08/05/2018

L'Affaire Rousseau

 

 

Comme annoncé préalablement, je publie le récit de l’Affaire Rousseau. Si vous n’être pas familier avec le XVIIIe siècle genevois et le contexte politique de l’époque, je vous invite toutefois à (re)lire mon billet récapitulatif à ce sujet. En effet, avant le XIXe siècle, Genève était une société oligarchique d’ordres (de castes), que les contemporains appelaient aristo-démocratie, et la réalité sociale et politique de l’époque était bien différente de la nôtre. Mais venons-en à l’Affaire Rousseau.

 

 

Premier acte : La condamnation



C’est à Paris en 1762, et non à Genève, que l’Affaire Rousseau trouve son origine. Alors que Rousseau publie en avril le Contrat Social et en mai l’Emile[1], le 1er juin, la chancellerie française, ancêtre du ministère de la justice, donne l’ordre de saisir les exemplaires de l’Emile, si bien que le 3 juin ils sont confisqués par la police. Le 7 juin, l’ouvrage est dénoncé à la Sorbonne[2]. Le 8 juin, Rousseau est informé par un de ses amis, le Prince de Conti, que la Cour et le Parlement de France s’apprêtent à le déclarer de prise de corps[3]. Réfléchissant sur son lieu de fuite, il prend la décision de ne pas se rendre à Genève, car il y redoute la pression que pourrait exercer la France sur les décisions des Patriciens genevois. Il décide en conséquence d’aller à Yverdon[4]. Le 9 juin, le Parlement de France condamne l’Emile comme contraire à la religion et au gouvernement, ordonne que ses exemplaires soient brûlés et lacérés, et que Rousseau soit arrêté et emprisonné[5]. Le Contrat Social est lui-aussi interdit[6]. Rousseau prend alors la fuite et échappe aux huissiers envoyés l’arrêter. Le 14 juin, il parvient à Yverdon[7].

A Genève, à la lecture du Contrat Social et de l’Emile, les Citoyens et Bourgeois applaudissent les positions politiques de Rousseau mais se divisent sur ses « audaces religieuses » [8]. D’après Jean-Daniel Candaux, ce serait même davantage qu’une division, et les Citoyens et Bourgeois auraient été véritablement blessés et scandalisés par La Profession de foi du Vicaire savoyard[9], une partie du livre IV de l’Émile. Le 11 juin 1762, le Petit Conseil décrète, quant à lui, la saisie des exemplaires du Contrat Social et de l’Emile[10]. Le 19 juin, sur la base d’un rapport du procureur général Jean-Robert Tronchin, figure importante du patriciat, le Petit Conseil condamne l’Émile et le Contrat Social « à être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la haute justice, devant la porte de l'Hôtel de ville, comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements[11] ». Le Petit Conseil décrète en outre, concernant la personne de Rousseau, « qu'au cas qu'il vienne dans la ville ou dans les terres de la Seigneurie, il devra être saisi et appréhendé, pour être ensuite prononcé sur sa personne ce qu'il appartiendra ». Le Petit Conseil émet ce décret contre l'avis du procureur général Tronchin, qui avait affirmé que le Petit Conseil ne devait condamner que les ouvrages et non l'auteur. En effet, Rousseau n'aurait pas, selon lui, recouvré sa citoyenneté, puisqu'il aurait abjuré formellement le protestantisme[12] et n’aurait pas renoncé à la religion catholique[13] (or, seul un protestant peut posséder les droits politiques à Genève). Ces décisions du Petit Conseil sont tenues secrètes, ce qui était la norme pour ses délibérations[14]. Par ailleurs, le Petit Conseil transmet des informations compromettantes sur la vie privée de Rousseau à Voltaire, qui est en conflit avec Rousseau, pour qu’il les rende publiques et salisse l’image de son auteur. Dans la semaine qui suit, Voltaire dénonce ainsi publiquement que Rousseau a abandonné ses enfants[15].

