Qu'est-ce que la pauvreté ? La réponse d'Amartya Sen

Imprimer Pin it!

 

Amartya Sen rejette une définition trop fine de la pauvreté qui se baserait uniquement sur le revenu et/ou la richesse, sans toutefois nier que ces éléments sont des composants nécessaires de toute définition de la pauvreté. De manière générale, il définit la pauvreté comme une privation de capacités élémentaires, ou capabilités[1]. Il ne nie pas qu’un faible revenu soit un élément important à retenir pour définir le phénomène de la pauvreté, mais met en exergue l’importance d’une définition plurifactorielle[2].


Il pointe l’existence de distinctions entre les situations de pauvreté, découlant de facteurs comme l’âge, le sexe, le rôle social, la situation géographique ou encore l’environnement épidémiologique[3]. Ces différences entre situations de pauvreté se traduisent par des besoins spécifiques de la part des personnes concernées pour faire face à chacune d’entre elles et entrent dans la définition de ce qu’est la pauvreté. De ce fait, la pauvreté est donc pour lui contextuelle et localisée au sein d’un ensemble de caractéristiques diverses, comprenant les privations « de nourriture, de logement, de vêtements, de soins médicaux, d’éducation, de participation à la société, de possibilités de communiquer avec les autres[4] » et d’accès à un emploi rémunéré[5]. C’est pourquoi, les privations de capacités peuvent s’observer sur le plan des données empiriques agrégées à travers des facteurs non monétaires, comme la mortalité accrue, la morbidité, la malnutrition ou des soins médicaux en quantité insuffisante.


Enfin, Sen met en avant le fait que le niveau de revenu d’un ménage n’est pas une indication claire de la pauvreté individuelle, car la répartition du revenu au sein du ménage peut être inégalitaire et impliquer des privations de capacités pour certains membres du ménage en particulier et non pour d’autres[6]. De cette partie de la réflexion de Sen, je pense qu’il est pertinent de retenir l’importance de réfléchir en termes de capabilités, à savoir, en termes de capacités des individus à réaliser des fonctionnements fondamentaux pour leur épanouissement. Je me propose à présent d’étudier comment un certain nombre d’acteurs institutionnels ont choisi de définir la pauvreté.



 

[1] Sen Amartya, « La pauvreté comme privation de capacités » in Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté, Editions Odile Jacob, Paris, 2000, p. 95.

[2] Ibidem, p. 98.

[3] Ibidem, p. 96.

[4] Sen Amartya, « La pauvreté se vit plus qu’elle ne se mesure » in Conseil économique, social et environnemental : entre richesse et pauvreté, Presses Universitaires de France, Paris, 2014, p. 130.

[5] Ibidem, p. 132.

[6] Sen Amartya, « La pauvreté comme privation de capacités » in Un nouveau modèle économique : développement, justice, liberté, op. cit., p. 96-97.

Commentaires

  • Bonjour M. Faure. A vos lectures d'Amartya Sen, j'ajouterais celle de Majid Rahnema que j'ai eu l'honneur de rencontrer il y a plus de 10 ans à Genève. A l'instar de Sen, Rahnema soulignait l'absence de corrélation entre un certain nombre de traits de développement et la croissance économique. Rahnema estimait que le système à l'origine de cette profusion de matérialité produisait également de la misère (qu'il distingue de la pauvreté). La réponse réside, selon les 2 auteurs, dans le déficit de la condition de la cohésion sociale fondamentale.
    Je vous souhaite beaucoup de succès dans l'achèvement de votre mémoire.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel