y puiser les minerais nécessaires. Or, comme il s'agit d'un travail épuisant qui affecte la santé du travailleur et que les travailleurs qui l'effectuent ne sont pas assez payés et bien il convient d'interdire ce genre de production.

Alors faut-il que les gouvernements des pays pauvres ferment les mines ?
Comme il semble étrange que le mouvement ouvrier britannique se soit battu contre la fermeture des mines il y a à peine quelques décennies et qu'à présent ce soit les soi-disant représentants de leurs intérêts (l'intelligentsia alter-mondialiste et autres variations intellectuelles du même genre) qui proposent de fermer les mines dans les pays pauvres. Les ouvriers britanniques avaient-ils tort et les intellectuels alter-mondialistes contemporains ont-ils raison ? Qu'en pensent les ouvriers des pays pauvres ?

Et bien les ouvriers des pays pauvres n'ont probablement pas envie que l'on ferme les mines. Imaginons un ouvrier africain dont le gouvernement ferme la mine dans laquelle il travaillait. Que va faire l'ouvrier africain à présent ? Va-t-il trouver un meilleur travail comportant de meilleures conditions de travail et une meilleure rémunération ? Et bien non, car s'il pouvait obtenir ce meilleur travail il n'aurait pas besoin de se faire licencier de son emploi de mineur pour changer de métier. L'ouvrier africain préfère son travail de mineur à l'absence de ce travail car dans ce dernier cas il se retrouvera soit au chômage soit avec un emploi moins bien rémunéré ou comportant de moins bonnes conditions de travail.

Supposons que l'intellectuel alter-mondialiste admette notre argument, mais qu'il modifie son raisonnement initial ainsi : ce qu'il faut ce n'est pas fermer les mines, mais c'est que les Occidentaux cessent de consommer des produits comportant une part de travail issu des pays pauvres, pour que ce soient réellement les consommateurs des pays pauvres qui obtiennent tous les avantages de l'extraction minière locale. Supposons pour la démonstration que les gouvernements occidentaux interdisent tout commerce avec l'Afrique, que se passe-t-il ? Premièrement, la réduction drastique de la demande en minerais provoque la fermeture de nombreuses mines contraignant un grand nombre d'Africains à trouver un moins bon emploi (quand emploi il y a...). Deuxièmement, la réduction drastique de la demande provoque une chute du prix des minerais (l'offre en minerais surpassant largement la demande) avec pour conséquence que les ouvriers gardant leur emploi aux mines se retrouvent à travailler pour des salaires encore plus bas...

Alors, le consommateur-zombie occidental doit-il culpabiliser à chaque fois qu'il achète un nouveau gadget ? Comme nous l'avons vu la réponse est clairement non. Toute réduction par la force de ces actes consuméristes n'aura que des conséquences négatives pour les travailleurs des pays pauvres et ne fera que péjorer leurs conditions de vie. 


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18/04/2015

A propos de la solidarité et d'un libertarianisme minarchiste de gauche


 

« Les gens qui se battent pour la libre entreprise ne défendent pas les intérêts de ceux qui se trouvent aujourd'hui être riches. »

Ludwig von Mises


Les libertariens anarchistes conséquentialistes (en éthique normative) affirment qu'une société sans État est davantge favorable aux plus pauvres qu'une société avec État. Dans Vers une société sans État, David Friedman met en évidence un certain nombre d'effets pervers qui font que des mécanismes étatiques censés être en faveur des plus pauvres finissent par péjorer leurs intérêts. En dehors de ces effets pervers, on peut noter que l'argumentation libertarienne (conséquentialiste) s'axe autour de trois axes.

1. La suppression de l’État entraîne un enrichissement généralisé (entre autres) par la suppression des monopoles et des cartels étatiques, par la suppression des limitations de la libre concurrence (subventions, privilèges, réglementations, etc.) par les politiciens, par la suppression des rentes politiciennes et gouvernementales, et par la supériorité du fonctionnement des entreprises privées sur les entreprises étatiques.

2. Cet enrichissement généralisé provoque un accroissement de l'entrepreneuriat et une décroissance du nombre d'employés. La valeur (le prix) de la force de travail (des salaires) des employés augmente en conséquence (du fait de sa plus grande rareté).

3. Si malgré les points 1 et 2, il subsistait de la pauvreté, alors un certain nombre de mécanismes existent pour la juguler. D'abord, les individus ont la possibilité de s'assurer contre les mauvais jours (assurance chômage, assurance maladie, etc.). Ensuite, il peut exister des systèmes de mutualisation (comme les sociétés de secours mutuels, les associations ouvrières, les syndicats, etc.) qui peuvent assister et soutenir les individus en cas de difficultés. Par ailleurs, les individus peuvent faire le choix de vivre dans des communautés (kibboutzs, phalanstères, etc.) qui assurent à leurs membres une prise en charge (plus ou moins) complète en cas de problème. Enfin, les libertariens anarchistes comptent sur la solidarité spontanée et volontaire (des familles, proches, amis, mais aussi d'institutions d'entraide organisées comme les associations caritatives, les églises, etc.).

« C’est le fond de la psychologie humaine. A moins que les Hommes soient affolés sur le champ de bataille, ils « ne peuvent pas y tenir », d’entendre appeler au secours et de ne pas répondre. Le héros s’élance ; et ce que fait le héros, tous sentent qu’ils auraient dû le faire aussi. Les sophismes du cerveau ne peuvent résister au sentiment d’entraide, parce que ce sentiment a été nourri par des milliers d’années de vie humaine sociale et des centaines de milliers d’années de vie pré-humaine en sociétés. »

Pierre Alekseïevitch Kropotkine


Et pourtant, malgré tous ces éléments (qu'il conviendrait de développer davantage dans le détail évidemment), bon nombre de gens craignent qu'une société sans État laisse les pauvres au bord de la route. Je pense que nous devons donner comme réponse aux gens qui bloquent sur cette crainte que de la même manière que nous considérons comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de la justice, de la police, de l'armée et de la diplomatie, nous pouvons tout aussi bien accepter comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de collecter par l'impôt des sommes nécessaires à assurer la survie des plus pauvres (un peu sur le modèle de l'Hospice Générale à Genève). La somme devrait être suffisamment basse pour inciter les gens à préférer trouver un emploi que de continuer à toucher l'allocation et elle devrait varier pour permettre aux individus de préférer prendre un petit emploi et de toucher encore une petite somme  de soutien plutôt que de ne pas prendre d'emploi. Une telle position est une position libertarienne minarchiste de gauche d'après-moi, et elle devrait rassurer beaucoup de gens. Et si 
une société sans Etat échouait à éradiquer la pauvreté, alors cela signifierait simplement que la position libertarienne minarchiste de gauche est corroborée. A noter enfin qu'un libertarien qui serait favorable à un État minimal en charge des fonctions régaliennes et d'une fonction d'assistance aux plus pauvres serait simplement un libéral classique, c'est à dire un libertarien modéré. 



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17/03/2015

La spéculation, un outil de stabilité qui sert les plus vulnérables

 



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J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui sur mon blog le militant libertarien Jean Level, coordinateur de European Students For Liberty pour le Nord de la France. Bonne lecture,
Adrien Faure











C’est bien connu, les spéculateurs sont des parasites qui gagnent leur vie en achetant pas cher et en revendant plus cher, sans jamais produire de richesse. On serait vachement mieux sans eux. 

 

Ça c’était la minute gauchiste. Ou même la minute de droite. Bref une minute où on déclare qui est utile et qui ne l’est pas, et qui mérite de gagner quoi. C’est plutôt fun en général,mais là on va passer à la minute réflexion. Qui sera d’ailleurs vachement plus longue (le temps passe moins vite quand on ne s’amuse pas).Un spéculateur c’est clairement quelqu'un qui gagne sa vie en achetant des produits pas chers et en les revendant plus chers. En tout cas c’est son intérêt, parce que s’il fait un peu trop l’inverse il finit un peu trop ruiné et en général il n’aime pas trop ça. 

Donc notre méchant spéculateur achète un produit pas cher. Au fait quand est-ce qu’un produit n’est pas cher ? Quand il y a beaucoup d’offre par rapport à la demande. Ça les spéculateurs adorent parce que c’est un peu ce qui va leur permettre de manger, alors ils foncent et ils achètent. L’autre manière de le dire c’est qu’ils font monter la demande, donc les prix. Et ça c’est mal ? Bah non pas trop. Parce que certes quelques consommateurs (pas nombreux, « demande faible » souvenez vous) faisaient une super affaire, mais les producteurs eux risquaient de franchement galérer. Les prix qui remontent un peu, ça n’empêche pas les consommateurs de toujours faire une bonne affaire (juste un peu moins bonne), et ça peut permettre au producteur de ne pas changer d’activité.  Salauds de spéculateurs !

Ainsi les spéculateurs ont fait leurs courses, puis vont tranquillement vivre leur vie. Mais quelques mois plus tard la demande augmente. Ou l’offre diminue. On s’en fout un peu. Pour l’histoire ce qui est important c’est que les prix montent. Le salaud de riche ça l’embête un peu, mais il pourra toujours payer. Pour le pauvre c’est un peu plus compliqué, il va devoir se passer du produit en question (si c’est de la nourriture c’est un peu gênant). Sauf que là le spéculateur se dit que c’est peut-être le moment de vendre le produit qu’il avait acheté pas cher avant (c’est pas con un spéculateur !). C'est-à-dire qu’il… fait augmenter l’offre, sans que la demande change. Gné ? Bah ouais, à cause du méchant spéculateur les prix baissent, et le pauvre a plus de chances de pouvoir acheter le produit. Pourriture de spéculateur !

Eh oui, la spéculation, c’est un énorme amortisseur des prix du marché. Elle permet à des producteurs de vivre quand les prix sont bas, et de limiter les hausses de prix brutales qui nuisent avant tout aux plus pauvres. Et ça pas parce que le spéculateur est un gentil bisounours qui aime les pauvres et les producteurs (c’est peut-être son cas, mais on ne peut pas partir de ce principe) : si il rend ce service, peut-être même sans s'en rendre compte, c’est juste parce que très égoïstement il veut avoir des sous pour manger, payer des vacances à sa femme, et offrir des verres à votre maman ou votre sœur en boite de nuit. Et plus il peut payer de verres, plus ça veut dire qu’il a rendu service en temps qu’amortisseur. Ça s’appelle les intérêts convergents, et ça marche super bien.

 

Bon en fait la spéculation ça peut être utile à la "justice sociale", donc ça doit être le rôle de l’État ! 

 

D’ailleurs ce job d’amortisseur utile à tous, personne ne peut le jouer mieux que notre spéculateur égoïste. Parce que sa vie en dépend. Alors qu’une « agence gouvernementale de prévoyance » ou n’importe quel bidule qu’on pourrait inventer pour jouer ce rôle, survivra toujours (oui, les impôts ça serait cool pour renflouer une agence qui aurait acheté en période chère, et donc encore fait monter les prix, pour revendre en période pas chère). Sans compter la possibilité de faire du lobbying intensif auprès de cette agence pleine de sous du contribuable, pour faire varier les cours en votre faveur en lui suggérant de vendre si vous êtes un gros acheteur, ou d'acheter si vous êtes un gros vendeur ("Si si Môssieur le Haut Comissaire, c'est une information exclusive, les prix vont augmenter/baisser - rayer la mention inutile - et tout le monde vous sera reconnaissant d'avoir été si clairvoyant"). 

 

Le capitalisme c'est un mal nécessaire, mais il faut poser des garde-fous ! Luttons contre le capitalisme apatride anthropophage! 

 

Dernier point : plus on met de bâtons dans les roues du spéculateur (« Faut réééééééégulllllllller !!! ») plus il est effectivement embêté (« Bien fait pour sa tête de sale capitaliste turbo-libéral ! »), et moins il peut jouer son rôle d’amortisseur (« C’est pas grave, on ira voir le pauvre qui ne peut pas manger, et on lui dira quand même que c’est de la faute de la finance, et que c'est parce qu'on n'a pas assez régulé ! »), et tant pis pour ceux qui en profitaient le plus. Et si on joue au jeu de l’État stratège, en mettant des subventions dans les domaines rigolos sur le moment, avant de les enlever, puis de changer les normes de production, c’est encore pire. Gné? OUI. Parce que l’intérêt du spéculateur n’est alors plus de prévoir les périodes d’abondance et de disette, mais de prévoir (voire d’influencer) les prochaines réglementations. Est-ce que je suis en train de dire que l’État ne doit pas avoir le pouvoir d’intervenir sur l’économie parce que les acteurs du marché ont plus intérêt à faire pression sur lui qu’à jouer involontairement un rôle utile ? Oui. Clairement. Je suis une pourriture libertarienne après tout, je pense que l'intervention de l'État nuit aux plus fragiles, qu'il vaut mieux laisser les gens libres de rendre des services involontairement, sans bonne intention, que d'imposer de bonnes intentions qui seront au final nuisibles. 

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Pensez à oublier ceci avant de réécouter la télé, parce que ce n’est pas très BienPensance-compatible.

Tendrement et librement vôtre,

Jean L 

 




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13/03/2015

L'irruption de la dissonance



Comme bien des gens, je parcours chaque jour les colonnes d'au moins un quotidien helvète, et parfois même, exceptionnellement, je pousse même jusqu'à zappoter sans grande conviction un téléjournal. Autrement dit, je suis l'actualité.

Et pourtant, je dois bien avouer que je la trouve franchement lassante cette actualité. Jour après jour, le théâtre du monde nous vomit la même bouillie insipide. On a beau changer la couleur du papier (rouge, bleue, orange, etc.), seule la narration et l'ornement varient tandis que le contenu se maintient sur place.

Pourquoi l'actualité est-elle si peu spectaculaire ? Car elle est essentiellement répétition sur répétition des mêmes mélodies. Ce sont les mêmes schémas qui se répètent sans relâche et tournent en boucle devant nos yeux et nos oreilles. Une usine a fermé, une usine va ouvrir, une multinationale a dérobé les ressources de paysans ou d'une ethnie, un gouvernement a nationalisé ou privatisé une entreprise, un conflit salarial oppose un patron à ses employés, la droite vote contre la gauche, la gauche vote contre la droite, le centre s'allie à la droite, le centre s'allie à la gauche, l'extrême gauche reste hors du gouvernement, une grève éclate, une grève prend fin, les syndicats ont négocié les pots cassés, Apple a lancé son xème nouveau gadget, les journaux papiers sont en voie de disparition depuis 10 ans mais ils continuent de se vendre, le gouvernement de gauche n'est pas assez à gauche, le gouvernement à droite est assez à droite. Je continue ?

Alors pourquoi est-ce que je continue de suivre l'actualité ?

Un peu pour des raisons de nécessité (des raisons pratiques) je l'admets (on ne peut pas militer ou faire de la politique sans connaître un minimum l'actualité), un petit peu par plaisir (certaines plumes, certaines chroniques savent encore faire vibrer l'âme du lecteur), mais surtout car, comme tout le monde, j'espère (voire, j'implore) pour que l'inattendu survienne. Que les brumes de la morose répétition se dissolvent, que mes habitudes s'effondrent, et que, enfin, l'inhabituel advienne. Lorsque les révolutions arabes emportent les régimes autoritaires le lecteur vit l'intrusion de la dissonance dans une mécanique bien huilée (la banalité de la marche monde). Cette intrusion est le sel de l'information, le piment journalistique, qui fait passer au lecteur toutes ces pages noircies de redondants remplissages. Pour le meilleur ou pour le pire, et contrairement à ce que croyaient les dérivant situationnistes, le véritable spectacle n'est pas la morne traînasserie quotidienne, mais bien cela : le chamboulement des habitudes, le bouleversement du socle du monde, en bref, l'irruption de la dissonance.



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07/03/2015

Qu'est ce que la philosophie politique ?



On confond souvent la philosophie politique avec bien des choses. Tantôt elle se présente sous les traits de la théorie politique, tantôt comme sous-ensemble de la philosophie morale, et parfois elle apparaît comme partie intégrante de la sociologie. Afin de tenter d'établir quelques éléments de définition clairs et cohérents, nous allons ci-dessous étudier les relations entre la philosophie politique et diverses autres branches de la philosophie et de la connaissance, ainsi que tenter de cerner succinctement ce qui fait la spécificité de la philosophie politique comme domaine de recherche.

D'abord, une question préliminaire se pose à nous : si la philosophie politique se nomme ainsi, c'est parce qu'elle appartient à la philosophie (autrement l'expression « philosophie politique » n'aurait pas de sens), or il serait bon avant de chercher à savoir ce qu'est la philosophie politique de connaître la définition de la philosophie tout court.
Je propose pour ce faire de m'appuyer sur la définition de Steve Humbert-Droz : 

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On trouvera un développement et une défense de cette définition dans le dernier numéro du journal des étudiants en philosophie de l'Université de Genève (Iphilo) et par conséquent je ne me livrerai pas ici à un fastidieux exercice de répétition.

Si nous appliquons à la philosophie politique cette définition de la philosophie, on peut déduire que : la philosophie politique est la discipline dont le champ d'étude est tous les concepts politiques et leurs interactions ; qui les étudie à partir des intuitions en se servant du sens commun et des expériences de pensée afin de former des arguments valides à leur propos.

Pour comprendre ce qu'on entend par « concept politique », voilà une courte liste de quelques concepts politiques : justice, liberté, égalité, droits, État, démocratie. On peut constater qu'il y a deux types de concepts différents : des concepts clairement moraux (justice, liberté, égalité, droits) qui sont en fait des concepts axiologiques ou déontiques, ainsi que des concepts (État, démocratie) qui ne semblent pas a priori être des concepts moraux. Mon hypothèse est que seuls les seconds (État, démocratie) sont des concepts purement politiques. Néanmoins, les premiers (les valeurs et les normes sus-mentionnés) peuvent être étudiés comme des concepts politiques lorsqu'ils ne s'appliquent pas à une réflexion sur ce que devrait faire un individu, mais lorsqu'ils s'appliquent à une réflexion sur ce que devrait être la société (à noter qu'un concept moral peut être étudié comme concept moral et comme concept politique si on mène une réflexion sur comment devrait se comporter un individu et sur comment la société devrait être, ou autrement dit, on peut mener en même temps une réflexion éthique et politique, et c'est même probablement une bonne manière de procéder).

Cette définition de la philosophie politique est compatible avec la démarche de Platon dans la République où, après avoir défini que ce qui caractérise une société idéale est la justice, il recherche ce qu'est une société juste. Elle est aussi compatible avec la définition de Murray Rothbard qu'il donne dans l’Éthique de la liberté, soit comme recherche normative de ce que devrait être une société libre et juste (ou autrement dit selon lui, de ce que devrait être une société idéale). Il est toutefois plus compliqué de savoir si elle est compatible avec la démarche de John Rawls. Ce dernier considère en effet dans son ouvrage de reformulation de sa théorie de la justice que la philosophie politique a pour tâche (entre autres) de trouver, non pas ce qu'est la société idéale, mais quelle serait une société acceptable par tous (et donc quels critères de justice pourraient rendre cette société acceptable par tous). Je pense toutefois que l'on pourrait démontrer que cette proposition de Rawls est un artifice rhétorique pour cacher le fait que ses propositions en matière de critères de justice font de sa proposition de société acceptable une proposition de nature équivalente (aussi englobante) qu'une proposition de société idéale. En outre, si la société idéale est impossible à mettre en place (à cause du pluralisme raisonnable qui est un des axiomes limitant volontairement les recherches de Rawls), alors la société idéale devient par réduction la société acceptable par tous que Rawls définit avec ses critères de justice. Toutes ces questions méritent bien entendu un développement ultérieur.

