31/05/2016

La philosophie politique mutilée ou comment neutraliser la subversion

 

 

J'apprécie beaucoup Steve Humbert-Droz. Mais l'article qu'il a commis dans le dernier I-philo (le journal des étudiants de philosophie de l'Université de Genève, que vous pourrez trouver ici) m'a laissé un goût amer dans la bouche. Je me sens contraint d'y répondre publiquement à travers cette publication pour tenter de réparer un peu le tort causé à la philosophie politique. Reconnaissons tout de même à Steve le mérite d'avoir ouvert un débat en philosophie politique, alors que peu d'étudiants de philosophie s'intéressent à la philosophie politique à Genève.

 

1. L'origine et la définition de l’État


« Lorsqu'un acte de langage est formulé par un ensemble d'individus (ou par un individu représentant un tel ensemble), nous avons un début d’État. »

Cette assertion est évidemment fausse. Si x et y formulent un acte de langage comme « nous promettons de vous rendre votre argent » à w et z, il n'y a pas pour autant début d'un État. Il y a une promesse (un acte de langage formulé par un ensemble d'individus), une promesse collective, mais on ne voit pas pourquoi cela donnerait naissance à un État. Premier problème donc : Steve ne nous explique pas comment l’État apparaît. Ce qui fait que quand il affirme « la question est, dès lors, de savoir quel sera l'objet des actes de langage de l’État », le « dès lors » n'est pas valide, puisqu'il nous manque une définition de l’État.

2. Les promesses, les contrats et l'action de l’État

« La question est, dès lors, de savoir quel sera l'objet des actes de langage de l’État. Une réponse intuitive consiste à répondre que L’État peut légiférer certaines promesses. »


L'intuition n'est, dans ce cas, pas suffisante je pense. Il nous faudrait ici un argument, car il s'agit d'une position polémique et controversé en philosophie politique. Pourquoi l’État devrait-il légiférer (sur) certaines promesses ? Il nous manque une réponse à cette question.

« Si Maria passe un contrat avec Sam pour l'emmener au restaurant, elle ne fait rien d'autre qu'une promesse institutionnalisée. En vertu de l'institutionnalisation de la promesse, une force collective, l’État, peut contraindre Maria à respecter son obligation et permettre à Sam de faire respecter son droit. »

Si x passe un contrat avec y, il s'agit d'un contrat entre deux agents privés. En quoi cette promesse est-elle institutionnalisée ? Pour un philosophe comme Friedrich von Hayek, le monde social est institutions et le contrat est une institution. Mais c'est une institution privée. Pourquoi l’État pourrait-il contraindre Maria à respecter son obligation ? Cette position est peut-être vraie, mais il faudrait au moins donner un argument pour la défendre. La question ne serait-elle pas mieux formulée ainsi : pourquoi l’État devrait-il contraindre Maria à respecter son obligation ? Il nous manque encore une fois ici un argument.

3. L'assurance maladie obligatoire : une obligation banale ?

 

« Selon Kevin Mulligan, toutes les conceptions de l’État (hormis l'anarchisme) prévoient au moins que celui-ci préserve la valeur vitale de ses citoyens – en interdisant le meurtre, en constituant une armée ou en obligeant ses citoyens à contracter une assurance maladie. »

Il ne me semble pas que Kevin Mulligan ait affirmé cela. Dans tous les cas, cette affirmation est fausse. La tradition libérale classique n'a jamais défendu l'obligation pour ses citoyens de contracter une assurance maladie. Rappelons en passant qu'en Suisse contracter une assurance maladie n'est devenue obligatoire qu'à partir de 1996. Ici on commence à voir le problème de l'article de Steve : il cherche à mettre en valeur ses propres positions social-libérales en les présentant comme banales, évidentes et modérées. Nous verrons que cette tendance va en s'accentuant dans la suite du texte.

4. La définition la droite : où Steve se débarrasse tranquillement de tout ce qui le dérange 

« [Ceux qui voient des avantages à se rapprocher de l’État minimal], c'est la droite. »

Terrible affirmation. A gauche, les anarchistes socialistes, la gauche social-libérale et les anarchistes libéraux de gauche « voient des avantages à se rapprocher de l’État minimal ». A droite, les conservateurs (non libéraux), les monarchistes, les bonapartistes, les nationalistes, les fascistes et les nazis, voient des avantages à ne pas se rapprocher de l’État minimal, et au contraire à se rapprocher d'un État fortement interventionniste.

« Il est mal avisé de dire de Marine LePen qu'elle est à (l'extrême) droite puisque sa vision de la politique est massivement interventionniste et égalitariste (pour les vrais Français). »

Marine LePen est à droite parce qu'elle est nationaliste et conservatrice. Son interventionnisme étatique ne fait pas d'elle quelqu'un de gauche. Le problème de Steve est de penser que les interventionnistes sont de gauche et les libéraux de droite, alors que c'est beaucoup plus compliqué que cela. Il y a des interventionnistes de gauche comme de droite.

5. La définition de la gauche

« Si Maria devait se ruiner la santé pour tenir sa promesse, il vaut mieux qu'elle ne soit pas encouragée à la faire. »

Cette affirmation serait une affirmation typiquement de gauche. Symétriquement, les gens de droite adhéreraient à l'affirmation selon laquelle si Maria devait se ruiner la santé pour tenir sa promesse, il vaut mieux qu'elle soit encouragée à la faire. Je crois qu'il est évident pour tous que ce n'est évidemment pas le cas.

« La valeur visée par les amis de l'intervention positive de l’État peut varier, mais l'Histoire retient que c'est presque systématiquement la valeur de l'égalité – ou mieux de l'équité – qui est recherchée par ce groupe. »

Les amis de l'intervention positive de l’État étant aussi les nazis, les fascistes, les nationalistes, les monarchistes, les bonapartistes et les conservateurs (non libéraux), je crois pouvoir affirmer que la valeur de l'égalité ne fut historiquement pas celle recherchée par ce groupe des « amis de l'intervention positive de l’État ». Au contraire, les ennemis de l'intervention positive de l’État ont eux toujours cherché à défendre l'égalité en droits, mais cela Steve ne le dit pas, car cela gênerait sa construction théorique.

« Or la gauche a tendance à concevoir l’État moins comme un ensemble de citoyens que comme une entité (une personne morale) avec certains buts. »

Où sont oubliées les conceptions communautarianistes (ou communautariennes), républicanistes, de gauche, ou encore certaines conceptions de gauche favorables à la démocratie directe, qui voient en l’État avant tout l'ensemble des citoyens ou l'ensemble des membres de la « communauté politique ». Steve sélectionne encore une fois ce qui l'arrange.

6. La critique de l'engagement politique

Steve présente le profil-type du mauvais individu de gauche, qu'il appelle « gauchiste », et donne comme caractéristique de ce mauvais individu de gauche sa propension à s'engager activement en politique. Je crois que nous avons là un belle démonstration du mépris de Steve pour les militants politiques en général. Ces gens qui ont quitté les bibliothèques pour se salir les mains au contact de la population ne lui semblent dignes que de son mépris. Ils sont réduits à l'état « d'êtres vicieux » et « hypersensibles ». Cette critique de l'engagement est symptomatique de la défense de Steve pour l'ordre établi (on y reviendra).

7. L'incompréhension de la stratégie en politique

Steve critique l'initiative 1:12 des Jeunes Socialistes (JS) et la présente comme un exemple d'acte politique à ne pas réaliser, car naïf et idéaliste. Et pourtant, l'initiative 1:12 a été un succès énorme pour la JS. Jamais la JS n'a sérieusement pensé que son initiative serait acceptée en votations, mais en lançant cette initiative elle a occupé pendant plusieurs années le terrain médiatique et la rue (pour la récolte des signatures) et elle a imposé un sujet à elle à l'agenda politique et au débat public. En agissant ainsi, elle est parvenue à passer de 1500 membres à plus de 3500 membres. Une initiative est un outil politique en lui-même, et la 1:12 fut un succès pour les JS. Steve se trompe donc en critiquant la soi-disant naïveté des JS qui savaient au contraire très bien ce qu'ils faisaient.

8. L'impact de l’État sur les individus ne se réduit pas à l'impôt

 

« [Un libertarien] me soutenait qu'il était pour une privatisation de la police. Lorsque je lui ai demandé comment les personnes les plus pauvres pourraient faire respecter leurs droits, il m'a répondu que, dans un Etat sans police, les impôts seraient si faibles que les citoyens les plus pauvres pourraient se payer des services privés. Je n'ai pas osé lui répondre que les citoyens les plus pauvres ne payent déjà pas d’impôts dans notre système, qu'ils n'auraient pas plus de moyen qu'aujourd'hui. »

La somme totale d'impôt payée par un individu ne nous informe pas sur la somme totale des coûts subis par cet individu infligés par l’État. 

Premièrement, il convient aussi de prendre en compte les taxes, et pas seulement les impôts, payées par les individus. Il existe en effet la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui concerne tout bien ou service vendu, mais aussi un certain nombre de taxes supplémentaires (sur l'essence, sur le tabac, etc.). Les pauvres paient évidemment toutes ces taxes de la même façon que les riches, mais le coût en est proportionnellement plus lourd pour leur porte-monnaie que pour celui d'une personne plus riche.

Deuxièmement, il convient de prendre en compte les coûts subis par les plus pauvres en termes d'entraves à l'enrichissement. Il s'agit de toutes les limitations à l'accès au travail et au capital (à l'accès au crédit) et à toutes les distorsions de la concurrence. Ces dernières peuvent prendre la forme de réglementations et régulations fermant certains marchés aux plus pauvres, de licences et patentes augmentant le coût d'entrée sur un marché (c'est le cas des bars, des taxis, etc.) ou encore de subventions ou privilèges (monopole légal par exemple) attribués par le gouvernement ou les autorités politiques à certains acteurs privés (copinage, entente, corruption, etc.) empêchant les plus pauvres de concurrencer des acteurs déjà en place car protégés par ces privilèges. L'ensemble de ces pertes subies par les plus pauvres les empêche d'autant d'économiser un capital éventuellement utile pour lancer une affaire.

