11/05/2015

Est-ce que lorsque j'achète un Ipod je nuis aux Africains ?


Aujourd'hui je me propose de pourfendre un raisonnement fallacieux très commun et très répandu, à gauche comme à droite, selon lequel lorsqu'un individu occidental consomme un bien (ou un service) produit totalement ou partiellement par un travailleur issu d'un pays pauvre alors cet individu est en train de nuire à ce travailleur.

Le raisonnement fallacieux en question établit que les gras sur-consommateurs occidentaux (on parle de toi cher lecteur) se livre à ses basses pulsions matérielles en achetant hystériquement des gadgets (forcément futiles) dont la production a nécessité l'extraction de ressources naturelles présentes dans les pays pauvres. Cette extraction implique en effet notamment (c'est l'exemple que nous allons étudier) que des travailleurs devront descendre dans des mines pour y puiser les minerais nécessaires. Or, comme il s'agit d'un travail épuisant qui affecte la santé du travailleur et que les travailleurs qui l'effectuent ne sont pas assez payés et bien il convient d'interdire ce genre de production.

Alors faut-il que les gouvernements des pays pauvres ferment les mines ?
Comme il semble étrange que le mouvement ouvrier britannique se soit battu contre la fermeture des mines il y a à peine quelques décennies et qu'à présent ce soit les soi-disant représentants de leurs intérêts (l'intelligentsia alter-mondialiste et autres variations intellectuelles du même genre) qui proposent de fermer les mines dans les pays pauvres. Les ouvriers britanniques avaient-ils tort et les intellectuels alter-mondialistes contemporains ont-ils raison ? Qu'en pensent les ouvriers des pays pauvres ?

Et bien les ouvriers des pays pauvres n'ont probablement pas envie que l'on ferme les mines. Imaginons un ouvrier africain dont le gouvernement ferme la mine dans laquelle il travaillait. Que va faire l'ouvrier africain à présent ? Va-t-il trouver un meilleur travail comportant de meilleures conditions de travail et une meilleure rémunération ? Et bien non, car s'il pouvait obtenir ce meilleur travail il n'aurait pas besoin de se faire licencier de son emploi de mineur pour changer de métier. L'ouvrier africain préfère son travail de mineur à l'absence de ce travail car dans ce dernier cas il se retrouvera soit au chômage soit avec un emploi moins bien rémunéré ou comportant de moins bonnes conditions de travail.

Supposons que l'intellectuel alter-mondialiste admette notre argument, mais qu'il modifie son raisonnement initial ainsi : ce qu'il faut ce n'est pas fermer les mines, mais c'est que les Occidentaux cessent de consommer des produits comportant une part de travail issu des pays pauvres, pour que ce soient réellement les consommateurs des pays pauvres qui obtiennent tous les avantages de l'extraction minière locale. Supposons pour la démonstration que les gouvernements occidentaux interdisent tout commerce avec l'Afrique, que se passe-t-il ? Premièrement, la réduction drastique de la demande en minerais provoque la fermeture de nombreuses mines contraignant un grand nombre d'Africains à trouver un moins bon emploi (quand emploi il y a...). Deuxièmement, la réduction drastique de la demande provoque une chute du prix des minerais (l'offre en minerais surpassant largement la demande) avec pour conséquence que les ouvriers gardant leur emploi aux mines se retrouvent à travailler pour des salaires encore plus bas...

Alors, le consommateur-zombie occidental doit-il culpabiliser à chaque fois qu'il achète un nouveau gadget ? Comme nous l'avons vu la réponse est clairement non. Toute réduction par la force de ces actes consuméristes n'aura que des conséquences négatives pour les travailleurs des pays pauvres et ne fera que péjorer leurs conditions de vie. 


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19:43 Publié dans Consumérisme | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg