20/09/2015

Qu'est ce que le libertarianisme ?

 

Première partie de l'introduction de mon travail sur l'histoire des mouvements libertariens en Europe. 



Philosophiquement, le libertarianisme est une philosophie éthique et politique prônant une société dans laquelle l’État interviendrait le moins possible. Il existe de nombreux courants au sein de cette philosophie et il convient de retenir les trois principaux : l'anarchisme1, le minarchisme2 et le libéralisme classique3.

L'anarchisme libertarien défend une société sans État où toutes les institutions et les entreprises sont privées. Dans une telle société, l'offre et la demande (c'est à dire le marché) détermineraient l'ensemble des productions et des consommations. Mais à la différence de l'anarchisme socialiste et communiste, l'anarchisme libertarien ne souhaite pas abolir la propriété patronale (ou bourgeoise).

Le libertarianisme minarchiste soutient, lui, une société où l’État assure encore les fonctions régaliennes, soit celles de justice, police, armée et diplomatie. A la différence de l'anarchisme libertarien, le libertarianisme minarchiste est donc obligé de soutenir l'existence d'une imposition ou d'une taxation pour financer les activités de l’État.

Le libéralisme classique, enfin, est généralement considéré comme étant un libertarianisme modéré : les libéraux classiques sont favorables à ce que l’État prennent en charge non seulement les tâches régaliennes susmentionnées, mais aussi davantage de tâches, qui vont de la gestion des routes ou de la monnaie à la mise en place d'une allocation pour les plus pauvres.

Selon le chercheur Sébastien Caré, cette philosophie aurait émergé aux États-Unis de la fusion de trois courants d'idées4 : l'anarchisme individualiste de penseurs comme Henri David Thoreau (1817-1862), Lysander Spooner (1808-1887) ou Benjamin Tucker (1854-1939), le libéralisme classique de penseurs comme William Graham Sumner (1840-1910) ou Henry George (1839-1897), et l'isolationnisme de penseurs de la Old Right5 comme Henry Louis Mencken (1880-1956), Albert Jay Nock (1870-1945) ou Franck Chodorov (1887-1966).

Il existe en outre différentes justifications morales au libertarianisme6. Les principales sont : une éthique des vertus par la romancière et philosophe Ayn Rand7 (1905-1982), une théorie jusnaturaliste par le philosophe et économiste Murray Rothbard8 (1926-1995), une défense conséquentialiste par le philosophe, écrivain et économiste David Friedman9 (1945-), une justification épistémologico-conséquentialiste par le philosophe et économiste Friedrich Hayek10 (1899-1992), et une argumentation déontologiste par le philosophe Robert Nozick11 (1938-2002).

Enfin, on peut noter que dans le domaine des sciences sociales et économiques le libertarianisme a été nourri par les travaux de l'école « autrichienne » d'économie, dont notamment l'économiste Ludwig von Mises12 (1881-1973), par l'école des choix publics, dont notamment l'économiste James Buchanan13 (1919-2013), et par l'école néoclassique de Chicago, dont notamment l'économiste Milton Friedman14 (1912-2006).

 

1 CARE Sébastien, La pensée libertarienne : genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses universitaires de France, Paris, 2009, pp. 215-233.

2 Ibidem, pp. 235-265.

3 Ibidem, pp. 267-286.

4 Ibidem, pp. 23-67.

5 Frange isolationniste du parti républicain, opposée à toute intervention militaire en dehors des frontières nationales.

6 CARE Sébastien, La pensée libertarienne : genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, op. cit., pp. 151-209.

7 RAND Ayn, La vertu d'égoïsme, Les Belles Lettres, Paris, 2008.

8 ROTHBARD Murray, L'éthique de la liberté, Les Belles Lettres, Paris, 1991.

9 FRIEDMAN David, Vers une société sans État, Les Belles Lettres, Paris, 1992.

10 HAYEK Friedrich, Droit, législation et liberté, Presses universitaires de France, Paris, 2007.

11 NOZICK Robert, Anarchie, État et utopie, Presses universitaires de France, Paris, 2012.

12 MISES Ludwig von, L'action humaine : traité d'économie, Presses universitaires de France, Paris, 1985.

13 BUCHANAN James, Les limites de la liberté : entre l'anarchie et le Léviathan, éditions Litec, Paris, 1992.

14 FRIEDMAN Milton, Capitalisme et liberté, A contre courant, Paris, 2010.

 

 

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18/09/2015

Publication de mon travail de recherche sur les mouvements libertariens en Europe

 

Durant l'année passée, j'ai effectué un travail de recherche sur les mouvements libertariens en Europe dans le cadre de la fin de mon Bachelor en histoire générale à l'Université de Genève. Il ne s'agit donc pas d'un mémoire, mais simplement d'un travail de recherche, ce qui explique sa longueur (seulement 24 pages sans la bibliographie et les autres annexes). Il ne s'agit pas d'histoire des idées, mais d'histoire sociale et politique (je traite de mouvements sociaux et non d'idées, des mouvements libertariens et non du libertarianisme). 


Ce travail d'histoire du temps présent (d'histoire immédiate et contemporaine) est une introduction à l'étude des mouvements libertariens en Europe car je n'ai pas pu pousser aussi loin mes recherches, que ce soit qualitativement (dans la profondeur de la recherche) ou quantitativement (dans le nombre de cas étudiés en Europe), que je l'aurais souhaité. J'ai l'espoir que d'autres étudiants en histoire pousseront l'étude des mouvements libertariens européens plus avant et de manière plus approfondie (notamment en ce qui concerne l'étude des acteurs individuels constituant les mouvements libertariens).

Je vais publier ce travail partie par partie sur mon blog car je souhaite que mes lecteurs libertariens puissent me compléter et me corriger s'ils trouvent des failles ou des lacunes (probables) dans mon travail. J'invite donc chaleureusement et courtoisement ces derniers à ne pas se retenir dans leurs commentaires et critiques, mon but étant vraiment d'améliorer le travail et nos connaissances des mouvements libertariens en Europe.

Je remercie encore tous ceux que j'ai interviewés pour leur patience et leur aide. Je n'aurais tout simplement rien pu faire sans eux.

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29/08/2015

Comment les grands partis politiques monopolisent le pouvoir à Genève

 

 

A Genève, les grands partis politiques (PLR, MCG, PS, PDC, UDC, Verts, EàG) n'aiment pas particulièrement la concurrence lorsqu'il s'agit de démocratie. Au lieu d'une saine compétition à armes égales, ils défendent un marché politique sans égalités en droits entre acteurs politiques et s'attribuent des privilèges afin de monopoliser le pouvoir et d'empêcher l'arrivée de nouveaux entrants sur le marché électoral.


Cette partitocratie se fonde sur deux grands privilèges.

Premièrement, le quorum de 7% qui joue le rôle de barrière d'entrée en éliminant tous les petits acteurs politiques qui prétendraient entrer sur le marché politique. Il s'agit de protectionnisme politique et d'une distorsion majeure à la concurrence.

Il ne faut pas oublier que c'est en accédant à la tribune que représente le Grand Conseil que les partis politiques ont la possibilité de se faire entendre largement et régulièrement du grand public, puisque toutes ses activités sont relatées avec grand soin par les médias et la presse. Par conséquent, les grands partis politiques ont tout intérêt à maintenir hors du Grand Conseil le plus longtemps possible tout nouvel acteur politique potentiel. D'où l'existence de ce grand privilège que représente le quorum.

 

Deuxièmement, la subvention étatique de 100'000 francs (!!) que se versent généreusement les grands partis politiques chaque année. A cette grasse subvention (que vous payez avec vos impôts braves gens) s'ajoute une prime de 7000 francs par élu, histoire que les plus grands des grands partis politiques aient un peu plus d'argent que les plus petits.

Comment voulez-vous qu'un nouvel acteur politique arrivant sur le marché politique puisse concurrencer ces grands partis politiques, déjà fort connus, ayant l'oreille des médias, qui disposent de toute une infrastructure et de réseaux, si ceux-ci disposent d'abondants moyens financiers octroyés gracieusement par l’État ?!

 

Ces grands privilèges n'ont qu'un seul but : assurer la main-mise d'un petit nombre de partis politiques sur le pouvoir et éliminer toute concurrence.

 

Face à ces écueils artificiels conçus par les grands partis politiques, combien de citoyens honnêtes ont-ils perdu tout désir de s'engager en politique ou toute foi dans la démocratie genevoise au point de rejoindre les rangs bien fournis des abstentionnistes ?

Lorsque quelques centaines de politiciens (moins de 1% de la population) accaparent le pouvoir en s'octroyant des privilèges, ce sont les droits des citoyens et la liberté de la société civile qui sont mis à mal. Une seule solution : nous débarrasser du système des privilèges... ou des privilégiés !

 

 

 

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19/08/2015

Faut-il accorder des droits aux générations futures ?

 

 

Extrait d'un travail réalisé pour l'université dans le cadre d'un séminaire d'éthique environnementale.

 

 

Faut-il accorder des droits négatifs aux générations futures ?


Afin de répondre à cette question, il est utile je pense de préciser un peu mieux ce qu'est un droit négatif. Un droit négatif, je l'ai dit plus tôt, est un droit à ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire et de ne pas être atteint dans notre intégrité. Mais ces éléments de définition du droit négatif peuvent être réduits (résumés) à un concept qui résume tout : la propriété de soi. Si on considère que x a un droit de propriété absolu et inaliénable sur son corps (et sur ce qu'il acquiert par l'usage pacifique de celui-ci), alors cela signifie que nul ne peut interférer avec ce que x fait de son corps. Tous les droits négatifs que l'on peut imaginer (ou toutes les manières que l'on peut imaginer pour décrire les droits négatifs) peuvent être réduits à des implications du droit de propriété de l'individu sur lui-même.

Compte tenu de cette précision concernant la nature des droits négatifs (c'est à dire, compte tenu de leur réduction possible à la propriété de soi), on se rend bien compte qu'une condition pour pouvoir posséder un droit négatif est l'existence d'un corps. Si x ne possède pas de corps, il ne peut en effet posséder un droit de propriété dessus. Or, il paraîtrait absurde de vouloir accorder un droit de propriété aux individus sur quelque chose qui n'existe pas.

Dans la même optique, un autre problème possible réside dans la non existence de l'individu. Il paraît en effet absurde de vouloir accorder un droit à un individu qui n'existe pas encore et qui pourrait ne pas exister (qui n'existe que potentiellement).

Nous devons donc conclure qu'accorder des droits négatifs aux individus futurs (aux générations futures) semblent absurde de par la nature même d'un individu futur (de par l'absence de corps auquel rattacher des droits de propriété).

Afin de renforcer la position à laquelle je suis parvenu, supposons maintenant que des arguments particulièrement habiles aient infirmé la validité du point 2 et qu'on soit advenu à la conclusion selon laquelle il faut accorder des droits positifs aux individus. La question qui se poserait alors serait : faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?

 

Faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?


Les deux principaux problèmes que pose la position selon laquelle il faudrait accorder des droits positifs aux générations futures sont des problèmes de définition (de clarification) de deux concepts impliqués par celui de droits positifs des générations futures. Lorsque nous parlons de droits positifs des générations futures, nous entendons en effet généralement que les générations futures devraient se voir accorder (par l’État) des droits à un environnement approprié aux besoins des êtres humains réductible à un certain stock de ressources. Or, le concept de ressources ne désigne pas quelque chose d'objectivement déterminable. En effet, A n'est une ressource pour x que du moment où x lui trouve une utilité (un usage). Sinon A n'est qu'un élément existant parmi d'autres devant lequel x passe sans s'y intéresser. Même l'eau ne devient une ressource que lorsque le premier être humain a soif pour la première fois (bien entendu il s'agit ici d'une image). Les ressources n'existent donc pas objectivement (en elles-mêmes), mais sont créées par le savoir-faire humain (relativement à eux).

Un second problème concerne le concept de besoins. Vouloir préserver un certain stock de ressources pour les générations futures pose comme acquis que nous sommes à mêmes de déterminer les besoins futurs des individus. Or les besoins des êtres humains varient dans le temps et l'espace, en fonction des cultures, des modes de vie, des valeurs, et en fonction des possibilités technologiques. Ainsi les besoins d'un individu x au Moyen-Âge ne seront pas les mêmes que ceux d'un individu y de nos jours. Il n'y a même pas de besoins physiologiques clairement déterminables car un individu suicidaire n'a pas les mêmes besoins qu'un individu qui ne l'est pas, puisque tous deux poursuivent des objectifs opposés. Ainsi, toute tentative d'accorder des droits positifs aux générations futures se heurte à ce double problème de clarification.

Si l'on admet toutefois qu'il est possible de déterminer ce que sont les ressources et les besoins des générations futures, on se retrouve alors confronté à un autre problème : accorder des droits positifs aux générations futures ne maximise pas leur utilité ou leur liberté (négative comme positive). En effet, les politiciens, le gouvernement, ou une majorité démocratique, ne sont pas aussi aptes à préserver l'environnement que les individus laissés librement à eux-mêmes. Dans un environnement où chacun est propriétaire d'une parcelle de ce dernier, chacun s'efforce (par intérêt personnel) de gérer le plus efficacement sa parcelle. Autrement dit, la propriété privée implique la responsabilité privée et la responsabilité privée implique une gestion plus efficace que toute gestion déléguée à un fonctionnaire (ou à un groupe de fonctionnaires). En effet, si personne ne se sent concerné pas quand x jette ses ordures dans le jardin étatique, c'est tout le contraire quand x jette ses ordures dans votre jardin. A noter toutefois que propriété privée ne signifie pas forcément propriété individuelle mais peut tout autant signifier propriété mutualisée (mise en commun) à une échelle ou une autre (familles, groupe de personnes, villages, villes, etc.).

 

En conclusion, bien qu'à travers ce travail j'ai réfuté toute prétention des générations futures à un droit quelconque, je tiens à présent à rendre le lecteur attentif au fait que, paradoxalement, la meilleure façon de préserver les intérêts des générations futures à un environnement de qualité est de ne pas accorder de droits positifs à un environnement sain. Ceci s'explique par le fait que la libre volonté des individus est plus à même de leur préserver un environnement sain que l’État. Si l’État ne se mêle pas de réaliser des droits des générations futures à certaines ressources, alors les générations futures ont davantage de chance d'obtenir plus tard ces ressources que si l’État cherche à les leur préserver (et ce malgré toutes les bonnes intentions du monde). Ou autrement dit, l’État ne peut que parvenir à stocker de l'huile de baleine (périmée), tandis que les individus libres peuvent léguer aux générations futures la fusion nucléaire.

 

 

 

 

 

 

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12/08/2015

Analyse libertarienne de la Critical Mass

 


S'il y a bien une chose que la plupart des gens de droite n'apprécient généralement pas c'est bien la Critical Mass, ce rassemblement en musique de cyclistes, skaters, rollers, longboarders, trottinetters, qui a lieu tous les derniers vendredis du mois dans de nombreuses cités du globe, dont Genève, pour promouvoir la mobilité douce. La balade de la Critical Mass a en effet pour conséquence de bloquer quelque peu le trafic motorisé en faisant des pauses régulières à divers carrefours. Les gens de droite ont-ils raison ? Quel regard libertarien pouvons-nous porter sur ce phénomène ?

 

1. Dans le cadre d'une société sans État, le modèle idéal pour un anarchiste libertarien, des cités privés ou des communautés peuvent décider de bannir la voiture et/ou le trafic motorisé dans son ensemble de leur territoire et y fixer les règles de circulation qu'ils désirent. Dans de tels cadres, la Critical Mass devient simplement, en quelque sorte, la norme. Bien entendu, des cités privés ou des communautés peuvent aussi fort bien décider de faire l'inverse ou d'adopter (plus probable) des modèles mixtes où trafic motorisé et mobilité douce co-existent. Dans ces contextes-ci, la Critical Mass est une violation des droits des habitants de ces cités ou de ces communautés. Toutefois, il paraît absurde qu'un phénomène comme la Critical Mass subsiste dans une société sans État. En effet, les amoureux de la mobilité douce iraient simplement vivre dans des communautés ou des cités bannissant le trafic motorisé.

 

2. Dans le contexte de la société contemporaine, la Critical Mass est un phénomène contestataire nourri par l'exaspération des adeptes de la mobilité douce qui n'ont pas d'alternative aux cités motorisés et par leur désir de se mouvoir entre eux dans des conditions optimales de conduite (c'est à dire sans tous les risques et les désagréments provoqués par le trafic motorisé). Le monopole de l’État sur les routes a en effet comme conséquence de ne pas répondre efficacement aux demandes des consommateurs en mobilité douce et de les priver d'une offre qui pourrait exister sur un marché libre des routes.

 

Ainsi, du point de vue libertarien, la Critical Mass est l'expression justifiée du mécontentement d'une partie de la population à l'encontre d'un monopole illégitime de l’État qui provoque des pénuries et ne répond pas aux attentes des consommateurs.

 

 

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08/08/2015

Des avantages du conséquentialisme de la règle sur le conséquentialisme de l'acte

 

Petit complément au précédent extrait, réalisé dans le cadre du même séminaire de philosophie politique (bien que, à vrai dire, il s'agisse ici d'une discussion de pure éthique normative). 

 

En éthique normative, il existe au sein de la famille des théories conséquentialistes deux grandes manières de tenir un raisonnement conséquentialiste. La première manière est celle développée et défendue par Jeremy Bentham1 qui consiste à affirmer que nos actes doivent maximiser dans leurs conséquences l'utilité des individus. Il s'agit d'un conséquentialisme de l'acte (ou direct). La seconde manière de tenir un raisonnement conséquentialiste est celle défendue de manière diverse par des philosophes comme Ludwig von Mises, Friedrich Hayek ou David Friedman2. Il s'agit d'un conséquentialisme de la règle (ou indirect) qui affirme que nous devrions respecter les règles qui maximisent dans leurs conséquences l'utilité (ou d'autres valeurs comme la liberté).

 

Le conséquentialisme de l'acte donne lieu à un certain nombre de dilemmes moraux que l'on peut étudier à travers des expériences de pensée. Voilà d'abord une expérience de pensée très classique qui semble a priori justifier le conséquentialisme de l'acte. Vous êtes conducteur d'un train et découvrez quatre personnes sur la voie devant vous, vous pouvez les sauver en déviant le train, mais alors le train écrasera une autre personne qui se trouve elle-aussi sur la voie. La plupart des gens ont l'intuition qu'il convient de sauver les quatre personnes et d'en sacrifier une, ce qui correspond au calcul conséquentialiste de maximisation de l'utilité.3 Prenons maintenant un cas un peu différent où vous vous trouvez sur le quai d'une gare et où vous voyez un train foncer sur quatre personnes qui se trouvent en aval de la voie (et vous en amont, proche du train qui arrive). Vous pouvez stopper le train et sauver les quatre autre personnes, mais pour ce faire vous devez obligatoirement (car c'est le seul moyen à votre disposition) pousser un énorme obèse qui se tient sur le quai sur la voie car son poids arrêtera le train. La plupart des gens ont l'intuition qu'il est injuste de pousser l'énorme obèse et c'est avec ce genre de dilemmes moraux que l'on peut constater les limites du conséquentialisme de l'acte. Imaginons maintenant un autre exemple où vous êtes membre d'un groupe majoritaire dans une société. Le conséquentialisme de l'acte pourrait être interprété comme vous enjoignant à soumettre les groupes minoritaires et à exiger d'eux des tributs. L'exemple fonctionne aussi si vous êtes seul et que vous côtoyez un individu plus faible que vous.

 

Le conséquentialisme de la règle a l'avantage sur le conséquentialisme de l'acte, qu'il permet de résoudre ces dilemmes moraux, pour peu que vous choisissiez la règle qui maximise vraiment l'utilité (ou d'autres valeurs) dans ses conséquences. David Friedman propose comme règle conséquentialiste le respect des droits de propriété légitimes des individus4. Si on applique cette règle conséquentialiste alors on peut résoudre les dilemmes moraux susmentionnés. Ainsi, selon cette règle, vous n'avez pas le droit de sacrifier les droits de x pour y (ce qui se rapproche du principe d'égale liberté de John Rawls), ce qui fait que vous n'avez pas le droit de sacrifier l'obèse pour les quatre individus qui sont sur la voie. Par contre, vous avez le droit en tant que conducteur de train de dévier le train pour qu'il n'écrase qu'une personne au lieu de quatre, puisque tous sont en situation de violation des droits du propriétaire des voies de train, dont on peut supposer que vous êtes le légitime représentant dans ce contexte. Selon cette règle conséquentialiste, vous n'avez pas non plus le droit de soumettre un groupe minoritaire à votre bon vouloir ou un individu plus faible.

 

 

1KYMLICKA Will, « L'utilitarisme » in Les théories de la justice, Éditions la Découverte, Paris, 2003.

2CARÉ Sébastien, « Les fondements moraux du libertarianisme » in Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses Universitaires de France, Paris, 2009.

3COVA Florian, « Psychologie morale et Philosophie morale » in La Morale Humaine et les Sciences, Éditions Matériologiques, 2011.

4FRIEDMAN David, « Ma position » in Vers une société sans État, Éditions Les Belles Lettres, Paris, 1992.

 

 

 

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05/08/2015

Quels droits faut-il accorder aux individus ?

 

Extrait d'un travail réalisé pour l'université dans le cadre d'un séminaire en philosophie politique.

 


On considère généralement de nos jours en philosophie qu'il convient d'accorder des droits aux individus. Toutefois, il existe des justifications fort différentes à cette position. J'aimerais ici considérer successivement la justification déontologiste, la justification jusnaturaliste, la justification contractualiste et la justification conséquentialiste. Il ne me semble pas exister d'autres justifications éthiques importantes à traiter ici (l'éthique des vertus dérivant d'une position jusnaturaliste puisqu'une détermination de vertus A ou B se fait en fonction d'une nature humaine x ou y).

 

D'après les déontologistes, les individus ont des droits et ces droits s'imposent aux autres individus comme des impératifs catégoriques (principes moraux absolus primant sur toute autre considération) ou découlent d'impératifs catégoriques. En outre, on peut découvrir ces impératifs catégoriques par l'usage de la raison. Le déontologisme pose toutefois plusieurs problèmes suffisants pour l'invalider à mon avis. En effet, que faire si plusieurs impératifs moraux (ou si plusieurs principes secondaires découlant des impératifs moraux) rentrent en conflit ? Dans ce genre de conflit de principes, comment pouvons-nous trancher en faveur de l'un ou de l'autre ? Par exemple, si le principe selon lequel il ne faut pas agresser autrui rentre en conflit avec le principe selon lequel il faut préserver son intégrité physique, quel principe prévaudra et, partant, quels droits prévaudront les uns sur les autres ? Compte tenu des difficultés des déontologistes à répondre à ces problèmes, j'écarterai dès à présent les justifications déontologistes à l'existence de droits pour les individus.

 

D'après les jusnaturalistes, les individus naissent avec des droits qu'ils possèdent en vertu de leur nature humaine. Comme pour les déontologistes, les jusnaturalistes pensent (généralement) que l'on peut découvrir les droits que les individus possèdent en vertu de leur nature par la raison et/ou par l'intuition. Le problème que pose cette approche réside dans le fait qu'il semble extrêmement difficile de définir objectivement ce qu'est la nature humaine et quelles en sont les composantes. Par exemple, les êtres humains semblent bien souvent respecter un possible droit des individus à ne pas être agressé, et pourtant il existe aussi bien des cas où les êtres humains ne respectent pas ce possible droit de leurs pairs à ne pas être agressé. Quelle situation faut-il retenir pour caractériser la nature humaine ? L'être humain est-il naturellement agressif ou pacifique ? Étant donné que les jusnaturalistes ne peuvent pas répondre à ce genre de dilemmes, j'écarterai aussi dès maintenant cette approche comme justification à l'existence de droits pour les individus.

