13/08/2016

Le nouvel organe

 

 

 

Un article-témoignage publié dans le Diurnambule et rédigé par Nina.
Bonne lecture !

 

 

Il n'existe aucune de mes expériences personnelles sur laquelle je n'ai pas réfléchi, puis écrit – et réciproquement. La drogue en fait partie ; elle a été, est et sera un morceau de ma vie – un de ces morceaux imposants et nourrissants.

 

Le terme « drogue », utilisé de façon générique – disons – regroupe pas mal de choses que je consomme consciemment, pour éteindre ou animer ou faire muter cette conscience que je porte autant qu'elle me porte : du liquide, de l'herbe ou sa résine, de la poudre, des petits cachets et des plus gros. Les formes varient, et les fonds avec. Je peux alors flotter dans l'extase, m'enfoncer dans n'importe quelle abîme, rebondir dans les déchirures formées dans ma conscience – et tout ça en me lovant dans la paume de la main du hasard, toujours le même hasard.

 

Si je compte sur mes doigts depuis combien de temps la drogue fait partie de ma vie, je passe du pouce à l'auriculaire. Si j'essaie de donner une forme à ce que ça a pû me procurer, je ne perçois que l'informe. Si je donne un nom à tout ce bordel, ce ne sera pas toujours « libération », ni « déchéance », ni «liberté », ni «enfermement » - ce sera autre chose. C'est continuellement à la recherche d'autre chose que je consomme de la drogue, et je pense – sans prétention – que pas mal de consommateurs cherchent cet autre chose. Un autre corps, une autre perception du monde, un autre état, quel qu'il soit. C'est à notre portée, libre à nous de l'incorporer.

 

J'ai suffisamment d'expérience pour pouvoir affirmer une chose – et cette chose résonne dans ma tête à chaque fois qu'une discussion ou un débat s'ouvre à ce propos - : peu importe ce qu'est cet autre chose qui est à notre portée ; ce qui importe, c'est ce que l'on va en faire. Je m'en suis rendue compte après des gens à m'allonger sur des lits et à sentir mon corps et mon environnement devenir autre, à baver, gigoter, ramper, danser, hurler, sourire pendant des heures, rire sans raison, gémir, rêver.

 

L'autre chose est varié, aléatoire, hasardeux, ses contours sont confus ou inconnus – mais c'est un autre chose dont tout le monde raffole. « On se lasse de tout, mon ange, c'est une loi de la nature, ce n'est pas ma faute. », écrit Laclos, dans Les Liaisons dangereuses. Ça, c'est une règle humaine – ou qui s'applique, tout du moins, à un certain nombre d'entre nous (les règles universelles n'existent souvent qu'en surface). Être une forme mouvante et s'empêcher, encore vivant, de devenir fossile ; voilà ce qui m'a poussé, finalement, à m'intéresser au monde des drogues. Un léger désir de désincarnation, parce que cette chair, ce corps que je connais par cœur, j'aime le voir changer, que ce soit pour apprécier sa métamorphose et pour redécouvrir ce qu'il est, rempli ou vidé de toutes substances ajoutées. C'est pour faire de ma tête, de mon corps et de mes perceptions des formes mouvantes et mutantes que j'allume un joint, que je bois de l'alcool, que je m'envoie un rail ou que je lis les effets secondaires de certains médicaments, à la recherche des plus attractifs.

 

Le réel se disperse – et l'inconnu apparaît. Un lieu fait d'autre chose, où je suis autre chose. La drogue relève du domaine de l'expérience – qu'elle soit exprimable ou indicible, commune ou intérieure.

 

Plongée dans ma période sensualiste, et motivée par une curiosité dévorante ainsi qu'une profonde obsession pour l'éthéré, j'ai découvert les drogues. Mon intérêt pour l'immatériel ne trouvait aucune résonance dans la spiritualité, fabriquée par l'esprit et visiblement hors de ma portée. Je voulais me laisser emporter – par mon corps, par ce que je ne connaissais pas – vers cet espace vers lequel semblaient mener les dopes. Un premier pan de ma consommation, alors, relevait du désir de disparaître, en quelque sorte. Je voulais partir et découvrir, mais pas à travers le monde – à travers mes sens. Une douce insouciance m'a pris par la main pour m'emmener n'importe où, et je suivais, candide et inexpérimentée. Étrangement, mes mauvaises expériences ne relèvent pas (toutes) de ce pan là de ma vie. Je ne consommais que par désir et plaisir. C'est ma première analyse des drogues qui m'a ouvert des portes plus troubles, aux bords plus coupants ; couplée à une incompréhension et un rejet total de mon environnement, la drogue m'a fait vivre ce que j'appelle des moments de néantisation. Je me désincarnais à l'extrême, je ne m'importais plus du tout, et la drogue était un prétexte comme un autre pour sortir de ce corps et de l'horizon qui m'écrasait dès le réveil. En somme, mon état psychologique était bien plus dangereux que la drogue en elle-même – j'aurais pu m'anéantir dans le sexe, dans la bouffe, dans n'importe quoi d'autre, pourvu que le but soit atteint. Un second temps a été celui d'inclure, dans mon quotidien, la drogue, au point d'en faire un de mes points de repères principaux, si ce n'est une composante de moi, un nouvel organe, un nouveau membre – et c'est sûrement pendant cette période là que j'ai pu vivre des instants qui, encore aujourd'hui, sont ancrés dans la chair de ma mémoire et celle de mon corps. Ma seconde analyse, en revanche, a changé la donne ; l'expérience portait ses premiers fruits. J'ai repris la drogue pour ce qu'elle était au moment où j'ai mûri – la création d'un espace régit par des sensations et surtout, surtout, un autre chose. Mais pas un autre chose qui valait mieux que tout le reste – se contentant de l'occulter partiellement -, ni qui me définissait viscéralement. Simplement un autre chose à portée de main, et qui se devait de demeurer exaltant.

 

À l'heure d'aujourd'hui, je ne mise plus que sur la délectation sensitive. Et la drogue n'est plus qu'une affaire d'émoussement de sensations.

Nina

 

 

 

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07/03/2016

Cinq drogues pour autant d'étapes de vie

 

 

 

Et nous accueillons sur le blog un quatrième témoignage.

Bonne lecture !


Adrien Faure

 

 

 

Acte I. CANNABIS Bonneval, juillet 2006.

Comme beaucoup je pense, ma première expérience avec la drogue se fit avec du cannabis, sous forme de résine. Habitant à l'époque dans une ville de 4500 habitants, cela vous situe la qualité du produit... Aujourd'hui, je n'ose imaginer avec quoi cette chose avait été coupée.

Par une après-midi de juillet 2006, je fêtais l'obtention de mon bac avec plusieurs amis. J'ai suivi trois d'entre eux dans une voiture, garée sur le terrain de la maison appartenant aux parents de mon meilleur ami. Fenêtres fermées, sur fond d'un rap français des plus navrants, un pétard commence à circuler, pour finalement atterrir entre mes mains. Moi qui avait toujours refusé de fumer, et ce même dans des états lamentables, je ne me suis cette fois posé aucune question. J'avais croqué dans la pomme, celle qui devait me transformer instantanément... en un double de Raoul Duke...

Aujourd'hui, je fume quasi-quotidiennement, et cela ne m'empêche pas de vivre même si je dois reconnaître que trouver un juste équilibre entre consommation et travail n'est pas toujours évident, la faute à des cycles de sommeil perturbés.

 

Acte II. COCAÏNE Paris, le 31 décembre 2007.

Mon meilleur ami, qui me vantait depuis des mois les mérites de la cocaïne, est parvenu à me convaincre d'en consommer lors du réveillon organisée chez sa soeur, dans le XVe arrondissement. Nous avons donc rendez-vous chez une proche, afin de nous procurer deux grammes d'une came de soi-disant d'excellente qualité.

La prise du premier rail - par snif - est particulièrement désagréable. On m'avait bel et bien parlé du goût immonde de la cocaïne, mais à ce point, non... Les effets ne tardent cependant pas à se manifester. Je me sens immédiatement plus énergique, plus éloquent, plus sûr de moi. J'ai fait d'excellentes rencontres et me suis beaucoup amusé ce soir-là. Après avoir consommé la moitié du sachet au cours de la soirée pour me maintenir dans cet état, je me couche finalement à 14h.

Le réveil et la journée qui ont suivi furent... "compliquées". On ne m'avait absolument pas parlé du "Blues de la descente"...

Aujourd'hui, j'en consomme très rarement (environ une fois par an). Je ne me fixe aucune limite mais la rencontre de l'occasion (rare) et de l'envie (plus rare encore) se fait très rarement.

Effets positifs : confiance en soi exacerbée, résistance à l'alcool décuplée.

Effets négatifs : descente désagréable.

 

Acte III. 3MMC Bonneval, été ou automne 2014

Je me trouve dans la maison récemment acquise par ma petite soeur, accompagné du meilleur ami de cette dernière. L'individu est un consommateur régulier et fin connaisseur de drogues synthétiques. Il me propose alors d'essayer la 3MMC, qui est présentée comme un substitut de la méphédrone. On est en plein dans le jeu sans fin du chat (l'État) et de la souris (les chimistes qui synthétisent de nouvelles molécules, légales, ayant des effets semblables à ce de molécules interdites).

Après avoir passé la nuit à vider ses stocks, je ne sens rien de particulier. Je me sens juste détendu, sans pour autant pouvoir sentir le moindre décollage. N'en ayant consommé qu'une fois, je serais incapable d'évaluer la qualité de l'échantillon en question.

Effets positifs : sentiment de détente, confiance en soi augmentée.

Effets négatifs : effets faibles, très faibles.

 

Acte IV. MDMA Paris, septembre 2015

Je suis avec ma petite amie à la Bellevilloise en soirée de clôture de la Techno Parade 2015. Après une première expérience de la MDMA mitigée en avril (la quantité consommé étant trop faible pour me faire ressentir le moindre effet), nous avons cette fois prévu de ne pas nous retrouver en situation de pénurie... J'ai avalé un premier parachute juste avant d'arriver sur la piste de danse.

Après 30 minutes d'un relatif ennui, je commence à ressentir un bien-être profond. La musique devient douce, je parviens à distinguer la complexité de morceaux a priori simples et ressent une satisfaction immense à chaque note. J'éprouve un sentiment de bienveillance envers tous ceux qui m'entourent, comme si je me retrouvais connecté à autrui par une force supérieure. Rien de divin ici, je ne parle que d'empathie, du sentiment de ne faire qu'un avec l'autre... Nécessairement, un tel état de bien-être n'est pas sans conséquence. J'ai dansé toute la nuit contre ma douce, enchaînant les déclarations d'amour enflammées. Je n'ai pas ressenti le moindre besoin de consommer de l'alcool au cours de cette soirée - ce qui ne doit d'ailleurs pas manquer de soulever certaines questions auprès des tenanciers de discothèques... et n'ai bu que de l'eau fraîche.

Malheureusement, aucune drogue n'ayant que des effets positifs, la descente fut assez difficile, similaire à celle de la cocaïne.

Aujourd'hui, j'en consomme rarement, en me fixant une limite d'une consommation par mois.

Effets positifs : sentiment de bien-être immense, sens décuplés, soirée au rapport qualité/prix imbattable.

Effets négatifs : descente difficile mais pas insurmontable.

 

Acte V. LSD Paris, 31 décembre 2015

Toujours avec ma petite amie, je fête le réveillon au Glazart pour une soirée psytance/goa. Bien entendu, ce genre de musique ne s'apprécie pas pleinement sans être sous l'emprise de drogues. Nous avons donc consommé de la MDMA toute la soirée, pour rentrer chez nous à 9 heures du matin. Sachant que je devais gérer les réseaux sociaux pour le compte d'un client deux heures plus tard, je décide de ne pas me coucher. Ma petite amie me propose donc de consommer le LSD qu'elle avait acheté avec la MDMA, sous prétexte qu'elle n'avait aucune idée de la stabilité de la molécule, et donc du temps de vie du produit. Sans réfléchir*, je me saisis du cachet et l'avale avec un fond d'eau...

Quelques minutes plus tard, je sens clairement une modification de ma perception sensorielle. Je vois les fameuses couleurs vives du LSD, bien que mes yeux soient fermés. Je commence à avoir des hallucinations visuelles, auxquelles je réagis bien dans la mesure où je comprends rapidement qu'elles sont l'oeuvre d'un cerveau désoeuvré.

À 11 heures, c'est dans un état professionnellement inacceptable que je prends la main sur les comptes de mon client de mon lit, tout de même... et l'heure d'animation fut des plus laborieuses. Je ne pense pas avoir expérimenté le LSD dans les meilleures conditions, mais cette expérience m'a permis de me faire une petite idée...

Effets positifs : un voyage sensoriel.

Effets négatifs : des hallucinations visuelles qui peuvent être mal vécues par certains.

Pour résumer, je dirais que la consommation de drogues fait partie de mon chemin de vie. Elles m'ont tantôt aidé à me faire accepter plus facilement au sein d'un groupe, tantôt permis d'exprimer des émotions que je garde parfois en moi, par pudeur. J'y vois également une forme de rebellion contre l'oppression d'une société que je n'ai choisi à aucun moment mais qui s'arroge le droit de décider à ma place de ce qui est bon pour moi.

Bien qu'étant un fervent abolitionniste, j'ai un rapport relativement nuancé avec les drogues. J'estime que la liberté de consommer des drogues ne peut être décorrelée des responsabilités individuelles qu'elles impliquent. Un esprit sain - jamais lors des périodes de faiblesse émotionnelles propre à la nature humaine et une approche parcimonieuse font les piliers d'une consommation récréative et responsable.

 

Guillaume (27 ans)

 

* En fait, si... Sur le moment, je me suis dit que ce serait drôle de dire à mes petits-enfants que papy a bossé sous LSD.

 

 

 

18:24 Publié dans Drogues | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

06/03/2016

Mon classement des meilleures drogues : Amies, Amantes, Compagnons

 

Où Ariel Zerh se prête à l'exercice de la taxinomie. Bonne lecture !

Adrien Faure



ATTENTION ce billet est TOTALEMENT FICTIF je n'ai JAMAIS pris la moindre drogue parce que la drogue c'est MAL et ILLEGAL et il ne faut RIEN FAIRE d'illégal sinon tu vas aller en PRISON, donc tout les effets décrits ici ont été purement IMAGINES ou alors c'est d'autres gens qui ont pris de la drogue qui m'ont raconté et du coup j'ai décidé d'écrire là dessus. C'est bien compris ? Je suis un homme qui RESPECTE LA LOI et même si un jour j'avais fait quelque chose d'illégal je ne serais JAMAIS allé sur internet le raconter. Hors je n'ai RIEN FAIT d'illégal, vu que, je le répète, cet article est totalement FICTIF.

Si jamais vous décidez de tester un de ces produits, ce que vous ne devriez pas faire car c'est ILLEGAL, soyez sûrs de pratiquer la Réduction des Risques, de nombreuses ressources sur internet existent dans ce cadre. Si vous avez un doute, contactez moi, je ne me suis JAMAIS drogué mais je sais quand même comment réduire les risques au maximum.



Ceci étant dit. Voilà mon classement personnel des meilleures drogues [de ce que j'en imagine d'après ce qu'on m'a raconté]


Dans l'ordre, des meilleures jusqu'aux pires :



LSD : Je t’appelle affectueusement la Reine des Molécules. Ma passion, mon aventure, mon amour. Pas d’addiction, pas d’overdose possible, pas de mauvaise descente. Tu m’as ouvert à un monde où l’humain n’est jamais censé pénétrer, et j’ai nagé dans des paradis que je n’aurais jamais pu explorer de mon vivant. Tu es mon jouet favori autant que je suis le tiens, et notre relation continuera, je l’espère pour toujours, dans sa beauté éthérée.

Champignons : Mes autres amours.  Comme le LSD, vous n’apportez ni addiction ni risque d’overdose. Vous m’avez aidé à prendre des décisions difficiles, vous m’avez éclairés et montré la voie plus d’une fois quand j’étais perdu. Vous êtes mon remède le plus précieux, celui qui soigne mon âme, celui qui me montre le chemin à prendre. Je ne serais pas la même personne aujourd’hui sans vous. Vous me donnez des nausées, et votre goût est ignoble, mais c’est un petit prix à payer pour la sagesse que vous apportez. Vous êtes mes guides spirituels et je suis en partie votre création.

MDMA : Tu transcendes ma nature humaine et tu fais de moi un être de pur amour extatique. Tu es la chimie de l’amour distillée dans mon cerveau. Si seulement il n’y avait pas ce dur prix à payer à chaque fois… Parce que je sais que, trois jours exactement après que tu m’aies prise, tu me feras souffrir. Une partie du bonheur que tu m’auras apporté se transformera en son opposé et m’accablera pour une bonne demi-journée.

25B-Nbome : Cousin du LSD, tu es presque aussi bon que lui, tu m’en fais littéralement voir de toutes les couleurs, tu m’as montré toi aussi des choses incroyables, et je t’en remercie encore. Les mêmes remerciements pour tes petits frères, 25C et 25I, presque aussi bons dans votre art psychédélique.

4-HO-MET : Clone chimique des champignons, tu prends et tu donnes à peu près les mêmes éléments à mon esprit, même si je sens qu’il te manque quelque chose par rapport à ton pendant naturel.

Kétamine : Tu m’as allongé sur un lit, et tu m’as fait enchaîner les orgasmes pendant presque deux heures. Tu es une amante extraordinaire, même si notre amour fut bref.

Méthoxetamine : Tu me prends dans tes bras comme une mère, tu me couches au lit et tu m’enveloppe dans ton bien-être. Tu me consoles et me fait oublier mes chagrins. J’ai un petit surnom affectueux pour toi : Méthomaxétamine, en souvenir de mon ami brisé que tu arrivais si bien à réconforter.

MDAI : Petite sœur de la MDMA… Ta grande sœur est une femme fatale, mais toi je te vois plutôt comme une amie précieuse. Tu m’apportes énormément de bonheur, ta présence me fait un bien monstrueux. Mais tu fais payer le même prix.

4FA : Tu es comme un barman amical : Je viens vers toi avec le sourire, tu m’offres de la bière  et un bon moment. Je t’apporte mon bonheur, tu le multiplies et me le renvoies.

Antidépresseurs : Un ami de longue date, qui t’apporte du soutient dans les coups durs. Il n’est pas particulièrement passionnant, mais il sait te réconforter.

Benzodiazépines : Mon pote rasta. Sa présence me détend et m’apaise de mes angoisses. Il me rassure sur le présent et le futur quand l’inquiétude me prend à la gorge.

Cocaïne : Tu es un ami complètement instable. Tu peux être très bon un jour, très mauvais l’autre, au petit bonheur la chance. Sortir en ta compagnie coûte une blinde. Tu m’emmène parfois haut, tu me boostes, me donne de l’énergie, tu me motives et tu me donnes confiance. Sauf qu’après avoir passé un bon moment avec toi, tu refuses qu’on se sépare, et tu peux alors devenir très violent, jusqu’à ce que j’accepte de continuer la soirée, et ainsi tu peux m’entraîner dans un cycle infernal. Même si je te fréquente occasionnellement, je me méfie de toi, parce qu’au fond tu es un pervers narcissique, et tu as réduit plus d’un homme en esclavage.

Buphedrone/Pentedrone : Les amphétamines, les petits frères de la cocaïne. Au moins, avec vous, je sais à quoi m’attendre. Mais vous avez la fâcheuse tendance vous aussi à vouloir me contrôler. Plus d’une fois, en descente, vous avez eu la maîtrise presque totale sur ma volonté. Vous m’avez appris à être humble, parce que vous avez temporairement été plus fortes que moi. J’avais confiance en ma capacité à toujours garder le contrôle, vous m’avez prouvé que je pouvais avoir tort.

Cannabis : Ta présence est agréable, mais sans plus. Et avec toi, on bouffe comme des porcs, et ça c’est malsain pour mes troubles alimentaires.

Alcool : On te prend pour un gars inoffensif mais je te sais extrêmement toxique, au fond. Tu as bon goût et tu es un bon ami à petites doses… Mais nos abus ensemble coûtent très cher le lendemain, le corps entier ne s’en rappelle que trop bien. C’est pourquoi je ne te fréquenterai plus que par petites doses.

Graines de LSA (hawaiian woodrose, morning glory) : Vous êtes toxiques, vous donnez la nausée, vous rendez malade.  Vous êtes des personnages très intéressants, vous êtes capables de m’apprendre beaucoup, mais vraiment, vous m’en demandez trop

PB22 : Cannabinoïde synthétique. J’admets t’avoir un peu malmené, j'ai été imprudent avec toi. Mais quand même, tu m’as violé, avec violence, sans amour et sans sentiments. Je ne veux plus jamais te revoir, connard.

Tabac : Tu es extrêmement addictif. Tu es toxique. Tu défonces un peu. Je ne vois pas d’intérêt à ton amitié.



Ariel Zerh (28 ans)
Son site : ici



 

 

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04/03/2016

Les drogues, ces formidables outils de développement personnel

 

 

J'ai le plaisir d'accueillir un troisième témoignage sur mon blog.

Bonne lecture ! 

Adrien Faure

 

 

Tout a commencé une nuit de janvier 2015 dont je me souviendrai toute ma vie. Je suis à un gros événement de musique électronique dans la banlieue parisienne. J’ai passé des dizaines d’heures à faire des lectures et recherches sur les effets et risques de la MDMA, et ce soir c’est bon : je me lance enfin. A 1h30 du matin, les 130mg de MDMA que j’ai avalé plus tôt commencent à faire effet. Ca commence par un sentiment de bien être : soudainement, je suis d’humeur inhabituellement positive. Je ferme les yeux. Une bouffée indescriptible de chaleur monte dans mon corps. Inspiration, expiration… 2 minutes passent, je me sens toujours aussi bien physiquement, et là une vague extrêmement puissante de bonheur surgit de l’intérieur : je réouvre les yeux et je suis obligé de sourire. La MDMA a déclenché le flot de sérotonine qui se déverse dans mon cerveau, et l’effet est au delà de tout ce que j’avais pu imaginer : un bonheur à l’état pur m’a complètement envahi.



Je suis heureux, heureux, heureux d’être là, à cette glorieuse soirée, en compagnie d’amis, avec de la bonne musique, un show lumineux fascinant. Je me mets à réfléchir, et des pensées toutes plus heureuses et optimistes les unes que les autres me viennent à l’esprit : ma vie est merveilleuse. Plus j’y pense, et plus j’ai une chance incroyable de vivre dans un pays riche, avec une famille et des amis qui m’aiment, avec un job que j’apprécie et des collègues sympas… Mon appartement est génial ! Je suis aux anges. Je me sens reconnaissant envers tous les événements et personnes qui ont contribué à cette situation incroyablement chanceuse dans laquelle je suis. Sortant de mes pensées, plus souriant que jamais, je me mets à regarder les gens autour de moi, et c’est peut-être là l’effet le plus incroyable de la MDMA : je suis rempli d’amour et d’intérêt pour *toutes* les personnes autour de moi. Je ne peux m’en empêcher : il faut que je fasse un énorme calin à mon ami qui est là avec moi ce soir. Je le remercie d’être présent dans ma vie, d’être venu avec moi ce soir, je suis reconnaissant de tout ce qu’il m’a apporté, et je suis si heureux de pouvoir profiter de cette amitié dont il me fait grâce. Regardant autour de moi, je suis plus fasciné que jamais par l’effet de la MDMA : à chaque visage d’étrangers que je regarde, je suis envahi d’amour et d’intérêt. Je veux en savoir plus sur chacune des personnes autour de moi, qui me semblent toutes plus intéressante les unes que les autres, chacune dans leur individualité. Je les aime, et je veux les rencontrer, apprendre à les connaître. Approcher quelqu’un est d’une facilité déconcertante : comment ai-je pu être réticent à aller parler à une jolie fille ? Ma légère anxiété sociale a complètement disparu. Il y a une fille plutôt mignonne à ma gauche : trouver des mots justes et sympas pour l’aborder sans être lourd, c’est extrêmement facile. Si facile ! Quelles bêtise ces constructions sociales qui font qu’on n’ose pas aller vers les autres.



La soirée continue et se termine de la même manière : bonheur et amour des autres. On pourrait croire que ces effets, bien que très positifs, ne durent que pendant les 6h après une prise de MDMA, mais rien ne pourrait être plus faux. Il y a cette phrase en anglais que j’aime bien : what has ben seen can’t be unseen. Ce regard positif et optimiste sur ma vie que la MDMA m’a montré, cet intérêt pour autrui et la bêtise de l’anxiété sociale, ces effets là m’ont été durables, ça a indéniablement changé ma vie. Concernant la MDMA en elle même, je ne suis pas devenu addict, je n’en consomme que 3 à 4 fois par an pour des occasions très spéciales, afin que ce merveilleux produit chimique garde son effet magique.



Une autre substance psychoactive a eu un effet très positif et durable sur ma vie, il s’agit du 2C-B. Parler de cette drogue méconnu a toujours été quelque chose de bien plus compliqué, car ses effets sont difficilement descriptibles à l’aide de mots, mais je vais tenter de faire de mon mieux pour décrire. A dose raisonnable (mois de 25mg), on est plongé dans un état qui paraît proche de celui de sobriété : on peut réfléchir, intéragir avec autrui et son environnement de manière tout à fait normal. Le 2C-B rend plus léger, on se sent bien dans son corps, mais l’effet le plus notable et intéressant et celui sur le mode de pensée. Le point de vue est différent : le 2C-B change le prisme qu’on a sur la réalité. Il déconstruit toutes sortes de schémas mentaux préfaits qu’on possède : des choses qui paraissaient évidentes ne le sont plus du tout. Le 2C-B fait prendre du recul sur ce qu’on voit, et ce à quoi on pense. On sort du cadre de pensée qu’on a habituellement, et on peut regarder les choses sous une autre lumière, une lumière plus neutre, plus analytique, avec des préjugés bien moindres. C’est cette lumière différente qui à mon sens rend le 2C-B tout à fait merveilleux dans son genre (au delà du fait que c’est une substance peu toxique).



Pour prendre un exemple tout à fait concret, j’ai eu une période de chômage. Un soir où j’avais pris du 2C-B pour une soirée en club, une fois rentré chez moi je me suis mis à réfléchir sur ma vie. C’est alors que j’ai cessé de me voiler la face, que j’ai osé à regarder la vérité en face : mon hygiène de vie n’était pas saine. Je me complésais dans cet état de chômage, je ne faisais pas vraiment d’effort pour trouver du travail. Je n’avais pas de rythme de vie ordonné… Et je perdais le sens des priorité. Ce soir le 2C-B m’a mis une claque : il m’a fait sortir de ce confort intellectuel flemmard dans lequel je m’étais installé.



J’ai ici chosi d’insister sur l’aspect de développement personnel : utilisées avec précaution, dans le respect des mesures de sécurité, et avec parcimonie, des drogues comme la MDMA ou le 2C-B peuvent réellement produire des effets bénéfiques durables. On est ici bien loin de ces préjugés qui veulent que les drogues transforment leurs utilisateurs en zombies asociaux et dépendant.

 

Doud17 (pseudonyme)

(24 ans)



 

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02/03/2016

Les 5 niveaux de trips psychédéliques

 

 

Aujourd'hui Ariel Zerh reprend la plume et poursuit son récit.
Bonne lecture !

Adrien Faure

 

 

On peut distinguer 5 niveaux de "puissance" d'un trip psychédélique. Pour information, ces niveaux ont d'abord été détaillés par Timothy Leary dans son livre "L'expérience psychédélique : un manuel basé sur le livre des morts tibétain".  Ils ont par la suite été repris dans la communauté des drogués, notamment sur Erowid Vault (le plus grand recueil de témoignages d'expériences sur la drogue) et The Shroomery (site de référence sur les champignons hallucinogènes). Je vous propose donc aujourd'hui une traduction de ces cinq niveaux.

 

Niveau 1

Ce niveau procure un effet "défonce" moyen, avec quelques améliorations visuelles (couleurs plus vives, etc). Quelques anomalies dans la mémoire à court terme. La communication entre les hémisphères du cerveau change, ce qui fait que la musique semble "plus profonde". Ce niveau peut être atteint avec des doses moyennes de MDMA et Cannabis, ou avec des doses légères de champignons ou autres psychédéliques.

 

Niveau 2

Des couleurs plus claires, et des visuels (par exemple, les objets commencent à bouger et respirer). Des figures en deux dimensions deviennent visibles en fermant les yeux. Les pensées sont confuses. Des souvenirs peuvent jaillir. Des changements dans la mémoire à court terme font qu'on est continuellement distraits par un enchaînement de pensées. La créativité augmente, car le cerveau arrête de filtrer les pensées. Ce niveau peut être atteint avec de fortes doses de cannabis, de MDMA [NDT : Attention, je rappelle que la MDMA peut être dangereuse à forte dose], des doses légères ou moyennes de psychédéliques (LSD, champignons, mescaline...)

 

Niveau 3

Visuels évidents, tout semble courbé et/ou tordu. On voit des figures et des kaléidoscopes sur les murs, les visages, etc. Présence d'hallucinations légères, comme des visions de rivières qui coulent dans les nœuds d'une surface en bois, ou bien des visions de "perles nacrées" sur d'autres surfaces.  Les hallucinations visibles en fermant les yeux sont maintenant en trois dimensions. Les sens sont confus, synesthésie possible (on peut voir les sons en couleur, etc). Le temps se distord, avec des "moments d'éternité". Ce niveau peut être atteint avec des doses moyennes de psychédéliques, ou avec de très fortes doses de cannabis.

 

Niveau 4

Les hallucinations sont fortes (par exemple, les choses fusionnent entre elles). Destruction ou division de l’ego (les objets commencent à vous parler, ou vous vous rendez compte que vous ressentez des émotions contradictoires de manière simultanée). Perte partielle de réalité. Le temps n'a plus de valeur. Dissociation entre l'esprit et le corps (voyage astral). Mélange des sens. Ce niveau peut être atteint avec de fortes doses de psychédéliques.

 

Niveau 5

Perte totale de connexion visuelle avec la réalité. Les sens ne fonctionnent plus de façon normale. Perte totale d’ego. Fusion avec l'espace, les objets, ou l'univers. La perte de réalité devient tellement sévère qu'elle est impossible à expliquer. Les niveaux précédents sont relativement faciles à expliquer en terme de changements mesurables dans la perception et la façon de penser. Ce niveau est différent puisque l'univers dans lequel ces choses sont normalement perçues arrête d'exister. On atteint une "illumination totale".

En ce qui me concerne, mon chat n'a atteint le niveau 5 qu'une seule fois dans sa vie, et pour ça il lui a fallu prendre 5 fois la dose moyenne en champignons hallucinogènes. C'était... intéressant.

 

Attention, si vous voulez atteindre un nouveau palier, n'oubliez pas :


-De choisir un produit safe, sans overdose possible (mon conseil : les champignons hallucinogènes sont parfaits pour ça. Sinon, le LSD, mais attention il faut ABSOLUMENT le tester avant pour vérifier qu'il s'agit bien réellement de LSD et non pas d'un substitut, potentiellement létal en cas d'overdose ! Plus de 50% du LSD vendu en France n'est pas du LSD !).
-De suivre à la perfection les règles de sécurité*.
-D'avoir une personne sobre et responsable avec soi.

Bonne chance, psychonautes en herbe.

 

Ariel Zerh 

(28 ans)

Son site : ici

 

 *Qui seront prochainement détaillées sur ce blog. AF

 

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29/02/2016

Pourquoi je différencie les drogues végétales des drogues chimiques


Aujourd'hui, nous accueillons sur ce blog un second témoignage d'expérience individuelle avec les drogues. Bonne lecture !

Adrien Faure



Bonjour, Adrien m’a demandé d’écrire quelques lignes à propos de mon expérience vis-à-vis des drogues. Pour commencer, dans « drogues » j’incorpore tout : sucres, alcools, cannabis,… sachant que les deux premières drogues sont celles qui tuent le plus dans le monde. Et que l’alcool est l’un des plus puissants neuro-toxiques mutagènes en vente libre. C’est dire la culture de l’empoisonnement dans nos sociétés.



