25/03/2016

De la misère en milieu militaire

 

 

5H du matin. Des sonneries retentissent de diverses recoins obscurs de la chambre tandis que les duvets semblent prendre vie. Les recrues se traînent pitoyablement jusqu'à la salle de bain commune pour y mutiler rituellement leur pilosité et faire couler le premier sang. Elles échangent quelques regards hébétés et murmures inaudibles, l'esprit anéanti par la privation quotidienne de sommeil. Puis, elles tentent péniblement d'enfiler 7 couches ridiculement fines de vêtements disgracieux (mais réglementaires) afin de limiter la morsure du froid et la violence du vent auxquelles on les soumet généralement pendant de nombreuses heures. Il faut contrôler rigoureusement le contenu des poches, la rectitude du port du vêtement (le col, toujours le col) et enfiler les broyeuses de pieds. Enfin, toutes les affaires de la nuit sont précautionneusement planquées dans divers sacs, car l'ordre décoratif militaire doit régner et seuls quelques habits soigneusement sélectionnés ont le droit d'apparaître à certains endroits bien définis. La tyrannie commence dans les choses simples de la vie.

 

5H30 Un premier sous-officier fait son apparition. 5 minutes plus tard, les recrues descendent se mettre en file dans l'escalier où elles sont comptées (les recrues sont comptées environ 20 à 30 fois par jour, l'armée tenant à son bétail et craignant probablement la désertion, bien compréhensible, de ses troupes). La première attente de la journée commence pour les recrues affamées. De 5H45 à 6H25, les recrues se nourrissent (de manière réglementaire) au grand réfectoire et préparent leur matériel. A 6H30, elles se regroupent en colonnes sous le regard attentif des sous-officiers. Ces derniers les emmènent ensuite sur la place d'arme (vaste étendue de béton, symbole de la vacuité militaire) pour les premiers exercices inutiles de la journée (comment bien s'aligner en lignes et se tenir au garde-à-vous) et quelques démonstrations stériles de patriotisme (montée du drapeau, chant hésitant de l'hymne nationale, etc.).

 

Entre 7H15 et 12H, les recrues sont entièrement sous contrôle des sous-officiers et exécutent les tâches qui leur sont demandées. Vers 12H Les recrues se sustentent et vers 13H elles se remettent au travail. De 13H à 18H30, elles effectuent à nouveau les tâches qui leur sont demandées. De 18H30 à 19H30 elles mangent et préparent le matériel. De 19H30 à 23H30, les recrues sont de nouveau au travail. Vers minuit, après une douche sprintée, elles s'effondrent misérablement sur quelques petits centimètres de matelas d'un lit minuscule et s'endorment pour quelques pauvres heures.

 

Ceci est une journée classique pour une recrue de l'armée suisse. Pendant 15 heures, les conscrits travaillent sans relâche et quasiment sans pause sous le contrôle total des sous-officiers. Ils n'ont pas de temps libre et leur temps de sommeil tourne autour de 5 heures par nuit. Chaque heure de travail est rémunérée à la hauteur de 6 francs et les conditions de travail sont elles-mêmes d'une dureté extrême (exécute l'ordre ou subis une sanction, accepte la sanction ou va en prison). Moralement, l'armée suisse est, sous sa forme actuelle, répugnante et grotesque. Ce qui s'y trame est une sinistre farce que la société civile, le peuple suisse, a toléré trop longtemps. Puisqu'une majorité de citoyens se refuse à la supprimer, il est nécessaire d'envisager une réforme drastique de cette institution autour de deux piliers qui sont la revalorisation des conditions de travail et l'introduction de formes participatives de prise décision. A défaut, l'armée suisse restera ce qu'elle est actuellement : une armée d'esclaves.

 

Recrue Faure

 

 

 

11:29 Publié dans Armée | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

J'ai fait commencer mon école de recrue en 1971! J'ai fait deux semaines avant de m'arranger pour péter les plombs tant ce qu'on nous imposait était absurde. Aujourd'hui, je m'aperçois que RIEN a changé ! Toujours les mêmes idioties, les mêmes méthodes d'annihilation de la pensée, asservir l'homme!
Bon courage...

Écrit par : Joe | 25/03/2016

Vous écrivez bien, jeune homme, et défendez bien votre cause! Bon courage!

Écrit par : vieuxschnock | 25/03/2016

De mon point de vue, le plus grave avec l'armée, c'est de prendre de manière systématique tous les jeunes qui sont prêt et désireux de faire quelque chose d'utile pour leur pays et de les abrutir et les décourager.

Pour finir sur une note humoristique, je conseille à chacun d'écouter ou ré-écouter la chanson de Gilles "Nos Colonels" (1958).

Écrit par : Nicolas Mayencourt | 29/03/2016

Courage Recrue Faure, les premières semaines sont les plus dures mais ce sont celles dont les bons souvenirs restent. Cherchez le positif et tenez bon!

Écrit par : Xavier | 30/03/2016

Salut Adrien,
Tu sais, lorsque j'effectuais mon école de recrue au sein de l'armée suisse, tout comme toi, j'ai maudit ce système autoritaire et ses conditions de vie inhumaines. Tout au long de ma formation militaire j'ai cherché un sens à tout cela. J'ai péniblement terminé mes 4 mois (service court), dégoûté à vie de l'armée. Puis j'ai compris; l'armée, aussi pénible qu'elle soit permettait une chose non-négligeable. Elle dissuadait quiconque de vouloir déclencher une guerre rien qu'à l'idée de se retrouver dans ces conditions infernales que sont celles du régime militaire.
Peut-être que plus de pays auraient besoin de leur propre armée obligatoire.

Bonne chance pour la suite!

Sdt Anomime

Écrit par : Anomime | 30/03/2016

Superbe chronique, j'ai bien rigolé !

Je partage toute la pensée, sauf que moi... je ne mettrai en aucun cas un pied dans l'armée !

Sdt Anomime, quel raisonnement ridicule... voila l'aboutissement d'une pensée militaire étriquée.

Écrit par : Surya | 31/03/2016

"Courage Recrue Faure, les premières semaines sont les plus dures mais ce sont celles dont les bons souvenirs restent. Cherchez le positif et tenez bon!"
Conseil d'un abruti par l'armée qui veut que tout le monde souffre ce qu'il a souffert. Masochisme.

Anomime:
"Regard d'acier sous un front bas"
https://www.youtube.com/watch?v=cOY388pCS2Q

Écrit par : Charles | 02/04/2016

Programme scandaleusement trop chargé ! Travail jusqu'à 23h30 et lever à 5h30 ! Je ne comprends pas le but. Je n'ai pas connu cela en 1967. Le but de l'armée n'est tout de même pas de faire des ennemis de ses propres soldats, me semble-t-il.
Il manque un Guisan qui avait bien compris cela.

Écrit par : Christian Favre | 03/04/2016

"Courage Recrue Faure, les premières semaines sont les plus dures mais ce sont celles dont les bons souvenirs restent. Cherchez le positif et tenez bon!"
Conseil d'un abruti par l'armée qui veut que tout le monde souffre ce qu'il a souffert. Masochisme.

Anomime:
"Regard d'acier sous un front bas"
http://fr.lyrics.wikia.com/wiki/Gilles_%28Jean_Villard%29/Les_colonels
https://www.youtube.com/watch?v=cOY388pCS2Q

Écrit par : Charles | 04/04/2016

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