31/10/2015

Ce que le libertarianisme n'est pas : un billet à l'attention des étudiants en science politique


Les cours de philosophie (théorie) politique prodigués aux étudiants en science politique à l'Université de Genève ont la fâcheuse tendance à présenter de manière assez réductrice le libertarianisme. Ce billet vise à dissiper un ensemble de (malheureux) malentendus qui pourraient émerger à propos du libertarianisme. 

1. Le libertarianisme n'est pas (du tout) réductible à Roberto Nozick, Milton Friedman et Friedrich Hayek.

Les trois grandes figures qui ont marqué (et marquent) le mouvement libertarien sont l'écrivaine et philosophe Ayn Rand (1905-1982), le philosophe et économiste Murray Rothbard (1926-1995) et le philosophe et économiste David Friedman (1945-). Ce sont eux qui ont formulé les défenses les plus systématiques et les plus puissantes du libertarianisme en philosophie. Robert Nozick avait certes rejoint le Parti Libertarien dans les années 1970, mais son influence s'est surtout faite sentir dans les milieux de la philosophie politique analytique académique. Milton Friedman et Friedrich Hayek n'ont été reconnus comme libertariens par le mouvement libertarien que depuis le milieu des années 1980. Hayek ne se désignait d'ailleurs que rarement comme libertarien (contrairement, certes, à Milton Friedman).

2. Le libertarianisme n'est pas forcément minarchiste.

Les minarchistes, favorables à un État-minimal, sont probablement plus nombreux que les anarchistes au sein du mouvement libertarien contemporain. Mais c'est loin d'avoir toujours été le cas et à ses origines le mouvement libertarien était composé en majorité de libertariens anarchistes. 

3. Le libertarianisme n'est pas de droite.

Le libertarianisme n'est ni de gauche, ni de droite. Comme la gauche et la droite, il défend les libertés civiques et politiques. Comme bon nombre de gens de gauche, il défend les libertés de mœurs et les libertés de migrer. Comme bon nombre de gens de droite, il défend la liberté économique. Mais contrairement à la gauche et la droite, il défend 
totalement la liberté des mœurs et totalement la liberté économique, et non seulement certains aspects. Pas de privilèges, pas de subvention, pas de limitations de la liberté de certains au profit d'un autre, pas de limitations aux goûts et aux préférences de vie, etc. 

4. Le libertarianisme n'est pas « bourgeois ».

Le libertarianisme ne défend pas les intérêts des propriétaires de moyens de production, si c'est ce qu'entendent par le mot « bourgeois » ceux qui l'emploient. Le libertarianisme, en cassant le système de distorsions à la concurrence qui empêche l'accès au travail et au capital aux salariés et appauvrit les plus pauvres, est éminemment dans l'intérêt de ceux qui ne sont pas actuellement (dans la société étatiste de privilèges actuelle) possédants.

5. Le libertarianisme n'est pas la mixture de Philippe Van Parijs.

Philippe Van Parijs n'est pas libertarien. Il aimerait probablement bien neutraliser le potentiel subversif du libertarianisme en opposant liberté positive et liberté négative et en soutenant que seul l’État peut réaliser la liberté positive des individus, mais ceci est absolument contraire au libertarianisme. Le libertarianisme affirme que la liberté négative implique nécessairement la liberté positive et n'oppose pas les deux. Le libertarianisme affirme en outre que l'action de l’État ne peut que nuire à la liberté positive. Refuser ces raisonnements fondamentaux c'est sortir du libertarianisme et adhérer à une forme ou une autre d'étatisme.

6. Le libertarianisme n'est pas favorable au capitalisme.

Si le capitalisme est définie comme la société dominée par le salariat et la hiérarchie, alors le libertarianisme n'est pas favorable à une telle société. Dans une société sans État, de multiples modèles de sociétés co-existeraient et les meilleurs l'emporteraient. Or, comme les modèles les plus adaptés aux aspirations des êtres humains sont clairement les modèles non hiérarchisés, on verrait une multitude de communautés coopérativistes, de kibboutzs, de phalanstères, de villages hippies, devenir la forme dominante de mode de vie et supplanter les tristes et mornes modèles hiérarchiques que nous connaissons bien trop souvent de nos jours. 

7. Le libertarianisme n'est pas une défense de l'ordre établi.

Le monde actuel n'est que privilèges, contrôles et réglementations, copinage et corporatisme, lobbies et opacité politicienne. Le mouvement libertarien souhaite transformer profondément la société contemporaine, qui n'a rien à voir avec la liberté qu'il érige comme idéal et but de son action. Les libertariens incarnent une force de contestation, une volonté de changement de transformation du monde et non une force de conservation. Au contraire, ce sont nos adversaires qui souhaitent préserver le monde tel qu'il est...

 

 

 

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30/10/2015

Diurnambuler


Il y a des jours sans sommeil où le monde nous échappe. L'esprit s'éveille, hagard et encore trempé de lambeaux de nuit, il scrute l'horizon et ne perçoit rien d'autre qu'une infinie fatigue. Alors il erre, d'être en être, de monade en monade, il papillonne sans jamais se poser vraiment, comme un long vol plané sans décollage ni atterrissage.

Entre euphorie et morosité, entre ivresse et accablement, l'errance se poursuit, trébuchements de paroles et d'actes, saccades de pensées et fulgurances d'images. Nomade moderne battant le pavé, croisant la route de ceux qui, plus braves, ont su vaincre le sommeil dans un quotidien combat.

Une journée de perdue ? Non pas. Plutôt une journée dédiée au dieu Contemplation, à la poésie et à l'introversion. Curieuses sensations que celles qui viennent rompre avec notre habitude de nous élancer avec témérité à l'assaut du jour nouveau. Succulente irruption de l'âme dans la vie du corps, de l'onirisme dans la froide raison.

Laissez-vous donc valser au rythme de la rêverie, laissez-vous donc porter par l'étrange torpeur, et que le lendemain vous saisisse enfin lorsque vous vous y attendrez le moins. 

 

 

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29/10/2015

Une hausse de la taxation de 100% sur le tabac à shisha ? Cap sur le marché noir !

 

Qu'avons-nous fait chers amis amateurs de cet instrument si finement ciselé, qu'avons-nous fait pour que s'abatte sur nous le courroux du Conseil Fédéral depuis le 1er mai ? Pourquoi devrons-nous payer 10 francs pour quelques misérables 50 grammes de tabac fruité alors que nous n'en payions jusqu'à maintenant que 5 ? Comment est-il possible de doubler ainsi les prix par la seule force de l’État et de sa morale sans que nul ne rechigne  et ne s'émeuve ? 

Et bien c'est fort simple, la majorité des consommateurs de shisha sont politiquement invisibles. Car ce sont
des jeunes. Or, c'est bien connu, les jeunes n'existent pas politiquement, car ils ne votent que fort peu. On peut donc décider pour eux qu'à présent ils trimeront le double pour s'offrir une poignée de tabac sans en subir nulle conséquence ou révolte. Point de lobby de la shisha, point de réaction médiatique ou politique, sur l'esthétique appareil le gouvernement s'acharnera et seul le silence lui répondra.

Est-ce que tout ceci est juste ?

Nullement. Le paternalisme de l'Etat s'acharne sur les membres les moins argentés de la société, et sur ses membres les moins influents, dans le seul but d'imposer sa morale et de leur faire les poches pour emplir les siennes.

Alors que faire ?

Nous n'obtiendrons jamais gain de cause politiquement, car notre influence politique est marginal. Faut-il se résigner et payer la dîmes ? Faut-il se courber devant l'Autorité ? 

La solution ne peut venir que de nous. Nous n'avons rien à attendre des politiciens. La solution à notre problème consiste à sortir du marché contrôlé par l’État. Les vendeurs et les acheteurs de tabac à shisha doivent s'organiser entre eux, hors de tout contrôle de l’État, et commercer en dehors de ses taxes. Le marché noir, voilà la solution ! C'est seulement là que nous échapperons à l'injustice qui s'abat sur nous et qui nous éreinte, et que nous goûterons les fruits défendus du narguilé.

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27/10/2015

Hypothèses explicatives sur l'émergence du mouvement libertarien en Europe

 

Pourquoi et comment des mouvements libertariens ont-ils pu se former en Europe ? Une première hypothèse que l'on peut émettre serait que les mouvements libertariens européens sont une importation des États-Unis. Cette hypothèse semble tout à fait fondée. Il est évident que le terme « libertarien » est né aux États-Unis en réaction au détournement de sens qu'a subi le terme « libéral ». En Europe, une telle évolution sémantique du mot « libéral » s'observe également. On peut en déduire – sans trop s'avancer – que l'adoption du terme « libertarien » en Europe reproduit cette évolution sémantique. A noter d'ailleurs que Henri Lepage, qui a introduit ce terme en Europe, le fait en référence directe aux États-Unis, dans le but même d'importer les idées libertariennes. En outre, les instituts européens Von Mises et les sections nationales de Students For Liberty sont tous des importations directes d'organismes américains, tandis que le European Free State Project est une copie du Free State Project américain. Ceci étant dit, tout cela ne nous permet pas d'éclaircir les raisons de l'émergence d'un mouvement libertarien en Europe.

L'historien Philippe Fabry a émis l'hypothèse1 que le mouvement libertarien incarne une nouvelle subversion, amenée à remplacer progressivement l'ancienne subversion gauchiste et marxiste devenue conservatrice (car favorable à l'ordre établi). Une telle hypothèse est corroborée par une série d'entretiens que j'ai menés par e-mails2 avec des militants libertariens, qui montre qu'une minorité d'entre eux provient d'organisations de gauche ou d'extrême gauche. Il semble donc possible qu'effectivement le mouvement libertarien projette une image subversive, de par la radicalité et l'utopisme de ses positions, qui attire des militants à la recherche de tels éléments au détriment des organisations de gauche et d'extrême gauche.

Mon hypothèse est que l'émergence des mouvements libertariens est reliée in fine à des facteurs économiques. Selon moi, ce sont les crises économiques qui provoquent l'émergence des mouvements libertariens. En effet, dans un contexte de crise économique, le grand public se sentant vulnérable a tendance à exiger davantage de protection et d’intervention de la part du gouvernement. Cette demande accrue pour des politiques interventionnistes et étatistes provoque une adaptation de l'offre politique sur le marché politique avec comme conséquence une étatisation de ce marché. Une telle étatisation laisse sur ses marges une demande inassouvie, celle des intellectuels libertariens. Cette avant-garde décide alors d'occuper ce nouvel espace idéologique qui lui est abandonné pour essayer de modifier à la baisse la demande en idées politiques étatistes. Ainsi, on peut observer que le mouvement libertarien américain naît en 1947 (avec l'invention du terme « libertarien » par Read), soit deux ans après la fin des douze années de gouvernement Roosevelt, gouvernement très interventionniste apparu en 1933, en pleine Grande Dépression (débutée autour de 1929).

Comparativement en Europe apparaît la Libertarian Alliance en 1977 au Royaume-Uni et en 1978 est publié l'ouvrage de Henri Lepage en France, qui introduit le terme « libertarien » en Europe, cela alors que les effets de la crise débutée en 1973 sont en train de prendre fin. Ces deux instances montrent que l'émergence des mouvements libertariens européens est consécutive à la crise de 1973-1978.

Enfin, les partis politiques libertariens européens se sont formés en 2007 (Italie), 2008 (Royaume-Uni), 2010 (Suisse), 2012 (Belgique), et 2013 (France), soit après la crise des subprimes débutée en 2007 (suivie de la crise de la zone euro).

Comme on peut le constater, dans ces trois cas les dates coïncident avec mon hypothèse. Les crises portent certes au pouvoir des partis interventionnistes, mais en même temps elles donnent naissance à l'antithèse de ces partis au pouvoir : le mouvement libertarien.

 

 

 

1 FABRY Philippe, « Gauche-droite : vers un basculement idéologique d'ampleur ? », Contrepoints, 3 février 2014.

2 Ces entretiens sont disponibles sur mon blog : [http://adrienfaure.blog.tdg.ch/entretien-avec-des-liberta...].

 

 

 

 

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26/10/2015

Comparaison entre le mouvement libertarien européen et le mouvement libertarien américain

 

 

Il n'existe pas de mouvement libertarien européen à proprement parler mais des mouvements libertariens européens, car chaque mouvement national a ses spécificités et ses caractéristiques qui lui sont propres. Mais l'ensemble de ces mouvements se réclame tous de la philosophie libertarienne. On peut noter la même chose du mouvement libertarien américain qui n'est en fait que la somme de cinquante-et-un mouvements libertariens différents.

Toutefois, le chercheur Sébastien Caré parle d'un mouvement libertarien américain, car les différences entre États américains sont probablement moindre que celles entre États européens. Dans son ouvrage Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial1il propose un découpage schématique de son évolution en quatre phases2. Premièrement une phase d'émergence de 1950 à 1969, durant laquelle le mouvement rompt progressivement avec ses anciennes attaches, d'abord conservatrices (rupture avec les républicains en 1965), puis gauchistes (rupture avec la New Left en 1969), et s'autonomise. Deuxièmement une phase de développement et de centralisation entre 1969 et 1983 durant laquelle le mouvement se déploie, développe ses institutions tel que le Libertarian Party en 1971 et le Cato Institute en 1977, et publie ses principaux ouvrages. Dans une troisième phase, on assiste à l'implosion du mouvement libertarien entre 1983 et 1985, parce que le Libertarian Party est miné par les conflits internes et la concurrence des républicains reaganiens. Enfin, dans une dernière phase, de 1985 à nos jours, le mouvement libertarien se décentralise radicalement, s'éparpille et se dissémine sous des formes très diverses, permettant une maximisation de la diffusion des idées libertariennes (selon un sondage Gallup de 2009, il y aurait 23% de libertariens aux États-Unis de nos jours).

Si l'on tente d'appliquer ce schéma en quatre phases aux mouvements libertariens européens, que remarque-on ? D'une part que les mouvements libertariens européens ont probablement déjà traversé la phase d'émergence, de 1970 à la fin des années 1990. D'autre part qu'ils ont entamé dans les années 2000 leur phase de déploiement et de centralisation avec la fondation des partis politiques libertariens qui réunissent la grande majorité des individus se revendiquant libertariens. Plus récemment, la constitution de Interlibertarians en 2011, puis de l'Alliance Internationale des Partis Libertariens en 2015, montre une accentuation de cette centralisation des mouvements, puisque ces organisations sont essentiellement européennes. Cependant, en regard de la petitesse des mouvements libertariens européens, on peut déduire que ces derniers sont toujours dans leur phase de déploiement.

Toutefois, le mouvement libertarien européen diffère du mouvement libertarien américain en ce qu'il évolue dans des contextes locaux différents. Aux États-Unis, ce sont les contraintes du bi-partisme du système politique qui ont fait imploser le Parti Libertarien et ont provoqué la dissémination du mouvement, tandis que dans des contextes multi-partisans comme en Suisse, en Belgique ou en Italie, le mouvement libertarien n'a pas à faire face aux mêmes contraintes (et ne va donc pas forcément à suivre la même évolution).

En outre, on peut noter que de 1950 à 1990 le parti libertarien américain était dominé par les anarchistes libertariens, et que c'est seulement ensuite que le parti a adopté une ligne minarchiste ; tandis qu'en Europe, dans les cas étudiés, les partis défendent toujours une ligne minarchiste.

