30/06/2012

Austérité & décroissance

Austérité & décroissance

Le mensuel La Décroissance, connu pour certaines de ses prises de position conservatrices, mais néanmoins généralement un journal intéressant et engagé, a publié dans son numéro du mois de juin des propos fort déplaisants.
Il s'est en effet livré à un amalgame parfaitement erroné entre décroissance et austérité, allant jusqu'à faire l'éloge de cette austérité imposée par la force aux populations des pays européens par les classes dominantes !

Comment les éminents représentants de l'écologie politique que sont les membres de cette rédaction peuvent-ils oublier les bases idéologiques de la théorie contemporaine de la décroissance ?

Rappelons la réflexion fondamentale de Serge Latouche, selon laquelle une société de croissance (une société productiviste) ne peut que souffrir d'une baisse de croissance, encore plus lorsque celle-ci est imposée sauvagement par des technocrates au service des plus riches.

La décroissance ne préconise nullement de réduire les acquis historiques de notre civilisation que sont l'Etat-providence, les services publics, ou encore les assurances sociales.

La décroissance propose de réduire individuellement, volontairement, collectivement, par une planification démocratique et décentralisée, l'impact écologique de nos activités humaines.
Il est en effet évident aujourd'hui que mieux vaut choisir comment réduire son impact écologique, que de se le voir imposé par les contraintes découlant de l'évolution de la crise écologique.

Mais cette décroissance doit se faire là où elle ne touche que très faiblement la grande majorité de la population, c'est à dire dans les secteurs les plus futiles et les plus inutiles comme le marché du luxe, l'armement, la publicité, etc.
Car c'est évidemment l'impact écologique des plus riches qu'il s'agit premièrement de réduire, puisque ceux-ci consomment bien au-delà de leurs besoins, alors que nombre d'individus n'arrivent même pas à satisfaire leurs besoins fondamentaux.

Amalgamer décroissance à l'austérité néo-libérale est donc un procédé honteux et profondément faux qu'il nous faut réfuter.

Nous autres objecteurs de croissance, devons par conséquent nous opposer à toute austérité, et prôner une décroissance choisie démocratiquement, une décroissance dans la joie de vivre, et dans le partage équitable.


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29/06/2012

Survivalisme & décroissance

Survivalisme & décroissance

Le Genevois Piero San Giorgio a introduit la semaine dernière le survivalisme parmi les sujets médiatisés dans la presse régionale.
Après l'avoir entendu, certaines pourraient être tentés d'amalgamer décroissance et survivalisme.
Et pourtant, il n'est rien de plus faux.

Démonstration.

Si à première vue le survivalisme (ou néo-survivalisme) et la décroissance peuvent paraître bien s'entendre, c'est parce que tous deux sont d'accord sur un certain nombre d'analyses.
Ils s'accordent en effet sur l'imminence d'un certain nombre de crises de par l'agrégation d'un ensemble de facteurs critiques. Ainsi, décroissance et survivalisme mettent en évidence le phénomène de la raréfaction des ressources naturelles, et notamment énergétiques (pétrole, gaz) ou minières, et les conséquences qui en découlent de par notre dépendance. De même, tous deux pointent la chute drastique de la biodiversité, l'acidification des océans, ou encore le réchauffement climatique.
Bref, le survivaliste comprend fort bien les enjeux de la crise écologique, et ne se ridiculise pas dans une posture de rejet climato-sceptique.

Mais toute ressemblance s'arrête ici.
Car la décroissance se compose, rappelons-le, de trois axes d'action : individuel avec la simplicité volontaire, coopératif avec les projets concrets de type coopérative agricole, et politique avec l'engagement en faveur de l'écologie politique radicale.

Certes, un survivaliste n'est pas inutile à une optique collective de construction d'une société décroissante, car il représente un individu ayant développé ses capacités d'autoproduction et sachant vivre sobrement, en conséquence de quoi il a d'ores et déjà accompli une grande partie du chemin de la décroissance.

Mais ce qu'il faut comprendre c'est que le survivaliste est un individualiste, voire un ultra-individualiste, ce qui paraît malheureusement bien naturel en ces temps de domination libérale...
Cet individualisme se traduit dans toute la réflexion survivaliste, puisque ce dernier se contente de fuir la société et ses pairs, les abandonnant à leur destin.
La posture survivaliste qui au final consiste à aller se cacher dans une montagne et d'y entasser le plus de vivres et d'armes possibles, démontre bien la faiblesse de cette démarche.

Qu'est ce qu'un survivaliste sinon un fuyard égoïste qui se refuse à voir (ou qui est incapable de voir) qu'un projet collectif de société alternative décroissante et écologiquement soutenable est possible et réalisable, pour peu que des Hommes de bonne volonté s'y engage et ne passe pas tout leur temps à bâtir leur petit bunker personnel !

Car finalement, si la crise écologique devait effectivement advenir et embraser notre civilisation, alors ce ne sont pas quelques trous dans la montagne qui permettront réellement à leurs occupants de survivre aux masses d'affamés et de désespérés.

Ainsi proclamons-le : l'humanité survivra ensemble, collectivement, ou périra, dispersée et rongée par l'individualisme de ses membres.

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25/09/2011

Esquisse d'un programme politique de décroissance

Esquisse d'un programme politique de décroissance (en vrac)

Mon propos n'est nullement ici de présenter le projet de la décroissance en tant qu'idéologie politique, cela a d'ores et déjà été fait dans un de mes précédents textes : http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2011/09/17/la-decroissance-un-projet-d-avenir.html
J
e désire simplement présenter une liste de mesures pouvant servir de constitution à un programme politique en faveur de la décroissance.

- Dotation inconditionnelle d’autonomie : pour un revenu d'existence, une allocation universelle permettant à tous et à toutes de subvenir à ses besoins fondamentaux. Cette allocation pourrait se faire de manière non monétaire.

- Redistribution des richesses des plus riches aux plus pauvres : revenu minimum et maximum, écarts salariaux maximaux, impôts le plus progressifs possibles. 

"La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d'énergie, c'est que la consommation matérielle - donc le revenu de l'oligarchie - soit sévèrement réduit." Hervé KEMPF

- Défense des sphères de la gratuité, extension de la sphère de la gratuité aux biens communs ou vitaux, et extension des services publics. 

- Relocalisation des activités humaines : pour contrer la politique ultra-libérale de délocalisation et favoriser une économie écologique, sociale et solidaire.

- Démantèlement des entreprises multinationales ou des entreprises obèses au profit de petits entités économiques.

- Création de monnaies locales pour favoriser le développement d'économies locales non dépendantes de la spéculation sur les changes ou sur les ressources naturelles.

- Sortie du nucléaire et développement des énergies renouvelables. Limitation de la consommation énergétique.

- Réduction du temps de travail : travailler moins pour vivre plus. Le partage du travail entre tous les travailleurs et travailleuses permet de créer de l'emploi pour tout le monde.

- Egalité homme-femme : lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes et toute autre inégalité de genre.

- Engagement en faveur de la paix et de la tolérance : réduction du budget de l'armée et lutte contre la xénophobie et le rejet de l'Autre.

- Développement d'une agriculture agro-écologique et biologique locale : afin d'assurer une autosuffisance alimentaire minimum en prévision de la réduction des échanges commerciaux mondiaux avec la fin du pétrole.

- Auto-suffisance alimentaire de 100%.

- Gratuité des transports publics financée par une taxation des transports privés motorisés (d'autres sources de financement sont envisageables).

- Soins gratuits et accessibles à toutes et à tous.

- Education gratuite et accessible à toutes et à tous.

- Valorisation des métiers manuels et pratiques.

- Étatisation d'un minimum de logements pour assurer l'accès à toutes et à tous au logement. 

- Promotion de l'autogestion.

- Promotion du troc et des SEL (permet de sortir des simples échanges marchands).

- Promotion de la coopération (et déjà dans l'éducation avec les jeux coopératifs par exemple).

- Création de jardins potagers publics, associatifs ou communaux.

- Apprentissage de l'autoproduction à l'école.

- Promotion du vélo et création de pistes cyclables en grand nombre.

- Création de nouveaux espaces publics et espaces verts ouverts à toutes et tous.

- Promotion des coopératives.

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23/09/2011

Décroissance ou Barbarie

Décroissance ou Barbarie

Dans mon dernier texte, La décroissance : un projet d'avenir ( http://www.facebook.com/note.php?note_id=262993157058548 ) je déclarais :

 

''La question que la société moderne doit se poser au sujet de la crise écologique c'est : faut-il subir une récession économique provoquant chômage et aggravation de la crise sociale ou alors faut-il faire le pari de la décroissance, c'est à dire d'une réduction planifiée démocratiquement de notre empreinte écologique ?