Troisièmement, les plus pauvres n'ont accès qu'aux services de l'Etat-providence et non aux services d'entreprises privées en ce qui concerne de nombreuses prestations (santé, formation, etc.). La qualité de ces prestations étatiques étant inférieures à celles fournies sur le marché privé, ils subissent une perte que ne subissent pas les plus riches qui peuvent accéder à une qualité supérieure de prestations. Certes, sans l'Etat-providence les plus pauvres auraient toujours accès à des prestations inférieures à celles des plus riches, mais ils auraient accès à de meilleures prestations que celles fournies aujourd'hui par l'Etat-providence. 

Enfin, l'action de la banque centrale a comme effet de provoquer artificiellement de l'inflation, ce qui fait baisser la valeur de l'argent des plus pauvres (avec la même somme ils peuvent acheter moins). Les plus pauvres doivent aussi subir le coût terrible des crises économiques que les manipulations monétaires et gouvernementales provoquent.

C'est pourquoi, un individu peut ne pas payer d'impôt du tout et pourtant subir un coût plus grand de la part de l'intervention l’État qu'un riche payant beaucoup d'impôt. C'est pourquoi aussi les pauvres ont tout intérêt à s'opposer à l'intervention de l’État.

9. La méconnaissance du free market anarchism

« Sans parler d'éventuelles dérives mafieuses de ces services armés [si on privatisait la police]. »

Je ne vais pas vous infliger le long argumentaire qui infirme cette affirmation. Vous le trouverez en partie ici et ici. Mais traiter avec aussi peu de sérieux tout un ensemble de philosophes contemporains (visiblement rangés par Steve sous la catégorie de vicieux) me semble le contraire de la vertu épistémique.

10. La liberté : une valeur morale

« La liberté n'est pas une valeur morale. »

Je crois qu'une affirmation aussi contre-intuitive mériterait que Steve avance un argument en sa faveur. Ce qu'il ne fait pas...

11. La critique des libéraux classiques (sous couvert de l'appellation « droitistes »)

« Les droitistes obsédés par la liberté d'entreprendre sont le plus souvent libertariens dans l'âme. »

Vous l'aurez compris, toute la démonstration de Steve vise à opposer deux extrêmes : les libéraux classiques (qu'il appelle « libertariens »), coupables de s'opposer à une trop grande intervention de l’État, contre les gauchistes, ces jeunes excités de la JS qui vont dans la rue. Ceci est réalisé afin de présenter ensuite la position politique idéale : la sienne.
Il prend donc le temps de déformer les positions libérales comme vous pouvez le voir ci-dessous.

« Les femmes sont toujours payées 10% de moins que les hommes ? Elles n'ont qu'à s'imposer. »

A la poubelle la réflexion du Center for a Stateless Society sur ce sujet et l'importance qu'il donne à la réduction des inégalités de revenu entre hommes et femmes, que ce soit par une transition minarchiste ou par des voies non étatistes (militantes tiens, ou culturelles). 

« Le franc suisse augmente de 30% en un jour ? Ma foi c'est aux entreprises d'être compétitives. »

Où Steve décide que parler des banques centrales, du monopole légal sur la monnaie, des travaux de l'école autrichienne d'économie, de Ludwig von Mises, ne sert à rien. Il règle la question en un slogan. Et après il veut nous expliquer ce qui est vicieux et ce qui ne l'est pas en philosophie ? Et pourtant, les fluctuations importantes sur le marché des monnaies ont bien des explications qu'il s'agirait de prendre en compte.

« Des milliers de migrants sont aux portes de notre pays ? Ils n'ont qu'à trouver un travail. »

Alors que seuls les libéraux défendent l'ouverture des frontières aux migrants...

« Le droitiste (...) n'a bien sûr pas d'argument montrant (...) pourquoi l’État ne devrait pas intervenir. »

Où Steve décide qu'après tout la philosophie libérale on s'en fout et la supprime purement et simplement.

« On est aussi surpris de voir les droitistes mépriser syndicats et associations de consommateurs comme si, hormis dans le cas des entreprises, il était indécent de se regrouper pour être plus efficace. »

Steve n'a visiblement pas lu Gary Chartier, Roderick Long, Kevin Carson, Charles Johnson, etc.

« Le droitiste Gripsou hait profondément devoir se plier à des règles. »

Adieu distinction entre règles privées et règles étatiques. RIP Hayek.
Mais cela suffit, je n'en puis plus. Passons à la conclusion.

Conclusion : Steve ou la défense du pouvoir et de l'ordre établi

Steve a donc reconstruit la philosophie politique, en jetant à la poubelle 90% de son contenu, et a opposé les gauchistes aux libéraux. Il se place ainsi au centre de ces deux opposés et prétend incarner la vertu. Et qu'est ce que la vertu ? La défense de l'ordre établi pardi !

« Cette solution, c'est le Conseil Fédéral. (...) Écouter le Conseil Fédéral est la meilleure garantie contre la maladie infantile de la politique. »

Vous avez compris : écoutez le pouvoir, vomissez ses opposants et méprisez-les. Le pouvoir a raison car « en politique le pouvoir devrait appartenir aux modérés du centre ».

Que ce texte nous serve de leçon et nous rappelle toujours que nos premiers adversaires sont les défenseurs de l'ordre établi, et plus encore les intellectuels de l'ordre établi, et que ceux-ci aiment à se draper dans une soi-disant position modérée pour mieux tenter de neutraliser toute subversion.

Adrien Faure


 

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27/05/2016

Faire mouvement plutôt que se faire élire

 

 

Il existe deux stratégies que les libéraux peuvent embrasser pour faire advenir une société libérale. Ils peuvent, d'une part, chercher à obtenir une majorité dans les parlements et les exécutifs et donc à se faire élire massivement. Dans cette optique, ils peuvent aussi essayer de convaincre une majorité d'élus d'appuyer un programme libéral (c'est l'option choisie par les lobbyistes libéraux). Et d'autre part, ils peuvent essayer de changer les mentalités de la population.

 

La conquête du pouvoir politique a ceci d’astreignant et de problématique que celui qui veut vraiment se faire élire doit généralement abandonner ses idées libérales pour des idées plus modérées. Il y a un socle minimum, centriste, sur ce qui est acceptable ou pas aux oreilles du grand public, et ce socle est celui d'un degré d'interventionnisme étatique assez élevé, plus élevé en général que ce que toute conception modérément libérale pourrait accepter. Cet état d'esprit favorable à l’État n'est évidemment pas quelque chose de spontané, mais est le fruit de la forte influence qu'exerce l’État sur l'éducation (les écoles), l'information (les médias) et les arts (la culture). La voie électorale est donc semée d'embûches et il apparaît peu raisonnable de croire sérieusement que la population pourrait élire une majorité libérale. Cela ne signifie pas toutefois que la participation aux élections n'ait pas une utilité (je me suis moi-même présenté à deux élections). Participer aux élections permet d'avoir une tribune et un accès aux médias qui est parfaitement utile pour diffuser ses idées. Si par hasard cette utilisation des élections se traduit par une élection, le poste obtenu peut ensuite servir de tribune permanente pour présenter pédagogiquement et concrètement les idées libérales à travers diverses propositions politiques.

 

Changer les mentalités. Voilà donc l'option qu'il convient d'embrasser selon moi. Si vous changez les mentalités de la majorité de la population, alors cette majorité votera des réformes libérales, refusera les réglementations étatistes, élira des libéraux ou renversera un gouvernement autoritaire ou corrompu. Cela signifie que nous avons besoin d'un mouvement, de militants actifs et suffisamment nombreux, d'une communication efficace, et que nous ne devons pas avoir peur d'une certaine radicalité, sur la forme comme sur le fond. Cela implique aussi que nos militants doivent accepter la possibilité de ne pas être élus, s'ils souhaitent réellement faire avancer leurs idées, et qu'ils doivent être financièrement indépendants et ne pas chercher de revenu par la politique. L'honnêteté et la rectitude en politique, la capacité à être fidèle à ses idées et à résister à la corruption, sont à ce prix. En outre, aucun riche, aucun puissant, tirant un bénéfice de l'intervention de l’État, ne nous aidera financièrement. Il faut donc s'attendre à ne pouvoir compter que sur des ressources financières réduites.

Tout cela rend complexe le développement d'un mouvement libéral. Quelle est la solution à ce problème ? Je pense que le mouvement hippie américain peut nous servir d'exemple. Le mouvement hippie, petite minorité de la population américaine, a mené une importante révolution culturelle, morale et idéologique qui a transformé totalement les idées dominantes, les valeurs et les mœurs. Pour ce faire, il s'est appuyé sur des artistes, les Beatniks d'abord, qui ont œuvré dès les années 1950, puis les artistes psychédéliques (dans le cinéma et la musique notamment) et les Diggers (dans le théâtre, puis le théâtre de rue). Le mouvement hippie a aussi mené une révolution spirituelle à travers la transe et le mysticisme des drogues psychédéliques, avec ses prophètes, comme Timothy Leary. Sa minorité politique active, les yippies, s'est chargée de canaliser le mouvement vers des objectifs politiques quand cela était nécessaire, mais toujours en s'inscrivant dans la culture et dans la spiritualité hippies. Ainsi, comme on peut le voir, un mouvement libéral, doit être une alliance entre une composante artistique, une composante spirituelle et une composante politique, travaillant en commun. On peut évidemment ajouter une cela une composante philosophique et intellectuelle plus générale.