 

 

 

1 CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial, op. cit.

2 Idem, pp. 25-27.

 

 

 

12:06 Publié dans Libertariens en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

21/10/2015

Comparaison entre les différents mouvements libertariens nationaux en Europe

 

 

A travers l'étude des mouvements libertariens du Royaume-Uni, d'Italie, de Belgique, de France et de Suisse, on peut observer des caractéristiques communes. Dans chaque cas, c'est dans la fin des années 1970 et au cours des années 1980 que les idées libertariennes entament leur diffusion, essentiellement de manière livresque (Bruno Leoni, Claustrøføbia, Henri Lepage, la collection Libre-échange, la collection Laissez-faire) et intellectuelle (Libertarian Alliance, Cercle Hayek, conférence de l'International Society for Individual Liberty). Dans les années 1990, de premiers embryons d'organisations libertariennes voient le jour : la maison d'édition de Leonardo Facco qui lui sert de cercle de recrutement libertarien, l'Association des Libertariens en France, et Pro Libertate en Suisse. Il faut toutefois attendre les années 2000 pour que ces embryons d'organisations libertariennes soient remplacées par de véritables organisations libertariennes, essentiellement sous forme de partis politiques libertariens. Le schéma de développement qu'empruntent les mouvements libertariens nationaux passent donc toujours, dans les cas étudiés, par une première phase de diffusion des idées à l'attention des groupes intellectuels ou très politisés (1970-1990), suivie d'une seconde phase de constitution d'un embryon d'organisation libertarienne (1990-2000), avec, finalement, la formation dans les années 2000 de partis politiques libertariens.

Actuellement ces organisations sont encore toutes très petites, même si cette petitesse varie en fonction des pays puisqu'au Royaume-Uni le parti compte 2000 membres, tandis que le parti français n'en compte que 200. Il faut toutefois prendre en compte le fait que les différents partis libertariens n'ont pas été fondés en même temps. Ainsi, le parti français a été fondé en 2013 alors que le parti britannique a été fondé en 2008, ce qui pourrait participer à expliquer la différence d'effectifs. Cependant, il faut aussi noter que, si en Italie, au Royaume-Uni, en Belgique et en Suisse le mot libéral désigne une doctrine bien plus étatiste que le mot libertarien, ce n'est pas le cas pour la France où la domination culturelle du gaullisme, très étatiste depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, a eu pour conséquence de marginaliser les libéraux sans changer le sens originel du mot lui-même, ce qui a provoqué l'inter-pénétration du mouvement libertarien et du mouvement libéral.

Si les partis politiques libertariens d'Europe partagent tous une position commune, grosso-modo minarchiste (avec des inflexions plus radicales en Italie ou plus modérées en Suisse), ils diffèrent dans les tactiques qu'ils ont adoptées. En Suisse, en France, en Belgique et au Royaume-Uni, ils ont adopté une position réformiste et gradualiste en prônant la réduction progressive de l'intervention de l’État et en participant aux élections, tandis qu'en Italie le parti libertarien a adopté une stratégie plus radicale en défendent la sécession et l'évasion fiscale. Il est possible que l'apparition d'un concurrent libertarien, I Liberi Comuni, soit une conséquence de cette stratégie plus radicale. Toutefois, il est aussi envisageable qu'elle soit le simple reflet d'une adaptation aux modalités contextuelles locales.

Il se pourrait enfin qu'il existe une fracture générationnelle entre une génération de pionniers libertariens active durant la période de 1980 à 2000 et une nouvelle génération s'étant formée à partir des années 2000. La première génération, plus radicale dans ses orientations politiques, serait davantage issue du conservatisme et de la droite, tandis que la seconde génération, moins radicale, serait davantage issue de pans non politisés de la société, voire parfois de la gauche. Une observation superficielle de la composition du mouvement libertarien francophone pourrait probablement accréditer cette hypothèse, mais c'est surtout le conflit ouvert en Italie entre les « vieux » du Movimeno Libertario et les jeunes de Students For Liberty Italy qui la corrobore. 

 

 

 

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20/10/2015

Organisations libertariennes internationales actives en Europe

 

 

Si le mouvement libertarien européen est organisé, comme on l'a vu, en partis politiques, associations (notamment estudiantines), instituts de recherche et think tanks, il existe aussi des organisations libertariennes actives à l'échelle européenne. La plus importante d'entre elles est sans conteste la très active Students For Liberty (SFL).


European Students For Liberty (2011)

 

SFL a été fondée en 2008 aux États-Unis dans le but de diffuser les idées libertarienne au sein des universités et des milieux étudiants. SFL est donc une organisation étudiante mondiale, présente sur chaque continent. En 2011, une sous-organisation a été fondée pour le continent européen : European Students For Liberty. Ses sections, présentes dans les universités de la plupart des pays d'Europe, organisent des conférences, diffusent des ouvrages libertariens et organisent diverses activités du même type1. En dehors de SFL, il existe d'autres organisations libertariennes internationales comme Interlibertians.


Interlibertarians (2010)


Fondée en février 2010 par le
Movimento Libertario et les Liberisti Ticinesi, l'organisation vise à créer une Internationale Libertarienne comme alternative à l'Internationale Libérale, servant de réseau entre toutes les organisations politiques et associations culturelles libertariennes2. Depuis 2011, elle organise une conférence annuelle à Lugano sur des thématiques libertariennes3 (banques centrales, monnaies privées, démocratie, etc.). C'est au sein de Interlibertarians que les partis libertariens ont décidé de fonder une seconde organisation libertarienne internationale qui leur est entièrement dévolue, l'Alliance Internationale des Partis Libertariens (AIPL)4.


Alliance Internationale des Partis Libertariens (2015)


Le 6 mars 2015, les partis libertariens d'Afrique du sud, d'Allemagne, de Belgique, du Canada, d'Espagne, des États-Unis, de France, d'Italie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de Russie, et de la Suisse alémanique, fondent l'Alliance Internationale des Partis Libertariens (AIPL) à Bournemouth (Royaume-Uni)5. Ils ont, depuis, été rejoints par les partis libertariens d'Australie, d’Écosse, de Norvège, et de la République Tchèque. L'AIPL a pour objectif de promouvoir et développer une collaboration et un réseau de partis libertariens ainsi que d'établir et défendre des perspectives et solutions politiques libertariennes au niveau mondial6.


European Free State Project (2015)


Enfin, en avril 2015, le Français Gilles Laurent a lancé un projet d'émigration européenne dans le canton du Tessin. Ce projet, le European Free State Project, inspiré de son homonyme américain - qui prône depuis 2001 une émigration américaine dans l’État du New Jersey - consiste à recueillir l'engagement de 3500 Européens à venir émigrer en même temps au Tessin7. L'idée étant autant de fonder une communauté libertarienne en Europe que de transformer le Tessin en un canton libertarien par l'engagement politique. En juin 2015, seule une trentaine de personnes s'étaient engagées à émigrer au Tessin.

 

 

 

1 MCCOBIN Alexander, A reason for optimism : the internationalization of Students For Liberty, 2012.

2 Entretien avec Luca Fusari, rédacteur en chef de la revue du Movimento Libertario et responsible de la communication pour Interlibertarians, réalisé en juin 2015.

3 Archives de Interlibertarians en ligne, [http://www.interlibertarians.org/], 2015.

4 Entretien avec Luca Fusari, rédacteur en chef de la revue du Movimento Libertario et responsible de la communication pour Interlibertarians, réalisé en juin 2015.

5 NIMSGERN Jean-François, « Fondation de l'Alliance Internationale des Partis Libertariens », Contrepoints, 12 mars 2015.

6 Entretien avec Hilary Hackleman, secrétaire de l'Alliance Internationale des Partis Libertariens, réalisé en mars 2015.