Le 22 juin 1762, Rousseau réagit aux mesures prises à son encontre par le Petit Conseil dans une lettre à son ami le pasteur Paul Moultou qui l'en a informé. Il y exprime son indignation de n'avoir pas été entendu par les autorités genevoises avant d'être condamné. Le même jour, le colonel Charles Pictet, un Patricien genevois, critique les décisions du Petit Conseil[16]. Dans une lettre rendue publique, il affirme en effet que la décision du Petit Conseil est influencée par son désir de plaire à la Cour de Versailles, par l’influence qu’exerce Voltaire sur lui, et par la volonté de compenser la mauvaise réputation que lui aurait fait la publication de l'article sur Genève de D'Alembert dans l'Encyclopédie en 1757 (où ce dernier présentait Genève comme une cité quasiment déiste)[17]. Pour avoir publié cette lettre, Pictet est traduit en justice et condamné, sans que nul syndic n’assiste à son jugement[18]. Le 23 juillet, sa lettre est censurée par le Petit Conseil, et il est suspendu de sa qualité de membre du Conseil des Deux-Cents et de sa bourgeoisie pendant un an[19]. Le 24 juin, Rousseau écrit à Moultou que malgré les décisions prises par le Petit Conseil à son encontre, il respectera néanmoins toujours les magistrats, même s'ils sont injustes, et qu'il aimera toujours ses concitoyens genevois, même s'ils sont ingrats[20]. Le 25 juin, des membres de la parenté de Rousseau demandent au Petit Conseil la communication de l'arrêt du 19 juin émis à l’encontre de Rousseau, mais le Petit Conseil refuse[21]. Entre le 25 juin et le 6 juillet, une quinzaine de Citoyens et Bourgeois se rendent chez le procureur général et chez le Premier Syndic pour tenter d’apprendre si un décret de prise de corps a été rendu contre Rousseau, la sentence rendue publique par le Petit Conseil ne mentionnant que la condamnation des œuvres et non le traitement de l’auteur. Le Petit Conseil leur communique qu'il ajourne sa réponse. Le 6 juillet, Rousseau dit ne pas avoir été au courant de la démarche de ses parents, mais qu’il est surpris que le Petit Conseil refuse de répondre à leur question.

Du côté des Représentants, Jean-François Deluc souhaite redorer l’image de Rousseau auprès des Citoyens et des Bourgeois après les dégâts provoqués par La Profession de foi du Vicaire savoyard [22]. Mais le 7 juillet 1762, Rousseau craint la guerre civile à Genève et écrit à Deluc pour lui dire d’abandonner ses tentatives[23]. Sept mois plus tard, le 26 février 1763, Rousseau développe, dans une autre lettre à Deluc, les considérations suivantes : « Je ne puis ni ne veux rien dire, ni rien faire, en quelque manière que ce soit, qui a l'air de réparation ni d'excuses, parce qu'il est infâme et ridicule que ce soit à l'offensé de faire satisfaction à l'offenseur. » En mars 1763, Rousseau publie la Lettre à Christophe de Beaumont où il défend son appartenance au christianisme et la conformité du protestantisme avec sa conception de la religion. Le 29 avril 1763, le Petit Conseil interdit la réimpression de la Lettre à Christophe de Beaumont, sans que les Citoyens et Bourgeois ne réagissent.  Le 12 mai 1763, Rousseau écrit au Premier Syndic pour annoncer son abdication de son droit de bourgeoisie. A cette occasion, il déclare : « Ma patrie en me devenant étrangère ne peut me devenir indifférente ; je lui reste attaché par un tendre souvenir, et je n'oublie d'elle que ses outrages. » Le Petit Conseil prend acte de l’abdication de Rousseau sans faire de commentaires publics. D'après Candaux, les Citoyens et Bourgeois en conçurent « un complexe de culpabilité qui les porta à l'action ».  D’après Bruno Bernardi, Florent Guénard et Gabriella Silvestrini, Rousseau cherchait explicitement par cet acte à inciter ses alliés parmi les Citoyens et Bourgeois à employer la voie des Représentations[24]. A partir du 26 mai 1763, Rousseau écrit d’ailleurs à certains Bourgeois et Citoyens pour se plaindre de leur manque de soutien[25]. C’est alors, un an après la condamnation de Rousseau par le Petit Conseil, que les Citoyens et Bourgeois entrent en action.




Second acte : Les Représentations

 


Le 18 juin 1763, une quarantaine de Citoyens et Bourgeois présentent au Premier Syndic une première Représentation[26], sorte de pétition de l’époque. Ils se plaignent du jugement rendu contre Rousseau en 1762, de l'illégalité des tribunaux sans syndics (dans le cas du jugement du colonel Pictet), et de l'enlèvement et du refus de restitution de 24 exemplaires de l’Émile à deux Citoyens. Le 25 juin, le Petit Conseil promet de donner satisfaction aux deux Citoyens dont on a enlevé les livres, mais repousse les deux autres plaintes[27]. En apprenant l’action des Représentants, Rousseau, pris de scrupules, demande à nouveau à Deluc de renoncer à toute démarche (comme il l’avait déjà fait onze mois plus tôt). Mais les Représentants ne tiennent pas compte de la demande de Rousseau. De son côté, Rousseau est expulsé d’Yverdon, territoire bernois, par le Conseil de Berne[28]. Le 9 juillet, il se rend à Môtiers, une localité située sur le territoire de Neuchâtel[29], qui est alors une possession du Roi de Prusse[30].

Le 8 août 1763, a lieu une deuxième Représentation[31], soutenue cette fois-ci par une centaine de Citoyens et Bourgeois[32]. Cette seconde Représentation reprend les doléances exprimées dans la première. Le 10 août 1763, le Petit Conseil annonce s'en tenir à sa déclaration du 25 juin 1763[33]. En conséquence de quoi, le 20 août 1763, les Citoyens et Bourgeois portent une lettre publique[34] au Premier Syndic, soutenue par 700 personnes[35]. Leur lettre publique demande que leurs requêtes, telles qu’exprimées dans les deux premières Représentations, soient soumises, non à l’autorité du Petit Conseil, mais à la délibération du Conseil Général[36]. L’argument avancé par les Représentants pour justifier leur demande est que, selon eux, lorsqu’il y a désaccord entre Citoyens et magistrats sur l’interprétation des lois, alors c’est au Conseil Général de trancher le désaccord. Cette lettre est un tournant dans l’Affaire Rousseau, car elle représente le passage de la défense d’un individu, certes connu, certes incarnant symboliquement bien davantage que ses intérêts individuels, à une remise en question plus générale des prérogatives du Petit Conseil et, symétriquement, à l’affirmation de prérogatives plus étendues devant revenir aux Citoyens et Bourgeois.

Le 31 août 1763, sur demande du Petit Conseil, le procureur général Tronchin répond publiquement à la dernière lettre des Citoyens et Bourgeois[37]. Dans sa réponse, il réaffirme le droit négatif du Petit Conseil, c'est-à-dire son droit de refuser une Représentation de manière définitive, sans qu'aucune autre autorité ne puisse en décider autrement[38]. Selon lui, c’est seulement dans la situation où le Petit Conseil trouve que le sens d’une loi est obscur que le Conseil Général peut être appelé à se prononcer[39]. L’Illustre Règlement de la Médiation de 1738 établirait en effet, d’après son interprétation, que rien ne peut être porté devant le Conseil Général sans avoir été d’abord porté devant le Conseil des Deux-Cents et préalablement approuvé par le Petit Conseil.

Le 29 septembre 1763, les Représentants maintiennent leurs demandes et nient le droit négatif du Petit Conseil. C’est la troisième Représentation[40].  Les Représentants y critiquent la prétention du Petit Conseil à disposer d’un droit négatif sur les Représentations des Citoyens et Bourgeois, car un tel droit négatif rendrait le droit de faire des Représentations parfaitement illusoire[41]. Ils ajoutent aussi que le règlement de la Médiation prévoit bel et bien la réunion du Conseil Général pour trancher des désaccords entre Citoyens et magistrats. Mis sur la défensive, le Petit Conseil va répliquer aux Représentations des Citoyens et Bourgeois sous la plume du procureur général Tronchin. Ce sont les Lettres écrites de la campagne.

 


Troisième acte : La contre-offensive du Petit Conseil

 


