21/10/2015

Comparaison entre les différents mouvements libertariens nationaux en Europe

 

 

A travers l'étude des mouvements libertariens du Royaume-Uni, d'Italie, de Belgique, de France et de Suisse, on peut observer des caractéristiques communes. Dans chaque cas, c'est dans la fin des années 1970 et au cours des années 1980 que les idées libertariennes entament leur diffusion, essentiellement de manière livresque (Bruno Leoni, Claustrøføbia, Henri Lepage, la collection Libre-échange, la collection Laissez-faire) et intellectuelle (Libertarian Alliance, Cercle Hayek, conférence de l'International Society for Individual Liberty). Dans les années 1990, de premiers embryons d'organisations libertariennes voient le jour : la maison d'édition de Leonardo Facco qui lui sert de cercle de recrutement libertarien, l'Association des Libertariens en France, et Pro Libertate en Suisse. Il faut toutefois attendre les années 2000 pour que ces embryons d'organisations libertariennes soient remplacées par de véritables organisations libertariennes, essentiellement sous forme de partis politiques libertariens. Le schéma de développement qu'empruntent les mouvements libertariens nationaux passent donc toujours, dans les cas étudiés, par une première phase de diffusion des idées à l'attention des groupes intellectuels ou très politisés (1970-1990), suivie d'une seconde phase de constitution d'un embryon d'organisation libertarienne (1990-2000), avec, finalement, la formation dans les années 2000 de partis politiques libertariens.

Actuellement ces organisations sont encore toutes très petites, même si cette petitesse varie en fonction des pays puisqu'au Royaume-Uni le parti compte 2000 membres, tandis que le parti français n'en compte que 200. Il faut toutefois prendre en compte le fait que les différents partis libertariens n'ont pas été fondés en même temps. Ainsi, le parti français a été fondé en 2013 alors que le parti britannique a été fondé en 2008, ce qui pourrait participer à expliquer la différence d'effectifs. Cependant, il faut aussi noter que, si en Italie, au Royaume-Uni, en Belgique et en Suisse le mot libéral désigne une doctrine bien plus étatiste que le mot libertarien, ce n'est pas le cas pour la France où la domination culturelle du gaullisme, très étatiste depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, a eu pour conséquence de marginaliser les libéraux sans changer le sens originel du mot lui-même, ce qui a provoqué l'inter-pénétration du mouvement libertarien et du mouvement libéral.

Si les partis politiques libertariens d'Europe partagent tous une position commune, grosso-modo minarchiste (avec des inflexions plus radicales en Italie ou plus modérées en Suisse), ils diffèrent dans les tactiques qu'ils ont adoptées. En Suisse, en France, en Belgique et au Royaume-Uni, ils ont adopté une position réformiste et gradualiste en prônant la réduction progressive de l'intervention de l’État et en participant aux élections, tandis qu'en Italie le parti libertarien a adopté une stratégie plus radicale en défendent la sécession et l'évasion fiscale. Il est possible que l'apparition d'un concurrent libertarien, I Liberi Comuni, soit une conséquence de cette stratégie plus radicale. Toutefois, il est aussi envisageable qu'elle soit le simple reflet d'une adaptation aux modalités contextuelles locales.

Il se pourrait enfin qu'il existe une fracture générationnelle entre une génération de pionniers libertariens active durant la période de 1980 à 2000 et une nouvelle génération s'étant formée à partir des années 2000. La première génération, plus radicale dans ses orientations politiques, serait davantage issue du conservatisme et de la droite, tandis que la seconde génération, moins radicale, serait davantage issue de pans non politisés de la société, voire parfois de la gauche. Une observation superficielle de la composition du mouvement libertarien francophone pourrait probablement accréditer cette hypothèse, mais c'est surtout le conflit ouvert en Italie entre les « vieux » du Movimeno Libertario et les jeunes de Students For Liberty Italy qui la corrobore. 

 

 

 

12:51 Publié dans Libertariens en Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

UP ! Schweiz a fait 0,01% avec moins de 10000 voix lors des dernières élections fédérales.

Je m'interroge sur cette stratégie de dilution des forces qui correspond certes plus aux diverses sensibilités mais qui ne permet pas de créer un véritable force politique susceptible d'avoir un impact sur nos vies.

Je m'étais emballé avec la création du parti Vert libéral qui est le plus proche de mes sensibilités. Mais je me suis résigné à voter utile. Ma seule contribution fut de mentionner la liste des Vert lib'.

Afin de mieux coller aux diverses sensibilités, les partis gouvernementaux ouvrent des sous-sections. Les jeunes, les seniors, l'aile sociale ou libérale, etc.

Votre parcours m'interpelle. Je suis en train de faire le chemin inverse. Jusqu'à aujourd'hui, et notamment lors de ma campagne pour le CE, je me suis affiché comme un libertarien. Mes expériences m'ont toujours confirmé la faillite de l'Etat, ses dysfonctionnements, son inefficacité, son asservissement à l'argent, ses membres qui ont souvent raté dans le privé, etc.

Seulement voilà, l'humain étant faillible, il faudra toujours un arbitre. Même s'il est lui aussi faillible.

Je m'inquiète de la fuite en avant pour toujours plus de profit et de croissance dans un monde limité, le seul que nous connaissons puisque la vie n'existe pas à des milliers d'années lumière de la Terre. La gauche reste le seul frein à la voracité insatiable des grands groupes transnationaux qui ne visent rien moins que des monopoles de fait qui permettent l'exploitation de la grande masse pour le bien d'un petit pourcent de l'humanité qui ne sera jamais rassasié. (Stiglitz, "Le prix de l'inégalité" 2012).

Les recommandation de l'OCDE resteront vaines si nous ne donnons pas les moyens à nos gouvernements pour les mettre en oeuvre.

Écrit par : PIerre Jenni | 22/10/2015

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