7 Entretien avec Gilles Laurent, fondateur du European Free State Project, réalisé entre octobre 2014 et avril 2015.

 

 

 

 

 

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16/10/2015

Les libertariens en Suisse

 


Les premiers libertariens en Suisse apparaissent à la fin des années 19701, probablement à nouveau grâce à la publication de Demain le capitalisme de Henri Lepage en 1978. Un événement marquant dans le développement des idées libertariennes en Suisse est la tenue de la première conférence de Libertarian International2, en 1983 à Zürich3. Cette organisation libertarienne internationale, fondée en 1980 par des militants libertariens canadiens, se nomme aujourd'hui International Society for Individual Liberty.Elle organise des conférences et des camps, et finance également des publications pour diffuser les idées libertariennes. Au début des années 1980, on ne compte qu'entre 10 et 20 libertariens en Suisse4.


Pro Libertate (1991)


En 1991, les libertariens suisses fondent
Pro Libertate5. En son sein ils organisent des conférences, créent un site web, et participent aux débats publics. Leurs meetings rassemblent jusqu'à une cinquantaine de personnes. Les libertariens suisses y militent ainsi jusqu'en 20056, date à laquelle Pro Libertate cesse d'être active. En 2002, un reportage de la Radio Télévision Suisse7 rapporte qu'il existerait entre 1000 et 2000 libertariens en Suisse. Ce chiffre est toutefois une simple estimation de la part des libertariens interviewés8 et ne désigne probablement pas tant les individus se réclamant du libertarianisme que des individus considérés comme étant libertariens par les libertariens interviewés.


I Liberisti Ticinesi (2010) – Unabhängige Partei (2013) - Le parti libertarien de Genève (2014)

 

En décembre 2010, le parti politique I Liberisti Ticinesi est fondé par l'ingénieur mécanique Rivo Cortonesi, l'informaticien technique Franco Bertelli et le technicien radio-visuel Gianni Demarin. Aucun des trois ne faisait de politique auparavant. Le parti compte aujourd'hui entre 10 et 15 membres9.

En 2013, d'anciens membres du parti libéral-radical et des jeunes libéraux-radicaux fondent le Unabhängige Partei10, d'orientation minarchiste, et présent dans les cantons de Zürich, Saint-Gall et Thurgovie.

En septembre 2014, des étudiants fondent le parti libertarien de Genève, d'orientation libéral classique. Le terme « libéral » étant assimilé par le grand public et les médias au parti libéral radical, le choix du terme « libertarien » pour désigner les idées favorables à un marché libre s'est fait dans le but de se démarquer de ce parti. On retrouve ici une analyse et un choix sémantique identique à ceux réalisés par les libertariens belges. L'écrivain libertarien Thierry Falissard, résidant en Suisse, écrit à ce sujet : « Les politiciens dits ''libéraux'', quant à eux, avancent des propositions destinées à une société particulière, sans pour autant chercher une cohérence d’ensemble, car des éléments non libéraux, opportunistes, conservateurs ou nationalistes, explicables historiquement ou socialement, y sont mêlés11. »

Enfin, il est probable que le développement de partis libertariens en Suisse ait été facilité par la fusion du parti radical et du parti libéral en 2009, car cette dernière a réduit l'influence des libéraux en leur laissant une position minoritaire au sein du nouveau parti. 

 

 

1 Entretien avec Stefan Metzeler, ancien membre de Pro Libertate, réalisé en juin 2015.

2 Archives de International Society for Individual Liberty, [http://isil.org/about/], 2015.

3 Entretien avec Stefan Metzeler, ancien membre de Pro Libertate, réalisé en juin 2015.

4 Idem.

5 « L'Etat est strictement parasitaire », Le Courrier, édition du 4 septembre 2004.

6 Entretien avec Stefan Metzeler, ancien membre de Pro Libertate, réalisé en juin 2015.

7 MELILLO Giuseppe, « Les libertariens veulent une société entièrement privatisée », reportage télévisé de Mise au point, 2002.

8 Entretien avec Giuseppe Melillo, réalisateur du reportage télévisé de Mise au point sur les libertariens en 2002, réalisé en juin 2015.

9 Entretien avec Rivo Cortonesi, co-fondateur des Liberisti Ticinesi, réalisé entre juin et août 2015.

10 Entretien avec Frédéric Jollien, président de Swiss Students For Liberty, réalisé entre octobre 2014 et août 2015.

11 FALISSARD Thierry, Faut-il avoir peur du libéralisme ?, éditions Institut Coppet, 2013.

 

 

 

 

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12/10/2015

Les libertariens en France

 

 

Selon les historiens Philippe Nemo et Jean Petitot, de 1830 à 1958 la France aurait été un pays s'inscrivant dans le courant démocrate-libéral, courant bien moins favorable à une intervention moindre de l’État dans l'économie que le libéralisme classique1. Toutefois, la Ve République serait marquée par une croissance des idées favorables à une plus grande intervention de l’État dans l'économie. Ils parlent d'ailleurs à ce propos d'une montée du bonapartisme et du jacobinisme2 et écrivent : « Dans un pays comme la France, le seul consensus politique réel unifiant l'ensemble des partis politiques est le rejet d'un ''ultra-libéralisme'' fonctionnant comme un bouc émissaire (ce qui explique que le libéralisme ait, de très loin, la plus faible des représentations politiques)3. »

L'historien René Rémond analyse la situation du libéralisme en France différemment. Il considère en effet l'Union pour la démocratie française (UDF) comme étant libérale, et identifie son parcours au parcours du mouvement libéral français. Dans la mesure où l'UDF est éloignée du libéralisme classique, on ne peut que constater que le sens du mot « libéral » est éloigné des idées favorables à un marché libre durant ces années, et cela dès l'année 1978, date de fondation de l'UDF4.

Ce contexte d'un libéralisme fortement éloigné des idées favorables à un marché libre peut expliquer pourquoi il a existé dès les années 19805 et 2000 un mouvement libertarien, dont un Cercle Hayek6et une Association des Libertariens (ADEL)7. Face à la marginalité de leurs idées, les libertariens français ont très tôt cherché à se faire entendre. Il convient néanmoins de mentionner l'existence entre 1997 et 2002 de Démocratie Libérale, successeur du parti radical, dirigé par Alain Madelin, dont l'orientation était plutôt libérale classique. Dans les années 2004-2005, bon nombre de libertariens sont aussi actifs au sein de l'association Liberté Chérie. Mais c'est seulement en 2010 qu'apparaît la première organisation libertarienne française d'une certaine importance avec la fondation de l'Institut Coppet.

 

L'Institut Coppet (2010)

 

Depuis 20108, il existe en effet un institut de recherche libertarien9 français : l'Institut Coppet. Ce dernier se donne comme mission de faire découvrir au public français les idées libertariennes et redécouvrir la tradition libérale classique française, aujourd'hui largement méconnue, dont les figures les plus représentatives sont des penseurs comme Anne Robert Jacques Turgot, Jean-Baptiste Say, Charles Dunoyer, Frédéric Bastiat ou Gustave de Molinari. Il entend réaliser ses objectifs par la publication et la traduction d'ouvrages, de journaux, de vidéos et d'articles, et par l'organisation de conférences. En dehors de l'Institut Coppet, il existe aussi un parti libertarien en France depuis début 2013 : le Mouvement des Libertariens (MdL).


Le Mouvement des Libertariens (2013)


Le MdL a été fondé début 2013 par Stéphane Geyres, consultant en informatique de 53 ans, et 9 autres libertariens sur la base de la conviction que les partis français se revendiquant libéraux sont voués, de par leur carriérisme, à l'échec10. La ligne du parti est minarchiste avec un horizon anarchiste. Le parti compte environ 200 membres répartis sur plusieurs sections (Paris, Toulouse, Montpellier, Nantes)11. Le parti a participé à l'élection partielle de Villeneuve/Lot avec comme candidat son président de l'époque, Stéphane Geyres (il obtient 0,18% des voix). Depuis juillet 2014 le président du parti est Jean François Nimsgern, spécialiste en droit fiscal et en droit des affaires, qui milita à l'UDF dans sa jeunesse12. A noter que le MdL entretient de bons rapports avec Students For Liberty à Paris.