Un tel mouvement n'existe pas encore. A défaut, la formation d'un mouvement politique de militants libéraux honnêtes est déjà un bon premier pas pour œuvrer à un changement des mentalités. Néanmoins, la jonction avec une composante artistique, spirituelle et philosophique, pourrait nous renforcer de manière fantastique et ouvrir la porte à un véritable changement de société.

 

 

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25/05/2016

Radicalement libéraux

 

 

Quel sens faut-il donner aujourd'hui au mot « radical » qui orne le nom du Parti Libéral-Radical et des Jeunes Libéraux-Radicaux ?

 

Historiquement, il s'agit évidemment d'une référence directe au Parti Radical, un parti qui a fait de grandes et belles choses, renversant les conservateurs lors des révolutions genevoise et tessinoise de 1846 et 1890, mettant fin à l'oligarchie en instaurant la démocratie et en renforçant l'égalité en droits. Mais aussi un parti que Karl Marx appelait à soutenir en 1848 : « En Suisse, [les communistes] appuient les radicaux, sans méconnaître que ce parti se compose d'éléments contradictoires, moitié de démocrates socialistes, dans l'acception française du mot, moitié de bourgeois radicaux. » Un parti qui brisa le confédéralisme, instaura l’État fédéral et l'imposa aux minorités catholiques par la force des armes. Comme Pascal Décaillet le répète volontiers, le Parti Radical fut un parti qui joua un rôle important dans le développement de l'intervention de l’État en Suisse. Un héritage contrasté dirons-nous donc.

Le philosophe Kevin Mulligan nous a donné, je pense, les clefs d'une nouvelle interprétation de ce terme, davantage adaptée à notre époque et à ses nécessités. Dans son ontologie des concepts politiques, présentée notamment lors d'une conférence de l'Association des étudiants de l'Université de Genève pour l'étude la philosophie libérale s'étant tenue en mars 2016 à l'université et portant sur le libéralisme, il propose ainsi comme opposition politique fondamentale le couple « radicals versus conservatives ». Les « radicals » sont les partisans du changement, que ce soit dans un sens ou dans un autre, tandis que les « conservatives » sont les partisans de l'immobilisme et de l'ordre établi. Contre la tyrannie du statu quo (dixit Milton Friedman en 1984), les libéraux radicaux sont donc, selon cette nouvelle signification, les partisans d'un changement radical dans un sens radicalement libéral.

Il me semble qu'une telle interprétation du mot « radical » s'inscrit parfaitement dans la ligne adoptée par les Jeunes Libéraux-Radicaux en Suisse. Radicalement libéraux, ils incarnent le mouvement de jeunesse favorable à la liberté et à même de diffuser l'idéal libéral contre tous les étatismes, les nationalismes et les conservatismes.

Soyons donc des « radicals » pour le libéralisme et la liberté !


16:17 Publié dans Jeunes Libéraux-Radicaux | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

24/05/2016

Entretien avec des libéraux – Joé Fivaz

 

 

Joé Fivaz a 16 ans et il est étudiant en troisième année de maturité avec option économie et droit. Il vit à Genève et est membre des Jeunes Libéraux-Radicaux genevois. Son signe astrologique est balance, sa couleur préférée le bleu et son animal-totem le pygargue à tête blanche.

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AF. Comment définirais-tu le libéralisme ?

Selon moi le libéralisme est la philosophie permettant d’exprimer le mieux le potentiel des individus en leur laissant des libertés individuelles, que ce soit dans le cadre économique ou social, tout en définissant strictement les responsabilités de chacun.

AF. De quel courant du libéralisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Du libéralisme classique. C’est un peu doctrinaire, certes, mais c’est celui qui me semble le plus équilibré.

AF. Selon toi, le libéralisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Selon moi, le libéralisme est essentiellement un projet politique, mais il peut tout à fait se transfigurer en une éthique de vie et concerner les comportements sociaux de chacun. 

AF. Comment es-tu devenu libéral ? As-tu toujours été libéral ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

J’ai toujours été libéral et toujours de droite. Je dois dire que c’est un peu une tradition familiale, mais je diverge cependant sur de nombreux points avec mes « précepteurs ».

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Adam Smith bien sûr, Ronald Reagan, Milton Friedman, David Ricardo, Elon Musk et George Soros.

AF. Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à tes yeux ?

L’honnêteté, la solidarité familiale et l’ambition.

AF. Ton livre libéral préféré ?

« Capitalisme et Liberté » de Milton Friedman. 

AF. Ta citation libérale préférée ?

« 
Les thèmes fondateurs du libéralisme sont définis : intégrité de l’individu humain, respect de l’autonomie des activités sociales, immanence des règles de la coexistence humaine. »

Monique Canto-Sperber

AF. En tant que libéral, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Je pense qu’un des points capitaux est la réduction du budget de l’État et cela est parfaitement possible en diminuant ses dépenses et en les optimisant. En effet, il est inadmissible que les fonctionnaires bénéficient de conditions de travail privilégiés : retraite anticipée, moins d’heures de travail, productivité digne des paysans des années 20 en Union Soviétique. Certains impôts injustes tel que l’impôt sur la fortune commerciale paralysent l’économie. Bref, j’ai soulevé là quelques points qui me sont venus à l’esprit, néanmoins j’aurais pu en soulever des centaines d’autres. Le combat pour un pays plus juste, plus libre, plus éthique, est encore long et semé d’embûches.

 

 

 

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21/05/2016

Les années rouges : histoire secrète de la Jeunesse Socialiste Genevoise (2010-2014)

 

 

En août, cela fera deux ans que j'ai quitté la Jeunesse Socialiste Genevoise (JSG) et que je suis devenu libéral. Depuis mon départ du parti, la JSG a passablement changé, car les jeunesses de parti changent très vite. Je me propose à présent de faire un petit retour en arrière pour retracer dans ses grandes lignes l'histoire, méconnue du grand public, de la vie politique interne du parti. En effet, tout parti a une face visible, celle qu'il maîtrise et décide de rendre publique, et une face invisible, sorte de boîte noire dans laquelle tout se décide. Entrouvrons le couvercle, pour quelques instants, et jetons un œil aux rouages et boulons qui s'y entrechoquèrent joyeusement et furieusement durant mes années socialistes.

Scène première : Le moment social-démocrate (2010-2011)

 

C'est durant le printemps 2010, à 18 ans, que j'ai rejoint la JSG. J'y découvris alors la réalité des partis : non pas blocs monolithiques, mais bien plutôt organismes plein de vie, gorgés de sève et traversés de courants et de spasmes. D'un côté se tenaient la majorité des membres, marxistes et proches consorts, et de l'autre la direction réelle du parti, Romain de Sainte-Marie et Olga Baranova, social-démocrates aux positions modérées, mais binôme communicant d'une force de frappe incroyable, et quelques autres qui les suivaient. A l'époque je n'avais encore jamais lu un seul auteur socialiste et je me retrouvais tout à fait dans les positions de mes camarades modérés. Deux stratégies, deux visions, coexistaient déjà au sein du parti : la vision marxiste d'une jeunesse de parti indépendante du Parti Socialiste, cherchant à regrouper la jeunesse dans une action contestatrice, et la vision social-démocrate d'une action jeune en soutien au parti mère, mais décalée et imaginative sur la forme.

Un tel conflit stratégique et idéologique ne peut se résoudre que par la victoire d'un camp sur l'autre. Exacerbé, il explosa lors de l'assemblée générale annuelle où les marxistes et leurs alliés firent voter l'abolition du comité et l'instauration (formelle) de l'autogestion du parti par ses membres. Déjà enthousiasmé par l'idéal autogestionnaire, je votai moi-aussi la suppression du comité, bien que favorable à la direction social-démocrate. Mais ce fut le dernier acte des marxistes qui cessèrent simplement de venir par la suite et abandonnèrent le parti progressivement. Après quelques jours d'incertitude organisationnelle, une nouvelle assemblée générale vota unanimement la restauration d'un comité de huit membres, dont je devins partie prenante comme l'un des quatre secrétaires (qui furent tous fusionnés par la suite en un seul poste).

Ce qui est très curieux, c'est qu'à ce moment là Romain de Sainte-Marie mit en place l'autogestion réelle (et non formelle) du parti par ses membres. Incroyable retournement de situation qui devait avoir par la suite un grand impact sur l'évolution du parti. Romain fit donc voter la tenue d'une assemblée générale hebdomadaire, et ceci pour des raisons pratiques, pragmatiques, d'efficacité, et non pour des raisons idéologiques. Il pensait simplement qu'en se réunissant chaque semaine sous forme d'assemblée générale, le parti pourrait agir rapidement et souplement, s'adaptant à l'actualité et aux enjeux, s'organisant en deux ou trois jours pour agir sur le terrain. Une stratégie payante. 

 

Le conflit entre modérés et radicaux eut toutefois un impact considérable sur le parti en le vidant de ses membres. C'est ainsi presque à trois que Romain, Olga et moi dûmes mener la campagne électorale fédérale de 2011 en faveur de la liste JS... Ce qui nous montre qu'une jeunesse de parti peut fonctionner plutôt bien avec une poignée de jeunes motivés, si ceux-ci sont politiquement, tactiquement et médiatiquement compétents. Or, Romain et Olga sont des as de la communication.

Après la campagne électorale (et le maigre résultat que l'on connaît), Romain quitta la présidence de la JSG pour celle du Parti Socialiste Genevois (PSG) et j'accédai à la coprésidence du parti avec Olga. Dans le monde, la crise économique jeta dans la rue et au chômage des milliers de jeunes, les mouvements des Indignés se déployèrent et je commençai à me poser des questions sur l'efficacité de tous ces gouvernements social-démocrates en place dans les pays sud-européens en crise.

Dans ma vie, le moment social-démocrate vacilla, grésilla, puis s'éteignit.

