06/12/2018

Communisme, immigration et misère : La vie d’Ayn Rand (partie 1)



Deux semaines après le Dimanche rouge, point de départ de la révolution russe de 1905 qui fit trembler l’Empire tsariste sur ses bases, naquit Alissa Zinovievna Rosenbaum dans la ville de Saint-Pétersbourg. Issue d’un milieu petit-bourgeois et juif, avec un père pharmacien et une mère femme au foyer, elle mène une enfance plutôt confortable avec une gouvernante belge au service de la maisonnée qui lui enseigne le français. C’est alors qu’en 1917 les Bolcheviks s’emparent du pouvoir, nationalisant la pharmacie familiale et expropriant leur appartement au nom du Salut Prolétarien. Les Rosenbaum s’enfuient alors dans l’est du pays, où ils survivent tant bien que mal, Alissa devant à 12 ans enseigner la lecture aux soldats. Un an plus tard, elle inscrit dans son journal qu’elle abandonne toute foi en l’existence de Dieu et qu’elle n’aura jamais d’enfants, dédiant sa vie à l’écriture. Face à l’émergence d’un régime destructeur, une volonté puissante est née.

A 16 ans, Alissa entre à l’université soviétique pour y étudier la philosophie et l’histoire. En 1924, à 19 ans, elle en sort diplômée et poursuit des études à l’Institut technique des arts de l’écran tout en travaillant en parallèle comme guide touristique. Au sein de l’institut, elle rédige un mémoire sur le cinéma hollywoodien. Mais Alissa ne souhaite pas rester en URSS. Elle imagine alors un stratagème pour s’échapper. En ces années de Nouvelle Economie Politique (1921-1928), le régime n’a pas encore sombré dans le délire ultra-planiste stalinien et Alissa obtient de pouvoir se rendre pour six mois aux Etats-Unis pour y apprendre leurs techniques cinématographiques et les rapporter à la Grande Nation Prolétarienne. Grâce à ce leurre, Alissa peut quitter l’URSS en 1926, à 21 ans. Elle n’y reviendra jamais et ne reverra jamais sa famille. Sur la route du Nouveau Monde elle se retrouve en escale en Lituanie où elle est internée dans un camp d’immigrés, car elle n’a pas de visa valide. Les Lituaniens la laissent finalement partir après qu’elle leur ait promis qu’elle comptait retourner en URSS pour s’y marier. Elle parvient ainsi, un matin brumeux, au port de New York, avec seulement 50 dollars en poche. Quand elle pose pied sur le nouveau continent elle n’est plus Alissa Rosenbaum, mais se baptise elle-même Ayn Rand.

Après quelques temps d’adaptation au sein d’une branche éloignée de sa famille, elle se rend seule à Hollywood pour y chercher du travail comme scénariste. Le rêve est quelque peu écorné quand elle commence à accumuler les refus et qu’elle se retrouve, sans le sou, à ne manger qu’un repas par jour tout en travaillant comme figurante pour 7 dollars et demi la journée. Les années qui suivent, elle enchaîne les petits boulots, travaillant comme serveuse, vendeuse de journaux, habilleuse, documentaliste et lectrice de scénarios junior. A 24 ans, elle épouse un Américain, Frank O’Connor, petit comédien sans envergure de son état, mais ce qui lui permet d’éviter de devenir une immigrée sans papier et d’être expulsée par les autorités. Deux ans plus tard, elle acquiert même la citoyenneté américaine et peut voter lors de la présidentielle de 1932 pour Roosevelt, au motif que ce dernier souhaite abolir la prohibition de l’alcool.

C'est à 27 ans que Rand parvient à vendre son premier scénario et toucher ainsi la somme de 1500 dollars. La chance semble tourner quelque peu. Elle rédige une pièce, jouée en 1934 et on lui offre même de déménager à New York pour l'adapter au format cinématographique. S’exécutant, elle se retrouve néanmoins de nouveau à travailler comme lectrice de scénarios par manque d’argent. Sa première pièce est tout de même jouée en 1935 à Broadway, tandis que l’année suivante elle publie son premier roman, We the living, partiellement autobiographique et qui se déroule en URSS. Toutefois, seuls 2000 petits exemplaires s'en vendent… Persévérante, cela ne l’empêche pas de rédiger l’année suivante en seulement trois semaines Anthem, récit de politique-fiction dressant un futur dystopique où l’individu est écrasé par le groupe en une tyrannie quasi-tribale. En cette période profondément planiste de l’histoire américaine, le milieu de l’édition se refuse à publier un texte aussi outrageusement individualiste. Le texte ne paraîtra en conséquence qu’en 1938 en Angleterre.

En 1940, We the living est adapté à la scène théâtrale, mais c’est un échec commercial pur et simple. C'est que la Guerre Froide n’a pas encore commencé et que le public cultivé n’est pas encore anti-soviétique. Rand cesse alors d’écrire pour la scène et s’engage en politique, militant en faveur du candidat républicain Wendell Willkie, contre Roosevelt qui se présente pour un troisième mandat. Après la défaite de son candidat, elle rédige en 1941 son premier texte politique où elle attaque les intellectuels américains pour leur passivité face à la montée croissante du dirigisme aux Etats-Unis. Elle publie aussi cette année-là The Manifesto of individualism où elle s'en prend au totalitarisme et défend les droits individuels et le capitalisme. Ses publications ne suscitant que peu de réactions, elle abandonne la politique. Mais son mari s’étant résigné à être homme au foyer, leur ménage manque à nouveau d’argent. Rand décide alors de se relancer dans l’écriture.

Dans la seconde partie de cette brève présentation biographique, nous verrons comment Ayn Rand accédera à la célébrité. A noter que mon principal document de référence pour rédiger cette présentation a été la biographie d'Alain Laurent

 

 

Adrien Faure


 

16:09 Publié dans Rand Ayn | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Les gilets jaunes en ce moment nous montre qu'il est indispensable de s'affranchir des politiciens et de leurs délires!

Écrit par : Dominique Degoumois | 06/12/2018

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J'apprécie de vous voir consacrer quelques billets à Ayn Rand sur votre blog. The Fountainhead (La Source vive) est un livre qui a laissé des traces dans mon esprit.

Écrit par : Mario Jelmini | 07/12/2018

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