A partir du 27 septembre 1763[42] commence la diffusion des quatre premières lettres des Lettres écrites de la campagne, qui abordent la question de la condamnation de Rousseau et des tribunaux sans syndics. Bien que ces Lettres soient publiées de façon anonyme et présentées comme écrites par un citoyen impartial retiré dans sa campagne, elles sont en réalité rédigées par le procureur général Jean-Robert Tronchin et constituent un plaidoyer en faveur des positions du Petit Conseil[43]. La cinquième et dernière Lettre, qui est une défense du droit négatif du Petit Conseil, est publiée le 23 octobre 1763. Ces lettres ont un fort impact sur les Citoyens et Bourgeois qui sont « désemparés[44] » face à elles. Les Lettres écrites de la campagne ne restent toutefois pas longtemps anonymes et Rousseau apprend lui aussi qui en est l’auteur[45]. Le 25 octobre 1763, Rousseau annonce à Deluc qu'il est décidé à répondre aux Lettres écrites de la campagne[46]. A ce moment-là, il n'a pas encore lu la cinquième lettre. C'est la publication des Lettres écrites de la campagne, ainsi que la demande de Deluc, qui poussent Rousseau à réagir. Ce seront les Lettres écrites de la montagne[47]. Selon Candaux, Rousseau ne se met pas seulement à la rédaction d’une réponse aux Lettres écrites de la campagne pour répondre aux critiques des magistrats à son encontre et à l’encontre de ses écrits, mais aussi pour polémiquer avec les pasteurs de Genève[48]. Les Lettres écrites de la montagne sont aussi une réponse aux Lettres écrites sur le christianisme de Mr J.J. Rousseau, publiées par le pasteur Jacob Vernes durant l’été 1763[49].

Le 6 janvier 1764, Rousseau reçoit une malle de documentation de ses alliés genevois, assemblée à son attention par Deluc et les Représentants, pour préparer sa réponse aux Lettres du patriciat[50]. Le 10 mai 1764, après sept mois de travail[51], Rousseau termine la rédaction des Lettres écrites de la montagne[52], qu’il fait imprimer par Marc-Michel Rey à Amsterdam.
Pendant toute la rédaction de ses Lettres Rousseau réside à Môtiers, dans le canton de Neuchâtel[53]. En août 1764, a lieu une rencontre entre les Représentants et Rousseau à Thonon, en France, pour préparer la publication et la diffusion des Lettres écrites de la montagne[54].

Les Lettres écrites de la montagne sont diffusées à Genève à partir du 18 décembre 1764[55].  Elles sont composées de neuf lettres. Les six premières lettres sont une défense de l’Émile et du Contrat Social et en reproduisent les principales théories en y ajoutant quelques apports marginaux[56]. Les trois dernières lettres abordent la situation genevoise[57]. Comme le lui avait demandé Deluc et les Représentants, Rousseau les publie en décembre afin qu'elles aient une influence sur le processus électoral genevois, les élections des syndics par le Conseil Général devant avoir lieu en janvier 1765. Cette publication est en fait la dernière contribution importante de Rousseau aux événements de l’affaire qui porte son nom.

 



Acte final : Les élections et l’intervention des Puissances Garantes

 


Le 1er janvier 1765, les Représentants publient un texte intitulé Réponse aux lettres écrites de la campagne[58], rédigée par un comité nommé  par leurs soins[59]. Les élections des syndics par le Conseil Général ont lieu cinq jours plus tard, le 6 janvier 1765. Lors des élections, les candidats ne sont élus qu’à une très courte majorité. Le Petit Conseil, effrayé, menace alors de démissionner si les Citoyens et Bourgeois ne manifestent pas leur confiance aux magistrats[60]. Le 7 février 1765, un millier de Citoyens et Bourgeois viennent donner au Petit Conseil le témoignage de leur respect, tout en maintenant leurs revendications[61]. Le 12 février 1765, le Petit Conseil publie une déclaration contre les Lettres écrites de la montagne de
Rousseau et remercie les Représentants d’avoir attesté de leur confiance envers lui[62]. Les Représentants ne réagissent pas à cette déclaration du Petit Conseil[63]. Rousseau rompt alors avec la plupart de ses contacts de Genève, et notamment sa relation épistolaire avec Deluc[64]. A ce stade du déroulement des événements, on peut se demander si cette rupture entre Rousseau et les Représentants, mais aussi avec la vie politique genevoise en général, signifie la fin de l’Affaire Rousseau. C’est notamment là l’interprétation d’Edouard Rod, dans son ouvrage L’Affaire J.-J. Rousseau[65]. On peut toutefois y répondre par la négative car, d’une part, la rupture de Rousseau avec vie politique genevoise n’est pas totale, et, d’autre part, les événements politiques survenant entre janvier 1765 et mars 1768 s’inscrivent dans la continuité de la dynamique qui a vu le jour dans le processus contestataire des Représentations, mais dont l’origine est bel et bien la condamnation de Rousseau et de ses écrits.

