Quatre types de libéraux

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Il me semble que l’on peut observer quatre types, quatre idéaux-types, de libéraux en francophonie (et peut-être au-delà).

1. Les libéraux reconnus comme tels par les grands médias et le grand public. Il s’agit en général de grands et moyens partis politiques, de leurs représentants, élus, militants, membres, sympathisants, ainsi que de personnalités médiatiques. Par exemple, en Suisse, le Parti Libéral-Radical est désigné unanimement comme principal acteur politique libéral. En général, ces libéraux défendent des positions libérales modérées, que l’on pourrait qualifier de social-libérales sur le plan doctrinal. Ils sont soumis à des critiques venant de leur droite, des conservateurs et des souverainistes, et de leur gauche, des postmodernistes et des sociaux-démocrates. Par nécessité ou par réal-politique, ils font des compromis avec la doctrine.

2. Les libéraux présents dans le monde académique (étudiants, professeurs, chercheurs). A l’inverse des premiers, les libéraux actifs dans la sphère académique tendent à être bien davantage centrés sur la doctrine et à discuter de ses composantes théoriques. Toujours minoritaires, quand pas marginalisés, ils ont tendance à rechercher des convergences avec le reste du monde académique. Il peut exister des interactions entre les libéraux académiques et les libéraux actifs en politique, mais cela n’a rien d’automatique.

3. Les libéraux actifs dans les think-tanks, les instituts et les centres de recherches non académiques. Autonomes vis-à-vis de la sphère académique (sauf pour le recrutement), ils cherchent à exercer une influence sur la politique, les acteurs privés ou sur les deux. Ils ont moins besoin d’être conciliants quant à la doctrine et ne recherchent pas forcément des convergences théoriques avec d’autres courants, comme le font les libéraux actifs dans la sphère académique.  

4. Les cyber-libéraux, c’est-à-dire les libéraux actifs sur le net et les réseaux sociaux. C’est parmi eux que l’on retrouve toutes les positions les plus radicales (anarcho-capitalisme, minarchisme, agorisme) et les mélanges idéologiques les plus surprenants. Ils ne recherchent pas l’influence politique, adoptent souvent des positions sulfureuses sur d’autres sujets, et tendent à fonctionner en vase clôt (phénomène de la bulle de filtres). Ils tendent à ne pas trop apprécier le premier type de libéraux.

S’il est intéressant de faire ces distinctions, c’est pour savoir de qui et de quoi on parle, quand on aborde la question du libéralisme ou des libéraux, même si en général il s'agira du premier type de libéraux. 


Adrien Faure

 

Commentaires

  • "Ils sont soumis à des critiques venant de leur droite, des conservateurs et des souverainistes, et de leur gauche, des postmodernistes et des sociaux-démocrates." En fait c'est le contraire. Il faut se mettre dans leurs sièges venant de leur gauche, des conservateurs et des souverainistes, et de leur droite, des postmodernistes et des sociaux-démocrates. La gauche, le centre, la droite c'est en fonction du président de l'Assemblée

  • "4. Les cyber-libéraux, c’est-à-dire les libéraux actifs sur le net et les réseaux sociaux" Donc les autres ne seraient pas actifs sur le Net. J'ai un scoop: des PLR hyper actif sur le Net ça existe, Facebook et autres. Et les libéraux économique, ils ont disparu comme les dinosaures ?

  • C'est une question de degré : les PLR actifs sur le net en font un usage assez commun. Alors que les cyber-libéraux militent politiquement uniquement sur le net. Cela fait une grosse différence parce qu'ils y dévouent une bien plus grande partie de leur temps.

    Tous les libéraux sont en faveur d'une forme ou une autre de libéralisme économique. Même les social-libéraux (eh oui, même Rawls et consorts). C'est, à nouveau, une question de degré.

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