 

D'après les contractualistes, les individus ont des droits car ils appartiennent à une communauté fondée sur un contrat social qui stipule les droits et les devoirs des membres de la communauté. Les contractualistes considèrent parfois que ce contrat social a réellement été adopté par les membres fondateurs de la communauté. Parfois ils considèrent qu'il s'agit uniquement d'une manière symbolique d'établir une légitimité à la communauté. Dans tous les cas, il s'agit toujours d'un contrat adopté tacitement par les membres actuels de la communauté. Les contempteurs du contractualisme mettent en évidence le fait que pour qu'un contrat soit valable il convient que les parties contractantes aient chacune signé le contrat les engageant. Le contrat social des contractualistes n'étant pas réellement adopté par les membres actuels de la société, il ne peut donc pas être considéré comme valable selon eux. Cette critique semblant valable, j'écarterai aussi dès maintenant cette approche comme justification à l'existence de droits pour les individus. A noter que cette critique permet aussi d'infirmer la thèse communautarienne d'une communauté transgénérationnelle.

 

D'après le conséquentialisme utilitariste indirect, les individus cherchent à maximiser leur bien-être. Par conséquent, ils sont rationnellement prêts à adhérer à un système de droits qui, dans ses conséquences, maximise le bien-être de l'ensemble d'entre eux. Il existe une argumentation identique si on abandonne le conséquentialisme utilitariste indirect pour un conséquentialisme indirect non utilitariste. Ce dernier affirme par exemple qu'un système de droits maximise dans ses conséquences la liberté des individus, mais d'autre(s) valeur(s) (selon qu'on adhère à un monisme ou à un pluralisme des valeurs) peuvent être probablement proposée(s) comme candidate(s) à un conséquentialisme indirect. Considérer qu'il est raisonnable d'accorder des droits aux individus, si les droits en question maximisent le bien-être (ou la liberté, ou d'autres valeurs) de l'ensemble des individus, me paraît une position valable, car d'une part je ne connais pas d'argument apte à infirmer le conséquentialisme indirect et d'autre part j'ai précédemment mis en évidence les erreurs des autres justifications éthiques possibles à l'existence de droits pour les individus. C'est pourquoi, je me baserai toujours sur une argumentation conséquentialiste indirecte dans la suite de ce travail.


Quels droits faut-il accorder aux individus ?


A présent que nous savons qu'il convient d'accorder des droits aux individus, il subsiste la question de savoir quels droits exactement il faut accorder aux individus. Il existe deux catégories de droits : les droits positifs (avoir un droit à quelque chose que l’État, les autres, ou la communauté, a un devoir de nous fournir) et les droits négatifs (avoir un droit à ce que nul ne vienne interférer dans nos affaires privées ou n'attente à notre intégrité). Faut-il accorder des droits positifs et/ou négatifs aux individus ? Ou autrement dit, en langage conséquentialiste (puisque c'est l'approche adoptée dans le cadre de ce travail) : la reconnaissance des droits positifs et/ou négatifs par les membres d'une société donnée maximise-elle leur bien-être (ou leur liberté, ou une autre valeur) ?

 

Si on accorde des droits positifs aux individus, cela impliquera irrémédiablement un conflit entre les individus qui sont favorables à la reconnaissance de ces droits positifs et ceux qui s'y opposent, ainsi qu'un conflit concernant l'étendu exacte à donner à ces droits positifs. Ce conflit ne pourra être tranché (dans le cadre de nos sociétés contemporaines et non dans l'absolu) que par le biais de la démocratie, ce qui impliquera un vaste gaspillage de ressources (et de libertés) dans la confrontation politique entre les différents membres de la société qui se battront pour obtenir davantage de droits positifs qu'autrui. Dans ce conflit pour la définition et la répartition des droits positifs (et dans le conflit subséquent concernant l'interprétation de ces droits positifs) les plus riches ont tendance à l'emporter sur les plus pauvres car ils peuvent davantage influencer le grand public et les politiciens.

On pourrait vouloir éviter ce problème en prônant une égalité en droits positifs, mais une telle égalité est impossible car un droit positif est toujours relatif à un individu donné. Ainsi, un droit égal à la santé n'est par exemple pas concrétisable de manière égalitaire, car certains individus sont plus fragiles que d'autres.

Un autre problème impliqué par la reconnaissance de droits positifs réside dans l'incitation à la surconsommation qui en découle. Plus on accorde de droits positifs aux individus, plus certains en profitent en sur-consommant ce à quoi leur donne accès les droits positifs (un certain nombre de soins si on reprend l'exemple susmentionné). Au final, les coûts du financement des droits positifs deviennent élevés et appauvrissent l'ensemble des individus.

 

Au contraire, si on accorde des droits négatifs aux individus, alors chacun vaque à ses occupations sans chercher à obtenir d'autrui quelque chose par le biais de l’État (autrement dit par le biais de la coercition). Un tel système (de droits) maximise la liberté des individus à ne pas être entravé dans leur volonté individuelle (ce qu'on appelle la liberté négative) et la maximisation de cette liberté entraîne à son tour la maximisation de la liberté des individus à avoir des possibilités et les capacités de se réaliser (la liberté positive), ce qui in fine maximise le bien-être (l'utilité) des individus. En effet, dans un système de droits négatifs, les individus ne connaissent qu'un seul moyen pour s'enrichir : créer ce qui plaît à autrui.

Compte tenu de ce qui précède, nous pouvons conclure qu'il convient d'accorder aux individus des droits négatifs, car l'attribution de ces droits aux individus maximise dans ses conséquences leur liberté négative et positive, et en conséquence leur bien-être. 

 

 

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26/07/2015

Comment peut-on être planiste ?



Les lecteurs les plus anciens de ce blog se rappelleront probablement qu'à l'origine j'étais très favorable à une économie planifiée (c'est à dire à une économie où la production de biens et services est déterminée politiquement et non économiquement). Compte tenu de cette expérience passée, je pense qu'il n'est pas inintéressant d'essayer de mettre en évidence les idées ou les intuitions qui sous-tendent une telle position et quelques arguments qui permettent peut-être de les dissiper. 

L'idée clef qui sous-tend la position planiste (qualifiée de constructiviste par Hayek) est celle que les entrepreneurs ne servent à rien et que tout ce qu'ils font peut être réalisé par n'importe qui (par exemple par des fonctionnaires selon l'idée que cela présente une plus-value démocratique par rapport à un acteur privé). Cette idée provient probablement d'une vision du monde statique selon laquelle il existe un certain nombre de biens et services produits d'une certaine façon et qu'il suffit de les reproduire ad eternum identiquement pour parvenir à contenter la demande. Il s'agit d'une incompréhension des différents rôles majeurs que joue l'entrepreneur (et cette incompréhension m'a fait autrefois dire bien des bêtises lorsque j'étais socialiste).

Schumpeter a bien mis en évidence ces différents rôles (ou fonctions) : 1. innover au niveau de l'offre en introduisant de nouveaux biens ou services sur le marché (ce qui permet aux consommateurs d'accroître son choix), 2. innover au niveau des méthodes de production (ce qui induit une baisse des prix pour les consommateurs), 3. ouvrir de nouveaux marchés et trouver de nouveaux débouchés (c'est à dire chercher à offrir davantage de choix à davantage de consommateurs), 4. innover dans le choix des matières premières (ce qui rend l'économie plus flexible et réduit le temps 
d'adaptation nécessaire à des changements d’approvisionnement).


Personnellement, je préfère insister sur un rôle majeur, formulé de manière plus simple : celui de répondre à la demande de la manière la plus efficace possible et moins imparfaitement que ce que pourrait faire un État et son armée de fonctionnaires (autrement dit, le marché est imparfait, mais l’État est encore plus imparfait que le marché). Grâce au système de prix, les entrepreneurs sont amenés à répondre à la demande des consommateurs de manière bien plus efficace (en proposant des prix bien plus bas et une offre bien plus variée) que ce que pourrait faire une bureaucratie et des experts gouvernementaux.

Je pense enfin qu'une étude sérieuse des expériences passées d'économie planifiée devrait montrer à tout planiste que les conséquences d'une telle économie ne sont pas favorables, ni aux plus pauvres, ni aux salariés, ni à aucune catégorie de la population (même les hauts bureaucrates doivent se contenter d'une production de qualité inférieure et en quantité inférieure que s'ils travaillaient au sein d'une économie de marché). 
Le planiste devrait toujours se demander : comment des experts ou des fonctionnaires pourraient-ils savoir mieux que des millions d'entrepreneurs ce que les gens veulent ? L'entrepreneur prend des risques et s'enrichit, mais seulement tant qu'il parvient à répondre le mieux possible à la demande des gens. Lorsque l'enrichissement dépend de la capacité de chacun à proposer à autrui ce qu'il veut, n'est-ce pas un système vertueux ? 

 


 

 

 

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25/07/2015

Le libertarianisme de gauche : une démarche

 


1. Rechercher, établir et mettre en évidence de manière systématique les avantages d'un marché plus libre (ou totalement libre) pour les plus pauvres et les salariés et les effets pervers des interventions de l’État pour ces-derniers.

- Dans cette optique, il s'agit de dénoncer et mettre en lumière les conséquences des régulations, réglementations, contrôles, monopoles, limitations à la concurrence, subventions, et autres interventions de l’État, favorables à certains acteurs (riches, patrons, politiciens, bureaucrates, etc.) au détriment, en premier lieu, des plus pauvres et des salariés.

 

2. Défendre et promouvoir des modèles d'organisation volontaires différents des modèles hiérarchiques et autoritaires contemporains, notamment le coopérativisme, le mutuellisme, l'agorisme, le socialisme ou le communisme utopistes, et l'autogestion.

- L'étude des utopies, des phalanstères, des expérimentations communautaires et hippies, des kibboutzs, et de toutes ces formes de vie alternatives permet d'illustrer et de montrer l'intérêt pour des modes de vie libérés de la hiérarchie et de l'autoritarisme.


3. Militer contre les discriminations agressives visant à nuire aux individus et pour un changement des mentalités dans le sens d'une plus grande tolérance et d'un plus grand respect envers les différences et l'Autre.

- Une société plus libre ne peut se passer d'une évolution des mentalités vers une plus grande ouverture envers des modèles culturels et des mœurs qui diffèrent des normes dominantes. 

 

 

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08/06/2015

Entretien avec des libertariens – Fabien Truffer



Fabien Truffer a 27 ans et réside à Vevey, dans le canton de Vaud. Il milite au sein de l'association Pour l'Egalité Animale et est membre des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois. Professionnellement, il est juriste et travaille actuellement comme stagiaire au Registre foncier. Son signe astrologique est Balance, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le faucon.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?


C’est difficile de répondre à cette question. Je dirais que c’est l’idée selon laquelle les autres personnes ne nous appartiennent pas et que, par conséquent, on ne peut pas les contraindre à faire ce que l’on veut même si l’on pense que ça serait mieux pour eux. 
Le principe paraît évidement et tout le monde semble l’accepter même si rares sont ceux qui l’appliquent vraiment.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne connais pas les différents courants qui existent. Sauf si la question est de savoir si je suis plutôt minarchiste ou anarcho-capitaliste, mais dans ce cas je ne pourrais pas répondre car je n’ai pas encore suffisamment étudié la question. Disons que ce qui m’intéresse, c’est plutôt la direction qu’il faut adopter, et elle est claire : « Plus de liberté ». Pour le reste, on verra en chemin où je déciderais de m’arrêter.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je vois plus ça comme étant un projet politique qu’il faut défendre, et surtout faire connaître, car je suis persuadé que beaucoup de personnes adhéreraient à ce projet si elles avaient conscience de son existence.

Quant à l’éthique de vie, ça me semble une évidence : je préférerais toujours collaborer avec les gens plutôt que de me battre contre eux et les contraindre à faire ce qui me plait. Mais je dois avouer que lors de certaines votations, il n’est pas toujours facile de choisir l’option la plus juste alors que c’est l’autre qui nous bénéficierait.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Je pense que le déclencheur a été des cours d’économie politique que j’ai suivi au collège. Mon prof était clairement libéral et, d’après mes souvenirs, plutôt keynésien. Après ça, j’étais acquis au libéralisme économique mais restait conservateur pour ce qui est de la société en général.

Je me suis ensuite informé de mon côté sur différents sites, et en passant de temps en temps sur un forum politique, et c’est là que j’ai pour la première fois lu des mots comme « minarchiste », « libertarien » ou « anarcho-capitaliste ». Et quand j’ai compris qu’ils ne disaient tous qu’une chose : que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres et que tout le monde devrait respecter ce principe, je n’ai pu qu’embrasser ce principe qui est profondément juste et l’appliquer à l’ensemble des domaines politiques.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Je n’ai jamais été « fan » de quelqu’un. Je lis et m’informe à droite à gauche, plutôt sur des thématiques que sur des auteurs ou des penseurs. Mais disons que j’aime bien Bastiat pour son côté particulièrement accessible, didactique, et parfois assez caustique, notamment avec la pétition des marchands de chandelles qui est juste géniale.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Liberté, tolérance et engagement.

Si la première parle d’elle-même, je pense que la tolérance est quelque chose d’important car les gens ont souvent tendance à être intolérant vis-à-vis de l’Autre : cette personne d’une autre culture ou d’un autre pays que le notre, cette personne que l’on ne cherche pas à comprendre et dont je veux qu’il soit « assimilé », alors qu’en réalité ses différences sont une richesse. Pour ce qui est de l’engagement, c’est quelque chose qui me tient à cœur car je pense que les gens devraient se battre pour leurs idées et toujours oser les exprimer. Rester passif face à une situation qui ne nous convient pas en espérant que d’autres vont agir est quelque chose que je trouve triste.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’en ai pas encore lu beaucoup mais j’ai beaucoup apprécié « La Loi » de Bastiat. Il est court, clair et met le doigt là où ça fait mal. Sinon « Nudge - La méthode douce pour inspirer la bonne décision » de Richard Thaler et Cass Sunstein est à mon avis un livre dont les personnes qui s’engagent en politique devraient s’inspirer. Le principe c’est de laisser les gens choisir la solution qui leur convient le mieux mais offrir par défaut l’option que l’on pense la meilleure pour eux. Ça serait à mon avis un moyen idéal pour amener en douceur les gens vers plus de liberté, tout en contentant les personnages politiques constructivistes.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?

« Le libéralisme économique ne se bat pas en faveur des intérêts de ceux qui sont riches aujourd'hui. Au contraire, ce que le libéralisme économique veut, c'est laisser les mains libres à quiconque possède l'ingéniosité pour supplanter le riche d'aujourd'hui en offrant aux consommateurs des produits de meilleure qualité et moins chers. Sa principale préoccupation est d'éliminer tous les obstacles à l'amélioration future du bien-être matériel de l'humanité ou, dit autrement, à la suppression de la pauvreté. »
- Ludwig von Mises

J’aime beaucoup cette citation car elle coupe l’herbe sous les pieds de nos détracteurs qui disent qu’être libertarien, c’est être contre les pauvres et pour protéger les plus riches alors que c’est exactement le contraire.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Je me fais du soucis concernant cette tendance nationaliste à laquelle on est de plus en plus confronté. En Europe, j’ai l’impression que c’est souvent une couverture à une haine des musulmans refoulée alors qu’en Suisse, c’est « juste » de la xénophobie au sens propre du terme : les gens ont peur des étrangers ce qui dénote un manque de confiance en soi.

L’UDC voit les étrangers comme des parasites de notre système social et les socialistes tapent sur les étrangers car ils seraient la cause de sous-enchère salariale alors que ce sont souvent des gens bien formés dont on a besoin ou qui viennent faire un travail dont aucun suisse ne veut.

De plus, quand les gens ont peur, ils sont prêts à faire n’importe quoi, notamment accepter des lois sur la surveillance généralisée sans se rendre compte dans quoi ils mettent les pieds. Tout ça ne peut qu’être négatif que ça soit au niveau européen ou suisse. Je pense que nous devrions tous avoir plus confiance en nos capacités à rendre le monde meilleur. Mais le rendre meilleur par notre engagement individuel ou associatif et non par l’action étatique où l’on est prêt à sacrifier une minorité au « bien commun », que cette minorité soit composée d’entrepreneurs devenus riches ou de quelque autre groupe d’individus.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

J’aimerais finir par proposer deux réflexions à ceux qui me liront :

- Premièrement, aux socialistes ou aux conservateurs : un pays libertarien est favorable à tous (y compris aux socialistes et aux conservateurs) car nous n’empêcherons jamais des personnes qui partagent les mêmes idées de vivre en société, par exemple au niveau d’une ville, selon leur idéal (socialiste par exemple). 

Le contraire est par contre absolument impossible et les libertariens seront toujours contraints et sacrifiés sur l’autel de ce que les socialistes ou les conservateurs jugent « bon » et qu’ils veulent imposer à l’ensemble des individus. Je pense que l’on devrait se souvenir de ça : d’un côté on a des personnes ouvertes et qui permettent à tout le monde de cohabiter en paix (les libertariens) et de l’autres des personnes qui cherchent à imposer leurs idées par la force (les partisans de l’action étatique).

- Deuxièmement aux libertariens ici présents : j’ai noté dans ma description que j’étais militant dans l’association PEA (Pour l’Egalité Animale) et j’aimerais qu’ils réfléchissent à une question : si les humains ont le droit de vivre et d’être libres, pour quelle raison est-ce que les animaux non-humains ne bénéficieraient pas de ces mêmes droits ? Ils ne sont pourtant pas moins intelligents qu’un nouveau-né, ni plus capables que ce dernier de respecter vos propres droits.

 

 

 

 

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07/06/2015

Entretien avec des libertariens – André Pereira Gonçalves



André Pereira Gonçalves, 23 ans, milite au sein des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois et de la Juventud Social Democrata au Portugal. Il étudie le droit et vit à Lausanne. Son signe astrologique est Lion, sa couleur préférée est le bleu, et son animal-totem l'éléphant. 


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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Dans les grandes lignes, je dirais que c’est fondamentalement la philosophie de la liberté, de la justice, de l’humanisme, de la prospérité et de la pérennité. C’est la seule philosophie capable d’assurer le respect de chaque être humain, l’obtention de la prospérité et du bonheur. La meilleure et la plus belle de toutes en somme !

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Du courant anarcho-capitaliste jusnaturaliste. Anarcho-capitaliste, car je suis arrivé à la conclusion que la meilleure façon de permettre à tous de prospérer et d’assurer la pérennité des ressources naturelles et de laisser les marchés fonctionner librement. À l’inverse, aucune entité monopolisant la coercition ne sera capable d’atteindre ces objectifs, bien au contraire. Jusnaturaliste, car même si mon attachement au libertarianisme s’explique d’abord pour des raisons utilitaristes, je vois dans l’anarcho-capitalisme tout un système cohérent qui atteint l’idéal de Justice.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Les deux ! Un projet politique car il s’agit de transformer les structures sociales pour tendre vers une société libre et responsable, et une éthique de vie car le libertarianisme agit indirectement sur la manière dont on interagit personnellement et on se perçoit au sein de la communauté.

À ce propos, je dois dire que depuis que je suis libertarien je suis beaucoup plus heureux car, grâce à cette philosophie, j’arrive à visualiser un cadre, assez large au demeurant, qui me donne un vaste choix de possibilités tout en me permettant de fixer des balises qui m’aide à m’y retrouver. Pour moi qui suis fondamentalement quelqu’un de conservateur au niveau des mœurs, le libertarianisme m’aide à dissocier ce qui relève du Droit, donc ce qui s’applique à l’ensemble des êtres humains et requiert par conséquent des mœurs libérales, à ce qui relève de mes choix et préférences personnelles, là où peuvent s’appliquer mes mœurs conservatrices. Le libertarianisme m’enseigne que mes mœurs conservatrices n’ont pas à être imposés au restant de la société, de la même manière que je n’apprécierais pas qu’on m’impose à moi d’autres mœurs.

En outre, le libertarianisme m’aide à concilier les impératifs utilitaires avec ceux de la moralité, c’est-à-dire que grâce à lui j’ai appris en fait à définir quels buts sont justifiés et quels moyens peuvent être utilisés pour les atteindre. Le libertarianisme me donne ainsi une grande liberté d’action, mais cette liberté est balisée par le respect du consentement d’autrui (qui lui aussi doit respecter mes choix personnels).


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Mon parcours jusqu’au libertarianisme est le passage d’un extrême à un autre.

Je commence à m’intéresser à la politique à l’âge de 11 ans, en 2002 donc. On a toujours beaucoup discuté politique en famille ce qui explique cet intérêt précoce. À cette époque-là je me disais communiste. Un communiste, nationaliste et réactionnaire à la fois (un nazi en puissance finalement !) : j’étais donc à la fois en faveur du contrôle total de l’économie, des ressources naturelles, des flux migratoires par l’État, etc., mais également du contrôle et de l’imposition des mœurs chrétiennes conservatrices par ce dernier. Cela ne dura par longtemps (2 semaines en fait !), ma mère m’ayant rappelé à ce moment-là qu’il était impossible de faire progresser la société si on partage tout sans exigence de travail, que fatalement tous finiraient par ne rien faire si tout tombe du ciel sans effort, et qu’on aura plus rien à soi non plus.

J’ai alors commencé un progressif adoucissement de ma vision très interventionniste, davantage du point de vue économique que moral au passage. Ainsi, entre mes 11 et mes 18 ans, je me suis dit, à tour de rôle, socialiste à la Chavez, socialiste modéré, et social-démocrate à la suédoise. Ce qui est curieux, c’est qu’à cette époque je m’intéressais à tous les modèles politiques étatistes, que ce soit des démocrates-chrétiens aux écologistes interventionnistes, en passant par des nationalistes plus modérés. Mais une ligne rouge délimitait mon esprit : mon mépris (voir ma haine !) du libéralisme et des libéraux. Pour moi ces gens-là étaient totalement dans l’erreur en ne comprenant pas que la population est incapable de prospérer et d’être heureuse si elle n’est pas contrôlée. Que l’absence de contrôle conduirait fatalement à la pauvreté, à un égoïsme destructeur, au malheur et même à la disparition de l’être humain, vu que la liberté de produire et de consommer était selon moi responsable de la pollution.

C’est alors qu’arrive l’automne 2007, un jour en cours de géographie notre professeure nous pose une question toute bête : « Qui d’après vous dirige le monde ? ». Et je répondis : « Les riches ». Cette réponse d’une évidence limpide pour moi me fit réaliser que l’État, ou n’importe quelle autre entité disposant du monopole de la violence, a été, est et sera toujours dirigé par les riches. Les riches auront toujours plus facilement les moyens de conquérir ce formidable instrument de pouvoir. Or, comme dans ma logique les riches ne pouvaient pas penser à l’intérêt général, je vis pour la première fois l’État, et à terme n’importe quelle autre institution coercitive, comme une réelle menace planant sur les pauvres (les différentes dictatures n’ayant été pour moi que des accidents historiques, qui ne remettaient pas en cause le bien-fondé de l’utilisation de la force).

Ce premier tiraillement m’a amené à admettre une très timide et relative tolérance envers le libéralisme. Puis, vint 2009, l’année de la pire crise économique mondiale depuis 1929. À cette époque-là, j’entendis énormément parler d’une crise du libéralisme, que celui-ci serait responsable de ce qui se passait, et tout semblait indiquer un retour en force des idées plus interventionnistes. À ce moment-là, les États lancèrent donc de vastes programmes de dépenses publiques et de nouvelles réglementations. Mais à ce moment-là aussi, je voyais déjà que ces plans ne marchaient pas, vu que le chômage et la récession étaient toujours au rendez-vous, d’autant que mes lectures me démontraient petit-à-petit qu’il n’y a aucune corrélation entre moins de libéralisme et davantage de prospérité ; à l’inverse, l’absence de libéralisme serait une cause directe de décadence. Pire, j’entre-apercevais l’après 2009, avec des États fortement endettés qui devront bien régler leurs problèmes financiers, ce qui finira par affecter les gens.

Je continue alors à réfléchir et à poursuivre mes lectures, en allant plus aisément du côté de la pensée libérale. Petit-à-petit, je me rends alors compte du rôle bénéfique de la liberté sur nous tous. Je passe ainsi progressivement d’un libéralisme très timoré, au minarchisme pour arriver en 2012 à une conviction pleine et entière en faveur de l’anarcho-capitalisme (le moment fondateur étant la lecture d’un article de Jesús Huerta de Soto sur la nécessité de passé du libéralisme classique à l’anarcho-capitalisme), que je n’ai plus jamais quitté depuis et que j’espère ne plus quitter à l’avenir !


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Il n’y a pas vraiment quelqu’un de précis qui inspire mon engagement. Disons que j’ai davantage une haute estime pour certaines personnes. Mais si je devais quand même citer quelques personnes je dirai, pour les personnes qui ont et inspirent ma pensée libérale, les auteurs des blogs Blasfémias, O Insurgente (blogs libéraux portugais), Contrepoints, Wikibéral, le Minarchiste Québécois, Friedrich Hayek, Frédéric Bastiat, David Friedman et Jesús Huerta de Soto. Pour les hommes politiques, Francisco Sá Carneiro, D. João II, Margareth Thatcher et Mart Laar. Pour les « autres », Agostinho da Silva, Machiavel, Schopenhauer, Jesus Christ, et même Batman ou Kenshin Himura dans le domaine de la fiction !


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

Comme j’ai besoin de sentir que j’appartiens à un lieu, sur lequel vivent des gens avec qui j’interagis pour pouvoir être heureux, je dirai donc la patrie, le groupe (que ce soit la nation, la famille, les amis ou même la corporation de métiers) et le travail.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

Vers une Société sans État, de David Friedman.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« I’m libertarian because liberty is the precondition for trade, friendship, love, creativity, prosperity, fun – all the greatest stuff in life. »
- Jeffrey Tucker.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

 

Mitigée, d’une part j’ai le sentiment que tant les Européens que les Suisses ont globalement conscience que les idées de la liberté sont les meilleures pour nous sortir de l’impasse, ou du moins que davantage de coercition n’est pas la solution. Cependant, il y a énormément de blocages qui font qu’on n’adopte pas ce genre de mesures. Pire, ces blocages permettent encore que trop de mauvaises mesures continuent à être adoptées.

Ces blocages viennent en partie du fait que les gens ont une résistance naturelle au changement, ce qui peut parfois les pousser à demander davantage de mesures dommageables, alors qu’il est possible que dans leur fort inconscient ils savent que ce n’est pas cela qu’il faudrait faire. Je ne pense pas que nous allons faire face à de grands bouleversements, tant en Europe comme en Suisse, avant 5 ans au minimum (date à laquelle devrait venir la prochaine crise économique d’importance). Il y a une forme de stagnation générale ; la situation ne semble pas s’améliorer à un rythme que l’on souhaite et que l’on peut ambitionner, mais on ne peut pas non plus parler de descente aux enfers.

Je dois dire que je suis assez inquiet et « excité » face à la montée de divers mouvements démagogiques et très étatistes qui éclosent un peu partout en Europe (la Suisse étant assez préservée pour l’instant). « Excité », car avec eux au pouvoir je pense que les États ne tiendront pas longtemps et leurs faillites ouvrira la voie à un monde plus libre et meilleur. Inquiet, car cette période de faillite aura évidemment des conséquences extrêmement dommageables sur nous tous alors qu’on aurait pu l’éviter, et cette faillite collective n’est de loin pas une garantie suffisante d’un monde plus libéral étant donné qu’il est toujours possible de faire pire !


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Merci de m’avoir donné l’occasion de donner ma contribution et de m’avoir « forcer » à réfléchir sur le libertarianisme. Comme mes réponses au sujet de la philosophie à proprement parler ont étaient assez courtes, cela m’incite à faire davantage d’efforts de ce côté pour mieux définir ce mouvement spectaculaire.

Et merci aussi de m’avoir donné le sentiment d’être quelqu’un d’important, l’interview aidant à cela. 




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05/06/2015

Tribulations politiques : de l'étatisme total à la liberté pleine et entière, un cheminement parmi les Idées et les Hommes



« Messieurs, le jour s’approche où il y aura deux grandes classes, les socialistes et les anarchistes. Les anarchistes veulent que le gouvernement ne soit rien, et les socialistes veulent que le gouvernement soit tout. Il ne peut pas y avoir de plus grand contraste. Eh bien, le temps viendra où seuls subsisteront ces deux grands partis, les anarchistes représentant la doctrine du laissez-faire et les socialistes représentant l’extrême inverse, et quand ce temps viendra je serai un anarchiste. »
- William Graham Sumner

 


Suite à la demande d'un camarade libertarien, j'entreprends la mise par écrit du récit de mon parcours politique et de l'évolution de mes idées.
Je dédie ce billet aux quatre personnes qui m'ont permis (dans certains cas, indépendamment de leur volonté) de devenir un véritable ami de la liberté : J., Achille Karangwa, Frédéric Jollien et Roberto Fucile.

Tout commence, il y a 24 ans de cela...


Acte I. Prolégomènes

Je suis né dans une famille peu politisée, partagée entre des intuitions gauchisantes et écologisantes d'un côté et nationalisantes de l'autre. Rien a priori ne me destinait à m'intéresser à la politique. Une enfance un peu précaire (selon les standards suisses) combinée à une adolescence plongée dans un cycle où quelques pseudo-bandes de jeunes issus de l'immigration créaient un climat relativement violent (selon les standards suisses toujours) m'ont laissé de douloureuses et contradictoires intuitions éthiques.

A 14 ou 15 ans, prenant conscience de l'existence de quelque chose comme la vie sociale, ces douloureuses intuitions m'ont fait sombrer dans une vaste et profonde hésitation sur la nature précise de mes positions politiques. Pendant 3 ans, je valsais entre un élan favorable à cet Etat-providence que je considérais comme étant le pilier protecteur de mon enfance et un ressentiment envers l'immigration qui m'avait condamné à une adolescence quelque peu brutale.

A 18 ans, je découvris la pensée altermondialiste qui m'expliqua fort doctement que l'immigration était provoquée par les méchants néolibéraux qui saccageaient les pays pauvres avec leurs grosses vilaines multinationales. Très content de pouvoir ainsi trouver une explication compatible avec mes intuitions welfaristes, et exaspéré par le mépris envers les pauvres qu'arboraient les jeunes nantis de mon collège, je fondais alors une organisation militante rassemblant les jeunes de gauche au sein de l'ensemble des collèges de Genève. Grâce au soutien logistique enthousiaste de mes professeurs, nous pûmes diffuser des centaines de lourds et illisibles manifestes dans lesquels nous vomissions les inégalités de richesses et criions notre amour de l'Etat-providence.

Peu de temps après, je fis la connaissance des Jeunes Socialistes genevois qui mirent à notre disposition le matériel du Parti Socialiste sur lequel nous imprimâmes allègrement 16'000 pages noircies de minuscules caractères que nous lancions gaiement à nos camarades de classe, absolument insensibles à notre entrain rebelle. La même année, année de tous les délices militants, je m'engageais au sein de la Jeunesse Socialiste et du Réseau Objecteur de Croissance. Ma vie politique commençais donc, sur la base du welfarisme, de l'altermondialisme et de l'objection de croissance.

Ces glorieux premiers pas semblent probablement déjà relativement éloignés des idées et valeurs libertariennes, mais détrompez-vous : je m'en suis éloigné bien davantage !

Acte II. Révolutions

Après 1 an et demi à la Jeunesse Socialiste, j'étais secrétaire du parti et candidat aux élections fédérales sur une liste jeunes. La crise de la dette battait son plein en Europe du sud et l'Etat-providence tremblait sur son socle en même temps que s'effondraient, visiblement incapables de juguler cet étrange mal, les gouvernements sociaux-démocrates que j'admirais jusqu'alors. Privé de modèle, je rejoignis le mouvement des Indignés et découvris le marxisme en m'inscrivant à l'université en science politique.

Fort de ce sympathique mais léger bagage, je créai un blog sur le site de la Tribune de Genève (oui, celui-ci cher lecteur) et y tapotai joyeusement les maigres mais énergiques bases de ma réflexion. J'y développai mes solutions miraculeuses à la mystérieuse crise que je ne comprenais pas : prendre l'argent des riches, étatiser tout ce qui peut l'être, et planifier politiquement la production, tout cela sous couvert de solides vertus démocratiques bien entendu. Je rencontrai à ce moment-la un premier libertarien qui me traita de fou sanguinaire tandis que je le coiffai de
laquais des riches (une de mes insultes favorites à l'époque). Néanmoins, le contact était pris et le débat avait commencé. Ce débat allait durer 3 ans et j'allais le perdre, pour mon plus grand salut. 

Entre mes 20 et 23 ans, je fus élu à la présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise et entrepris d'en radicaliser la ligne et d'en éloigner le carriérisme, me liant à des trotskistes et d'autres éléments issus de l'extrême gauche, tout en cherchant à développer (peine perdue) un entrisme efficace au sein du Parti Socialiste et de la Jeunesse Socialiste Suisse.

Pendant ces trois années, étant devenu étudiant en philosophie, j'appris à connaître la méthode philosophique analytique, ce qui me rendit très méthodique et rigoureux. Je me mis donc d'une part à écrire une défense systématique de mes positions socialistes, cherchant à élaborer des arguments solides et valides, et d'autre part à lire les ouvrages libertariens pour mieux tenter de les réfuter par la suite. Je lus David Friedman, Murray Rothbard, Pascal Salin, sans que cela ne remette mes convictions en question d'un iota. Fermement arrimé à l'axiome communiste selon lequel le salariat est une agression ou un vol, je restais insensible à toutes ces bourgeoises palabres.

Ces trois années furent aussi des années de moult et moult débats. Avec les libertariens, éternels et inébranlables adversaires, et avec les anarchistes communistes. A force d'arguments pertinents et de brillantes démonstrations, libertaires et libertariens brisèrent ma foi en l'Etat en me montrant qu'il était bel et bien l'ennemi des plus pauvres et de la classe ouvrière. Je devins communiste libertaire et décidai de transformer la Jeunesse Socialiste en phalanstère, avant de me rendre compte que c'était complètement dément et impossible. Je rejoignis alors pour un court instant les anarchistes communistes (dont je ne peux que louer la probité et l'honnêteté) dans la lutte contre la bureaucratie, le gouvernement, les politiciens, et la bourgeoisie.

Acte III. Liberté

Et puis, je suis parti en Italie, pour assister à un mariage. J'ai emporté un livre avec moi. Ce livre s'appelle La Révolte d'Atlas, il a été écrit par Ayn Rand, et à sa lecture, à ma plus grande stupéfaction et entièrement contre ma volonté, l'axiome communiste s'est brisé. Le salariat n'est pas une agression ni un vol. Comment pourrait-il l'être ? Trois années de raisonnements de plus en plus tordus pour tenter de justifier l'injustifiable s'écroulèrent en quelques instants. Sans l'axiome communiste fondamental, la révolution n'était plus justifiée, l'expropriation des expropriateurs devenait caduque car il n'y avait plus d'expropriateur. Le socialisme ne pouvait donc qu'être volontaire. Il n'était qu'un choix de société, et non un impératif moral. Je suis rentré en Suisse, j'ai admis publiquement que je m'étais trompé sur bien des choses et que beaucoup de choses que j'avais soutenues étaient à vrai dire un tissu de foutaises. Puis, je me suis demandé ce que j'allais faire.

Par un heureux hasard, le libertarien Loïc Magnin m'écrivit à ce moment-la sur Facebook et m'annonça que Diogène (pseudonyme du libertarien Mikaël Mugneret) et lui-même passaient par Genève. J'allai à leur rencontre et Diogène déclara qu'il était temps d'unir socialistes libertaires favorables à un marché libre et au respect des droits de propriété légitimes et libertariens ouverts d'esprit contre leur ennemi commun : l'Etat. Nous avons alors acquiescé et avons décidé de fonder un parti unissant nos forces en Suisse romande. Quelques jours plus tard, j'ai quitté la Jeunesse Socialiste. Beaucoup de mes fréquentations ont mal réagi et une partie de mon cercle social a disparu à ce moment-la. Les socialistes libertaires n'ont quant à eux pas semblé partants pour se joindre aux libertariens. 

La politique aurait alors pu s'arrêter là pour moi en fait : socialiste refusant l'existence de l'Etat ou d'un gouvernement, favorable à un marché libre de producteurs indépendants organisés horizontalement en coopératives, désireux de vivre dans une communauté utopique solidaire où bien des choses seraient mutualisées, mais rejetant la violence à l'encontre des riches et des propriétaires et respectueux des droits de propriété légitimes, j'étais devenu un ovni politique.
Mais c'était sans compter les libertariens ! Fabio Battiato m'a contacté, et en septembre nous avons fondé le Parti Libertarien de Genève avec Alexis Andres et Darius Tabatabay. Les choses sont claires à présent.

Puisse le vent de la liberté souffler longtemps sur ce pays et sur le reste de la Terre.



« A long terme, c'est nous qui l'emporterons... La botte cessera un jour de marteler le visage de l'homme, et l'esprit de liberté brûle avec tant de force dans sa poitrine qu'aucun lavage de cerveau, aucun totalitarisme ne peuvent l'étouffer. »
- Murray Rothbard

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04/06/2015

Entretien avec des libertariens – Christian Siebenthal



Christian Siebenthal, dit « le Zélote », a 23 ans et réside à Perroy dans le canton de Vaud. Ancien blogueur militant engagé en faveur de la social-démocratie, il étudie à la Haute Ecole de Commerce de Lausanne et se définit comme un libertarien minarchiste chrétien. Passionné par le jeu d'échecs et la stratégie militaire, il a en outre rédigé de nombreux billets sur les tactiques élaborées par Alexandre le Grand. Son signe astrologique est Balance et sa couleur préférée est le noir.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Il peut se définir de manière très scientifique, en théorisant pendant des heures sur un détail ou sur un autre à l’aide de termes capillotractés ; au final, l’idée générale se définit très simplement : « La liberté des uns s’arrêtent là où commence celle des autres ». Pour ce faire, le libertarianisme part du principe que le premier élément perturbateur de la liberté des individus, c’est l’Etat, dans le sens qu’il est le démiurge, ainsi que le convoyeur, de règles inutilement contraignantes. Je dis bien « inutilement », car les libertariens pensent justement qu’il n’y a pas meilleur régulateur que l’auto-régulation, et que cette dernière est mue par les intérêts de toutes les parties impliquées. Le fameux principe de la « main invisible ».

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

J’aime passionnément Ayn Rand. Non pas parce qu’elle a dressé une pensée structurée conforme à la mienne, mais car la poésie et la conviction qui imprègnent ses écrits me possèdent. Il faudrait littéralement m’exorciser pour m’affranchir des spasmes qui me saisissent, des orgasmes qui me confisquent, à la lecture de son oeuvre. Ça c’est pour le côté passionné. (rires)

Plus pragmatiquement, je me reconnais dans le minarchisme. J’attends de l’Etat qu’il ne s’adonne qu’à une seule et unique tâche : celle d’assurer la liberté totale de ses citoyens. J’y ajoute ensuite une dimension supplémentaire, à savoir l’amour du Christ et du pardon. Nulle intention d’imposer à qui que ce soit une quelconque forme de spiritualité par une démarche prosélyte, mais j’exerce mon sens des responsabilités - nécessité pour tout acteur d’un modèle libertarien - au sein d’un carcan qui puisse me sauver de mes tentations de forfaiture.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Voilà qui nous renvoie à ma réponse précédente ! L’éthique de vie est personnelle. Elle habite - ou pas - les individus au sein d’une société libertarienne, mais ne doit pas être imposée. Le libertarianisme consiste précisément à laisser le loisir à tout un chacun d’épouser l’éthique qu’il désire. Le libertarianisme n’est donc pas une éthique, mais la possibilité d’une éthique. En ce qui me concerne, mon projet politique (ou plutôt anti-politique) s’incarne dans le libertarianisme, et mon éthique dans le catholicisme.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Il fut un temps où les socialos m’avaient complètement embrigadé, en bon propagateur de morale qu’ils savent si bien incarner. Je tenais donc un blog où je déversais quotidiennement ma haine sur tout ce qui ne pensait pas comme moi. Il est évident que l’immaturité, ainsi qu’un mal-être profond y étaient pour quelque chose. C’est d’ailleurs un constat que je fais régulièrement lorsque j’observe des jeunes socialistes à l’oeuvre comme Romain Pilloud. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de la névrose profonde qui justifie leur action politique.
Finalement, c’est en faisant l’effort de lire les arguments raisonnés de Thierry Falissard, de toi-même, Adrien, et en consultant les pages de Wikiliberal, que j’ai trouvé le chemin de la raison. A présent, je préfère les concepts aux anathèmes et le pragmatisme à l’émotivité.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

J’ai une admiration profonde pour Frédéric Bastiat, Machiavel et Jésus Christ. Ils incarnent chacun une facette différente de la doctrine que je défends. Voilà pour les morts.

Pour les vivants, ce sont des libertaires 2.0 qui m’inspirent beaucoup, les théoriciens qui peuvent se faire entendre grâce à internet. Parmi eux, les plus éminents sont Grégoire Barbey et GC. Grégoire Barbey a des convictions, mais jamais celles-ci ne feront entrave à son honnêteté de journaliste. Une attitude bien libertarienne que voici ! La tolérance vis-à-vis des opinions divergentes est une condition essentielle du libertarianisme. Et je tiens également à citer Thierry Falissard, grâce à qui de nombreux raisonnements fallacieux de salopards (rires) sont évités...

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

- Etre responsable

- Avoir l’esprit d’entreprise

- Avoir le sens de l’honneur

AF. Ton livre libertarien préféré ?

La philosophie dans le boudoir 
(de Donatien Alphonse François de Sade, NdAF)

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« Toute volupté de l’esprit, toute bonne humeur vient de ce qu’on a des gens en comparaison desquels on puisse avoir une haute estime de soi-même. »

De Cive, ch.1, Hobbes


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

La situation va bien entendu en s’empirant. Et dans « empirer », il y a « empire ». C’est bien de cela dont il s’agit. L’Europe détient à son sommet une force centralisante, une élite coupée du réel, chargée de dicter les conduites, de réguler pour une juridiction toujours plus large. Beaucoup de gens assimilent l’Union Européenne au triomphe libéral. En vérité, il n’en est rien. Et la Suisse, en bon pays soumis par la pression des potentielles sanctions, suit tout à fait la tendance.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Merci à Adrien Faure pour son implication de tous les instants. J’espère que tu persévéreras sur ce chemin. Ne te laisse pas mettre des bâtons dans les roues par les jaloux et les médisants. Tu incarnes quelque chose et peut-être bien que tu es en train d’écrire une page de l’histoire. L’Histoire se rappellera de toi et Grégoire Barbey, pas de Romain Pilloud.




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03/06/2015

Entretien avec des libertariens – Olivier Laurent



Olivier Laurent, entrepreneur de 39 ans et membre du Parti Libertarien belge, a vécu pendant 38 ans en Belgique où il a monté deux sociétés (la dernière comptait 12 employés). Aujourd'hui, il vit à Barcelone en Espagne.

 

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Par la définition la plus simple, sans être simpliste, que j'ai pu trouver : “Don't hurt people and don't take their stuff.” (Ne blesse pas les gens et ne prends pas leurs affaires). Définition qui est de Matt Kibbe.

 

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Minarchisme. La théorie est une conception de la réalité et donc, forcément, elle l'a trahi un peu. Le minarchisme amène cette dose de pragmatisme qui permet de raccorder une théorie à la réalité.

 

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Une éthique de vie. C'est avant tout respecter les autres. Respecter ce qu'ils sont, ce qu'ils font. Accepter que l'on a aucun droit sur leurs vies. Beaucoup définissent le mouvement libertarien au travers de soi et de la révolte que l'on éprouve à juste titre à se faire continuellement dépouiller du fruit de ses efforts.

Je trouve l'approche beaucoup plus intéressante quand elle se projette sur les autres. D'ailleurs, c'est la base d'une vie en société libérale/libertarienne : reconnaître aux autres les mêmes droits que ceux que l'on désire.

 

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Non. Adolescent j'étais anarchiste, tendance Proudhon. Ensuite, adulte, je suis devenu libéral, et, suite à une rencontre avec Quentien Meunier et Pierre-Yves Novalet, je suis devenu libertarien.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement?

 

Ron Paul comme homme politique. Il y a eu une nuit blanche que j'ai passée, suite à ce diner avec Quentin et Pierre-Yves. Pendant toute la nuit j'ai surfé de vidéo en vidéo de Ron Paul. Pour la première fois un homme politique disait exactement ce que je pensais... Le brouillon, jusque là dans ma tête, était exprimé avec une telle cohérence que cela m'a juste séduit et je suis devenu libertarien.

Dans l'espace francophone, la personne qui m'a le plus marqué est Serge Schweitzer. C'est juste un plaisir de l'écouter, surtout la mécanique du raisonnement. Et enfin, Stephen Davies : je pense n'avoir jamais entendu une personne ayant un tel don pour donner un cours d'histoire et le rendre si passionnant.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Liberté, égalité, fraternité.

Quand on se documente un peu sur la révolution française et le libéralisme classique, on y découvre des perles oubliées depuis... Ou atrocement dénaturées par des générations de discours politiques. On a oublié, par exemple, que dans dans la première déclaration Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, le droit de propriété privé était clairement mentionné ainsi que le droit à résister à l'opression. Que vivons-nous aujourd'hui ?

Peut être, juste préciser, une chose qui peut parfois paraître surprenant pour un libertarien : la fraternité, la solidarité, souvent instrumentalisées par le pouvoir, impliquent un consentement. Vous consentez à aider quelqu'un, à donner de bon coeur, et c'est de là que le geste retire toute sa noblesse. La caricature bureaucratique qu'en a fait l'Etat n'a que faire de votre consentement. Il vous le prendra par la force. Ce que l'Etat organise n'est pas de la solidarité, de la “fraternité”, c'est de la redistribution forcée à des fins électoralistes.

 

AF. Ton livre libertarien préféré.

 

Mmmmh je proposerais “Le capitalisme au moyen-âge” de Jacques Heers, qui détruit en gros toute les théories marxistes sur la génèse du capitalisme.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« Je veux que les couples gays mariés puissent défendre leurs plants de marijuana avec leurs armes. » (Tim Moen)

Ça plante le décor : ni de gauche ni de droite, juste plein centre.

 

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Belgique, en Espagne et en Europe ?

Pessimiste. On évolue de plus en plus dans une société autoritaire ou un Etat omniprésent contrôle toujours plus les gens. L'Etat est devenu une sorte de divinité. On ne vous condamne plus au nom de l'amour mais au nom de la solidarité. Les politiciens sont devenus mystiques. Leurs discours ne font jamais référence à une quelconque réalité mais toujours à une société idéalisée qui ne correspond en rien à cette réalité. Bref, on retourne à un âge sombre. Je suis très pessimiste sur l'avenir du continent européen.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que les lois liberticides qui fleurissent régulièrement sont le fruit d'une caste coupée du reste de la population. La mécanique est totalement démocratique. La majorité des gens veulent retirer toute liberté à leur voisin. Ils ne voient leur avenir qu'en le dépouillant. Ils sont littéralement en train de vendre sa liberté pour un peu de sécurité... Et comme l'a dit si bien Benjamin Franklin : ils ne méritent ni l'un ni l'autre, et vont perdre les deux. Au bout de la route vers la servitude, Hayek nous a bien montré ce qui s'y trouve... On y court malheureusement.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Belgique et en Espagne ?

 

Il est implanté dans les deux pays en effet. Cependant la représentation est modeste, c'est un début. L'éducation étatiste dans ces deux pays a bien formaté l'esprit des gens. Ils n'imaginent pas leur vies sans un Etat omniprésent, certains deviennent agressif quand on ose le remettre en cause. Ce sera un long travail, très long.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

Comme le disait un célèbre vieil homme qui portait une robe blanche :

N'ayez pas peur”.

Beaucoup se retiennent. Les idées libertariennes leur semblent extrêmes... Tôt ou tard vous allez vous rendre compte que c'est vous qui vivez à une extrêmité. Le mouvement libertarien c'est le centre.

