14/06/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban - Deuxième partie


AF. Qu'est ce que l’État selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La population dont les membres connaissent des origines, une culture, une idéologie commune sont légitimés à s'organiser afin de réaliser des buts communs, et ainsi de créer un État à leur image. L’État (idéal) est un reflet de la société sur laquelle il se calque : c'est un rapport de représentation qui lie l’État à sa population, ainsi qu'aux individus qui la composent. De leur côté, les individus sont libres avant la création de l’État, et celui-ci ne peut en principe pas restreindre cette liberté sans l'approbation de son organe souverain (la population, ainsi que les individus qui la composent). Cependant, sachant que la liberté s'arrête là où commence celle des autres, des limites doivent être posées afin de prévenir le crime, de protéger et d'améliorer la qualité de vie du plus grand nombre, et d'agir pour permettre à toutes et à tous de trouver une place digne au sein de la société. C'est là le rôle de l’État : intervenir là où il y a besoin de règles du jeu et d'un arbitre (une métaphore très a-propos en ce premier jour de mondial de football).

De mon côté, je me considère comme socialiste, en ce sens que je crois à une société qui prévient les divisions et les menaces, crée des synergies là où elles sont souhaitables, et tend la main à celles et ceux qui seraient marginalisé-e-s de cette société sans une aide extérieure. Pour atteindre un tel résultat, il est inévitable que cette société doit s'organiser en créant un État, chargé de remplir les tâches que les individus ne peuvent effectuer eux-mêmes. Un État qui arriverait à ce résultat permettrait à sa population de vivre en paix, avec dignité, et disposant d'un minimum d'opportunités pour s'épanouir.

 

AF. Qu'est ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La science représente, dans l'absolu, l'ensemble des connaissances que détiennent les humains. Je la sépare schématiquement en deux genres : la science objective (les connaissances qui peuvent être prouvées par l'évidence, l'expérience ou la raison) et la science subjective (les jugements de valeur). La science objective ne devrait a priori causer aucun problème: en raison du fait qu'elle peut être prouvée, elle s'impose et revêt accessoirement une fonction d'élimination de l'ignorance. Cependant, même s'il s'agit de faits démontrables comme le réchauffement climatique, on assiste parfois à un négationnisme obstiné de ces faits. Cette opposition à reconnaître ce qui est objectivement établi résulte souvent d'un conflit entre l'opinion qu'on a de la réalité et la réalité elle-même. De mon côté, je crois à la science car elle sort les humains de l'ignorance, mais ces conflits entre jugements de valeur et faits objectifs montrent à quel point on est encore loin du compte.

Le socialisme contribue à remplir cette vocation instructrice, puisqu'il réfute les dogmes qui s'imposent arbitrairement au motif qu'ils sont généralement admis (au cours du siècle dernier par exemple, il s'agissait de lutter à contre-courant contre la conception selon laquelle les femmes seraient moins légitimées que les hommes à assumer des fonctions à responsabilité au sein de la société, sur la seule base de leur sexe), ou que leur remise en cause provienne de faits qui dérangent (le réchauffement climatique et – partant – la mise en danger de l'écosystème planétaire, est corrélé à l'activité humaine, ce qui n'est pas du goût de tous).


AF. Qu'est ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. La philosophie est une science qui a pour fonction d'expliquer la perception, par les humains, de leur environnement et de leur propre personne. Par exemple, elle est un préalable nécessaire pour fonder une confession, un parti politique, une association: le but idéal de ces entités n'est que le résultat d'une réflexion logique consistant à déduire des principes généraux à partir de l'expérience de la vie. Une philosophie s'interprète toujours, car elle ne peut jamais couvrir tout ce qui régit le monde, à l'image du fonctionnement de l'être humain, et car ses sources ne doivent jamais s'imposer arbitrairement et dans tous les cas comme une évidence incontestable, ce d'autant plus si ces sources sont anciennes, voire périmées (exemple: l'Ancien Testament); en ce sens, une philosophie a un caractère individuel, personnel, qui lui donne une particularité souvent unique.

Le socialisme est une philosophie, donc elle s'interprète: je sais que je suis socialiste, comme beaucoup d'autres, mais ceux-ci le sont différemment, à leur manière. Si je crois en le socialisme pour la réalisation de mes idéaux, c'est qu'il existe une proximité suffisante entre ceux-ci et celui-là pour que je les assimile, et pour que le socialisme apporte à mes yeux une réponse suffisante aux choses que je veux voir changer dans le monde.



AF. Qu'est ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

DE. L'art est un moyen d'expression de l'humanité: c'est la somme des formes que l'être humain choisit de donner à sa communication. Lorsque la parole et le geste ne suffisent pas, la langue et le corps étant finis, il reste des moyens, à travers la musique par exemple, d'exprimer un message qui, cas échéant, serait incompris. La liberté de l'art, qui est parfois élevée au niveau de droit fondamental, n'est rien d'autre qu'une composante de la liberté d'expression. C'est pourquoi l'enseignement des arts est utile, car il permet à toutes et tous d'exprimer un message, une idée, le plus fidèlement possible, afin d'en faire ressortir le sens tel que voulu à la base et d'éviter l'incompréhension. De plus, concernant celles et ceux qui ne peuvent pas user d'une des formes de communication humaine (muets, aveugles, sourds...), la diversité des moyens leur permet de s'exprimer au même titre que les autres. A ce titre, la prise en compte de ces personnes désavantagées, dans l'enseignement des arts comme moyens d'expression, est une prérogative du socialisme à laquelle j'adhère sans aucune hésitation.



AF Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

DE. La base du débat sur l'éducation repose sur l'identité de la personne qui la fournit: physique (parents) ou morale (école publique ou privée). M'est avis qu'avant toute chose, il faut déjà se poser la question de savoir à quoi sert l'éducation, plus particulièrement quel est son but. Je penche plutôt pour le critère du bien de l'enfant: l'objectif de l'éducation devrait être de le guider vers des choix qui permettront son épanouissement, au regard de son individualité et du contexte familial et social. Pour ce faire, il saute à mes yeux que l'éducateur doive effectivement revêtir un rôle de simple guide, et non qu'il oblige l'enfant à suivre un chemin particulier (souvent inadapté au bien de l'enfant). Ces considérations parlent à la fois en faveur et en défaveur d'une éducation apportée par les parents, respectivement par une école (publique ou privée); il s'agirait donc plutôt de trouver une répartition des tâches adéquate. Ce qui me paraît en revanche certain, c'est qu'une éducation soit dans tous les cas nécessaire: ainsi, le système éducatif actuel, qui instaure une formation obligatoire jusqu'à 18 ans, part sur les bonnes bases, en garantissant l'éducation des enfants et en laissant la possibilité de choisir quelle école (publique ou privée) sera chargée de compléter l'éducation octroyée par les parents.

Si je considère avoir reçu une bonne éducation de la part de mes parents, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Si j'estime que l'école publique m'a laissé suffisamment de marge de manoeuvre pour que je suive une voie adaptée à ma personnalité, ce n'est pas le cas pour tout le monde non plus. La question de savoir si et comment faudrait-il corriger le tir, concernant des enfants par exemple dont le contexte familial ne leur permet pas de pourvoir à leur épanouissement, est bien plus complexe, occupe le débat sur l'éducation probablement depuis ses débuts, et dépasse mes compétences. Je peux dans tous les cas affirmer que le système éducatif m'a permis de m'épanouir, mais pour aller jusqu'à dire qu'il fonctionne, il faudrait que toutes et tous aient eu la même chance que moi, ce qui n'est pas le cas. Et s'il faut réformer ce système, je saurais pour l'instant dire en quoi il devrait l'être.


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01/06/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Cinquième partie

     AF. Que penses-tu de l'Union Européenne ? Es-tu favorable au fédéralisme                     européen ?

 

CM. Je connais très peu le fonctionnement de l'Union Européenne et ce qu'elle fait véritablement. Mais un gros défaut que je lui reprocherais, c'est son manque de communication et de transparence !

Sur le principe de l'Union Européenne et du fédéralisme européen, je suis assez sceptique. Cela est sans doute dû à mon manque d'information, mais comme je l'ai dit dans les questions précédentes, mon idéal serait l'absence d’État ou du moins qu'il soit réduit à son minimum que sont les fonctions régaliennes. Est-ce le cas de l'Union Européenne ? Absolument pas, elle est déjà un État qui domine les autres États qui dominent l'individu. Je risque d'être un peu cru dans mes propos, mais de ce que je connais de l'Union Européenne, elle me fait étrangement penser à l'URSS, avec la dictature en moins (et encore). Il y a une sorte de domination plus forte encore qu'un simple État et un manque de cohérence. Je m'explique. Lorsque des lois ou traités sont votés au parlement européen, ceux-ci ont un impact direct sur la politique des États membres, sauf que chaque État interprète un peu à sa manière les lois et traités européens, soit on va jusqu'au bout de l'idée et nous créons un fédéralisme européen avec un véritable gouvernement européen et on transcende les États jusqu'à leur disparition totale (transformation en région à de l'Europe à la limite), soit on oublie totalement cette idée, et on laisse les individus gérer leur vie comme bon leur semble. Cette Union Européenne crée encore plus de coercition selon moi, l’État est déjà coercitif, mais en rajoutant un État au dessus de l’État, on double les réprimandes, car lorsque l'Union punit, elle s'attaque aux États. Et à qui s'attaque l’État ? Aux individus !

Pour conclure, je dirais que de ce que je connais de l'Union Européenne, je comprend l'idée, mais ai peur que dans l'avenir nous entrions dans une concurrence de « super État », alors qu'au contraire on devrait être dans la concurrence libre de chaque individu.

 

 

     AF. Adhères-tu à l'idée d'un gouvernement mondial ?

 

CM. Je ne visualise pas bien l'idée de gouvernement mondial. A quoi consisterait-il ? Comment fonctionnerait-il ? Créerait-il lui aussi des impôts ? A qui cela reviendrait ? Comment ce gouvernement serait-il élu ? Comment communiquerions exactement ? Cela me parait fort peu probable. Le seul « gouvernement mondial » que je visualise est l'absence de gouvernement justement et la libre concurrence, la loi de l'offre et de la demande et donc l'économie de marché.

 

      

    AF. Selon toi, quel est le rapport entre le keynésianisme et le libéralisme ?

 

CM. Le keynésianisme est selon moi une dérive d'un libéralisme devenu étatique. En effet, de ce que j'ai pu lire de ce courant, cette théorie économique propose d'influencer l'économie. Pour donner un exemple concret, je pense que le parti que je présente (le Mouvement Réformateur) est keynésien. Il cherche à influencer l'économie en créant des dispositifs d'aides aux entreprises, aux indépendants, etc. L'un d'eux fait d'ailleurs polémique et il y a de quoi effectivement. Ce dispositif se nomme « les intérêts notionnels ». Ils consistent au fait qu'un patron d'entreprise reverse l'argent qu'il a gagné dans son entreprise (fonds propres) ce qui lui permet d'avoir une déduction fiscale. Ce dispositif était à la base conçu pour permettre aux PME de diminuer leur fiscalité très importante en Belgique. Sauf que ces intérêts notionnels ont privilégié au final les grandes entreprises !

Pourquoi je vous parle de cela ? Pour vous démontrer que l'utilisation de dispositif d’État discrimine une partie de l'économie à chaque fois. C'est ce que Milton Friedman met en avant lorsqu'il évoque les monopoles, ceux-ci sont à 99% créés par l’État, et ce dispositif en est en quelque sorte la preuve, vu qu'elle a privilégié des entreprises qui étaient déjà privilégiées. Certes, il a aussi aidé les PME, mais pas comme il l'aurait dû à la base. Et même si cela avait privilégié les PME, celles qui auraient utilisé ce dispositif se serait enrichies, se seraient agrandies, seraient devenues de grandes entreprises et auraient donc créé un autre privilège, et ceci peut être au détriment d'autres grandes entreprises qui n'auraient pas reçu d'aides de l’État. Donc pour moi, le keynésianisme est un libéralisme d’État, un libéralisme influencé par des idées étatistes.

 

 

     AF. Quelle est la personne qui a marqué le plus l'histoire positivement ?

 

CM. Il est difficile de répondre à ce type de question, tellement d'individus ont influencé l'histoire que n'en citer qu'un est assez injuste pour les autres. De plus, nos réponses seront sans doute influencé par notre culture et notre époque. Par exemple, j'aurais directement répondu Mandela ou Luther King, car ils ont permis à une population opprimée depuis des siècles de s'en sortir ou d'avoir au moins une possibilité de s'en sortir. Je ne saurais en dire davantage, il y a beaucoup trop de personnes qui ont influencé l'histoire.

 

 

     AF. Et négativement ?

 

CM. Pareil pour cette question, j'aurais répondu Hitler, mais ceci influencé par notre histoire, notre culture et notre contexte de vie. Pourquoi j'ai choisi Hitler, car il démontre à quel point un individu peut influencer une société et manipuler les dispositifs mis en place par l’État. Soyons clair, pour moi, cela démontre les côtés néfastes d'un État fort. En effet, Hitler a certes débuté au bas de l'échelle, a gangrené la société petit à petit, mais cette société l'était déjà ! La propagande anti-juif était déjà de mise et était propagé par des agents de l’État et ceci avant même qu'Hitler se lance en « politique ». Le contexte était donc propice pour qu'un individu puisse influencer davantage la société. Lorsqu'il fut au pouvoir ou du moins assez connu, il a eu en sa possession d'autres outils donnés soit par des particuliers, soit par l’État, car soyons sérieux un moment, un individu seul n'aurait jamais pu faire ce qu'il a fait. Si cette partie de notre histoire démontrait une « crise de l'individu », il aurait suffit que l'armée, qu'un général, qu'une personne proche de lui ou même une personne lambda l'assassine avant qu'il ne fasse ce qu'il a fait, mais ce ne fut pas le cas ! L’État a été un outil encore plus coercitif pour les individus et ils ont presque tous suivi. Nous avons des exemples concrets à notre époque de coup d’État par l'armée ou par des individus lorsque le gouvernement en place ne leur convient pas, il n'y a rien eu de cela durant l'époque Hitlérienne.

 

 

    AF. Qu'est-ce que le communisme selon toi ? Comment le différencier du                         socialisme ?

 

 

CM. Selon moi, le communisme cherche à avoir un État fort afin de régler, à tout niveau, la vie de l'individu. Tout est propriété de l’État, l'individu aura droit aux restes. Prenons un exemple concret. En Belgique, nous avons un parti politique nommé PTB qui se revendique de « la vraie gauche », du « vrai socialisme », mais aussi du marxisme – léninisme. Lors d'une interview, son représentant expliquait que les cachets qu'il recevait lors de ses mandats étaient directement versés au parti. C'est là qu'on voit, selon moi, le côté sectaire du communisme. Du moins de ce type de communisme. Que fait le parti de cet argent ? Va-t-il forcément l'utiliser de la manière que le peuple, que les individus auraient voulu ? C'est le genre de question que l'on pourrait se poser lorsqu'un État est fort. Dans le monde, les régimes qui se sont tentés au communisme ont quasiment tous fini en dictature : Cuba, Corée du Nord, Chine, URSS et sûrement d'autres.

Le socialisme pour moi se différencie du communisme, même si un certain type de socialisme cherche à se rapprocher du communisme, ce socialisme là est dangereux. Le socialisme, comme une certaine forme de libéralisme, cherche à transcender l’État, à le pousser dans ces retranchements, voire à l'éradiquer. Comme je l'ai dit dans une précédente question, le libéralisme pourrait permettre des sociétés socialistes où il y aurait une cohésion sociale, une sorte d'auto-gestion en petit comité. Pour moi, c'est ça le socialisme, c'est penser au bien commun, à la communauté avant le bien individuel, avant l'individu. Les deux finissent par se compléter à un moment, car l'individu ne peut vivre seul et le groupe ne serait pas le même selon les individus qui le composent. Le groupe influence donc l'individu et vice-versa.

 

 

 

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30/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Quatrième partie

 

      AF. En tant que résident belge et libéral, comment perçois-tu la Suisse ?

 

Ma réponse risque d'être assez courte, car je connais assez peu la Suisse, sa politique et sa façon de vivre. Les peu de fois où j'en ai entendu parlé véritablement c'était en lien avec des scandales bancaires ou de société (minaret). Ce que j'en ai retenu, c'est que contrairement à la Belgique, vous laissez une place plus concrète à la population par le biais de référendums. C'est un élément que je trouve primordiale au sein d'une démocratie. Sinon, à part les montres, les banques, les chocolats, et les fromages, je ne connais pas grand chose de la Suisse.
 

 

       AF. Si ton parti arrivait au pouvoir, quelles seraient les premières mesures les plus s  essentielles qu'il réaliserait ?

 

Tout au long de sa dernière campagne, le Mouvement Réformateur a eu trois grands sujets : une réforme fiscale, l'enseignement, et la transparence.

L'enjeu de nos élections (qui ont eu lieu dimanche dernier, ndlr) est surtout socio-économique et donc la réforme fiscale prime sur tous les autres sujets. Elle a pour but de donner du pouvoir d'achat aux plus démunis, de diminuer la rage taxatoire qui plane sur nos entreprises (nous avons un des impôts sur les entreprises le plus important d'Europe) et diminution de diverses taxes afin de relancer l'économie et la création d'emploi.

Au niveau de l'enseignement, le Mouvement Réformateur souhaite revaloriser les formations qualifiantes et proposer des formations aux demandeurs d'emplois qui n'en trouvent pas. Le MR souhaite aussi avoir un véritable suivi des élèves et une véritable remédiation, il refuse le nivellement par le bas de l'enseignement. Il souhaite supprimer le décret inscription. Ce décret avait différents objectifs :

 

  • Les écoles soient obligées d'inscrire les élèves dans l'ordre de demande et de tenir un registre dès le moment où l'école dépasse sa capacité maximale ;

  • Les élèves inscrits en primaire ne sont pas inscrits d’office ni prioritaires dans l’école secondaire correspondante ;

  • L’élève ne pourra pas changer d’école pendant un cycle, en primaire et au premier cycle du secondaire, sauf dérogation suite à un déménagement, un changement familial et un problème pédagogique ou psychologique.

     

Tout ceci avait pour but de favoriser la mixité sociale dans les écoles et donc ne plus cloisonner les élèves d'un milieu social favorable et les élèves moins favorisés. Cependant, cela a crée beaucoup trop de problème, des élèves qui ne sont pas inscrit à la rentrée ou alors dans des écoles bien trop loin de chez eux, mais aussi cela enlève la liberté de choix des parents. Ce décret a compliqué la vie de nombreuse famille. Il est évident que le manque de place dans les écoles a aussi joué un rôle, mais le décret a apporté son lot d'inconvénients et le MR aimerait le supprimer.

La transparence est primordiale pour le Mouvement Réformateur, toutes les institutions ne doivent pas déclarer leur activités, leur finance, etc. Par exemple, les syndicats n'ont pas à déclarer les moyens financiers qu'ils possèdent, alors que d'autres institutions comme les partis politiques doivent le faire.

 

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le nationalisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

Le nationalisme est une idéologie qui consiste à penser en terme de nation et non plus en terme d'humanité. Il s'éloigne du principe de patriotisme qui est certes de reconnaître une nation comme étant la sienne, mais elle n'implique pas forcément un conflit entre les nations, entre les individus. Pour moi le nationalisme n'a aucune raison d'être, les nationalistes utilisent régulièrement des rhétoriques prônant la supériorité de leur nation et de leur identité, sauf que l'identité n'existe pas véritablement. Prenons le cas concret de la Belgique, elle se compose d'une partie néerlandophone, une partie francophone et une partie germanophone. Elle a été sous le joug des Celtes, des peuples germains, bourguignonnes, autrichiens, espagnols, français et néerlandais. Quel est donc son identité propre ? La Belgique n'est qu'un mélange d'autres identités, qui sont eux aussi des mélanges d'identité. La Belgique a certes des particularités, mais chaque individu a lui aussi des particularités qui lui permet de se créer une identité propre, au delà de sa nationalité.

Le libéralisme est aux antipodes du nationalisme. Par son principe de libre-échange, il va au delà des frontières des nations, il ouvre les frontières aux autres cultures en prônant le fait que nous avons des choses à apprendre l'un de l'autre et ainsi construire un « projet de société » qui pourrait toucher l'ensemble de l'humanité.

 

  

      AF. Selon toi, qu'est-ce que le conservatisme ? Quel est son rapport au                          libéralisme ?

 

Ce sujet est assez particulier pour moi. En effet, j'entends souvent des personnes s'identifier de libéral conservateur. J'avoue ne pas comprendre ce terme, car il n'a pas de sens à mes yeux. Comment un libéral peut être conservateur ? Un libéral est un individu qui regarde toujours en face de lui et non derrière lui, il ne reste pas figé sur le passé en se disant que telle ou telle période était la meilleure et qu'elle devrait être remise au goût du jour.

Si je devais donner une définition concrète du conservatisme, je dirais que c'est une idéologie prônant le retour en arrière ou souhaitant rester figer sur une forme de la société précise, même si celle-ci possède des défauts, le conservateur est pour moi quelqu'un qui se dit que c'est la moins pire forme de société. Ce qui est tout le contraire du libéralisme, qui lui cherche la meilleure forme de société et ai donc en perpétuel mouvement. Le conservateur n'aime pas le changement et a souvent du mal avec les libertés individuelles, il reste figé sur des normes précises de la société. Le conservateur est un individu qui ne se prend pas véritablement en main, mais cherche soit à être un « Grand Homme d’État », soit à suivre un « Grand Homme d’État ». Beaucoup d'hommes et de femmes politiques belges et français font souvent référence à De Gaulle, pour moi, ils ont un côté assez conservateur à cause de cela. Je ne suis pas dans le culte de la personnalité, même si des personnes ont fait de grande chose, je ne souhaite pas personnellement les mettre sur un piédestal.

 

      AF. Selon toi, qu'est-ce que l'anarchisme ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

L'anarchisme pour moi est une forme de société sans État, avec ou sans règles prédéfinies. L'anarchie est une idéologie qui s'oppose au système mis en place, à condition que ce système soit aux antipodes de l'idéal anarchiste. Pour moi, un des éléments de l'anarchie est la désobéissance civique. Je m'explique. Je fais ici référence à un ouvrage d'auteurs libéraux où un de ces auteurs explique qu'il serait prêt à ne pas payer d'impôt si ceux-ci servaient à financer une future guerre. Pour moi, cet acte est un acte anarchiste, car il s'oppose à une partie du système mis en place. Je précise bien qu'une personne qui ne fait que désobéir n'est pas un anarchiste, mais bien que la désobéissance dans certains cas peut être un acte anarchiste.

Le rapport avec le libéralisme serait pour moi assez simple. Si on suit la logique libéral jusqu'au bout, on en vient à la conclusion que l’État est une entité à éviter, qu'elle n'a pas à avoir de pouvoir sur l'individu. Les anarchistes sont souvent présentés comme des gens de gauche, du moins c'est toujours l'image que j'en ai eu, sauf que l'anarchie n'a selon moi pas de position précise. Elle est comme le libéralisme une idéologie changeante et possédant des formes diverses et variées, c'est ce qui m'amène à penser que si nous suivions la logique libérale, l'anarchie serait l'alternative idéal au système étatiste actuel.

 

     AF. Quel est l’événement historique le plus important à tes yeux ?

Il n'y a qu'un seul véritable événement historique qui me fascine et c'est la Seconde Guerre Mondiale. L'homme d’État Hitler est un personnage qui me fascine et me dégoûte à la fois. Ayant fait des études de psychologie, et donc m'intéressant à la logique humaine, je me pose toujours la question de savoir comment et surtout pourquoi cet homme en est arrivé à faire de telles atrocités. Comment un individu a réussi à monter au pouvoir et à manipuler toute une nation. Là est le problème du nationalisme, on pourrait penser que c'est le propre d'un individu et de son délire xénophobe, sauf que non, cet homme a été soutenu par toute une nation, même s'il y avait des anti-fascistes qui le combattaient, il faut se mettre à l'évidence que l'entité État est aussi derrière cet événement. En effet, nous avons la preuve un peu partout dans le monde que si les hommes d’État ne respecte pas l'attente du peuple, des actes de rébellion se font partout dans le pays et ceux-ci sont parfois accompagnés par une intervention de l'armée qui déloge le gouvernement en vue d'en créer un nouveau. Or, ce ne fut pas le cas durant la seconde guerre mondiale, l’État et la nation était derrière lui, le soutenait, même quand les premières atrocités commencèrent. Beaucoup n'étaient certes pas au courant de ce qui se passait dans les camps, mais les déportations quant à elle était bien visible. Tout ceci pour dire que cet événement me « marque », je ne l'ai certes pas connu, mais c'est un élément de l'histoire européen qui fait écho chez moi et qui me donne envie de m'informer et de comprendre cette période désastreuse de l'Europe.


 

 


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28/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Troisième partie

      AF. Existe-il une lutte des classes aujourd'hui selon toi ? Y a-t-il encore une bourgeoisie et un                         prolétariat ? Existe-il une classe ou un groupe social censé émanciper la société ?
 

J'ai dû mal à répondre à cette question car je ne vois pas le monde sous cet angle. Malgré l'un de mes précédentes réponses où j'expliquais faire partie de la « classe moyenne », j'apprécie peu les catégories de ce genre. Pour moi, la lutte des classes n'existe pas aujourd'hui ou si elle doit exister, elle n'est pas entre la bourgeoisie et le prolétariat, mais entre l’État et l'individu. En effet, l’État pourrait représenter la classe bourgeoise d'antan, il contrôle nos vies dans les moindres détails et nous impose des choses. La grande différence entre la lutte des classes d'antan est qu'à notre époque la barrière entre la « bourgeoisie » et le « prolétariat » est mince. Je m'explique. Nous avons des exemples concrets d'individus qui venaient de nulle part et qui sont allés très loin par leur force de travail et leur créativité (Bill Gates par exemple). Certes, cet individu a eu accès à des études lui permettant d'innover le monde de l'informatique, mais à l'heure actuelle, et ceci dans beaucoup de pays (en Occident principalement), même le fils ou la fille d'ouvrier peut avoir accès à des études supérieures, ce qui était très rare à l'époque où la bourgeoisie oppressait le reste de la population.

Pour moi, il n'y a pas de groupe social qui doit émanciper la société, c'est l'individu qui doit innover la société. Certes, à l'heure actuelle, les personnes ayant un certain capital investissent dans des entreprises et créent ainsi de l'emploi. On pourrait donc penser que les riches émancipent la société, mais ce n'est pas mon interprétation des choses. Malgré le fait que les personnes à gros capitaux investissent dans des entreprises, ce sont les entrepreneurs, les travailleurs, les chercheurs, en gros, les individus qui émancipent la société en travaillant sur le monde (science, nouvelles technologies, santé, etc.).

 

    AF. Comment résoudre la crise écologique selon toi ? Est-ce seulement encore                possible ?
 

Il y aurait deux possibilités selon moi. La première serait une intervention de l’État qui obligerait les individus et les sociétés a investir dans des énergies renouvelables, à trier leurs déchets, à prendre soin du monde qui l'entoure. La deuxième serait de sensibiliser les individus à cette problématique et laisser parler leurs raisons afin d'investir de leur propre gré dans ces énergies renouvelables et donc avoir une conscience écologique spontanée.

La première pose encore une fois le soucis de l'obligation, elle part du fait que les individus ne pourraient pas réfléchir par eux-même sur le monde qui les entourent et qu'ils ne pourraient donc pas en prendre soin sans l'intervention de l’État.

La deuxième pose le soucis que tous les individus ne sont pas sensibles à cela. Certains individus préféreront l'appât du gain, plutôt que le respect de la nature.

Cette question amène son lot de difficulté. En effet, tout le monde n'est pas sensible à ce problème, mais est-ce que cela donne le droit d'imposer des choix de vie aux individus ? J'aurais tendance à dire que non, mais il est vrai que sans la nature, sans la terre, il n'y a pas d'individu, il n'y a pas de vie possible. Je pense qu'il faudrait sensibiliser le plus possible, tenter d'avoir une véritable vision du problème, car tous les scientifiques n'arrivent pas à la même conclusion et cela amène un certain flou sur la question. Dernièrement, il faut permettre l'accès aux énergies renouvelables, permettre aux individus de garder le fruit de leur travail ou le salaire (complet) qui leur revient, et ainsi leur laisser le choix d'investir ou non.

 

     AF. Que représente pour toi la Révolution française ?
 

La Révolution française représente véritablement la lutte des classes selon moi. Une époque où des élites dominaient véritablement le pays et ne laissaient aucune possibilité d'émancipation au peuple. A l'heure actuelle, nous avons aussi des élites, mais l'émancipation est possible. Il y a bien sûr des améliorations à faire, mais elles restent à la portée de tout individu (bien sûr, ceci dépend du pays et de la politique mise en place).

Pour revenir sur la Révolution française, elle démontre la force d'un groupe, mais aussi l'envie d'individus d'avoir accès à la liberté, à leur envie d'entreprendre librement et non sous le joug d'une élite esclavagiste. Le mot est fort, mais je pense qu'il correspond bien à l'époque.

 

     AF. Et quid de mai 68 ?
 

Mai 68 a été vu comme un mouvement des forces de gauches, progressiste et pacifiste. Je refuse en partie cette description. Mai 68 a surtout été le mouvement d'une jeunesse souhaitant plus de libertés individuelles ! C'est véritablement ainsi que je le vois, je ne peux cependant pas en dire plus, je ne connais que trop peu cette période pour m'avancer davantage sur le sujet.

 

     AF. Selon toi, existe-il un lien entre libéralisme et spiritualité ?
 

Si lien il doit y avoir, ce serait que le libéralisme permet toute sorte de spiritualité, permet à chaque individu d'avoir sa vision du monde, sa religion, sa philosophie de pensée. Certain pourrait faire un lien entre libéralisme et laïcité, mais la laïcité est selon moi aussi une philosophie parmi d'autre et sa définition est floue.

Il existe selon moi deux laïcités. La première est la laïcité française, c'est-à-dire une laïcité où on considère que la spiritualité fait parti de la vie privée et qu'elle ne doit donc pas être montrée dans des lieux publics. C'est ainsi que des lois, notamment sur le voile islamique, ont pu faire leur apparition. La deuxième laïcité serait pour moi la possibilité à tout individu de vivre sa spiritualité dans la vie privée et publique. Il y aurait cependant des exceptions, des individus étant à des postes dans la fonction publique ou dans l'enseignement devraient garder une neutralité, car ils sont les représentants soit d'un État, soit ils sont à une place où ils doivent permettre à toute individualité de s'exprimer et donc de mettre la sienne de côté afin que tous puissent s'exprimer sans jugement.

 

     AF. Comment définirais-tu le socialisme ?

 

Le socialisme selon moi est une philosophie politique collectiviste, c'est-à-dire qu'elle voit avant tout le groupe avant l'individu, le bien commun avant le bien privé, l’État avant le peuple. Même si le socialisme vient des « entrailles » du peuple ouvrier, il n'en est pas moins une philosophie étatiste. Il y a certes différentes sortes de socialisme, mais dans toutes ses formes, elle a besoin d'un pouvoir coercitif afin de pouvoir partager le bien commun. Contrairement au libéralisme qui, selon moi, n'a pas besoin d'un État ou alors d'un État faible. Le socialisme a quant à lui besoin d'un État fort afin de contrôler chaque élément de la vie d'un individu afin de partager le fruit de son travail au sein du groupe. 

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26/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën - Deuxième partie

      AF. Qu'est-ce que l’État selon toi ? A-t-il un rôle à jouer dans la construction de            ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. Le rôle de l’État est selon moi de garder la paix au sein d'une société, son rôle est donc au niveau de la justice et de l'armée. Tout le reste peut être privatisé à mon sens.

