12/10/2015

Les libertariens en France

 

 

Selon les historiens Philippe Nemo et Jean Petitot, de 1830 à 1958 la France aurait été un pays s'inscrivant dans le courant démocrate-libéral, courant bien moins favorable à une intervention moindre de l’État dans l'économie que le libéralisme classique1. Toutefois, la Ve République serait marquée par une croissance des idées favorables à une plus grande intervention de l’État dans l'économie. Ils parlent d'ailleurs à ce propos d'une montée du bonapartisme et du jacobinisme2 et écrivent : « Dans un pays comme la France, le seul consensus politique réel unifiant l'ensemble des partis politiques est le rejet d'un ''ultra-libéralisme'' fonctionnant comme un bouc émissaire (ce qui explique que le libéralisme ait, de très loin, la plus faible des représentations politiques)3. »

L'historien René Rémond analyse la situation du libéralisme en France différemment. Il considère en effet l'Union pour la démocratie française (UDF) comme étant libérale, et identifie son parcours au parcours du mouvement libéral français. Dans la mesure où l'UDF est éloignée du libéralisme classique, on ne peut que constater que le sens du mot « libéral » est éloigné des idées favorables à un marché libre durant ces années, et cela dès l'année 1978, date de fondation de l'UDF4.

Ce contexte d'un libéralisme fortement éloigné des idées favorables à un marché libre peut expliquer pourquoi il a existé dès les années 19805 et 2000 un mouvement libertarien, dont un Cercle Hayek6et une Association des Libertariens (ADEL)7. Face à la marginalité de leurs idées, les libertariens français ont très tôt cherché à se faire entendre. Il convient néanmoins de mentionner l'existence entre 1997 et 2002 de Démocratie Libérale, successeur du parti radical, dirigé par Alain Madelin, dont l'orientation était plutôt libérale classique. Dans les années 2004-2005, bon nombre de libertariens sont aussi actifs au sein de l'association Liberté Chérie. Mais c'est seulement en 2010 qu'apparaît la première organisation libertarienne française d'une certaine importance avec la fondation de l'Institut Coppet.

 

L'Institut Coppet (2010)

 

Depuis 20108, il existe en effet un institut de recherche libertarien9 français : l'Institut Coppet. Ce dernier se donne comme mission de faire découvrir au public français les idées libertariennes et redécouvrir la tradition libérale classique française, aujourd'hui largement méconnue, dont les figures les plus représentatives sont des penseurs comme Anne Robert Jacques Turgot, Jean-Baptiste Say, Charles Dunoyer, Frédéric Bastiat ou Gustave de Molinari. Il entend réaliser ses objectifs par la publication et la traduction d'ouvrages, de journaux, de vidéos et d'articles, et par l'organisation de conférences. En dehors de l'Institut Coppet, il existe aussi un parti libertarien en France depuis début 2013 : le Mouvement des Libertariens (MdL).


Le Mouvement des Libertariens (2013)


Le MdL a été fondé début 2013 par Stéphane Geyres, consultant en informatique de 53 ans, et 9 autres libertariens sur la base de la conviction que les partis français se revendiquant libéraux sont voués, de par leur carriérisme, à l'échec10. La ligne du parti est minarchiste avec un horizon anarchiste. Le parti compte environ 200 membres répartis sur plusieurs sections (Paris, Toulouse, Montpellier, Nantes)11. Le parti a participé à l'élection partielle de Villeneuve/Lot avec comme candidat son président de l'époque, Stéphane Geyres (il obtient 0,18% des voix). Depuis juillet 2014 le président du parti est Jean François Nimsgern, spécialiste en droit fiscal et en droit des affaires, qui milita à l'UDF dans sa jeunesse12. A noter que le MdL entretient de bons rapports avec Students For Liberty à Paris.

La petite taille du MdL s'explique par le fait qu'en France, les libéraux sont, eux-aussi, relativement marginaux. En conséquence, les libertariens sont extrêmement mélangés aux libéraux, et fréquentent des organisations se réclamant du libéralisme comme Liberté Chérie. Tandis que les libéraux classiques ne militent que dans des organisations libérales et non au sein du MdL, contrairement à la situation belge. Cette marginalité du libéralisme en France s'explique par la domination du gaullisme, très étatiste et interventionniste, au sein des cultures politiques de droite et du centre, du keynésianisme à gauche, du marxisme à l'extrême gauche, et d'une forme de national-étatisme à l'extrême droite.

Hors du MdL, il existe des libertariens actifs au sein du parti libéral démocrate, qui s'inscrit dans la succession de feue Démocratie Libérale. Ces libertariens forment une petite minorité, peut-être 5 à 10%, des membres du parti.

 

 

 

1 NEMO Philippe et PETITOT Jean, Histoire du libéralisme en Europe, op. cit., p.10.

2 Idem.

3 Ibidem, p. 12.

4 REMOND René, Les droites aujourd'hui, Éditions Louis Audibert, Paris, 2005, pp. 132-157.

5 Entretien avec Bertrand Lemmennicier, écrivain libertarien, réalisé en juin 2015.

6 Entretien avec Marc-Henri Grunet, fondateur du Cercle Hayek, réalisé en juin 2015.

7 Entretien avec Jean François Nimsgern, président du Mouvement des Libertariens, réalisé entre mars et juin 2015.

8 Archives de l'Institut Coppet, [http://www.institutcoppet.org/linstitut-coppet], 2014.

9 Entretien avec Damien Theillier, président de l'Institut Coppet, [http://www.institutcoppet.org/2015/07/28/entretien-avec-d...], en juillet 2015.

10 Entretien avec Alain Cremades, membre du Mouvement des Libertariens, réalisé entre février et mars 2015.

11 Entretien avec Jean François Nimsgern, président du Mouvement des Libertariens, réalisé entre mars et juin 2015.

12 Idem.

 

 

 

 

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