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Scène seconde : La fondation d'un mouvement (2011-2013)

Olga ne resta pas très longtemps à la coprésidence du parti et bientôt je me retrouvai à la présidence de la JSG, pile au moment où je devins socialiste et découvris que, finalement, j'aurais été davantage à ma place dans un parti d'extrême gauche. Mais quand le pouvoir vous échoit par hasard, ne faut-il pas l'utiliser au mieux de vos convictions ? Puisque je me retrouvai à la tête du parti, je décidai d'employer mon influence à construire une organisation véritablement socialiste. De nouveaux membres, notamment Caroline Marti, François Courvoisier, Tristan Pun, Muriel Laüchli et Philippe Berger, étaient arrivés au sein du parti, plus ou moins à ce moment là, et nous nous lançâmes dans la rédaction d'un manifeste. Au bout de plusieurs mois de discussion, de douze heures de débat en assemblée générale (une fois cinq heures et une fois sept heures), nous nous retrouvâmes avec un texte parfaitement socialiste pour nous guider dans notre action. Avec l'arrivée de Bryan Chirinos et de Guilhem Kokot, l'un très radical, l'autre très modéré, le vieux conflit marxiste contre social-démocrate se rouvrit. Sauf que cette fois-ci j'étais de l'autre côté du front idéologique.

En 2013, la coprésidence avec Caroline Marti, que nous fîmes élire principalement pour faire barrage à un membre dont nous doutions des compétences à remplir une telle fonction, fut productive, mais mouvementée. Le conflit entre modérés et radicaux fut latent, et le retour de certains marxistes qui étaient partis en 2011 mais qui étaient à présent attirés par la nouvelle ligne, n'arrangea pas cela. Le parti se renforça néanmoins jusqu'à atteindre entre vingt et vingt-cinq membres actifs (la force de frappe d'une jeunesse est largement déterminée par le nombre de membres actifs qu'elle possède). Il faut bien admettre que, de manière générale, les modérés, souvent plus carriéristes, sont aussi souvent plus efficaces que les radicaux, qui oublient facilement les réalités politiques et sont de moins bons communicants. François Courvoisier et Caroline Marti ont par exemple énormément fait pour le parti. C'est pourquoi je pense que la cohabitation entre modérés et radicaux entre 2011 et 2013 fut une excellente période pour la JSG. Elle déboucha sur la formation d'un véritable mouvement militant jeune et socialiste. Mais comme je l'ai dit plus haut, dans une jeunesse de parti, tout conflit finit par se résoudre, d'une manière ou d'une autre, par la victoire d'un camp sur l'autre...

 

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Scène troisième : Victoire et déboires (2013-2014)

Les modérés ont progressivement, avant ou après 2013, quitté le parti. François Courvoisier s'est découvert libéral, Guilhem Kokot s'est fait élire (quasiment par ses seuls talents et sa seule habileté politique) au comité directeur de la JS suisse et a donc quitté le comité genevois (on ne cumulait pas de mandats à la JSG, le parti requérant l'entier de votre énergie et de votre militantisme) et Caroline Marti s'est faite élire députée au parlement cantonal. Président unique d'un parti dominé largement par des radicaux, je me considérai comme victorieux et commençai à réfléchir à étendre la stratégie entriste au PSG et au reste de la JS suisse. Mais c'est aussi à cette époque où je devins anarchiste socialiste et découvris qu'un conflit idéologique peut en cacher un autre...

Le parti se divisa en trois ou quatre factions : les réformistes radicaux (favorables au socialisme mais pas à la révolution) avec Brice Touilloux (à présent président de la section JS fribourgeoise), les trotskistes de der Funke, les trotskistes d'une autre organisation (secrète, donc je crois que je ne dois pas vous dire le nom désolé) et les libertaires (dont moi). Comme on peut le voir, seul un adversaire commun, les modérés, unissait plus ou moins tout ce beau monde. Après une dispute avec les Funkistes, mon éloignement des autres trotskistes, et ma naturelle opposition aux réformistes radicaux, je me retrouvai un peu isolé et quittai la présidence en mai 2014.

 

La suite ? Vous la connaissez. Devenu anarchiste libéral, je quittai la JSG en août 2014, fondai le Parti Libertarien en septembre, avec les résultats insatisfaisants que l'on connaît, et rejoignis en conséquence les Jeunes Libéraux-Radicaux en janvier 2016. A mon départ de la JSG, les Funkistes dominaient le parti. De ce que j'ai pu voir depuis, la JSG s'est affaiblie, que ce soit en termes de visibilité ou en termes de nombre de membres, tandis que Funke a grossi. Corrélation n'est pas raison et on en tirera les conclusions que l'on veut. A l'inverse, il semblerait que le JSG expatrié à Fribourg, Brice Touilloux, est parvenu à renverser le comité social-démocrate de la section JS locale et à le remplacer, avec l'aide entre autres de l'ancienne JSG Pauline Schnorhk. L'histoire se répéterait-elle ? 

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Épilogue

J'ai écrit ce billet car j'ai souvent l'impression que les gens ne se rendent pas compte qu'un parti ce n'est pas juste des affiches, des tracts, des communiqués de presse, des actions symboliques dans la rue, des manifestations ou le travail des élus dans les parlements et les exécutifs. Un parti c'est d'abord et avant tout des individus, pris dans le feu des passions humaines, déchirés par des conflits idéologiques, qui s'aiment, se détestent, et passent beaucoup de temps ensemble. Ce sont des engueulades, de longs trajets en train, des fêtes, des débats acharnés, des embrassades, des ivresses, et tout un tas d'émotions et de moments fous. C'est une belle aventure à vivre et je recommande l'expérience à toutes et à tous.

Salutations militantes,

Adrien Faure

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19/05/2016

Nuit Debout et les Indignés : les nouvelles formes de mobilisation citoyennes

 

 

Pascal Décaillet s'est exprimé aujourd'hui, dans sa tribune hebdomadaire du GHI, sur la résonance jugée abusive (compte tenu de sa faible taille) donnée par les médias au mouvement Nuit Debout. Il analyse ce mouvement comme vide sur le fond et incapable d'articuler des positions et des revendications claires. Il applique un jugement similaire au mouvement des Indignés. Ayant moi-même été membre des Indignés, et de sa mutation plus offensive le mouvement Occupy, et m'intéressant en ce moment au mouvement Nuit Debout, encore balbutiant (car naissant) à Genève et en Suisse, je me propose de nuancer quelque peu l'analyse de Monsieur Décaillet.

 

Il est vrai que les Indignés et les Verticaux Noctambules sont un mélange assez bigarré regroupant des individus aux positions politiques assez éclectiques. Mais est-ce un mal ? Une fonction positive que l'on peut attribuer à ces nouveaux mouvements sociaux réside justement dans leur capacité à incarner et recréer un forum, une agora, une place du marché, où n'importe qui peut prendre la parole, s'exprimer librement et obtenir un peu d'écoute de ses concitoyens. Le fait qu'après les Indignés de 2011 et après Occupy the world, qui dura au moins jusqu'en 2012 (voire 2013 ?), on retrouve en 2016 exactement, et spontanément, le même type de mouvement issu de la société civile, nous montre quelque chose sur la demande de nos contemporains, et notamment des jeunes, en matière de politique. Alors certes, on parle ici d'une marge, de minorités actives. Il y a dans ces mouvements un grand nombre de militants de gauche et d'extrême gauche (ou équivalents), mais il y a aussi tous ces jeunes, non partisans, qui recherchent en dehors des partis politiques des formes alternatives d'engagement. Pascal Décaillet dit : « On place la posture avant le message. » Mais, en fait, c'est la posture qui est le message : un certain nombre de jeunes recherchent des formes participatives et directes de mobilisation politique. Cela correspond au nouvel esprit de ma génération, rejetant les hiérarchies et les structures centralisées, et préférant se tourner vers des formes horizontales et décentralisées de participation citoyenne.

 

L'agora ce n'est pas rien si cela répond à une demande réelle de certaines franges de la population. Le débat public est ainsi sorti des cénacles parlementaires et politiciens, le cadre est décloisonné, la parole libérée, l'ordre du jour démocratisé, et la politique rendue au citoyen. Cela ne débouche peut-être sur rien de concret à court terme, il n'y a pas de fond gouvernemental créé pour tel ou tel nouveau grand projet, pas de nouvelle loi pour dicter aux gens comment ils doivent vivre, pas de nouvel impôt ou de nouvelle taxe, et tant mieux. Il y a des discussions, et, éventuellement, une évolution des mentalités, un changement dans les esprits. Cette mutation mentale ira dans le bon sens si les militants de la liberté se décident à l'accompagner et à y prendre part. Je me rappelle de Charly Schwarz, certes modérément libéral, qui venait participer aux discussions des Indignés en 2011 et 2012. Et bien, il avait raison. Malgré la dominante gauchiste, il est possible parfois, par le débat et la discussion, d'échanger et de défendre une perspective libérale, une explication libérale et des solutions libérales concernant la situation contemporaine et les problèmes actuels. A Paris, les membres locaux du mouvement mondial des étudiants libéraux, Students for Liberty, se sont investis dans cette démarche. Les quelques photos qui suivent sont la trace vivante de leur expérience d'immersion à Nuit Debout. Parce que la liberté ne doit pas être défendue que dans les alcôves et les sinuosités des institutions politiques en place, mais partout où des esprits s'ouvrent et s'interrogent.

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15/05/2016

Convergences entre marxisme et libéralisme

 

 

Après quelques discussions menées aujourd'hui avec des participants du premier rassemblement de Nuit Debout à Genève, j'ai l'envie de revenir sur un sujet qui m'a toujours intéressé : celui des convergences entre marxisme et libéralisme, et plus particulièrement entre le marxisme et la branche anarchiste du libéralisme qui est celle à laquelle j'adhère. Ayant moi-même suivi un chemin allant du marxisme au libéralisme, le sujet m'intrigue d'autant plus.