Cependant, l’État peut avoir un pouvoir coercitif par le biais de la justice et de l'armée, cela rentre en collision avec l'idéal libéral qui est de donner des libertés individuelles avec le principe de non-agression. Or, l’État utilise l'agression. L'armée est punitive, la justice est punitive, l'impôt est punitif, même si cela apporte des avantages (protection, sécurité sociale, etc.), elle apporte aussi son lot d'inconvénients (diminution des libertés individuelles, vol d'une partie du travail de l'individu, etc.).

Je suis donc assez mitigé en ce qui concerne le rôle de l’État, à la fois, l'idée d'être protégé par une armée et une justice (tribunaux, police) est intéressante, mais à la fois, elle ne l'est pas car elle suppose son lot d'impôt. Même si l’État n'existait pas, la création de tribunaux serait indispensable afin de régler les problèmes de contrat entre individu. En effet, une branche du libéralisme (libertarianisme) suppose que les individus pourraient vivre librement par le biais de contrat, mais que faire quand ceux-ci ne sont pas respectés ? Il doit y avoir poursuite pour faire valoir ses droits, mais qui décide de cela ? Des juges, mais qui les payent ? Ce ne sont pas des créateurs de richesse, ils ne peuvent vivre par leur travail seul, ils ne vendent pas leur jugement, leur prestation en tant que telle. Il faut donc un accord consenti (liberté individuel) ou imposé (État) afin de créer une justice crédible, ce qui en vient à créer un impôt pour la financer.

 

 

      AF. Qu'est-ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                          construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La science est l'étude des phénomènes de ce monde et de l'univers. Elle est un outil créé par l'homme afin de mieux comprendre son environnement. Malgré les innovations faites en la matière, elle reste biaisée dû au fait que l'homme n'utilise pas toutes ces capacités intellectuelles et que les instruments scientifiques sont continuellement améliorés.

La science dans la construction de mon idéal n'apporterait rien en soi. Mon idéal serait que toute personne puisse vivre comme elle le souhaite sans restriction. Cependant, la science peut permettre à certain d'avoir des réponses à leur questions existentielles, mais aussi à créer des instruments/outils permettant un meilleur rendement dans la production de produit, tout en essayant de respecter la terre qui nous accueille. La science servirait donc aux hommes et à son monde (celui dans lequel il vit et non celui qui lui appartient).

Son rapport au libéralisme serait que tout individu pourrait se lancer dans des recherches scientifiques précises permettant d'améliorer son quotidien, et indirectement celui des autres. Économiquement, elle serait un atout essentiel au développement de machine augmentant le rendement et la prospérité écologique. Chaque individu, chaque entreprise pourrait investir dans un domaine précis et apporter des services en lien avec ces recherches scientifiques.

 

      AF. Qu'est-ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la                  construction de ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. La philosophie est la vision d'un homme, d'une femme ou d'un groupe d'individu sur le reste du monde. La philosophie est une forme d'expression qui consiste à expliquer sa façon de voir le monde, sa façon de voir le vivre ensemble, sa façon de voir la nature et son fonctionnement, sa façon de voir les phénomènes naturels ou non qui nous entourent et de les interpréter. Certaines philosophies pourraient se rapprocher de l'approche scientifique, mais je considère véritablement que la philosophie est le propre d'un individu et non des vérités absolues. Nous pouvons nous reconnaître dans des philosophies, mais elles ne seront jamais totalement les nôtres.

La philosophie aurait une place importante dans mon idéal, elle serait une source de connaissance inouïe permettant le libre-échange d'idées entre les individus et ainsi parvenir à une quasi vérité absolue de l'être humain. En effet, si chaque individu exprimait sa vision du monde, nous pourrions supposer que l'être humain posséderait une définition plus ou moins concrète de ce qu'il est, des raisons de son existence et de ce qu'il doit faire. Elle serait aussi à la base de toute création, car toute création demande réflexion et la philosophie est un acte de réflexion sur le monde.

Le libéralisme est une philosophie et donc une vision du monde. Il est donc évident que les libéraux seuls ne peuvent définir ce qu'est l'être humain, ce qui le pousse à avancer, à agir, ... Il est une vision du monde parmi d'autres, mais contrairement à d'autres philosophies, à d'autres idéologies, elle est l'une des rares à permettre la présence d'autres philosophies qu'elle. Elle est donc une philosophie quasi universelle, car elle ne représente pas tout, mais permet que tout soit représenté.

 

 

     AF. Qu'est-ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de       ton idéal ? Quel est son rapport au libéralisme ?

 

CM. L'art consiste en la création de bien « matériel » pouvant créer un ressenti, une émotion chez un individu. Le bien « matériel » est ici à comprendre comme création d'un produit. Prenons quelques exemples concrets, si je vous parle d'un film, d'une peinture, vous allez tout de suite penser à de l'art, mais si je vous parle d'une chaise en bois, allez-vous y penser ? Pourtant, une chaise n'est pas une autre, certaines sont faites en boucle (production de bien) et d'autres sont faites avec précision et parfois à modèle unique (travail d'artisan). L'art est une création réfléchie par son créateur, conçu par son créateur et de préférence « fabriquer » par son créateur. Dans le cas de film ou de théâtre, nous parlerons davantage d'un groupement de créateurs que d'un créateur isolé, car contrairement à une peinture ou un dessin, le film ou la pièce de théâtre demandent plusieurs créations : metteur en scène, scénariste et autres.

L'art est une forme d'expression, c'est une force créatrice. Au delà de son côté marchand, il est le reflet d'une époque et possède donc une force historique à mon sens. Les artistes sont le reflet d'une époque, d'une civilisation, d'une philosophie de pensée, c'est cela qui crée leur force.

Le lien avec le libéralisme me semble évident, l’œuvre d'art est le produit d'un individu, de sa force de travail, de sa force créatrice et de son entrepreneuriat. Elle représente à la fois une philosophie de l'époque, mais aussi la vision du monde de l'artiste, ce qui d'un point de vue historique est primordiale pour les générations futures et du point de vue sociétale, l'artiste est un empêcheur de tourner en rond. Certains jouent sur la corde du marketing et du commercial, alors que d'autres jouent au contraire sur l'art pur, celui qui ne cherche pas à se vendre, mais à faire réfléchir, à déranger, à bousculer les esprits coincés afin de les libérer de leur carcan idéologique.

 

 

      AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

CM. Chaque système éducatif est différent, il dépend de l'histoire du pays, de la région, voire même de la ville. Cependant, nous pouvons nous poser des questions sur son fonctionnement. En Belgique, certains politiques tentent de rendre l'enseignement accessible à tous (que ça soit financièrement ou intellectuellement). Si la première raison semble louable, la deuxième pose problème. Un décret portant sur le système éducatif belge francophone a permis de réduire la cote minimale pour réussir. Cette cote qui était de douze sur vingt est passée a une cote de dix sur vingt. Que devons-nous penser d'une telle réforme ? Premièrement, elle est inutile car les compétences propre aux métiers doivent être évaluées et les élèves doivent posséder un minimum obligatoire de connaissances pour accéder à la profession, ce qui causera un durcissement des examens de la part des professeurs. Deuxièmement, ce n'est pas en demandant moins d'effort intellectuel que nous aiderons les populations « moins éduquées » à se cultiver davantage, tout au contraire ! C'est en les poussant à viser l'excellence que l'envie de l'effort se ressentira.

Au-delà des points mentionnés ci-dessus, je tiens à faire part de mon inquiétude sur ce décret. Nous pourrions dire qu'une cote ne représente pas véritablement les acquis de l'élève, cela est en partie vrai. En effet, entre une cote théorique et la mise en pratique, il peut y avoir une très grande différence. Cependant, prenons le cas de médecin, aimeriez-vous être soigné par un médecin qui a réussi sa formation de médecine avec une moyenne de dix sur vingt, cela signifie tout de même que ce médecin ne possède que la moitié des compétences requises pour ce type de travail. Il est cependant vrai qu'il serait mieux d'évaluer selon les métiers. Certaines professions demandent peu de théories ou celles-ci peuvent être mises en partie de côté lors de la pratique et s'apprendre sur le tas. Les formations doivent être vue de façon individuelle et unique, chacune d'elles devrait posséder sa propre pédagogie et donc sa propre méthodologie d'apprentissage et d'évaluation.

 

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24/05/2014

Entretien avec le militant Christopher Mariën

Christopher Mariën, 25 ans, réside en Belgique, et est actuellement en formation pour obtenir le Certificat d'Aptitudes Pédagogiques (CAP). Il est membre du Mouvement Réformateur (MR), un parti de centre-droit francophone belge, dans lequel il milite depuis deux ans. Son signe astrologique est bélier, et ses couleurs préférées le bleu et le noir.

    AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CM. Je pense appartenir à la classe moyenne. Mes parents sont tout deux magasiniers et ont enchaîné les boulots afin de pouvoir vivre. Je suis aussi issu du « monde » de l'enseignement supérieur, ce qui m'a ouvert à une culture supplémentaire, qui peut parfaitement être accessible en dehors du cursus scolaire, mais qui est plus facile d'accès lorsqu'on est dans le « milieu ».

 

    AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela                 représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?
 

CM. La politique selon moi n'existe pas, du moins à proprement parlé. Lorsque j'entends des personnes dire qu'ils ne s'intéressent pas à la politique, je me dis qu'ils ne doivent donc s'intéresser à rien du tout, car la politique n'est rien d'autre que ce qui touche à la vie de tous les jours. Je m'explique, je ne dis pas que la politique est la vie, je dis que la politique en tant que telle n'existe pas car elle n'est qu'un ensemble de sujets touchant à la population et au monde : économie, écologie, enseignement, justice, etc. Elle est ce qui entoure ces problématiques, la façon dont on gère ces sujets pour le bien-être de la population.

Le militantisme quant à lui est l'action de promouvoir ses idées, et dans nos démocraties, celles de notre parti. Il ne s'arrête cependant pas à cela. En effet, je me méfie fortement des personnes étant en accord total avec les idées de son parti, le militantisme n'est pas le conformisme. Si les propositions données par les politiques que nous soutenons ne nous correspondent pas totalement, il est aussi bon de le dire et de changer les choses. Le militant n'est pas le laquais du parti qui fait le sale boulot, il est aussi un acteur essentiel au sein du parti qu'il soutient et doit défendre ses opinions afin de changer (ou du moins essayer) les éléments n'allant pas dans le sens de ses idées

 

    AF. Qu'est-ce que le libéralisme selon toi ?
 