 

 

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01/06/2015

Entretien avec des libertariens – Cédric Pissoort



Cédric Pissoort, 23 ans, est membre du Parti Libertarien de Belgique. Il était d'ailleurs présent lors de sa fondation en 2012. Il vit à Bruxelles où il étudie les sciences économiques. Il aime la musique country et les films de western. Son signe astrologique est Poisson, sa couleur préférée est le jaune et son animal-totem est le serpent.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

D'abord, je trouve que ce mot n'est pas très beau. Il ne s'agit que de la traduction française du mot libertarian américain, qui a trouvé son origine dans le besoin de se différencier du mot liberal, en anglais qui avait pris une connotation de gauche aux USA. Le mot libertarien, en français, est très proche du mot libéral, à tel point qu'on utilise souvent les deux de façon indifférenciés dans le monde francophone, avec la particularité que les libertariens sont plus radicaux dans leur définition de la liberté.

Je définirais le libertarianisme simplement comme du libéralisme dont la définition de la liberté est plus radicale, sans compromis, et plus cohérente. A tel point que l'Etat, qui ne peut vivre que par une atteinte aux libertés individuelles, que ce soit économiques ou autres (liberté des moeurs, d'expression, de culte, etc.), est vu comme un ennemi, ou, au mieux, un moindre mal, qui doit se réduire au minimum.

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je n'ai jamais très bien su me positionner entre l'anarcho-capitalisme et le minarchisme. Le plus cohérent est bien sûr l'anarcho-capitalisme, où il n'y aurait pas d'Etat. Mais comment empêcher qu'un Etat surgisse de l'anarchie ? Ne vaut-il pas mieux un Etat minimum qui empêche une pire organisation de surgir ? Même problème avec le cas d'un Etat étranger qui déclarerait la guerre et imposerait sa dictature.

Ensuite, la question de la justice. Tant qu'il y a un plaignant et un coupable, des tribunaux privés peuvent intervenir. Mais dans des situations extrêmes, comme pour un meurtre de quelqu'un sans personne pour porter plainte, il ne faut rien faire ? Je me pose probablement trop de questions. Mais il faut bien reconnaître qu'un Etat est bien pratique pour répondre à ce genre de situations extrêmes.

Mais pour répondre plus précisément à la question qui m'a été posée, je me sens plus proche du courant jusnaturaliste. J'ai surtout lu Rothbard pour l'instant. Sa vision rationaliste des droits naturels me plaît beaucoup. D'ailleurs, le droit me plaît beaucoup, bien que ce ne soit pas ce que j'étudie à l'université. Dans un monde sans Etat ou presque, il n'y a plus de politique pour apporter de solution magique à tous les problèmes. Les individus doivent se débrouiller entre eux et le dernier recourt, lorsque la liberté ou le contrat n'a pas été respecté, est de s'adresser à un tribunal privé pour trancher le litige.
Je devrais lire plus d'auteurs qui abordent le libéralisme ou l'anarcho-capitalisme différemment. Je sais que David Friedman est anarcho-capitaliste sans défendre le droit naturel. Il défend un système judiciaire qui ne répondrait pas exactement aux mêmes règles de droit en tout lieu et à tout moment comme Rothbard. Dès que j'en aurai le courage je lirai ''Vers une société sans Etat''.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Ce n'est pas vraiment un projet politique, puisque c'est justement un rejet de la politique. Le but est de pouvoir se débrouiller sans l'Etat. Chacun fait ce qu'il veut tant que cela ne compromet pas la liberté d'autrui, sinon c'est un acte d'agression et la victime a le droit de se défendre. Ce n'est pas une éthique individuelle, chaque libertarien est libre d'adopter la morale qu'il lui plaît. La seule morale que tout libertarien doit suivre est de ne pas empiéter sur la liberté de quelqu'un d'autre. Quand on est libertarien on défend l'idée que tout le monde peut faire ce qu'il veut. Mais individuellement comment veut-on vivre ? Le libertarianisme ne répond justement pas à cette question.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Dès que je me suis intéressé à la politique, je me suis intéressé au libéralisme. Je crois que c'est principalement grâce à internet. Avant de m'intéresser aux différents concepts politiques, je m'étais intéressé à plusieurs choses. J'aimais beaucoup l'informatique. J'ai appris quelque notion de programmation dans mon coin, installé Linux sur un vieux PC. Certaines versions de Linux sont gratuites, financées par des dons privés. Cela m'a appris que même la solidarité pouvait être quelque chose de privé et volontaire. Pendant ce temps-là, wikipedia, youtube, google, et compagnie, se développaient, ce qui renforçait l'idée que le partage pouvait s'organiser même dans un environnement capitaliste.

Je passais donc beaucoup de temps sur internet. Je cherchais tout et n'importe quoi. Je suis tombé sans trop le vouloir sur des sites de développement personnel, dont un en particulier qui était le site du club positif, dirigé par un entrepreneur suisse. Il vendait des ebooks, mais certains étaient gratuits et il m'arrivait de les lire. Ça parlait de développement personnel, mais il y avait une mentalité d'entrepreneur qui s'en dégageait, et je crois que c'est ce qui m'a le plus marqué. Le résultat de tout ça était que d'un côté il y avait le développement du partage gratuit et privé sur internet, de l'autre l'influence d'une mentalité d'entrepreneur.

Par la suite, je me suis intéressé à l'économie parce que j'étudiais ça à l'école. Je me rappelle d'un cours sur la privatisation, cela m'a instantanément fasciné. De plus, j'entendais les médias parler des libéraux, bien que c'était en mal et dans sens qui n'a pas grand chose avoir avec une définition sérieuse. J'ai tapé libéraux sur google et je suis tombé sur liberaux.org. Cela a été le point final pour me faire passer du côté des libertariens et me faire m'intéresser à la politique. J'y ai appris les concepts de minarchisme, d'anarcho-capitalisme, etc. C'est donc grâce à liberaux.org que je suis devenu libertarien, bien que l'influence que j'avais acquise avant sur internet m'a aidé.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Il n'y a pas vraiment d'individus qui inspirent mon engagement. Je pense que les libéraux/libertariens ont raison et défendent une noble cause, même si ce n'est pas évident pour tout le monde. Donc je m'engage avec eux pour un monde plus libre.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Courage, honnêteté et entraide, à condition que l'entraide soit volontaire bien entendu.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je ne suis pas un grand lecteur. J'ai lu « La route de la servitude » de Hayek, où il s'oppose au socialisme avec les arguments du bon sens. J'ai aussi lu plusieurs livres de Rothbard. Je ne vais pas être très original, mais mon préféré est « L'éthique de la liberté ». Rothbard est très direct et a toujours un avis tranché sur chaque question. On peut penser que c'est un défaut, mais ça permet d'être clair. Rothbard est très pédagogique. Il arrive à expliquer des problèmes qui peuvent paraître compliqués de façon très simple. Que l'on soit d'accord ou pas, on comprend tout de suite l'enjeu du problème en question, même quand on a pas fait d'études ou qu'on n'a rien lu sur le sujet avant.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

« Government is good at one thing : It knows how to break your legs, hand you a crutch, and say, "See, if it weren't for the government, you wouldn't be able to walk. » - Harry Browne

Que l'on pourrait traduire par : « Le gouvernement n'est bon qu'à une chose : il sait comment vous cassez les jambes, vous tendre une béquille et dire "Vous voyez, s'il n'y avait pas de gouvernement, vous ne seriez pas capables de marcher." »

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Belgique et en Europe ?


La situation économique en Belgique dépend énormément de l'Union Européenne. L'influence de l'Union Européenne est telle que les politiciens belges ne font qu'appliquer les recommandations européennes, avec quelques spécificités locales. Je ne sais pas ce que l'avenir apportera. Depuis le début de la crise, je lis et entends les pires prévisions sur l'avenir, des prévisions de crises bien plus graves : on aurait reporté la crise de 2008 pour un chaos prochain. C'est peut-être vrai, mais pour l'instant, en Belgique, il n'y a pas encore eu un tel chaos. La crise de 2008, d'origine américaine, a provoqué la crise des dettes souveraines, qui s'inscrit dans un contexte purement européen. La crise de 2008 a fait ressurgir les vieux démons qu'on avait en Europe.

En économie, le meilleur est toujours dans une meilleure situation, mais on peut dire aussi la même chose du moins mauvais. Tous les pays européens pratiquaient le déficit public, même l'Allemagne. Mais on s'est rendu compte que la capacité de rembourser les dettes publiques de certains pays était clairement surévaluée. La Grèce était dans une situation bien plus mauvaise que prévue. Résultat, les détenteurs de dettes grecques ont tout vendu pour acheter de la dette allemande et le taux d'intérêt que devrait rembourser l'Etat allemand a baissé. Le malheur des uns a fait le bonheur des autres dans ce cas-ci.

La crise a divisé plus que jamais l'Union Européenne, entre ceux qui n'avaient pas de problème pour rembourser la dette publique et ceux qui n'y arriveraient pas, avec néanmoins des pays intermédiaires comme la Belgique. S'il n'y avait pas d'Etat-Providence, il n'y aurait pas eu tous ces problèmes. Les Etats ne se seraient pas endettés et les finances publiques se porteraient bien. Mais je ne sais pas ce que nous réserve l'avenir, les prévisions de catastrophes sont peut-être vraies, mais peut-être qu'on se rendra compte à ce moment-là que d'autres pays sont dans un état bien pire, ce qui limitera la casse pour nous. Ce n'est pas très réjouissant du point de vue éthique. Mais je parle là d'économie, pas d'éthique. Et puis, si les Etats n'imposaient pas un Etat-Providence, s'il n'y avait pas de banque centrale pour déstabiliser les taux d'intérêt, s'il n'y avait pas de réglementations, on n'en serait pas là.

Pour ce qui est des questions non économiques, je n'ai pas grand chose à dire. La Belgique n'est pas si mal. Par contre, ce qui est impressionnant est que la population manifeste très peu pour des questions parfois graves. L'année passée, une loi sur l'euthanasie des enfants, sans limite d'âge, a été votée. Très peu de réaction. A tel point que les Belges eux-mêmes ne savent souvent pas que c'est le cas. Maintenant il y a des discussions sur la majorité sexuelle à 14 ans, parce qu'entre 14 et 16 ans la loi n'est pas claire paraît-il. Je ne sais pas où les politiciens veulent en venir, mais c'est troublant. Je ne dis pas que ce sont forcément de mauvaises idées, mais c'est troublant. De plus, on peut s'intéresser à d'autres sujets. Personnellement, je m'intéresse beaucoup plus à la liberté de détenir des armes à feu et de se défendre ou à la légalisation du cannabis que de savoir s'il faut avoir plus de 14 ou 16 ans pour pour pouvoir faire l'amour sans que les parents puissent porter plainte.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Belgique ?

Il y a le Parti Libertarien belge, dont je suis membre. On a beaucoup de mal à se faire entendre, en tout cas chez les francophones. C'est un petit parti, il y a peu de membres, et en plus les élections coûtent cher. Le parti se développe petit à petit. Ça va être long, mais il faut espérer. En persévérant on va peut-être y arriver.
Par contre, ce qui est assez paradoxal est qu'on a une meilleure audience chez les germanophones, et les Flamands ont déjà parlé du Parti Libertarien dans leurs journaux. On se fait plus entendre, ou en tout cas tout autant, chez les non francophones que chez les francophones. Ce doit être le surréalisme belge. (rire)

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Il ne faut pas désespérer. Le mouvement libertarien se crée petit à petit, que ce soit par l'outil des partis politiques ou non. On est fortement limité par un Etat trop grand et une mentalité étatiste trop présente chez les gens. Mais c'est en connaissant ses limites qu'on peut essayer de faire mieux. Chaque pays a ses caractéristiques qui fait qu'il est plus ou moins libéral. On doit chacun analyser les caractéristiques du pays dans lequel on vit et à partir de là voir ce qu'on peut faire.
Je rajouterais aussi que la communauté libérale est petite pour l'instant, cela permet de mieux nous connaître, profitons-en !


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27/05/2015

Entretien avec des libertariens – Thierry Falissard



Thierry Falissard a 56 ans et vit à Lausanne, dans le canton de Vaud. Adhérent de l'Institut libéral, il travaille comme ingénieur et informaticien le matin et écrivain et métaphysicien à seize heures. Son signe astrologique est Taureau ascendant Cancer et sa couleur préférée est le jaune d'or.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Je préfère parler de libertarisme que de libertarianisme. C’est la recherche et l’application des principes de base qui conditionnent la possibilité d’une vie en société qui minimise la violence.

Cette recherche touche à l’éthique, voire à la métaphysique. En effet, il faut une définition de la violence, de l’agression, des agresseurs, du périmètre individuel sujet à agression et qui devrait en être protégé, et donc de ce que devrait être le droit dans une société non-violente. On aboutit à une philosophie du droit découlant de préoccupations éthiques, voire d’une ontologie ou d’une conception de l’homme.

Le droit, sauf à être arbitraire, doit être la traduction d’une éthique intersubjective : pour moi, il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression, éthique « confirmée » par toutes les religions et les morales laïques (éthique de réciprocité, Golden Rule et Silver Rule). Les libertariens mettent au défi quiconque de trouver un autre fondement à une vie en société qui soit non-violente.

Cela remet en question les conceptions positivistes du droit comme construction ou institution héritée du passé, totalement déconnectée de l’éthique, comme le croient certains libéraux. Cela remet aussi en question la nature de la politique et du « pouvoir ». La démocratie n’en réchappe pas, puisqu’elle consacre la domination d’une majorité sur une minorité, et s’attaque constamment au périmètre individuel et à la sphère privée (y compris en Suisse avec de fréquentes initiatives populaires antilibérales, et une élite politique qui va contre l’intérêt de la population tellement elle est pressée de construire une Suisse identique au reste du monde).


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je me sens proche de tous les courants (sauf des conservateurs et des Randiens), sachant qu’ils relèvent tous pour le moment de l’utopie : il n’y a pas aujourd’hui de société anarcho-capitaliste ou panarchique, et encore moins de société minarchique. L’une ou l’autre me conviendraient, mais je n’en vois pas la perspective avant longtemps. Je parle d’utopies car il n’y a pas de formule magique pour empêcher en anarcapie l’émergence d’un Etat central, ni pour empêcher en minarchie un Etat minimal de devenir maximal, comme les Etats d’aujourd’hui. Ce sont donc des modèles théoriques vers lesquels il faut tendre, mais qui ne seront peut-être jamais réalisés, ou pas avant des siècles. En effet, la pente naturelle de toute société est de céder à cette loi éternelle qu’est la loi du plus fort, et il est impossible d’empêcher le plus fort de s’octroyer la part du lion (d’où tous les avantages dont bénéficie le secteur public dans tous les pays, l’impunité totale des dirigeants, le mépris qu’ils ont pour leurs administrés, leur court-termisme, leur propagande orwellienne, la dette publique qui matérialise leur irresponsabilité). Mais ce qu’il faut incriminer est bien la bêtise du citoyen-électeur, prisonnier de toutes sortes d’illusions, qui croit que la politique est utile et nécessaire : c’est bien là la cause profonde de l’inaptocratie !


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Le libertarisme est d’abord pour moi un rejet de la politique, ou un projet anti-politique, car c’est une affirmation de la primauté de l’individu sur le collectif. C’est aussi une éthique de vie fondée sur le primat de la volonté individuelle et de la non-agression. Ce n’est pas une éthique complète, elle ne vous empêche pas d’avoir au surplus une éthique personnelle, d’être athée ou croyant, végan ou carnivore, altruiste, égoïste, radin, misanthrope, judéophile, islamophobe, etc.

Comme individualiste radical, j’ai la plus grande méfiance à l’égard de toutes les entités collectives, sources d’oppression. Seules les associations volontaires sont légitimes. Libre à vous de vous définir comme appartenant à telle entité collective (nationale, religieuse, politique…) et d’y voir une partie de votre identité, libre à moi de refuser de faire de même, et de refuser qu’au nom de votre identification à un collectif donné (nation, patrie, congrégation, syndicat…) vous veniez empiéter sur ma liberté et m’imposer votre point de vue.

Certains libéraux se gargarisent avec l’État de droit, les institutions, la séparation des pouvoirs, la « légitimité démocratique », le « contrôle démocratique », l’indépendance de la justice, etc. Toute cette machinerie dont ils sont très fiers (et qui a sans doute quelques mérites historiquement) n’a pas empêché les Etats et les institutions (nationales et internationales) de devenir ce qu’ils sont : de terrifiantes machines à broyer l’individu, avec prolifération de la bureaucratie, impunité des irresponsables institutionnels, spoliation généralisée, atteintes continuelles aux libertés et à la propriété. Alors ils préconisent aux mécontents de « voter avec leurs pieds », comme si les Etats étaient des copropriétés d’où l’on pouvait facilement déménager en cas de désaccord, et comme si ces Etats étaient les propriétaires ultimes du territoire où ils résident…

Le libertarien conteste les notions d’intérêt général, de biens publics, constructions ad hoc qui servent à justifier l’oppression. Est récusée aussi l’idée de nation, de volonté populaire, de cohésion sociale, de « vivre ensemble », de projet commun, de progrès social, sans tomber dans un atomisme social (reproche habituel si facile), puisque le libertarien est en faveur de toute association volontaire.

La tâche du libertarien de mon point de vue n’est pas d’entrer dans le jeu politique normal et de chercher à être élu. Il n’a pas de modèle de société de rechange à proposer, mais il exerce une fonction critique à l’égard de la chose politique, en montrant comment toute action étatique est immorale, car fondée sur le vol, la coercition, les privilèges accordés à quelques-uns aux dépens de tous les autres. En abandonnant la politique politicienne au bénéfice de la philosophie politique et de l’économie politique, il peut ainsi espérer élever le « niveau de conscience » (désolé d’employer une expression aussi « New Age ») de la population en dénonçant l’imposture politique. Appliquer la loi du plus fort indépendamment de toute éthique, fût-ce au travers de la démocratie, c’est céder à la facilité : rien ne la justifie, ni la théorie des biens publics, ni la fiction de l’intérêt général.

Au plan collectif, le libertarisme est un abolitionnisme : il « suffit » en théorie d’abolir les législations liberticides, c’est-à-dire 99 % des lois, alors que la tendance est au contraire à l’empilement législatif, au bénéfice direct des politiciens, juristes, lobbyistes, assistés, groupes de pression et minorités tapageuses, etc., sans parler du capitalisme de connivence qui a pris une ampleur démesurée de nos jours (la PME du coin peut bien crever sous les charges, mais il faut sauver telle grande entreprise ou telle banque au nom de l’intérêt national, ce cache-sexe de la corruption cleptocratique).

Au plan individuel, le libertarien peut rechercher un affranchissement personnel, en usant du « droit d’ignorer l’Etat » et du passivisme. Quelques outils existent : on peut quitter la Sécu (en France), utiliser Bitcoin, faire jouer la concurrence à tous les niveaux, pratiquer l’agorisme, la désobéissance civile, etc., mais on est encore loin du compte pour ce qui est des moyens disponibles.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Quand on n’a pas de principe directeur, de philosophie politique, c’est l’émotionnel qui domine, et l’on est pris au piège d’illusions telles que la nation, les acquis sociaux, le progrès social, la justice... C’est ce qui se passe en politique française, où il n’y a plus d’idées, que de l’émotionnel et des querelles de personnes. Le cycle interventionniste a été bien décrit par les libertariens : il y a un « problème » à résoudre, d’où une intervention étatique, qui créera d’autres problèmes dans une spirale sans fin. Tout cela est absurde, sauf pour les politiciens qui y trouvent leur raison d’être, car « l'art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l'enfumage des victimes » (corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember).

Je suis donc sorti, bien péniblement car rien ne vous y aide (surtout quand vous êtes un produit des « Grandes écoles » à la française), de toutes les illusions étatistes, sans pour autant tomber dans un utopisme libertarien (pas de Matrice de rechange quand vous êtes sortis de la Matrice). La clé a été pour moi le postulat de la volonté individuelle, et le critère du consentement appliqué à tous les rapports sociaux. La critique libertarienne montre que le roi est nu, qu’on n’a pas besoin de lui, que le mensonge et le vol ne changent pas de nature parce qu’ils ont reçu l’onction politique ou étatique. Le libertarien a pour vocation de devenir le poil à gratter du conformisme politique (y compris libéral).


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Je me réclame de la philosophie transcendantale (celle qui part du primat de la conscience) et du volontarisme, dans le sillage difficile de Spinoza, Kant, Schelling et Schopenhauer. L’avantage et en même temps le défaut d’une telle philosophie est qu’on se place dans l’intemporel, on néglige un peu les théories évolutionnistes parce qu’on a tendance à penser qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil »…

Il me faut citer Max Stirner, qui dénonce l’Etat comme nouvelle divinité, ancrée davantage dans les têtes qu’établie dans les faits ou légitimée par ses succès. La royauté de droit divin et l’assertion que « tout pouvoir vient de Dieu » ont laissé des traces, on a juste remplacé le roi par la nation, tout cela pour aboutir à une oppression bien pire que sous l’Ancien régime. Il y a encore des gens qui croient que tout ce que fait l’Etat est bien, puisque cela résulte de la « volonté générale » ! Ou que l’Etat a une vision à long terme, qu’il est indispensable pour fournir tel service dit « public », voire qu’il est la source de toute civilisation et de tout progrès...

Arthur Schopenhauer, plus connu comme métaphysicien (offrant un trait d’union unique entre Occident et Orient), établit un lien fort entre métaphysique, éthique et politique. La politique n’est plus alors que la façon d’assurer la coexistence des volontés individuelles, en imposant le principe de moindre agression, chaque volonté étant respectable dès qu’elle n’en agresse pas une autre. D’où déjà la critique du paternalisme étatique, tout autant que du collectivisme (que Schopenhauer dénonce chez Hegel de façon prémonitoire !). On aboutit à des positions assez proches de celles de Rand ou Rothbard, en partant de postulats diamétralement opposés (réalisme empirique kantien au lieu du réalisme aristotélicien).

Après cela, les libertariens du XXe siècle, Rothbard, Friedman, Rand, etc., n’ont fait que développer à l’extrême et de façon systématique ce qui était déjà en germe au XIXe siècle, décrit par Bastiat (ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas) ou Molinari (l’Etat comme producteur monopolistique, très inefficace, de sécurité). Avec le temps, je crois davantage à une société multiculturelle et multi-juridique à la Friedman qu’à une société où règnerait un « droit naturel » uniforme à la Rothbard.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

Outre la triade classique liberté, propriété, responsabilité : autonomie, dépassement, lucidité.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

C’est peut-être le livre de Pascal Salin, Libéralisme (2000), celui qui m’a le plus efficacement ouvert les yeux. « Encore un livre politique, donc arbitraire, partisan et sectaire » m’étais-je dit en l’ouvrant, plutôt sceptique. Mais non, tout au long du livre on applique une seule logique, la logique de la liberté, et une extraordinaire cohérence s’en dégage ! On est très loin des ouvrages politiques habituels, écrits par les politiciens, leurs nègres ou leurs épigones, où les intentions généreuses cachent sous de belles phrases la coercition et la dictature molle nécessaires pour faire appliquer les idées.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

Il y aurait des dizaines de citations toutes aussi valables les unes que les autres…

- Il ne faut pas que le peuple s'attende à ce que l'État le fasse vivre puisque c'est lui qui fait vivre l'État. (Frédéric Bastiat)

- Ils veulent être ''bergers'', ils veulent que nous soyons ''troupeau''. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. (Frédéric Bastiat)

- L’État est le maître de mon esprit, il veut que je croie en lui et m’impose un credo, le credo de la légalité. Il exerce sur moi une influence morale, il règne sur mon esprit, il proscrit mon moi pour se substituer à lui comme mon vrai moi. (Max Stirner)

- L'État, c'est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le Peuple. » (Friedrich Nietzsche)

- Il n'y a point d'alchimie politique à l'aide de laquelle on puisse transformer des instincts de plomb en une conduite d'or. (Herbert Spencer)

- L'État n'est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive cette bête carnassière, l'homme, et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore. (Arthur Schopenhauer )

- Pour un libéral, l'État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. (Patrick Smets)


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

 

L’Europe est bien avancée sur la route de la servitude hayékienne, et la Suisse, trahie par ses élites, court derrière elle avec quelques années de retard. Comme on pouvait s’y attendre, le problème du surendettement étatique a été réglé partout non par l’austérité ou la réduction du périmètre étatique, mais par la planche à billets. Tout le monde sait que ça finira très mal (d’où le marasme actuel où cet effondrement de la société est inconsciemment pressenti) mais on ne sait pas quand l’écroulement aura lieu, ni si ce sera uniquement pour des raisons économiques (faillite générale) ou socio-politiques (dictatures nationales ou supranationales, fanatisme nationaliste ou révolutionnaire, expansion du totalitarisme islamique…).

La gangrène étatique s’étend aujourd’hui sur toute la société, et quasiment tous les domaines d’activité sont touchés. Quelques exemples dans des domaines auxquels je m’intéresse. La santé, avec une sécurité sociale de type soviétique en France, et crypto-soviétique en Suisse avec la LAMal, qui interdit de s’assurer hors de Suisse (alors que même en France c’est possible) ! L’enseignement public, à la fois uniformisé dans sa partie obligatoire (promotion des cancres et rabaissement des doués) et prébendaire dans sa partie universitaire, déconnectée de l’économie (avec des matières qui ne servent qu’à faire vivre le professeur qui les enseigne). La science, que l’on aurait pu croire objective et détachée de la politique, est en fait une science étatisée, où prolifèrent les gaspillages et les fromages (changement climatique prétendument d’origine anthropique, projets inutiles et pharaoniques comme ITER, théories-fromages qui ne servent qu’à donner une occupation aux scientifiques, comme la théorie des cordes en physique, sciences dites « sociales », etc.).


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?


Je rappelle l’existence de mon livre gratuit Faut-il avoir peur du libéralisme ?, qui est une description assez équilibrée du libéralisme, mais qui sera jugée extrémiste si l’on est étatiste, et trop modérée si l’on est libertarien.

Je publie en 2016 un petit livre « La pensée bouddhiste » (son titre d’origine : « Métaphysique bouddhique » a été jugé trop rebutant par l’éditeur, Almora…) où j’essaie de combattre pas mal d’idées reçues sur cette philosophie, qui est la mienne, au travers du prisme de la philosophie transcendantale occidentale.

Je soutiens l’initiative suisse « monnaie-or » (ex « franc-or ») qui vise à mettre en circulation une monnaie parallèle reposant sur l’or. Un des critères permettant de reconnaître un Etat vraiment libéral (on en cherche toujours !) serait celui d’une liberté monétaire complète (autres critères : non pénalisation des crimes sans victimes ; Etat géré comme une entreprise ; liberté d’expression absolue).

Enfin, je plaide pour des débats libertariens où l’on éviterait autant que possible des sources de dissension classiques, qui sont de deux sortes : éthiques et métaphysiques. Ethiques : vous avez le droit de soutenir n’importe quelle éthique (conservatrice, écologique, solidariste…) du moment que vous ne cherchez pas à l’imposer à autrui (excepté quand il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression). Métaphysiques : vous ne devriez pas utiliser des arguments métaphysiques dans un débat libertarien, qu’il s’agisse de la « loi naturelle », de Dieu, de la providence (Bastiat !), du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau !), de la dignité humaine (Kant !) ou même (plus subtil) du libre arbitre ou d’une quelconque « nature humaine ». De telles hypothèses risquent d’affaiblir votre argumentation (sauf avec ceux qui partagent les mêmes conceptions) et de mettre un terme au débat, ce qui est dommage car on peut parvenir à des conclusions libertariennes identiques à partir de postulats très différents.



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26/05/2015

Entretien avec des libertariens - João Manuel Salvador



Je m'appelle João Manuel Salvador, 24 ans, et j'habite à Luanda en Angola, juste à coté de l'océan Atlantique. Actuellement, je suis étudiant en sciences économiques en 1ère année. Pour tous ceux qui on connu l’Angola et l’Afrique en général, j'ai pris l'habitude de prendre du11265364_481398932016173_8387950128493630875_n.jpg fufu et du nfumbua, et un peu de maluvus. Voilà, c’est tout ce que je peux dire sur moi.

AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Le libertarianisme est une philosophie politique prônant un libéralisme jusnaturaliste ou utilitariste, qui fonde ses piliers sur la liberté individuelle et le principe de non-agression comme principes moraux fondamentaux du droit naturel.

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Eh bien, de l’anarcho-capitalisme (pas d'Etat). Je considère donc que les pouvoirs de l’État devraient être supprimés, à terme, mais pas en supprimant quoi que ce soit. Les services de l’État seraient probablement, graduellement remplacés par des services privés et, in fine, il n’y aurait plus d’État (plus de monopole) puisqu’il n’aurait plus de travail à offrir.

En effet, l'Etat n’est autre chose qu’une organisation de personnes parfaitement normales, sans la moindre compétence particulière, qui cherchent juste à obtenir un monopole sur la violence légale sur un territoire donné. L’Etat n’est pas la société et par conséquent la société n’a pas besoin de l’État pour exister. Puisque c’est l’État qui succède à la société, et que l’État ce ne sont que des personnes normales, TOUT ce que fait l’État peut aussi être fait par d'autres formes d'organisation.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je considère le libertarianisme comme étant d'abord une morale individuelle, et ensuite une philosophie de la vie en société, dérivée de cette morale individuelle. Le libertarianisme m’inspire juste que chacun doit être libre de faire ce qui le rend heureux. Si je suis heureux dans ma yourte au milieu de nulle part, que je veux qu’on me laisse en paix, je ne compte pas empêcher les autres de vivre leur vie. Bref, que les gens fassent ce qu’ils veulent tant qu’ils font pas chier aux autres. Tu te mêles de ce qui te concerne, idem pour moi. Tu ne dois pas me dicter ce que je vais faire, et je ne te dicterai pas ce que toi tu feras. C’est bien, en résumé, ce que je peut conclure du libertarianisme.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ?
As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Mystère, mystère de la mondialisation. J’étais de gauche, mais, évidemment, avec peu de culture. En tout cas, c’est grâce à internet que j'ai connu le libertarianisme et ait décidé d'y adhérer entièrement.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Eh bien, il m’est par conséquent tout à fait impossible de citer toutes les personnes et toutes les influences qui ont marquées mon apprentissage et envers qui j’éprouve une profonde reconnaissance. J’ai eu le bonheur de profiter d’innombrables discussions, échanges, orientations, avec un grand nombre de libertarien sérieux et cultivés, qui m’ont aidé à former mes propres idées, et surtout à se faire plus confiance à soi-même plutôt qu’à compter sur les autres. Dont, en l'occurrence : Antoine Conforti II (bien qu’il ne soit pas libertarien), Stefan Metzeler, François-René Rideau (Faré), Gidmoz Gdm, Frédéric Jollien, Roberto Fucile, etc.

Pour les auteurs, il y a Bastiat, Ludwig von Mises, Hayek, Adam Smith et enfin pour conclure, le professeur Rothbard.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

L'amour, peut-être? L’amour est bien galvaudé de nos jours. Le respect, peut-être ? Oui, c'est la seule valeur qui puisse exister : le respect des autres humains dans leurs droit à être eux même et non ce qu’on voudrait qu’ils soient.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’ai pas lu beaucoup de livres libertariens, mais en tout cas, c’est le professeur Murray Rothbard et son « Ethique de la liberté » qui m’a totalement convaincu de par la clarté et cohérence de sa pensée.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

«  On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. »

- Pascal Salin

« Ce n'est guère exagéré que de dire la chose suivante : un État ne fonctionne correctement que s'il est composé exclusivement de saints, et une anarchie n’échoue que si elle est peuplée exclusivement de démons. »

- David Friedman

« La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors. »

- Georges Brassens

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Angola et en Afrique ?

Un désastre. Aussi longtemps que les Africains n’auront pas compris que l’État n’est pas leur ami, aucune autre alternative ne sera possible. L’Afrique fait partie des continents le plus pauvres du monde et pour se débarrasser de cette pauvreté l’Afrique doit adopter une politique strictement libérale. Pour commencer : commerce libre, facilitation à créer des entreprises, garantie de la propriété, protection des personnes, et liberté de contrat. Sans cela, rien n’est possible.

Les Africains ont un immense avantage, ils savent déjà ce qui marche (précisément en Europe et en Amérique) et ce qui ne marche pas. Probablement qu'ils peuvent ne copier que les bonnes choses et rejeter les mauvaise. Sur ce point, la Suisse serait un bon exemple. Ils doivent comprendre que les ressources c'est la production humaine, ce ne sont pas les matériaux dans le sol, mais ce que produit l'activité humaine.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Angola et en Afrique ?

En Afrique ? Au moins au Maroc, mais je ne suis pas suffisamment renseigné concernant les autres pays. Pour ce qui est de l’Angola, pas encore. C’est vraiment une philosophie qui est très combattue par le gouvernement angolais, mais nous tenons à nos projets de façon à faire connaître à tous les Angolais que l’instauration du libertarianisme serait une délivrance.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais faire comprendre aux Africains que l’État n’est pas leur ami : l’État Père-Noël, c'est la seule maladie grave que l'on n'ait pas d'abord expérimentée sur les animaux.



 

 

18:44 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

25/05/2015

Entretien avec des libertariens – Jean Level



Jean Level, 24 ans, est lillois depuis toujours, élevé au Welsh et perfectionné à la bière. Il est coordinateur local d'European Students For Liberty pour le Nord de la France et poursuit des études de médecine. Sa couleur préférée est le noir et il est un danseur de rock amateur mais passionné.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

C'est très compliqué de trouver une et une seule définition, mais actuellement j'ai un faible pour « laisser chacun faire ce qu'il veut avec ce qu'il a ». Ce qui rend nécessaire de définir « ce qu'il a ». Pour moi ça serait : « son corps ainsi que ce qu'il a obtenu par son travail ou via un échange volontaire ».


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche
et pourquoi ?

 

Sans que ça soit réellement un courant en tant que tel, je suis clairement anarchiste. En fait, je suis intimement persuadé que tout monopole sera avant tout influencé par ceux qui en ont les moyens afin d'en tirer avantage, qu'il ne peut pas être au service des faibles. Cela dit, si demain on me proposerait de connaître, de mon vivant, un pays réellement minarchiste, je signerais tout de suite.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Le respect de la personne et de la propriété d'autrui est une éthique de vie. Cette éthique, si elle partagé par suffisamment de gens, deviendra quelque chose de rentable électoralement parlant. C'est ce jour là qu'elle deviendra un vrai projet politique.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

J'ai toujours eu une conscience politique, centrée sur la question : « Que faire pour les plus fragiles, les plus pauvres ? ». Je suis passé par de nombreuses versions de l'étatisme, y compris le communisme, mais mes premières opinions sérieuses et argumentées étaient sarkozistes, pendant son mandat. Avec le même problème à chaque fois : toute réglementation semblait avoir des conséquences néfastes, et légiférer pour y remédier créait de nouveaux ennuis. J'ai trouvé que Sarko partait sérieusement en cacahuète en fin de mandat, particulièrement pendant sa deuxième campagne. J'ai alors pris ma carte à l'Union des Démocrates et des Indépendants (UDI), sans grand enthousiasme, presque par dépit, sans trouver la solution, les lois miracles, qui permettraient de sortir du cercle vicieux.

Et puis est arrivé le mouvement des « Médecins Pigeons », dans lequel je me suis engagé corps et âme, avant que mon enthousiasme ne retombe progressivement quand j'ai compris que contrairement à ce que je pensais, nos revendications corporatistes étaient nuisibles aux patients, en particuliers les plus pauvres. C'est à ce moment-la que sur le mur Facebook de ce mouvement je suis tombé sur un article de Contrepoints, site que j'ai ensuite dévoré pendant des journées et des nuits complètes. C'était une révélation : si de nouvelles lois sont toujours sources de problèmes, alors en supprimer des anciennes devrait permettre d'en résoudre un paquet. Depuis c'est un leitmotiv.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Je suis un grand admirateur de Martin Luther King, tant pour ses convictions que pour sa manière brillante de les défendre. En parallèle, je regarde tous les entrepreneurs comme autant de leçons de vie et de courage, des porteurs d'un projet pacifique basé sur les intérêts convergents ; s'ils ne vont pas à la course aux subventions évidemment.

Globalement, je considère aussi comme une source d'inspiration toute personne qui arrive à vivre de sa passion, tant que ces moyens de subsistance ne sont pas issus de la coercition.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

La Liberté, bien sûr. La tolérance aussi : savoir ne pas aimer certaines opinions, savoir le dire, savoir militer contre elles, mais sans jamais chercher à les faire interdire. Et puis enfin, l'intégrité, la reconnaissance que la fin ne justifie pas les moyens, mais qu'au contraire les moyens influencent, voire peuvent pervertir la fin.


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''Le libéralisme raconté pour que nos enfants vivent libres'', de Jean-Marc Paturle, préfacé par Pascal Salin. Sa puissance naît de sa simplicité, de sa légèreté. Un livre à mettre en toutes les mains, tant qu'elles sont commandées par un esprit ouvert.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« Quand l’achat et la vente sont contrôlés par la législation, les premières choses qui s’achètent et se vendent sont les législateurs. »

PJ O'Rourke

Elle parle d'elle-même.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

La France va dans le mur, et elle y va joyeusement. Plus elle s'en approche, plus elle accélère, car pour les Français tout problème doit être résolu par plus d’État. Je suis assez optimiste quant à la capacités des libertariens à convaincre de plus en plus de monde, mais beaucoup plus mesuré quant à notre capacité à le faire assez vite pour inverser le mouvement.

L'Europe, prise en tant que supra-Etat, cherche à devenir une super-France, un monstre bureaucratique qui sera d'autant plus nuisible qu'il sera éloigné des populations. Les raisons d'espérer résident dans des pays comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne, dont j'espère qu'ils sauront la faire exploser à temps, sans pour autant entraver d'avantage la libre-circulation.

J'espère également de tout cœur que les Suisses sauront résister aux volontés politiques d'accroître le pouvoir de l’État chez eux.


AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?


Le mouvement libertarien fait ce qu'il peut en France. Il grandit, et vite, mais il part de peu de choses, malgré le travail formidable de ceux qui ont réussi à le faire survivre à une époque où c'était encore plus difficile qu'aujourd'hui. J'ai l'impression que ma génération a une vraie carte à jouer, mais je suis loin d'être objectif !


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Oui, une annonce :

Tu es étudiant (ou tu le seras l'an prochain), passionné de Liberté, et tu veux te battre pour elle tout en rencontrant des gens fabuleux et en développant des compétences qui te seront toujours utiles ? Rejoins la grande tente European Students For Liberty, rejoins des jeunes de toute l'Europe, brillants et animés par la même flamme que toi !
Pour tout renseignement n'hésite pas à demander mes coordonnées à l'auteur du blog ! 

 

 

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24/05/2015

Entretien avec des libertariens – Cédric Chervaz



Cédric Chervaz a 27 ans et vit à Collombey, dans le canton du Valais. Il est membre du comité des Jeunes Libéraux-Radicaux (JLR) du Chablais, président de la section des JLR de Collombey-Muraz, membre de la commission Formation Professionnelle de Collombey-Muraz, et candidat pour le Conseil National sur la liste des JLR du Bas-Valais. Professionnellement, il travaille comme stagiaire dans le segment Wealth Management chez UBS SA à Sion, après avoir terminé des études d'économie d'entreprise (Bachelor à la HES-SO de Sierre et Master à la HEG de Genève). Durant ses études, il a travaillé dans un bar à vin à Monthey et a effectué quelques mandats de consulting pour de petites entreprises. Son signe astrologique est Lion, sa couleur préférée est le bleu et son animal-totem est le chat. Il est en outre un véritable amoureux de la musique (classique et classique contemporaine en particulier), ainsi que de la littérature.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Il est difficile de donner une définition claire et arrêtée du libertarianisme. Tout d’abord je n’apprécie pas ce terme, même si je comprends son utilité. En effet, les mots sont de plus en plus vidés de leur acception et employés à tort, sans compter que leur sens n’est pas le même selon le lieu ou l’époque (voyez les définitions que certains – voire la plupart – donnent à l’individualisme, au libéralisme, etc.). Il y a en outre plusieurs courants au sein du libertarianisme ; je ne les connais pas tous en profondeur. Si je devais toutefois le définir, je dirais que c’est une philosophie du droit qui place au centre de ses préoccupations l’individu et la liberté. Pour cela, la question de la légitimité et de la propriété est essentielle.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne saurais pas citer et décrire tous les courants du libertarianisme, sans compter que bon nombre de libéraux ne sont pas d’accord sur les classifications. J’évolue au fil de mes lectures, de mes rencontres et de mes réflexions. J’ai par exemple longtemps été minarchiste. Actuellement, mon regard se tourne volontiers vers l’Autriche, et j’ai particulièrement apprécié l’anarcho-capitalisme de Rothbard.


3. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

C’est à mon sens d’abord un projet politique. Avant de pouvoir construire son éthique de vie, encore faut-il pouvoir le faire. La liberté n’est pas une valeur : c’est la condition préalable à toutes les valeurs. Sans liberté, pas d’éthique. Sans liberté, pas de morale, qui n’est que la recherche personnelle du bien. Sans liberté, pas de solidarité. Il n’y a pas d’éthique si l’on n’est pas libre d’exercer la pleine possession de sa propre personne. Mais le libertarianisme n’est bien entendu pas suffisant pour être une éthique de vie à lui seul. Il fixe un cadre dans lequel la recherche de l’éthique est possible.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Je n’ai pas toujours été libéral. Adolescent, je suivais mon père dans ses activités politiques. Il était démocrate-chrétien et je ne trouvais rien à redire à cela. Rothbard disait : « L’erreur essentielle de la conception grecque classique […] consistait à confondre la politique et la morale, puis à considérer l’État comme l’agent moral suprême de la société. » Je faisais mienne cette erreur héritée de la Grèce antique : comment les Hommes pourraient vivre sans État, sans garant de la morale ? Sans institution dépositaire de l’ordre public, pensais-je, nous vivrions dans un monde déliquescent.

Il faut dire que peu nombreux sont les discours qui remettent en question cette manière de penser. Lors de mes études, par exemple, nous avions longuement abordé Keynes et Smith, et très brièvement Friedman (et encore, que pour son monétarisme). Le reste était recouvert d’un voile d’oubli. Le sens que le public donne aux mots a également joué un rôle dans ma découverte tardive de cette philosophie. "Le libéralisme ? Quelle horreur !", disent tous les professeurs et les médias. Et de prendre en exemple les États-Unis, la France de Chirac ou Sarkozy, etc. : bien peu de libéralisme là-dedans pourtant.

Puis, presque par hasard, Bastiat est venu me chatouiller le cerveau avec ''Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas'', que j’ai dévoré. J’ai ensuite découvert d’autres auteurs, d’autres articles et j’ai rencontré d’autres personnes avec qui j’ai pu débattre de mes positions et les affiner. J’ai eu le bonheur de lire von Mises, Say, Friedman, Rand, Spooner, etc. Ayant rédigé mon travail de Master sur la monnaie, j’ai pu lire nombre d’auteurs de diverses obédiences : que ce soit sur le rôle de la monnaie, les réflexions sur la valeur, sur les cycles économiques, ou sur son fonctionnement : tout donnait raison à mes autrichiens préférés plutôt qu’aux économistes mainstream.

La curiosité a fait le reste : plus on dénigrait la philosophie qui était désormais mienne, plus j’allais me documenter par crainte d’être trop « extrême ». Finalement, ce sont les contempteurs de la liberté qui m’ont le plus rapproché d’elle !


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

J’ai une petite émotion pour Frédéric Bastiat, comme il était le premier que j’ai découvert. Également, il est la preuve que la vraie question n’est pas de savoir si l’on est de gauche ou de droite, mais de savoir si l’on est libéral ou étatiste.

J’ai apprécié Ayn Rand, avec son ''Atlas Shrugged''. Il est bon de le lire en ces temps où beaucoup veulent de l’égalitarisme, du nivellement, où les socialistes pestent contre les riches et invoquent la redistribution, le bien commun ou l’égalité. Ayn Rand nous montre que le monde n’est pas peuplé que de John Galt ou de Dagny Taggart, mais que nous sommes majoritairement des Eddie Willers. Ayn Rand montre que nous sommes tous dans une communauté de destin et que de mettre à l’index ceux qui réussissent péjore la situation de tout le monde.

Il y a bien entendu les auteurs importants que tout libéral connaît, mais peu de politiques actuels : ceux-ci n'émettent que des revendications sur les autres.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

La première est la tolérance, puisqu’il est nécessaire pour un libéral d’accepter qu’il y ait d’autres manières de vivre ou de penser. Cela ne veut pas dire qu’il faille être d’accord avec tout ; cela veut seulement dire que si l’autre respecte ma propriété il convient de le laisser tranquille avec sa manière de mener sa vie. Ensuite, la curiosité me semble importante, de même que la solidarité. Je ne cite pas la responsabilité, qui n’est que le corollaire de la liberté.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

''L’éthique de la liberté'', de Murray Rothbard. Cela fait cliché de le citer, mais c’est un livre « coup de poing ». Ce livre a participé à me faire quitter le minarchisme.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

Il y en a tellement qui mériteraient d’être citées. Comme nous devrons bientôt voter sur l’impôt sur les successions, je choisis une citation de Charles Monnard : « On ne peut légitimement recevoir que ce qui vous est transféré volontairement par un propriétaire légitime. Tout le reste est violence et ne peut être que violence. La politique sociale, c’est donc la guerre des uns contre les autres. »

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Ma perception sur la situation est pessimiste. On voit, un peu partout, des attaques répétées et vigoureuses contre les libertés individuelles. On voit des chefs d’État s’allier pour la liberté d’expression et emprisonner ou amender des gens le lendemain car ils ont dit ceci ou cela. On voit des dérives sécuritaires. On voit des chefs d’État s’offusquer de ce qu’il soit possible que les gens puissent communiquer sans que l’État puisse mettre son nez dans ces échanges. On vote régulièrement sur des sujets qui ne sont que des revendications sur autrui, ou qui n’ont que comme but de permettre à l’État de s’occuper de morale et, par là, de dire au citoyen comment il convient de vivre sa vie. On voit de plus en plus de citoyens se polariser à droite ou à gauche de l’étatisme et réclamer plus d’État pour réparer les catastrophes que celui-ci produit, chacun s’accusant de tous nos maux.

Tous ces points et bien d’autres ne vont que dans un seul sens, même de manière indirecte : le mépris de la plus petite minorité qui soit, l’individu.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Nous ne devons plus aller dans la voie délétère que les « socialistes de tous les partis » nous proposent. Posons-nous la question de la légitimité de l’État, ou des objets de votation auxquelles nous prenons part. Qui sommes-nous pour décider de la manière dont les autres doivent vivre ? Qui sommes-nous pour demander un traitement de faveur aux dépens des autres ? Rappelons-nous qu’une loi, simplement parce qu’elle est décidée par la majorité, n’est pas légitime si elle nie la propriété de ne serait-ce qu’un individu. Lisons, soyons curieux, remettons tout en question.


 

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23/05/2015

Entretien avec des libertariens – Rémy Poix

 

Je m'appelle Rémy Poix, j'ai bientôt 34 ans, et déjà deux enfants de 9 et 11 ans (père isolé), et j'habite à Gaillac (en région Midi-Pyrénées). Je suis artisan du bâtiment (auparavant, artisan brasseur de bière bio), et je suis en train de monter un dossier pour reprendre un cursus universitaire : j'espère pouvoir rentrer en master de géographie rurale et agricole à la rentrée prochaine.

Je suis un grand calme, à qui réussit tout ce qui est stimulant et tonifiant : thé, maté, guarana et piment très fort ; j'écoute également du hardcore et du métal pour me motiver, et toutes sortes de musiques bien rythmées et aux tempos rapides (à mes heures perdues je joue d'ailleurs également de la guitare ou de la basse).

Très solitaire et longtemps insociable (je suis un ancien schizophrène à qui le cannabis n'a pas réussi), j'ai toujours été très « non-conformiste », tout en n'ayant jamais pu m'affilier à un quelconque groupe sociologique : j'ai toujours été un « inclassable ». Qui plus est non fumeur, j'ai tendance à fuir la foule et à préférer les petits comités, et je passe beaucoup de temps à lire ou à débattre virtuellement sur des blogs, des forums ou des réseaux sociaux.

J'ai longtemps pratiqué le roller dans ma vie étudiante, mais aujourd'hui je pratique plus volontiers le bodyboard ; la couleur des vagues est d'ailleurs ma couleur préférée, et la puissance des vagues (et des tsunamis et autres inondations) m'a toujours fasciné ; réussir à l'apprivoiser est un plaisir sans fin.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Le libertarianisme est une philosophie de l'entière liberté. C'est une philosophie complète, logique, qui considère la liberté à la fois comme principe, comme fin, et surtout comme moyen (puisque que la liberté ne peut jamais être imposée).

« La liberté, toute la liberté, rien que la liberté » : tel pourrait être selon moi le meilleur slogan du libertarianisme.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je suis anarcho-capitaliste. Plutôt utilitariste, tel David Friedman, jusqu'à maintenant, mais ma pensée évolue désormais de plus en plus vers le jusnaturalisme de Rothbard (que je n'ai pas encore lu mais ça ne saurait tarder). J'ai toujours été anarchiste, donc lorsque je suis devenu libertarien ça a été directement en passant par la case « anarcho ».

Je me considère également comme un catallarchiste : je pense que l’État est une émanation naturelle de l'humain, et que l'existence de l’État peut tout à fait être déduite de l'individualisme méthodologique. Cependant, l'existence de l’État dépend de certains facteurs sociaux et économiques externes, autrement dit : l’État existe dans certaines conditions socio-économico-géographiques particulières ; et donc il peut aussi, par voie de conséquence, ne pas exister sous d'autres conditions socio-économico-géographiques particulières. Pour cela il faut que la société atteigne une certaine « maturité », un certain équilibre entre les capacités de circulation de l'information et les capacités de circulation des ressources, le tout dans un espace géographique stable. J'y reviendrai.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Le libertarianisme est une éthique globale, celle du laissez-faire et de la non-intervention, qui s'applique à tous les domaines. Ce n'est d'ailleurs pas le libertarianisme qui m'a amené à cette éthique, au contraire, c'est par la découverte de cette éthique, au départ en agronomie - plus précisément en étudiant le fonctionnement évolutif spontané des écosystèmes - que j'ai pu intégrer mentalement ce « paradigme » du laissez-faire, avant de l'appliquer à tous les domaines de la vie, dont la politique et l'économie, et donc de devenir pleinement libertarien (c'était d'ailleurs l'objet de mon article paru dans Libres!!).

En cela le libertarianisme n'est pas un choix politique que j'ai fait ; c'est une éthique que j'ai acquise, une maturité intellectuelle que j'ai atteinte. Il m'a simplement fallu reconnaître ensuite objectivement, un jour, que j'étais effectivement devenu un libertarien.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Très à gauche, écolo et proche des Verts et des objecteurs de croissance, j'ai commencé mon parcours anarchiste à l'adolescence, où j'ai notamment beaucoup été influencé par Proudhon. Très vite je suis donc devenu un « anarcho-mutuelliste », bien qu'encore un peu moins « constructiviste » que Proudhon, en voyant ce projet politique davantage comme un engagement individuel, comme un ensemble de préférences individuelles en tant que consommateur ou travailleur, plutôt que comme un projet politique. Puis, j'ai eu des expériences du monde du travail, et notamment un échec d'entreprise artisanale, qui m'ont poussé à creuser davantage la compréhension du domaine économique, en même temps que la pratique agronomique m'apportait ce changement de paradigme susmentionné. La lecture de « Studies in mutualist political economy » de Kevin A. Carson m'a permis la transition vers le libre marché libertarien ; celle de David Friedman, ainsi que de nombreux et riches débats avec des libertariens francophones sur des groupes de discussions Facebook, ont ensuite achevé de me convaincre du bienfait radical de la liberté et de la valorisation absolument incontournable de la propriété individuelle.

Politiquement parlant je ne considère pas vraiment nécessaire de défendre le libertarianisme en tant que tel ; je pense que la société libre sera acquise par effondrements successifs des pouvoirs politiques, qui devront abandonner progressivement leur interventionnisme, par la force des choses, à cause de la faillite inévitable de ce système. Mon approche politique est davantage celle de l'agorisme de Samuel Edward Konkin III : l'affranchissement individuel de la tutelle de l’État, le travail et le marché au noir, l'organisation libre des acteurs économiques, le refus au maximum des impôts et autres cotisations obligatoires, etc. Je pense notamment qu'internet sera pour beaucoup, à l'avenir, dans l'affranchissement des individus face à la tutelle de l’État : consciemment ou inconsciemment, des gens - de droite comme de gauche - s'affranchissent tous les jours un peu plus de cette tutelle en s'y informant, en s'y organisant, en s'y regroupant ou en y valorisant des initiatives et des innovations spontanées du marché.

Internet est pour moi l'outil principal et décisif de la catallarchie, dont je pense qu'elle pourrait advenir en Europe et dans le monde avant la fin du XXIème siècle : internet permet ainsi à la société de faire passer les capacités de circulation de l'information au dessus de ses capacités matérielles de circulation des ressources, et ainsi d'obtenir une prévalence de l'organisation spontanée et subsidiaire sur l'organisation autoritaire et centralisée. Parce qu'il ne s'agit pas simplement de vouloir se passer de l’État, encore faut-il également et surtout disposer des capacités techniques et sociologiques qui permettent de le faire. L’État ne peut pas disparaître d'un coup de baguette magique, il ne peut disparaître qu'à long terme, du fait d'évolutions des capacités techniques et sociologiques, qui ne dépendent certainement pas d'un individu ou d'un petit groupe d'individus. Pour pouvoir se passer de l’État, il faut pouvoir disposer de moyens concrets qui permettent de le surpasser en matière de sécurité ; de le concurrencer sur son propre terrain, qu'il ne domine actuellement que par l'intimidation, au même titre que les autres mafias.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'ai beaucoup d'admiration pour Jared Diamond, grand évolutionniste, physiologiste et géographe étasunien, qui a notamment beaucoup étudié l'évolution des sociétés humaines depuis la préhistoire jusqu'à nos jours. Il est lui aussi pour beaucoup dans mon passage du mutuellisme au libertarianisme, puisque c'est par la compréhension des principes et des réalités des thèses évolutionnistes, que j'ai pu acquérir les bases de l'individualisme méthodologique et changer ainsi de paradigme, tout en comprenant que le fonctionnement humain, et donc celui de l'économie, pouvaient relever d'une véritable science, et donc ne pouvaient pas relever d'un quelconque constructivisme. Les thèses libérales et libertariennes, à mon avis, sont de toutes façons très liées aux thèses évolutionnistes ; ce n'est pas pour rien si la thèse de Charles Darwin est née dans les milieux libéraux anglais du XIXème siècle : le paradigme de ces deux domaines (l'individualisme méthodologique) est le même.
La lecture de l'ensemble de l’œuvre de Jared Diamond a été pour moi un bouleversement : j'ai pris le temps de lire son œuvre en plusieurs années, afin de l'assimiler correctement. Cet essayiste a littéralement « changé ma vie ».


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Il n'y en a qu'une, l'humilité : l'humilité est la « mère de toutes les vertus », de laquelle découlent toutes les autres.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

Difficile à dire, je n'en ai pas encore lu beaucoup ; j'ai eu beaucoup de débats, j'ai lu beaucoup d'articles et de résumés, mais je n'ai lu pour l'instant que « Vers une société sans Etat » de David Friedman, et « Droit, législation et liberté » de Hayek. Bien évidemment, j'ai pour l'instant une préférence pour le premier ; mais il faudrait au moins que je lise Rothbard et von Mises dans un futur proche.
Mais auparavant je dois d'abord terminer la lecture du dernier essai de Jared Diamond, « Le monde jusqu'à hier » ; c'est important pour moi parce que c'est en lien avec ma théorie catallarchiste : je pense que la société papoue des hautes terres de Nouvelle-Guinée de ces derniers siècles (avant la colonisation occidentale) peut être considérée comme une société catallarchiste, comme une société arrivée à « maturité », relativement à ses conditions socio-économico-géographiques (et de même, je pense que la société européenne de la fin du Moyen-Âge tardif et du début de la Renaissance était une société en voie de catallarchie ; qu'elle serait devenue une telle société, s'il n'y avait pas eu la découverte des Amériques). Et il me semble que c'est justement cette société-là que Jared Diamond s'évertue entre autres à décrire dans cet ultime essai.
Ah si, j'ai bien entendu lu les deux « Libres », versions 1 et 2, puisque j'ai participé au deuxième ; ils sont très bons et exceptionnellement riches de diversité, et en cela décrivent parfaitement les libertariens.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

Il y en a deux que je place sur le même niveau : la première, de Ludwig von Mises, qui permet de comprendre en une phrase ce que les libertariens NE SONT PAS, et de briser ainsi la principale idée reçue à leur sujet :

« Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. »
(L'action humaine)


Et la deuxième, de Frédéric Bastiat, qui permet de comprendre CE QUE SONT les libertariens ; de comprendre la différence entre les deux paradigmes, étatiste (ou socialiste) et libertarien (ou « économiste ») ; la différence entre le paradigme de la peur du chaos et celui de l'ordre spontané :

« La dissidence profonde, irréconciliable sur ce point entre les socialistes et les économistes, consiste en ceci : les socialistes croient à l‘antagonisme essentiel des intérêts. Les économistes croient à l‘harmonie naturelle, ou plutôt à l‘harmonisation nécessaire et progressive des intérêts. Tout est là. »
(Justice et fraternité, in "Pamphlets")



AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je crois y avoir partiellement répondu, avec ma description de la catallarchie ; mais plus prosaïquement, je pense que la situation politique de la démocratie française ne fait que démontrer que l’État – quand bien même il est démocratique – ne peut que continuer à croître, à se développer en taille et en puissance, jusqu'à la faillite. Et les difficultés économiques ne font que pousser les électeurs à réclamer encore plus d’État (d'où la montée actuelle du vote FN), jusqu'à la faillite. Ceux qui dépendent de l’État ne peuvent pas faire autrement ; et ceux qui n'en dépendent pas subissent une concurrence déloyale qui les pousse à réclamer eux aussi de pouvoir en bénéficier ; ainsi chacun est toujours plus poussé à chercher, directement ou indirectement, à « vivre aux dépens de tous ». On cherche individuellement à payer le moins d'impôts possible, et « collectivement » à obtenir le plus d'avantages possibles : ça ne peut que conduire à la faillite.
Et lorsque l’État actuel aura fait faillite (soit globalement, soit sur un secteur particulier qu'il cessera alors d'administrer), il en renaîtra un autre moins gras que le précédent, parce que les gens auront appris par nécessité à moins en dépendre ; ils auront développé des alternatives. Ainsi, par effondrements successifs des entités collectives, l'individu se responsabilisera et s'affranchira progressivement.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

Pas vraiment. Je suis allé à ma première rencontre entre libertariens sur Toulouse, où nous étions 5. C'était très sympa et passionnant, et il y avait sans doute trois ou quatre absents, mais d'un point de vue politique c'est juste ridicule (cela dit j'étais allé dix ans plus tôt à des réunions des Verts sur Toulouse où nous n'étions guère plus nombreux). En tous cas ce n'est pas bien grave, puisque ce sont l'ensemble des initiatives individuelles, des innovations et des transactions libres, que nous défendons ; et en ce sens, tous les individus de ce monde contribuent individuellement, chaque jour, consciemment ou inconsciemment, au marché, et donc à la perpétuation et au développement de ce que nous défendons. Politiquement nous ne souhaitons rien imposer, juste laisser faire ; en ce sens nous ne pouvons rien réclamer de plus que ce que nous ne puissions observer déjà.
La seule chose que nous pourrions réclamer, ce serait la suppression de lois liberticides, des prohibitions ou des extorsions. Mais en même temps, rien ne peut arrêter le marché, puisque le marché est dirigé par la demande ; en prohibant, l’État ne fait que renvoyer le marché à la contre-économie. Donc finalement, en tant que libertariens, notre meilleure place politique est sur le marché, qu'il soit légal ou non. Et ça c'est déjà le cas, et ça ne peut que l'être.
D'ailleurs les plus grandes améliorations au bénéfice de l'individu n'ont jamais été apportées par la politique, elles ont toutes été apportées par le marché. Le marché c'est la liberté ; donc le marché doit être notre principe, notre fin et notre moyen : notre seule cause.




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22/05/2015

Entretien avec des libertariens – Alexis Andres



Alexis Andres a 23 ans et vit à Genève. Il est l'un des co-fondateurs du Parti Libertarien de Genève et a été son premier webmaster. Professionnellement, il est étudiant en systèmes d’information et travaille comme caissier parallèlement à ses études. 


AF. Comment définirais-tu 

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le libertarianisme ?

 

On utilise actuellement le mot « libertarien » dans certaines parties de la francophonie car le mot « libéral » est associé avec des idées qui ne lui correspondent plus. Le mot « libertarien » vient des États-Unis, où le mot « libéral » a subi un glissement semblable, quoique plus marqué, car il désigne désormais ceux que nous appelons socialistes en Europe. Le libertarianisme n’a rien de différent avec le libéralisme qu’on pouvait encore trouver au début du XXème siècle en Suisse ou aux USA. Ce libéralisme émet l'hypothèse que personne ne saurait mieux organiser les interactions entre individus que les individus eux-mêmes. Je suis né peu avant l'explosion de cette anarchie nommée internet, qu'aucun architecte, aucun guide, n'a organisé. Pour moi, c'est la preuve que l'humain n'a pas besoin de berger, qu'il est assez mature pour construire son avenir sans la violence d'un État lui dictant son mode de vie.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne me sens pas attaché à un courant en particulier, bien que je puisse affirmer ne pas être anarcho-capitaliste ; je pense qu'au moins un État minimal est nécessaire. Toutefois, je n’ai pas une idée précise de quel modèle fonctionnerait le mieux. Je vois plus un chemin que les différents courants empruntent, à travers lequel l’État se retire peu à peu de la vie des citoyens. Certains courants s'arrêtent assez tôt sur ce chemin, c'est le cas du libéralisme classique pour qui l'éducation, les routes et d'autres projets de société doivent être garantis par l’État, mais pour d'autre le chemin est bien plus long.

Je suis donc quelque part entre le libéralisme classique et l'anarcho-capitalisme, mais, à vrai dire, je serais bien incapable de dire où il faudrait s'arrêter. C'est aux individus d'essayer par eux-même de s'émanciper progressivement, et la suppression totale du jour au lendemain de l’État ne me semble pas une bonne idée.

 

AF. Le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Je vois le libertarianisme plus comme une éthique de vie. Après tout, il n'est pas nécessaire de s'intéresser à la politique pour être tolérant et ne pas vouloir régenter la vie des autres.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


J'ai toujours été relativement « à droite » en ce qui concerne l'économie, avec quelques réserves sur la nécessité d'un marché totalement libre. En revanche, sur les questions sociétales, hormis le port d'arme, mes opinions ont toujours été en adéquation avec les idées libertariennes. J'ai toutefois beaucoup échangé mes opinions avec mes amis avant de réussir à cerner une philosophie politique qui puisse me définir.

Lorsque j'ai réellement commencé à m'intéresser à la politique, j'ai remarqué que mes opinions étaient très proches de celles des Jeunes Libéraux-Radicaux. Mais c'est en étudiant le libertarianisme que j'ai pu constater mes divergences.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


Je n'ai pas d'auteur ou de personnalité précise en tête. Ceux qui m'inspirent sont ces individus qui, en leur temps, se sont levés contre l'ordre établi et la soumission. On peut les appeler révolutionnaires, libéraux, entrepreneurs ou philosophes. Ceux qui m'inspirent sont impossible à rassembler sous une seule dénomination et trop nombreux à lister.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Le respect, la tolérance et l'humilité. Le respect, car il est nécessaire dans toute société pour obtenir des relations saines entre individus. La tolérance, car notre monde fonctionnerait bien mieux si chacun acceptait qu'il n'y a pas qu'une façon de vivre sa vie. Et l'humilité, parce qu'il faut savoir admettre que l'on a pas la réponse à tout, et c'est l'un des fondements du libertarianisme. Comment résoudre la crise ? Comment diminuer le chômage ? Je ne sais pas. Mais je suis sûr que si on libère les capacités de réflexion des individus, ceux-ci trouveront quantité de solutions différentes, adaptées à leurs problèmes.


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''La Loi'', de Frédéric Bastiat. Rapidement lu, il représente une très bonne introduction au libertarianisme, alors même qu'il a été écrit il y a plus d'un siècle et demi.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« When buying and selling are controlled by legislation, the first things to be bought and sold are legislators. »


- P. J. O'Rourke


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?



Je suis perplexe vis-à-vis de l'Europe. Les décisions à Bruxelles qui impactent les citoyens d'un territoire aussi vaste que l'Europe ne correspondent pas à un modèle de gouvernement efficace. En Suisse en revanche, je reste optimiste : sur certaines questions, le peuple a réussi à de nombreuses reprises à montrer son attachement à la liberté. Mais les régulières attaques contre le fédéralisme et la volonté de centraliser les décisions de la part de certains milieux politiques me font peur. C'est l'une des raisons de mon engagement en politique. Je veux communiquer à ma génération la nécessité de se détacher d'un modèle qui place l’État au centre de la société.


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21/05/2015

Entretien avec des libertariens - Mario Cinardi




Mario Cinardi a 27 ans, il vit à Toulouse et travaille comme réceptionniste dans l'hôtellerie. Son signe astrologique est balance et sa couleur préférée est le
bleu.


AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?

Tout d'abord, je dois vous dire que je n'apprécie pas tellement ce mot "libertarianisme", je préfère largement "anarcho-capitalisme" car il marque, dans son appellation, une continuité anarchiste qui me plaît. Néanmoins, pour respecter les mots utilisés dans ce questionnaire ça ne me gêne pas de l'employer. Ce que vous appelez le libertarianisme est tout simplement la philosophie de la liberté , qui se situe dans une longue généalogie historique dont il faudrait rechercher les origines dès l'Antiquité. On pourrait dire que le libertarianisme est un ensemble de théories politico-économiques (qui s'affrontent parfois de façon méthodologique) visant à définir les optimums de liberté.

AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?

Je me sens proche de l'objectivisme, car j'aime la méthode de raisonnement, mais aussi, parce que les auteurs des inclinaisons théoriques de cette famille de pensée ont tendance à déborder sur des sujets qui dépassent le cadre strictement économique, comme la géopolitique ou bien divers domaines d'ordre sociologique, sociétal, culturel, démographique, et également vers des idées politiques (comme l'a démontré Hans-Hermann Hoppe dans différents documents en plaidant pour une autorité politique fédérale en Europe ou pour une immigration limitée dans le cadre d'une société de libre-marché). En dehors de ça, je me sens proche du libéralisme italien et allemand (l'ordo-libéralisme).

AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

La liberté peut être érigée en éthique et même en esthétique comme l'a démontré Philippe Nemo (cf. "Esthétique de la liberté", PUF, 2014). Quant à être un projet politique, c'est un peu plus complexe. Un nouveau gouvernement, dès demain, pourrait décider de mettre en application des mesures allant dans le sens du "libertarianisme", mais une quantité de choses qu'on ignore aujourd'hui peut compromettre l'instauration de ces mesures.

En sociologie politique, on apprend assez rapidement qu'une idée politique ne créé pas, automatiquement, l'idée politique voulue. Les projets volontaires de liberté ne créent pas forcément la liberté, comme le disait Nietzsche : « Une chose est la pensée, une autre est l'action, une autre encore, l'image que l'on se fait de l'action. La roue de la causalité ne roule pas entre elles. » La science politique dépend d'une anthropologie particulière dont ne peut pas s'extraire, c'est ma conviction, à partir de là, une de mes volontés serait de réussir une endoxa politico-économique.

En outre, il est à prendre en compte aussi que l'art politique est une question de mesure, de bonne application, de tempo. Les mouvements radicaux ont parfois tendance à oublier qu'il faut agir avec sagesse, - ce qui n'est pas incompatible avec la radicalité - , sous peine d'échouer, voire, de permettre à ce que l'on redoute le plus de voir le jour. Par exemple, aujourd'hui, nous subissons bien une répression au nom de la liberté. L'histoire humaine donne plusieurs exemples de cette ironie, qui se nomme effet d'hétérotélie.

AF. Comment êtes-vous devenu libertarien ?
Avez-vous toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient vos positions politiques antérieures ?

Je me suis intéressé au mouvement libertarien en me questionnant sur la situation économique, tout simplement, car je me suis rendu compte, étant un actif, un travailleur, et ayant travaillé auprès de petits entrepreneurs dès mon plus jeune âge, qu'il y avait un décalage entre le discours intellectuel français contre le "libéralisme" et le "capitalisme" et la réalité quotidienne du travailleur, du producteur. Plus jeune, j'ai été marxiste-léniniste, du moins, je pensais l'être. Cela tenait beaucoup à une position de style, qui, je dois l'avouer, est beaucoup plus agréable à tenir, et plus facile, que celle d'un anarcho-capitaliste, d'un libertarien, d'un libéral.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?

En sociologie et philosophie politique : Julien Freund, Carl Schmitt, Machiavel, Gaetano Mosca, Vilfredo Pareto, Georges Sorel, PJ.Proudhon. Dans le domaine économique : Hans-Hermann Hoppe, L.V.Mises, M.N.Rothbard, Wilhelm Röpke.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?

Pour rester dans le débat, je vais dire : Liberté, Justice, Propriété.

AF. Votre livre libertarien préféré ?

''L'éthique de la liberté'', de M.N.Rothbard.

AF. Votre citation libertarienne préférée ?

Il y en a beaucoup, mais je choisis celle-ci :

« En fait, il ne faut jamais avoir la moindre hésitation à s'engager dans un radicalisme (« extrémisme ») idéologique. Non seulement tout le reste serait contre-productif, mais plus important encore, seules les idées radicales, des idées radicalement simples, peuvent remuer les émotions des masses ternes et indolentes. Et rien n'est plus efficace, pour persuader les masses, que de cesser de coopérer avec le gouvernement et que d'exposer de façon constante et sans relâche, la dé-sanctification et le ridicule des gouvernements et de ses représentants comme des fraudes morales et économiques : empereurs sans vêtements sujets au mépris et cibles de toutes les moqueries »

- Hans-Hermann Hoppe.

AF. En tant que libertarien, quelle est votre analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

Seul un gouvernement mettant en place des mesures radicales pourra relever notre pays, et peut-être également notre continent, l'Europe. Ce que Vilfredo Pareto nommait "circulation des élites" peut engendrer un mouvement révolutionnaire. Sans ça, il est probable qu'une situation de crise puisse apparaître par convergence politique, économique et sociale. L'ère européenne semble être plongée dans une asthénie.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

A ma connaissance, il n'existe pas de mouvement libertarien.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

J'aimerais ajouter que je suis partant pour prendre part à une aventure qui serait dans la continuité du journal d'Antonio Gramsci, "l'Ordine Nuovo", ou de Piero Gobetti avec sa "Rivoluzione liberale". Je lance un appel, car je pense que seuls les libéraux sont capables de redonner vie à un mouvement pour les travailleurs, pour les producteurs, à un syndicalisme (dans le sens de G.Sorel). Voilà la synthèse que nous devons réaliser : la réconciliation des fils de l'industrialisme, le socialisme et le libéralisme, en plaidant pour la liberté de l'entrepreneuriat.

 

 

 

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20/05/2015

Entretien avec des libertariens – Ferghane Azihari

 


Bonjour, je m'appelle Ferghane Azihari, je suis âgé de 21 ans et j'habite à Torcy, en Seine-et-Marne (région Île-de-France). Actuellement en troisième année en droit et sciences politiques, je fréquente parallèlement plusieurs structures associatives telles que le Mouvement des libéraux de gauche 11291743_635942683207773_213956239_n.jpg(MLG), les Jeunes européens-Fédéralistes (JEF), European students for liberty (ESFL), OuiShare, Open Diplomacy, et bien d'autres encore. Mon signe astrologique est Balance et ma couleur préférée est le rouge. En dehors de cela, j'aime également les jeux vidéos, les sports de raquette, la natation ainsi que la musique classique & pop. 


AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Il est à mon sens plus facile de dire ce que le libertarianisme n'est pas, à savoir une idéologie politique, dans le sens où ce n'est pas un système complet qui doit s'imposer aux individus. C'est au contraire une doctrine qui s'attache à définir une éthique minimale – le rejet de la violence -, ce qui la rend compatible avec la diversité des aspirations individuelles et collectives, pour peu qu'elles s'attachent à respecter la liberté d'autrui.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

D'un point de vue pragmatique, je me définis comme un libertarien de gauche. Si l’on pousse dans l'idéalisme, j’ai des affinités avec l’anarchisme individualiste et mutualiste. Je parle "d'idéalisme" avec un peu de provocation, dans la mesure où il est difficile et prématuré, selon moi, de revendiquer une société émancipée du monopole de la violence légale quand on vit dans un environnement dans lequel la culture libérale est très faible voire inexistante.

Le terme "de gauche" que j'accole délibérément à libertarien pour me qualifier est important. Certains rétorqueront que cela n'a aucun sens en ce que la doctrine libertarienne transcende le clivage droite-gauche. Je répondrais simplement en disant que c'est justement parce que la doctrine transcende ce clivage qu'il est possible de cumuler ces deux qualificatifs. J’y tiens en ce que je me reconnais parfaitement dans la plupart des idéaux exprimés par les courants dits de gauche, à la différence près que je pense que seuls les canaux du libre-marché - et non ceux du monopole de la violence légale - permettront de les concrétiser. Par exemple, la volonté de construire une société caractérisée par un haut degré de solidarité et un faible degré dans les rapports hiérarchiques entre les individus, tout en concentrant le pouvoir politique entre les mains d’une petite élite, me semble être parfaitement contradictoire pour ne pas dire une imposture dont il faut se méfier.

Tous les rapports de domination que nous trouvons dans la société ont de près ou de loin une origine politique. Le sexisme provient en partie du fait que les femmes ont longtemps eu un statut juridique inférieur à celui des hommes. Le racisme moderne entretient une relation étroite avec le nationalisme, le colonialisme et les privilèges que seul le monopole de la violence légale peut entretenir (apartheid, ségrégation etc.). L'hégémonie de certains acteurs économiques provient de monopoles et autres privilèges octroyés par la puissance publique.

Le qualificatif « de gauche » me permet également de me différencier clairement de ceux qui revendiquent une étiquette libérale ou libertarienne et qui tiennent parfois un discours conservateur avec lequel je ne suis pas toujours à l'aise. Les deux exemples qui me viennent immédiatement à l'esprit portent sur la méritocratie et le rapport des individus au travail.

Sur le premier exemple, je pense que la société devrait reconnaître le poids des déterminismes sociaux sur la trajectoire des parcours individuels tout en admettant que la libre-initiative, les coopérations et les associations spontanées, constituent de meilleures solutions que les actions politiques . Celles-ci ne savent qu'aggraver le poids de ces déterminismes. Le cas le plus emblématique pour illustrer ces propos est probablement celui du développement international. Les États riches s'érigent faussement en vecteurs de la solidarité internationale via l'aide au développement qu'ils obtiennent par la fiscalité, alors que nous savons bien que ces dispositifs ne servent qu'à vassaliser des États corrompus. De l'autre côté, ces mêmes États prétendument solidaires mettent en place des barrières pour entraver les flux migratoires - entre autre choses - alors que l'immigration libre est naturellement un puissant outil de lutte contre les déterminismes et la pauvreté structurelle.

Concernant le second, j'ai tendance à me méfier du salariat sous toutes ses formes (public et privé) et suis convaincu qu'un marché libéré des interférences étatiques éroderait le système salarial. C'est exactement ce qu'il se passe dans certains secteurs avec l'émergence de l'économie collaborative que certains présentent comme étant une version renouvelée du mutualisme libertaire. Celle-ci défie de nombreuses structures productives excessivement « verticales » - qui bénéficient bien souvent de privilèges monopolistiques - en permettant aux travailleurs subordonnés de jouir à leur tour de l’entrepreneuriat grâce à la libre concurrence et l'égal accès au marché que les États se plaisent à neutraliser.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Le libertarianisme me paraît être un projet de société qui définit une éthique minimale destinée à embrasser tous les styles de vie, dès lors qu'ils renoncent à la violence.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


Il est difficile d'affirmer qu'on a « toujours été libertarien », en particulier quand vous grandissez au sein de l'environnement politique français. Comme la plupart de mes concitoyens en France et en Europe, j'ai longtemps été convaincu que les injustices qui caractérisent l'ordre social actuel découlaient de puissances publiques trop permissives. Je partageais donc globalement la rhétorique de la gauche dirigiste classique, telle qu'on la retrouve au sein des partis sociaux-démocrates. C'est paradoxalement en étant en contact avec les affaires européennes que j'ai peu à peu vaincu mes préjugés et développé une culture tout d'abord libérale, et libertarienne par la suite. Paradoxalement en effet car les institutions européennes et le libéralisme entretiennent des rapports complexes, voire contradictoires, contrairement à ce qu'on entend très régulièrement. Mais j'y reviendrai plus tard.

C'est grâce aux partisans du fédéralisme européen que j'ai pu me forger une opinion consistante vis-à-vis du nationalisme. Depuis le XIXème siècle, le nationalisme est l'idéologie dominante qui, dans l'Europe et dans le monde, sert à légitimer le pouvoir de l’État. L'anti-nationalisme que je développais au fur et à mesure de mon engagement pro-européen s'est par la suite logiquement mué en une critique virulente vis-à-vis de l'action étatique. Je suis ainsi devenu libertarien quand j'ai réalisé qu'il n'y avait rien qu'une association librement constituée ne pouvait pas faire au moins aussi bien que des instances politiques. Celles-ci ne sont que des instruments de violence au service des corporations biens placées, qui prospèrent sur les décombres de la liberté et de l'égalité pour dominer la société.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'aime beaucoup le parcours intellectuel de Pierre-Joseph Proudhon. Il est celui qui m'a aidé à ouvrir les yeux sur le fait que les idéaux socialistes ne pouvaient être solubles que dans un marché libre. La pensée proudhonienne m'a ensuite permis de découvrir quelques figures de l'anarchisme individualiste comme Benjamin Tucker. J'ai par la suite découvert le Center For a Stateless Society qui fait partie de la « Left-Libertarian Blogosphere ». Je lis très régulièrement les travaux de ces chercheurs qui essaient de réconcilier la gauche et l'école autrichienne d'économir, tout en prolongeant les traditions mutualistes, anarcho-individualistes, et plus largement celles de l'ensemble de la gauche libérale.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Liberté, solidarité, altérité.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

La France et l'Europe souffrent toutes deux de l'hégémonie de l'étatisme et du capitalisme de connivence qui lui est consubstantiel. Il en découle un ordre social profondément injuste et étouffant, qui prospère sur la violence perpétrée au détriment des libertés individuelles et de l'égal accès au marché. Réduire la place des puissances publiques dans nos vies est la seule manière de combattre cet ordre social.

J'ai longtemps espéré que Bruxelles mène un front anti-nationaliste pour affaiblir les gouvernements nationaux, comme le souhaitaient les théoriciens de la construction européenne. Je suis aujourd'hui un peu plus sceptique sur les effets des institutions européennes sur nos libertés. Elles sont capables du meilleur comme du pire. Elles garantissent certes quelques libertés face aux tentations nationalistes, mais tendent également à reproduire à l'échelle continentale le même capitalisme de connivence jadis dénoncé à l'échelle nationale par les pères fondateurs. Je reste néanmoins convaincu que Bruxelles n'est pas la plus grande menace, contrairement aux Etats-nations, en particulier quand j'observe que les indépendantismes à travers le continent - qui sont une piste intéressante pour restaurer la liberté individuelle – sont généralement très europhiles.

Du reste, face aux conservatismes politiques, les innovations produites par la société civile (start-ups, économie collaborative, cryptomonnaie, do & think tanks) me semblent à certains égards plus subversives que tous les programmes politiques que l'on nous sert dans les médias mainstream. Il m'arrive parfois de me dire que les élites économiques n'ont visiblement aucun intérêt à abolir les interférences étatiques qui maintiennent leurs privilèges en gangrenant la société. La liberté individuelle sera peut-être restaurée par le bas.


AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

Implanter un mouvement libertarien en France reviendrait à brûler les étapes avec tous les risques qui vont avec. Notre pays n'a aucune culture libérale. Il faut d'abord lui inculquer cela. Je fais partie d'une association politique qui s'appelle le Mouvement des libéraux de gauche, qui tente de proposer une nouvelle offre politique face au clientélisme d'une droite conservatrice qui ne connaît rien d'autre que le capitalisme de connivence, et celui d'une gauche embourbée dans de vieilles idéologies dirigistes qu'elle est incapable de dépasser plus de vingt-ans après la chute du mur de Berlin.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Je pense que si la doctrine libérale au sens large est aujourd'hui mal perçue, c'est notamment à cause du fait que celle-ci a délaissé à tort le champs de la critique des rapports de subordination, des déterminismes sociaux, et, plus largement, les préoccupations de juste redistribution. Ces thèmes sont hélas devenus des monopoles dirigistes dans les médias. Un peu de concurrence ne ferait pas de mal !

Les libéraux donnent parfois l'impression de se satisfaire de l'ordre social actuel. Leur scepticisme bien fondé à l'égard du constructivisme pèche souvent par le fait qu'il tend lui aussi à confondre le gouvernement et la société. Par exemple, la notion de juste redistribution et l'aspiration à un haut degré d'égalité économique dans les rapports sociaux me paraissent tout à fait valables, à condition d'admettre que seul le libre-marché, lequel n'est évidemment pas réduit aux relations commerciales, est en mesure d'offrir des solutions à la fois justes et efficaces car individualisées, ce que ne peut par définition pas faire une autorité centrale.

Enfin, dans la mesure où de nombreuses inégalités sociales sont le fruit d'interférences étatiques liberticides, nous gagnerions à prendre une posture beaucoup plus contestataire vis-à-vis des phénomènes sociaux dénoncés par les dirigistes, qui ne réalisent pas que c'est toujours leur idéologie qui en cause. 



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19/05/2015

Entretien avec des libertariens - Darius Tabatabay




Darius Tabatabay a 23 ans et vit sur Genève. Il est l'un des co-fondateurs du Parti Libertarien de Genève, dont il fut aussi le premier trésorier. Il est par ailleurs membre de Swiss Students for Liberty et directeur de la Friedrich Hayek Society. Professionnellement, il a terminé un Bachelor 11251712_10207081542297852_1566989491_n.jpgde droit et travaille actuellement comme aide-cuisinier chez
Inglewood, avant d'entreprendre un Bachelor en architecture. Son signe astrologique est bélier et sa couleur préférée est le bleu.
 


AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?


De mon point du vue, c'est une philosophie qui a comme valeur centrale la liberté de l'individu, et ce au travers de différentes méthodologies, les plus répendues étant le naturalisme et le conséquentialisme. Dans cette pensée, l'Etat cède principalement le pas au libre-marché ainsi qu'au monde associatif.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?


J'appartiens sans doute au libéralisme classique hayekien, d'influence austro-libertarienne. C'est le pendant subjectiviste et la grande place de la théorie de l'ordre spontané qui m'ont attirés au sein de ce courant minoritaire.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?


Les deux sans aucun doute. Un projet politique parce que je souhaite pouvoir vivre sur un territoire où tout pourrait être privé potentiellement, et une éthique de vie que je m'efforce de suivre dans la mesure du possible.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?


Mon déclic eut lieu après avoir regardé la série Free to Choose, tirée du livre du même nom écrit par Milton Friedman. Cela me donna envie de mieux comprendre le fonctionnement du marché et de l'Etat, ce que j'essaie de faire depuis lors. Avant cela, j'étais plutôt conservateur et proche de l'UDC.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


L'individu qui a le plus influencé ma vision politique est sans aucun doute Friedrich A. Hayek.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Loi, Liberté et Propriété


AF. Ton livre libertarien préféré ?


''Law, legislation and Liberty'', par Friedrich A. Hayek


AF. Ta citation libertarienne préférée ?


« Il fut un temps où l'orgueil des hommes libres étaient de n'avoir ni à demander le permission ni à obéir aux ordres de qui que ce soit, tant qu'ils restaient dans les limites connues de la loi. Il est douteux que quiconque parmi nous puissent affirmer cela aujourd'hui. »

Friedrich A. Hayek


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?


En ce qui concerne la Suisse, je m'inquiète de voir nos autorités ainsi que les majorités, au fil des votations, ignorer l'importance fondamentale des principes, détruits par chaque nouvelle réglementation. Chacun croit se décider sur un cas particulier, sans prendre du recul et étudier la question de manière abstraite.

Quant à l'Europe, je crains qu'elle ne soit victime de son envie de centralisation, et plus généralement, de son profond étatisme. Les Européens doivent adopter une politique économique et sociale beaucoup plus libérale, sans quoi ils ne pourront quitter la route vers la servitude.


 

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18/05/2015

Entretien avec des libertariens – Christophe Plateau

 


Bonjour Adrien, je me présente : je m'appelle Christophe Plateau, je vis à Orléans, et j'ai 36 ans. Je suis actuellement vendeur en jardinerie, et ce depuis longtemps, trop peut-être.

Selon certains je suis libertarien, et on me classe comme anarcho-capitaliste, mais 11291303_10206943857494515_361237475_n.jpgje préfère me voir comme un autonomiste profondément anarchiste. Je n'appartiens à aucune formation politique par principe et par conviction ; je suis un radical et je ne trouve pas chaussure à mon pied. Je ne fais pas partie d'associations, mais je partage avec qui le veut et qui en à besoin mon savoir sur les plantes, le potager, et je milite pour la libération des graines et leur libre échange.

Je suis un sagittaire qui aime le noir, qui pratique la photo de rue de manière assidue, qui s'extasie devant la nature et ce qu'elle nous offre, un libertarien écolo.



AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

En deux mots : libre choix.

Il n'y a pas un libertarianisme, mais une multitude. Je pense qu'il y a autant de façon de le définir et de le voir que de façon de concevoir sa vie. Il n'est de richesse que la liberté, voilà comment je conçois le libertarianisme.



AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je ne suis pas un spécialiste des courants. Je lis pas mal d'articles, quelques livres, je m'informe à droite à gauche et je me fais ma propre opinion et suis mon propre courant. Je suis un adepte d'un pays sans État où chacun vit sa vie comme il entend, dans le respect des droits naturels des uns et des autres. Donc je me sens proche de tout courant qui prône l'individu, le moins d’État possible, et le plus de Liberté.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Je pense que c'est avant tout une philosophie politique qui cadre et garantie les droits naturels. Une philosophie qui garantie le libre choix et ainsi permet à chacun de se développer et de suivre sa propre éthique. Mais je le conçois quand même comme une éthique de vie.



AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Questions qui entraînent une grande réponse. Je vais commencer par les deux dernières. Ai-je toujours été libertarien ? Je pense. Malgré mon parcours chaotique, j'ai toujours vu les choses différemment des autres et mis ma liberté en priorité.

Mes positions politiques antérieures ? Un jour, en cours d'histoire, j'ai appris que j'étais anarchiste (le cours en question parlait de Marx et Kropotkine). Je suis ça : un révolutionnaire. Mais je suis un non violent de nature, et le communisme et son lot de révolutions ont fini par m'en guérir. (Petite précision, en histoire, être communiste c'est être anarchiste.)

Je suis d'une famille qui n'était pas plus politique que ça, mais qui vote à gauche, alors j'ai adopté le socialisme. Mais il me manquait quelque chose, j'avais du mal à comprendre certains points comme la redistribution, ce qui est à moi est à lui aussi, etc. Je n'ai jamais été satisfait, ni à ma place.

Puis, plus tard, entre mes mains est arrivé Proudhon, l'anarchiste premier. J'ai de suite accroché à « la propriété c'est la liberté », à son refus de la révolution et son lot de violence. Les bases sont posées : je suis anarchiste proudhonien.

« Voilà donc tout mon système : liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté de l'enseignement, libre concurrence, libre disposition des fruits de son travail, liberté à l'infini, liberté absolue, liberté partout et toujours ! La Liberté donc, rien de plus, rien de moins. »

 

On en vient à la première question : « Comment ? ».
Je suis devenu libertarien depuis peu en réalité, et c'est grâce à Mélenchon, qui, à force de nous dire que les méchants libéraux allaient nous manger tout cru, a piqué ma curiosité. Après trois ou quatre recherches sur le net, je tombe sur un livre Pulp libéralisme : la tradition libérale pour les débutant. Découverte !

En fait, c'est tout l'opposé de ce que l'on en raconte. Il y a quelques trucs qui me chagrinent quand même. Ça me plaît mais il y a des mais, comme l’État minimum par exemple, car, comme Rothbard, je pense qu'un État, même minimum, tend à reprendre sa taille ; donc autant s'en passer. Je fouille sur Facebook, je tombe sur un groupe, Capitalisme et liberté, et je découvre que je ne suis pas seul à penser comme ça, et même, on porte un nom : on est des libertariens. Et c'est ma deuxième révolution politique ; il y a des gens qui adulent la Liberté autant que moi.

Voilà, je suis libertarien grâce à Mélenchon. Faudrait que je le remercie un jour.

 


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

J'ai une grande passion pour Frédéric Bastiat, son œuvre et surtout sa facilité à vulgariser et expliquer simplement les choses au commun des mortels. Jacques Bonhomme, l'éphémère journal, en est l'illustration parfaite.

Une autre personne compte énormément : mon grand-père maternel. Après sa mort, j'ai cherché a connaître une partie de sa vie. Il est entré dans la Résistance à tout juste 16 ans pour échapper aux travaux forcés. J'ai appris qu'il avait pris part à un combat important dans le Lot, où lui et une vingtaine de camarades mirent en déroute une garnison de soldats allemands. La sanction allemande fût lourde de conséquence, vingt civils furent exécutés. Le jour où je suis retourné sur les lieux de cette bataille, j'ai compris toute l'importance et la lourde signification du mot Liberté. Depuis je l'ai élevé comme un dogme, et c'est le seul nom commun que j'écris avec un majuscule.

Enfin, il y a celui qui arrive dans ce monde. C'est pour lui qu'il faut continuer de se battre afin de conserver nos Droits et nos Libertés, pour que lui aussi puisse en jouir à son tour et en acquérir de nouveaux.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Respect, amour et tolérance ; bien que respect et tolérance aillent de paire.

 

AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

L'éthique de la liberté de Murray Rothbard, en fait, c'est le seul que j'ai lu (rires).

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

Une citation de Ron Paul qui résume en deux phrases la façon dont je juge les gens, de manière individuelle et par leurs actes :

« Le racisme n'est qu'une forme détestable de collectivisme une mentalité qui ne voit les êtres humains que comme les membres d'un groupe plutôt que comme des individus. Les racistes croient que sont semblables tous les individus qui partagent de superficielles caractéristiques physiques ; en tant que collectivistes, ils ne pensent qu'en termes de groupes. »



AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je ne suis pas un spécialiste, je ne vois ça que de mon petit écran et de mes lectures, mais la situation socio-économique en France court à la catastrophe si rien ne change. Les écarts en tout genre sont de plus en plus important, des fossés se creusent entre les gens, les classes économiques, les religions, les individus d'origines diverses. Le canevas des relations est en train de se défaire et je suis inquiet, car jusqu'où cela ira-t-il ? Tout le monde voit en l'autre un concurrent, un bouc émissaire, une raison, une excuse à la haine.

Chaque politique pense avoir la solution mais enlève un fil du canevas à chaque décision prise. On sent la rupture à tout moment, et elle pourrait avoir lieu en 2017, on pourrait avoir la première femme présidente en France, et ça ne sera pas Ségolène Royal.

En Europe, je ne sais pas trop. Pas simple d'avoir une vraie vision globale des choses, les infos arrivent à moitié et déformées. Personnellement, je vois l'Europe prendre une mauvaise direction la BCE est trop présente. Je pense que si ça continue, les Allemands et les Anglais vont prendre le large et larguer les boulets. Dommage, car je suis un européen convaincu, mais pas pour cette Europe-ci. J'aime beaucoup la vision qu'en a Stefan Zweig.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

J'ai appris il y a quatre jours qu'un parti libertarien existait, donc, non. Il y a du travail. En France, beaucoup sont libertariens mais ne le savent pas à cause de nos médiatico-politiques.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Vivez, vivez libre. N'attendez pas qu'on vous le dise pour l'être, sortez des sentiers tracés par l’État, par l'école, pour vous instruire, élevez-vous. On ne sera peut-être jamais des loups, alors soyons des moutons mais évoluons de l'autre côté de l'enclos, car quoi qu'il arrive on meurt, alors autant vivre comme on en a envie.
Il n'est de richesse que la Liberté.

 

 - Photographie de Tib Larcher



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17/05/2015

Entretien avec des libertariens - Marius-Joseph Marchetti (2ème partie)



AF. En tant que libertarien, quelle est votre analyse sur la situation socio-économique et politique en France, en Europe et en Corse ?

 

MJM. C'est compliqué à dire : les élections anglaises montrent que lorsqu'on applique un programme de réduction des dépenses publiques, il est toujours possible d'être réélu. Cela me semble envoyer un message fort aux hommes politiques en Europe. Peut-être que la droite française jugera-t-elle utile de réduire la dépense publique et de ne pas reproduire de nouveaux les vieux poncifs keynésiens ? Mais je ne me fais pas d'illusion non plus. L'étatisme va avoir du mal à laisser sa place à quelque chose qui pourrait ressembler à un semblant de liberté.

En France, une loi sur le Renseignement a été votée et la population s'y est montrée majoritairement favorable. Voyez comment l'effet Charlie s'est transformé en effet Gestapo. Et le plus grave réside dans le fait que les gens se servent moins d'idées et de faits que de leurs émotions, en l’occurrence de la peur. Et lorsqu'ils s'essaient aux faits, ils en énoncent de mauvais. Entre 2001 et 2013, on estime aux États-Unis 227 condamnations liées au terrorisme. Et sur ces 227, la NSA serait intervenue sur approximativement... une seule. La surveillance généralisée, en plus d'être contraire à la philosophie politique des libertariens, ne peut même pas se défendre d'un point de vue utilitariste, vu le faible nombre d'attentat qu'elle a déjoué et le grand nombre d'entreprises qu'elle est en train de faire partir de France. Car cette loi a en plus des répercussions économiques. L'État a encore fait un strike et ce seront encore les individus qui paieront les pots cassés.

11304141_906620009399226_1637695654_n.jpgEn Europe, la situation me semble un peu plus ambiguë. Les États sont en général moins dépensiers que la France, même si on ne saurait qualifier ces pays de libéraux ou libertariens. On a vu le mal que pouvait faire une austérité purement fiscale en période de crise (on le voit encore aujourd'hui). C'est précisément l'inverse qu'il faudrait faire. L'économie ne repartira que si les incitations productives sont accrues. Et pour cela, il n'y a malheureusement pas mille solutions. Il nous faut diminuer les impôts, réduire, voire supprimer, la progressivité, briser les carcans et les chaînes qui ornent les chevilles des entrepreneurs de nos pays. Il serait également important de revenir à une monnaie saine, une monnaie privée et libérée de l'influence qu'un quelconque politicien. Et qu'on ne vienne pas me souffler que les Banques Centrales sont privées ! Lorsque votre survie dépend d'un privilège d'État vous n'êtes pas réellement privé. Les politiques monétaires actives en cours, en Europe et ailleurs, sont une mauvaise nouvelle. Oui, le Royaume-Uni a désormais un taux de chômage de 5,7%, mais sa politique monétaire expansionniste a contribué à la formation d'une nouvelle bulle immobilière. Aux États-Unis, le Dow Jones est a un niveau supérieur à celui de l'implosion de la bulle des subprimes. Or, il n'y a pas dans la sphère réelle de quoi justifier un tel niveau. Nous sommes en train d'empêcher un ajustement nécessaire dû à la crise de 2008, avec la même politique qui a créé ce déséquilibre. Cherchez l'erreur et voyez le danger.

Mon avis sur la Corse est plus alambiqué. Économiquement parlant, je suis pessimiste. L'inculture économique y est présente comme partout en France. Mais certains sujets reviennent bien plus que d'autres, comme par exemple, la hausse constante du prix de l'immobilier et du foncier, et la thématique de la hausse des prix par les grandes surfaces. L'accusation la plus cinglante est que les spéculateurs et capitalistes sont responsables de cette hausse constante du prix de l'immobilier. Mais la simple spéculation, non encouragée par des politiques monétaires expansionnistes et autres interventions étatiques, est bénéfique, car elle permet au marché de s'ajuster plus rapidement. Le spéculateur sur un marché libre a le même rôle que l'entrepreneur : il aperçoit une information qui n'a pas encore été détectée par les autres agents économiques. Son action enclenche donc une série d'actions qui accélère le processus de marché et le rapproche de l'équilibre. Le moins que l'on puisse dire cependant, est que nous sommes loin d'être sur un marché libre. L'empilement des réglementations, taxes, subventions, codes, sont là pour en témoigner.

Le prix du foncier est également rendu élevé pour deux principales raisons : tout d'abord, la restriction de l'offre du foncier, et secondement... les subventions agricoles. Le rendement espéré d'un terrain étant automatiquement augmenté par les subventions agricoles, cela a pour conséquence d'augmenter le prix des terrains. L'arroseur arrosé en somme.

En ce qui concerne les grandes surfaces, il est étonnant que nos politiciens locaux s'insurgent, mais ne demandent pas l'abrogation des lois Royer et Raffarin, qui limitent l'implantation d'enseignes concurrentes, car c'est principalement cela qui empêche le processus concurrentiel-entrepreneurial de se mettre à l'oeuvre et qui permettent aux grandes surfaces d'en profiter. La concurrence, c'est avant tout la liberté d'entrer sur un marché. Restreignez cette liberté et ne vous étonnez pas de voir naître des abus.

Le troisième point sur lequel on pourrait insister, c'est le nombre de fonctionnaires. Si la France est un des pays de l'OCDE qui compte le plus de fonctionnaire par habitant, la Corse est l'une des régions françaises qui compte le plus de fonctionnaires par habitant, 38% de la population active (cf. 60 milliards d'économies ! de Agnès Verdier-Molinier), ce qui, même comparé à la situation française générale, est colossale ! Comment donc espérer un décollage économique lorsqu'on traîne un boulet de ce poids ?!

Pour autant, certains détails me permettent d'être optimiste : les Corses semblent s'apercevoir, plus qu'en moyenne en France, du danger d'un État jacobin et centralisé. Et lorsqu'on regarde l'histoire, on peut comprendre pourquoi. On peut dire que l'État français a expérimenté une forme de socialisme, dans le sens où l'État français a cherché à créer un "homme nouveau" en format antique. Comme Pierre-Joseph Proudhon, anarchiste et fédéraliste, l'a dit : « La nation française actuelle se compose d’au moins vingt nations distinctes, et dont le caractère observé dans le peuple et chez les paysans, est encore fortement tranché… Le Français est un être de convention, il n’existe pas… Une nation si grande ne tient qu’à l’aide de la force. L’armée permanente sert surtout à cela. Ôtez cet appui à l’administration et à la police centrales, la France tombe dans le fédéralisme. Les attractions locales l’emportent. »

Ainsi Proudhon, comme les libertariens, est contre la fusion de l'État et de la Nation (qui a donné cette horreur pédantesque qu'on appelle État-Nation). C'est un élément qu'il n'est nullement compliqué à comprendre, et qui est parfaitement audible et admis par les insulaires.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Corse et en France ?

 

MJM. Il n'y a pas de mouvement libertarien ou de mouvement véritablement libéral en Corse. On ne peut donc pas dire qu'il soit implanté. Je n'ai tout juste que localement quelques amis avec qui je peux régulièrement parler et débattre des idées et de la philosophie politique des libertariens.

En France, il existe le Parti Libéral-Démocrate (PLD) et le Mouvement des Libertariens. On peut voir assez régulièrement sur des médias traditionnels des membres du bureau du PLD, comme Aurélien Véron, Arnaud Dassier, Gaspard Koenig ou encore Charles Beigdeber.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

MJM. Tout d'abord, j'aimerais vous remercier pour cet interview. Il m'est toujours agréable de pouvoir converser avec des camarades libertariens, surtout lorsque ceux-ci ont suivi une évolution similaire à la mienne, et ma foi, c'est toujours étrange. Il y a un dicton que j'ai découvert il y a plusieurs mois et qui me fait toujours autant rire, même si il est assez vrai: un libertarien/libéral, c'est un gauchiste qui a compris l'économie, ou un droitiste qui s'est fait matraquer par les forces de l'ordre. Je fais, pour ma part, partie de la première hypothèse. 

Que dire d'autre ? Les libertariens doivent à la fois savoir s'unir, car c'est le seul moyen à la diffusion de nos idées, tout en nous départageant. Pourquoi nous départager serait-il utile ? Le fait de montrer que de nombreuses tendances façonnent notre mouvement, c'est montrer que le libertarianisme n'offre pas simplement la liberté (qui peut rebuter les plus étatistes), mais que ces tendances offrent chacune une manière différente de l'appliquer. Un libertarien anarcho-socialiste adhère au même principe de non-agression que les autres libertariens, mais il ne mettra pas la liberté à l'oeuvre de la même manière qu'un objectiviste ou un randien par exemple. L'avantage du libertarianisme est de ne pas se mettre à dos les partisans du socialisme ou du conservatisme, et de montrer que leur ennemi commun se nomme État. Je vous souhaite une bonne continuation dans votre traversée du désert, et bon courage dans le développement et la diffusion des idées libertariennes à Genève.


 

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16/05/2015

Entretien avec des libertariens - Marius-Joseph Marchetti (1ère partie)


mjm.jpgBonjour Adrien Faure, tout d'abord, laissez-moi me présenter. Je m'appelle Marius-Joseph Marchetti, j'aurai très prochainement 20 ans et je vis en Corse. Je viens actuellement de finir ma deuxième année en licence de Sciences économiques et je vais très prochainement travailler comme serveur dans un bar durant l'été.

Je me considère comme libertarien et anarcho-capitaliste. Pour autant, je n'adhère à aucun parti libertarien pour le moment. Dans le domaine associatif, je fais partie d'une association qui a pour but de venir en aide aux étudiants en situation de précarité sur le campus.

Mon signe astrologique est Gémeaux. Quant à ma couleur préférée, elle est facilement devinable. Lorsque certaines personnes me cherchent, ils obtiennent comme réponse en général :  « Si tu aperçois une tâche bleue au loin, il y a une très forte chance pour que ce soit lui. » Ma couleur préférée est donc naturellement le bleu.

Mes passe-temps quotidiens résident dans la lecture d'ouvrage politiques ou non, et parfois dans l'écriture d'articles dans le but de les voir publiés sur Contrepoints. Je suis également très présent sur Facebook, où j'ai pris l'habitude de converser quotidiennement avec des camarades libéraux et libertariens.

 

AF. Comment définiriez-vous le libertarianisme ?

MJM. Pour moi, le libertarianisme n’intègre pas de jugement de valeurs. Je m'explique. En somme, le libertarianisme ne prône pas un comportement type. Il en prône, en réalité, une infinité. Le but central du libertarianisme réside dans la liberté et il se fait l'adversaire éthique de l'agression publique comme privée. Le libertarianisme est donc un système de droits de propriété légitimes, protégés de l'usage de toute coercition visant la spoliation générale et la restriction illégitime des individus.

 

AF. De quel courant du libertarianisme vous sentez-vous le plus proche et pourquoi ?

 

MJM. Tout d'abord, je dirais qu'étant anarcho-capitaliste, je me disqualifie d'emblée des géo-libertariens car le proviso-lockéen ne me semble guère applicable sans État. Les libéraux-conservateurs ou nationaux-libéraux, comme certains se nomment, me semblent avoir une vision trop angélique de l'État et me semblent être de "faux" conservateurs, au sens qu'en donnait Ayn Rand. Reste les minarchistes qui, admettant l'État minimal, ne me semblent pas aller assez loin dans leur critique (quoique je saurais parfaitement me servir d'un État minimal dans lequel le droit de faire sécession serait garanti et où l'impôt serait volontaire, ce qui reviendrait à instaurer la panarchie). Là vient la difficulté : je ne saurais dire à quelle type de société libre je souhaiterais appartenir en particulier.

D'un point de vue strictement moral, la société à laquelle j'appartiendrais serait probablement conservatrice au sens randien, c'est à dire également très individualiste. Si Ayn Rand avait une vue négative de la drogue, elle condamnait également le matérialisme (dans un sens plus philosophique que ce qu'on pourrait croire), le racisme, qui n'est rien d'autre qu'un collectivisme, la religion et les traditions, regorgeant d'un spiritualisme qui n'est pas sans lui rappeler celui émanant de l'État. Le conservatisme de Ayn Rand, loin d'être holiste, est individualiste est très éloigné du conservatisme "mainstream". En somme, je me considère comme "thick libertarian", c'est à dire qu'il me semble être indispensable de lutter contre les discriminations qui consiste à juger quelqu'un selon son groupe plutôt que simplement comme un individu. Je soulignerais cependant que je rejette toute forme d'intervention de l'État dans ce but.

 

AF. Selon vous, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?



MJM. Comme dit plus haut, le libertarianisme me semble plus être un projet politique qui vise à instaurer le principe de non-agression, dans le but que chacun puisse suivre sa propre éthique sans être agressé par des criminels et malfrats en tout genre (bien plus souvent publics que privés). C'est pour cela que Ayn Rand, par exemple, qualifiait les libertariens de "hippies de droite", elle-même ne se considérant pas comme libertarienne, mais objectiviste, bien qu'elle avait tout de la libertarienne et considérait Ludwig Von Mises comme l'économiste par excellence représentant l'objectivisme en matière économique. L'objectivisme peut être considéré comme une éthique, puisqu'il introduit des jugements de valeurs, là où le libertarianisme n'est qu'une philosophie politique. Comme disait Murray Rothbard : « Le libéralisme n’offre pas un mode de vie ; il offre la liberté, afin que chaque personne soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. »

 

AF. Comment êtes-vous devenu libertarien ?
Avez-vous toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient vos positions politiques antérieures ?



MJM. Je suis devenu libertarien assez récemment, et le chemin parcouru a été assez long, je dois l'admettre. Il a commencé il y a 3 ans, durant les présidentiels, où je me suis découvert l'âme d'un communiste. Je ne le suis resté que quelques mois, avant de simplement devenir un socialiste étatiste. Il se trouve que j'ai eu la malchance (ou la chance) d'avoir un professeur qui avait tout du libéral-conservateur. Sans véritablement donner de définition précise, celui-ci s'évertuait cependant à nous montrer les bienfaits du libéralisme économique là où il était appliqué. Je me mis un beau jour, par la suite, à comparer les programmes politiques de 2012. Et quel choc ! Où était donc le libéralisme décrit par mon professeur, dans les programmes dits "ultra-libéraux" de l'UMP et du PS ? Il n'y en avait pas même l'ombre. Je découvris Contrepoints et la fondation Ifrap par pure miracle en cherchant des articles sur les réformes à prendre pour lutter contre le chômage. Et c'est donc à l'aube de l'été 2013 que je commençais à réduire progressivement les sophismes que j'avais sur les "ultra-libéraux", jusqu'à le devenir moi-même, et jusqu'à me qualifier plus tard de libertarien. Ma conversion plus tard en anarcho-capitaliste est due à un camarade, qui, à force de débat, m'a convaincu du manque de logique dont je faisais preuve.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent votre engagement ?

MJM. Il existe 3 personnalités libertariennes, deux malheureusement décédés, et une encore en vie, qui sont des sources d'inspiration. Ils sont respectivement économiste, romancière et politicien :

- Le premier est Murray Rothbard, cet économiste de l'école autrichienne à qui je dois une bonne partie des connaissances que j'ai acquis en la matière. Son Éthique de la liberté m'a également énormément aidé à comprendre à quoi pourrait ressembler une société libre.

- La seconde est Ayn Rand. Ses livres et ses réflexions m'ont permis d'avoir une vision bien plus diversifiée de ce qu'est une société libre, mais également des maux créés dans une société d'esclaves, où l'individu est au fur et à mesure effacé. Qui mieux qu'elle, la rescapée russe, est apte à montrer la catastrophe des sociétés planifiées ?

- Enfin le troisième est Ron Paul. Il est à ce jour le seul politicien qui se soit aussi vigoureusement engagé en faveur de la liberté. Il n'a jamais cessé de voter contre tous les projets dirigistes des Démocrates et des Républicains. Sa préoccupation première n'a toujours été que d'essayer de mettre en garde la population des méfaits de cet État Omnipotent qui gangrène aujourd'hui l'Amérique. Je suis un peu plus sceptique quant à son fils Rand Paul.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à vos yeux ?



MJM. Les 3 valeurs qui me semblent être importantes à ce jour sont le respect, la tolérance et la générosité.

 

AF. Votre livre libertarien préféré ?


MJM. Je ne saurais dire quel est mon livre libertarien préféré. À défaut, j'en donnerais deux qui m'ont particulièrement touché dans mon exploration du libertarianisme : L'Éthique de la Liberté de Murray Rothbard et Capitalism : The Unknown Ideal de Ayn Rand.

 

AF. Votre citation libertarienne préférée ?

 

MJM. Ma citation préférée est de Ayn Rand. Elle est tirée de son Capitalism : The Unknown Ideal :

« La plus petite minorité sur Terre est l’individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent pas prétendre être des défenseurs des minorités. »


 

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13/05/2015

Comment le libre marché sanctionne les licenciements abusifs des entreprises qui font des bénéfices


Les gens de gauche (comme de droite) ont pour habitude de sauter en l'air dès qu'ils voient une entreprise bénéficiaire licencier des salariés et pousser quantités de hauts cris tout en pestant contre les vils actionnaires parasites qui s'engraissent encore une fois sur le dos des travailleurs. Leurs piaffements d'indignation sont-ils justifiés ?

A vrai dire, il s'agit de différencier deux types de licenciement qui peuvent être effectués par une entreprise bénéficiaire.


Premièrement, on trouve le licenciement nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise. En effet, une entreprise doit être rentable et faire des bénéfices, sinon elle fait faillite et tous ses salariés perdent leur emploi. Il peut donc arriver que pour maintenir ses capacités de production en phase avec la demande anticipée (à la baisse) elle doive licencier des salariés. Cela n'a rien de choquant, c'est le simple résultat d'une adaptation de l'offre à la demande et rien ne sert de s'indigner devant cela car les entrepreneurs sont davantage aptes qu'un tiers (journaliste, militant, politicien, économiste, etc.) quel qu'il soit pour anticiper l'évolution de la demande dans son secteur de production.


Deuxièmement, on trouve le licenciement non nécessaire au bon fonctionnement de l'entreprise. Que se passe-t-il quand une entreprise se livre à de tels licenciements ? 
Et bien le licenciement de ses salariés implique une baisse de ses capacités de production, et cette baisse entraîne une baisse de la production. Or, sur un marché libre, si la demande est stable ou en hausse (ce qui serait le cas si le licenciement était non nécessaire), alors une réduction de la production (de l'offre) implique une augmentation des prix du marché. Cette augmentation des prix indique aux concurrents de l'entreprise licenciant qu'il est intéressant d'augmenter leur production et c'est ce qu'ils feront probablement. Résultat, l'entreprise licenciant perd des parts de marché et ses concurrents en gagnent. En outre, pour pouvoir augmenter leur production, les entreprises concurrentes doivent engager de nouveaux salariés qui seront probablement ceux qui ont été licenciés.


Ainsi, un libre marché sanctionne spontanément les entreprises qui licencient, alors qu'elles pourraient continuer à faire des bénéfices ou les augmenter, en leur retirant des parts de marché et en réduisant leurs bénéfices. La seule façon pour une entreprise réduisant ses capacités de production en licenciant ses salariés d'accroître ses bénéfices sur un marché dont la demande est en hausse consiste en effet à ... obtenir un privilège politique quelconque (subvention, limitation à la concurrence, etc.). La meilleure solution pour limiter au maximum les licenciements abusifs est donc de laisser fonctionner le marché le plus librement possible. Ce dernier sanctionnera les entreprises licenciant à tort et à travers tandis que le pouvoir politique ne pourra que faciliter ce type de licenciements.



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11/05/2015

Est-ce que lorsque j'achète un Ipod je nuis aux Africains ?


Aujourd'hui je me propose de pourfendre un raisonnement fallacieux très commun et très répandu, à gauche comme à droite, selon lequel lorsqu'un individu occidental consomme un bien (ou un service) produit totalement ou partiellement par un travailleur issu d'un pays pauvre alors cet individu est en train de nuire à ce travailleur.

Le raisonnement fallacieux en question établit que les gras sur-consommateurs occidentaux (on parle de toi cher lecteur) se livre à ses basses pulsions matérielles en achetant hystériquement des gadgets (forcément futiles) dont la production a nécessité l'extraction de ressources naturelles présentes dans les pays pauvres. Cette extraction implique en effet notamment (c'est l'exemple que nous allons étudier) que des travailleurs devront descendre dans des mines pour y puiser les minerais nécessaires. Or, comme il s'agit d'un travail épuisant qui affecte la santé du travailleur et que les travailleurs qui l'effectuent ne sont pas assez payés et bien il convient d'interdire ce genre de production.

Alors faut-il que les gouvernements des pays pauvres ferment les mines ?
Comme il semble étrange que le mouvement ouvrier britannique se soit battu contre la fermeture des mines il y a à peine quelques décennies et qu'à présent ce soit les soi-disant représentants de leurs intérêts (l'intelligentsia alter-mondialiste et autres variations intellectuelles du même genre) qui proposent de fermer les mines dans les pays pauvres. Les ouvriers britanniques avaient-ils tort et les intellectuels alter-mondialistes contemporains ont-ils raison ? Qu'en pensent les ouvriers des pays pauvres ?

Et bien les ouvriers des pays pauvres n'ont probablement pas envie que l'on ferme les mines. Imaginons un ouvrier africain dont le gouvernement ferme la mine dans laquelle il travaillait. Que va faire l'ouvrier africain à présent ? Va-t-il trouver un meilleur travail comportant de meilleures conditions de travail et une meilleure rémunération ? Et bien non, car s'il pouvait obtenir ce meilleur travail il n'aurait pas besoin de se faire licencier de son emploi de mineur pour changer de métier. L'ouvrier africain préfère son travail de mineur à l'absence de ce travail car dans ce dernier cas il se retrouvera soit au chômage soit avec un emploi moins bien rémunéré ou comportant de moins bonnes conditions de travail.

Supposons que l'intellectuel alter-mondialiste admette notre argument, mais qu'il modifie son raisonnement initial ainsi : ce qu'il faut ce n'est pas fermer les mines, mais c'est que les Occidentaux cessent de consommer des produits comportant une part de travail issu des pays pauvres, pour que ce soient réellement les consommateurs des pays pauvres qui obtiennent tous les avantages de l'extraction minière locale. Supposons pour la démonstration que les gouvernements occidentaux interdisent tout commerce avec l'Afrique, que se passe-t-il ? Premièrement, la réduction drastique de la demande en minerais provoque la fermeture de nombreuses mines contraignant un grand nombre d'Africains à trouver un moins bon emploi (quand emploi il y a...). Deuxièmement, la réduction drastique de la demande provoque une chute du prix des minerais (l'offre en minerais surpassant largement la demande) avec pour conséquence que les ouvriers gardant leur emploi aux mines se retrouvent à travailler pour des salaires encore plus bas...

Alors, le consommateur-zombie occidental doit-il culpabiliser à chaque fois qu'il achète un nouveau gadget ? Comme nous l'avons vu la réponse est clairement non. Toute réduction par la force de ces actes consuméristes n'aura que des conséquences négatives pour les travailleurs des pays pauvres et ne fera que péjorer leurs conditions de vie. 


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18/04/2015

A propos de la solidarité et d'un libertarianisme minarchiste de gauche


 

« Les gens qui se battent pour la libre entreprise ne défendent pas les intérêts de ceux qui se trouvent aujourd'hui être riches. »

Ludwig von Mises


Les libertariens anarchistes conséquentialistes (en éthique normative) affirment qu'une société sans État est davantge favorable aux plus pauvres qu'une société avec État. Dans Vers une société sans État, David Friedman met en évidence un certain nombre d'effets pervers qui font que des mécanismes étatiques censés être en faveur des plus pauvres finissent par péjorer leurs intérêts. En dehors de ces effets pervers, on peut noter que l'argumentation libertarienne (conséquentialiste) s'axe autour de trois axes.

1. La suppression de l’État entraîne un enrichissement généralisé (entre autres) par la suppression des monopoles et des cartels étatiques, par la suppression des limitations de la libre concurrence (subventions, privilèges, réglementations, etc.) par les politiciens, par la suppression des rentes politiciennes et gouvernementales, et par la supériorité du fonctionnement des entreprises privées sur les entreprises étatiques.

2. Cet enrichissement généralisé provoque un accroissement de l'entrepreneuriat et une décroissance du nombre d'employés. La valeur (le prix) de la force de travail (des salaires) des employés augmente en conséquence (du fait de sa plus grande rareté).

3. Si malgré les points 1 et 2, il subsistait de la pauvreté, alors un certain nombre de mécanismes existent pour la juguler. D'abord, les individus ont la possibilité de s'assurer contre les mauvais jours (assurance chômage, assurance maladie, etc.). Ensuite, il peut exister des systèmes de mutualisation (comme les sociétés de secours mutuels, les associations ouvrières, les syndicats, etc.) qui peuvent assister et soutenir les individus en cas de difficultés. Par ailleurs, les individus peuvent faire le choix de vivre dans des communautés (kibboutzs, phalanstères, etc.) qui assurent à leurs membres une prise en charge (plus ou moins) complète en cas de problème. Enfin, les libertariens anarchistes comptent sur la solidarité spontanée et volontaire (des familles, proches, amis, mais aussi d'institutions d'entraide organisées comme les associations caritatives, les églises, etc.).

« C’est le fond de la psychologie humaine. A moins que les Hommes soient affolés sur le champ de bataille, ils « ne peuvent pas y tenir », d’entendre appeler au secours et de ne pas répondre. Le héros s’élance ; et ce que fait le héros, tous sentent qu’ils auraient dû le faire aussi. Les sophismes du cerveau ne peuvent résister au sentiment d’entraide, parce que ce sentiment a été nourri par des milliers d’années de vie humaine sociale et des centaines de milliers d’années de vie pré-humaine en sociétés. »

Pierre Alekseïevitch Kropotkine


Et pourtant, malgré tous ces éléments (qu'il conviendrait de développer davantage dans le détail évidemment), bon nombre de gens craignent qu'une société sans État laisse les pauvres au bord de la route. Je pense que nous devons donner comme réponse aux gens qui bloquent sur cette crainte que de la même manière que nous considérons comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de la justice, de la police, de l'armée et de la diplomatie, nous pouvons tout aussi bien accepter comme libertariens ceux qui souhaitent un État minimal chargé de collecter par l'impôt des sommes nécessaires à assurer la survie des plus pauvres (un peu sur le modèle de l'Hospice Générale à Genève). La somme devrait être suffisamment basse pour inciter les gens à préférer trouver un emploi que de continuer à toucher l'allocation et elle devrait varier pour permettre aux individus de préférer prendre un petit emploi et de toucher encore une petite somme  de soutien plutôt que de ne pas prendre d'emploi. Une telle position est une position libertarienne minarchiste de gauche d'après-moi, et elle devrait rassurer beaucoup de gens. Et si 
une société sans Etat échouait à éradiquer la pauvreté, alors cela signifierait simplement que la position libertarienne minarchiste de gauche est corroborée. A noter enfin qu'un libertarien qui serait favorable à un État minimal en charge des fonctions régaliennes et d'une fonction d'assistance aux plus pauvres serait simplement un libéral classique, c'est à dire un libertarien modéré. 



14:48 Publié dans Libertarianisme minarchiste de gauche | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg