28/07/2017

La libre circulation des travailleurs : une défense

 

 

Aujourd'hui, je vous partage un travail que j'ai rédigé pour un séminaire de théorie politique portant sur le multiculturalisme. Une fois n'est pas coutume, le sujet abordé est bien plus concret que d'habitude et résonne bien davantage avec l'actualité. Bonne lecture ! AF

 

 

 

Dans ce travail est présentée une défense du libre-échange en matière de travail – que l'on appelle, bien souvent, libre circulation des travailleurs dans le débat public - par le biais de l'éthique conséquentialiste1. Je présuppose donc ici que la valeur d'un arrangement institutionnel (d'une politique publique) dépend avant tout de ses conséquences (plausibles) en matière de maximisation du bien-être pour l'ensemble des individus (impartialité vis à vis des individus)2.

1. Définition du libre-échange en matière de travail

Par libre-échange en matière de travail, j'entends l'addition des trois principes ci-dessous.

(1) Le principe de liberté contractuelle individuelle
3.

Les individus devraient être libres de contracter entre eux, sur une base volontaire, sans limitation d'un tiers, que ce tiers soit un individu, un gouvernement, une autorité politique, un représentant de l’État, etc.

(2) Le principe de liberté d’échange, de coopération et de commerce
4.

Les individus devraient être libres de vendre (ou de donner) leur travail à qui ils veulent sans limitation d'un tiers, que ce tiers soit un individu, un gouvernement, une autorité politique, un représentant de l’État, etc.

(3) Le principe de la liberté de mouvement et de circulation des travailleurs
5.

Les travailleurs devraient être libres d'aller là où ils veulent - dans les limites du respect du consentement d'autrui - mais sans limitation d'un gouvernement, d'une autorité politique, d'un représentant de l’État
6, etc.

Le libre-échange en matière de travail consiste donc dans la liberté de contracter librement avec les personnes de son choix (1) afin d'échanger, de commercer ou de coopérer dans l'activité de son choix (2) sans limite de l’État à sa mobilité (3).

2. L'échange volontaire crée de la valeur pour ceux qui échangent.

Un échange volontaire est, en général
7, positif pour les deux parties prenantes de l'échange8. C'est à dire que l'échange volontaire n'est pas un jeu à somme nulle où des valeurs identiques sont échangées, mais une activité créatrice de valeur : à la fin d'un échange, chaque partie active dans l'échange a davantage que ce qu'elle avait avant l'échange9. Si ce n'était pas le cas, si l'échange volontaire n'était pas favorable aux parties prenantes de l'échange, alors les individus n'auraient pas d'incitation rationnelle à échanger et il l'existence d'échanges devient un état de fait incompréhensible et mystérieux. En effet, si les individus ne pouvaient échanger que quelque chose qui a davantage de valeur à leurs yeux contre quelque chose à laquelle ils donnent moins de valeur, alors ils n'échangeraient pas. Bien entendu, plus la situation initiale d'un individu avant l'échange est mauvaise, moins il peut apparaître de manière visible que cet individu est en train d'améliorer sa situation.
Concernant le cas qui nous intéresse, l'échange de travail contre une rémunération, les travailleurs étrangers et les employeurs domestiques sont donc des gagnants de l'échange. Nous verrons à la suite dans ce travail qu'ils ne sont pas les seuls gagnants de ce processus en nous intéressant à l'argument de la division du travail.

3. La division du travail

Le principal argument en faveur du libre-échange en matière de travail, c'est à dire de la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, c'est l'argument de la division du travail
10, qui s'articule de la façon suivante :

(1) Plus il y a de division de travail, c'est à dire plus les individus se spécialisent dans une ou plusieurs productions, plus les individus sont productifs.
(2) Plus les individus sont productifs (plus leur productivité s'accroît), c'est à dire plus ils produisent davantage dans un temps moins élevé, plus la production s'accroît.
(2a) Plus la production s'accroît, plus elle se diversifie pour répondre à des demandes plus spécifiques.
(2b) Plus la production s'accroît, plus les prix baissent (car si vous avez une demande stable pour un service ou un bien A et que l'offre de A augmente alors le prix de A baisse).
(3) Plus les prix baissent, plus le revenu des individus augmentent.
(4) Plus le revenu des individus augmentent, plus ils épargnent ou consomment.
(5) Plus ils consomment et épargnent, plus la production s'accroît.
Conclusion : Comme le libre-échange en matière de travail permet de maximiser la production (2) (5), de diversifier l'offre (2a), d'augmenter le revenu des individus (3), d'accroître la consommation et l'épargne des individus (3), il a des conséquences positives en termes de bien-être pour les individus.

Concernant le cas qui nous intéresse, les travailleurs étrangers qui travaillent sur le marché domestique de l'emploi proposent soit des prix plus bas, soit des services de qualité supérieure, que l'offre en travail déjà présente sur le marché. Et réciproquement pour les travailleurs domestiques qui partent travailler à l'étranger.

4. Les conséquences du libre-échange en matière de travail prises séparément par groupes d'acteurs

4.1 Les conséquences positives pour les consommateurs

L'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix pour les consommateurs
11, ce qui leur permet d'accroître leur revenu et leur pouvoir d'achat, c'est à dire d'acquérir davantage de biens et services, ou d'épargner davantage12. Alternativement (mais en général de manière conjointe), l'accroissement de la division du travail permet l'accès à des services de qualité supérieure et davantage diversifiés.

4.2 Les conséquences pour le marché de l'emploi

Comme l'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix qui permet aux consommateurs de consommer davantage, la croissance de la consommation se traduit par une croissance de la demande en biens et services à laquelle une offre, créatrice d'emplois, va répondre
13. Comme l'accroissement de la division du travail permet une baisse des prix qui permet aux consommateurs départager davantage, la croissance de l’épargne fait baisser le taux d'intérêt (le prix du crédit) et se traduit par une augmentation de l'investissement, qui se traduit par une création d'emplois. Ainsi, par la baisse des prix et le ré-investissement de ressources que cette baisse des prix permet en libérant des ressources, le libre-échange en matière de travail permet donc une augmentation du nombre d'emplois14.

4.3 Les conséquences pour les travailleurs étrangers

La conséquence la plus évidente et la plus directe du libre-échange en matière de travail pour les travailleurs étrangers est qu'ils trouvent un travail à des conditions plus avantageuses que celles de leur marché de l'emploi domestique
15.

4.4 Les conséquences pour les travailleurs domestiques

Lorsqu'il n'y a pas de barrière à la mobilité du travail, le travail s'alloue et se ré-alloue là où il est le plus performant, le plus efficace, c'est à dire là où il va être le plus productif. Toutefois, la division du travail est un phénomène
disruptif, c'est à dire que c'est un processus de destruction créatrice qui modifie des états de choses en place et les remplace par d'autres états de chose16. Elle contraint au changement, à l'adaptation, mais elle le fait à la hausse, c'est à dire par un processus d'amélioration des états de chose existant. Il y a donc un coût d'ajustement pour certains travailleurs domestiques quand ils doivent faire face à des travailleurs concurrents étrangers qui sont davantage compétitifs qu'eux, c'est à dire quand le travail se ré-alloue de manière plus performante à leur détriment.

On peut néanmoins mettre en place des politiques publiques facilitant cette ré-allocation du travail et réduisant les coûts d'ajustement pour les individus. Ces politiques publiques se découpent en trois catégories :
(1) Des politiques d'accompagnement à la reconversion des travailleurs : politique de formation, de formation continue et d'accompagnement des chômeurs, mais aussi de facilitation de l'épargne.
(2) Des politiques de facilitation de la mobilité
171819.
(3) Des politiques de flexibilisation et de dynamisation du marché de l'emploi, notamment en réduisant les freins à la création de l'emploi
20.

5. Les conséquences du protectionnisme

L
a logique protectionniste, poussée dans toute sa cohérence, remet en question le libre-échange en matière de travail à l'intérieur des frontières nationales21. En effet, si le protectionnisme est une politique jugée valable pour un État-nation, ou pour une union d’États comme l'Union Européenne, alors pourquoi ne faudrait-il pas suivre cette logique jusqu'au bout ? Dans ce cas, la question se pose de savoir s'il faut-il protéger les emplois genevois face à la concurrence vaudoise ? Protéger les emplois de la Ville de Genève de la concurrence carougeoise ? Protéger les emplois du quartier de Plainpalais de la concurrence des habitants du quartier de Champel ? Protéger chaque ménage de la concurrence des autres ménages ? L'aboutissement de la logique protectionniste poussée dans toute sa cohérence c'est donc l'autarcie22. Or, l'autarcie signifie un niveau de division du travail, et donc de productivité, extrêmement faible23. Mais revenons à présent sur les conséquences du protectionnisme en matière de travail, sans aller jusqu'à l'autarcie, de manière plus détaillée.

5.1 Une baisse de la productivité

Le protectionnisme en matière de travail empêche les travailleurs qui pourraient être les plus compétents dans un travail x ou y de travailler à ces postes. La conséquence d'une telle politique réside dans la réduction de la division du travail et de l'allocation la plus efficiente du travail, ce qui réduit la productivité, et donc la production et les prix.

5.2 Une destruction d'emplois

La protection de la concurrence de certains emplois détruit davantage d'emplois qu'elle n'en préserve. En effet, le coût de chaque emploi protégé coûte des ressources qui pourraient être investies de manière davantage productive ailleurs : la protection retire des ressources de là où elles seraient les plus productives - c'est à dire de là où elles répondent le mieux à la demande des consommateurs et de manière la plus efficace - pour protéger des emplois moins productifs
24.

5.3 Des pertes pour la majorité des individus

Lorsqu'un gouvernement protège un acteur ou un groupe d'acteurs de la concurrence internationale, le gain de ce groupe est inférieur aux pertes du reste de la population
25. Symétriquement, le coût de l'ajustement des travailleurs domestiques perdant leur emploi à cause de la concurrence étrangère est inférieur aux gains qui pourraient être obtenus par un accroissement de la division du travail. Il y a une différence entre ce qu'on voit, le coût de l'ajustement pour certains travailleurs domestiques, et ce qu'on ne voit pas, les gains obtenus par la division du travail accrue.


Les arguments protectionnistes réfutés

1. L’argument protectionniste de l’accaparement de l’emploi domestique et du dumping salarial

Cet argument peut prendre les formes suivantes :
(1) Les travailleurs étrangers prennent le travail des travailleurs domestiques qui se retrouvent sans travail (au chômage).
(2) Les travailleurs étrangers concurrencent les travailleurs domestiques en acceptant de travailler pour moins cher, ce qui fait baisser les salaires des travailleurs domestiques.
(3) Les patrons font venir des travailleurs étrangers acceptant de travailler pour moins chers pour faire baisser les salaires et économiser sur les salaires.

La réponse à cet argument consiste d'abord à mettre en évidence que ce n'est pas seulement le niveau des salaires qui détermine son employabilité et sa compétitivité, mais que c'est avant tout sa productivité
26. Celle-ci dépend de plusieurs facteurs, notamment du capital productif, du capital d'équipement, des moyens technologiques et de la formation, dont disposent les travailleurs. Or, comme le met en évidence Hans F. Sennolz, « [import restrictions] reduce the productivity of labor and, therefore reduce the demand of labor27 ». La protection, en réduisant la productivité du travail découlant de la mise en concurrence, détruit donc, à la longue, les emplois qu'elle cherche à préserver.

Deuxièmement, on l'a vu, le coût d'ajustement pour les travailleurs domestiques est inférieur aux gains globaux pour l'ensemble des individus. En effet, de nouveaux emplois, permis par la baisse des prix découlant de l'accroissement de la division du travail, remplacent les emplois pris par des travailleurs étrangers. Dans le cas où les travailleurs étrangers prennent des emplois domestiques parce qu'ils sont plus compétents mais aussi plus chers, les gains de productivité permettent aussi le ré-investissement et la création d'emplois.

De manière plus générale, il faut rappeler que, contrairement à l'allégorie du gâteau que l'on se partage, il n'existe pas une somme d'emplois fixe puisque le marché du travail n'est pas statique mais dynamique. Le nombre d'emplois totaux offerts sur le marché de l'emploi fluctue en fonction de la demande des consommateurs, des facteurs productifs et de l'accès aux facteurs productifs (notamment au crédit). C'est d'ailleurs pourquoi, quand les femmes sont rentrées sur le marché de l'emploi moderne (alors qu'auparavant elles en étaient légalement partiellement privées), elles n'ont pas pris des emplois aux hommes, mais ont permis un accroissement de la division du travail et de cette façon un ré-investissement dans de nouvelles productions créatrices de nouveaux emplois.

2. L’argument du vol des cerveaux

Cet argument affirme que l'ouverture des marchés de l'emploi nationaux a pour conséquence que les travailleurs les plus compétents partent pour les marchés de l'emploi les plus rémunérateurs, laissant les marchés de l'emploi moins rémunérateurs sans travailleurs compétents. Cet argument semble plausible. Toutefois, ce risque de départ des travailleurs les plus compétents a bonnes conséquences, car il incite les États à améliorer leurs marchés de l'emploi et à être attractifs sur le plan de leurs conditions-cadres et les employeurs à augmenter la rémunération des salariés pour les inciter à rester. Par ailleurs, mieux vaut pour un pays un travailleur qui s'expatrie et trouve un emploi, qu'un travailleur qui reste au pays et ne trouve pas d'emploi, dépendant ainsi de la charité publique ou privée
28.

3. L’argument protectionniste de la balance déficitaire des échanges

Cet argument affirme que si un pays x importe davantage qu'il n'exporte, c'est à dire si un pays x a une balance des échanges déficitaire, alors c'est un problème car sa population produit moins. Ceci repose sur l'idée que dans l'idéal il vaut mieux exporter qu'importer. L'origine de cette idée est la doctrine mercantiliste qui affirmait qu'il faut exporter le plus possible et importer le maximum (dans leur optique, d'or et de métaux précieux).

Pour répondre à cet argument de la balance déficitaire des échanges, il convient de noter premièrement que si cette idée avait une quelconque valeur, alors on s'intéresserait aussi à la balance des échange entre cantons, entre communes, entre quartiers et,
in fine, entre individus. Or, l'idée qu'il faudrait veiller à ce que chaque individu ou chaque commune ait une balance des échanges équilibré avec chaque autre individu ou commune semble absurde29.

Deuxièmement, cette absurdité transparaît aussi si considère le cas hypothétique d'un pays pouvant importer beaucoup pour peu cher et produire juste le minimum dans des domaines de faible pénibilité du travail. En effet, on peine à voir où serait le problème d'une balance déficitaire des échanges dans ce cas là.
Quid de la population d'un pays qui importerait gratuitement l'ensemble de ses consommations et ne travaillerait pas ? Bien que totalement déficitaire dans sa balance des échanges, ne serait-elle pas gagnante d'une telle situation ? Ces exemples nous montrent, par l'absurde, pourquoi ce concept de balance des échanges est vide de sens.

Enfin, il faut rappeler que, comme le dit Jacobo Rodriguez, « it is individuals, not nations, that trade with one another
30 ». Cet aspect individuel des échanges nous ramène à l'argument du caractère mutuellement bénéfique des échanges volontaires exposé au point 2 et repris par Rodriguez : « The reason [individuals] exchange goods ans services is that they expect to benefit from the exchange, which necessarily implies that they value the goods and services they receive more than tose they give up31 ». 

4. Le libre-échange en matière de travail est injuste

Cet argument prend la formes suivante :

(1) Le libre-échange en matière de travail met en concurrence des travailleurs de pays différents.
(2) Les travailleurs de différents pays sont différents.
(3) La différence entre les travailleurs de différents pays fait qu'ils ne sont pas égaux pour l'accès aux emplois.
(4) L'inégalité entre travailleurs issus de pays différents pour l'accès aux emplois est injuste.
Conclusion : Le libre-échange en matière de travail est injuste.

Cet argument part d'une prémisse qui semble correct. En effet, la différence entre les individus, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur d'un pays, semble quelque chose de plausible. Toutefois, le fait que les individus soient différents, que des travailleurs de pays différents soient différents, et qu'ils soient en concurrence avec leurs différences, n'est pas quelque chose d'injuste. La différence c'est l'absence d'uniformité, c'est l'existence de différences d'aptitudes et de talents, et donc l'existence d'une inégalité des compétences (révélées, peut-être pas potentielles) entre individus. Or, c'est parce que tout le monde est différent en compétences et en aptitudes (révélées) que nous avons un intérêt à nous spécialiser et à échanger, c'est pour cela que le processus de division du travail présente un intérêt et permet un accroissement de la productivité
32. D'un point de vue conséquentialiste, ce qui est juste n'est donc pas de ne pas mettre en concurrence des travailleurs aux aptitudes différentes, mais au contraire de les mettre en concurrence pour permettre la division du travail et l'échange, c'est à dire pour permettre d'atteindre le niveau de productivité le plus élevé possible33.

En outre, si nous voulions des échanges entre individus égaux, entre agrégats d'individus (marchés des emplois nationaux) égaux, alors il faudrait (entre autres) égaliser les niveaux de revenu et de fortune entre tous. Or, les niveaux de productivité ne sont pas partout identiques et, par conséquent, en égalisant par la force revenus et fortunes on se retrouverait simplement avec des marchés sans incitations à produire efficacement et on obtiendrait un appauvrissement de la population mondiale.

Appendice : De la nature du raisonnement conséquentialiste

Dans ce travail, nous avons déployé un raisonnement conséquentialiste. Comme la logique formelle, la géométrie et les mathématiques, l'argumentation conséquentialiste est axiomatique et déductive : elle part de prémisses jugées évidentes pour en impliquer par déductions logiques des conclusions. Elle ressemble à ce que certains penseurs, comme Jean-Marc Daniel ou Ludwig von Mises, appelleraient peut-être de la théorie économique. Toutefois, ce n'est pas de la science économique au sens usuel du terme, car ce n'est pas un raisonnement inductif et empirique, - même si on pourrait certainement parvenir à de telles conclusions par inductions empiriques. Ainsi, ce raisonnement conséquentialiste – que certains, comme Mises, comme David Friedman, comme Sébastien Caré, nommeraient
utilitariste – semble donc s'apparenter à de la philosophie économique. Ce qui signifie qu'en partant d'une philosophie morale conséquentialiste appliquée à la philosophie politique, on parvient à la philosophie économique.

Un tel résultat peut ne pas nous surprendre. En effet, dans l'histoire des idées, que ce soit Adam Smith, John Stuart Mill, Karl Marx, Pierre-Joseph Proudhon, Murray Rothbard, ou même John Rawls avec son
principe de différence, on se meut toujours entre les genres, entre philosophie morale et philosophie économique. Un tel constat soulève des questions sur l'étanchéité du cloisonnement entre philosophie morale, philosophie politique et philosophie économique.

Conclusion

Pour conclure ce travail,
je me propose d'aborder une autre perspective éthique : celle de l'égalité universelle en droits entre les individus. A partir de cette prémisse morale, demandons-nous : pourquoi, du fait de l'appartenance nationale à un État-nation donné, un individu aurait-il un droit supérieur à des individus non membres de cet État-nation à un emploi sur ce territoire nationale ? Si on part du principe que les individus sont tous égaux en droits, indépendamment de leur nationalité, alors il ne semble pas y avoir de raison de hiérarchiser leur droit à accéder à un marché du travail en fonction du critère de la nationalité. L'égalité universelle en droits entre individus signifie donc, au moins, impartialité étatique vis à vis d'eux et de leurs caractéristiques particulières, et non distribution de privilèges à certains. Dans cette perspective, la discrimination légale, étatique, sur la base de la nationalité quant à l'accès au marché de l'emploi, est donc en fait une position nationaliste qui s'oppose à une position égalitaire.

 

 

 

1 Une telle argumentation conséquentialiste s'inscrit dans la lignée de celles articulées par des théoriciens comme Ludwig von Mises, Milton Friedman et David Friedman.

2 Il s'agit donc d'un conséquentialisme de la règle (rules-consequentialism).

3 NORTH Gary, The statist propositions of protectionism, Mises Institute, [https://mises.org/library/statist-propositions-protection...], August 6 2012.

4 BASTIAT Frédéric, Protectionnisme et communisme, Bastiat.org, [http://bastiat.org/fr/protectionisme_et_communisme.html], janvier 1849.

5 Comme le dit Jason Brennan : « An immigration restriction does not simply interfere with a would-be-immigrant ; it also prohibits citizens from hiring her. » in BRENNAN Jason, “America first !” doesn't justify immigration restrictions or protectionism, Bleeding Heart Libertarians, [http://bleedingheartlibertarians.com/2017/01/america-firs...], January 30 2017.

6 AKERS Becky, Can we tell those huddled masses to scram? Immigration and the constitution, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/can-we-tell-those-huddled-masses...], November 1 2016.

7 Il n'est pas possible d'affirmer que l'échange volontaire est toujours a posteriori positif, car la possibilité d'une anticipation erronée des fruits de l'échange est plausible. Ceci étant dit, si les anticipations erronées étaient la norme, alors l'échange n'aurait pas lieu, ce qui n'est empiriquement pas le cas. On peut par contre affirmer que l'échange volontaire est toujours hic et nunc subjectivement positif et a posteriori en général positif.

8 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

9 REED Lawrence, The case against protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-case-against-protectionism/], (original publication October 1980) July 1 2016.

10 LASSUDRIE-DUCHÊNE Bernard ÜNAL-KESENCI Deniz, L'avantage comparatif, notion fondamentale et controversée, [http://www.cepii.fr/PDF_PUB/em/2002/em2002-08.pdf], Editions La Découverte, Paris, 2001, p.90-104.

11 FRENCH Douglas, Immigrants probably built your home, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/immigrants-probably-built-your-home/], February 24 2017.

12 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

13 BOURNE Ryan, Trump is wrong: protectionism leads to misery, not prosperity, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/trump-wrong-...], January 24 2017.

14 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

15 RODRIGUEZ L. Jacobo, An export that developing countries don't need, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/export-devel...], unknown date.

16 LINCIOME Scott, The truth about trade, Cato Institute,[https://www.cato.org/publications/commentary/truth-about-...], April 11 2016.

17 NORASTEH Alex, Employment-based Green Cards are mostly used by family members, Cato Institute, [https://www.cato.org/blog/employment-based-green-cards-ar...], July 7 2016.

18 NORASTEH Alex, Three ways to improve employment-based Green Cards, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/three-ways-i...cards], November 9 2015.

19 NORASTEH Alex, Boost high skilled immigration, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/cato-online-forum/boost...], November 2014.

20 LINCIOME Scott, The truth about trade, Cato Institute,[https://www.cato.org/publications/commentary/truth-about-trade], April 11 2016.

21 SENNHOLZ F. Hans, Protectionism, old and new, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-old-and-new/], August 1 1995.

22 ROTHBARD Murray, The ricardian law of comparative advantage, Mises Institute, [https://mises.org/library/ricardian-law-comparative-advan...], (original publication 1995), April 26 2012.

23 PAUL Ron, The case for free trade, Mises Institute, [https://mises.org/library/case-free-trade], September 1 1981.

24 KEARL J.R., Protectionism: the myths, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-the-myths/], October 1 1986.

25 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

26 WOOSTER Morse Martin, Why globalization works, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/why-globalization-works/], July 13 2010.

27 SENNHOLZ F. Hans, Protectionism, old and new, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-old-and-new/], August 1 1995.

28 MCAFFREY Matthew, Mises on protectionism and immigration, Mises Institute, [https://mises.org/library/mises-protectionism-and-immigra...], 27 January 2016.

29 Dilorenzo J. Thomas, The political economy of protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-political-economy-of-protect...], July 1 1988.

30 RODRIGUEZ L. Jacobo, An export that developing countries don't need, Cato Institute, [https://www.cato.org/publications/commentary/export-devel...], unknown date.

31 Idem.

32 REED Lawrence, The case against protectionism, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/the-case-against-protectionism/], (original publication October 1980) July 1 2016.

33 WOOSTER Morse Martin, Why globalization works, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/why-globalization-works/], July 13 2010.

 

 

 

 

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- ROTHBARD Murray, Smashing protectionist “theory” (again), Mises Institute, [https://mises.org/library/smashing-protectionist-theory-a...], (original publication 1995),

November 15 2011.

 

- ROTHBARD Murray, The ricardian law of comparative advantage, Mises Institute, [https://mises.org/library/ricardian-law-comparative-advan...], (original publication 1995), April 26 2012.

 

- SALERNO T. Joseph, Grading Trump's economic policy, Mises Institute, [https://mises.org/library/grading-trumps-economic-policy], September 15 2016.

 

- SENNHOLZ F. Hans, Jobs and trade, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/jobs-and-trade/], July 1 1996.

 

- SENNHOLZ F. Hans, Protectionism and unemployment, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-and-unemployment/], March 1 1985.

 

- SENNHOLZ F. Hans, Protectionism, old and new, Foundation for Economic Freedom, [https://fee.org/articles/protectionism-old-and-new/], August 1 1995.

 

- TESON Fernando, Bad ideas about trade, Bleeding Heart Libertarians, [http://bleedingheartlibertarians.com/2015/05/bad-ideas-ab...], May 10 2015.

 

- TUCKER Jeffrey, Protectionism and my stuffy nose, Mises Institute, [https://mises.org/library/protectionism-and-my-stuffy-nose], December 26 2007.

 

- WOOSTER Morse Martin, Why globalization works, Foundation for Economic Freedom,[https://fee.org/articles/why-globalization-works/], July 13 2010.

 

 

 

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25/07/2017

Les anarchismes socialistes les moins éloignés du libéralisme

 

Il existe plusieurs modèles théoriques possibles d'anarchisme socialiste. Certains sont très éloignés du libéralisme et d'autres beaucoup moins. Je les ai simplifiés et classés, ci-dessous, du plus éloigné au moins éloigné du libéralisme.

1. L'anarchisme communiste :

Après la suppression de l'Etat et la collectivisation des moyens de production par le prolétariat, organisation de la société par la démocratie directe (éventuellement avec des délégations par mandat impératif) et planification collective démocratique totale de la production (et donc de ce qui sera consommé). Le salariat est interdit (car considéré, pour diverses raisons, comme éthiquement inacceptable) et l'auto-entrepreneuriat aussi (car trop individualiste, puisqu'étant incompatible avec la planification collective totale de la production).

2. L'anarchisme socialiste :

Après la suppression de l'Etat et la collectivisation des entreprises par le prolétariat, organisation de la société par la démocratie directe (éventuellement avec des délégations par mandat impératif) et planification démocratique partielle de la production. Une partie de la production est donc laissée à la libre décision des individus (c'est à dire au marché) et non au corps collectif. Le salariat est interdit (car considéré, pour diverses raisons, comme éthiquement inacceptable), mais pas l'auto-entrepreneuriat puisqu'il existe un marché où ils peuvent produire certains biens ou services.

3. L'anarchisme socialiste raffiné :

Après la suppression de l'Etat et l'expropriation des entreprises par le prolétariat, les entreprises deviennent des coopératives autogérées. Liberté est donnée aux coopératives autogérées de produire ce que bon leur semble (autrement dit, le marché libre détermine la production). Le salariat est interdit (car considéré, pour diverses raisons, comme éthiquement inacceptable), mais pas l'auto-entrepreneuriat.

4. L'anarchisme socialiste ultra-raffiné :

L'anarchisme socialiste ultra-raffiné considère soit que la distribution actuelle de la propriété est le résultat de l'agression ou de l'Etat (la rendant ainsi illégitime), soit qu'il est impossible de déterminer exactement quelle portion de la propriété actuelle est le résultat de l'agression ou de l'Etat mais que cette portion est suffisante pour rendre illégitime l'ensemble de la distribution actuelle de la propriété. Par conséquent, il défend la suppression de l'Etat et la redistribution de l'ensemble de la propriété actuelle à tout le monde de manière égalitaire. Ceci étant réalisé, tout le monde fait ce qu'il veut (dans le respect du principe de non agression) et on parvient à ce que les libéraux considèrent comme un marché réellement libre. Le salariat et l'auto-entrepreneuriat sont autorisés.