CM. Le libéralisme est pour moi une philosophie progressiste. Progressiste dans le sens qu'elle apporte le plus de liberté et surtout de libertés individuelles ! Si on suit les principes du libéralisme jusqu'au bout, l’État n'existerait pas ou très peu, il ne serait présent que pour des fonctions régaliennes et l'impôt ne serait dédié qu'à cela. Le libéralisme est une philosophie et donc, une vision du monde. Elle est humaniste, car elle cherche à utiliser le meilleur de chaque individu et pense que les individus sont responsables de leurs actes. Le principe de non-agression est pour moi essentiel dans le libéralisme, il est ce qui apporte la part d'humanisme, par ce simple principe, les libertés individuelles peuvent être maintenues et cela sans le pouvoir coercitif d'un État. Le libéralisme donne aussi la possibilité à chacun d'entreprendre sans contrainte. Si on observe clairement les choses, quand un individu ne peut pas entreprendre, ce n'est pas dû à la liberté des autres, mais bien à l'absence de liberté laissée par l’état.

Pour résumé, je dirais que le libéralisme est une philosophie et une politique de vie qui permet à tout un chacun de vivre comme bon lui semble en respectant la liberté d'autrui : sa liberté de vivre comme il le ressent, sa liberté d'entreprendre par le biais du contrat consentis, sa liberté d'innover, sa liberté d'exprimer ses opinions sans risque de poursuite, ...

 

    AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?
 

CM. Malheureusement, il est difficile à l'heure actuelle de mettre en place un vrai projet libéral. En effet, même les partis se revendiquant du libéralisme ne vont pas jusqu'au bout de la logique libéral. Selon moi, pour entreprendre un véritable projet libéral, il faudrait réduire à son maximum les interventions de l’État, celui-ci ne devrait imposer que très peu de chose (impôt pour le financement d'armée par exemple) ou bien rien du tout, chaque individu ou groupe d'individu pourrait gérer à sa manière sa/leur manière de vivre. Je pense que dans un projet libéral, il pourrait y avoir des groupements socialistes ou communistes, si cela est le choix d'un certain nombre d'individu de vivre en autarcie, telle est leur liberté d'entreprendre cette démarche. Pour ceux qui souhaiterait vivre dans un système capitaliste, rien ne leur empêcherait d'entreprendre, d'innover, de concevoir des contrats entre eux afin d'amener un libre-échange et donc une économie de marché. Cet idéal est sans doute utopiste, mais je crois sincèrement en la liberté et la responsabilité de chacun.

Étant de nationalité belge, je vis dans un État-providence où tout les partis (qu'ils soient de gauche ou de droite) soutiennent (à des niveaux différents) ce type d’État. Dans ma logique actuelle, je suis pour défendre le système de sécurité sociale, je vis dans un système le mettant en place et trouve cela intéressant dans la pratique. Cependant, au niveau des principes, je ne conçois pas qu'une entité telle que l’État puisse intervenir à chaque niveau de notre vie. Durant l'enfance par le biais des allocations familiales, à l'âge adulte par l'obligation d'être inscrit à une mutuelle (voire à un syndicat), à l'âge de la pension par le système de pension par répartition (qui est une abomination à mon sens). Tout ceci laisse penser que les individus ne savent pas se gérer eux-même, qu'ils ne savent pas prendre soin d'eux. Je conclurais cette question par une citation : « Les conservateurs veulent tous être votre papa, qui vous dit ce qu'il faut faire et ne pas faire. Les sociaux-démocrates veulent tous être votre maman, qui vous nourrit, borde vos draps et vous mouche. » (David Boaz, Libertarianism: A Primer)

 

    AF. Quels individus, vivant ou mort, inspirent ton engagement ?
 

CM. Je n'ai pas de personnalités particulières qui m'inspirent, je suis toujours dans une phase où je m'instruis sur le libéralisme et sur ces auteurs. Je dois cependant admettre que j'apprécie les propos de Milton Friedman. Je préciserais tout de même que je n'ai pu voir qu'une dizaine de vidéo de ce monsieur et qu'il m'est donc difficile d'admettre que cette personne m'inspire, ne connaissant pas toute l’œuvre du personnage.

  

AF. Quels sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

CM. La liberté d'entreprendre est pour moi primordiale. Elle est le moteur d'une économie saine et d'une construction de soi sereine. Si toute personne, et ceci peu importe la classe sociale, a l'opportunité d'entreprendre, de créer de la richesse et d'être reconnu pour son travail, alors c'est que le système fonctionne. Ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui à mon sens.

La liberté d'expression est peut être encore plus importante à mes yeux que la liberté d'entreprendre. Elle est quant à elle le moteur d'une société saine. Si toute personne, toute idéologie, toute opinion peut s'exprimer librement, alors le concept de démocratie prend tout son sens et toute son utilité.

Le droit à la différence, la liberté d'être différent est aussi très importante. Chaque individu, en respectant bien sûr le principe de non-agression, a le droit d'exister et de vivre comme il le souhaite. Je suis un fervent défenseur du droit à la différence, qu'elle soit de culture, de religion ou de sexualité. Souvent, ce sont les États qui imposent des normes de vie empêchant ainsi ce droit à la différence. Pour reprendre une idée défendue par Milton Friedman dans l'une de ses vidéos sur l'esclavage, il est anormal et honteux de soumettre des hommes pour quelques raisons que ce soit et même lorsque l'esclavage n'était plus de mise, la politique de l’État américain continuait à discriminer les populations noires en ne leur permettant pas d'avoir accès à un enseignement de qualité, mais aussi en les bloquant sur le marché de l'emploi par la mise en place du salaire minimum qui les empêchaient de se former sur le tas. Cet exemple est utilisé pour démontrer, encore une fois, que ce sont les politiques des États qui créent les discriminations, qui créent les différences, qui empêchent la progression et ce n'est pas les individus, les particuliers, le privé qui empêche cela.

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23/05/2014

Entretien avec le militant Frédéric Jollien

Je m'appelle Frédéric Jollien, j'ai 27 ans. Je suis enseignant à l'école primaire à temps partiel car je fais actuellement un master en didactique des langues étrangères avec spécialisation en allemand. Je souhaite dans le futur enseigner dans une école privée de langue étrangère et, en parallèle, tenter une aventure d'entreprise sur internet.

A côté de ma vie professionnelle j'ai une vie associative très intense. Je fais partie des Jeunes Libéraux-Radicaux du Valais, comme caissier du centre du Valais. Je suis co-président de Swiss Students for Liberty depuis 2013. C'est une association internationale d'étudiants libéraux dont nous avons étendu l'influence à la Suisse. Plus globalement, ça fait depuis maintenant 5 ans que je m'intéresse à la philosophie politique et à la pensée économique.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

FJ. Je suis un individu unique qui appartient à une combinaison unique de groupes sociaux divers et variés. Chacun de ces groupes constitue mon appartenance propre et mes spécificités propres. Décrire cette combinaison serait très complexe et barbant.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

FJ. Le militantisme est un acte délibéré de promouvoir des idées. C'est une résistance face à l'oppression que l'on voit ou que l'on croit voir. Cette oppression vient soit des autres qui souhaitent imposer des idées qui ne sont pas les nôtres, soit du système qui ne nous correspond pas. Militer signifie lutter pour un monde qui nous correspond mieux ou qui correspondrait mieux à tout le monde.


AF. Qu'est ce que le libéralisme selon toi ?


FJ. Le libéralisme est une philosophie politique visant la protection de la liberté individuelle. Le libéralisme défend la réelle minorité : l'individu. Par conséquent elle vise à réduire ou à supprimer tout acte coercitif d'individus sur d'autres individus. Si ce principe va de soit pour les faits de personnes isolées (le vol à main armée, le meurtre, etc...), il est malheureusement ignoré lorsque des actes ont été voulus par des officiels ou des majorités (guerre, taxation, inflation, ...).

Le libéralisme ne participe pas au culte de la démocratie telle qu'on la perçoit aujourd'hui. Qu'une minorité soit persécutée par un roi ou par le consentement démocratique du peuple ne fait absolument aucune différence. Pour un libéral, l'essence véritable de la démocratie est la souveraineté de l'individu sur sa vie personnelle.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?


FJ. Il y a mille voies différentes et je pourrais faire une liste assez importante d'entreprises envisageables pour amener à un monde plus libre. Certains refusent, par principe, de s'engager en politique, d'autres essaient de changer les idées à l'intérieur d'un parti et finalement, certains préfèrent créer un parti de toute pièce respectant parfaitement le libéralisme (UP-Schweiz). Il y a aussi beaucoup d'autres voix qui ne touchent absolument pas au jeu politique comme l'écriture, la recherche, la diffusion d'idées ou les actions spontanées.

Personnellement je suis responsable international à l'Institut Coppet. J'aide l'Institut libéral occasionnellement (traduction d'articles, marketing d'un concours d'écriture, ...). Avec Swiss Students for Liberty c'est plutôt par des actions et de l'information à l'attention des jeunes que nous espérons faire changer notre société. Je suis également actif au sein du Parti Libéral-Radical, particulièrement auprès des jeunes.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

FJ. C'est en particulier par les écrits que certains individus m'inspirent. Je pense notamment à B.Constant ou F.Bastiat qui m'ont particulièrement bousculé. J'ai aussi été inspiré par l'action de Ron Paul aux États-Unis qui a osé, au sein d'un parti néo-conservateur, s'affirmer et faire ressortir les valeurs de liberté qui fondèrent leur pays. Il osa démontrer toute la contradiction de la très large majorité des membres de son parti. C'est un acte de courage extraordinaire car on s'expose et on s'attire les foudres de toutes les personnes qui ne supportent pas de remettre en question leurs idées.



AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


FJ. Respect (non-violence), humilité et responsabilité



AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

« Hommes de spoliation, vous qui, de force ou de ruse, au mépris des lois ou par l'intermédiaire des lois, vous engraissez de la substance des peuples ; vous qui vivez des erreurs que vous répandez, de l'ignorance que vous entretenez, des guerres que vous allumez, des entraves que vous imposez aux transactions ; vous qui taxez le travail après l'avoir stérilisé, et lui faites perdre plus de gerbes que vous ne lui arrachez d'épis ; vous qui vous faites payer pour créer des obstacles, afin d'avoir ensuite l'occasion de vous faire payer pour en lever un partie ; manifestations vivantes de l'égoïsme dans son mauvais sens, excroissances parasites de la fausse politique, préparez l'encre corrosive de votre critique : à vous seuls je ne puis faire appel, car ce livre a pour but de vous sacrifier, ou plutôt de sacrifier vos prétentions injustes.

On a beau aimer la conciliation, il est deux principes qu'on ne saurait concilier : la liberté et la contrainte »

Frédéric Bastiat (1801-1850)

 

 

 

 

 

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22/05/2014

Entretien avec la militante Camille de Félice

 

Camille de Félice, 20 ans, est étudiante en deuxième année de Bachelor en français et en philosophie à la Faculté des Lettres de l'Université de Genève. Après ses études, elle aspire à devenir enseignante. Elle est membre de SolidaritéS depuis deux ans et demi, et milite aussi dans d'autres associations. Elle se considère par ailleurs comme socialiste libertaire. Son signe astrologique est gémeaux, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le loup.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?
 