 

1. Les marxistes appellent l’État actuel « État bourgeois » ou « État capitaliste » tandis que la plupart des anarchistes libéraux préfèrent parler d'un « État corporatiste », mais au-delà de ces différences sémantiques ces divers termes désignent en fait le même État. C'est pourquoi les marxistes fidèles aux positions de Karl Marx, Friedrich Engels ou même Lénine (du moins le Lénine de jusqu'à 1917) partagent le même objectif de démantèlement (« destruction » pour les marxistes) de l’État bourgeois/corporatiste contemporain. Quant à la méthode, on trouve des révolutionnaires et des réformistes dans les deux camps. Les néo-libertariens sont par exemple de fervents révolutionnaires (cf. Le Manifeste Néo-libertarien de Samuel Edward Konkin III) tandis qu'il a existé diverses formes de marxismes réformistes (sur le moment je pense à Jean Jaurès par exemple). La confusion actuelle de certains marxistes vulgaires consistant à découper des tranches d’État bourgeois qui leur semblent acceptables et d'autres qu'ils condamnent me semble représenter davantage un détournement du marxisme qu'une amélioration. Soit l’État capitaliste est le serviteur de la classe dominante, soit il ne l'est pas, mais pourquoi certains secteurs de l’État échapperaient-ils donc à l'autorité de la classe dominante ? Cela me semble une violation de la logique et de la cohérence internes au marxisme.


2. Les marxistes considèrent que l’État bourgeois s'emploie à aliéner et manipuler le prolétariat par le biais de divers « appareils idéologiques d’État » (dixit Althusser) afin d'instaurer une « hégémonie » intellectuelle, morale et culturelle (dixit Gramsci) empêchant le prolétariat de prendre conscience de ses intérêts de classe. Afin de libérer le prolétariat de ces appareils idéologiques d’État, ils sont donc en confrontation directs avec le contrôle et l'influence que l’État exerce sur les médias, les arts et les institutions visant à former les individus (écoles, cycles, collèges, universités, etc.). Or, ils rejoignent en cela parfaitement la critique radicale que formulent les anarchistes libéraux à l'encontre du contrôle étatique des médias, des arts et des institutions de formation.

3. Pour en finir avec le capitalisme et la division en classes de la société, les marxistes désirent ardemment l'abolition du salariat. Or, les anarchistes libéraux n'ont rien contre la disparition du salariat tant que nul n'est contraint contre sa volonté, et certains, comme moi, y sont même très favorables. Si, dans le cadre d'un marché libre, le modèle autogestionnaire et coopérativiste ou le modèle agoriste s'avèrent être des modèles plus attractifs que la forme traditionnelle et hiérarchisée des entreprises pour s'organiser, produire et créer, alors le salariat disparaîtra purement et simplement. Il me semble que cette hypothèse de l'attractivité de modèles alternatifs est assez probable. En outre, la suppression de l’État enrichirait tant les plus précaires que les travailleurs salariés auraient bien davantage la possibilité qu'aujourd'hui de s'engager dans des modèles entrepreneuriaux alternatifs.

4. Certains libéraux (comme Christian Michel) s'inspirent des théories du matérialisme historique marxiste dans leur analyse de la société et de son devenir. Ils mettent notamment l'accent sur la nécessité de certaines évolutions du mode de production pour permettre l'avènement d'une société plus libérale.


5. La plupart des marxistes contemporains critiquent les inégalités de richesses existant dans la société. Certains les font entièrement dériver de l'existence de la propriété privée des moyens de production (de l'essence même du mode de production bourgeois), mais d'autres se joignent à l'explication libérale qui fait dériver l'essentiel des inégalités de richesses de l'action de l’État et des privilèges qu'il assure à certains (monopoles, subventions, réglementations, protectionnisme, distorsions à la concurrence, etc.).

Voilà donc quelques convergences entre le marxisme et l'anarchisme libéral à méditer. Je pense qu'il en existe d'autres, notamment concernant la critique de l’État-providence quant à son rôle clef dans la destruction des associations et organisations ouvrières qui existaient autrefois (le contrôle bureaucratique remplaçant ainsi l'auto-organisation ouvrière).

A creuser.

 

 

 

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13/05/2016

Libérez les arts !

 

 

Bien qu'il y ait aujourd'hui une forme de quasi-consensus en faveur du subventionnement étatique des arts (caché pudiquement sous le nom desubventionnement de la culture), cet état de fait est en violation totale avec les principes libéraux et ne trouve aucune justification éthique ou philosophique valable. Au contraire, seul un marché libre des arts est capable de maximiser la créativité et le progrès artistiques, l'innovation et le caractère critique des arts, ou encore de répondre au mieux aux demandes et aux préférences du public. Pour comprendre cela, nous allons devoir revenir à la nature même d'une œuvre d'art réussie.

 

1. Qu'est ce qu'une œuvre d'art réussie ?

Le caractère réussi d'une œuvre d'art est-il quelque chose de subjectif, dépendant uniquement de l'appréciation individuelle ? Ou existe-il des critères permettant de déterminer objectivement (universellement) ce qu'est une œuvre d'art réussie ? Supposons que l'on accepte le postulat sur le caractère subjectif du succès d'une œuvre d'art. Dans ce cas il semble qu'il n'existe aucune « autorité », politique ou artistique, qui soit compétente pour déterminer ce que l'argent des individus devrait financer en matière de créations artistiques. Il apparaît évident que, dans ce cas, il ne reste plus qu'à laisser chacun financer les artistes et les créations artistiques qu'il apprécie en fonction de ses goûts et de ses préférences propres. Donc, si l'on accepte le caractère subjectif du succès (de l'excellence) d'une œuvre d'art, alors le débat sur le subventionnement des arts s'arrête ici puisqu'on se retrouve sans justification valable en faveur de ce dernier.

 

Mais n'y a-t-il pas des critères pour évaluer les œuvres d'art ? Après tout, il existe des critiques d'art et des écoles d'art qui doivent bien se fonder sur quelque chose dans leur travail quotidien. Un critère probable réside dans la capacité artistique à innover et à faire preuve d'originalité. En effet, il semble inintéressant pour n'importe qui d'observer des œuvres d'art identiques ou s'inscrivant dans des schémas de création similaires (par exemple un énième monochrome rouge n'est pas original de nos jours, mais le premier monochrome incarne une véritable innovation et présente donc un intérêt certain). Un second critère se trouve probablement dans une aptitude à faire preuve de rigueur et de cohérence. Généralement, un artiste qui fait n'importe quoi ne produira pas une œuvre d'art très intéressante (par contre si sa démarche est de faire n'importe quoi pour voir ce que cela va donner cela peut présenter un certain intérêt, mais alors il y a une certaine rigueur et cohérence dans sa démarche artistique).

2. Qui peut déterminer le caractère réussi d'une œuvre d'art ?

 

Il y a donc probablement au moins deux critères pour nous permettre d'évaluer la qualité d'une œuvre d'art. Mais qui donc est capable d'évaluer une œuvre d'art ou un projet de création artistique en appliquant ces critères dans un domaine particulier des arts ? L'autorité politique ? Les critiques d'art ? Le grand public ?

 

Il n'y a aucune raison de penser qu'un politicien élu ait a priori des compétences ou des connaissances particulièrement fournies ou développées dans un domaine de l'art. Par conséquent, il n'y a aucune raison pour que des politiciens soient en charge de redistribuer de l'argent des individus à certains artistes ou à certains projets artistiques car ils n'ont pas la compétence nécessaire à cela (et l'admettre n'est pas se rabaisser mais faire preuve de sagesse et d'humilité).

 

On pourrait alors penser qu'une autre option consisterait pour les politiciens élus à sélectionner des experts, des critiques d'art, pour que ces derniers se chargent de déterminer quels artistes doivent recevoir de l'argent des individus. Mais une telle option ne fait que déplacer le problème sans en changer la nature : il n'y a aucune raison de penser qu'un politicien élu ait a priori des compétences pour déterminer qui sont les experts les plus compétents dans un domaine particulier des arts.

 

En conséquence, il semble que le subventionnement étatique ne se heurte à un problème d'incompétence, ou d'absence des compétences suffisantes de la part de l'autorité politique.

 

L'alternative consiste à faire confiance dans le libre choix des individus, dans la libre expression des goûts et des préférences individuelles, et dans la libre-concurrence sur le marché des arts. Un marché libre des arts mettrait en concurrence l'ensemble des acteurs du monde artistique, y compris les critiques d'art, qui seraient obligés d'être les plus compétentes possibles et les plus fiables possibles pour guider les consommateurs. Les artistes médiocres devraient s'améliorer ou se reconvertir, les consommateurs trouveraient plus facilement une offre répondant à leurs demandes, et les artistes en disgrâce politique ne serait pas privé de débouchés. En conclusion, je ne peux qu'inviter les élus à cesser tout subventionnement des arts, puisque celui-ci ne repose sur aucune justification valable.

 

 

 

Cet article a été publié dans le numéro de printemps du Jeune Genevois, journal des Jeunes Libéraux-Radicaux Genevois.

 

 

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11/05/2016

Critique de la conception de la liberté de Milton Friedman

 

 

Ce travail a été réalisé dans le cadre d'un cours-séminaire de philosophie politique à l'Université de Genève. Il s'inscrit bien à mon sens dans les discussions menées sur ce blog.
Bonne lecture !

 

Milton Friedman, économiste néo-classique et positiviste1, Prix Nobel d'économie en 1976, père du philosophe anarchiste libertarien David Friedman, publie en 1962 un ouvrage de philosophie politique, Capitalisme et liberté2, qui défend des positions qu'il qualifie de « libérales3 ». Par la suite, avec la formation du mouvement libertarien aux États-Unis dans les années 1965-19754, Milton Friedman adoptera le qualificatif de « libertarien », même si cette adoption fera polémique pendant plusieurs années parmi les figures du mouvement, Milton Friedman étant jugé trop modéré par certains (dont Murray Rothbard). En effet, Milton Friedman n'est ni minarchiste (favorable à un État réduit aux fonctions de police, justice et armée) comme Robert Nozick ou Ayn Rand, ni anarchiste (favorable à un free market anarchism) comme Murray Rothbard ou son propre fils, mais s'inscrit tout à fait dans la lignée libérale classique5, comme Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek, qui défend un État aux fonctions plus étendues que la conception minarchiste.