Les conséquences du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, montée des eaux, migrations massives de réfugiés climatiques, désertification, raréfaction de l'eau douce, etc.), couplées à celles de l'épuisement des ressources (chute de pans entiers de la production par manque de certains métaux, chute des échanges commerciaux par manque de pétrole, etc.) et à celles de la chute de la biodiversité (par exemple le coût de la disparition des abeilles pour la pollinisation) signifient une récession majeure qui entraînerait l'humanité dans le chaos et la barbarie.

La seule façon d'éviter cela, de résoudre la crise écologique, consiste à limiter notre impact écologique aux capacités de régénération de la Terre. Pour cela, il est nécessaire de sortir du dogme de la croissance, et de repenser notre mode de vie sur des bases plus respectueuses de notre environnement.''

Aujourd'hui, je désire développer en quelques points la barbarie possible qui nous attend si nous refusons la décroissance.

En effet, pour répondre à la crise écologique, découlant de l'économie de croissance, nos ploutocraties occidentales mettront en place des politique malthusiennes de réduction démographique. Car plutôt que de partager et de s'auto-limiter, les classes dominantes préféreront obliger les autres à se restreindre.

J'hypothèse le déroulement suivant :

 

1) Les étrangers.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Pénalisation du caractère étranger. Augmentation du nombre de centre de détention. Expulsions massives. Limitation de la natalité.

 

2) Les « jeunes » naturalisés.

Stigmatisation. Dénaturalisation. Cette catégorie se rapporte ensuite au cas des étrangers.

 

3) Les pauvres.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Pénalisation de la pauvreté. Augmentation du nombre de centres de détention. Travail forcé généralisé. Limitation de la natalité.

 

4) Les opposants.

Stigmatisation. Limitation des droits, des libertés et des ressources. Limitation de la démocratie. Pénalisation de l'opposition. Arrestations massives et répression. Augmentation du nombre de centres de détention. Travail forcé. Ré-instauration de la peine de mort.

 

5) Les pays pauvres.

Stigmatisation. Fin de la coopération internationale et de l'aide au développement. Guerre économique et financière. Guerres d'invasion et d'appropriation des ressources. Colonisation. Occupation. Génocide.

 

Voilà la barbarie dans ses grosses lignes.

A nous de nous engager pour que ce futur n'advienne jamais!

22:47 Publié dans Décroissance, écologie politique & Anti-productivi | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : décroissance, barbarie, engagement, politique | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

17/09/2011

La décroissance : un projet d'avenir

La décroissance : un projet d'avenir

Plutôt qu'un long texte illisible et peu attirant, je préfère présenter ici le projet de société de la décroissance par rubrique thématique.

La croissance

La décroissance pose le constat que après des décennies de croissance économique notre civilisation humaine rencontre un certain nombre de crises qui font qu'on ne peut pas considérer que cette croissance ait amené le bonheur dans nos sociétés modernes. Ainsi la croissance a créé la crise écologique, composée de ses trois facettes : réchauffement climatique, baisse drastique de la biodiversité, et épuisement des ressources naturelles. Car une croissance économique illimitée est impossible dans un monde aux ressources limitées (paraphrase de Kenneth Boulding). La décroissance propose donc de mettre des limites à l'expansion des activités économiques matérielles humaines, et donc de sortir du dogme de la croissance (on peut donc parler de a-croissance selon la formule de Latouche).

 

Le découplage de la croissance

Nombre d'écologistes croient dans la possibilité d'une autre croissance, ou croissance verte qui serait mise en place par un génial développement durable. Cette croissance découplerait les flux matériels et immatériels. Les flux matériels seraient rendus de moins en moins importants par l'amélioration de l'efficience technique, c'est à dire par une amélioration croissante de l'efficacité à produire autant, ou plus, avec moins. L'amélioration de l'efficacité devrait se faire au même niveau que la croissance. Ces idées sont certes nécessaires à l'établissement d'une société de décroissance, mais elles ne peuvent pas prétendre représenter une solution véritable en elles-mêmes au dilemme de la croissance, car une augmentation de l'efficience technique à l'infini (suivant l'idée d'une croissance permanente infinie) est impossible, non seulement au niveau logique ou technologique (sauf à adhérer à un scientisme pur et dur), mais aussi parce que toute production nécessite un certain nombre de matériaux de base dont on ne peut se passer (par exemple pour construire une table il faut tel masse de bois).

 

Décroissance ou récession

La question que la société moderne doit se poser au sujet de la crise écologique c'est : faut-il subir une récession économique provoquant chômage et aggravation de la crise sociale ou alors faut-il faire le pari de la décroissance, c'est à dire d'une réduction planifiée démocratiquement de notre empreinte écologique ?

Les conséquences du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, montée des eaux, migrations massives de réfugiés climatiques, désertification, raréfaction de l'eau douce, etc.), couplées à celles de l'épuisement des ressources (chute de pans entiers de la production par manque de certains métaux, chute des échanges commerciaux par manque de pétrole, etc.) et à celles de la chute de la biodiversité (par exemple le coût de la disparition des abeilles pour la pollinisation) signifient une récession majeure qui entraînerait l'humanité dans le chaos et la barbarie.

La seule façon d'éviter cela, de résoudre la crise écologique, consiste à limiter notre impact écologique aux capacités de régénération de la Terre. Pour cela, il est nécessaire de sortir du dogme de la croissance, et de repenser notre mode de vie sur des bases plus respectueuses de notre environnement.

 

Humanisme

La décroissance est humaniste dans le sens où elle place l'être humain avant toute chose. Si elle propose des solutions à la crise écologique, c'est par soucis de permettre la sauvegarde de l'espèce humaine et non celle des ours blancs. La décroissance est donc l'opposé total de tout malthusianisme, et de toute politique de réduction démographique. La décroissance ne prône nullement une décroissance démographique, mais au contraire une décroissance économique !

 

Crise sociale

Malgré ces dernières décennies de croissance, les inégalités explosent, les écarts salariaux s'accroissent (moyenne d'un facteur 73 en Suisse pour 2010), et les disparités de richesse montent en flèche (la classe mondiale des milliardaires se partagent 3600 milliards de dollars). Dans les pays riches la pauvreté touche des portions croissantes des classes moyennes (il y a un million de pauvres en Suisse), et de plus en plus de gens se retrouvent contraints de travailler pour des salaires de misère afin d'assurer leur survie (on notera les 400 000 working poor en Suisse). De plus, les services publics et les droits fondamentaux sont constamment attaqués, affaiblissant encore plus la condition des individus les plus précarisés.

Dans les pays pauvres, la misère s'étend inexorablement (3 milliards de personnes vivent avec moins de 3 dollars par jour).

Tout projet de décroissance commence donc par une redistribution massive des richesses des plus riches aux plus pauvres. Les droits fondamentaux doivent être garantis, les services publics étendus et renforcés (en instaurant la gratuité de la santé par exemple). Un revenu maximum et minimum doit être imposé, ainsi que des écarts salariaux fixes. Il faut aussi reconsidérer l'héritage et les possibilités d'accumulation privée de capitaux. Par ailleurs, un revenu d'existence, aussi appelé allocation universelle, revenu de base, ou dotation inconditionnelle d'autonomie, est instauré afin de permettre à chacun de subvenir à ses besoins.

 

Sortir du productivisme et du capitalisme

L'économie capitaliste définit l'être humain comme un être aux besoins illimités. Cette confusion entre besoins limités (cf. Pyramide de Maslow) et envies/désirs illimités est nécessaire à son fonctionnement. La machine productiviste se fonde sur l'idée (fausse) d'un être humain, Homo Oeconomicus, fantasmé, cherchant à combler le moindre de ses désirs. En cela, elle voit en chaque être humain un enfant et crée chez lui des dépendances.

Une société de décroissance abolit la confusion entre envie et besoin. Elle doit mettre au centre de sa construction les besoins de l'être humain et hiérarchiser ses envies : les envies matérielles devront être limitées, et celles immatérielles pourront être comblées.

Centrer une société sur ses besoins c'est encourager l'individu à s'autonomiser (s'auto-gérer), et à s'auto-limiter. En développant l'auto-production, l'individu se libère de ses dépendances au capitalisme marchand et à l’idéologie consumériste.

Cette société réduit nécessairement l'échange marchand, et redonne toute son importance au don et au lien social qui l'accompagne. Les expériences du type des services d'échanges locaux (SEL) peuvent donner une piste d'un autre type d'échanges.

La décroissance est donc un processus de re-humanisation de la société, autant qu'une logique de libération du productivisme. Le capitalisme étant fondé sur le productivisme, la décroissance est un projet résolument anti-capitaliste ; socialiste dans le sens gorzien du terme.

 

Sortir de la société de consommation

Redonner sa place à l'individu dans la société signifie faire de lui un citoyen et un usager avant d'être un consommateur. L'individu doit avoir conscience de son appartenance à une collectivité politique et de la nécessité de son engagement dans le sens du bien vivre commun. L'individu doit oublier ses comportements consuméristes au profit d'une logique de l'usage, ou du bon usage de chaque chose. L’État peut ici taxer le mauvais usage, ou mésusage, et assurer la gratuité du bon usage. On aura à cœur, par exemple, d'assurer la gratuité des transports publics et de taxer l'emploi d'un véhicule privé. Enfin, l'accès au crédit sera durci, afin de limiter la facilité d'accès au moindre désir. Un contrôle étatique sur le crédit (aux particuliers comme aux entreprises) est aussi envisageable.

 

Repenser la production

Une production intelligente est nécessaire dans une société de décroissance. Pour cela, il faudra interdire la publicité, car celle-ci sert de véritable propagande au consumérisme marchand, et représente le gaspillage de 500 milliards de dollars annuels ! Acheter pour acheter, acheter pour exister, acheter pour se faire valoir, sont des réflexes (malsains) qui doivent disparaître. La publicité est le moteur de l'achat inutile, ou futile, ce contre quoi la décroissance se bat dans sa lutte pour une société plus sobre et plus humaine (moins déshumanisé).

Une nouvelle production intégrera des critères d'efficience écologique et énergétique, et sociaux. Elle intégrera aussi les nécessités d'être réutilisable et recyclable ; logiques à l'opposé de l'obsolescence programmée qui est bien entendue abolie et sévèrement réprimée. (A noter que Marx a montré que l'obsolescence programmée n'est que le stade ultime d'une production capitaliste.)

 

Repenser l'investissement et la propriété privée

Un changement de société ne peut se faire en comptant sur le bon vouloir des classes dominantes les plus riches et donc les plus gaspilleuses et pollueuses. Il est évident que celles-ci désirent se maintenir en position de force et que le projet de la décroissance ne peut les agréer.

Il est donc possible qu'il soit nécessaire d'étendre l'intervention et le contrôle de l’État à de larges pans de l'économie actuelle. C'est pourquoi propriété la privée des capitaux (en tout genre) comme les libertés économiques ne seront pas forcément assurés dans un processus de construction d'une société de décroissance.

 

Repenser le travail

Le revenu d'existence permet de sortir de la nécessité pour l'individu d'accepter n'importe quel travail, et permet de redonner du sens à son métier, qui passe de nécessité de survie, à enrichissement du quotidien, créateur de sens.

La société de décroissance est donc nécessairement une société non travailliste. Le temps de travail y est réduit, c'est à dire que les travailleuses et travailleurs ont d'avantage de vacances, de congés (en tout genre) et de pauses, et que leur temps hebdomadaire est réduit. Le partage du temps de travail permet certes de créer de l'emploi, mais ce n'est pas une nécessité en soi. Ce qui compte étant d'améliorer la qualité de vie et les conditions de travail de chacune et de chacun.

La société de décroissance se passe des métiers nuisibles. La publicité, la création de société offshore, l'évasion fiscale, l'armée, la construction d'automobile ou d'autoroutes, la production de gadgets, sont quelques exemples de secteurs qui seront reconvertis dans une économie de la décroissance. Seuls les métiers œuvrant dans le sens du bien commun seront maintenus.

On privilégiera la création immatériel (et je ne parle évidemment pas d'un leurre de l'immatériel comme internet qui est un pollueur massif et un consommateur de ressources importantes) sur la production matériel.

Une économie relocalisée

Les secteurs clefs de l'économie de la décroissance sont ceux qui permettent de faire aboutir une nouvelle société du bonheur, en équilibre avec les écosystèmes et la biosphère, ayant résolu la crise sociale, et étant sortie du consumérisme matérialiste au profit d'une multiplication des échanges et des liens sociaux.

Une première nécessité sera de relocaliser toutes les activités humaines. Le tourisme de masse à l'autre bout de la planète sera remplacé par un tourisme local, les gens exerceront leur emploi à proximité de leur logement, et on préférera la consommation de la production locale sur celle du marché mondial.

Il s'agit donc d'appliquer une certaine forme de protectionnisme, c'est à dire de subventionner la production locale (pour autant que cette production aille dans le sens du bien commun) et de taxer les productions étrangères. On est bien loin du dogme du libre-échange tant prisé par les économistes libéraux !

La relocalisation de l'économie s'accompagnera d'une relocalisation politique, c'est à dire d'une décentralisation du pouvoir politique. Ce mouvement de décentralisation est essentiel pour penser un projet de décroissance. C'est en rendant un maximum d'autonomie à l'être humain que la décroissance pourra le libérer de l'aliénation capitaliste et productiviste.

Attention toutefois : relocaliser et décentraliser ne signifie nullement qu'une planification concertée ne soit pas nécessaire. Une planification des échanges économiques et une planification de la production relocalisée par entité politique relocalisée est souhaitable. (La planification de la production dépend de choix démocratiques, mais elle doit aboutir à une planification selon les besoins.)

L'aboutissement de ce processus de relocalisation permettra d'atteindre une démocratie directe pure et de se passer de démocratie parlementaire. Quant à l’État, il subsistera sous une forme certainement plus édulcorée.

Enfin, l'économie de la décroissance est nécessairement une économie de petites entités économiques, ce qui exclut d'office l'existence d'entreprises à taille surdimensionnée (ou hégémonique du type multinationale).

 

Auto-production

Une société de décroissance doit viser un haut niveau d'auto-production collectif et individuel. Pour cela il faut viser à l'auto-suffisance alimentaire qui répond à un besoin fondamental de l'être humain, à savoir : se nourrir.

L'auto-suffisance alimentaire ne doit plus dépendre de l'agriculture productiviste, c'est dire du cercle vicieux des pesticides et des engrais (les pesticides détruisant les sols, il faut ensuite utiliser des engrais). C'est pourquoi, le passage à une agriculture biologique et agro-écologique (locale évidemment) est essentiel.

La planification des échanges dépendra de la capacité des individus et de la société à répondre à leurs besoins par eux-mêmes (notamment par l'association sous forme de services d'échanges locaux ou de groupement d'agriculteurs et de demandeurs).

Le protectionnisme devrait encourager ces pratiques.

 

Quelques chantiers économiques

Une économie de la décroissance est un vivier d'emplois, tant le nombre de changements est élevé.

Le passage à une agriculture biologique et agro-écologique est l'un de ces chantiers. L'extension du recyclage, ou le développement de centres de troc en est un autre. Inévitablement, il s'agira aussi de passer à une production énergétique (décentralisée) fondée sur les énergies renouvelables, ainsi que d'améliorer l'efficience de toute la production et de toutes les infrastructures en terme de coût écologique (notamment en ressources) et énergétique. En outre, il faudra réaliser le passage du transport privé au transport public (en augmentant l'offre et en rendant accessible l'accès).

Bien entendue, d'autres secteurs clef dans la construction d'une société plus humaine sont d'ores et déjà bien connus : la culture, l'art, l'éducation et la santé. Ces secteurs doivent recevoir les moyens proportionnels à leur haute importance et on ne peut transiger sur ce point.

 

Impacts indirects

Les changements proposés plus haut ne vont pas avoir que des conséquences directes positives, mais aussi des conséquences positives indirectes (transversalité). Ainsi, une société plus sobre (moins portée aux excès en tout genre), plus solidaire, plus sociable, plus humaine, et plus écologique, est une société où il fait bon vivre. Imaginez bien cette société du temps libre, du travail enrichissant, du lien social, et d'une vie active chez soi (comprendre proche de son chez soi). Cette société ne produira plus de criminalité, de mal-être, de haine de l'Autre, de stress, d'accident de voiture, de guerre pour le contrôle des ressources, de fanatisme, d'obésité, d'addiction aux anti-dépresseurs, de violence, de frustration, de conflit (à toutes les échelles) ; bref la décroissance se propose de réaliser la société tant rêvée par nombre d'utopistes, à la différence que c'est une utopie plus réelle que la réalité que nous vivons qui n'est qu'une illusion vendue par des escrocs !

 

La décroissance, une lutte politique ici et maintenant

L’idéologie de la décroissance représente une chance fantastique et inestimable pour la gauche de proposer un nouveau modèle de société rassembleur. Il ne tient qu'à elle de s'en saisir et de se faire le héraut de ce rêve prophétique. Il appartient en outre à chacun et à chacune de se faire citoyen-militant et d’œuvrer à la conversion du plus grand nombre. Seule la mobilisation des masses dépolitisées et leur repolitisation permettra d'obtenir un front assez large pour faire face à nos adversaires productivistes, tenants du capitalisme libéral.

La décroissance sera le prochaine étape de l'évolution humaine, ou l'humanité ne sera pas, ravagée par les guerres et son propre aveuglement auto-destructeur !

Cet article est réalisé grâce à la lecture de Paul Ariès, de Serge Latouche (« Petit traité de la décroissance sereine »), de Tim Jackson (« Prospérité sans croissance »), de André Gorz (« Capitalisme, Socialisme, Ecologie »), et du mensuel de La Décroissance.