A présent, j'aimerais essayer de distinguer la philosophie politique d'autres domaines de la philosophie. Premièrement, il est clair que la philosophie politique est un sous-ensemble de la philosophie tout court. Mais la philosophie politique est aussi un sous-ensemble de la philosophie éthique (ou morale), car 1. toute proposition politique ne peut être justifiée que par l'invocation d'une proposition morale ou d'un concept moral 2. les concepts qu'elle étudie sont partiellement des concepts moraux (l'inverse n'est pas le cas de la philosophie éthique). Deuxièmement, on entend parfois parler de « philosophie sociale ». Je ne sais pas vraiment ce que ceux qui emploient cette expression entendent précisément, mais je suppose que c'est soit une manière de parler de la philosophie politique, soit une manière de désigner des théories de sociologie (mais enfin peut-être qu'il existe des concepts sociaux non politiques, mais je n'en vois présentement pas). Troisièmement, la philosophie du droit est probablement un sous-ensemble de la philosophie politique qui s'intéresse exclusivement aux questions déontiques (les droits, les devoirs, les interdictions, les obligations, etc.) en rapport avec d'autres concepts politiques (État, démocratie) ou moraux (justice, injustice, égalité, etc.). Quatrièmement, je pense que des philosophes comme Ludwig von Mises, Karl Marx, ou David Friedman, ont montré que la philosophie économique (l'étude des concepts économiques) et la philosophie politique sont extrêmement proches sur bien des points et qu'il y a interpénétration entre ces deux champs d'étude philosophique (le problème étant que la science économique et la philosophie économique sont bien souvent inséparables, ce qui tend à rendre confus l'interpénétration entre philosophie économique et philosophie politique et par conséquent à laisser entendre qu'il y aurait interpénétration de la science économique avec la philosophie politique). Ce dernier point nécessiterait qu'on s'arrête plus en détails sur la nature de la science économique pour clairement distinguer philosophie économique (étude des concepts économiques) et science économique (observation empirique des faits économiques et tentative de généraliser par induction des constantes).

Enfin, j'aimerais aborder les différences qui existent entre la philosophie politique et d'autres domaines de la connaissance. Prenons pour commencer le cas de la science politique. La science politique se découpe (si je ne m'abuse) en deux axes : l'étude des comportements politiques et l'étude des institutions politiques. Elle est descriptive et explicative, et afin d'expliquer ce qu'elle observe elle fait appel à des théories explicatives (fonctionnalisme, structuralisme, interactionnisme symbolique, etc.). Comme on peut le noter, ces théories explicatives sont les mêmes que l'on retrouve en sociologie, ce qui me laisse penser que la science politique est un sous-ensemble de la sociologie (d'ailleurs, la sociologie étudie les phénomènes sociaux et la science politique les phénomènes sociaux à caractère politique). La philosophie politique est normative (prescriptive) et évaluative, mais elle n'est pas descriptive et explicative au même sens que l'est la science politique (elle est descriptive et explicative uniquement en ce qui concerne les concepts). Ainsi, la philosophie politique s'inscrit bien dans un champ de la connaissance (la philosophie) distinct de celui de la science politique qui s'inscrit plutôt au sein des sciences sociales en général (et de la sociologie en particulier je suppose). Quant à la théorie politique, on peut la différencier de la philosophie politique car il me semble que son rôle est plutôt de développer des théories explicatives (des modèles explicatifs, des idéaux-types) plutôt que de faire un travail normatif ou évaluatif. C'est du moins une manière de différencier les deux expressions pour leur préserver un sens qui ne les confondent pas. On peut aussi abandonner l'idée de les distinguer (après tout on parle dans d'autres domaines indistinctement de théorie de la connaissance et de philosophie de la connaissance pour désigner l'épistémologie). Un argument contre la distinction entre philosophie politique et théorie politique réside dans le fait que l'ontologie politique est tout autant employé par les deux domaines de recherche. Enfin, je propose comme ultime distinction de différencier la philosophie politique en tant que domaine d'étude et de recherche d'une philosophie politique qui serait simplement l'équivalent d'une doctrine politique. Le travail de la philosophie politique est entre autres l'évaluation des philosophies politiques et le développement de philosophies politiques, mais la philosophie politique ne se réduit jamais à une philosophie politique (à moins de tomber dans le dogmatisme).

Voilà, j'espère que cette petite présentation aura permis de clarifier quelque peu la définition de la philosophie politique.


 

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07/02/2015

Qu'est ce que la justice pour un libertarien ?


La justice est quelque chose d'essentiel pour tout libertarien. En effet, le libertarianisme se présente volontiers non seulement comme une théorie de la liberté, mais surtout comme une théorie de la justice (qui serait meilleure, soit plus valable, que les théories concurrentes, comme celle de Rawls par exemple). En vérité, il y a débat parmi les théoriciens libertariens sur ce qui est juste et sur ce qui ne l'est pas. J'aimerais ici revenir quelque peu sur ce débat, exposer les différentes positions, et défendre celle à laquelle j'adhère.

Avant toute chose, je souhaiterais rappeler que le libertarianisme propose deux types de règles éthiques différentes, un impératif catégorique (au sens kantien de l'expression) et un ensemble de règles morales laissées au libre choix des individus.
L'impératif catégorique libertarien est : chacun doit respecter les droits de propriété légitimes de chacun (principe de non agression). Le grand débat porte sur la définition de ce qu'est une propriété légitime (et donc sur ce qu'est une agression).
Il existe un second débat qui porte sur quelles devraient être les règles morales à adopter en sus de l'impératif catégorique (le respect du principe de non agression). Par exemple, un libertarien de gauche pourrait avoir envie d'affirmer l'importance du partage volontaire ou de la solidarité, tandis qu'un libertarien de droite pourrait préférer mettre l'accent sur le refus volontaire des drogues ou de l'avortement. A noter enfin qu'il existe une défense très variée en éthique normative du principe de non agression comme fondement organisationnel d'une société (une défense conséquentialiste par David Friedman, une défense par la théorie de la loi naturelle par Rothbard, une défense par l'éthique des vertus par Ayn Rand, et une défense déontologiste par Nozick).

Mais revenons à la question principale : comment définir ce qu'est un droit de propriété légitime ?

Pour Rothbard, x est propriétaire de son corps, et tout ce qu'il obtient par l'usage pacifique de son corps est sa propriété légitime. Toute personne ne respectant pas la propriété d'autrui sur son corps et sur ce qu'il a obtenu par l'usage pacifique de son corps est un agresseur. Évidemment, un éventuel problème réside ici dans la définition de ce qu'est un usage pacifique (= non agressif) de son corps. Pour les marxistes, l'employeur viole les droits de propriété de ses salariés sur leur corps en ne les payant pas l'entier de la valeur de leur travail. Mais on peut infirmer cette hypothèse soit en démontrant la subjectivité de la valeur, soit en rappelant que sur un marché libre tout travail est payé à sa juste valeur car un employeur a toujours intérêt à surenchérir sur un employeur payant ses salariés en dessous de leur productivité.
Selon Rothbard, il convient en outre de mener des enquêtes pour retracer la généalogie des propriétés de chacun afin de déterminer si elles ont été acquises avec ou sans agression. Bien entendu, dans le cas où une propriété a été acquise par l'usage de l'agression, alors elle doit être rendue à son juste propriétaire. On peut qualifier la position de Rothbard de position minimale libertarienne sur la justice (autrement dit, tous les libertariens sont au moins d'accord avec Rothbard, mais certains pensent qu'il ne va pas assez loin).

Rothbard, certes fort habile dans ses définitions, se heurte à un problème : les ressources naturelles. Selon lui, à l'origine les ressources naturelles ne sont à personne et les premiers individus à se les approprier par leur travail (en mélangeant à ces ressources leur travail) en deviennent les propriétaires légitimes. Locke, et Nozick à sa suite, contestent qu'il soit juste que certains s'approprient des ressources naturelles au détriment d'autrui et toute appropriation est donc soumise à une clause (un proviso) interdisant de s'approprier une ressource si cela nuit à autrui. Évidemment, il est relativement difficile d'en impliquer des applications pratiques (autre qu'un système collectiviste). S'engouffrant dans la brèche ouverte par Locke, l'ancêtre des libertariens, Henry George et les géolibertariens vont impliquer d'une appropriation originelle des ressources naturelles injustes un droit des individus spoliés à toucher une part de ces ressources ou des revenus qui en proviennent. Les marxistes analytiques, dont l'éminent Gerald Cohen, utiliseront aussi cet argument pour justifier la nécessité d'une propriété commune des ressources naturelles.
Toutefois, comme je l'ai expliqué dans un billet précédent, toutes ces positions sont fausses, car A n'est une ressource pour x que du moment que x a trouvé comment faire un usage productif de A. Autrement dit, rien n'est une ressource en lui-même, mais ce sont les individus qui créent les ressources en trouvant un usage utile et productif à ces ressources.

Mais Rothbard se trompe tout de même sur un point : son système d'enquête généalogique ne peut permettre de rétablir une répartition juste de la propriété tant les derniers siècles ont été soumis à l'agression systématique et systématisée (l’État). Jamais nous ne pourrons rétablir une répartition juste de la propriété ainsi. Par conséquent, la seule chose qui est juste est, comme le défendait d'une certaine manière le socialiste libéral Oppenheimer, de répartir de manière égalitaire l'ensemble de la propriété une bonne fois pour toute, puis de laisser un marché libre (sans État) répartir à l'infini la propriété en fonction des échanges libres entre individus.
Ceci étant dit, je ne suis pas de ceux qui défendent une expropriation généralisée par l’État et une redistribution égalitaire par ce dernier avant sa suppression, et ce pour deux raisons. D'une part, parce que donner ce pouvoir à l’État c'est rendre fortement improbable sa suppression ultérieure (au contraire, c'est mettre en place les racines de la tyrannie d'un étatisme total). D'autre part, il suffit qu'une seule personne ait réussi à transmettre sa propriété à ses descendants de manière pacifique pour que ces descendants innocents soient victimes d'un acte injuste, et cela n'est pas acceptable.
Par conséquent, ce qui est juste c'est que les individus répartissent volontairement la propriété de manière égalitaire. Pour ce faire, on peut imaginer une entreprise proposant à chaque individu sur Terre de signer un contrat de cession de biens soumis à la condition que chaque individu du globe le signe aussi. Avec une campagne médiatique d'importance et un fort mouvement social en sa faveur, une telle démarche pourrait amener un jour l'ensemble de l'humanité à s'engager pour rétablir la justice. 

18:19 Publié dans Libertarianisme, Théories de la jutice | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/01/2015

Le libertarianisme et les penseurs socialistes : convergences



Après avoir esquissé à grands traits dans un précédent billet les convergences thématiques entre le libertarianisme et la gauche, je m'intéresse à présent aux convergences entre penseurs socialistes et libertarianisme. En effet, je me suis rendu compte au fil de mes recherches de certaines ressemblances de vue parfois inédites.

On trouve d'abord, de manière assez surprenante en fait, une convergence entre la critique que Karl Marx, Friedrich Engels, et même Lénine (avant octobre 1917), formulent à l'encontre de l’État-bourgeois (qu'il convient selon eux de détruire) et la critique que font les libertariens de l’État(-tout court). Cette convergence entre marxisme orthodoxe et libertarianisme se retrouve notamment dans leurs écrits lorsqu'ils s'en prennent à la connivence entre bureaucrates et grands capitalistes et aux privilèges que ces derniers obtiennent des premiers. Bien entendu, de l’État-ouvrier (la dictature du prolétariat) à la théorie de l'expropriation de la valeur du travail des prolétaires par les bourgeois, tout le reste du marxisme orthodoxe diffère du libertarianisme. Néanmoins, on pourrait imaginer une formulation marxiste proposant de retirer de l’État toute sa propriété pour la rendre aux prolétaires qui réduirait le fossé entre marxisme et libertarianisme.

Du côté des marxistes que l'on qualifiera de non orthodoxes, on trouve d'autres accointances. Chez Antonio Gramsci, avec sa critique de l'hégémonie culturelle (passant par le contrôle des médias, de l'éducation, ou encore des artistes), qui est assez proche de celle formulée par les libertariens à l'encontre de l'hégémonie culturelle étatique, ou chez Althusser, qui développe la théorie de Gramsci en inventant les
Appareils Idéologiques d’État.

Moins surprenant, on retrouve du côté des anarchistes individualistes toute une gamme de penseurs proches du socialisme (Max Stirner, Thoreau, Lysander Spooner, Benjamin Tucker, Josiah Warren) et dans le même temps présents dans les fondements mêmes de la construction théorique libertarienne (cf. Murray Rothbard), ainsi que des penseurs proches de cet anarchisme individualiste comme Oscar Wilde qui se revendique d'un socialisme individualiste. Tandis que certains anarchistes socialistes comme Proudhon peuvent carrément être considérés comme des (proto-)libertariens (au moins dans ses derniers textes contre l'impôt et faisant l'éloge de la propriété comme défense contre la tyrannie et l’État).

En outre, il existe une catégorie peu connue qui est celle des socialistes libéraux, comme Oppenheimer, qui est clairement très proche des libertariens.

Enfin, je conclurai avec deux oiseaux rares.
Premièrement, Foucault, pour son dernier cours sur le libéralisme, qui comporte des inclinaisons positives envers le libéralisme, et pour sa critique du (bio-)pouvoir qui comprend une critique de l’État (entre autres, providence). Et deuxièmement, Ivan Illich, une des figures les plus fondamentales de l'objection de croissance et de l'écologie politique, pour sa critique des institutions étatiques, et notamment de l'école obligatoire.



 



20:35 Publié dans libertarianisme & socialisme | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

30/12/2014

La diversité libertarienne

 

Pour toutes les définitions, je vous renvoie à mon article sur les libertarianismes de gauche : 

http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2014/11/24/les-libertarianismes-de-gauche-262137.html 

J'ajouterais simplement que la position lockéenne est celle (évidemment) de John Locke, mais aussi celle de Nozick. Elle comprend un proviso, une condition/clause à l'appropriation, qui établit que x ne peut s'approprier A que si cela ne nuit à personne. La position néo-lockéenne est celle de Rothbard, elle ne comprend pas de proviso et est donc plus permissive. 

 

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23/12/2014

Quelques postulats libertariens en matière de questions internationales


1. L’État est l'institutionnalisation de la violation de la liberté et de la volonté des individus (soit l'agression systématique et systématisée). Par conséquent, d'un point de vue libertarien, les relations internationales ne devraient pas dans l'idéal concerner des États ou leurs représentants mais bien plutôt les individus et leurs organisations librement constituées. Toutefois, étant donné l'influence des États aujourd'hui, il convient d'analyser leur action dans le cadre des relations internationales.

2. Les libertariens préfèrent les États davantage respectueux de la liberté individuelle aux États moins respectueux de cette dernière. Autrement dit, ils préfèrent les États libéraux aux États démocratiques, les États démocratiques aux États autoritaires, et les États autoritaires aux États totalitaires.

3. Plus un État est petit, plus il est contrôlable par les individus, et moins il peut violer leur liberté. Par conséquent, les libertariens préfèrent les États de petite taille aux États de grande taille, les confédérations nationales aux fédérations nationales, les fédérations nationales aux nations unitaires, et les nations unitaires aux empires. Ils sont favorables aux démantèlement des États en plus petites entités et unités, et s'opposent à l'existence de grandes entités supra-nationales comme l'Union Européenne. Enfin, ils soutiennent tous les mouvements indépendantistes et séparatistes, y compris les mouvements révolutionnaires, du moment que ces mouvements agissent dans le respect des droits de propriété légitimes des individus et qu'ils ne répondent à la violence de l’État que de manière proportionnelle à celle-ci.

4. Le droit international n'est que le reflet juridique d'un contrôle étatique supra-national. Les individus ont moins de contrôle sur le droit international que sur le droit national. Par conséquent, les libertariens s'opposent à l'existence d'un droit international inter-étatique.

5. L'arme nucléaire ne pouvant que toucher des individus innocents, les libertariens sont favorables au désarmement nucléaire.

6. Le libre-échange renforce l'interdépendance des États et réduit le risque de conflit entre ceux-ci. Par conséquent, les libertariens encouragent l'extension du libre-échange.

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20/12/2014

Interprétations de la Grande Dépression

 

Je partage sur mon blog ce travail que j'ai réalisé dans le cadre d'un séminaire d'histoire contemporaine. On y trouvera un certain nombre d'interprétations de la Grande Dépression.

Interprétation keynésienne de la Grande Dépression

Figure de référence : Stiglitz (et non Keynes en ce qui concerne l'interprétation de la Grande Dépression, car son approche de la crise diverge de celle de ses disciples)

L'interprétation keynésienne du déroulement de la Grande Dépression la fait débuter durant les années 1920. Ce serait en effet durant ces années que la population étasunienne se serait plongée à corps perdu dans des activités spéculatives de plus en plus effrénées, achetant des actions pour les revendre ensuite lorsque les cours de la Bourse avaient augmenté. Dans le contexte de ces années folles, on pouvait même emprunter de l'argent à ceux qui vendaient les actions (les courtiers), puis investir cet argent et réaliser un profit sur la base de cet argent emprunté. Ce type d'emprunt (call loans) était possible avec seulement 10% de fonds propres, et ainsi si vous aviez 100 dollars et que vous en empruntiez 900, vous pouviez alors acheter des actions pour 1000, attendre que le marché boursier croisse, puis revendre, récupérer 1100, rembourser le courtier en adjoignant une commission pour son prêt, et finalement réaliser un bénéfice substantiel à partir d'une mise de départ minime. Selon les keynésiens, la croissance de la spéculation aurait amené à une sur-évaluation des capacités des entreprises à créer de la richesse. Autrement dit, la valeur des actions des entreprises ne correspondait plus à la capacité réelle des entreprises à réaliser des bénéfices.

En 1929, les investisseurs cessent d'avoir confiance dans la hausse continue du marché des actions et dans la capacité des entreprises à créer des richesses de manière continue. Ces prévisions (anticipations) pessimistes des investisseurs les amènent à vendre leurs actions pendant que le marché boursier est encore haut, mais plus les investisseurs vendent leurs actions, plus la valeur des actions baisse. Plus la valeur des actions baisse, plus les investisseurs veulent vendre car plus ils craignent que le marché boursier ne perde encore de la valeur... Et c'est le krach de la Bourse, soit une ruée des investisseurs pour vendre le plus vite possible leurs actifs en Bourse, faisant ainsi s'écrouler la valeur de ces mêmes actifs.

Avec le krach boursier, la population étasunienne craint que les grands investisseurs, et en premier lieu les banques, ne fassent faillites ou du moins ne soient insolvables. C'est pourquoi une grande partie de la population se presse aux banques (ruée bancaire) pour récupérer l'argent qu'elle y a déposé. Les banques devant faire face à ces demandes de retrait en cascades, elles restreignent le crédit (c'est à dire les prêts qu'elles octroient aux entreprises et aux ménages). Étant donné que les entreprises dépendent du crédit pour payer leurs achats courants (les entreprises ne recevant les paiements de leurs ventes qu'a posteriori), et étant donné que les entreprises dépendent du crédit pour investir, cette contraction du crédit ralentit et réduit leurs activités et leurs bénéfices. Ce ralentissement de la consommation des entreprises s'ajoute au ralentissement de la consommation des ménages, ces derniers n'ayant plus accès au crédit à la consommation, pour confluer en une importante baisse de la consommation généralisée, qui touche en premiers lieux les biens durables (soit l'électroménager, les voitures, le logement, et autres types de bien relativement chers pour l'époque). Cette baisse de la consommation induit une baisse des ventes des entreprises, qui réagissent en tentant de baisser leurs coûts en réduisant les salaires ou en licenciant. Comme les salariés licenciés se retrouvent sans revenus, leur consommation en baisse vient accroître la contraction de la consommation, ce qui accroît encore les pertes des entreprises.

En conséquence de cette chaîne d'événements, on assiste aux conséquences terribles que l'on connaît : baisse de la production, baisse des salaires, hausse du chômage, hausse de la pauvreté, croissance du logement précaire, etc.
A noter qu'une variante de l'explication keynésienne met l'accent sur la croissance des inégalités entre riches et pauvres pour expliquer une baisse de la consommation qui aurait joué un rôle important dans la crise.

