25/11/2015

L'individu contre la culture

 

La culture est un concept qui n'est pas vide de tout contenu. On peut la définir comme l'ensemble de nos appartenances, de nos identités, de nos représentations, comme un prisme qui nous sert à percevoir et appréhender le monde. Les langues que je parle, mes croyances spirituelles, ésotériques ou religieuses, mes préférences culinaires, les célébrations auxquelles je prends part, ma manière d'interpréter le monde selon certains symboles, tout cela représente un ensemble de pratiques culturelles quasiment quotidiennement usitées.

 

Mais on ne peut classer réellement les individus par culture. Il n'y a pas les individus chrétiens qui appartiennent à la culture chrétienne, il y a des catholiques, des protestants, des orthodoxes, et une multitude d'autres variations. Puis, au sein du catholicisme, il existe une grande variété de regroupements qui peuvent encore être découpés en plus petites entités ad eternum jusqu'à ce qu'on parvienne à l'individu et à son interprétation personnelle du christianisme qui différera toujours d'un iota de celle d'un autre individu. En outre, chaque chrétien n'est pas que chrétien, il est aussi un habitant d'un pays, d'une région, d'une localité, d'un quartier, d'un immeuble, il parle telle ou telle langue, voire plusieurs langues, il se nourrit un jour d'une certaine façon et un autre jour d'une autre, etc. Chaque chrétien a donc une multitude d'appartenances, de pratiques, d'identités, et ne peut être réduit à sa seule appartenance religieuse. Voilà pourquoi la culture est quelque chose d'individuelle. Chaque individu a sa propre culture qui est irréductible à la culture d'un autre individu.

 

C'est pourquoi ceux qui aimeraient classer les individus en groupes, en cultures, en nations, ceux qui nous parlent de choc des civilisations, de guerre des cultures, ceux qui voient le monde en cultures figées et stratifiées, tous ceux-la sont des ignorants qui nient la complexité de l'individualité humaine. Face à eux nous devons nous écrier : je refuse d'être réduit à une culture, à un groupe, à une identité unique, je suis un individu libre et indépendant, capable de me construire selon mes propres choix et de m'émanciper de ma culture de naissance, maître de mon devenir et de mon destin. On veut nous enchaîner à un groupe, nous refusons ces chaînes. On veut collectiviser notre identité, nous affirmons son caractère irréductible et individuel. La culture ne l'emportera pas sur l'individu !

 

 

 

15:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Pour le coup je ne te suis pas, Aurélien, pour moi l'individu qui s'oppose aux cultures (collectives) tombe dans le néant. On pourrait aussi dire que les romans d'Ayn Rand appartiennent à la culture de la communauté anarchiste et donc que les individus doivent s'y opposer; cela n'a plus de sens.

Ce qu'il faut dire, c'est que les cultures transmises par le ou les groupes sont au service des individus, qu'elles les soutiennent et les forment, les aident à se former, et que c'est leur vrai rôle. Ce qui est mauvais, c'est la culture collective qui s'érige en obligation pour l'individu, c'est à cela que l'individu s'oppose, mais pas aux cultures mêmes, à leur contenu, qui émane d'individus dont les oeuvres ont été adoptées par des groupes comme des références parce qu'en réalité tous les individus ne sont pas en mesure de créer des oeuvres culturelles propres, et même ceux qui en sont capables se nourrissent aussi de celles des autres, déjà réalisées avant qu'ils puissent les appréhender personnellement.

Tu es trop absolu à mon avis ici, ça rappelle les surréalistes qui pour n'être que nouveaux devenaient incompréhensibles. Mais toi-même en t'exprimant en français tu te places bien dans la collectivité francophone.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/11/2015

Rémi, je ne nie pas en effet l'existence des cultures. Je ne nie pas non plus que nos pratiques culturelles jouent un rôle important dans nos vies. Mais je ne pense pas que l'on puisse réduire un individu à une culture particulière car chaque individu a des caractéristiques différentes d'un autre individu.

Écrit par : Adrien Faure | 25/11/2015

Oui, je suis d'accord avec toi, l'individu naît dans une culture, il subit d'abord l'hérédité, ensuite en tant qu'individu il doit forcément en franchir les frontières; et pour moi l'individu préexiste à l'hérédité, il n'est bien sûr pas réductible à la culture dans laquelle socialement il baigne.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/11/2015

Ce sujet est passionnant, Adrien Faure.

Le fait est qu'un propos prend son sens par rapport à un cadre donné.

Il semble que le vôtre soit celui de l'individualisme. A moins que vous ne vouliez vous situer du côté de la créativité qui, toujours bouscule un cadre, quel qu'il soit.

Afin de ne pas se perdre en conjectures vaines sinon stériles, il serait bon que vous précisiez où vous vous situez. Car si on comprend votre raisonnement, on ne sait trop à quoi le rattacher. C'est ce que Rémi essaie, sans doute, de comprendre, lui aussi.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 26/11/2015

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