 

Milton Friedman est avant tout un économiste qui tire ses positions philosophiques de ses recherches empiriques et d'une connaissance inductive (et non axiomatique et purement déductive). Les fondements moraux de sa réflexion philosophique sont utilitaristes6, comme il le dit lui-même : « Le libéral du XIXe siècle considérait l'extension de la liberté comme la façon la plus efficace de promouvoir le bien-être et l'égalité7. » Il s'agit d'un utilitarisme de la règle qui vise à déterminer quelles règles maximisent le bien-être des individus, et c'est à l'aune de ce critère qu'il évalue les règles morales et politiques possibles. Comme il se trouve que c'est aussi ma position en éthique normative, je l'adopterai dans ce travail pour évaluer la conception de la liberté que défend Milton Friedman.

 

Pour ce faire, je commencerai par évaluer la définition de la liberté qu'expose Milton Friedman et montrerai qu'elle est plutôt valable. Puis, dans un second temps, j'étudierai la hiérarchie entre différents types de liberté qu'il propose afin de montrer qu'elle est globalement justifiée. Dans un troisième temps, je parlerai plus spécifiquement de certaines implications de la liberté économique. Enfin, dans un dernier temps, j'aborderai la position de Milton Friedman en ce qui concerne plus spécifiquement la liberté en matière de mœurs pour en montrer ses limitations.

 

1.) Critique de sa définition de la liberté.

 

Pour Milton Friedman, la liberté est la valeur la plus importante de toutes : « Libéraux, nous prenons la liberté de l'individu, ou peut-être celle de la famille, comme un but ultime quand il nous faut juger les régimes sociaux8. » Comme tous les libéraux classiques et libertariens, Milton Friedman entend par liberté essentiellement quelque chose de négatif (la liberté de ne pas être entravé dans ses actions, dans l'exercice de sa volonté). Dans le raisonnement utilitariste de la règle de Milton Friedman, cela s'explique car, selon lui, si la liberté est la règle, alors le bien-être (et la liberté positive) des individus est maximisé. A noter, en outre, que la liberté dont il parle est un concept politique, dans le sens où elle « concerne les relations entre les hommes ; elle n'a aucun sens pour un Robinson Crusoé (sans son Vendredi). (...) Il n'existe pas de pour lui de problème de liberté au sens qui nous occupe9. » La liberté concerne donc les relations entre les individus et non l'individu en tant que monade atomisée.

 

Ces premières considérations sont encore très générales. Plus précisément, Milton Friedman propose une dichotomie entre liberté économique et liberté politique. Si on comprend assez facilement qu'il entend par « liberté économique » liberté de produire et de vendre, de consommer et d'acheter, d'échanger (de commerce), de don (notamment le legs), d'économiser, de prêter (de crédit), etc. Il est plus difficile de comprendre ce qu'il veut dire par « liberté politique ». En effet, il semblerait que Milton Friedman range dans cette catégorie non seulement des libertés politiques stricto sensu, comme la liberté de choisir ses dirigeants politiques, la liberté de se présenter comme candidat à un poste de direction politique, la liberté d'exprimer ses opinions politiques ou la liberté de s'associer avec d'autres individus partageant ses opinions politiques, mais aussi des libertés civiles comme la liberté d'expression en tant que telle, la liberté de conscience (de croyance, de religion), la liberté d'association, ainsi que (probablement) les libertés de mœurs. Le sens que Milton Friedman donne au concept de « liberté politique » est donc très large. A vrai dire, on peut considérer que le sens qu'il donne à ce mot est très trop large, car il tend à simplifier et à éliminer des distinctions conceptuelles qui ont leur utilité et leur importance pour parler de la liberté, surtout si on cherche, comme il essaie aussi de le faire, de hiérarchiser les libertés entre différents types.

 

Si Milton Friedman n'est pas revenu sur cette dichotomie dans son livre à succès La liberté du choix10, publié en 1980, il est toutefois revenu dessus dans sa préface de 2002 à la ré-édition de Capitalisme et liberté : « Le seul changement majeur que je souhaiterais lui apporter serait de remplacer la dichotomie liberté économique-liberté politique par la trichotomie liberté économique-liberté civile-liberté politique.11 » Même si cette modification intervient tardivement (quarante ans après la publication de Capitalisme et liberté, quatre ans avant sa mort) elle a l'avantage d'améliorer sa définition et de lui faire gagner en précision.

 

On peut toutefois se demander si la démarche même de découper, de subdiviser, la liberté en catégories fait totalement sens. En effet, il est possible qu'une théorie de la liberté en général permettrait de traiter ensuite de manière systématique et équivalente, et donc de manière cohérente, chaque type de liberté. Une telle théorie générale est celle proposée par la plupart des philosophes libertariens, à commencer par son propre fils, en passant par Murray Rothbard ou Ayn Rand, qui définissent grosso modo la liberté comme la liberté de l'individu de ne pas se voir imposer par la force la volonté d'autrui (État, gouvernement, société, etc.).

 

2.) Critique de sa hiérarchisation des libertés.

 

Milton Friedman propose une hiérarchisation entre deux types de libertés : la liberté économique et la liberté politique. Selon lui « la liberté économique est elle-même une composante de la liberté au sens large, si bien qu'elle est une fin en soi. D'autre part, la liberté économique est indispensable comme moyen d'obtenir la liberté politique12. » Nous allons d'abord étudier cette thèse selon laquelle l'accroissement de la liberté économique implique l'accroissement de la liberté politique et civile. Puis, nous étudierons la thèse selon laquelle l'accroissement de la liberté politique n'implique pas nécessairement un accroissement de la liberté économique et civile. Enfin, nous tâcherons de voir si la liberté économique est réellement plus importante que la liberté politique et civile.

 

2.1) L'accroissement de la liberté économique implique-t-il l'accroissement de la liberté politique et civile ?

 

Milton Friedman affirme très clairement que « l'accroissement de la liberté économique va de paire avec l'accroissement des libertés civiles et politiques13. » Pour argumenter en faveur de cette thèse, il développe une théorie du pouvoir et de la balance des pouvoirs.

 

2.1a) La théorie friedmanienne de la balance des pouvoirs.

 

Cette théorie prend la forme suivante : « La menace fondamentale contre la liberté est le pouvoir de contraindre, qu'il soit entre les mains d'un monarque, d'un dictateur, d'une oligarchie ou d'une majorité momentanée. La préservation de la liberté requiert l'élimination la plus complète possible d'une telle concentration du pouvoir, en même temps que la dispersion et le partage de ce qui, du pouvoir, ne peut être éliminé : elle exige donc un système de contrôle et de contrepoids. En ôtant à l'autorité politique le droit de regard sur l'organisation de l'activité économique, le marché supprime cette source de pouvoir coercitif ; il permet que la puissance économique serve de frein plutôt que de renfort au pouvoir politique14. » Autrement dit, il y a selon Milton Friedman un pouvoir politique et un pouvoir économique et il s'agit de les séparer et de les opposer plutôt que de les concentrer, comme c'est le cas dans le totalitarisme soviétique où pouvoir économique et pouvoir politique sont concentrés dans les mêmes mains de la bureaucratie dirigeante. Cette théorie de l'équilibre des pouvoirs semble faire sens, même si Milton Friedman ne définit pas de manière très rigoureuse ce qu'il entend par « pouvoir ». Il semblerait qu'il entende par ce concept de pouvoir la capacité de x a prendre des décisions sans être contraint par y. La contrainte désignant non seulement l'usage de la force pour contraindre mais aussi les incitations économiques pouvant servir à contraindre autrui.

 

La liberté économique permettrait donc d'équilibrer le pouvoir politique avec le pouvoir économique. Ce qui renforcerait la liberté politique puisque les individus seraient davantage libres par rapport à l'autorité politique. Milton Friedman exemplifie cet argument avec l'exemple de la liberté d'expression : dans une société où le pouvoir politique ne contrôle pas l'économie, les agents économiques sont prêts à vendre, publier et diffuser des propos tenus par des opposants au pouvoir politique, tandis que dans une société où le pouvoir politique contrôle l'économie (par exemple où l’État est propriétaire des moyens de production), les opposants au pouvoir politique ne peuvent s'adresser à personne pour diffuser leurs propos. Compte tenu de cette argumentation, il semble que Milton Friedman ait raison de penser que l'accroissement de la liberté économique préserve la liberté politique des individus.

 

Si on conçoit que pour favoriser la liberté politique il convient de fragmenter le pouvoir politique en multiples centres de pouvoir en concurrence, car, comme l'explique Milton Friedman « le second [grand principe permettant de bénéficier des avantages qu'offre le gouvernement sans mettre pour autant la liberté en péril], c'est que le pouvoir doit être dispersé. Si, en effet, il faut l'exercer, mieux vaut que ce soit dans le cadre du comté que dans celui de l’état, et mieux, dans le cadre de l’État qu'à Washington15 ». On peut néanmoins se demander si la liberté économique ne va pas aboutir à une concentration du pouvoir économique dans quelques mains. C'est d'ailleurs là une des principales critiques de gauche du marché libre. Milton Friedman répond à cette interrogation que « le pouvoir économique peut être largement dispersé. Aucune loi de conservation ne veut que la croissance de nouveaux centres de pouvoir économique se fasse aux dépens des centres déjà existants16 ».

 

En fait, la liberté économique signifie la mise en concurrence entre les individus. Or, la concurrence entre les individus signifie que chaque individu jouit d'une sphère d'autonomie, d'absence de contrainte. Autrement dit, la liberté économique sécrète une absence de contrainte en impliquant la concurrence inter-individuelle. En effet, « aussi longtemps que l'on maintient une liberté d'échange effective, le trait central du mécanisme du marché est qu'il empêche une personne de s'immiscer dans les affaire d'une autre en ce qui concerne la plupart des activités de cette dernière. Du fait de la présence d'autres vendeurs avec lesquels il peut traiter, le consommateur est protégé contre la coercition que pourrait exercer sur lui un vendeur ; le vendeur est protégé contre la coercition du consommateur par l'existence d'autres consommateurs auxquels il peut vendre ; l'employé est protégé contre la coercition du patron parce qu'il y a d'autres employeurs pour lesquels il peut travailler, etc.17 » C'est donc par la concurrence même que chaque individu peut ne pas dépendre d'un autre individu en particulier et c'est pourquoi la liberté économique est une force de décentralisation du pouvoir économique et non de concentration de ce pouvoir.

 

2.1b) Un argument empirico-historique.

 

Milton Friedman propose aussi un argument empirique et historique en faveur de sa thèse. Il pense possible d'induire de l'observation de l'histoire son argument selon lequel l'accroissement économique implique l'accroissement de la liberté politique et civile : « L'histoire témoigne sans équivoque de la relation qui unit liberté politique et marché libre. Je ne connais, dans le temps ou dans l'espace, aucun exemple de société qui, caractérisée par une large mesure de liberté politique, n'ait pas aussi recouru, pour organiser son activité économique, à quelque chose de comparable au marché libre.18 » Mais cette induction historique pose le même problème que toute induction de ce type, elle est difficile à corroborer et aisée à infirmer. Ainsi, Milton Friedman affirme ensuite que « [la liberté politique a évidemment accompagné le marché libre] pendant l'âge d'or de la Grèce et aux premiers temps de l'époque romaine19 ». Or, il est totalement faux de parler de liberté politique dans une société comme celle de la Grèce antique où l'esclavage a toujours existé, où les inégalités en droits entre hommes et femmes n'ont jamais pris fin et où un système d'inégalités en droits stratifiait la société. C'est pourquoi, même en admettant que la Grèce incarna à un moment de son histoire antique un marché libre (ce qui est sujet à controverse), elle ne peut pas avoir incarné un modèle de liberté politique. L'argumentation empirico-historique de Milton Friedman n'est donc pas convaincante.

 

Toutefois, il se peut que ce soit simplement l'exemple de Milton Friedman qui soit mal choisi. On peut en effet observer que partout en Europe, une augmentation immense du niveau de vie de la population (révolution agricole, révolution industrielle, révolution technologique) semble avoir été suivie d'une augmentation des libertés politiques. Il y a donc des observations empirico-historiques en faveur de sa thèse.

 

2.2) L'accroissement de la liberté politique implique-t-il l'accroissement de la liberté économique et civile ?

 

Milton Friedman a ajouté dans sa préface de 2002 un élément important à sa conception de la liberté qui n'apparaissait pas dans la version de 1962 : « Alors que j'achevais la rédaction de ce livre, l'exemple de Hong-Kong, avant sa restitution à la Chine, m'a persuadé que, si la liberté économique est la condition nécessaire à la liberté civile et politique, et aussi désirable que puisse être cette dernière, la réciproque n'est pas vraie. (...) La liberté politique, (...) dans certaines circonstances joue en faveur des libertés économiques et civiques, mais (...) dans d'autres les entrave.20 » Non seulement il pense que la liberté économique implique la liberté politique et civile, mais en outre il pense que la liberté politique n'implique pas nécessairement la liberté économique et civile. Par conséquent, il établit ainsi une hiérarchie entre les libertés, la liberté économique l'emportant en importance sur la liberté politique puisque cette dernière peut parfois avoir des conséquences nuisibles pour les individus.

 

La liberté politique peut-elle vraiment ne pas impliquer la liberté économique et civile, voire, peut-elle lui nuire ? Milton Friedman mentionne l'exemple de Hong-Kong qui était jusqu'en 1997 un territoire britannique, puis un territoire chinois. Ce que Milton Friedman semble avoir observé est que la liberté politique de Hong-Kong jusqu'en 1997 n'a pas amené d'accroissement de la liberté économique et civile.

 

En fait ce qu'a probablement observé Milton Friedman est que lorsque des individus gagnent en liberté politique, par exemple lorsqu'un régime autoritaire se démocratise, ils peuvent employer leurs nouvelles libertés politiques pour élire des dirigeants qui prendront des mesures contre la liberté économique et la liberté civile. Un exemple criant de ce phénomène peut s'observer avec l'Allemagne dans la première moitié du XXème siècle : d'abord régime autoritaire, puis démocratie, c'est une majorité démocratique jouissant de libertés politiques qui élit Hitler à la tête du gouvernement. Par la suite, le régime nazi réduit drastiquement les libertés civiles et économiques. Il semble donc vrai de dire que parfois les libertés politiques peuvent nuire aux libertés civiles et économiques.

 

2.3) La liberté économique est-elle plus importante que la liberté politique et civile ?

 

En montrant que la liberté économique accroît la liberté politique, mais que la liberté politique peut nuire à la liberté économique et civile, Milton Friedman montre que la liberté économique est plus importante et plus valable que la liberté politique. Il établit ainsi une hiérarchie entre les libertés. Cette hiérarchie est-elle valable ? La liberté économique est-elle bel et bien plus importante que la liberté politique ? Et est-elle plus importante que la liberté civile ?

 

Je pense que Milton Friedman a bien montré que la liberté économique est plus importante que la liberté politique. En outre, à quoi bon avoir le droit de vote si on ne dispose pas de la liberté de produire ou d'acheter quelque chose ? Si l'autorité politique détient l'ensemble des moyens de production et l'ensemble des biens de consommation, et si cette autorité ne souhaite pas vous céder quoique ce soit, alors votre droit de vote, votre droit d'éligibilité, votre liberté de rejoindre un parti politique, ne vous seront d'aucune aide pour survivre.

 

On pourrait croire que le raisonnement est différent lorsqu'il s'agit d'opposer liberté économique et liberté civile. En effet, la liberté civile la plus fondamentale, la liberté d'exister sans être agressé dans son intégrité physique, semble être la plus importante de toutes les libertés. Et pourtant la possibilité d'exister sans être agressé dans son intégrité physique est moins important que la capacité de produire ou d'acheter de quoi se nourrir. Si vous risquez d'être agressé cela pourrait causer votre mort, mais si vous ne pouvez absolument pas produire de quoi vous nourrir ou acheter ou échanger de quoi vous nourrir, alors vous mourrez de façon sûre et certaine. C'est pourquoi on peut hiérarchiser les libertés et placer la liberté économique comme la liberté supérieure à toutes les autres en importance.

 

3.) La liberté économique implique-t-elle une réduction de la liberté individuelle à travers l'inter-dépendance ?

 

Milton Friedman semble toutefois garder quelques doutes sur les bienfaits de la liberté économique lorsqu'il soulève un problème auquel il ne répond pas clairement par la suite : « Même dans les sociétés relativement arriérées, l'usage efficace des ressources disponibles exige la division du travail et la spécialisation des fonctions. Dans les sociétés avancées, l'échelle à laquelle la coordination est nécessaire, pour tirer pleinement avantage des occasions offertes par la science et la technologie moderne, est infiniment plus grande. (...) Celui qui croit en la liberté est sommé de réconcilier cette interdépendance généralisée avec la liberté individuelle21. » La liberté économique pousse en effet les individus à se spécialiser dans les domaines de production où ils sont les meilleurs, ce qui a pour conséquence de les rendre de plus en plus inter-dépendants les uns des autres. L'inter-dépendance semble effectivement représenter une baisse de liberté en un sens pour les individus. Mais si on prend l'ensemble des autres implications de la spécialisation et de l'inter-dépendance, on se rend compte alors que loin de réduire la liberté des individus elles l'accroissent.

 

En effet, en se spécialisant chacun a la possibilité de pratiquer davantage ce en quoi il est le meilleur. Or, comme on est le meilleur dans le domaine qui nous intéresse (qui nous motive le plus), pouvoir pratiquer davantage ce en quoi on est le meilleur revient à pratiquer davantage ce qui nous motive, ce qui nous plaît. Cela semble être plutôt un facteur favorable à la liberté individuelle que de pouvoir faire ce qu'il nous plaît. Le contraire de la spécialisation revient en fait à devoir tout produire par soi-même et à pratiquer toutes sortes de « métiers » qui ne nous intéressent pas forcément. Loin de nous libérer, l'autarcie nous contraint à devoir être médiocre dans tous les domaines.

En outre, en se spécialisant, les individus augmentent sans cesse la production, puisqu'ils sont plus performant en se spécialisant uniquement dans les domaines où ils sont les meilleurs. La croissance de la production permet aux individus de gagner en liberté positive (en capacité à faire des choses).

Enfin, l'inter-dépendance est un facteur pacificateur, puisque comme chacun dépend d'autrui pour accéder à ce qu'il désire chacun est incité à ne pas agresser autrui. Or l'agression est une violation importante de la liberté.

 

Pour toutes ces raisons, on peut considérer que la liberté économique et l'inter-dépendance qu'elle implique renforcent la liberté individuelle au lieu de la réduire.

 

4.) La liberté de mœurs, une liberté oubliée ?

 

Milton Friedman a durant sa vie pris position pour la légalisation du mariage pour les gays et a défendu la légalisation des drogues. Il n'était donc pas conservateur et incluait la liberté des mœurs dans son combat pour la liberté. On peut toutefois déplorer le fait qu'il ne lui ait pas donné davantage de place dans son œuvre. En dépassant la dichotomie liberté économique-liberté politique par la trichotomie liberté économique-liberté politique-liberté civile, il effectue un premier pas en direction dans cette direction, la liberté des mœurs étant davantage une liberté civile qu'une liberté politique. Mais on peut toutefois considérer qu'il aurait pu proposer une distinction plus fine entre liberté économique, liberté politique, liberté civile, et liberté des mœurs en tant que catégorie entière. L'absence de liberté des mœurs peut en effet avoir des conséquences particulièrement pénibles et nuisibles pour le bien-être des individus.

 

Dans son ouvrage de 1962, Milton Friedman fait preuve d'un certain conservatisme lorsqu'il s'exprime de la façon suivante : « Aux yeux de l'homme libre, son pays n'est que la collection des individus qui le composent. (...) Cet homme est fier de l'héritage commun, fidèle aux traditions communes22. » Sa défense des traditions, du respect des traditions, ne s'intègre pas aisément dans une défense de la liberté des mœurs. Une véritable liberté des mœurs signifie en effet de ne pas accepter toutes les traditions comme étant bonnes a priori, mais de prendre le temps de les évaluer. De la même façon, Milton Friedman déclare que « libéraux, nous prenons la liberté de l'individu, ou peut-être celle de la famille, comme un but ultime quand il nous faut juger les régimes sociaux23 ». Or, faire de la famille le fondement de la réflexion philosophique politique semble contrevenir autant à la philosophie libertarienne et libérale classique qu'au raisonnement utilitariste. En effet, maximiser la liberté d'une famille n'est pas la même chose que maximiser la liberté d'un individu, et certaines lois pourraient favoriser la famille en tant qu'agrégat au détriment de certains membres de la famille (notamment les femmes). Certes, l'époque (le contexte) peut expliquer ce type de déclarations, mais elles représentent bel et bien une limitation dans l'argumentation de Milton Friedman en faveur de la liberté que l'on ne peut que déplorer.

 

Pour conclure, je pense que mon travail tend à montrer que la conception friedmanienne de la liberté est globalement justifiée, mais qu'elle présente des problèmes et des limitations. Il me semble qu'une théorie globale de ce qu'est la liberté, plutôt que des libertés en générale, permettrait d'assurer plus sûrement l'argumentation de Milton Friedman en faveur de ses positions libérales classiques. Cela lui éviterait aussi de devoir rentrer dans le débat sur la hiérarchisation des libertés et lui permettrait d'éliminer certaines ambiguïté en matière de libertés des mœurs. D'une certaine façon, on peut considérer que le travail de son fils, David Friedman, incarne une correction généralisée et un dépassement de l’œuvre de son père, résolvant les divers problèmes, soulevés dans ce travail, que la conception de la liberté de Milton Friedman peut présenter.

 

 

 

1 CARE Sébastien, La pensée libertarienne : Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses Universitaires de France, Paris, 2009, pp. 111-117.

2 FRIEDMAN Milton, Capitalisme et liberté, Éditions LEDUC.S, Paris 2010.

3 Ibidem, pp. 44-46.

4 CARE Sébastien, La pensée libertarienne : Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, op. cit., pp. 89-105.

5 Ibidem, pp. 267, 276.

6 Ibidem, pp. 153, 157.

7 FRIEDMAN Milton, Capitalisme et liberté, op. cit., p. 45.

8 Ibidem, p. 53.

9 Idem.

10 FRIEDMAN Milton et Rose, La liberté du choix, Éditions Pierre Belfond, Paris, 1980.

11 FRIEDMAN Milton, Capitalisme et liberté, op. cit., p. 38.

12 Ibidem, p. 48.

13 Ibidem, p. 38.

14 Ibidem, p. 58.

15 Ibidem, p. 41.

16 Ibidem, p. 59.

17Ibidem, p. 57.

18 Ibidem, p. 58. .

19 Idem.

20 Ibidem, p. 38.

21 Ibidem, p. 54.

22 Ibidem, p. 39.

23 Ibidem, p. 53.

 

 

 

Bibliographie

 

- CARE Sébastien, La pensée libertarienne : Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses Universitaires de France, Paris, 2009.


- FRIEDMAN Milton, Capitalisme et liberté, Éditions LEDUC.S, Paris 2010.

 

- FRIEDMAN Milton et Rose, La liberté du choix, Éditions Pierre Belfond, Paris, 1980. 

 

 

 

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08/05/2016

Exclusion de certains étudiants de Master des remplacements par le Département de l'Instruction Publique

 

 

Vous le savez peut-être, à Genève les étudiants ont la possibilité, dès qu'ils ont effectué deux années d'université (pour un total de 120 crédits) de remplacer les enseignants malades ou absents, pour une raison ou une autre, au cycle et au post-obligatoire (collège, école de culture générale, etc.), s'ils suivent une formation dans une branche qui y enseignée. 

 

Ayant moi-même travaillé comme remplaçant entre 2014 et 2015, après avoir effectué deux années d'université en philosophie et en histoire, je me suis rendu vendredi au Service des ressources humaines du Département de l'Instruction Publique (DIP) pour me ré-inscrire aux remplacements. Quelle n'a pas été ma stupéfaction quand je me suis vu refuser ma ré-inscription au motif que mon Master, que je suis actuellement en train d'effectuer en science politique mention théorie politique, n'est pas une branche enseignable au cycle et au post-obligatoire. Le seul fait d'effectuer un Master dans une branche non enseignable est donc un facteur éliminatoire, quel que soit le Bachelor du postulant. 

 

Ainsi, j'ai été engagé en 2014 comme remplaçant avec seulement 2 années de Bachelor en mains. Par contre, maintenant que j'ai terminé mon Bachelor, le Département refuse de m'engager. N'est-ce pas quelque peu, voire carrément, surprenant ? N'est-on pas supposé gagner en compétences en terminant son Bachelor ? 

 

Cette nouvelle politique du Département de l'Instruction Publique a été mise en place, d'après leurs propres dires, fin mars 2016. Il s'agit donc bel et bien d'une nouveauté. Comme cette exclusion de certains étudiants de Master des remplacements ne me semble pas justifiée, j'ai contacté les syndicats étudiants, la Conférence Universitaire des Associations ÉtudiantEs (CUAE) et l'Association Faîtière de l'UNIGE (AFU), pour dénoncer cela. L'Etat ayant un quasi-monopole sur l'instruction et la formation, et contrôlant par conséquent le marché des remplacements, nous ne devons pas le laisser exclure ainsi sans raison valable certains étudiants de l'accès à ces emplois. 

 

 

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03/05/2016

Riches et pauvres : qui est la principale victime de l'intervention de l'Etat ?

 

 

Il est un débat récurent, mais pas forcément toujours très explicite, parmi les libertariens portant sur qui, des riches ou des pauvres, est la principale et première victime de l'intervention de l’État. Les libertariens de droite affirment que ce sont évidemment les riches – qui paient tant et tant d'impôts – qui sont les premières et principales victimes de l'intervention de l’État. C'est là, il me semble aussi, la position de la romancière et philosophe Ayn Rand.

 

Voici la réponse des libertariens de gauche (left free market anarchists), qui est aussi celle à laquelle j'adhère (cf. aussi sur la question les positions développées par le Center for a Stateless Society).

 

La somme totale d'impôt payée par un individu ne nous informe pas sur la somme totale des coûts subis par cet individu infligés par l'Etat.
Premièrement, il convient aussi de prendre en compte les taxes, et pas seulement les impôts, payées par les individus. Il existe en effet la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui concerne tout bien ou service vendu, mais aussi un certain nombre de taxes supplémentaires (sur l'essence, sur le tabac, etc.). Les pauvres paient évidemment toutes ces taxes de la même façon que les riches, mais le coût en est proportionnellement plus lourd pour leur porte-monnaie que pour celui d'une personne plus riche.

Deuxièmement, il convient de prendre en compte les coûts subis par les plus pauvres en termes d'entraves à l'enrichissement. Il s'agit de toutes les limitations à l'accès au travail et au capital (à l'accès au crédit) et à toutes les distorsions de la concurrence. Ces dernières peuvent prendre la forme de réglementations et régulations fermant certains marchés aux plus pauvres, de licences et patentes augmentant le coût d'entrée sur un marché (c'est le cas des bars, des taxis, etc.) ou encore de subventions ou privilèges (monopole légal par exemple) attribués par le gouvernement ou les autorités politiques à certains acteurs privés (copinage, entente, corruption, etc.) empêchant les plus pauvres de concurrencer des acteurs déjà en place car protégés par ces privilèges. L'ensemble de ces pertes subies par les plus pauvres les empêche d'autant d'économiser un capital éventuellement utile pour lancer une affaire.

 

Troisièmement, les plus pauvres n'ont accès qu'aux services de l'Etat-providence et non aux services d'entreprises privées en ce qui concerne de nombreuses prestations (santé, formation, etc.). La qualité de ces prestations étatiques étant inférieures à celles fournies sur le marché privé, ils subissent une perte que ne subissent pas les plus riches qui peuvent accéder à une qualité supérieure de prestations. Certes, sans l'Etat-providence les plus pauvres auraient toujours accès à des prestations inférieures à celles des plus riches, mais ils auraient accès à de meilleures prestations que celles fournies aujourd'hui par l'Etat-providence. 

 

Enfin, l'action de la banque centrale a comme effet de provoquer artificiellement de l'inflation, ce qui fait baisser la valeur de l'argent des plus pauvres (avec la même somme ils peuvent acheter moins). Les plus pauvres doivent aussi subir le coût terrible des crises économiques que les manipulations monétaires et gouvernementales provoquent.

 

C'est pourquoi, un individu peut ne pas payer d'impôt du tout et pourtant subir un coût plus grand de la part de l'intervention l’État qu'un riche payant beaucoup d'impôt. C'est pourquoi aussi les pauvres ont tout intérêt à s'opposer à l'intervention de l’État.

 

 

« Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.

Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. »

Frédéric Bastiat, 1850

 

 

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