La petite taille du MdL s'explique par le fait qu'en France, les libéraux sont, eux-aussi, relativement marginaux. En conséquence, les libertariens sont extrêmement mélangés aux libéraux, et fréquentent des organisations se réclamant du libéralisme comme Liberté Chérie. Tandis que les libéraux classiques ne militent que dans des organisations libérales et non au sein du MdL, contrairement à la situation belge. Cette marginalité du libéralisme en France s'explique par la domination du gaullisme, très étatiste et interventionniste, au sein des cultures politiques de droite et du centre, du keynésianisme à gauche, du marxisme à l'extrême gauche, et d'une forme de national-étatisme à l'extrême droite.

Hors du MdL, il existe des libertariens actifs au sein du parti libéral démocrate, qui s'inscrit dans la succession de feue Démocratie Libérale. Ces libertariens forment une petite minorité, peut-être 5 à 10%, des membres du parti.

 

 

 

1 NEMO Philippe et PETITOT Jean, Histoire du libéralisme en Europe, op. cit., p.10.

2 Idem.

3 Ibidem, p. 12.

4 REMOND René, Les droites aujourd'hui, Éditions Louis Audibert, Paris, 2005, pp. 132-157.

5 Entretien avec Bertrand Lemmennicier, écrivain libertarien, réalisé en juin 2015.

6 Entretien avec Marc-Henri Grunet, fondateur du Cercle Hayek, réalisé en juin 2015.

7 Entretien avec Jean François Nimsgern, président du Mouvement des Libertariens, réalisé entre mars et juin 2015.

8 Archives de l'Institut Coppet, [http://www.institutcoppet.org/linstitut-coppet], 2014.

9 Entretien avec Damien Theillier, président de l'Institut Coppet, [http://www.institutcoppet.org/2015/07/28/entretien-avec-d...], en juillet 2015.

10 Entretien avec Alain Cremades, membre du Mouvement des Libertariens, réalisé entre février et mars 2015.

11 Entretien avec Jean François Nimsgern, président du Mouvement des Libertariens, réalisé entre mars et juin 2015.

12 Idem.

 

 

 

 

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10/10/2015

Les libertariens en Belgique

 

 

En francophonie européenne, on retient généralement la publication en 1978 de l'ouvrage Demain le capitalisme1 de l'économiste français Henri Lepage comme l'ouvrage ayant introduit le terme « libertarien » en francophonie. Toutefois, Henri Lepage aurait aussi employé ce terme auparavant dans un article publié en mars 1977 intitulé « Du nouveau en économie-politique : le capitalisme libertarien2 » et Maurice Roy l'aurait repris dans son livre publié la même année Vive le capitalisme3.

Dans le contexte belge, ce sont d'abord des auteurs comme Henri Lepage ou l’écrivain et éditeur Guy Sorman qui ont fait connaître les libertariens américains à la génération de jeunes Belges des années 1980. Puis, la collection Libre-échange aux Presses universitaires de France (1980-1994) et sa publication des œuvres de Friedrich Hayek. Et enfin, la création par les éditions des Belles Lettres de la collection Laissez-faire (1982-1993) qui a entre autres publié les œuvres de Murray Rothbard (création rendue possible par Michel Desgranges, l'ancien directeur des Belles Lettres)4.


Le Parti Libertarien de Belgique (2012)


C'est au printemps 2012, sur
Facebook, que l'idée de fonder un parti libertarien voit le jour. Ses principaux instigateurs sont les Wallons Patrick Smets, Yorick Cool, Pierre-Yves Novalet, Youness El Mouhafidi et Quentin Meunier. Ils se connaissent depuis des années et ont pu rassembler un cercle de libertariens sur le forum liberaux.org. Patrick Smets, politologue de formation et entrepreneur dans le domaine libraire, défend depuis 15 ans les idées libertariennes. Il a été membre du parti réformateur-libéral, ancêtre du Mouvement Réformateur, puis président des étudiants libéraux de 1994 à 1996. Yorick Cool, juriste de formation et chef de projet dans l'informatique, adhère au libertarianisme depuis 10 ans. Il n'était pas membre d'un parti politique avant de participer à la fondation du PLB5. Pierre-Yves Novalet, titulaire d'un master en sciences de gestion et comptable, est libertarien depuis 15 à 20 ans. Il a été membre du parti réformateur-libéral jusqu'en l'an 2000, qu'il a quitté dégoûté6. Youness El Mouhafidi, en formation en ingénierie, raconte7 : « C'est sous l'impulsion de la seconde campagne présidentielle de Ron Paul, en 2007, que j'ai proposé l'idée d'un parti. A l'époque, il y avait beaucoup de réticences sur ce projet. Nous nous sommes rencontrés et avons décidé de lancer une association de défense des idées libérales en récupérant le concept français de Liberté Chérie et également le nom. »

Le Parti Libertarien de Belgique (PLB) est fondé le 11 novembre 2012 à Namur8. Une cinquantaine de personnes sont présentes. Le choix de fonder un parti se réclamant du libertarianisme et non du libéralisme est justifié par le fait que le mot « libéral » est trop associé aux vieux partis de droite et parce qu'il y a déjà cinq partis politiques qui se disent libéraux en Belgique francophone. Il y a donc volonté de la part du parti de se démarquer. En outre, le choix du mot « libertarien » est un choix stratégique car il amène le public à s'interroger sur le sens de ce mot et ainsi à découvrir les idées libertariennes.

Cédric Pissoort, l'un des membres présents lors de la fondation du parti, précise cette idée : « Dans un think tank ou autre organisation qui se veut rigoureuse intellectuellement, le mot ''libertarien'' ne se justifie pas tellement que ça, si ce n'est qu'on regroupe généralement le minarchisme et l'anarcho-capitalisme sous ce terme, qui représente donc une mouvance bien précise du libéralisme. Mais pour faire de l'activisme, il vaut mieux utiliser le mot ''libertarien'', même pour défendre des idées libérales classiques. En effet, en Belgique, le mot ''libéral'' est associé au Mouvement Réformateur, une bande de droitiste avec une tendance très marquée pour le keynésianisme en économie9. » Ces mots font écho aux mêmes justifications que celles données par les autres organisations libertariennes.

Le parti vise essentiellement à faire un travail de diffusion des idées10. Le 11 novembre 2013, le bureau du parti a présenté une proposition de programme qui a été adopté unanimement après amendements11. Ce programme est d'orientation minarchiste. Le parti accepte toutefois les libéraux classiques et les libertariens anarchistes. Le PLB est parvenu depuis à fonder quatre sections locales : une à Bruxelles, une à Namur, une à Liège et une à Eupen. Il compte encore en fonder une à Hainaut et une autre dans la communauté germanophone. En mai 2014, il a participé aux élections fédérales12 et obtenu 0,15% en Wallonie et plus d'1% dans la petite région germanophone. Suite à ces élections, un élu germanophone a rejoint le parti, lui permettant d'avoir son premier élu. En juin 2015, le PLB comptait une centaine de membres13.

En dehors du PLB, le mouvement libertarien n'existe pas de manière structurée en Belgique francophone. Il existe simplement quelques libertariens membres du Mouvement Réformateur14 (droite) et probablement éparpillés dans d'autres partis.

En Flandre, plusieurs associations estudiantines sont membres de Students For Liberty. Ce qui n'est pas le cas en Belgique francophone.

 

 

1 LEPAGE Henri, Demain le capitalisme, Librairie Générale Française, Paris, 1978.

2 LEPAGE Henri, « Du nouveau en économie-politique : le capitalisme libertarien » in Réalités, mars 1977.

3 ROY Maurice, Vive le capitalisme, Plon, Paris, 1977.

4 Entretien avec Patrick Smet, président du Parti Libertarien de Belgique, réalisé de septembre 2014 à juin 201.

5 Entretien avec Yorick Cool, cofondateur du Parti Libertarien de Belgique, réalisé en août 2015.

6 Entretien avec Pierre-Yves Novalet, cofondateur du Parti Libertarien de Belgique, réalisé en août 2015.

7 Entretien avec Youness El Mouhafidi, cofondateur du Parti Libertarien de Belgique, réalisé en août 2015.

8 « Le parti libertarien belge officiellement lancé », Contrepoints, 14 novembre 2012.

9 Entretien avec Cédric Pissoort, membre du PLB, présent lors de sa fondation, réalisé entre février et août 2015.

10 « Le parti libertarien belge officiellement lancé », Contrepoints, 14 novembre 2012.

11 « Le Parti Libertarien se présentera aux élections belges », Contrepoints, 12 avril 2014.

12« Le Parti Libertarien aura des candidats aux élections belges de mai 2014 », Contrepoints, 26 avril 2014.

13 Entretien avec Cédric Pissoort, membre du PLB, présent lors de sa fondation, réalisé entre février et août 2015.

14 Entretien avec Christopher Mariën, membre du Mouvement Réformateur, réalisé en mai 2014.

 

 

 

 

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08/10/2015

Les libertariens en Italie

 

 

Le libéralisme italien est à l'origine associé à l'unification de l'Italie (1847-1870) et donc au nationalisme plutôt qu'au libre marché. On parle d'ailleurs de « Stato liberale » pour désigner l’État qui naît du processus d'unification italienne1. En analysant la période allant du début de l'Italie fasciste (1922) à 1990, les historiens Raimondo Cubeddu et Antonio Masala constatent que le mouvement libéral est « dans une sorte de léthargie »2. Un conflit sémantique émerge durant cette période sur le sens du mot « libéral » et les partisans du libéralisme classique adoptent l'étiquette de « libériste » pour se distinguer. Les historiens Philippe Nemo et Jean Petitot écrivent à ce propos : « La distinction (...) entre ''libéralisme'' (...) et ''libérisme'' (...) a joué dans la vie politique de la Péninsule un rôle plutôt négatif, en permettant à des intellectuels et à des hommes politiques de croire qu'ils défendaient authentiquement la liberté alors même qu'ils prônaient ou pratiquaient l'étatisme3. » C'est donc dans un contexte où l'étiquette « libérale » est loin de signifier une moindre intervention de l’État que va se développer un mouvement libertarien, dans la continuité, puis le dépassement de l'étiquette « libériste ». Tout comme l'étiquette libertarienne a supplanté l'étiquette libérale classique aux États-Unis en radicalisant la doctrine, de la même façon le remplacement de l'étiquette libériste en Italie se traduit par la radicalisation de cette doctrine.

C'est précisément durant les années 1960 qu'apparaissent les idées libertariennes en Italie grâce aux études pionnières du philosophe et juriste Bruno Leoni (1913-1967) et des revues Claustrøføbia et La rivista che rompe il cerchio (éditée par Riccardo La Conca) dans les années 1970. A ce propos, il convient de noter la publication de deux ouvrages de Leoni : Freedom and the Law4 en 1961, inspiré des travaux de Murray Rothbard - l'un des fondateurs du mouvement libertarien américain - et Mito e realtà dei monopoli5 en 1965. Toutefois, le terme « libertarien » lui-même n’apparaît pas avant les années 1980 en Italie. Ce serait l'économiste français Henri Lepage qui l'aurait introduit en Italie en 1978 dans son ouvrage Demain le capitalisme traduit en italien6, dans lequel il présente les apports des économistes américains libertariens à la science économique. Entre les années 1990 et 2000, le libertarianisme trouve son porte-parole en le journaliste Leonardo Facco, ex-militant de la Ligue du Nord, qui fonde une maison d’édition et s’entoure d’intellectuels favorables au libre-marché, à la sécession et à la liberté économique7.


Usemlab (2002)


En 2002, la dynamique en direction de la formation d'un mouvement libertarien organisé en Italie se renforce avec la fondation de l'association
Usemlab à Turin par Francesco Carbone, consultant et analyste financier, à présent membre du Movimento Libertario, pour promouvoir les idées libertariennes. A partir de 2007, elle est devenue une maison d'édition publiant divers ouvrages en phase avec les idées libertariennes. A la suite de Usemlab, émerge le premier parti libertarien italien : il Movimento Libertario.

 

Il Movimento Libertario (2007)

 

Le Movimento Libertario (ML) était à l’origine une association fondée par Leonardo Facco, Giorgo Fidenato et Marcello Mazzilli à Treviglio, dans la province de Bergamo, le 24 septembre 2005, sur la base d’un manifeste, Manifesto e Costituzione del Movimento Libertario, rédigé par Leonardo Facco, actuel administrateur délégué du ML. Un an plus tard, en septembre 2007, le ML décide de se constituer en parti politique afin de pouvoir interagir sur le plan international avec les autres partis politiques libertariens. Toutefois, et il faut le noter, le ML se refuse à avoir le moindre élu, car il se conçoit comme une « communauté politique » opposée à la « politique politicienne » et à toute stratégie électoraliste, mais favorable à l’abstentionnisme, à la sécession, et à un militantisme ayant une portée de transformation culturelle. Autrement dit, leur action politique vise à changer les mœurs et les mentalités sur le long terme et non à emporter un simple vote électoral à court terme. Le ML ne croit pas que le système politique italien soit réformable et ne défend pas des politiques publiques particulières pour rendre l’État davantage efficient. Il ne proscrit néanmoins pas totalement l’idée de présenter des candidats lors d’élections, mais dans le but d’employer ces élections comme tribunes pour diffuser les idées libertariennes, et accepterait de soutenir un parti adhérant à ses positions8. Le rédacteur en chef de la revue du ML, Luca Fusari, raconte à ce propos9 : « En Italie il existe trop de formations politiques qui se disent nominalement libérales et/ou libéristes, mais qui ne le sont pas, dans le seul but de gagner des votes électoraux ; le ML a ainsi préféré faire un choix à contre-courant et ne pas présenter de candidats10. »

La ligne du parti est plutôt minarchiste, favorable à un État limité aux fonctions régaliennes, avec un horizon anarchiste, les libéraux classiques, les minarchistes, et les anarchistes libertariens étant tous les bienvenus au sein du parti. Étant donné qu’il prône l’évasion fiscale, conçue comme un acte de résistance à l’État, le ML refuse de divulguer le nombre de ses membres ou le nombre de ses sections. Il affirme toutefois que le nombre de ses soutiens ne cesse de croître, notamment parmi les travailleurs indépendants, les entrepreneurs et les jeunes. Ceci serait en partie dû à sa médiatisation dans des journaux et dans des télévisions et radios locales et nationales. Il serait donc présent dans tout le pays, avec une prédominance au Nord. En outre, le ML publie une revue en ligne : Miglio Verde.

Contrairement aux autres mouvements libertariens européens étudiés, les relations entre le ML et Students For Liberty Italy(SFLI), branche italienne de l'organisation internationale étudiante libertarienne Students for Liberty, sont mauvaises. Si entre 2008 et 2014 les deux organisations collaboraient harmonieusement, depuis un an et demi elles ont cessé toute collaboration pour cause de divergence sur la crise ukrainienne et sur son analyse par Ron Paul (homme politique américain et leader des libertariens actifs au sein du parti républicain). Le ML soutient Ron Paul dans son appel à prendre des mesures militaires et des sanctions contre la Russie, tandis que le SFLI s'y oppose. De plus, le ML est proche du think tank paléolibertarien11Von Mises Institute (les paléolibertariens délaissent les combats en faveur de la liberté des mœurs, au profit de la liberté économique) tandis que le SFLI est proche du think tank libertarien Cato Institute12. En outre, le SFLI est accusé d'être pro-européen, juspositiviste (c'est à dire qui admet que c'est l’État qui crée légitimement le droit), et favorable à une immigration libre. Tandis que le ML est sécessionniste et eurosceptique, jusnaturaliste (position consistant à penser qu'il existe des droits adaptés à la nature humaine et que ces droits sont les seuls légitimes) et favorable à une limitation de l'immigration clandestine. Par ailleurs, le ML accuse le SFLI d'avoir interdit la vente des ouvrages de Hans-Hermann Hoppe (leader des paléolibertariens contemporains). Enfin, le ML accuse le SFLI d'être une organisation libérale et non libertarienne.