5. L'anarchisme socialiste ultra-raffiné pragmatique :

Identique à l'anarchisme socialiste ultra-raffiné, sauf qu'il se contente de prôner la redistribution de la propriété des grandes entreprises (voire des plus riches). Après redistribution de cela, tout le monde fait ce qu'il veut (dans le respect du principe de non agression) et on parvient à un marché libre. Le salariat et l'auto-entrepreneuriat sont autorisés.

 

 

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03/07/2017

Qu'est ce que la praxéologie de Ludwig von Mises ?

 

 

Je vous partage aujourd'hui un travail que j'ai rédigé pour un séminaire de philosophie des sciences sociales. En espérant qu'il vous intéressera, je vous souhaite une bonne lecture. AF

 

 

Introduction

 

Dans son ouvrage Philosophy of Social Science1, le philosophe Alexander Rosenberg divise les approches qui ont été employées dans les sciences sociales entre deux grandes catégories, le naturalisme2 et l'interprétationalisme3. La première est la méthode hypothético-déductiviste4, employée avant tout dans les sciences naturelles (physique, chimie, biologie, etc.), mais aussi dans les sciences sociales5, tandis que la seconde fait référence à la méthode se donnant pour but d'interpréter les données empiriques en les rendant intelligibles et compréhensibles, sans chercher à en induire des tendances ou des lois déterminant les phénomènes sociaux. L'ambition du présent travail est d'explorer une approche particulière employée dans les sciences sociales qui prétend se démarquer à la fois de la méthode naturaliste et à la fois de la méthode interprétationaliste. Cette approche, qualifiée de praxéologie, c'est-à-dire de science de la praxis6, est celle utilisée et développée par Ludwig von Mises7 (1881-1973), père de l'Ecole autrichienne d'économie qui fut le professeur de figures éminentes comme le Prix Nobel d'économie Friedrich Hayek8 ou le philosophe politique Murray Rothbard9. Elle a été développée dans son ouvrage majeur, l'Action Humaine10, et prend la forme d'un axiomatico-déductivisme. Dans ce travail, je commencerai par présenter la méthode praxéologiste de Mises, sa structure, ses diverses composantes et leur articulation. Puis, dans un second temps, je me demanderai si cette méthode axiomatico-déductiviste diverge véritablement de la méthode naturaliste et de la méthode interprétationaliste. Après avoir montré que la praxéologie incarne un certain type d'interprétationalisme, prenant la forme d'une théorie du choix rationnel, je m'interrogerai sur les spécificités et singularités de la praxéologie par rapport aux autres méthodes employées dans les sciences sociales, notamment par rapport aux autres théories du choix rationnel.

 

Ce présent travail n'a pas été mené comme une défense d'une thèse, mais comme une enquête sur la nature d'une méthode en sciences sociales, la praxéologie, à l'aune de l'ouvrage de réflexion sur les sciences sociales, susmentionné, qu'a écrit Alexander Rosenberg. Parce que je considère qu'une telle manière de rédiger un essai de philosophie fait sens11, ou du moins a sa place au sein de la rédaction philosophique, parce que cela rend bien la démarche qui a été la mienne, et parce que j'y vois un gain de lisibilité et de clarté, j'ai gardé à cet essai une forme d'enquête plutôt que de démonstration d'une thèse.

 

I. La science de l'action humaine selon Ludwig von Mises

 

La méthode praxéologiste de Mises consiste (1) à identifier un axiome fondamental concernant l'être humain, (2) à poser un certain nombre de propositions, dont la vérité serait évidente12 (vraies par elles-mêmes), et donc axiomatiques, caractérisant toute action humaine, (3) à déduire d'autres propositions par implication logique à partir de ce socle d'axiomes, et (4) à ajouter des données portant sur l'environnement dans lequel surviennent les actions humaines. Dans cette partie, je vais revenir successivement sur chacun de ces quatre points et les développer.

 

1. L'axiome fondamental de la praxéologie

 

Toute la réflexion de Mises part du constat que l'être humain agit. Ce constat est un constat logique, car si les individu existent, cela signifie qu'ils agissent. Ils pourraient certes ne pas agir, mais alors ils n'existeraient pas, car la non action signifie la mort (la non existence). En effet, comme le dit Mises : « L'impulsion à vivre, à préserver sa propre existence, et à tirer parti de toute occasion de renforcer ses propres énergies vitales, est un trait foncier de la vie, présent en tout être vivant. Cependant, céder à cette impulsion n'est pas — pour l'homme — une irrésistible nécessité. (…) L'homme est capable de mourir pour une cause, ou de se suicider. Vivre est, pour l'homme, un choix résultant d'un jugement de valeur13. » Or, les individus existant bel et bien14, on doit en conclure qu'ils agissent.

En outre, la proposition que les individus agissent est une proposition apodictique, puisque l'affirmation de sa négation par x revient à ce que x s'auto-réfute. En effet, lorsque x affirme que x n'agit pas, alors que affirmer que p est une action, x s'auto-réfute.

Les caractéristiques que Mises associe au fait d'agir (à l'agir humain en tant que tel) sont des axiomes secondaires, dérivés de l'axiome fondamental du fait même d'agir. Pour des raisons de simplicité, je parlerai néanmoins d'axiomes pour désigner ces axiomes secondaires à la suite dans ce travail. Ce sont eux que nous allons étudier dans la partie suivante.

 

2. Les axiomes de la praxéologie


Dans son étude de l'action humaine, Mises ne s'intéresse pas à ce qui précède l'action, comme les croyances, les désirs ou tout autre état psychologique,
car comme il le dit : « Le domaine de notre science est l'action de l'homme, non les événements psychologiques qui aboutissent à une action15. » Mises s'intéresse à l'action humaine elle-même et aux propriétés inhérentes à cette l'action. Il considère en effet qu'il existe des caractéristiques présentes de manière universelle16 dans toute action humaine et parle ainsi de « l'immutabilité et de l'universalité des catégories de pensée et d'action17 » propre à ce « qui est commun à tous — à savoir la structure logique de l'esprit humain18. » Parce qu'il y a une structure logique universellement présente chez tous les êtres humains, il est donc possible selon lui d'identifier des caractéristiques communes à l'action de ces êtres humains. Et cette identification peut se faire par le biais de l'introspection19. Il présente cet usage de l'introspection pour accéder à cette connaissance de la façon suivante : « C'est une connaissance qui est nôtre parce que nous sommes des hommes. (...) La seule route de la cognition (...) est l'analyse logique de notre connaissance inhérente de la catégorie de l'agir. Nous devons nous penser nous-mêmes et réfléchir à la structure de l'agir humain. Comme pour la logique et les mathématiques, la connaissance praxéologique est en nous ; elle ne vient pas du dehors20. » Cet emploi de l'introspection pour découvrir des connaissances sur le fonctionnement du monde social n'est pas sans rappeler ce que Rosenberg appelle la folk psychology21, cet ensemble de connaissances présent chez les individus qui leur permet de naviguer, relativement harmonieusement et efficacement, au sein du monde social et d'interargir avec les autres individus. Mais cette parenté entre la folk psychology et les axiomes de Mises s'arrête là car ce dernier ne s'intéresse pas aux catégories psychologiques de la croyance et du désir, qui sont au cœur de la réflexion de Rosenberg22, ni à aucune catégorie psychologique en tant que telle, mais à l'action humaine et à ses caractéristiques universelles.

 

Voici, ci-dessous, les six caractéristiques universelles de l'action humaine que Mises identifie (par introspection) et qui forment la base de la praxéologie :

 

(1) « Agir est employer des moyens pour atteindre des fins23. »

(2) « De deux choses qu'il ne peut avoir ensemble, il choisit l'une et renonce à l'autre. L'action, donc, implique toujours à la fois prendre et rejeter24. »

(3) « L'homme qui agit désire fermement substituer un état de choses plus satisfaisant, à un moins satisfaisant. (...) Le mobile qui pousse un homme à agir est toujours quelque sensation de gêne25. »

(4) « Son esprit imagine des conditions qui lui conviendront mieux, et son action a pour but de produire l'état souhaité26. »

(5) « Mais pour faire agir un homme, une gêne et l'image d'un état plus satisfaisant ne sont pas à elles seules suffisantes. Une troisième condition est requise : l'idée qu'une conduite adéquate sera capable d'écarter, ou au moins de réduire, la gêne ressentie27. »

(6) « Ce qui fait qu'un homme se sent plus ou moins insatisfait de son état est établi par lui par référence à son propre vouloir et jugement, en fonction de ses évaluations personnelles et subjectives28. »


Comme on peut le voir ci-dessus, Mises ne s'intéresse pas à la catégorie de la croyance. Toutefois, il intègre la catégorie de désir dans sa réflexion à travers les points (3), (4), (5) et (6). Je reviendrai sur cette conceptualisation du désir par la suite.

 

On peut reformuler ces six propositions axiomatiques, composant les fondements de la praxéologie de Mises, de manière plus concise de la façon suivante :


(1') Lorsque x agit, x utilise des moyens pour atteindre des fins.

(2') Entre plusieurs fins mutuellement excluantes, x discrimine parmi ces fins.

(3') Lorsque x agit, x désire toujours minimiser sa désutilité.

(4') Si x agit, alors x a imaginé un état de fait supérieurement désirable à l'état de fait préalable.

(5') Si x agit, alors x pense que son action permet de réaliser (3').

(6') Le contenu de l'utilité de x est subjectif (relatif) à x.


Ce qui fait, selon Mises, que ces propositions sont des axiomes, c'est
leur caractère apodictique, c'est-à-dire que « tout essai pour les prouver doit s'appuyer implicitement sur leur validité29 ». Par conséquent, nier une de ces propositions revient selon lui à affirmer la validité de la dite proposition dans le même temps et, ainsi, à s'auto-réfuter. C'est à partir de ces six caractéristiques fondamentales de l'action humaine que Mises déduit, par implication logique, un ensemble de déductions qui forment le corps de sa science de l'action humaine.

 

3. Les déductions praxéologiques


Mises présente sa méthode axiomatico-déductive de la façon suivante : « Le raisonnement aprioristique est purement conceptuel et déductif. (...) Toutes ses implications sont logiquement dérivées des prémisses et y étaient déjà contenues30. » A partir de ses six axiomes, présentés dans la partie précédente, il déduit un grand nombre de propositions portant sur les caractérisiques de l'échange31, de la division du travail32, de la monnaie33, du marché34, des prix35, etc. Cette méthode, qu'il assimile de manière analogique à la logique, aux mathématiques36 et à la géométrie, permet un gain de connaissance qu'il défend de la façon suivante : « La connaissance tirée de raisonnements purement déductifs est elle aussi créatrice, et ouvre à notre esprit des sphères jusqu'alors inabordables. La fonction signifiante du raisonnement aprioristique est d'une part de mettre en relief tout ce qui est impliqué dans les catégories, les concepts et les prémisses ; d'autre part, de montrer ce qui n'y est pas impliqué. Sa vocation est de rendre manifeste et évident ce qui était caché et inconnu avant37. »
C'est de cette façon que Mises entend découvrir des lois a priori gouvernant le monde social, les actions humaines et les interactions entre individus (il parle des « lois de l'agir humain et de la coopération sociale38 »), découlant logiquement de la nature de l'action humaine et de ses attributs fondamentaux. Toutefois, Mises ne se limite pas à ses axiomes pour déduire l'ensemble de son système de propositions, mais fait intervenir aussi des données supplémentaires lorsqu'il applique sa méthode praxéologique à un champ spécifique de l'action humaine qui est celui de l'économie39 (qu'il appelle, lui, la catallactique40).

 

4. Les données supplémentaires


Mises admet que dans le cadre de la science économique, c'est-à-dire de l'application de la praxéologie au champ des activités humaines à caractère économique, il est nécessaire d'introduire « des données concrètes dans son raisonnement41 ». Mises affirme par exemple que le « monde réel est conditionné par la désutilité du travail42 ». Il ajoute que la connaissance de cette donnée lui est fournie de la façon suivante : « L'expérience enseigne qu'il y a désutilité du travail. Mais elle ne l'enseigne pas directement. Il n'y a pas de phénomène qui se manifeste en tant que désutilité du travail. Il y a seulement des données d'expérience qui sont interprétées, sur une base de connaissance aprioriste, comme signifiant que les hommes considèrent le loisir — c'est-à-dire l'absence de travail — toutes choses égales d'ailleurs, comme une situation plus désirable que la dépense de travail43. » Il semble
rait donc que si les axiomes de la praxéologie (c'est-à-dire) l'axiome fondamental et les six axiomes secondaires) sont obtenus par introspection, que les autres propositions de son système sont obtenues par déduction logique à partir des axiomes, les données supplémentaires portant sur les caractéristiques basiques du monde réel, sont, elles, obtenues par l'expérience individuelle, ce qui s'apparente probablement à une forme d'inductivisme non scientifique (que l'on pourrait appeler en anglais folk inductivism). Une telle méthode de collecte de données soulève la question de savoir à quel point ces données supplémentaires sont sélectionnées de manière fondée et à quel point cette sélection relève de l'arbitraire. Il y a a un aspect quelque peu surprenant dans l'introduction de cette utilisation d'une forme d'inductivisme individuel, alors que Mises affirme par la suite un rejet drastiquee de l'inductivisme comme méthode scientifique en matière de phénomènes sociaux. Malheureusement, il ne me semble pas que Mises propose une réponse à cette potentielle contradiction entre son utilisation d'une forme d'inductivisme et son rejet proclamé de cette méthode.

 

A présent que nous avons vu comment est constituée la science de l'action humaine de Ludwig von Mises, je me propose de voir si elle tombe sous la définition du naturalisme ou de l'interprétationalisme, ou si elle incarne une méthode indépendante des deux autres. Ce sera le propos de la partie suivante de ce travail.

 

II. Praxéologie, naturalisme et interprétationalisme


Dans cette partie, je vais comparer la praxéologie de Mises avec le naturalisme et l'interprétationalisme, telles que définies par Alexander Rosenberg, et essayer de déterminer si elle tombe sous la définition de l'une des deux méthodes.

 

1. Praxéologie et naturalisme


Le naturalisme est la méthode employée dans les sciences naturelles,
l'hypothético-déductivisme ou logico-positivisme, appliquée à l'étude des phénomènes sociaux. Le naturalisme prend la forme d'un protocole de recherche composé des étapes suivantes44 : l'observation empirique (c'est-à-dire le recueil de données brutes), l'induction d'hypothèses à partir des données empiriques recueillies, la déductions de tests empiriques (de prédictions empiriques), l'expérimentation pour vérification des prédictions empiriques, et, finalement, la constatation de la corroboration ou de l'infirmation de l'hypothèse testée. En cas d'infirmation, l'hypothèse peut être modifiée ou rejetée, partiellement ou entièrement. En cas de corroboration, de nouveaux tests, sous de nouvelles conditions, doivent en général être expérimentés, pour renforcer la corroboration de l'hypothèse. Il me semble plutôt évident que la praxéologie de Mises n'est pas un naturalisme puisqu'elle ne prend pas la forme d'une telle méthode : il n'y a pas de recueil de données empiriques brutes, il n'y a pas d'induction mais de l'introspection, il n'y a pas d'hypothèses à tester empiriquement mais des axiomes universellement valables, il n'y a pas de prédictions empiriques testables mais des déductions logiques à partir des axiomes, etc. Je me contenterai par conséquent de mentionner le rejet explicite de Mises de la validité de cette méthode en ce qui concerne le domaine de l'action humaine : « Aucune expérimentation de laboratoire ne peut être exécutée en ce qui concerne l'action de l'homme. Nous ne sommes jamais en mesure d'observer le changement d'un seul élément, toutes les autres circonstances impliquées dans l'événement restant inchangées. L'expérience historique, expérience de phénomènes complexes, ne nous présente pas des faits au sens où les sciences naturelles emploient ce terme pour désigner des événements isolés éprouvés par expérimentation. L'information fournie par l'expérience historique ne peut être employée comme matériau pour construire des théories et prédire des événements futurs. Chaque expérience historique est susceptible d'interprétations diverses, et en fait elle est interprétée de différentes manières45. » Ce rejet du naturalisme implique un rejet de la conception du progrès scientifique, tel que défendu par un logico-positiviste comme Karl Popper, comme falsification d'un nombre croissant de théories et d'hypothèses46, où l'on se rapproche de la vérité en réduisant le nombre d'explications potentiellement valables. La conception du progrès selon la praxéologie réside, quant à elle, dans l'affinement et le raffinement de ce que sont ou ne sont pas les implications de l'axiome fondamental de l'action humaine et de ses axiomes secondaires (c'est-à-dire dans la meilleure compréhension de ce qu'est l'agir humain et ses caractéristiques fondamentales).

 

Ceci étant posé, c'est à présent la question de savoir si la praxéologie est un interprétationalisme ou non qui va nous intéresser.

 

2. Praxéologie et interprétationalisme


Alexander Rosenberg définit l'interprétationalisme comme l'approche suivante
en sciences sociales : « The social sciences seek to explain behavior by rendering it meaningful or intelligible. They uncover its meaning, or significance, by interpreting what people do47. » Dans cette partie, nous allons voir dans un premier temps comment Mises affirme se démarquer d'une telle approche (2.1). Dans un second temps, je me demanderai si l'approche de Mises n'est pas néanmoins une forme d'interprétationalisme et, plus précisément, une théorie du choix rationnel (2.2).

 

2.1 Le rapport entre la praxéologie et l'interprétationalisme selon Mises


Mises considère qu'il y a deux sciences de l'action humaine : la praxéologie et l'histoire48.
Par ailleurs, toutes les sciences sociales49, en dehors de la praxéologie, sont selon lui de l'histoire. Voici comment il définit l'histoire : « L'histoire est le rassemblement et l'arrangement systématique de toutes les données d'expérience concernant les actions des hommes. Elle traite du contenu concret de l'agir humain. Elle étudie toutes les entreprises humaines dans leur multiplicité et leur variété infinies, et toutes les actions individuelles avec leurs implications accidentelles, spéciales, particulières50. » Mises réduit donc tout interprétationalisme à l'histoire, et s'en démarque en mettant en évidence que l'histoire étudie des contextes particuliers, tandis que sa méthode correspond à l'étude des caractéristiques universellement présentes de l'action humaine. Il affirme ainsi : « La praxéologie est une science théorique et systématique, non une science historique. Son champ d'observation est l'agir de l'homme en soi, indépendamment de toutes les circonstances de l'acte concret, qu'il s'agisse de cadre, de temps ou d'acteur. Son mode de cognition est purement formel et général, sans référence au contenu matériel ni aux aspects particuliers du cas qui se présente51. » Autrement dit, l'histoire est particulariste et contextuelle tandis que la praxéologie est universelle et a-contextuelle. Une telle démarcation entre la praxéologie et les sciences sociales semble correcte, pour autant qu'on admette (1) que l'histoire est étude de contextes particuliers et non recherche de tendances historiques probabilistes et (2) que toutes les sciences sociales sont réductibles à l'histoire. Comme le premier point me semble plausible je ne m'y attarderai pas52. C'est le second point que je vais aborder dans la partie suivante du travail (2.2) en étudiant le cas de la théorie du choix rationnel, telle que présentée par Rosenberg. Car si la praxéologie est une théorie du choix rationnel, alors cela signifie qu'elle est une forme d'interprétationalisme, malgré les dénégations de Mises et malgré sa volonté de démarquer sa méthode des autres méthodes employées en sciences sociales.

 

2.2 La praxéologie est-elle une théorie du choix rationnel ?

 

Dans cette partie, je me demanderai si la praxéologie est une théorie du choix rationnel en étudiant deux convergences probables qui sont : leur théorie respective de l'utilité (2.21) et la méthode axiomatico-déductiviste (2.22).

 

2.21 Praxéologie et théorie de l'utilité


Les théories du choix rationnel,
qui composent la science économique (non inductiviste), sont interprétationalistes, au sens de Rosenberg, car elles cherchent à expliquer les actions des individus à travers des modèles qui les rendent intelligibles et explicables. Elles reposent sur une réduction du moteur de l'action individuelle (ce qui motive l'action individuelle) au comportement rationnel individuel, et du comportement rationnel individuel à la maximisation individuelle de son utilité. Autrement dit, tous les désirs des individus sont réduits à des comportements maximisant l'utilité individuelle. Comme le dit Rosenberg : « Rationality was (...) defined as the maximization of available utility, and all agents were assumed to be rational53. » Nous l'avons vu plus haut, Mises s'appuie sur un axiome, qui me semble symétriquement similaire, qui est celui de la minimisation de la désutilité54. On peut ici observer, par conséquent, une convergence de vue entre lui et les théoriciens du choix rationnel sur ce point. Rosenberg mentionne aussi sur ce sujet que les théories du choix rationnel s'appuient sur des conceptions ordinales55 ou cardinales56 de l'agent maximizer d'utilité, la conception cardinale de l'utilité impliquant aussi la transitivité des préférences57. Or, Mises défend une conception cardinale de l'utilité58. En conséquence de quoi, la praxéologie de Mises semble avoir la forme d'une théorie du choix rationnel, telle que décrite par Rosenberg, arc-boutée sur une théorie de l'utilité cardinale (bien qu'il faille rappeler que Mises parle d'agent minimizer de sa désutilité plutôt que maximizer de son utilité). Ces constatations, bien que nécessaires à l'établissement d'une identité méthodologique entre théorie du choix rationnel et praxéologie, ne sont pas suffisantes, et il convient d'aborder un autre élément potentiel de convergence méthodologique qui est celui du caractère axiomatico-déductiviste de la praxéologie.


2.22 Théorie du choix rationnel et axiomatico-déductivisme

 

La question qui va nous intéresser à présent est la suivante : les théories du choix rationnel sont-elles des axiomatico-déductivismes, comme la praxéologie de Mises ? Rosenberg répond à cette interrogation par l'affirmative de la façon suivante : « Mathematical economists were able to show that most of the important results of theoretical economics (...) could be derived from a set of assumptions about rational choice59. » Ainsi, bien qu'une « assumption » n'atteigne pas forcément un même degré de certitude qu'un axiome60, il semblerait que la praxéologie ne soit pas une méthode aussi originale que Mises le supposait, mais une forme de théorie du choix rationnel, et donc d'interprétationalisme. On peut certes en profiter pour distinguer entre deux interprétationalismes : un interprétationalisme comme démarche interprétative pure de données empiriques (c'est ce que fait l'historien face à des sources historiques ou l'anthropologue face à des objets trouvés d'une culture étrangère) et un interprétationalisme axiomatico-déductiviste qui pose des axiomes et en déduit des propositions sur le fonctionnement des phénomènes sociaux (c'est ce que font les modèles des théories du choix rationnel et la praxéologie).

 

Puisque la praxéologie de Mises est une théorie du choix rationnel, la question suivante qui se pose ensuite consiste à se demander si la praxéologie de Mises peut répondre aux critiques de Rosenberg à l'encontre des théories du choix rationnel (2.3). C'est ce point qui sera abordée dans la partie suivante du travail.

 

2.3 La praxéologie face à la critique rosenbergienne de la théorie du choix rationnel


La plupart des critiques que Rosenberg formule à l'encontre des théories du choix rationnel ne concernent pas la théorie
praxéologique de Mises. En effet, en postulant le caractère totalement subjectif des croyances, des désirs et des préférences des individus, Mises ne rentre pas dans le débat concernant la relation entre croyances, désirs et actions. Mais il y a tout de même une critique de Rosenberg qui concerne la construction théorique de Mises et c'est sa critique de la théorie de l'individu comme maximizer de son utilité, qui concerne la position symétrique de Mises selon laquelle l'individu est minimizer de sa désutilité.

 

Rosenberg affirme en effet que :


« There is a much more immediate problem facing rational choice theory : the trouble with the claim that all economic agents are (...) utility maximizers is that it just seems false. People frequently seem to do things that preclude the maximization of their utility. Consider acts of altruism, charity, or the frequent willingness to settle for good enough when the best may well be available61. »


Rosenberg ajoute qu'en conséquence la théorie de l'individu comme
maximizer de son utilité est « unfalsifiable, (...) false or vacuously true62 ». Mises répond à ces critiques de la façon suivante. Premièrement, il nie toute compétence à un observateur extérieur à x pour se prononcer sur le caractère valable, désirable ou rationnel des actions des désirs et des préférences de x :


« La fin ultime de l'action est toujours la satisfaction de quelque désir de l'homme qui agit. Comme personne n'est en mesure de substituer ses propres jugements de valeur à ceux de l'individu agissant, il est vain de porter un jugement sur les buts et volitions de quelqu'un d'autre. Aucun homme n'est compétent pour déclarer que quelque chose rendrait un homme plus heureux ou moins insatisfait. Le critiqueur tantôt nous dit ce qu'il croit qu'il prendrait pour objectif s'il était à la place de l'autre ; tantôt, faisant allègrement fi dans son arrogance dictatoriale de ce que veut et désire son semblable, il décrit l'état du critiqué qui serait le plus avantageux pour le critiqueur lui-même63. »


Deuxièmement, Mises nie que des comportements altruistes ou charitables soient des comportements individuels qui ne visent pas à maximiser son utilité ou à minimiser sa désutilité.


« Établir [que le but ultime de l'action de l'homme est toujours la satisfaction d'un sien désir] ne se rattache en aucune façon aux antithèses entre égoïsme et altruisme, entre matérialisme et idéalisme, individualisme et collectivisme, athéisme et religion. Il y a des gens dont le but unique est d'améliorer la condition de leur propre ego. Il en est d'autres chez qui la perception des ennuis de leurs semblables cause autant de gêne, ou même davantage, que leurs propres besoins64. »


Toutefois, il faut noter une différence entre ce que critique Rosenberg et ce que défend Mises : Mises ne considère pas que les individus maximisent leur utilité quand ils agissent, mais seulement qu'ils
cherchent à maximiser leur utilité / minimiser leur désutilité, sans prétendre aucunement qu'ils y parviennent automatiquement. Autrement dit, Mises admet la possibilité de l'échec de l'individu à maximiser son utilité / minimiser sa désutilité : x peut souhaiter obtenir A, parce qu'il pense que cela maximise son utilité, en faisant B, et échouer à obtenir A. Cet échec n'annule pas le caractère rationnel de l'action, mais met simplement en évidence que l'action de x est rationnel à l'instant t où x agit, mais pas forcément à l'intant t + 1, après que x a eu, par exemple, accès à de nouvelles informations (par exemple sur le caractère approprié ou non de l'usage du moyen B pour obtenir A). Ce décalage entre ce qui est souhaité, l'action entreprise pour obtenir ce qui est souhaité, et ce qui est obtenu finalement, fait dire à Mises que les individus vivent dans un état d'incertitude et qu'ils agissent toujours en spéculateur65 : c'est-à-dire qu'ils cherchent toujours à anticiper du mieux possible ce que sera le futur et adaptant leurs actes à ces anticipations.


Les arguments présentés ci-dessus renforcent
selon moi la théorie de l'utilité de Mises. Toutefois, ils ne répondent pas à la critique rosenbergienne d'infalsifiabilité et de vacuité véridique (to be vacuously true)66. Cependant, il me semble que l'on peut répondre à ces critiques (1) que la théorie de l'utilité de Mises n'est visiblement pas vide puisqu'elle permet de parvenir à des conclusions instrumentalement efficaces, compte tenu de sa capacité à expliquer le fonctionnement de l'économie de marché notamment, et (2) que l'infalsifiabilité n'est peut-être pas un critère de rejet pertinent d'une théorie hors du domaine des sciences naturelles. A vrai dire, à partir du moment où on sort d'un cadre de recherche naturaliste (logico-positiviste) et que l'on entre dans un cadre de recherche interprétationaliste, on peut plausiblement supposer que les critères pour évaluer la réussite ou le succès d'une théorie changent (à autre méthode, autres critères d'évaluation du succès de la méthode). Par conséquent, le caractère falsifiable d'une théorie n'est peut être pas un critère valable dans le cadre de recherche interprétationaliste pour évaluer si une théorie est scientifiquement relevante67. Selon moi, ces éléments de réponse sont suffisants pour que l'on puisse considérer que la théorie misesienne de l'utilité résiste à la critique de Rosenberg.


La question suivante qui m'intéressera concerne la nature de la praxéologie de Mises :
car si on peut considérer que la méthode praxéologique est une forme de théorie du choix rationnel, il est possible qu'elle diffère, sous certains aspects, des théories du choix rationnel présentées par Rosenberg, et ce sont ces aspects qu'il s'agit à présent d'identifier.

 

III. La singularité de la praxéologie de Mises


Qu'est ce qui distingue la praxéologie misesienne des autres théories du choix rationnel ? Dans cette partie, je me propose d'explorer une possibilité de réponse résidant dans le caractère prescriptif de la praxéologie de von Mises.

 

1. Une théorie du choix rationnel explicative et prescriptive


En postulant le caractère totalement subjectif des croyances, des désirs et des préférences des individus, Mises ne rentre pas dans le débat concernant la relation entre croyances, désirs et actions. Il contourne ce débat en affirmant que la fonction de la science n'est pas d'étudier
des états psychologiques (désirs, croyances, préférences, etc.) mais de déterminer quels moyens permettent adéquatement d'atteindre tel ou tel désir (objectif). Il formule une telle position de la façon suivante : « [L'économie] est une science des moyens à mettre en œuvre pour la réalisation de fins choisies, et non pas, assurément, une science du choix des fins. Les décisions ultimes, l'évaluation et le choix des buts, sont au-delà du champ d'une science, quelle qu'elle soit. La science ne dit jamais à l'homme comment il doit agir ; elle montre seulement comment un homme doit agir s'il veut atteindre des objectifs déterminés68. » Une telle définition de la fonction d'une science, comme science des moyens, semble peu commune vis-à-vis de la conception conventionnelle de la science comme ayant seulement une fonction explicative (comprendre et expliquer ce qui se passe). Rosenberg affirme lui que les sciences sociales visent à comprendre pourquoi des phénomènes sociaux surviennent, soit en comprenant ce qui les cause (position naturaliste), soit en expliquant ce qu'ils signifient (position interprétationaliste). A contrario, Mises semble donner une définition de la fonction de la science comme une réflexion technique permettant de déterminer quels moyens il faut employer pour parvenir à telles fins (objectifs).


Dans le même temps, il convient de noter que Mises semble aussi attribuer un caractère explicatif à la praxéologie. 
Il affirme en ce sens que « les données de l'Histoire ne seraient qu'une maladroite accumulation de faits sans liens, un monceau de confusion, si elles ne pouvaient être éclairées, distribuées et interprétées par un savoir praxéologique systématique69. » Autrement dit, la praxéologie n'est pas activité d'interprétation historique (c'est-à-dire consistant à rendre intelligible des actions humaines passées), mais elle est nécessaire à cette activité, tout comme les sciences naturelles70. Ainsi, de la même façon que l'historien qui ne respecte pas la connaissance issue des sciences naturelles (ou ignore cette connaissance) se fourvoie en proposant des explications non possibles (par exemple l'intervention de Dieu ou de forces surnaturelles), l'historien qui ne respecte pas ou ignore la connaissance issue de la praxéologie se fourvoie en proposant des explications non possibles (par exemple un historien rejetant la loi de la division du travail ne comprendra pas le rôle joué par les politiques protectionnistes dans la Grande Dépression et la montée des partis fascistes dans les années 1930). Par conséquent, la praxéologie a bien une portée explicative.

 

Une singularité de la praxéologie, par rapport aux autres théories du choix rationnel, réside donc dans ce double caractère d'interprétationalisme explicatif et prescriptif. Ceci étant dit, il convient de noter ce qu'implique la nature prescriptive de sa théorie. Car si le modèle praxéologique de Mises permet de prescrire telle ou telle action, ou schéma d'actions (arrangement institutionnel), comme nécessaires ou souhaitables, alors cela signifie qu'il est normatif et évaluatif. La question se pose alors de savoir quelle est la différence entre un tel modèle axiomatico-déductif prescriptif et la philosophie politique, branche qui par définition porte sur les arrangements institutionnels souhaitables et sur leur évaluation. La praxéologie fait-elle partie de la philosophie politique ? Mais dans ce cas, si on considère que la science et la philosophie sont deux activités distinctes, cela ne remet-il pas en question le caractère scientifique de la praxéologie ? Plus largement, les théories du choix rationnel, dans la mesure où elles sont prescriptives et évaluatives, sont-elles vraiment scientifiques ? La science peut-elle être prescriptive et évaluative ? Ce sont les questions auxquelles j'essayerai de répondre dans la partie suivante.

 

2. Prescriptivisme technique et prescriptivisme moral


La réponse
aux questions susmentionnées ci-dessus réside selon moi dans la distinction entre (1) des sciences purement explicatives et des sciences explicatives et prescriptives, et (2) des prescriptions techniques et des prescriptions morales (éthiques71). En effet, il convient de noter qu'il existe des sciences purement explicatives, comme l'histoire, l’anthropologie et l'ethnologie, mais comme les sciences naturelles, et des sciences explicatives et prescriptives, qui permettent donc de prescrire des recommandations en termes de politique publique (d'arrangements institutionnels souhaitables), comme la science économique ou la science politique (du moins dans leurs versions non inductivistes).

Deuxièmement, les prescriptions de la praxéologie sont des prescriptions d'ordre technique, comme celles d'un économiste ou d'un politologue : elles portent sur l'adéquation des moyens pour réaliser des buts donnés, et non sur la détermination des buts eux-mêmes et sur la désirabilité de ces buts. Voici comment Mises parle de ce prescriptivisme technique et non moral : « Il est certain que le gouvernement a le pouvoir de décréter des prix-plafond et d'emprisonner ou d'exécuter ceux qui achètent et vendent à des prix plus élevés. Mais la question est de savoir si une telle politique peut ou non atteindre les objectifs que le gouvernement s'est fixés en l'adoptant. Cela est un problème purement praxéologique et économique. (...) La question est : comment fonctionne un système interventionniste ? Peut-il produire les résultats que les gens, en y recourant, veulent obtenir ? 72. » Ainsi, Mises présente la praxéologie comme axiologiquement et moralement neutre, mais néanmoins apte à prescrire des recommandations en termes de politique publique, pour peu qu'on lui indique des objectifs (des fins) à réaliser. A l'opposé, il existe un prescriptivisme éthique qui concernent la détermination des buts et des fins que les individus ou les sociétés se fixent ou devraient se fixer73. Il est toutefois à noter que Mises, en tant que conséquentialiste libéral et non en tant que praxéologue, considère que le but d'un modèle de société moralement valable étant de favoriser le bien-être de tous individus il existe en conséquence, sur le plan éthique, une justification pour un système de marché libre et d'égalité en droits entre les individus (c'est-à-dire qu'il existe une justification morale en faveur du libéralisme). Et c'est, selon lui, la conjonction entre un prescriptivisme moral adéquat (c'est-à-dire d'après lui la philosophie morale libérale) et la praxéologie, c'est-à-dire un prescriptivisme technique capable de prescrire quels moyens sont adaptés pour atteindre quelles fins, qui permet le progrès des sociétés humaines. Comme il le dit : « Les formidables progrès des méthodes technologiques de production, et l'augmentation qui s'ensuivit dans la richesse et le bien-être, n'ont été possibles que grâce à l'application prolongée de ces politiques libérales qui ont été la mise en pratique des enseignements de la science économique74. » Par conséquent, on peut noter que les arrangements institutionnels adoptés par une société ne peuvent, selon Mises, avoir des effets bénéfiques pour la société (de sont point de vue conséquentialiste égalitaire libéral) que si ils (1) prennent en compte la praxéologie comme une source de connaissances valables et (2) respectent des positions morales adéquates (c'est-à-dire libérales). En effet, si x sait que politique publique P permet d'atteindre A, où A est une amélioration du niveau de vie de la population, alors c'est seulement si x pense que A est moralement désirable que P est validé comme étant une politique publique désirable.

 

Conclusion

Dans ce travail, j'ai cherché à montrer comment est construite la science de l'action humaine de Ludwig von Mises en montrant la structure et l'articulation de ses différentes parties ainsi que les justifications proposées par l'auteur de ses différentes composantes. Par ailleurs, j'ai essayé de cerner la nature méthodologique de ce système misesien en reprenant les différentes catégories proposées par Alexander Rosenberg, naturalisme et interprétationalisme. En comparant la méthode de Mises aux théories du choix rationnel, je suis parvenu à la conclusion que la praéxologie misesienne est une forme particulière de théorie du choix rationnel ayant comme spécificité, notamment, de ne pas seulement être explicative, mais aussi de comprendre un prescriptivisme d'ordre technique.

 

Cette enquête permet ainsi de mettre en évidence trois types différents de méthodologies employées dans les sciences sociales. Il y a la méthode des sciences naturelles, le naturalisme, la méthode de l'interprétationalisme historique (histoire, anthropologie, ethnologie, etc.) et la méthode de l'interprétationalisme axiomatico-déductiviste (science économique, praxéologie, théorie du choix rationnel, théorie des jeux, etc.). Au sein de cette dernière méthode, on peut distinguer entre un interprétationalisme axiomatico-déductiviste purement explicatif et un interprétationalisme axiomatico-déductiviste explicatif et prescriptif (la praxéologie de Mises notamment), le prescriptivisme de ce dernier étant un prescriptivisme technique et non moral.

 

En guise de conclusion, j'aimerais enfin soulever un aspect que je trouve curieux de ces questions méthodologiques : il semblerait qu'il existe une certaine parenté méthodologique entre les méthodes axiomatico-déductivistes employées dans les sciences sociales et l'axiomatico-déductivisme qui est généralement employée dans les divers champs de la philosophie. En effet, l'activité du philosophe (analytique), activité d'étude (de définition notamment) des concepts75 (des Formes, dirait Platon), prend la forme de constructions discursives et argumentatives posant des axiomes et dérivant des déductions par implication logique76. L'étendue de cette parenté méthodologique et ce qu'elle implique est toutefois une question pour un autre travail de recherche.

 

 

 

 

 

 

 

1 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, Westview Press, Colorado, 2016.

2 Ibidem, 17-26.

3 Ibidem, 26-30.

4 Aussi appelée logico-positiviste ou simplement positiviste.

5 Par exemple tout simplement dans le cadre des travaux de recherche menés au sein du Département de science politique de l'Université de Genève.

6 En grec ancien, praxis signifie action.

7 Pour l'anecdote, Ludwig von Mises enseigna entre 1934 et 1940 à l'Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales de Genève.

8 Friedrich Hayek se démarqua toutefois des travaux et de la méthode de Ludwig von Mises, créant un courant alternatif au sein de l'Ecole autrichienne d'économie. Son courant ne sera pas étudié dans ce travail.

9 Contrairement à Hayek, Rothbard inscrivit ses travaux dans la continuité des travaux de Mises, mais il radicalisa les positions de celui qui fut son professeur. Après la mort de ce dernier, il co-fonda le Ludwig von Mises Institute dont l'influence est aujourd'hui perceptible aux Etats-Unis.

10 MISES Ludwig, L'Action Humaine, Éditions de l'Institut Coppet, [http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/01/...], Paris, (3e édition 1966) 2011.

11 A noter que les pragmatistes américains ont tendance à donner eux-aussi une place centrale au concept d'enquête (inquiry) en philosophie (et même au-delà de la philosophie).

12 Ce ne sont donc pas ces propositions axiomatiques de Mises qui sont évidentes à trouver, mais leur vérité qui paraît évidente du moment qu'on les considère (et donc qu'on les a trouvées).

13 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.23.

14 On pourrait probablement ici inclure la preuve cartésienne de l'existence, mais ce n'est pas ce que fait explicitement Mises.

15 Ibidem, p.14.

16 En tout temps et en tout lieu.

17 Ibidem, p.41.

18 Idem.

19 Une question qui pourrait se poser de manière complémentaire à cette réflexion serait de déterminer quelle est la naturue de l'introspection et notamment s'il s'agit d'une forme d'induction non scientifique ou s'il s'agit d'une autre forme d'accès à la connaissance.

20 Ibidem, p.74.

21 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit., 36-43

22 C'est à partir de son identification des catégories de croyance et de désir en lien avec la catégorie de l'action, que Rosenberg met en évidence ce qu'il appelle la loi [L], liant ces trois catégories entre elles. Mises écartant deux de ces trois catégories comme non pertinentes pour l'étude de l'action humaine, les considérations de Rosenberg portant sur ce sujet ne nous intéresseront pas directement, mais seront abordées dans la discussion ci-dessous sur les théories de l'utilité et les théories du choix rationnel.

23 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.15.

24 Idem.

25 Ibidem, p.16.

26 Idem.

27 Idem.

28 Ibidem, p.17.

29 Ibidem, p.40.

30 Ibidem, p.44.

31 Ibidem, p.225-233.

32 Ibidem, p.181-189.

33 Ibidem, p.233-269.

34 Ibidem, p.301-381.

35 Ibidem, p.381-555.

36 Cf. Notamment : « La praxéologie est une science théorique et systématique, non une science historique. Son champ d'observation est l'agir de l'homme en soi, indépendamment de toutes les circonstances de l'acte concret, qu'il s'agisse de cadre, de temps ou d'acteur. Son mode de cognition est purement formel et général, sans référence au contenu matériel ni aux aspects particuliers du cas qui se présente. Elle vise à une connaissance valable dans toutes les situations où les conditions correspondent exactement à celles impliquées dans ses hypothèses et déductions. Ses affirmations et ses propositions ne sont pas déduites de l'expérience. Elles sont, comme celles des mathématiques et de la logique, a priori. Elles ne sont pas susceptibles d'être vérifiées ou controuvées sur la base d'expériences ou de faits. » in Ibidem, p.37.

37 Ibidem, p.44.

38 Ibidem, p.2.

39 On peut noter que l'intérêt de Mises pour la philosophie de la connaissance (scientifique) et les débats épistémologiques provient d'abord de son intérêt pour la science économique.

40 Ibidem, p.14.

41 Ibidem, p.76.

42 Ibidem, p.77.

43 Ibidem, p.75.

44 Le philosophe Alan Chalmers a détaillé et discuté la méthode naturaliste dans l'ouvrage suivant : CHALMERS F. Alan, Qu'est ce que la science ?, Éditions La Découverte, Paris, 1987.

45 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.36.

46 CHALMERS F. Alan, Qu'est ce que la science ?, ed.cit., p.81-82.

47 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit., p.27.

48 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.35.

49 « Il y a l'histoire de l'activité politique et militaire, des idées et de la philosophie, des activités économiques, de la technologie, de la littérature, de l'art, de la science, de la religion, des mœurs et coutumes, et de bien d'autres domaines de la vie des hommes. Il y a l'ethnologie et l'anthropologie, dans la mesure où elles ne font pas partie de la biologie, et il y a la psychologie dans la mesure où elle n'est ni physiologie, ni épistémologie, ni philosophie. Il y a la linguistique dans la mesure où ce n'est ni la logique ni la physiologie du langage. (...) L'histoire économique, l'économie descriptive, et la statistique économique sont, bien entendu, de l'histoire. Le terme sociologie est employé dans deux sens différents. La sociologie descriptive s'occupe de ceux des phénomènes historiques de l'activité humaine qui ne sont pas envisagés par l'économie descriptive ; elle chevauche dans une certaine mesure les domaines revendiqués par l'ethnologie et l'anthropologie. La sociologie générale, d'autre part, envisage l'expérience historique d'une façon plus proche d'un point de vue général que ne le font les autres branches de l'Histoire. » in Ibidem, p.35.

50 Ibidem, p.35.

51 Ibidem, p.37.

52 Pour une critique de cette conception de l'histoire, je renvoie le lecteur à l'ouvrage La société ouverte et ses ennemis de Karl Popper. Pour une défense d'une telle conception, je renvoie le lecteur à l'ouvrage Histoire du siècle à venir : où va le monde selon les lois de l'Histoire ? De Philippe Fabry.

53 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit., p.79.

54 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.16.

55 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit.,, p.79-84.

56 Ibidem, p.84-85.

57 Ibidem, p.84.

58 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.15.

59 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit., p.84.

60 Mais peut-être qu'une réflexion plus poussée sur les « assumptions » permettraient d'en faire des axiomes ou du moins de remonter aux axiomes qui sous-tendent les « assumptions ».

61 Ibidem, p.83.

62 Idem.

63 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.22.

64 Ibidem, p.17.

65 « L'action tend toujours vers des états de choses futurs et par conséquent incertains, elle est ainsi toujours une spéculation. » in Ibidem, p.77.

66 ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, ed. cit., p.83.

67 Cette position a justement été défendue par Walter Block et Hans-Hermann Hoppe à propos de la praxéologie et dans le cadre de la réflexion épistémologique de l’École autrichienne d'économie.

68 MISES Ludwig, L'Action Humaine, ed. cit., p.11.

69 Ibidem, p.48.

70 Ibidem, 58-59.

71 Je ne fais pas de distinction entre la morale et l'éthique. Mais je n'argumenterai pas davantage en faveur de la non distinction entre ces deux concepts dans ce travail car ce n'est pas le sujet de cette réflexion, essentiellement épistémologique.

72 Ibidem, p. 838.

73 A noter que cette distinction entre ce qui est d'ordre technique et ce qui est d'ordre éthique (ou politique) a été défendue par Isaiah Berlin et critiquée par Kenneth Arrow et son théorème de l'impossibilité, ainsi que par James Johnson qui assimile philosophie politique et science politique.

74 Ibidem, p. 9-10.

75 HUMBERT-DROZ Steve, « C'est quoi ça ''philosophie'' ? » in I-philo, [https://phileasunige.files.wordpress.com/2015/03/iphilo6....], N°6, Automne 2014.

76 Sans oublier en outre que la philosophie et la praxéologie emploient toutes deux des exemples et des expériences de pensée.

 

 

 

 

Bibliographie



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CARE Sébastien, La pensée libertarienne : genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses universitaires de France, Paris, 2009.

 

- CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocialPresses universitaires de Rennes, Rennes, 2010.

-
CHALMERS F. Alan, Qu'est ce que la science ?, Éditions La Découverte, Paris, 1987.


-
LEROUX Robert, Ludwig von Mises : vie, œuvres, concepts, Editions Ellipses, Paris, 2009.

 

- MISES Ludwig, L'Action Humaine, Éditions de l'Institut Coppet [http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/01/...], Paris, (3e édition 1966) 2011.

 

- ROSENBERG Alexander, Philosophy of Social Science, Westview Press, Colorado, 2016.

 

 

 

 

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