Après les élections de janvier, le conflit entre les Représentants et le Petit Conseil se poursuit durant l’année 1765 avec la publication de plusieurs brochures, pamphlets et livres. A partir de novembre[66], les Représentants adoptent la « ligne de nouvelle élection[67] », une tactique consistant à refuser d’élire les candidats proposés par le Petit Conseil (c’est-à-dire tous les candidats proposés). Face au maintien de cette tactique par les Représentants lors des élections de janvier 1766[68], le Petit Conseil appelle à l’aide les Puissances Garantes de la Médiation de 1738, soit la France, Berne et Zürich, pour raffermir sa position[69]. Ces dernières interviennent dans l’année et tentent de faire adopter un édit de conciliation et de pacification, dont la première mouture est rejetée en Conseil Général[70]. À la suite de ce refus, la monarchie française ferme ses frontières aux marchandises genevoises pour tenter d’amener les Citoyens et Bourgeois à adoucir leurs positions[71]. Une nouvelle mouture de l’édit de pacification est finalement adoptée en Conseil Général le 11 mars 1768[72]. Elle établit l’abandon de la « ligne de nouvelle élection » par les Représentants, en échange du droit de nommer, en cas de vacance, une partie des nouveaux membres du Conseil des Deux-Cents[73]. Ce compromis marque la fin de cette phase de conflits politiques entre Citoyens et Bourgeois et Patriciens qu’est l’Affaire Rousseau, débutée avec la condamnation de Rousseau et de ses ouvrages.

Quant à Rousseau, la déclaration émise par le Petit Conseil genevois le 12 février 1765 a des conséquences directes pour lui. En effet, le 13 février 1765, les pasteurs de Neuchâtel demandent l’interdiction de ses ouvrages, et le 18 février 1765 la municipalité de Neuchâtel interdit la vente des Lettres écrites de la montagne[74]. Après que le pasteur de Môtiers, le pasteur Montmollin, se soit déclaré contre Rousseau, les paysans du cru jettent des pierres sur la maison de Rousseau en septembre 1765. Il quitte alors le territoire de Neuchâtel et se rend sur l'île de Saint-Pierre, dans le lac de Bienne, qui est sous juridiction bernoise, et dont il est expulsé[75]. En janvier 1766, sur proposition du philosophe David Hume, il se rend à Londres et s’installe à Wootton. Toutefois, entre 1766 et 1768, il continue de se faire informer sur la vie politique genevoise et envoie des recommandations aux Représentants où il les enjoint de se montrer conciliant face aux exigences des magistrats et même de préférer « la paix publique à la liberté[76] ». En 1767 enfin, lors d’une collecte de bienfaisance en faveur des Genevois qui souffrent de l’embargo français, Rousseau envoie 14 livres sterlings aux Genevois[77]. Il revient en France en 1767 et s’installe à Paris en 1770 jusqu’en 1778, année où il décède[78].

 

 

 

 

 

 

[1] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Editions Tallandier, Paris, 2012, p.506-509.

[2] Ibidem, p.511.

[3] Ibidem, p.512.

[4] Ibidem, p.513.

[5] Ibidem, p.514.

[6] Ibidem, p.522.

[7] Ibidem, p.518.

[8] Ibidem, p.523.

[9] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, tome 3, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, Paris, 1964, p.CLXIV.

[10] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.524.

[11] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[12] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.525.

[13] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[14] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.525.

[15] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, (2006), p.389.

[16] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[17] D’ALEMBERT Jean le Rond, « Genève » in Encyclopédie de Diderot, [http://www.info-bible.org/histoire/reforme/geneve-encyclo...], 1757.

[18] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[19] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.529.

[20] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXII.

[21] Ibidem, p.CLXIII.

[22] Idem.

[23] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.564.

[24] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, 2005, p.19.

[25] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXV.

[26] « Première Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (18 juin 1763) 2005, p.274-277.

[27] « Premier extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (25 juin 1763) 2005, p. 278-281.

[28] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.530.

[29] Ibidem, p.532.

[30] Ibidem, p.533.

[31] « Seconde Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (8 août 1763) 2005, p. 282-294.

[32] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[33] « Seconde extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (10 août 1763) 2005, p.295.

[34] « Lettre des Citoyens et Bourgeois à Monsieur le Premier Syndic » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (20 août 1763) 2005, p.295.

[35] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.566.

[36] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[37] « Troisième extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (31 août 1763) 2005, p.296-300.

[38] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVI.

[39] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.567.

[40] « Troisième Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (29 septembre 1763) 2005, p. 301-306.

[41] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.568.

[42] Ibidem, p.568.

[43] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[44] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CXCI.

[45] Ibidem, p.CXCI.

[46] Ibidem, p.CLXX.

[47] ROUSSEAU Jean-Jacques, Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, (1764) 1962.

[48] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXVIII.

[49] Ibidem, p.CXC.

[50] Ibidem, p.CLXXI.

[51] Ibidem, p.CLXXV.

[52] Ibidem, p.CLXXIII.

[53] Ibidem, p.CLXXVI.

[54] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.409.

[55] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20

[56] CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.CLXXXII.

[57] Ibidem, p.CLXXXIII.

[58] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.587.

[59] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.390.

[60] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[61] BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.20.

[62] Ibidem, p.20-21.

[63] Ibidem, p.21.

[64] WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3, op.cit., p.404.

[65] ROD Edouard, L’Affaire J.-J. Rousseau, Editions Perrin, Paris, 1906, p.346.

[66] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, Editions Boivin, Paris, 1934, p.254.

[67] DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, Presses Universitaires de France, 2010, Paris, p.82.

[68] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, op.cit., p.254.

[69] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.589.

[70] SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, op.cit., p.255.

[71] Ibidem, p.256.

[72] VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, Editions Plon-Nourrit, Paris, 1911, p.347.

[73] DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, op. cit., p.82-83.

[74] TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, op.cit., p.594.

[75] GUILLEMIN Henri, « Préface » aux Lettres écrites de la montagne, op.cit., p.10.

[76] VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, op.cit., p.341.

[77] Ibidem, p.346.

[78] JACOB François, Rousseau Jean-Jacques, Dictionnaire Historique de la Suisse, [http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F9547.php], 2012.

 

 

 

 

Bibliographie


Articles


-
BARBER Benjamin, « How Swiss is Rousseau ? » in Political Theroy 13/4 (1985), p.475-495.

- JACOB François, Rousseau Jean-Jacques, Dictionnaire Historique de la Suisse, [http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F9547.php], 2012.

- ROSENBLATT Helena, « Le Contrat Social, une œuvre genevoise ? L’école du droit naturel et le débat politique à Genève. La réponse de Rousseau » in Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Genève 21 (1991), p.13-26.

- SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme de Rousseau mis en contexte : le cas de Genève » in Les études philosophiques n°83 (2007/4), p.519-541. 

- SILVESTRINI Gabriella, « Le républicanisme genevois au XVIIIe siècle » in Department of Public Policy and Public Choice – POLIS, Working Papers 82 (2006), p.1-40.

- WHATMORE Richard, « Rousseau and the représentants : the politics of the Lettres écrites de la montagne » in Modern Intellectual History 3 (2006), p.1-29.


Ouvrages


- BERNARDI Bruno, GUENARD Florent, SILVESTRINI Gabriella (dir.), La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, 2005.

- CANDAUX Jean-Daniel, « Introduction aux Lettres écrites de la montagne » in Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, tome 3, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard, Paris, 1964, CLIX-CXCVIII.

- DUFOUR Alfred, Histoire de Genève, Presses Universitaires de France, Paris, 2010.

- GUILLEMIN Henri, « Préface » aux Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1962, p.7-52.

- ROD Edouard, L’Affaire J.-J. Rousseau, Editions Perrin, Paris, 1906.

- SPINK John Stephenson, Jean-Jacques Rousseau et Genève : essai sur les idées politiques et religieuses de Rousseau dans leur relation avec la pensée genevoise au XVIIIe siècle, Editions Boivin, Paris, 1934.

- TROUSSON Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Editions Tallandier, Paris, 2012.

- VALLETTE Gaspard, Jean-Jacques Rousseau genevois, Editions Plon-Nourrit, Paris, 1911.


Sources


- D’ALEMBERT Jean le Rond, « Genève » in Encyclopédie de Diderot, [http://www.info-bible.org/histoire/reforme/geneve-encyclo...], 1757.

- « Lettre des Citoyens et Bourgeois à Monsieur le Premier Syndic » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (20 août 1763) 2005, p.295.

- « Première Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (18 juin 1763) 2005, p.274-277.

- « Premier extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (25 juin 1763) 2005, p.278-281.

- ROUSSEAU Jean-Jacques, Lettres écrites de la montagne, Editions Ides et Calendes, Neuchâtel, (1764) 1962.

- « Seconde Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (8 août 1763) 2005, p. 282-294.

- « Seconde extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (10 août 1763) 2005, p.295.

- « Troisième extrait des registres du Conseil » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (31 août 1763) 2005, p.296-300.

- « Troisième Représentation » in La religion, la liberté, la justice : un commentaire des « Lettres écrites de la montagne » de Jean-Jacques Rousseau, Librairies Philosophiques J. VRIN, Paris, (29 septembre 1763) 2005, p.301-306.

 



 

 

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01/05/2018

Entretien avec des libéraux : Nicolas Jutzet

 

 

AF. Pourrais-tu te présenter s'il te plaît ?

 

Je viens d’avoir 23 ans. Je suis issu d’une famille nombreuse, de la classe moyenne inférieure, qui vit dans une communauté spirituelle à Chambrelien, une petite commune du canton de Neuchâtel. J’étudie désormais à Saint-Gall, à la HSG. A côté de mes études je suis conseiller général dans ma commune et préside les jeunes libéraux radicaux du canton de Neuchâtel. Par ailleurs, je suis employé à l’association suisse de vente à distance, qui défend les intérêts des vendeurs en ligne. Dans mon temps libre j’essaie de lire un maximum de livres, en tentant parfois de sortir des froides lectures techniques. Etant un grand lecteur de la presse quotidienne (Le Temps, NZZ, Le Figaro, Les Echos, Arcinfo, Liechtensteiner Volksblatt, L’Equipe), j’ai dû volontairement renoncer à un sommeil généreux et suis donc disponible à toute heure, ce qui inquiète légèrement mon entourage... Sur le plan associatif, je suis Local Coordinator pour Students for liberty (SFL), coordinateur romand du mouvement libéral « UP! » et sympathisant du Hayek Club à Zurich et de l’Institut Libéral.

 

 

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AF. Comment définirais-tu le libéralisme ?

 

Dans « Libéral en tout, l’actualité de Benjamin Constant », Damien Theillier résume parfaitement ce qu’est le libéralisme pour moi : « Tout ce qui ne concerne que l’individu, toutes les actions par lesquelles il ne nuit pas aux autres, tout ce qui n’empiète pas sur les droits d’autrui est privé, donc libre ». C’est avant tout une philosophie du droit. Assurer la propriété, protéger l’individu, limiter les nuisances de l’Etat et abattre des rentes. Tout part de là, et ensuite on dérive cette vision en l’appliquant aux différentes thématiques. Le libéral au fond, doute de tout. Et il est d’accord de laisser ce doute et cette incertitude exister. Il n’a pas vocation à créer un être humain nouveau, il veut le laisser s’exprimer. Prenons l’exemple de la bureaucratie que la droite combat de manière utilitariste en raison du temps qu’elle « coûte ». Personnellement, c’est la critique de David Graeber qui me parle : la bureaucratie nie la différencie de l’individu et tue sa créativité naturelle en la pervertissant. Je combats l’Etat et le collectivisme pour ces raisons. Mais contrairement à d’autres, je ne cherche pas à déplacer le pouvoir, mais à le limiter, à le diviser. Le principal problème étant qu’il n’est pas légitime dès qu’il sort de son rôle, celui d’assurer les lois « négatives ». En résumé : Les lois sont « négatives », c'est-à-dire appliquées à empêcher les hommes de se nuire, elles seront bornées à deux objets d'intervention limités : 1. Défendre les citoyens contre les agressions extérieures 2. Les défendre contre les agressions mutuelles. Le reste est affaire des individus et n’a pas à être soumis à la tyrannie des majorités.

 

AF. De quel courant du libéralisme te sens-tu le plus proche ?

 

Libéralisme classique, qui tend au minarchisme. Aujourd’hui, je suis proche de la vision de Frédéric Bastiat et de Benjamin Constant.

 

AF. Comment es-tu devenu libéral ?

