La politique écologique au temps des passions

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Quand j’ai créé ce blog il y a bientôt huit ans, j’étais un tout jeune militant de gauche, profondément sensibilisé aux problématiques écologiques, notamment par mes enseignants de géographie, mais aussi par certains membres de ma famille. L’effondrement de nos sociétés me semblaient imminent, presque palpable, et je pouvais sentir l’effroi me glacer la nuque en imaginant l’horreur et la barbarie qui nous attendaient si le monde ne prenait pas rapidement des mesures drastiques et radicales pour stopper le réchauffement climatique. Je défendais une décroissance de la production et de la consommation immédiate et sans compromis, par le biais de multiples taxes et interdictions sur tout ce qui me semblait inutile ou futile (c’est-à-dire une très longue liste de choses dans ma perspective de l’époque). Ce n’était pas rationnel, mais c’était déjà relativement bien vu en ce temps-là.

Il me semble qu’aujourd’hui la politique écologique n’est pas toujours abordée avec suffisamment de calme, de réflexion et de modération. Instiller la peur chez les individus comme prémisse à une réflexion ou à une discussion démocratique n’est pourtant pas la meilleure stratégie pour obtenir un débat serein et fructueux. Nous ne sommes pas que des êtres de raison et il est aisé d’éveiller en nous des émotions qui prennent le dessus sur la partie rationnelle de notre esprit. Pour moi, il y a cinq principes qui me semblent pertinents à garder en tête quand nous parlons de politique écologique :


1. Collectivement, en tant que communauté politique, nous devons faire en Suisse notre juste part du fardeau nécessaire à la lutte contre le réchauffement climatique.
2. Collectivement, en tant que communauté politique, nous ne devons rien faire de plus que notre juste part du fardeau.
3. Notre juste part du fardeau est déterminée par les engagements que nous prenons de façon conjointe avec les principaux Etats pollueurs du monde.
4. Sur le plan privé, les individus ont évidemment le droit de faire davantage que cette juste part du fardeau mondial assumée par la Suisse.
5. Il appartient aux autorités de notre pays d’anticiper les conséquences négatives du réchauffement climatique pouvant nous impacter et de réaliser les aménagements nécessaires pour que les habitants de ce pays puissent vivre le mieux possible dans le futur.


Un certain discours écologiste, issu de l’aile gauche des Verts et des écologistes proches de la gauche radicale et de l’aile gauche du Parti Socialiste, aborde la politique écologique de façon irrationnelle et déraisonnable. Ce discours prend parfois la forme de la dénonciation d’un Péché Originel (l’industrialisation, le développement et la croissance économique) qui aurait souillé à jamais la pureté de notre belle planète Gaïa, faisant de ses habitants des êtres de vice et non de vertu devant à présent expier leurs péchés consuméristes par le paiement d’une dîme aux grands prêtres de la Nouvelle Foi, sur le modèle des indulgences contre lesquelles s’insurgea Luther. D’après le psychologue Jonathan Haidt (University of New York), les êtres humains sont naturellement sensibles à cette thématique de la pureté. A notre époque, la recherche de la pureté s’exprime par le rejet de la « société de consommation » et amènent les écologistes les plus radicaux à souhaiter revenir à une société préindustrielle, planifiée par leurs mains pures et bienfaisantes. Or, les exhortations des écologistes radicaux, à ce que l’Etat contraigne les citoyens et habitants de notre pays à faire davantage que ce que nos engagements envers nos partenaires internationaux prévoient, ne sont pas rationnelles et doivent être rejetées. La raison en est que le seul sacrifice de nos conditions de vie en Suisse n’empêchera nullement le réchauffement climatique, tout simplement parce que notre population est de petite taille et que nous ne représentons qu’une toute petite portion des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

En résumé : Faisons notre part du fardeau oui, mais ne sacrifions pas de façon irrationnelle les conditions de vie de nos habitants pour « donner l’exemple » ou par désir « d’être pur ».  Ce n’est pas une course à la pureté dont il est question, mais la gestion d’un problème mondial où chacun doit faire sa part.

 

 

Adrien Faure




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