Face à cette situation catastrophique, les keynésiens considèrent que le président républicain Hoover est incapable de faire face à la crise, car il ne prend pas les mesures adéquates, ou pire, ne fait rien. Et pourtant, les solutions existent selon eux. Elles passent par une politique budgétaire axée sur la redistribution des richesses entre les riches et les pauvres, car les pauvres consomment davantage que les riches, par une politique de relance de la consommation à travers de grands travaux (dans les infrastructures, comme les ponts, les routes, les écoles, les hôpitaux, etc.), et par une politique financière axée sur une baisse du taux d'intérêt de la banque centrale afin d'augmenter les prêts qu'elle octroie aux autres banques pour accroître leurs possibilités de crédit aux entreprises et aux ménages. Bien que cela soit plus ou moins ce qu'a fait Roosevelt, la plupart des keynésiens affirment qu'il n'a pas agi avec suffisamment de volonté politique. Ce serait un manque de radicalité dans son action politique qui expliquerait pourquoi les résultats des politiques du New Deal n'ont pas été aussi bons que ce que la théorie keynésienne pouvait laisser penser qu'elle serait. Et c'est ce qui explique pourquoi la crise se serait poursuivie jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale malgré la mise en pratique des mesures préconisées par les keynésiens.


Interprétation marxiste de la Grande Dépression

Figures de référence : Eugène Varga, Isaac Johsua

 

Dans le cadre du capitalisme de marché, les entrepreneurs capitalistes sont en concurrence entre eux pour écouler leur production (leurs marchandises). Afin de ne pas laisser de parts de marché à leurs concurrents, ils doivent baisser les prix de vente le plus bas possible. Afin de baisser leurs prix de vente, ils doivent baisser leur coût de production, et pour pouvoir baisser leur coût de production, une des manières de procéder les plus aisées consiste à abaisser les salaires de leurs salariés. Toutefois, en baissant le salaires de leurs salariés, les entrepreneurs capitalistes provoquent une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs (car leurs salariés sont aussi leurs consommateurs), ce qui se traduit par une baisse de la consommation. Cette baisse de la consommation induit une baisse des ventes pour les entrepreneurs capitalistes, et donc une baisse de leurs profits.

Cette baisse des ventes laisse une partie de la production invendue sur le marché, et c'est pourquoi les marxistes parlent de crise de surproduction pour dénommer ce type de crise. Il y a selon eux abondance de marchandises produites, mais le mécanisme chaotique et anomique de la concurrence capitaliste ne permet pas une répartition rationnelle de la production en fonction des besoins réels des consommateurs. Au contraire, les marchandises invendues se déprécient, ce qui conduit à la déflation (soit à une baisse généralisée des prix). Cette baisse des prix et cette baisse des ventes (et donc des profits) amène les entrepreneurs capitalistes à abaisser encore les salaires des salariés et à les licencier, ainsi qu'à réduire leur production pour répondre à la demande en baisse.
On retrouve dans l'approche marxiste tous les éléments classiques de la Grande Dépression : production en baisse, baisse des salaires, hausse du chômage, hausse de la pauvreté, etc.

Pour les marxistes, ce n'est toutefois pas l’État qui doit et peut sauver l'économie, comme le pensent les keynésiens, mais ce sont les travailleurs (les prolétaires) eux-mêmes qui doivent se sauver, en renversant le capitalisme et en expropriant les entrepreneurs capitalistes (propriétaires des moyens de production) par la révolution. Dans cette optique, l’État keynésien joue un rôle contre-révolutionnaire, puisqu'il ralentit l'avènement de la révolution socialiste (l'expropriation de la bourgeoisie par le prolétariat) et le renversement du capitalisme en permettant à la domination bourgeoise de perdurer.


Interprétation monétariste de la Grande Dépression

Figure de référence : Milton Friedman (« A monetary history of the United States »)

Selon les monétaristes, il y a bel et bien une bulle spéculative qui provoque le krach de 1929 (là-dessus il y a a priori accord avec les keynésiens), toutefois, la récession aurait d'ores et déjà commencé en août 1929, soit deux mois avant le krach d'octobre. Le krach provoque une panique chez les consommateurs et les entrepreneurs qui se mettent à faire des réserves. Cette peur pousse les déposants à se ruer sur les banques pour y retirer leurs dépôts, ce qui déclenche une série de faillites bancaires, détruisant les capacités de prêt de l'économie étasunienne. A titre d'illustration, nous pouvons noter qu'en 1929 il y avait 25 000 banques aux États-Unis, tandis qu'au début de l'année 1933 il n'en reste plus que 18 000. Enfin, après la fermeture forcée décidée par Roosevelt, il n'en reste que 15'000. La crise sonne donc le glas pour 10 000 banques, soit pour 40 à 45% des banques étasuniennes et de la capacité de crédit du pays.

Selon Milton Friedman, la banque centrale étasunienne aurait alors dû acheter des bons du gouvernement (c'est à dire des obligations émises par la banque centrale qu'elle peut acheter ou émettre à volonté) et baisser son taux d'intérêt pour offrir des liquidités aux banques et leur permettre ainsi d'avoir suffisamment de monnaies pour faire face aux demandes de retrait des déposants, et éviter de cette manière la faillite. Or, la banque centrale ne fait rien de tout cela et reste passive. Pire, en septembre 1931, elle relève le taux d'intérêt auquel elle prête aux banques, ce qui réduit leur possibilité de crédit aux entreprises et aux ménages. En conséquence, rien n'est fait selon Friedman pour empêcher la restriction du crédit et la contraction de la masse monétaire, qui provoque déflation, chute de la production, baisse de salaires, licenciements, etc.

Interprétation libre-échangiste de la Grande Dépression

Figure de référence : Jude Wanniski

En 1999, Jude Wanniski publie une analyse originale du déclenchement de la Grande Dépression. En premier lieu, il commence par nier l'existence d'une bulle spéculative. Selon lui, les investisseurs à la Bourse anticipent les évolutions de l'économie, et pour ce faire prêtent une attention particulière à l'état de l'économie, mais aussi aux interventions de l’État et aux impacts qu'elles sur les possibilités des entreprises de réaliser des profits. Ainsi, si les autorités politiques votent des lois allant à l'encontre du fonctionnement optimal de l'économie, alors les investisseurs prennent peur et retirent leurs capitaux (cessent d'investir). Suivant ce raisonnement, Wanniski affirme que le krach boursier de 1929 est une anticipation de la part des investisseurs de la Loi sur les tarifs douaniers rentrée en vigueur en 1930 (le Smoot and Hawley Act). En effet, le déclin boursier calamiteux du lundi 28 octobre et du mardi 29 octobre 1929 a eu lieu immédiatement après la défaite de la coalition parlementaire qui était la dernière barrière à la mise en place des tarifs douaniers.

Si on peut légitimement questionner la pertinence d'une approche aussi mono-thématique, on peut aussi noter que tous les historiens s'accordent sur le fait que ces importantes mesures protectionnistes du Smoot and Hawley Act ont eu des conséquences désastreuses pour les États-Unis et le reste du monde, en provoquant une véritable montée des barrières économiques et commerciales, asséchant le commerce mondial et appauvrissant l'ensemble des producteurs et des consommateurs.

Interprétation de l'école autrichienne d'économie de la Grande Dépression

Figures de référence : Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Murray Rothbard, et Lawrence Reed

Selon cette approche, développée particulièrement par Rothbard, la cause première et fondamentale de la Grande Dépression réside dans l'existence et l'action de la banque centrale étasunienne, appelée Réserve Fédérale des États-Unis en français et Federal Reserve System en anglais (ou FED). Selon Rothbard, la FED mène une politique inflationniste durant les années 1920 en maintenant un taux d'intérêt bas aux prêts qu'elle accorde aux banques. Cette politique de la FED a pour conséquence d'accroître les liquidités dont disposent les banques. En effet en abaissant le taux d'intérêt de ses prêts, la FED abaisse le prix de l'argent (et donc des prêts) pour les autres banques. Ainsi, les banques sont incitées à accroître leurs prêts (puisque cela leur coûte moins grâce aux prêts à moindre coût de la FED), et c'est justement ce qu'elles font durant les années 1920.

Tant que cette politique de crédit facile dure, les consommateurs ont davantage accès à des prêts pour acquérir des biens durables (électroménager, voiture, logement, etc.) et les entrepreneurs ont davantage de crédits pour investir, faire des affaires, et produire (puisqu'une entreprise dépend du crédit pour produire, la production nécessitant un capital a priori n'étant remboursé qu'a posteriori après vente des biens ou services produits). Mais dans le même temps, cette politique de crédit facile provoque inévitablement un accroissement de la masse monétaire en circulation, et donc de l'inflation (en effet, si tout le monde a davantage d'argent et de pouvoir d'achat, les prix montent).

Cette augmentation des prix aux États-Unis durant les années 1920 provoque une baisse des exportations, les produits étasuniens coûtant plus cher à produire en comparaison aux pays ayant des monnaies moins inflationnistes, et une hausse des importations, les Étasuniens consommant davantage de produits de l'étranger puisque leur monnaie vaut davantage par rapport aux monnaies étrangères à cause de l'inflation. Le problème dans cette situation réside dans le fait que les vendeurs étrangers ne gardent pas les dollars étasuniens, mais les échangent dans les banques étasuniennes contre de l'or, car nous sommes dans un système d'étalon-or. L'inflation provoque donc des sorties d'or du pays.

En conséquence, en 1929 les banques se retrouvent en possession de moins en moins d'or. Ce qui est problématique pour elles, car le système de l'étalon-or les contraint à devoir accepter de changer en tout temps la monnaie de leurs clients en or. D'où la nécessité qu'elles ont de garder toujours des réserves d'or suffisantes. Pour réduire leur risque d'être insolvables, les banques ralentissent progressivement le rythme et la facilité de leurs prêts. Ce durcissement des politiques de crédit des banques, conjugué à la baisse de la base d'or des banques, effraient le grand public provoquant des ruées bancaires (c'est à dire des afflux de déposants désireux de retirer leurs dépôts bancaires en liquides). En conséquence, nombre de banques ne survivent pas à ces ruées bancaires (comme on l'a vu aussi dans l'analyse de Milton Friedman).

En outre, la chute du crédit bancaire étrangle les entreprises qui doivent ralentir leur rythme de production, annuler des investissements, et réduire leurs coûts de production, tandis que les consommateurs ne peuvent plus accéder aux prêts qui leur permettaient d'acheter des biens durables. Les entreprises baissent les salaires pour essayer de réduire leurs coûts de production, et, face à l'impossibilité de les baisser davantage (à cause de l'intervention gouvernementale de Hoover puis de Roosevelt, qui maintiennent un niveau de rémunération salariale minimal supérieur au niveau du capacité du marché), licencient. La chute du crédit provoque donc un effondrement de la consommation, une chute de la production, une baisse des salaires, une montée du chômage, ou plus brièvement formulé : une récession importante.

Selon Rothbard, la reprise ne se fera que grâce à la baisse des prix étasuniens (qui a lieu effectivement, car plus le pays s'enfonce dans la crise moins les entreprises et les ménages dépensent). En effet, la déflation provoquera une reprise des exportations et l'accroissement des entrées d'or, permettant aux banques d'accroître à nouveau le crédit.

 

En 1998, un autre membre de l'école autrichienne d'économie, Lawrence Reed a développé cette analyse en mettant cette fois-ci en évidence le rôle essentiel joué par l’État dans la Grande Dépression. Selon lui, si la récession de 1929, induite par l'action de la banque centrale, se transforme en Grande Dépression c'est à cause des politiques du président républicain Hoover. D'une part, à cause de ses politiques protectionnistes, et d'autre part à cause de ses augmentations d'impôts, qui ont réduit l'investissement et la production, sans oublier à cause du niveau trop élevé des salaires qu'il contraint les entreprises à adopter.

Si selon Reed le président républicain Hoover transforme une récession en Grande Dépression, c'est le président démocrate Roosevelt et son New Deal qui vont prolonger la dépression économique jusqu'en 1950. Reed pointe notamment l'impact du salaire minimum qui a pour effet immédiat de mettre 500 000 Noirs au chômage en 1933, mais aussi l'impact de la planification partielle de l'économie entre 1933 et 1935 qui fait monter le coût des affaires de 40% et voit une partie de la production agricole être détruite, faisant monter les prix de la nourriture et affamant les consommateurs. Il met aussi en évidence les taux d'impôt de 90% mis en place par Roosevelt qui touchent les hauts revenus, bloquant ainsi l'investissement et la production. Il pointe par ailleurs la corruption de la bureaucratie du New Deal qui oblige les demandeurs d'emplois à faire des dons pour le Parti Démocrate en échange d'emplois. Enfin, il montre que le climat anti-entrepreneurs et anti-affaires de la période du New Deal a passablement déprimé les entrepreneurs et les a incité à ne pas produire.

Pour conclure avec cette approche, on peut noter que la solution pour éviter la crise et les crises suivantes consiste selon l'école autrichienne d'économie à supprimer les banques centrales, le monopole de l’État sur la monnaie, et de manière générale à supprimer toute intervention de l’État dans l'économie.



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29/11/2014

L'impôt c'est l'exploitation de l'Homme par l'Homme



Afin de clarifier cette position éthique libertarienne fondamentale, je reprends l'argument de Nozick présenté à la fin de mon précédent billet pour le formaliser très simplement.



Impôt/processus d'imposition : X est contraint par l’État à lui verser une partie de son revenu.


Par la suite, l’État donne/redistribue une partie des recettes fiscales (issues de l'imposition des individus) à certains individus.

Ainsi X est contraint par l’État de verser une partie de son revenu à Y.
Or le revenu de X correspond à une rémunération R pour un temps de travail T.*
Donc X est contraint par l’État de travailler pour Y durant une partie de son temps de travail T.

*Rémunération du temps de travail pour tout type de travail (travail salarié, entrepreneuriat, investissement, etc.)

Donc, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même est une définition valable du processus d'imposition.

Or, être contraint par la force, indépendamment de sa volonté ou contre sa volonté, à travailler pour quelqu'un d'autre que soi-même, est une définition possible de l'esclavage.

La nature de l'impôt est donc essentiellement l'exploitation de l'Homme par l'Homme et l’État n'est rien d'autre que l’institutionnalisation de la négation de la volonté individuelle et de l'esclavage.

Le projet libertarien peut donc se résumer ainsi : abolition de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, abolition de l'esclavage, respect de la volonté individuelle.


 

 

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26/11/2014

L'erreur du géolibertarianisme (et celle de Rawls)



Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles (dont le sol) sont limitées et que comme elles sont limitées il n'est pas juste que certains individus s'approprient des ressources en toute liberté au détriment des autres. Cela leur permet de justifier une redistribution des richesses produites par les individus par le biais d'un État (et c'est pourquoi les géolibertariens sont des minarchistes de gauche).

Je pense toutefois que les géolibertariens font erreur lorsqu'ils considèrent que les ressources naturelles sont limitées. Car ils supposent que les ressources ont leur qualité de ressource de manière inhérente à elles-mêmes. Autrement dit, ils supposent qu'il est le propre d'une ressource d'être une ressource, que les ressources existent objectivement en dehors des êtres humains. Or, cela est faux, car A n'est une ressource pour X que du moment où X décide d'utiliser A pour en faire quelque chose. Si X n'imaginait pas un usage possible de A pour réaliser un but particulier, alors A ne serait pas une ressource, mais simplement un objet physique sans fonction particulière. Ce sont donc les êtres humains qui, lors d'un acte de création visant la réalisation d'un but, donnent le caractère de ressource à un objet physique sans fonction particulière prédéfinie. La propriété de A d'être une ressource pour X est donc relative à X.

Compte tenu du caractère relatif d'une ressource, on ne peut pas établir qu'il y a inégalité dans la répartition des ressources naturelles et la justification géolibertarienne d'une redistribution forcée (étatique) des richesses produites s'écroule. Par contre, on peut éventuellement dire qu'il y a inégalité dans la répartition des capacités des individus à créer de la richesse (à créer de la valeur pour les individus à partir d'objets du monde physique). Notons toutefois que cette inégalité ne découle pas forcément tant des capacités des individus (car chacun est compétent dans des domaines différents, mais tout le monde est compétent dans certains domaines), mais surtout de la valeur subjective qu'ils donnent aux fruits de ces capacités. Autrement dit, si X produit A à partir de B, la valeur de B dépend de la valeur que lui trouve Y. Il y a donc surtout une inégalité dans les capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus.

A partir de ce constat du caractère inégalitaire de la répartition des capacités des individus à créer des produits qui répondent à la demande des autres individus (qui découle du fait évident que tous les individus sont différents), Rawls pense que les plus capables des individus devraient être contraints par la force à redistribuer une partie de ce qu'ils ont obtenu pour leurs compétences. Quoiqu'il faudrait revenir en détails sur son argumentation (et je le ferai), j'aimerais tout de même répondre ici que ce qu'il propose est éthiquement inacceptable, car, et si je ne me trompe pas c'est là un argument que l'on retrouve chez Nozick, nul n'a de droit sur autrui. En effet, si X a le droit à une partie du revenu de Y, cela signifie que X a le droit que Y travaille pour X un certain temps sans contrepartie et contre sa volonté. Or, le droit de X de faire travailler Y pour lui contre sa volonté est ce qu'on appelle l'esclavage... 



17:50 Publié dans Géolibertarianisme, Rawls | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

25/11/2014

Le contrat social libertarien



J'étais hier soir à une conférence de Bertrand Cassegrain, co-organisée par la Société romande de philosophie et par l'Association des étudiant-e-s en philosophie de l'Université de Genève (Phileas), portant sur l'impossibilité de l'anarchisme (défini comme un processus de prise de décision collectif fondé sur le consensus/l'unanimité). Si je suis en accord avec la thèse du conférencier (effectivement le consensus ne fonctionne pas et se traduit bien souvent par l'ostracisme de certains des participants à la prise de décision), je pense toutefois qu'elle n'infirme que l'anarchisme conseilliste unanimiste (il y a aussi un anarchisme conseilliste démocratique), et non pas le libertarianisme anarchiste. Car entre l'anarchisme conseilliste unanimiste et l'état de nature (le chaos hobbesien), il y a une place pour le libertarianisme anarchiste, compris comme un consensus ultra-minimal sur un principe éthique, le principe de non agression (i.e. la liberté des uns s'arrête à la liberté des autres).

Si je reprends un schéma de la conférence d'hier, voilà la typologie que je proposerais :

- Monarchie => Un seul décide

- Aristocratie/Oligarchie => Une minorité décide

- Démocratie (dont l'anarchisme conseilliste démocratique, la démocratie directe, etc.) => Une majorité décide

- Anarchisme conseilliste unanimiste => En théorie, tout le monde décide pour tout le monde, mais en réalité une majorité finit par décider pour des minorités (donc retour à la case démocratique).

- Libertarianisme anarchiste => Personne ne décide pour personne, chacun décide pour soi-même dans le respect d'autrui.

- État de nature (anomie hobbesienne) => Chacun décide pour soi-même sans respect pour autrui.

 

L'anarchie libertarienne se fonde donc sur un consensus ultra-minimal sur un principe éthique qui est le principe de non agression. Bien entendu, il faut que ce principe soit défini. La définition libertarienne classique est la suivante : chacun est propriétaire de son corps et de son esprit et de ce qu'il acquiert par leur usage pacifique, nul ne doit violer les droits de propriété d'autrui, une violation des droits de propriété d'un individu correspond à un acte d'agression.
Une difficulté que présente cette définition classique réside dans ses applications pratiques. Un vol ou un meurtre est un acte d'agression évident, mais qu'en est-il de la nature d'un puissant projecteur braqué par x sur la maison de y, ou d'une insulte de x poussant y au suicide ? La solution se trouve probablement et pragmatiquement dans une approche au cas par cas, réalisée par les tribunaux et autres arbitrages privés dans une société sans État (cf. David Friedman).
Quant au respect du principe de non agression, on peut supposer qu'il sera le fait de tous (y compris d'agences de protection privées). En effet, à partir d'une certaine masse critique d'individus respectant le principe de non agression, les agresseurs potentiels sont automatiquement mis hors d'état de nuire.

Le libertarianisme anarchiste est donc bel et bien un projet de société proposant non un retour à l'état de nature, mais une forme ultra-minimale de contrat-social consistant à établir un consensus sur un principe éthique unique, le principe de non agression. 


 

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24/11/2014

Les libertarianismes de gauche



Le libertarianisme est une philosophie politique aux courants multiples et diversifiés. On a tendance à le présenter comme composé d'un triptyque : libertarianisme modéré (hayekien ou infra-hayekien), libertarianisme minarchiste, et libertarianisme anarchiste. Les libertariens modérés sont ceux qui sont favorables à une absence totale d'intervention de l’État dans l'économie, mais qui acceptent l'existence d'un État régalien s'occupant en outre de quelques tâches supplémentaires (assistance sociale, routes, etc.). Ces libertariens sont proches, voire parfois identiques, à ce qu'on appelait autrefois les libéraux classiques. Les libertariens minarchistes sont ceux qui sont favorables à un État minimal, réduit à ses fonctions régaliennes (police, justice, armée, diplomatie). Enfin, les libertariens anarchistes (tel que moi) défendent une société sans État.


Ce premier découpage possible des libertariens peut se doubler d'un second, centré sur la question des mœurs. Il y en effet des libertariens conservateurs et des libertariens progressistes (et toute une gamme de positions intermédiaires évidemment). Les libertariens conservateurs, appelés paléolibertariens, sont par exemple opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, mais contrairement aux conservateurs non libertariens, ils ne souhaitent empêcher personne de consommer des drogues ou de pratiquer l'avortement. Toutefois, ils se refusent à participer au financement de l'avortement ou à celui d'éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues (ce qui n'est pas problématique car tout libertarien est pour un marché libre des assurances en matière de santé et de maladie). A la différence des libertariens conservateurs, les libertariens progressistes ne sont pas opposés à l'avortement ou à la consommation de drogues, bien qu'ils ne souhaitent obliger personne à financer l'avortement ou les éventuels traitements sanitaires pour les individus ayant pâti de leur consommation excessive de drogues.

 

On peut voir ici un premier clivage entre des libertariens de gauche et des libertariens de droite si on associe conservatisme et droite, et progressisme et gauche. Il y a toutefois une petite difficulté dans ce découpage, car il existe des libertariens de gauche comme Proudhon qui ne sont pas des libertariens progressistes, mais des libertariens conservateurs. Donc, on peut considérer qu'il y a un clivage gauche/droite sur la question des mœurs et un clivage gauche/droite sur les questions économiques au sein du libertarianisme, et qu'on peut être libertarien de gauche sur les questions économiques et libertarien de droite sur les questions de mœurs (comme Proudhon).

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Sur les questions économiques, nous avons une opposition entre trois formes de libertarianisme anarchiste. Il y a un libertarianisme anarcho-capitaliste, un libertarianisme anarcho-socialiste, et un libertarianisme anarcho-communiste. Le libertarianisme anarcho-capitaliste défend le salariat, la hiérarchie, et l'autorité au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-socialiste défend le coopérativisme, l'absence de hiérarchie, et des rapports horizontaux au sein de l'entreprise. Le libertarianisme anarcho-communiste (de Proudhon par exemple) défend le mutuellisme. Ici, on a un clivage entre le libertarianisme anarcho-capitaliste que l'on classera très classiquement à droite, et deux libertarianismes de gauche, le libertarianisme anarcho-socialiste et le libertarianisme anarcho-communiste.


 

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Il existe cependant un autre clivage sur les questions économiques, axé sur la question de l'appropriation originelle de la propriété. Certains libertariens pensent que la répartition originelle des ressources naturelles et de la propriété a été fondée sur l'usage de l'agression (cas des bandits notamment), puis a été sans cesse le fruit de l'agression étatique. Compte tenu de cette origine agressive de la propriété, on ne pourrait considérer comme légitime aucune forme de propriété. Rothbard considère qu'il faut que des enquêtes soient menées pour voir si chaque propriété est légitimement acquise (c'est à dire sans usage de l'agression) et que les propriétés acquises par la force soient rendues à leur propriétaire légitime. Face à cette position pragmatique, d'autres libertariens, comme Franz Oppenheimer, défendent une remise à zéro de la répartition de la propriété. Autrement dit, toute la propriété doit être répartie de manière égalitaire entre tous les individus une bonne fois pour toute, et ensuite le libre jeu des échanges et des niveaux de créativité et de productivité différents fera le reste (en absence d’État et d'agression, la répartition sans cesse fluctuante de la propriété sur un marché libre est ensuite considérée comme légitime).


Cette position libertarienne égalitariste fait face à une autre position libertarienne que l'on nomme géolibertarianisme ou georgisme (du nom de celui qui en est le précurseur, Henry George). Les géolibertariens considèrent que les ressources naturelles, et notamment en premier lieu le sol, sont limitées et que par conséquent il n'est pas légitime que chacun s'approprie ces ressources comme il le souhaite (en mélangeant son travail avec ces ressources). Il convient donc que l’État taxe les individus en compensation des ressources perçues. On pourrait appeler cette dernière approche : minarchisme de gauche (par opposition à un minarchisme régalien de droite).
On voit ici se dessiner un clivage entre libertariens remettant en question la légitimité de l'appropriation originelle des ressources et de la propriété avec une position minimale de droite (Rothbard) et une position maximale de gauche (Oppenheimer) en passant par une position minimale de gauche (les géolibertariens).


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Voilà, j'espère que ce petit tour des différentes positions libertariennes de gauche aura donné un aperçu de toute la richesse et la diversité d'une philosophie politique pleine de vitalité intellectuelle, dont la créativité tranche avec la morne stagnation des autres familles politiques. 


 

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02/11/2014

Appareils idéologiques d’État ou comment l'Etat nous asservit



Beaucoup de gens croient que l’État est une hydre omnipotente millénaire (si ce n'est éternelle) que rien ni personne ne pourra détrôner de son piédestal. Et il est effectivement le cas que l’État jouit d'un atout puissant : le monopole de la violence légale (ou le monopole légal de la violence) sur un territoire donné et pour une population donnée. Et pourtant, ce n'est ni la police, ni les tribunaux, ni l'armée, qui maintiennent l'ordre étatique en place à coups de triques et de crosses. Ce qui maintient l’État est en place est bien plus pernicieux : c'est nous-mêmes.

Refoulée en nous, notre croyance en cette grande fiction qu'est l’État, notre crainte devant un monde fondé sur la liberté et le consentement mutuel, s'expriment sous la forme d'une adhésion répétée à l'existence du Léviathan.
Mais pourquoi laissons-nous la part libertaire de notre esprit être étranglée de la sorte par sa part autoritaire ?

Le marxiste Althusser y a répondu en trois lettres : AIE (pour Appareils Idéologiques d’État). Ce sont les structures de propagande étatiques qui influencent notre esprit, et le conditionnent à craindre la liberté et à se résoudre à la société bureaucratique contemporaine. Parmi ces nombreuses structures, ses trois piliers sont : le contrôle des médias (et de la presse), le contrôle des arts (ce qu'on appelle souvent de nos jours la culture), et le contrôle de l'éducation (et de la formation).

Par le contrôle des médias, soit direct lorsque l’État est propriétaire majoritaire de certains médias, soit indirect lorsqu'il se contente de les subventionner, l’État favorise la diffusion des informations qui arrangent ses intérêts (ceux de la classe politicienne et bureaucratique, et de leurs complices économiques). Toute concurrence des médias étatiques ou subventionnés par des médias libres est évidemment rendue ainsi très difficile (très coûteuse et risquée), ce qui pousse les médias libres à rentrer eux aussi dans le système de la dépendance-subvention envers l’État.

Par le contrôle des arts, essentiellement à travers le système asservissant des subventions, l’État peut favoriser les formes d'expression artistique, et les contenus idéologiques qu'ils colportent, qui ne remettent pas en question son existence ou ses intérêts. Même des artistes anarchistes finiraient par cesser de critiquer l’État s'ils se mettaient à vivre sous perfusion étatique. Et c'est ainsi que se crée la servitude volontaire et que les opposants sont muselés avant même d'envisager tout acte subversif.

Enfin, par le contrôle total étatique de l'éducation et de la formation, le pire de tous, la classe politicienne et bureaucratique contrôle le formatage des esprits de l'ensemble des membres de la société et élimine tout enseignement potentiellement subversif.

 

Voici comment la classe politicienne et bureaucratique, et ses complices économiques, maintient son pouvoir, et voilà ce que nous devons libérer en premier lieu. Car si le mouvement libertarien parvient à libérer les médias, les arts, et l'éducation, les verrous mentaux sauteront, l'endoctrinement étatique prendra fin, et une société libre deviendra enfin possible.


 

L'Etat est une fiction qu'il faut tuer en nous.png


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01/11/2014

Le mouvement libertarien étasunien et la gauche

 


« Beaucoup de ceux qui se trouvent à droite devraient se rendre à gauche, et vice versa. L'alternative n'est pas capitalisme contre socialisme mais bien État fort centralisé contre le peuple. »

Carl Oglesby



« Les gens bien à droite et ceux bien à gauche étaient les seuls que mes idées intéressaient... étaient même les seuls que n'importe quelle idée intéressait. Seul le centre bureaucratique, qui était grand, était opposé à toutes les idées. Il y avait, surtout dans les universités, une sorte d'alliance gauche-droite en faveur de l'intelligence, contre la stupidité, qui se trouvait au centre. »

Leonard Liggio



Le mouvement libertarien étasunien s'est formé en tant que mouvement politiquement organisé durant les années 1950 au sein du Parti Républicain, comme une tendance et une fraction de plus en plus organisée et autonome de ce parti. Toutefois, dans les années 1960, les libertariens étasuniens finissent par prendre acte de leur marginalisation au sein de ce parti et de leur incapacité à influer sur sa ligne. Vers 1965, ils décident donc de rompre avec les Républicains et quittent le parti pour se lancer dans une alliance avec ... l'extrême gauche américaine (the New Left).