CdF. Je suis née et j’ai grandi dans une classe plutôt aisée. Néanmoins, ma famille a toujours été de gauche ; par conséquent, dès mon enfance, j’ai été sensibilisée à certaines questions politiques telles que l’écologie, l’égalité entre les sexes, les inégalités sociales, etc.


AF. Qu'est-ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est-ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

CdF. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent à tort, la politique ne consiste pas seulement à voter de temps en temps, à faire signer des initiatives et à rédiger des communiqués de presse sur tel et tel sujet. A mes yeux, les individus, dès lors qu’ils vivent ensemble, sont amenés à faire de la politique. Dès qu’une décision concerne les autres membres de la société, il s’agit de questions politiques. Si quelqu’un affirme que la politique ne l’intéresse pas, s’il suit vraiment son raisonnement, alors il se désintéresse du fonctionnement même du monde dans lequel il vit et de comment il s’organise. Refuser de faire de la politique, et, je le répète, il ne faut pas la confondre avec la politique parlementaire, c’est se désinvestir du monde dans lequel on vit. Ma conception de la politique explique, par conséquent, la nécessité de s’engager et de militer. Le militantisme peut prendre de nombreuses formes différentes, mais il a notamment pour but de contester le système, de défendre ses convictions et de lutter pour un monde meilleur.


AF. Qu'est-ce que le socialisme selon toi ?
 

CdF. Le socialisme, c’est une manière de vivre et de voir le monde. C’est être convaincu qu’un autre monde est possible. Le socialisme veut l’égalité entre les Hommes, la justice, l’épanouissement de chacun, la liberté. Réaliser le socialisme, c’est vouloir l’abolition de tous les moyens d’exploitation de l’Homme par l’Homme, c’est-à-dire aussi bien le capitalisme que l’État. Le but du socialisme est d’atteindre un système social sans classes, sans discriminations, sans répression, qui nous permette de vivre en harmonie avec la nature, libres et heureux.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

CdF. Cet idéal trouve un moyen de se réaliser, certes à travers le militantisme, mais aussi et surtout par un renouvellement de notre mode de vie. Nous devons refuser l’asservissement à ce système inhumain qui nous exploite en nous imposant le diktat du travail, du salariat, de la consommation effrénée, de la pensée unique… Nous devons nous libérer de ces chaînes en prenant conscience de notre individualité et de celle des autres, et d’y laisser libre cours. Il faut travailler sur de nombreux fronts en parallèle : un important travail sur l’éducation doit être réalisé afin de changer les mentalités. Il faut aussi lutter contre le capitalisme sous toutes ses formes, et s’il faut passer par des réformes, alors il ne faut pas hésiter à s’emparer également de ce moyen d’action, quand bien même il ne s’agirait là que d’une illusion démocratique, car seule une véritable insurrection nous permettra de venir à bout de ce système dont nous n’avons jamais voulu. Enfin, il faut résister à toute forme de répression ; bien qu’on ne puisse pas comparer le cas suisse à celui d’autres pays, il est nécessaire de rappeler que la Suisse se targue d’être l’une des démocraties les plus accomplies et, pourtant, nous n’avons pas le droit de manifester librement, nous sommes constamment surveillés et contrôlés, nous n’avons pas légalement le droit à l’autodétermination. Afin de construire une société socialiste, nous devons par conséquent commencer par refuser de faire le jeu de ceux qui gouvernent le monde, notamment au moyen de la désobéissance civile, de la réappropriation de l’espace de vie et de la (re)construction d’un mouvement social anti-autoritaire.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
 

CdF. J’ai certes fait certaines lectures qui m’ont permis d’acquérir un semblant de base théorique, mais j’ai beaucoup appris en militant dans la rue, en parlant avec les gens. En tant que tel, ce ne sont pas des auteurs dits politiques qui m’ont le plus influencée. En tant qu’étudiante en littérature française, j’aurai plutôt tendance à citer des poètes, qui sont à leur manière des militants politiques, des « voyants » comme disait Arthur Rimbaud. Si je dois citer un auteur, alors je citerais André Breton, qui est le principal théoricien du surréalisme. Ce mouvement est révolutionnaire par essence ; proposant une nouvelle esthétique, il rejette par ailleurs le rationalisme afin de laisser place à la subjectivité humaine, c’est-à-dire à l’Art. Le surréalisme a pour but de changer la vie, en se débarrassant des interdits sociaux, de ce qu’on a établi comme étant le « bon goût » et la « morale » qui sont toujours ceux de la classe dominante. Nous devons nous en inspirer afin de mener à bien la révolution ; celle doit aussi bien être économique, sociale, artistique que dans les mentalités.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

Le respect, la solidarité et la compassion.


AF.  Envie d'ajouter encore quelque chose ?
 

Pour finir, je souhaite citer Diderot lorsqu’il dit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.» Denis Diderot, (L’Encyclopédie, l’Autorité politique.)

Il est désolant de voir que dans la majorité des institutions et des organisations aussi bien politiques que sociales, si ce n’est pas dans toutes, le concept d’autorité est non seulement la norme - en réalité, on n’imagine pas qu’un système sans autorité soit possible - mais il est aussi valorisé, présenté comme inhérent au monde dans lequel nous vivons. En tant que socialistes, nous devons nous opposer à cette idée reçue et lutter pour un monde sans pouvoir et libre.

 

 

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19/05/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux - Deuxième partie


AF. Qu'est ce que l’État selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'Etat c'est le peuple (du moins ça devrait l'être...). L'Etat est un organe qui est constitué de toutes les personnes qui vivent en son sein, il s'agit donc de l'organe résultant de l'union de la population.

En même temps cet Etat doit être un protecteur qui prend soin des plus faibles, ceux qui ne peuvent pas travailler, ceux qui n'ont pas eu une naissance heureuse... Chacun doit bénéficier d'un minimum de protection et nombreux sont ceux qui n'en auront jamais, l'Etat doit être présent pour ces personnes là. Il doit gommer au maximum les injustices de la vie.

Dans la construction du socialisme et de la société de tous les jours, l'Etat doit assurer des fonctions de base qui sont une bonne éducation pour toutes et tous, un véritable accès aux soins équivalents pour toutes et tous et, comme je l'ai dit plus haut, une défense et une protection des plus faibles.
 

AF. Qu'est ce que la science selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. La science est le domaine de la connaissance du monde qui nous entoure. Elle est fondée sur des bases logiques, avec des liens de causes à effets ou simplement de prédispositions. Peut-être que je dis ça parce que j'ai une formation de scientifique, mais pour moi la science est extrêmement importante dans la construction du socialisme. Celui-ci mettra en place une logique de partage de la connaissance scientifique : le savoir et sa maîtrise appartient à l'espèce humaine et non à quelques uns.

La science permet de mieux comprendre notre monde, et par conséquent elle nous permet de l'améliorer. C'est vrai que le développement technologique amène des problèmes, mais la réflexion scientifique permet de les cerner et de les résoudre, si le système le veut, ce qui n'est pas le cas actuellement pour les problèmes de surconsommation et de pollution.

En somme, la science fait partie inhérente du socialisme. La science médicale avec une amélioration des conditions socio-économiques a réussi à augmenter l'espérance de vie à la naissance de 35 ans au cours du 20e siècle.

 

AF. Qu'est ce que la philosophie selon toi ? Quel rôle doit-elle jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. Autant la science permet de comprendre le monde sur les faits, autant celle-ci peut difficilement imaginer le monde si les choses étaient différentes. C'est là que la philosophie intervient. Elle est la réflexion sur le monde actuel et passé, mais aussi sur les potentiels mondes futurs. La philosophie crée une réflexion perpétuelle sur le système. Ainsi elle l'améliore en tout temps. Comme un idéal ne doit pas être fixe, car celui-ci favoriserait les injustices et la dictature par manque d'ouverture, la philosophie est le rempart face à l'intégrisme d'un quelconque idéal. Elle est le garant de l'amélioration de cette idéal, qu'il soit socialiste ou non.

La philosophie a fondé les bases du socialisme théorique, elle le modifiera au courant des siècles à venir.

 

AF. Qu'est ce que l'art selon toi ? Quel rôle doit-il jouer dans la construction de ton idéal ? Quel est son rapport au socialisme ?

 

BT. L'art est très difficile à définir, et s'obstiner à en donner une définition a des limites, et j'y vois personnellement une négation de l'art en soi. L'art peut avoir un mission, un but, ou être inutile au premier abord. L'art existe dans la plupart des systèmes, même ceux qui tentent de le limiter. Il est lié à ce qui fait de nous notre « humanité ». Si un passage à un système socialiste devait avoir lieu, il me semble évidement qu'un grand mouvement artistique suivrait. A moins que ce mouvement ne précède l'arrivée du socialisme...

 

AF. Faut-il réformer le système éducatif ? Si oui, comment ?

 

BT. Si nous considérions notre système éducatif comme étant parfait, d'une certaine manière nous sommes perdus. Nous pouvons toujours tout améliorer, donc tout est à réformer tôt ou tard.

Notre système éducatif néglige trop les langues étrangères. Tout d'abord, nous vivons en Suisse, pays possédants 4 langues nationales. Nous parlons la deuxième, plus répandue, mais sommes mal formés à la maîtrise de la première : l'allemand (ou ses dialectes suisse-allemands). L'apprentissage de l'allemand est fait de manière trop stricte, trop réglé. Nous, les jeunes romands, sommes stressés de faire une erreur lors de toute expression en langue germanique, car il faut bien placer son datif, etc. Au final, nous ne sommes pas prêts de communiquer dans la rue avec une bonne partie des résidents suisses. Nous devrions plus apprendre à communiquer en allemand.

A cela, au niveau des sciences, il faudrait appliquer la logique de Claude Bernard (physiologiste français du 19e siècle). Tout apprentissage d'un fait devrait être réalisé en comprenant ses causes et conséquences. Le bourrage de crâne d'apprentissage par cœur est une négation de la science. Si nous comprenons les cause, alors les « sciences » telles qu'elles sont enseignées sont plus intéressantes et ouvrent mieux l'esprit.

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28/04/2014

Entretien avec le militant Diego Esteban

Diego Esteban, 20 ans, étudiant en droit à l'Université de Genève et aspirant à un métier dans la diplomatie et les relations internationales, est membre du Parti Socialiste Genevois depuis mars 2013, et co-préside la section des Trois-Chênes depuis octobre 2013. Il est membre du Parlement des Jeunes de Thônex depuis 2009 et a co-fondé le Parlement des Jeunes Genevois dont il préside la commission Engagement. Par ailleurs, son signe astrologique est vierge, et il est amateur des couleurs vives. 
 

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

DE. Je m'identifie avant tout aux artistes : en effet, j'ai grandi dans une famille de musiciens. J'ai moi-même joué de la trompette pendant 10 ans, puis fait du chant amateur pendant 2 ans. Ainsi, je m'identifie principalement à celles et ceux qui créent et véhiculent la vitalité de la culture et des arts, et ce le plus souvent de manière bénévole.


AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

DE. Le militantisme, c'est la démarche que l'on entreprend pour promouvoir des idées ou des projets tendant à changer la société. J'ai commencé à militer lorsque l'initiative contre la construction de minarets fut acceptée, car sa substance islamophobe et les pulsions racistes qui en étaient à l'origine m'ont convaincu de la nécessité d'inverser cette tendance sinistre et haineuse. Tout le monde milite un jour ou l'autre, car il est impossible que rien ne nous choque : ainsi, « changer le monde » est une ambition très répandue. J'ai d'ailleurs commencé à y croire lorsqu'au sein du Parlement des Jeunes Genevois, puis au Parti Socialiste, j'ai remarqué à quel point le militantisme (à plusieurs) pouvait avoir un impact réel sur la société. De cette observation, j'en déduis que la politique est la somme de toutes les actions qui visent à faire parvenir la société à un but déterminé. Dans un pays où les décisions sont prises à la majorité, il est essentiel de faire de la politique, de militer pour sa vision du monde, afin que la balance penche du « bon » côté (je conviens qu'il s'agit là d'une notion particulièrement subjective). En effet, ne laissons pas les choix de société à des personnes qui prônent l'inverse de nos idéaux : faisons de la politique !

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

DE. Le socialisme est à mes yeux la doctrine qui réalise le principe du mieux vivre ensemble, de l'égalité des chances et de la solidarité. Il permet de contrer les effets néfastes de l'individualisme, du nationalisme, de l'exclusion et de la méritocratie. Je m'identifie au socialisme car il m'apparaît comme la seule ligne de défense crédible face à la xénophobie rampante, qui détruit la cohésion sociale nécessaire pour que la société vive en paix. Je m'identifie au socialisme car il s'attaque aux problèmes de fond, et non pas seulement les problèmes apparents, sans superficialité. Enfin, je m'identifie au socialisme car c'est la seule doctrine qui pense à toutes et tous les membres de la population, militant activement pour les personnes défavorisées, comme les working poors, les non-hétérosexuels et les migrants, afin qu'il y ait un équilibre social dépassant les divisions.


AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

DE. En tant qu'étudiant en droit, je suis conscient de l'étendue du pouvoir de la loi dans un État de droit comme la Suisse. Ce sont la Constitution, les lois, les ordonnances, les règlements, les traités, qui organisent la société parfois jusque dans ses moindres détails. Ainsi, tout changement majeur ne peut passer que par les organes qui font la loi : le parlement ou le gouvernement, voire le peuple et les cantons. Or, le socialisme a quasiment toujours été minoritaire dans ces organes, que ce soit au niveau fédéral ou au niveau cantonal. Mon but est alors de travailler pour que le socialisme soit mieux représenté au sein de ces organes. Étant de nationalité étrangère (plus précisément américaine), je ne peux pas siéger au parlement ou au gouvernement, et je ne peux pas voter non plus. Mais en tant que co-président du Parti Socialiste Trois-Chêne, je peux contribuer à réaliser le socialisme au sein des communes de Chêne-Bougeries, Chêne-Bourg et Thônex, un bassin de population comprenant plus de 32'000 personnes. En tant que militant autoproclamé du Parti Socialiste, je peux aller convaincre les gens de faire certains choix de société sur les nombreux stands du parti dans la rue. Avec mon blog intitulé « soliloques engagés », je peux rédiger des argumentaires extensifs sur des thématiques diverses. Les moyens existent, et je les utilise au mieux. Je ne sais pas si ça permettra la réalisation de mon idéal, mais il est certain que ça y contribue.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

DE. Parmi les vivants, je peux citer Jean-Claude Guillebaud, philosophe français qui incarne tout ce qu'il y a de mieux dans la démocratie chrétienne, à savoir un sens développé de l'humanité et de la charité. J'ai tout de suite adhéré au raisonnement avec lequel il rejette le clonage, l'eugénisme ou encore la commercialisation du vivant (notamment à travers la brevetisation des gènes par des institutions privées). Je cite également Noella Rouget, la dernière rescapée de l'Holocauste vivant à Genève, et qui fut déportée en tant que détenue politique au camp de concentration de Ravensbrück. Résistante face à l'Occupation nazie, elle est longtemps restée dans un demi-silence quant à son passage dans les camps, jusqu'à ce qu'elle ait été confrontée à des négationnistes. Depuis lors, elle tient des conférences dans lesquelles elle appelle à rejeter la haine qui divise les gens sur la base de critères arbitraires. Il y a aussi Anita Hill, ancienne collègue du juge fédéral américain Clarence Thomas, contre lequel elle a témoigné lors d'audiences très médiatisées en 1991 en raison de son comportement sexiste. C'est elle qui a éveillé les consciences de la population américaine sur la question du harcèlement sexuel. Parmi les morts me vient à l'esprit le nom de Harvey Milk, premier élu d'importance ouvertement gay aux Etats-Unis, qui fut assassiné pour avoir porté en avant les revendications égalitaires du mouvement aujourd'hui nommé « LGBT », voire « LGBTIQ ».

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

DE. La première valeur qui me guide dans mon engagement est l'honnêteté. J'ai déjà été confronté à trop de politicien-ne-s dont le mensonge, la manipulation et la désinformation sont le fonds de commerce, je n'ai absolument aucune envie d'allonger la liste, et je préfère la démarche consensuelle et constructive à l'insulte et au jeu de qui a la plus grosse. Mais je remarque cependant que les politicien-ne-s malhonnêtes restent une minorité du monde politique : c'est une réalité souvent oubliée qu'il convient de rappeler.

La deuxième valeur est la solidarité (dont l'égalité, l'antiracisme, etc). Mon engagement tend vers une société inclusive, où toutes et tous ont leur place et où la stigmatisation disparaît. A ce titre, le problème le plus évident est le traitement réservé aux gitans et aux roms, discriminés à l'excès par les partis racistes comme l'UDC ou le MCG, qui affirment qu'être rom prédispose à la criminalité, ce qui est inacceptable.

La troisième valeur que je pourrais mentionner est la liberté. En Suisse on a déjà beaucoup d'avance sur de nombreux autres pays mais il reste des lacunes : la loi sur la surveillance des communications (LSCPT) qui devrait être votée cet été par l'Assemblée Fédérale est l'exemple par excellence des violations modernes de la liberté, exemple auquel peuvent s'ajouter l'impôt ecclésiastique que connaissent certains cantons ou encore les restrictions au droit de manifester. C'est en revanche sur la thématique de la surveillance des données que je suis le plus attentif, car les enseignements de Wikileaks et de la NSA nous montrent qu'entre notre monde et celui d'Orwell, dans son ouvrage intitulé « 1984 », il n'y a qu'un pas. En revanche, la liberté a des limites, raison pour laquelle je condamne fermement l'invocation de la sphère privée comme moyen de cacher des preuves de fraude fiscale ou d'évasion fiscale.

 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

DE. Une chose que j'ai remarquée, lorsque je passais en revue les différents partis du canton pour savoir auquel je m'identifiais le mieux, est la tendance à réduire une personne à sa seule étiquette politique. Je tiens à faire savoir que le parti ne dit pas tout sur une personne : il est réducteur de tout ramener à cela dans une société qui autorise la liberté d'expression. Comme le dit cette phrase de l'humaniste Abraham Maslow : « si ton seul outil est un marteau, tu verras des clous partout ».

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15/04/2014

Entretien avec une militante anonyme

AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?


J'appartiens à plusieurs groupes sociaux. Si la question fait référence à mon origine sociale, je dirais que j'appartiens à une couche sociale moyenne. Mes parents sont fonctionnaires.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?


Pour moi il y a deux sens à la politique, comme il y a deux classes sociales qui s'affrontent. Il y a la politique qu'on a l'habitude de voir ou d'entendre comme étant de la « politique », c'est-à-dire la « politique officielle » qu'on voit à travers les médias, les élections, les débats télévisés, etc. Cette politique, à mes yeux, n'est que pure mascarade et la plupart du temps ça me dégoûte, il faut que je fasse un grand effort pour m'y intéresser. Car c'est la bourgeoisie au pouvoir qui va tout faire pour conserver l'ordre établi tout en ne cessant de promettre le contraire. Alors que la politique, la vraie à mes yeux, c'est en effet de discuter de ce qu'on veut pour nous, notre société, discuter de comment faire pour y arriver et se donner les moyens de le mettre en oeuvre. Mais cette politique n'est pas relayée par les médias dominants. C'est la politique des travailleurs, du peuple, qui discute, réfléchit et agit pour reprendre le pouvoir (politique justement). Et le militantisme c'est l'acte de faire de la politique du côté de la classe qui veut prendre le pouvoir, c'est-à-dire les travailleurs. Pour moi cela représente une prise en main de son destin, et la tentative de ne plus être passif face à notre présent surtout, mais aussi évidemment à notre futur. Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ? Pour les mêmes raisons que hier. Parce que nous sommes loin de vivre dans une société épanouissante pour l'être humain. Alors que c'est ce qu'il faudrait construire pourtant.
 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?


Le socialisme c'est la dictature du prolétariat. C'est la société qui pourrait faire son apparition après la prise du pouvoir par les travailleurs, c'est-à-dire après la révolution. C'est la société de transition qui suivrait le capitalisme et précéderait le communisme (la société sans classes sociales). À mon avis, vouloir le socialisme c'est vouloir le communisme.
 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ? 



En unifiant la classe ouvrière et en créant un parti révolutionnaire capable de diriger la révolution. Ça parait simple, mais c'est la chose la plus difficile à mettre en oeuvre.
 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?


Mon engagement est inspiré par ma propre expérience de vie. Et pour le reste, je ne sais pas, il y a plein de figures révolutionnaires admirables. Mais je ne répondrai pas à cette question, parce que je me méfie beaucoup du culte de la personnalité. Personne n'est parfait, tout le monde est humain, y compris ceux qui vouent leur vie à transformer la société.
 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Pourquoi trois ? Je ne sais pas. Rapidement, je dirais : 1. la justice (ce qui comprends plein de choses, comme par exemple la démocratie, l'honnêteté, etc.) 2. la compassion et 3. l'amour (bon, ça ressemble pas mal à la compassion et c'est plus un sentiment qu'une valeur, mais comme c'est important, je tiens à le mettre dans la liste).
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?


Arrêtez de penser que les autres s'en foutent. Arrêtez de penser que c'est pas possible de vivre mieux. Arrêtez de penser qu'il n'y a rien à faire. Arrêtez d'être résigné.

 

 

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13/04/2014

Entretien avec le militant Brice Touilloux

Brice Touilloux, 24 ans, étudiant en médecine en dernière année, est le Vice-président de la Jeunesse Socialiste Genevoise, dont il est sympathisant depuis 4 ans, et est membre du Parti Socialiste Genevois depuis 2 ans. Sur le plan associatif, il est membre de l'association des étudiants en médecine de Genève, dont il a été secrétaire des affaires facultaires et responsable des affaires politiques.
Professionnellement, il aspire à exercer en tant que pneumologue et épidémiologiste. Son signe astrologique est capricorne, il n'a pas de couleur préférée, et considère que le chat est l'animal suprême.
 


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

BT. Vu mon parcours, mes études et mon proche métier, je pense faire partie de la classe moyenne en étant issu de la classe populaire.

C'est ma formation de médecin et ma future profession de médecin (avec le bon salaire qui va avec) qui permet de me définir dans cette catégorie. Mais mes origines modestes, passées à compter s'il m'était possible de boire une bière durant la soirée dans un bar avec des amis ou de pouvoir prendre un café, me font appartenir en même temps à la classe populaire. J'ai eu la chance que mes facultés intéressent le monde actuelle, chance dont très peu de personne bénéficient.

 

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

 

BT. La politique est le mécanisme, l'organe qui aujourd’hui peut modifier l'environnement social (mais aussi écologique) dans lequel nous vivons. L’organisation de notre société est le résultat de nombreuses petites choses qui ajoutées les unes aux autres forment un gros bloc : notre société. La politique est un moyen de changer cette société en changeant ces petits détails. Et pour donner des moyens à notre vision politique, le militantisme est une arme.

Aujourd'hui nous sommes dans une période particulière. Une grande partie de la jeunesse (dont je fais partie) n'a connu qu'un monde dit unipolaire, avec une superpuissance que personne ne semble pouvoir contrer : les États-Unis, et surtout leur système financier. En même temps, ce monde avec un seul modèle économique (et un seul modèle de vie) est dit en crise en Europe. Le peuple, qui est celui qui encaisse toujours les erreurs des dirigeants et de la finance, cherche une sortie à sa souffrance et à la progressive diminution de sa qualité de vie. Faire de la politique aujourd'hui c'est proposer des solutions concrètes pour améliorer cette qualité de vie mais aussi mettre en avant la difficile réalité de tous les jours de la population.

 

AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

BT. Pour moi, il s'agit d'un système où le travailleur possède son moyen de production, soit directement soit en étant membre d'une coopérative. Ainsi toute augmentation de sa production a une répercussion directe sur son revenu, ce qui est bien plus valorisant que le système actuel.

En même temps ce système tend à éliminer la concurrence entre les travailleurs, et un organe tel que l'Etat protège les plus faibles et ceux qui ne peuvent pas travailler. Le socialisme apportera aussi plus de décisions de la part du peuple pour qu'il soit vraiment le dirigeant de son avenir.

En attendant, le socialisme à Genève en 2014 c'est la défense de la classe populaire et de la classe moyenne, face à une minorité dominante (bénéficiant de forfaits et boucliers fiscaux...). Ceci passe par une revalorisation du travail, une véritable égalité des chances et une diminution des privilèges de naissance ou acquis.

 

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

BT. Aujourd'hui, en 2014, pour réaliser l'idéal que j'ai décrit au dessus il faut des majorité de gauche dans les parlements et dans les exécutifs, à tous les niveaux. Avec des parlements fort de gauche, nous pourrons réformer la société actuelle pour al rendre plus juste. En attendant, des initiatives de gauche peuvent préparer le terrain. Nous devons donc nous montrer prêt à diriger le pays face à la population, pour la convaincre puis l'aider et surtout lui permettre de s'aider.

L'ambiance n'est pas à la révolution, alors travaillons avec force à réformer.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

BT. Parmi les morts, il y a Salvador Allende (président chilien de 1970 à 1973). J'admire sa volonté absolue de réformer la société chilienne pour la rendre plus juste et plus égalitaire. Ceci en conservant la démocratie, la transparence et la liberté d'expression même durant les périodes de manifestations de droites qui voulaient reprendre le pouvoir (ce qu'elles ont finalement réussi...).

J'aime beaucoup aussi le duo Léon Nicole – Charles Rosselet (leader du PS Genevois dans les années 1920 et 30), l'un bouillonnant tribun d'apparence révolutionnaire, héros de la classe ouvrière, agressif, dépassant parfois les limites du respect mais aimé pour cela. L'autre, le placide Charles, qui avec de belles tirades d'apparence calme détruit la rhétorique bourgeoise et arrive à convaincre bien au delà de la classe populaire, ce qui renforce l'ensemble socialisme. Malgré quelques divergences, ils étaient unis. J'aimerais vraiment que le PS retrouve cette dualité et cette union : classe populaire et classe moyenne.

Dans les vivants, je suis admiratif de la ténacité et du courage de Pierre-Yves Maillard de tenter de résoudre un problème aussi important que la mainmise des assureurs et des boites pharmaceutiques sur la santé en Suisse. J'admire tout particulièrement ses réussites, car il a 2 ogres en face de lui.

Dans la médecine, je citerais Dr James Curran, épidémiologiste du CDC d'Atlanta qui avait clairement mis en évidence les moyens de transmissions du VIH et que le SIDA était du à un virus... Ceci sans laboratoire, juste par réflexion épidémiologique !

 

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

BT. L'intégrité, le sérieux dans son travail et l'humour, car une vie sans humour est une vie... chiante. Il faut le dire !
 

AF. Envie d'ajouter encore quelque chose ?

 

BT. Léon Nicole dirait « Tout pour le peuple, tout par le peuple », je serais d'accord avec lui. Mélenchon ajouterait « Durant des décennies, vous avez trouvé des ouvriers moins chers. Eh bien nous trouverons des patrons moins cher. », je le soutiendrais aussi.

Et parce que j'aime la science, je citerais Claude Bernard (Physiologiste français du 19e siècle) : « L'admission d'un fait sans cause, c'est à dire indéterminé dans ses conditions d'existence, n'est ni plus ni moins que la négation de la science. ». Comprendre les causes et le mécanismes est plus importants que de connaître les faits.

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12/04/2014

Entretien avec le militant Idrees Samim




Je m'appelle Idrees Samim mais ça se prononce "Idriss Samim". J'ai 27 ans et je viens de terminer un Master à l'EPFL en Bio-ingénierie. J'hésite pour le moment entre un métier dans la recherche scientifique ou devenir enseignant. Mon signe astrologique est capricorne et ma couleur préférée est le rouge, naturellement. Si j'étais un animal je pense que je serais un hibou ou une chouette.

Je suis suisse d'origine afghane et mon père était un communiste engagé à l'époque. C'est pourquoi, de part mon éducation familiale, j'ai un penchant naturel pour les idées d'extrême-gauche. Mais comme je suis conscient que l'époque n'est pas à la révolution, en pragmatique que je suis, j'ai intégré le Parti Socialiste Suisse. Je suis actuellement conseiller communal depuis 2-3 ans.


AF. A quel groupe social penses-tu appartenir ?

 

IS. Si le prolétariat existe en Suisse, j'en fait partie sans aucun doute. Même si maintenant que j'ai fini mes études je risque de changer de classe sociale.

AF. Qu'est ce que la politique et le militantisme pour toi ? Qu'est ce que cela représente à tes yeux ? Pourquoi faire de la politique aujourd'hui ?

IS. La politique et le militantisme commencent dans la rue. Tout le monde défend des idées et chacun agit sur le monde selon ses moyens. Mais tout le monde n'a pas le "pouvoir politique". Là est toute la différence. J'ai remarqué qu'on parlait très peu politique au sein des partis mais qu'on faisait souvent de la simple gestion, de la bureaucratie, de la validation de projet et des récoltes de signatures. Les partis politiques sont des structures très rigides et auto-consensuels. Il y a très peu de place pour le débat de fond et le changement. Alors que dans la rue, pendant une manifestation, à la sortie d'une conférence, dans un bar, etc… le terrain est selon moi bien plus propice. Le problème c'est que les partis politiques ont le pouvoir. Or selon moi, tout pouvoir représentatif est une confiscation de pouvoir. Tout le monde fait de la politique, mais tout le monde n'a pas le pouvoir. Quant à mes propres motivations elles vont dans ce même sens, je souhaite que le pouvoir soit distribué et partagé. Et tout mon engagement va dans ce sens.


AF. Qu'est ce que le socialisme selon toi ?

 

IS. Selon moi le socialisme est un collectivisme. Tout le reste ne devrait pas s'appeler socialisme ; je fais référence à ce socialisme qui a viré du "rouge" au "rose".

AF. Comment réaliser ton idéal aujourd'hui ? Par quels moyens ?

 

IS. Je n'ai jamais pensé à réaliser "mon idéal". Jamais je n'ai souhaité que "mon idéal" soit imposé aux autres. Même si je n'aime pas l'étiquette d'anarchiste, je pense que chacun à le droit de vivre son propre idéal et il ne me revient pas à moi de décider pour les autres. Mais pour que chacun puisse réaliser son idéal il faut lui en donner les moyens. C'est pourquoi je dirai qu'il faut se battre pour la liberté et l'égalité. Car il n'y a de liberté que lorsqu'il y a égalité parmi les Hommes (comme dans un jeux de miroir). Bakounine disait "l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est la négation de la liberté de tous".

Quant aux moyens pour y arriver, la route sera longue. Cela commence par un travail de conscientisation, d'information, d'organisation et d'activisme. Mais dans tous les cas, même si nous y mettons tout notre cœur et notre courage, nous sommes emportés par les forces historiques. Car les grands changements n'interviennent que lorsque les conditions de l'époque le permettent (guerre, crise économique, grand saut technologique, etc.)

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

IS. Alors je suis un grand lecteur de K. Marx que j'apprécie à la fois comme économiste et comme philosophe. Cela dit, je le replace dans son contexte historique. Avec le temps je commence à déceler de nombreuses faiblesses théoriques chez lui et c'est pourquoi j'ai de nombreux points de désaccord avec lui. Afin de compléter la pensée de K. Marx je me suis mis à lire Spinoza que j'ai découvert tout à fait par hasard mais qui continue toujours à m'impressionner. Je trouve que lorsqu'on assemble Marx et Spinoza on obtient des résultats très intéressants.

Pour ce qui est des penseurs vivants, je choisirais F. Lordon qui est exactement sur cette lignée de Marx et Spinoza.


AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?
 

IS. La liberté, l'égalité et la solidarité

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