Bref, j’ai testé un paquet de drogues autres : les champignons hallucinogènes, la salvia divinorum (sauge divine), l’esctasy-speed, la MDMA, et encore d’autres. La « salvia » et les champignons étant le top du top avec le mélange alcool-cannabis. Le reste étant plus difficile à encaisser au niveau de l’élimination des toxines. Je ne parlerai pas du sucre, ce n’est rien d’autre qu’une forme de cocaïne, c’est du vent, et c’est hyper-addictif. Cela engendre plus de coûts que de plaisirs. Pour l’alcool ou le cannabis, les effets sont connus. Il s’agit de psychotropes. L’alcool détruit tous les tissus vivants. Son effet est particulièrement destructeur sur le long terme, même avec de petites quantités, très puissant à court terme, l’ivresse qu’il procure inhibant notre sensibilité nous rend plus « open ». Le cannabis, quant à lui, est tellement meilleur quand on l’ingère par rapport à le fumer. La montée est douce et profonde, longue, et franchement hilarante. On reste conscient, mais « zenifié ».



Pour les champignons ou la salvia divinorum, c’est autre chose. Non seulement la descente est agréable et légère, mais les effets secondaires sont quasi nuls à quantité modérée. L’effet, par contre, est superbe. Jamais je n’ai ressenti mon corps et son fonctionnement aussi bien, la conscience du sang qui circule, les impulsions du cœur comme si on l’entendait, le corps entier relaxé et ouvert à l’environnement. La musique, peu importe le style, nous pénètre jusqu’à nous rendre asocial. Et pourtant, dès que l’on communique avec autrui, la communication est simple, limpide, juste et compréhensive. Ceux qui sont sobres hallucinent sur la capacité du drogué à être en symbiose, ceux qui sont drogués en parfaite harmonie avec les autres drogués. Je n’ai jamais vu de tensions, et pourtant les personnes n’étaient pas les meilleures amies du monde.



Concernant les autres drogues, celles travaillées chimiquement, c’est différent. Malgré l’empathie qu’elles procurent, elles sont agressives et violentes. Tant au niveau de la montée que l’on devrait nommer « poussées » que des descentes que l’on devrait appeler « plongeons ». Elles se rapprochent de l’alcool à bien des égards. Elles nous désinhibent et ce faisant, elles nous détachent de notre corps contrairement aux drogues issues de plantes. Je crois que l’effet positif des drogues issues de plantes est plus adapté à notre corps que les autres, plus modernes (si on excepte l’alcool). Elles sont plus digestes, elles se diffusent de manière moins poussives, elles nous permettent de mieux appréhender la modification physiologique qu’engendre les drogues. L’ivresse surclasse celle des autres drogues. Enfin, jamais elles ne remplaceront l’ivresse de la poésie.



Benjamin F.

(31 ans)




 

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27/02/2016

Comment j'ai appris l'empathie avec la drogue

 

 

Bien trop souvent tout ce qu'on lit sur les drogues est caricatural ou limité. Dans les médias on parle trop de politique de la drogue et pas assez des expériences vécues par des individus. Je vais donc tâcher d'y remédier sur ce blog en accueillant une série de témoignages sur le sujet. 

Alors ouvrez vos chakras et bonne lecture avec ce premier témoignage de Ariel Zerh (vous pouvez retrouver davantage de ses écrits ici).

Adrien Faure

 

 

J'ai commencé mon sevrage des antidépresseurs il y a maintenant un peu plus de 48 heures. [NB: Ce texte a été écrit en réalité juste après le début de mon sevrage, qui est maintenant fini depuis un certain temps.]

J'ai consommé cette drogue (légale, pas chère, prescrite par mon médecin) tous les jours pendant presque deux mois. En premier lieu, pour réussir à sortir la tête de l'eau (la piscine représentant mon travail de chercheur). Quand j'ai vu que ça suffisait pas à éviter la noyade, je me suis fait mettre en arrêt maladie avant que les dégâts ne provoquent trop de séquelles sur ma psyché. Parfois, dans la vie, il faut juste savoir fuir. Et sans honte. Cela demande d'ailleurs un certain courage, de fuir... Perso, je continue d'avoir légèrement honte d'être en arrêt maladie et d'être momentanément addict à ces médicaments, même si je sais que je ne devrais clairement pas avoir honte et que j'ai fait des choix globalement responsables (quoiqu'en diront ceux qui répètent "tu devrais pas toucher à ces merdes" sans comprendre).

Je n'aime pas les antidépresseurs. J'ai beau être un junkie, je suis un junkie responsable... Je sais ce qu'il se passe quand tu prends une drogue de recyclage sérotoninergique pendant deux mois, tout les jours, puis que tu arrêtes. C'est partiellement une des raisons qui me poussent à écrire cet article à 2h du matin au lieu de dormir comme les gens honnêtes. Ecrire m'occupe bien l'esprit, et me laisse moins de temps pour ressentir les effets de manque.

En premier lieu, pour mes lecteurs qui ne connaissent pas bien le fonctionnement du cerveau, je vais faire un résumé TRÈS vulgarisé et donc probablement faux sur plein de points (je ne suis pas neurologiste) mais ça vous aidera à comprendre un peu mieux comment l'esprit fonctionne.

RAPPEL POUR LA LECTURE : Je n'ai jamais consommé la moindre drogue illégale et je tiens à le rappeler, parce que les drogues illégales sont illégales et l'illégal c'est mal. Par contre mon chat (ce salaud) a déjà consommé pleins de produits bizarres et il m'a tout raconté en détails donc je peux en parler en connaissance de cause. Mais c'est pas moi, c'est lui.

1/ Les neurotransmetteurs du bonheur

Vous avez des neurotransmetteurs dans le cerveau qui gèrent votre humeur. Un neurotransmetteur, c'est une molécule qui se fixe sur le récepteur qui lui est propre et active des neurones qui ont un effet positif ou négatif. C'est simple comme ça. On va s'intéresser à trois neurotransmetteurs qui gèrent les émotions positives :

Sérotonine : Neurotransmetteur de la joie. Vous rend heureux quand y'en a beaucoup... Malheureux quand y'en a pas assez.

Exemple de drogues associées :

MDMA (composant de l'ecstasy) Relâche vos stocks de sérotonine, qui vont donc inonder vos récepteurs, vous rendant gaga de bonheur.

Antidépresseurs : Recycleurs de sérotonine. En gros, quand votre sérotonine arrive sur le capteur, elle transmet le signal de bonheur puis s'en va. L'antidépresseur arrive, et lui fait "HOPOPOP tu vas ou comme ça ? Retourne sur le capteur !". Ainsi, vous ressentez plus de bonheur pour la même quantité de sérotonine relâchée.

Note au passage : ne mélangez JAMAIS un relâcheur de sérotonine avec un recycleur de sérotonine. Comme vous le devinez aisément, c'est une interaction extrêmement puissante et potentiellement mortelle. Imaginez que vous prenez une douche, mais que le siphon est bouché : ça fait inondation totale et saturation. La saturation, au mieux ça bousille vos capteurs et vous êtes bons pour des semaines ou des mois de déprime avant que le cerveau ne se réadapte, et au pire ça vous tue ("Syndrome sérotoninergique"). [Edit : Il apparait que ce commentaire est possiblement faux, la réalité étant plus complexe que cela, mais dans le doute je conseille d'éviter les mélanges]

- Dopamine : Neurotransmetteur de la motivation. Au centre de ce qu'on appelle le "système de récompense" du cerveau. Un système partagé par tout le règne animal, d'ailleurs. C'est la base de notre fonctionnement : je suis motivé à faire quelque chose grâce à ma dopamine --> Je fais un truc productif --> Mon cerveau me récompense avec de la dopamine et puis un peu de sérotonine bonus.

Exemple de drogues associées : Cocaïneamphétamines. Les drogues les plus addictives sont celles qui jouent sur la dopamine. Le cerveau étant programmé pour être toujours en recherche de dopamine, nous sommes crées pour être des animaux productifs. Mais s'il suffisait d'appuyer sur un bouton pour ressentir tout les bienfaits du travail bien fait ? Bah on passerait nos journées à cliquer dessus plutôt qu'a vivre une vraie vie. Voilà comment on peut se retrouver facilement accroc à ces drogues : pourquoi faire des efforts pour que notre cerveau nous récompense, quand on peut directement saisir le butin ?

- GABA : Neurotransmetteur anti-stress. Basiquement c'est la molécule qui dira à ton esprit : "Heyyy mannn chill ouut duuuude". Tranquillité et sérénité...

Exemple de drogues associées : Benzodiazépines. Un des médicaments les plus durs à arrêter. Potentiel addictif très important.

L'alcool agit également sur les recepteurs GABA. L'effet est rallongé si consommé avec du red-bull grâce à la taurine (source : http://www.wellnessresources.com/studies/taurine_activates_gaba_receptors/).

Interactions à éviter : Benzodiazépines/Alcool, potentiellement mortel, empiré avec du red bull. Evitez la surconsommation d'alcool surtout, c'est littéralement une des drogues les plus destructrices pour votre cerveau.

 

2/ Quand on s'amuse à régler et dérégler son cerveau, on comprend mieux comment il marche.

La consommation plus ou moins régulière de diverses drogues (par mon chat) a profondément changé la façon dont je perçois l'esprit humain (et l'esprit chat). A commencer par la compréhension de mon propre fonctionnement.
Quand on expérimente avec de nombreux produits agissant sur les neurotransmetteurs, en gros quand on s'amuse à faire joujou avec les boutons qui contrôlent notre humeur, on prend conscience au bout d'un moment de comment la réalité est subjective et dépend de notre chimie neuronale. Une même personne peut paraître chiante ou très intéressante selon votre bonne humeur, par exemple (votre niveau de sérotonine). Vous pouvez trouver une personne plus sexuellement attirante avec suffisamment d'alcool. Un bon café le matin vous motive pour la journée.

A force d'habitude, on perçoit de plus en plus finement les changements dans notre humeur selon ce qu'on consomme. Aujourd'hui, quand je consomme du café, je suis capable de ressentir très exactement la montée dopaminergique, et la descente qui s'ensuit, d'une manière beaucoup plus fine qu'avant. Cette connaissance assez fine du cerveau m'est d'ailleurs d'une grande aide pour diminuer et arrêter les antidépresseurs. Je me sens malheureux, je sais que je n'ai pas de raisons objectives de l'être, je sais que c'est juste mon cerveau qui se réadapte au manque de sérotonine. Je me fais fouetter et je sens la douleur comme un autre, mais j'ai les yeux bien ouverts sur mon bourreau, et je mesure avec finesse les coups qu'il me porte. Et je sais que ça va passer.

Enfin et surtout, relativiser sur la nature chimique de mon propre esprit m'aide surtout à relativiser sur le fonctionnement d'autrui, et de comprendre certains comportements. Parmi les comportements les plus problématiques, il y a, par exemple, l'addiction...

3/ TOUT est addiction

Définition de l'addiction :

"L’addiction, ou dépendance est, au sens phénoménologique, une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s'y soustraire."

Quelques exemples d'addictions :

  • Certaines drogues (pas toutes)

  • Jeux vidéo

  • Jeux d'argent

  • L'achat compulsif

  • Troubles du comportement alimentaire

  • Dépendance affective et/ou sexuelle

  • Dépendance au travail, dite "Workaholisme" ou "Ergomanie"

Cette liste est très diversifiée, et bien sûr non-exhaustive. Mais, pour synthétiser, qu'est ce que c'est une addiction ? Le plus simple résumé de l'addiction c'est simplement : le cerveau a besoin de ses molécules du bonheur, et il va se les procurer coûte que coûte.

Vous-même, si vous vous trouviez tout d'un coup projeté dans la vie d'un berger marocain, vos sources de plaisir habituelles ne vous manqueraient-elles pas ? Ne ressentiriez vous pas un manque d'internet, de télévision ? De vos petites habitudes en général ?

N'est-ce pas une forme d'addiction ?

Et pour ceux de mes lecteurs qui voudraient créer une distinction en parlant d'addiction "physique" au contraire des addictions "psychologiques" : Sachez que cette distinction n'a pas de sens. Le psychologique EST du physique, et le physique est du psychologique : le ressenti ne se trouve pas dans une sphère éthérée, mais bel et bien physiquement dans notre cerveau. D'ailleurs, les seules drogues qui peuvent entraîner la mort suite à un arrêt brutal sont l'alcool et les anxiolytiques.

4/ Un peu de compréhension et d'empathie dans ce monde de brutes

Parce que comprendre comment marche le cerveau peut nous aider à accepter des fonctionnements différents des nôtres, sans les juger.

a) La toxicophobie

Une méconnaissance générale de ce que sont les drogues, associée à de nombreux mythes qui circulent sur ce sujet, entraîne ce qu'on peut appeler de la toxicophobie chez la plupart des gens.  Avec des conséquences graves sur les victimes (rappel : les victimes sont les toxicomanes, et non pas les "honnêtes gens" qui, oh mon dieu, doivent supporter la vue de personnes malades en bas de leur immeuble). Je vous conseille cet article de mélange instable (ainsi que le reste de son blog) pour comprendre un peu mieux le sujet.

On pense que la drogue fait "perdre la tête". C'est faux. Un toxicomane est une personne relativement responsable et en pleine mesure de ses capacités. Cet article du New-York Times explique que la science prouve que les toxicomanes au crack (une des drogues les plus addictives) sont tout à fait responsables dans leurs choix. Non, on ne perd pas tout contrôle avec "ces saloperies". Non, on ne devient pas toxicomane en essayant une fois une drogue. On devient toxicomane quand on a déjà suffisamment de douleur dans sa vie pour entretenir une addiction. Non les toxicomanes ne sont pas forcément des gens violents ou pas fréquentables. Oui, vous en fréquentez probablement sans même le savoir.

Traitons un peu les toxicomanes comme ce qu'ils sont : d'abord des victimes de leur environnement, car ils n'ont pas CHOISI d'être malheureux, qui sont tombés dans la drogue pour échapper à un quotidien qui leur était insupportable autrement... En bref, ce sont des victimes, et nous avons le devoir moral de les aider.

b) Le fat-shaming

Une autre raison qui me pousse à écrire cet article : J'ai encore lu aujourd'hui les articles de "L'observatoire de la grossophobie et du body-shaming" (une lecture éclairante).
Les personnes en surpoids que je connais correspondent en général à trois catégories :

-Soit la personne ne désire pas être en surpoids, et elle a un problème hormonal ou génétique qui l'empêche de mincir.
-Soit elle ne désire pas être en surpoids, et elle a une addiction importante à la nourriture, peut-être même accompagné de troubles alimentaires.
-Soit elle accepte son surpoids, ça ne la dérange pas (voir même c'est ce qu'elle désire), et donc elle est en surpoids et elle se sent très bien comme ça et PERSONNE N'A A PORTER DE JUGEMENT LA DESSUS ! Son corps, c'est sa propriété, n'est-ce pas ?

Le premier cas est conséquence d'un dysfonctionnement du corps, le deuxième est conséquence d'un dysfonctionnement psychologique (et donc corporel également, puisque le cerveau est un organe bel et bien tangible), et le troisième est un choix de vie. Dans les trois cas, nous sommes d'accord pour dire que nous n'avons pas de jugement à apporter. En premier lieu, personne n'a à faire la leçon à une personne en surpoids sur ce qu'elle devrait être ou ne pas être. En second lieu, personne n'a à juger de la psychologie d'une personne, même dans le cas ou cette personne souhaite mincir et n'y arrive pas.

La grossophobie est une oppression extrêmement grave. On considère que "si elles se bougeaient le cul elles y arriveraient". On traite ces personnes de "faibles", on dit qu'elles n'ont "pas assez de volonté pour mincir", et autres bullshit - mais on ne réalise pas qu'il s'agit d'un problème d'addiction, nourri par des causes plus profondes. Ce sont les mêmes mécanismes et problématiques que l'addiction à n'importe quelle autre drogue.

Au passage : si vous vous sentez insultés parce que je compare le fait d'avoir du surpoids à de la toxicomanie, c'est que vous avez de la toxicophobie en vous.

c) La dépression

J'ai lu hier une femme expliquer que son compagnon n'accordait pas d'importance à la dépression de sa partenaire, arguant en des termes virils que la dépression c'est "une excuse de faibles" et autres considérations ignorantes.

La dépression, c'est un déficit en dopamine. Point. C'est à la fois affreusement complexe et extrêmement simple. Un neurotransmetteur vous manque, et tout est dépeuplé.

J'aimerais prendre une de ces personnes qui prennent les dépressifs pour des "faibles", des "lâches" ou des "feignants", et une fois, rien qu'une fois, lui faire sentir les effets du manque de dopamine. S'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est que cette personne ne viendra plus jamais se ramener sa soi-disant "force mentale" devant un dépressif.

Conclusion

Une seule conclusion : NE PAS JUGER. JAMAIS. SOUS AUCUN PRÉTEXTE.

On ne connait pas le ressenti des gens.

Par définition on ne PEUT pas vivre ce que vit quelqu'un d'autre, car toute personne est spéciale, tout parcours de vie est différent, tous les cerveaux sont uniques.

Et ceci est à relier avec le thème de l'oppression : vous ne pouvez pas, vous n'avez PAS le droit, de juger de la gravité de l'oppression d'un groupe, quand vous ne faites pas parti de ce groupe. Ne pas arriver à mesurer l'importance d'une oppression est un privilège de dominant. Vous ne vivez pas l'oppression au quotidien, elle n'a pas forgé votre vie, vos pensées, votre cerveau, vos fonctionnements. Elle ne vous fait pas souffrir régulièrement, quotidiennement. Vous ne comprenez pas et vous ne pouvez pas comprendre, et moi non plus.

Quand quelqu'un expose son vécu, une seule chose à faire : l'écouter, en respectant son ressenti. 

Ne jugez pas, jamais. N'en voulez pas à autrui s'il ne vous a pas dit "Bonjour". Laissez toujours le bénéfice du doute : cette personne cache-t-elle une dépression ? Peut-être est-ce un effort surhumain pour elle de souhaiter la bonne journée à quelqu'un ? On ne sait pas, on ne peut pas savoir.

Le prochain qui vient affirmer que les phobies c'est ridicule, et que la dépression suffit de se bouger pour la guérir magiquement, et qu'il suffit de se calmer pour gérer l'anxiété, et qu'il suffit d'arrêter d'être triste pour être heureux, et que t'es faible et gnagnagna, bah comme promis plus haut je lui réserve un traitement à ma façon.
Je le ligote dans ma cave. Je lui injecte des doses savamment calculées de divers produits directement en intraveineuse. De la norépinéphrine pour augmenter son anxiété, et aussi de quoi inhiber ses récepteurs GABA, dopamine et sérotonine, et puis pour le fun je lui fait avaler de l'acide lysergique diéthylamide pour quintupler sa perception de l’expérience, et puis tiens un peu de datura aussi (pour la déconne), et quand il sera au plus profond de la détresse psychologique la plus inimaginable, alors je le regarderais dans les yeux et je lui dirais :

"Enfin ça va, fait pas ta chochotte, c'est juste un mauvais moment à passer ! Rah, les gens sont douillets, j'te jure ! Tu devrais te prendre en main, t'étonne pas de te sentir si mal si tu te laisse aller comme ça ! C'est que dans ta tête, tout ça, après tout !"

Juste retour des choses.

 

Ariel Zerh

(28 ans)

Son site : ici

 

 

 

 

 

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