 

Mon parcours familial m’a très rapidement rendu attentif au fait que la solution venait des individus, de la collaboration entre eux, pas de l’Etat. C’est du moins ce que j’en ai gardé. Le message que souhaitaient envoyer mes parents était sans doute différent. Dans l’âme, j’ai toujours été libertaire. Rapidement, dans mon enfance j’ai éprouvé un besoin profond de sortir du cadre et de jouer avec les limites établies. A 15 ans, lassés de mon hyperactivité et des nombreux problèmes que pose un surdoué en classe, mes parents m’ont envoyés travailler. Ces années de travail en formation duale m’auront forgé une conviction profonde. Le travail paie. Le patron se décarcasse pour son entreprise pendant que les autres s’en sortent avec plus au moins de motivation, en lien avec leur incitatifs à en tirer un profit. On était éloigné de l’image renvoyée par certains milieux. A mes 18 ans, j’ai commencé à m’intéresser au monde politique, notamment suite à la séance d’accueil des nouveaux citoyens de ma commune. Très vite, le discours victimaire et binaire de la gauche m’a fatigué. La xénophobie et la haine, théorisées par d’autres, étaient incompréhensibles pour le jeune homme que j’étais, ayant grandi entouré de personnes d’origines diverses. Le PLR et son étiquette sérieuse m’ont séduit. Ensuite, j’ai lu, par étapes, les auteurs libéraux.                     

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Pour les idées : Frédéric Bastiat par sa clairvoyance et sa justesse, comme Benjamin Constant. Pour la politique : Alfred Escher par son courage et son besoin de voir grand. François Mitterand, pour son ambiguïté et sa soif de pouvoir. Grâce à lui, je sais qui je ne veux pas être. Aujourd’hui Emmanuel Macron, me parle par sa volonté de solder la génération des baby boomers, qui nous laisse des dettes et un système collectiviste qui part à la dérive. 

 

AF. Tes livres libéraux préférés ?

 

La Route de la servitude (Hayek), Capitalisme et liberté (Friedman), 1984, La ferme des animaux (Orwell), La Loi (Bastiat), De la liberté (J-S. Mill).

 

AF. Quelles seraient les réformes libérales prioritaires à mener d'après toi ?

 

Refonte du système de santé, avec une véritable concurrence et un retour à la liberté de contracter, légalisation de la vente des drogues, suppression de l’IFD et de la TVA pour redonner des responsabilités et des moyens aux cantons / communes. Rendre l’éducation aux parents, en brisant le monopole de l’enseignement public (« Les objections qu'on oppose avec raison à l'éducation publique ne portent pas sur le fait que l’Etat impose l’éducation, mais qu’il se charge de la diriger »). Introduire une quote-part de l’Etat. De manière générale, limiter le pouvoir, le circonscrire, pas seulement le déplacer.

 

AF. Dans quelle situation nous trouvons-nous en termes d'adhésion au libéralisme au sein des Jeunes Libéraux-Radicaux et du Parti Libéral-Radical ?

 

Je remarque une réflexion intellectuelle assez pauvre. J’avais une haute estime du monde politique au moment d’y arriver. Deux années plus tard, j’ai croisé des gens estimables, parfois réellement brillants, mais globalement assez quelconques sur le fond. La plupart sont là par filiation, par intérêt personnel ou par besoin de socialiser. On y croise des gestionnaires, des opportunistes et des narcisses. Trop peu de grands esprits à la charpente intellectuelle solide. J’ai croisé des hommes qui aiment l’Etat ou la politique, mais presque aucun homme d’Etat. Chez les jeunes, étant donné que le PLR ne fait rien ou presque pour former sa relève, le constat est le même, en pire. J’ai, avec d’autres, enclenché une volonté de faire de la formation à long terme de la jeunesse, pour lui permettre de réfléchir et d’affronter les réalités politiques avec un bagage philosophique plus solide. L’approche purement pragmatique et utilitariste finit par tuer le débat d’idées et fait perdre de sa superbe à la politique. La question qui me hante depuis le début, et à laquelle je n’ai toujours pas trouvé de réponse : un libéral doit-il tenter de changer les choses de l’intérieur ou simplement laisser tomber et utiliser son temps libre autrement ?

 

AF. Quelle devrait être la prochaine initiative que notre parti devrait lancer à présent que la campagne No Billag est terminée ?

 

Après ce premier combat qui voulait redéfinir la place et l’étendue du rôle de l’Etat, nous pouvons et devons en imaginer d’autres. La légalisation et la dépénalisation de la consommation du cannabis par exemple. Introduire un frein à la quote-part de l’Etat me semble par ailleurs urgent.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Rappeler l’héritage que nous laisse Bastiat : « Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au dessus de l'humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s'occuper d'elle. » Et « Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État ». En bref, plus d’indépendance individuelle, moins d’Etat.

 

 

 

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