Ce conflit entre les deux organisations nous permet de tirer un portrait assez clair de leurs positions politiques et de leurs stratégies respectives. D'un côté, on a affaire, avec le ML, à une organisation libertarienne à tendance conservatrice et aux positions très radicales, notamment la revendication de la sécession, et de l'autre, avec les SFLI, à une organisation plus favorable à un gradualisme politique (avec des réformes) et à un progressisme en matière des mœurs.


Il Tea Party Italia (2010)


En dehors du ML, il existe d'autres organisations libertariennes italiennes engagées en politique. Le
Tea Party Italia (TPI) est l'un deux. Il s'agit d'un mouvement politique et d'un groupe de pression, et non d'un parti, qui s'est formé en 2010 sur la base d'une opposition aux taxes en s'inspirant du Tea Party américain plutôt que de la révolte de Boston. Les membres du TPI se retrouvent aussi bien au sein de divers partis politiques que hors des partis, mais sa ligne générale anti-étatiste en fait un mouvement libertarien13.


Il Von Mises Institute Italia (2011)

 

En sus des organisations politiques libertariennes, il existe aussi en Italie des instituts de recherche et des think tanks libertarien. L'un d'entre eux est le Von Mises Institute Italia. Fondé en 2011 comme think tank par Francesco Carbone, celui-même qui avait fondé Usemlab en 2002, il a pour objectif de promouvoir les idées libertariennes. Comme on l'a vu, l'institut collabore fortement avec le ML14.


I Liberi Comuni (2014)


Il existe en plus du ML, un autre parti politique libertarien italien : I Liberi Comuni. En mai 2014 le parti I Liberti Comuni a été fondé par Rivo Cortonesi, fondateur aussi des Liberisti Ticinesi. Il s'agit d'un parti davantage axé sur les idées fédéralistes et constitutionnalistes que sur les idées sécessionnistes du ML, et qui s'inscrit dans une stratégie réformiste15. En ce sens, il a refusé de s'engager dans une plate-forme commune en faveur de l'évasion fiscale avec le ML16.

 

En conclusion de cette partie portant sur les libertariens italiens, on peut noter que la figure de Leonardo Facco semble être inséparable du libertarianisme italien, tant il est au cœur de son déploiement dans l'espace politique, d'abord purement intellectuellement avec sa maison d'édition, puis avec la fondation du ML et la rédaction de son manifeste fondateur. On peut aussi se faire la même réflexion à propos de Francesco Carbone qui semble jouer un rôle clef dans le développement du libertarianisme italien en fondant successivement Usemlab puis le Von Mises Institute Italia.

 

 

 

 

1 NEMO Philippe et PETITOT Jean, Histoire du libéralisme en Europe, op. cit., pp.557-558.

2 Ibidem. p. 558.

3 Ibidem, p. 35.

4 LEONI Bruno, Freedom and the Law, Princeton, New Jersey, Toronto, Londres et New York, D. Van Nostrand Company Inc., 1961.

5 LEONI Bruno, Mito e realta dei monopoli, Milano, Giuffrè Editore, 1965.

6 LEPAGE Henri, Domani il capitalismo, Roma, Edizioni L'Opinione, 1978.

7 Entretien avec Luca Fusari, rédacteur en chef de la revue du Movimento Libertario et responsable de la communication pour Interlibertarians , réalisé en juin 2015.

8 Idem.

9 Idem.

10 « In Italia esistono troppe formazioni politiche che si dicono nominalmente “liberali” e/o “liberiste” pur non essendolo, al solo scopo di prendere voti elettorali ; il ML ha quindi preferito fare una scelta controcorrente e non candidarsi. »

11 CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial, op. cit., pp. 159-162.

12 Ibidem, pp. 165-168.

13 Entretien avec Luca Fusari, rédacteur en chef de la revue du Movimento Libertario et responsable de la communication pour Interlibertarians, réalisé en juin 2015.

14 Idem.

15 Archives de I Liberti Comuni en ligne, [http://www.libericomuni.it/index.php/documenti], 2015.

16 Entretien avec Luca Fusari, rédacteur en chef de la revue du Movimento Libertario et responsable de la communication pour Interlibertarians, réalisé en juin 2015.

 

 

 

 

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06/10/2015

Les libertariens au Royaume-Uni

 

 

La séparation entre libertariens et libéraux est très claire au Royaume-Uni, car depuis la fin du XIXème siècle et l'émergence du new liberalism1, le mouvement libéral, qui s'incarne dorénavant essentiellement dans le parti libéral-démocrate, a adopté des positions bien plus favorables à une intervention accrue de l’État. Il s'est donc éloigné du libéralisme classique au point de se situer, selon l'historien Alain Laurent, à la gauche du centriste Labour2Le Royaume-Uni a en outre, de par son idiome, la particularité d'avoir pu bénéficier des ouvrages libertariens américains dès leur publication, sans avoir à attendre une traduction. De ce fait, il semble assez cohérent que ce soit dans ce pays que soit apparue une des plus anciennes organisations libertariennes d'Europe : the Libertarian Alliance.

 


The Libertarian Alliance (1977)

 

 

The Libertarian Alliance (LA) est un institut britannique de recherche et un think tank fondé en 1977 par Mark Brady, Judy Englander, David Ramsay Steele et Chris Tame, anciens membres du groupe des Young Libertarians, organisation de jeunesse de la Society for Individual Freedom3. Cette-dernière a été fondée en 1942 par des membres du parti libéral et du parti conservateur. Ses activités sont celles d'un think tank et consiste notamment à publier un journal, The Individual4. Mark Bradly et Chris Tame ont tous deux été membres de la Radical Libertarian Alliance, organisation libertarienne américaine fondée en 1969 afin d'unir les libertariens avec des transfuges de droite et de gauche5. Il s'agit donc ici probablement d'un cas d'importation des idées libertariennes des États-Unis au Royaume-Uni.

LA publie une revue, Free Life, des dépliants, un certain nombre de documents informatifs sur son site, et organise des débats et des séminaires. L'organisation est composée aussi bien de libéraux classiques que de minarchistes ou de libertariens anarchistes. En 1982, des différends éclatent au sein du groupe et une scission intervient. Dès ce moment, deux groupes co-existent avec le même nom et le même logo, et ce jusqu'à maintenant6.

Toutefois, entre 1977 et 2007, il ne semble pas y avoir eu de développements plus importants du libertarianisme au Royaume-Uni en dehors des activités des deux Libertarian Alliance. Une explication probable à cela serait qu'entre 1979 et 1990, les libertariens, attirés par les discours favorables à la liberté économique du gouvernement Thatcher, ont milité au sein des Young Conservatices en tentant de « libertarianiser » le parti7. Il est aussi probable qu'à partir de 1990 certains libertariens ont continué de militer au sein des tories (le parti conservateur) et notamment au sein du Conservative Way Forward, sa faction libertarienne organisée. L'entrisme des libertariens au sein des conservateurs entre 1979 et les années 2000 a donc eu pour conséquence d'empêcher l'apparition de nouvelles organisations libertariennes. C'est pourquoi c'est seulement en 2008 qu'un premier parti politique libertarien a vu le jour.

 


Le Parti Libertarien du Royaume-Uni (2008)

 

 

Le Parti Libertarien du Royaume-Uni (PLRU) a été fondé le 1er janvier 2008 par d'anciens membres du parti conservateur, d'anciens membres du UK Independance Party (UKIP) et par des libertariens n'ayant jamais été membres d'un parti auparavant. Il a adopté une ligne minarchiste mais les libéraux classiques et les anarchistes libertariens sont les bienvenus au sein du parti8. Il se réclame de l'influence des philosophes Robert Nozick et John Locke9. Il compte 2000 membres cotisants et 150 permanents. De 2010 à 2012, le parti comptait deux élus locaux, mais depuis 2012 il n'en compte plus qu'un. Le PLRU est organisé en huit sections régionales autonomes : Londres & Sud-est, Wessex et Kernow, Mercia, Nord, East Anglia, Essex, Wales, et l'Irlande du Nord, sans compter l’Écosse qui a son propre parti libertarien, les deux partis étant alliés10. Enfin, le parti a connu deux scissions. Les scissionnaires ont fondé le Pro Liberty Party et le Libertarian Network. Ces deux organisations scissionnaires sont restées au stade groupusculaire.

Comme on peut le voir, les libertariens au Royaume-Uni se sont davantage et plus précocement organisés qu'ailleurs en Europe, et d'ailleurs que l'ensemble des mouvements libertariens que nous aborderons. Cela s'explique probablement par le fait qu'ils ont pu, grâce à la langue, accéder avant eux aux idées libertariennes - celles-ci étant généralement en anglais puisque provenant des États-Unis - et par la migration au Royaume-Uni de libertariens américains ou de libertariens ayant séjourné aux États-Unis.

 

 

 

1 LAURENT Alain, Le libéralisme américain, histoire d'un détournement, op. cit., pp. 31-51.

2 Ibidem, pp. 51-55.

3 Archives en ligne de Libertarian Alliance, [http://www.la-articles.org.uk/about.htm], 2010.

4 Archives en ligne de Society for Individual Freedom, [http://www.individualist.org.uk/], 2015.

5 CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial, op. cit., p.85-88.

6 Archives en ligne de Libertarian Alliance, [http://www.la-articles.org.uk/about.htm], 2010.

7 Entretien avec Andrew Withers, leader et co-fondateur du Parti Libertarien du Royaume-Uni, réalisé entre février et juin 2015.

8 Idem.

9 Archives en ligne du Libertarian Party of United Kingdom, [http://libertarianpartyuk.com/category/the-movement/histo...], 2015.

10 Idem.

 

 

 

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03/10/2015

Enjeux et limites de mon travail de recherche sur les mouvements libertariens en Europe

 

Quatrième et dernière partie de l'introduction de mon travail sur les mouvements libertariens en Europe. Une partie nécessaire, mais qui ennuiera certains. 

 

Dès 1950, le mouvement libertarien américain répand ses idées dans toute la société américaine jusqu'à ce que 10 à 20%, voire 23%1, de la population puisse être considérée de nos jours comme libertarienne par les sondeurs2. Il apparaît en conséquence légitime de se demander quelle est l'influence du libertarianisme en Europe où le libéralisme classique a suivi une trajectoire proche de celle des États-Unis durant le siècle dernier, à savoir une éclipse dans la première moitié du XXème siècle, et une renaissance durant la seconde moitié.

Quels sont les mouvements et les organisations se réclamant du libertarianisme en Europe ? Quelle forme a pris leur émergence et leur déploiement  dans le champ politique ? Pourquoi des mouvements ont-ils choisi précisément de se revendiquer d'un tel courant politique ? Quelles sont les relations entre les caractéristiques du libéralisme européen et l'émergence des libertariens ? Les libertariens n'apparaissent-ils que lorsque les libéraux s'éloignent du libéralisme classique comme cela a été le cas aux États-Unis ? Quelles sont les différences et les ressemblances entre le mouvement libertarien américain et les mouvements libertariens européens ? Voici les questions principales auxquelles nous tenterons de répondre dans ce travail à travers l'étude de cinq pays européens : le Royaume-Uni, l'Italie, la Belgique, la France et la Suisse.

Ce travail se fonde premièrement sur le recueil de témoignages, deuxièmement sur l'analyse de sources écrites (articles, ouvrages, etc.), et troisièmement sur la maigre littérature secondaire existante. Les témoignages ont été recueillis lors d'entretiens écrits, réalisés par e-mails entre septembre 2014 et août 2015, auprès de représentants ou de membres du mouvement libertarien européen. Les entretiens sont composés de séries de questions auxquelles les interviewés étaient invités à répondre aussi longuement qu'ils le souhaitaient. Certains entretiens se sont déroulés sur une durée de plusieurs mois, car j'avais besoin d'informations supplémentaires, tandis que d'autres n'ont duré qu'une journée ou deux.

Étant moi-même, en tant que cofondateur et secrétaire du parti libertarien de Genève, un membre actif du mouvement libertarien, j'ai cherché au maximum à rester objectif vis à vis de mon objet d'étude. Afin de réduire l'influence potentielle de mes positions sur mon travail, j'ai limité mon traitement du cas suisse, et en particulier du cas genevois. Il faut toutefois noter que mon appartenance au mouvement libertarien m'a permis d'avoir accès très facilement à des contacts utiles et à des témoignages. Mon engagement présente donc en même temps des avantages (facilité d'accès aux sources) et des désavantages (biais potentiels) pour la réalisation de ce travail.

Mon travail ne peut être considéré comme exhaustif, car je ne traite que de quelques pays d'Europe et non de tous. En effet, je ne souhaitais pas analyser des mouvements libertariens actifs dans des pays dont les sources ne m'étaient pas accessibles à cause de la barrière linguistique. Un tel travail ne peut donc que représenter une perspective partielle sur le mouvement libertarien européen, qui demande à être complété par des travaux supplémentaires portant sur les mouvements libertariens des autres pays d'Europe. En outre, je n'ai pas toujours eu la possibilité de croiser suffisamment les sources entre elles, ce qui peut amener à relativiser le degré d'objectivité atteint dans ce travail.

 

1 THEILLIER Damien, « Qui sont les libertariens ? », Contrepoints, 4 mars 2012.

2 CARE Sébastien, Les libertariens aux État-Unis : sociologie d'un mouvement asocial, op.cit., pp. 208-213.

 

 

 

 

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02/10/2015

Existe-il un contrat social libertarien ?

 


Je me permets une petite interruption dans la publication de mon travail de recherche sur les mouvements libertariens en Europe car je voudrais préciser une notion que j'avais abordée il y a quelques temps : celle de la relation entre contrat social et libertarianisme. J'avais suggéré que le projet libertarien anarchiste diffère de l'état de nature hobbesien car il s'agit d'une société se fondant sur un consensus entre individus sur un principe unique, le principe de non agression. Je pense que cela n'est pas faux, mais que cela demande à être précisé. 

Le projet libertarien anarchiste n'a pas besoin d'un consensus entre individus sur le principe de non agression, et, pourtant, il diffère bel et bien de l'anomie hobbesienne.

Comment est-ce possible ?

Car le respect du principe de non agression est la conséquence (l'implication) des mécanismes de libre concurrence qui régentent le marché de la sécurité dans une société sans Etat (sans monopole de la violence légale). Par la mise en concurrence d'une multitude d'acteurs privés, d'agences de protection privées, par les nécessités de minimiser leurs coûts en évitant au maximum le conflit et de garder leurs clients en préservant leur réputation, la décentralisation de la sécurité crée une société respectueuse du principe de non agression. Elle crée un consensus de fait en faveur de la non agression. Il n'y a donc pas besoin de faire intervenir la notion de contrat social dans le projet libertarien anarchiste, mais on peut éventuellement considérer que la situation de non agression émergeant sur un marché libre de la sécurité est un contrat social minimal et tacite en faveur du principe de non agression.


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