« L'avant-garde libertarienne [étasunienne] s'aventure à partir de 1965 dans une alliance avec la gauche radicale. Cette coalition entre la Nouvelle Gauche et l'avant-garde libertarienne, sur fond d'anti-étatisme, est encouragée par la réactivation d'un double héritage. Le premier, isolationniste, offre aux libertariens un espace d'accord avec le pacifisme de la gauche. Le second, anarchiste et inspiré d'un Thoreau ou d'un Tucker, ouvre un second lieu de rapprochement avec l'anti-autoritarisme des militants de la gauche radicale. »

(...)

« En 1968, Rothbard rejoignit avec une dizaine de libertarien un nouveau parti d'extrême gauche le Peace ans Freedom Party. Représenté à la présidentielle de 1968 par le candidat Black Panther Elridge Cleaver, le parti se donnait pour programme de retirer les troupes américaines du Vietnam et proclamait une liberté absolue pour chaque individu de conduire sa vie comme il l'entend. (...) Au sein du Peace and Freedom Party, les libertariens passèrent même une alliance avec la faction maoïste du Progressive Labor Party. »

Sébastien Caré



Dans le cadre de cette alliance, les libertariens se lancent dans une vaste campagne contre l'impérialisme étasunien.



« Nous savions tous que l'ennemi du Che était aussi le nôtre : cet immense colosse qui oppresse et effraye tous les peuples du monde, à savoir l'impérialisme américain. »

Murray Rothbard 
(extrait de son éloge funèbre d'Ernesto Che Guevara)


Et adoptent les codes de la contre-culture et du mouvement hippie.


« Nous nous identifions à la contre-culture. Les traditionalistes étaient des gens qui... étaient en costard cravate et portaient de belles chemises. Quant à nous, nous étions simplement affublés de jeans effilochés, écoutions de la musique rock, portions des chemises de travailleurs, laissions pousser nos cheveux, et écoutions les Doors ou d'autres groupes dans le genre... Les libertariens étaient en phase avec la liberté qui s'exprimait dans la génération Woodstock. »

Dana Rohrabacher 



Tout en rejetant la validité du clivage gauche-droite.


« Les catégories actuelles de la « gauche » et de la « droite » sont devenues erronées et obsolètes, et la doctrine de la liberté contient des éléments correspondant aux deux. »

Murray Rothbard


Cette alliance avec l'extrême gauche étasunienne durera jusqu'aux années 1973-1975. A ce moment-la les libertariens étasuniens forment leur propre parti, le Parti Libertarien, emmenant avec eux nombre de militants de gauche convaincus à leurs idées. De cette alliance avec la gauche émergera durablement au sein des libertariens étasuniens une tendance libertaire jusqu'à de nos jours.

Il faut encore ajouter que le vote libertarien (entre 10 et 20% des Étasuniens seraient libertariens aujourd'hui) s'est porté davantage sur le candidat démocrate que sur le candidat républicain lors des élections de 2008.



« Un sondage réalisé par Rasmussen à l'été 2008 indique que 53% des libertariens [américains] auraient soutenu Obama, contre 38% en faveur de Mac Cain. Cette désaffection des voix libertariennes s'explique aisément par la politique suivie par le Président George W. Bush, à la fois interventionniste à l'extérieur, peu respectueux des libertés individuelles et finalement économiquement peu libéral à l'intérieur. »

Sébastien Caré


D'après-moi, l'ensemble de ces éléments devraient donc servir de base de réflexion au mouvement libertarien européen quant à ses possibilités d'extension et de recrutement.


« A l'exception de Ayn Rand et de quelques paléolibertariens fondamentalistes, il n'est pas d'intellectuel libertarien qui n'ait envisagé l'existence de communautés socialistes dans son modèle idéal de société. (...) Les tenants d'un communisme utopique devraient peut-être considérer avec moins d'hostilité une pensée qui prétend leur offrir le moyen de le réaliser. »

Sébastien Caré

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30/10/2014

L’État-providence contre le mouvement ouvrier



La social-bureaucratie contemporaine se plaît à croire qu'elle a jeté les bases de la civilisation occidentale en façonnant les piliers de l’État-providence dans une lutte acharnée contre les puissants. Ce joli mythe que l'on se raconte (pour mieux se rassurer ou se justifier ?) se heurte au douloureux mur de la réalité.



« Mon idée était de persuader - ou devrais-je dire de corrompre - la classe prolétarienne pour qu'elle voie en l'État une institution sociale érigée pour elle et veillant à son bien-être. » 

Otto von Bismarck



Car, comme l'illustre la citation ci-dessus, il apparaît bien plus certain que les fondements de l’État-providence ont été jetés contre la classe ouvrière et ses organisations spontanées. Syndicats, associations de métier, sociétés secrètes, sociétés de secours mutuels, fraternités, sont quelque uns des noms qui existent pour désigner les formes auto-instituées par le mouvement ouvrier pour s'organiser solidairement et en toute indépendance du pouvoir d’État, des politiciens, et des bureaucrates. Contre cette autogestion ouvrière menaçant son hégémonie, le pouvoir d’État a réagi en prenant progressivement le contrôle (directement ou indirectement) des caisses de prévoyance ouvrières et en remplaçant ses organisations et institutions spontanées par des entités étatiques soumises à la bureaucratie d’État.

Autrefois, durant le XIXème siècle et jusqu'au début du XXème siècle, une des formes principales, mais peu connues, d'organisation ouvrière était la société de secours mutuel. Voici une description des modalités de ces sociétés de secours mutuels en Grande-Bretagne, dont étaient membres une vaste majorité des travailleurs.



« En Grande-Bretagne les friendly societies, sociétés de secours mutuels, ont été les plus importants fournisseurs de services sociaux au cour du XIXème siècle et au début du XXème siècle.

Les friendly societies étaient des associations mutuelles autonomes fondées par les ouvriers pour se prémunir contre les temps difficiles. Elles distinguaient leur philosophie de celle de la philanthropie qui est au coeur des oeuvres caritatives. 
Une société de secours mutuels n'était pas gérée par un ensemble de personnes ayant l'intention d'aider un autre groupe distinct ; c'était une association d'individus s'engageant à s'aider les uns les autres quand l'occasion se présentait. L'assistance portée ne relevait pas de la générosité, mais d'un droit, acquis par les contributions régulières versées au fonds commun de chaque membre et justifié par l'obligation de même traitement pour les autres membres si les difficultés croisaient leur toute. Elles commencèrent comme des clubs locaux, gardant leur fonds commun dans un coffre en bois ou un coffre-fort. Mais le XIXème siècle vit l'évolution progressive des fédérations nationales avec des centaines de milliers de membres et des investissements soigneusement gérés. »

(...)


« Au début du XXème siècle, les sociétés de secours mutuels avait acquis une longue expérience en tant que clubs sociaux de bienfaisance qui offraient des avantages tels que des indemnités de maladie lorsque le soutien de famille était incapable de ramener un salaire à la maison, à cause de maladie, d'accident ou de vieillesse ; les soins médicaux tant pour le membre que sa famille ; une indemnité de décès suffisante pour fournir un enterrement décent ; et un soutien financier et en nature pour les veuves et les orphelins des membres décédés. Les services médicaux étaient généralement dispensés par le médecin de la loge ou de la branche, nommé par un vote des membres, mais la plupart des grandes villes avaient également un institut médical, offrant les services dispensés aujourd'hui par les centres médicaux. Les sociétés de secours mutuels fournissaient également un réseau de soutien pour permettre aux membres de se déplacer pour rechercher du travail. »

David Green



Si dans un premier temps au XXème siècle l’État-providence a été constitué par le haut, sans tenir compte de l'avis des individus, dans le but d'affaiblir le mouvement ouvrier et de contrer ses velléités révolutionnaires, il est assez probable que dans un second temps, les anciennes formes d'organisation ouvrière ayant été largement démantelées et les individus s'étant habitués à dépendre de l’État, les politiciens aient adopté un discours favorable à une extension de l’État-providence comme méthode de propagande électorale. Ce populisme étatiste (welfariste) est assez bien illustré par la citation suivante.



« Le fait de dépenser est relativement populaire chez les hommes politiques parce que cela leur permet d'acheter des votes à court terme... Après tout, dans le long terme nous serons tous morts, ou du moins, pas au pouvoir. C'est aussi populaire auprès des électeurs, car ils ont tendance à voir les prestations publiques comme une manne. Ils ne voient pas que l'argent provient de leurs propres proches. Ils ont l'impression qu'il vient de celle de "l’État", ou du moins des poches de quelqu'un d'autre. »


Aristides Hatzis




Une telle rhétorique est évidemment éminemment hypocrite.



« Les mêmes Etats-providence qui offrent des tickets d'alimentation et des subventions alimentaires aux pauvres font augmenter aussi le prix de la nourriture qu'ils achètent par des subventions agricoles, des restrictions sur des denrées importées moins coûteuses, et l'obligation de prix alimentaires minimaux. »

Tom G. Palmer



Et la construction de l’État-providence ne produit pas les résultats qu'espèrent les individus, comme on peut le constater de nos jours...



« Même si la santé et l'éducation sont fournies gratuitement par l'Etat, la famille grecque paie 45% du total des dépenses médicales (la plupart du temps d'ailleurs à soudoyer les médecins, les infirmières et les fonctionnaires pour qu'ils fassent leur travail). De nombreux ménages grecs (2,5%) sont sur la paille chaque année en raison de ces dépenses médicales élevées. C'est la même chose avec l'éducation. Même si c'est gratuit à tous les niveaux, les ménages grecs dépensent plus pour l'éducation de leurs enfants (pour les cours particuliers) que tout autre ménage dans l'UE. »


Aristides Hatzis

 


Face à la guerre de tous contre tous dans laquelle nous enferme l’État, une situation dé-responsabilisante où chacun s'efforce de donner le moins possible et d'obtenir le plus possible des autres membres de la société, le mouvement libertarien ne peut que prôner un retour à des formes d'organisation autonomes, fondées sur la liberté, la responsabilité, et la solidarité. En ce sens, le mouvement libertarien ne fait que poursuivre la lutte 
contre l’État du mouvement ouvrier pour son émancipation finale.

 

 

 

 

19:06 Publié dans Etat-providence | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg