19/12/2015

Entretien avec des libertariens - Maxime Mercier

 

 

 

Maxime Mercier, 23 ans, détenteur d'un Brevet d'Aptitude Professionnelle d'Assistant Animateur Technicien (BAPAAT), réside à Marsannay-la-Côte (en Bourgogne) et est membre du Parti Libéral Démocrate. Son signe astrologique est cancer et ses couleurs préférées sont le noir puis le rouge. Il s'intéresse notamment à la littérature et au cinéma dystopique. 

 

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Il s'agit une philosophie politique tendant à maximiser la liberté individuelle, pour des raisons déontologiques (la non-agression est un principe éthique suffisant pour légitimer le libertarianisme) et/ou conséquentialistes (un État faible ou inexistant est favorable au plus grand nombre). 

 

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Séduit par l'utilitarisme de David Friedman, et plaçant donc ma confiance en  le libre-marché plutôt qu'en l’État pour aboutir à la prospérité généralisée, je frôle de près l'anarcho-capitalisme, à un petit détail près. Si je suis favorable à l'émergence de polices et de tribunaux privés, je suis pour l'intervention d'une police et de tribunaux étatiques, en dernier recours (telle une roue de secours), au cas où les premiers n'aboutiraient pas à une situation juste et pacifiée, entre les personnes concernées faisant appel à ces services.

Cette idée que je nomme "État roue de secours", me semble être une précaution pour qu'une société quasi-"anarcho-capitaliste" soit assurée de se survivre à elle-même. Car en l'absence de cette condition, je redoute, en cas de défaillance du marché sur le plan de la justice et de la sécurité, un basculement vers l'anomie. 

 

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Les principes éthiques précèdent leur application politique et je considère que les 2 sont nécessaires. Une éthique libertarienne sans politique est stérile, et une politique sans éthique est potentiellement dangereuse et absurde.

Je dirais que le projet politique libertarien est pour moi la branche organisationnelle des éthiques qu'il sous-tend (jusnaturaliste et/ou utilitaristes et/ou autres). Autrement dit, qu'il est en charge de partir des idées pour qu'elles s'incarnent dans le réel, au terme d'un long cheminement.

Je souhaite toutefois revenir sur la formule "projet politique libertarien", car elle comporte à mon sens une spécificité.

Contrairement aux autres projets politiques, le libéralisme et le libertarianisme sont en faveur du fait que la politique, par le biais de l’État, contrôlent moins les vies des individus. Ce n'est pas un dessein coercitif et constructiviste qui guide ce projet, et dès lors, le libertarianisme tend vers la post-politique, dans la mesure où il veut l'amoindrir ou la supprimer. Cela étant dit, je considère que tendre vers l'amoindrissement ou la suppression de la politique est un projet politique en soi.

 

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ? 

 

Il y a  un an de cela, je défendais encore le socialisme étatique, bien que déjà, à l'époque, je m'intéressais au libertarianisme, et consultais des sites comme ''Wikiberal'' et ''Contrepoints''. J'ai lu plusieurs articles, et certains d'entre eux, que j'ai découverts il y a quelques mois, ont été décisifs. Particulièrement l'un d'entre eux s'intitulant "l’État n'est pas l'allié des travailleurs", de Ferghane Azihari. 

J'ai beaucoup apprécié l'idée que la libre-concurrence mette à mal les hiérarchies, et que l'autogestion puisse être l'un des aboutissements du libre-marché.

Le fait est que je suis pour une convergences des luttes libertariennes et anarcho-socialistes. Je précise, cela étant dit, que sans le savoir, je défendais dans ma période socialiste étatique, certaines idées libérales. Des libertés civiles : la légalisation des drogues, la légalisation de l'euthanasie, l'immigration libre, la liberté d'expression. En outre, j'étais opposé au capitalisme de connivence.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Comme mentionné précédemment, Frédéric Bastiat et David Friedman principalement. Mais ausi, Fergane Azihari, par le biais de certains de ses articles sur "Contrepoints". Sinon des auteurs dont j'ai lu quelques citations mais dont je n'ai pas le nom en tête.

Lorsque j'ai commencé à découvrir ce qu'était le libertarianisme, j'ai d'abord pris connaissance de la doctrine jusnaturaliste. Ce qui ne m'a pas semblé inintéressant, mais qui n'était pas à même de me convaincre. Le non-respect des droits naturels et de la liberté individuelle me semblait dans une certaine mesure légitime, si cela empêchait la misère et l'exploitation.

C'est plus tard, lorsque j'ai lu des textes mettant en avant le fait qu'une société libertarienne serait bénéfique au plus grand nombre, que j'ai adhéré au libertarianisme.Cela étant dit, je ne boude évidemment pas mon plaisir, de considérer que liberté économique (car c'est surtout à ce pan du libertarianisme que je n'adhérais pas) et prospérité vont de pair.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

En premier lieu, je dirais l’honnêteté, envers soi-même et envers les autres. Cela consiste en partie à accepter une discussion avec tout un chacun, quelques soient ses idées, aussi provocantes puissent-elles nous sembler. Il faut surmonter le choc s'il est présent, se faire violence si nécessaire, et accepter la confrontation des idées. Si mon avis est plus pertinent que celui de mon interlocuteur, si je suis plus cultivé,  je le convaincrais, s'il est lui-même honnête. S'il m'apprend quelque chose, il me convaincra, au moins provisoirement (jusqu'à une surenchère argumentative ultérieure, du moins). L'honnêteté consiste à s'instruire avant de critiquer, et à ne pas rester campé sur ses positions si on reconnaît la pertinence d'un raisonnement. 

Soit dit en passant, je déplore que de nombreuses personnes vitupèrent le libéralisme sans le connaître réellement. J'aimerais beaucoup dès lors, qu'il y ait plus de discussions entre libéraux/libertariens et antilibéraux, même à supposer que ces derniers soient communistes. Je pense que l'on manifeste son honnêteté, lorsque l'on consent à discuter avec ses adversaires idéologiques, et que, sur le plan des idées, il faut savoir préférer un brillant adversaire à un allié médiocre. Rien n'est figé d'ailleurs, et les adversaires d'hier peuvent devenir les alliés de demain.

Ensuite, le respect de l'autre. Ça passe part des attitudes et des actes, que j'aimerais croire évidents pour tout le monde. Ne pas mépriser, ne pas insulter, respecter les avis, les décisions, les modes de vie différents, tant qu'ils sont eux-mêmes respectueux des individus. Et si on le peut, aider autrui à s'épanouir, à se cultiver, à réfléchir.

Pour finir, je dirais l'affirmation de soi, la construction de soi, en cultivant sa singularité. J'ai beaucoup de sympathie pour cette phrase de Friedrich Nietzsche : « Deviens ce que tu es, fais ce que toi seul peut faire. »

Ce qui, je pense, n'est pas possible sans la liberté individuelle. Un autre point du libertarianisme qui m'a séduit, c'est qu'il permet une vaste diversité des modes de vie, et dès lors, favorise la possibilité pour chacun de trouver le cadre de son choix pour s'auto-réaliser. 

 

AF. Ton livre libertarien préféré ? 

 

Je précise que je débute, dans la lecture de livres libertariens. Je dirais "Sophismes économiques" de Frédéric Bastiat. Alors que je n'ai pas de connaissance en économie, j'ai pourtant trouvé ce livre d'une très grande clarté, et tout à fait pertinent.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Car, aujourd'hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d'autrui. Ce sentiment, on n'ose l'afficher, on se le dissimule à soi-même ; et alors que fait-on ? On imagine un intermédiaire, on s'adresse à l'État, et chaque classe tour à tour vient lui dire: "Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons.'' »

 

- Frédéric Bastiat

 

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en France et en Europe ?

 

Je ne parlerai pas de la situation en Europe car je n'ai pas de connaissances en la matière. En tout cas, concernant la France, ce que je peux dire, c'est que je suis sidéré par l'écart béant entre certains discours et la réalité. A en entendre certains, Sarkozy et Hollande, pour ne citer qu'eux, seraient des ultralibéraux. Je l'ai moi-même cru lorsque je méconnaissais le libéralisme. Aujourd'hui, cela me semble aberrant, compte tenu du fait que 57% du PIB part en dépenses publiques, que les impôts et les taxes augmentent, et que la capitalisme de connivence est pratiqué, pour ne citer que ça.Vient s'ajouter à ça l'état d'urgence, qui amoindrit encore un peu plus les libertés civiles.

La France est un pays fortement antilibéral, et tous les partis du spectre politique défendent un État fort dans tous les domaines. Je pense qu'il ne sera pas facile d'opérer un changement de cap, et pas évident non plus aux libéraux (les libertariens n'en parlons pas) de se faire une place dans le paysage politique.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en France ?

 

Ma foi, s'il est bien implanté, il est sacrément discret ! Le fait est que je ne connais pas de mouvement libertarien en France. Les seuls libertariens que je connais, c'est grâce à Facebook. Tout au plus, le Parti Libéral Démocrate semble vivoter tant bien que mal, et a plafonné à 1% aux dernières élections régionales de décembre 2015.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Le combat à mener pour faire avancer les idées libérales et libertariennes sera long et n'aboutira peut-être jamais, soyons lucides, mais il promet d'être passionnant.

Tâchons de convaincre si on le peut. Tâchons en premier lieu de faire découvrir ce qu'est véritablement le libéralisme, c'est la première étape, tant les représentations de ce qu'il est, sont confuses dans bien des esprits.

Tâchons aussi de considérer que nos adversaires idéologiques d'aujourd'hui seront peut-être nos alliés de demain, et tâchons de nous réjouir des terrains d'entente que l'on peut d'ores et déjà avoir. Le fait est que, nombreux sont les antilibéraux, mais que, plus rares sont ceux à l'être sur tous les points. En tout cas dans la mesure du possible, je ne veux pas manquer une occasion de fraterniser, en ce qui me concerne.

 

Pour finir, je remercie au passage, 3 personnes sans lesquelles je ne serais pas libertarien :

- Loïc Magnin, qui m'a fait découvrir cette philosophie politique et m'a proposé de rejoindre les groupes facebook "Discussions et débats entre libertariens" et "Capitalisme et liberté".

- Toi-même, Adrien Faure, qui m'a fait découvrir la possibilité d'un  libertarianisme à tendance anarcho-socialiste, et suggéré des articles sur le site de "Contrepoints".

- Ferghane Azihari, dont les articles ont été décisifs, pour mon passage de l'étatisme au libertarianisme.

 

 

 

 

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