29/08/2015

Comment les grands partis politiques monopolisent le pouvoir à Genève

 

 

A Genève, les grands partis politiques (PLR, MCG, PS, PDC, UDC, Verts, EàG) n'aiment pas particulièrement la concurrence lorsqu'il s'agit de démocratie. Au lieu d'une saine compétition à armes égales, ils défendent un marché politique sans égalités en droits entre acteurs politiques et s'attribuent des privilèges afin de monopoliser le pouvoir et d'empêcher l'arrivée de nouveaux entrants sur le marché électoral.


Cette partitocratie se fonde sur deux grands privilèges.

Premièrement, le quorum de 7% qui joue le rôle de barrière d'entrée en éliminant tous les petits acteurs politiques qui prétendraient entrer sur le marché politique. Il s'agit de protectionnisme politique et d'une distorsion majeure à la concurrence.

Il ne faut pas oublier que c'est en accédant à la tribune que représente le Grand Conseil que les partis politiques ont la possibilité de se faire entendre largement et régulièrement du grand public, puisque toutes ses activités sont relatées avec grand soin par les médias et la presse. Par conséquent, les grands partis politiques ont tout intérêt à maintenir hors du Grand Conseil le plus longtemps possible tout nouvel acteur politique potentiel. D'où l'existence de ce grand privilège que représente le quorum.

 

Deuxièmement, la subvention étatique de 100'000 francs (!!) que se versent généreusement les grands partis politiques chaque année. A cette grasse subvention (que vous payez avec vos impôts braves gens) s'ajoute une prime de 7000 francs par élu, histoire que les plus grands des grands partis politiques aient un peu plus d'argent que les plus petits.

Comment voulez-vous qu'un nouvel acteur politique arrivant sur le marché politique puisse concurrencer ces grands partis politiques, déjà fort connus, ayant l'oreille des médias, qui disposent de toute une infrastructure et de réseaux, si ceux-ci disposent d'abondants moyens financiers octroyés gracieusement par l’État ?!

 

Ces grands privilèges n'ont qu'un seul but : assurer la main-mise d'un petit nombre de partis politiques sur le pouvoir et éliminer toute concurrence.

 

Face à ces écueils artificiels conçus par les grands partis politiques, combien de citoyens honnêtes ont-ils perdu tout désir de s'engager en politique ou toute foi dans la démocratie genevoise au point de rejoindre les rangs bien fournis des abstentionnistes ?

Lorsque quelques centaines de politiciens (moins de 1% de la population) accaparent le pouvoir en s'octroyant des privilèges, ce sont les droits des citoyens et la liberté de la société civile qui sont mis à mal. Une seule solution : nous débarrasser du système des privilèges... ou des privilégiés !

 

 

 

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19/08/2015

Faut-il accorder des droits aux générations futures ?

 

 

Extrait d'un travail réalisé pour l'université dans le cadre d'un séminaire d'éthique environnementale.

 

 

Faut-il accorder des droits négatifs aux générations futures ?


Afin de répondre à cette question, il est utile je pense de préciser un peu mieux ce qu'est un droit négatif. Un droit négatif, je l'ai dit plus tôt, est un droit à ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire et de ne pas être atteint dans notre intégrité. Mais ces éléments de définition du droit négatif peuvent être réduits (résumés) à un concept qui résume tout : la propriété de soi. Si on considère que x a un droit de propriété absolu et inaliénable sur son corps (et sur ce qu'il acquiert par l'usage pacifique de celui-ci), alors cela signifie que nul ne peut interférer avec ce que x fait de son corps. Tous les droits négatifs que l'on peut imaginer (ou toutes les manières que l'on peut imaginer pour décrire les droits négatifs) peuvent être réduits à des implications du droit de propriété de l'individu sur lui-même.

Compte tenu de cette précision concernant la nature des droits négatifs (c'est à dire, compte tenu de leur réduction possible à la propriété de soi), on se rend bien compte qu'une condition pour pouvoir posséder un droit négatif est l'existence d'un corps. Si x ne possède pas de corps, il ne peut en effet posséder un droit de propriété dessus. Or, il paraîtrait absurde de vouloir accorder un droit de propriété aux individus sur quelque chose qui n'existe pas.

Dans la même optique, un autre problème possible réside dans la non existence de l'individu. Il paraît en effet absurde de vouloir accorder un droit à un individu qui n'existe pas encore et qui pourrait ne pas exister (qui n'existe que potentiellement).

Nous devons donc conclure qu'accorder des droits négatifs aux individus futurs (aux générations futures) semblent absurde de par la nature même d'un individu futur (de par l'absence de corps auquel rattacher des droits de propriété).

Afin de renforcer la position à laquelle je suis parvenu, supposons maintenant que des arguments particulièrement habiles aient infirmé la validité du point 2 et qu'on soit advenu à la conclusion selon laquelle il faut accorder des droits positifs aux individus. La question qui se poserait alors serait : faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?

 

Faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?


Les deux principaux problèmes que pose la position selon laquelle il faudrait accorder des droits positifs aux générations futures sont des problèmes de définition (de clarification) de deux concepts impliqués par celui de droits positifs des générations futures. Lorsque nous parlons de droits positifs des générations futures, nous entendons en effet généralement que les générations futures devraient se voir accorder (par l’État) des droits à un environnement approprié aux besoins des êtres humains réductible à un certain stock de ressources. Or, le concept de ressources ne désigne pas quelque chose d'objectivement déterminable. En effet, A n'est une ressource pour x que du moment où x lui trouve une utilité (un usage). Sinon A n'est qu'un élément existant parmi d'autres devant lequel x passe sans s'y intéresser. Même l'eau ne devient une ressource que lorsque le premier être humain a soif pour la première fois (bien entendu il s'agit ici d'une image). Les ressources n'existent donc pas objectivement (en elles-mêmes), mais sont créées par le savoir-faire humain (relativement à eux).

Un second problème concerne le concept de besoins. Vouloir préserver un certain stock de ressources pour les générations futures pose comme acquis que nous sommes à mêmes de déterminer les besoins futurs des individus. Or les besoins des êtres humains varient dans le temps et l'espace, en fonction des cultures, des modes de vie, des valeurs, et en fonction des possibilités technologiques. Ainsi les besoins d'un individu x au Moyen-Âge ne seront pas les mêmes que ceux d'un individu y de nos jours. Il n'y a même pas de besoins physiologiques clairement déterminables car un individu suicidaire n'a pas les mêmes besoins qu'un individu qui ne l'est pas, puisque tous deux poursuivent des objectifs opposés. Ainsi, toute tentative d'accorder des droits positifs aux générations futures se heurte à ce double problème de clarification.

Si l'on admet toutefois qu'il est possible de déterminer ce que sont les ressources et les besoins des générations futures, on se retrouve alors confronté à un autre problème : accorder des droits positifs aux générations futures ne maximise pas leur utilité ou leur liberté (négative comme positive). En effet, les politiciens, le gouvernement, ou une majorité démocratique, ne sont pas aussi aptes à préserver l'environnement que les individus laissés librement à eux-mêmes. Dans un environnement où chacun est propriétaire d'une parcelle de ce dernier, chacun s'efforce (par intérêt personnel) de gérer le plus efficacement sa parcelle. Autrement dit, la propriété privée implique la responsabilité privée et la responsabilité privée implique une gestion plus efficace que toute gestion déléguée à un fonctionnaire (ou à un groupe de fonctionnaires). En effet, si personne ne se sent concerné pas quand x jette ses ordures dans le jardin étatique, c'est tout le contraire quand x jette ses ordures dans votre jardin. A noter toutefois que propriété privée ne signifie pas forcément propriété individuelle mais peut tout autant signifier propriété mutualisée (mise en commun) à une échelle ou une autre (familles, groupe de personnes, villages, villes, etc.).

 

En conclusion, bien qu'à travers ce travail j'ai réfuté toute prétention des générations futures à un droit quelconque, je tiens à présent à rendre le lecteur attentif au fait que, paradoxalement, la meilleure façon de préserver les intérêts des générations futures à un environnement de qualité est de ne pas accorder de droits positifs à un environnement sain. Ceci s'explique par le fait que la libre volonté des individus est plus à même de leur préserver un environnement sain que l’État. Si l’État ne se mêle pas de réaliser des droits des générations futures à certaines ressources, alors les générations futures ont davantage de chance d'obtenir plus tard ces ressources que si l’État cherche à les leur préserver (et ce malgré toutes les bonnes intentions du monde). Ou autrement dit, l’État ne peut que parvenir à stocker de l'huile de baleine (périmée), tandis que les individus libres peuvent léguer aux générations futures la fusion nucléaire.

 

 

 

 

 

 

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12/08/2015

Analyse libertarienne de la Critical Mass

 


S'il y a bien une chose que la plupart des gens de droite n'apprécient généralement pas c'est bien la Critical Mass, ce rassemblement en musique de cyclistes, skaters, rollers, longboarders, trottinetters, qui a lieu tous les derniers vendredis du mois dans de nombreuses cités du globe, dont Genève, pour promouvoir la mobilité douce. La balade de la Critical Mass a en effet pour conséquence de bloquer quelque peu le trafic motorisé en faisant des pauses régulières à divers carrefours. Les gens de droite ont-ils raison ? Quel regard libertarien pouvons-nous porter sur ce phénomène ?

 

1. Dans le cadre d'une société sans État, le modèle idéal pour un anarchiste libertarien, des cités privés ou des communautés peuvent décider de bannir la voiture et/ou le trafic motorisé dans son ensemble de leur territoire et y fixer les règles de circulation qu'ils désirent. Dans de tels cadres, la Critical Mass devient simplement, en quelque sorte, la norme. Bien entendu, des cités privés ou des communautés peuvent aussi fort bien décider de faire l'inverse ou d'adopter (plus probable) des modèles mixtes où trafic motorisé et mobilité douce co-existent. Dans ces contextes-ci, la Critical Mass est une violation des droits des habitants de ces cités ou de ces communautés. Toutefois, il paraît absurde qu'un phénomène comme la Critical Mass subsiste dans une société sans État. En effet, les amoureux de la mobilité douce iraient simplement vivre dans des communautés ou des cités bannissant le trafic motorisé.

 

2. Dans le contexte de la société contemporaine, la Critical Mass est un phénomène contestataire nourri par l'exaspération des adeptes de la mobilité douce qui n'ont pas d'alternative aux cités motorisés et par leur désir de se mouvoir entre eux dans des conditions optimales de conduite (c'est à dire sans tous les risques et les désagréments provoqués par le trafic motorisé). Le monopole de l’État sur les routes a en effet comme conséquence de ne pas répondre efficacement aux demandes des consommateurs en mobilité douce et de les priver d'une offre qui pourrait exister sur un marché libre des routes.

 

Ainsi, du point de vue libertarien, la Critical Mass est l'expression justifiée du mécontentement d'une partie de la population à l'encontre d'un monopole illégitime de l’État qui provoque des pénuries et ne répond pas aux attentes des consommateurs.

 

 

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08/08/2015

Des avantages du conséquentialisme de la règle sur le conséquentialisme de l'acte

 

Petit complément au précédent extrait, réalisé dans le cadre du même séminaire de philosophie politique (bien que, à vrai dire, il s'agisse ici d'une discussion de pure éthique normative). 

 

En éthique normative, il existe au sein de la famille des théories conséquentialistes deux grandes manières de tenir un raisonnement conséquentialiste. La première manière est celle développée et défendue par Jeremy Bentham1 qui consiste à affirmer que nos actes doivent maximiser dans leurs conséquences l'utilité des individus. Il s'agit d'un conséquentialisme de l'acte (ou direct). La seconde manière de tenir un raisonnement conséquentialiste est celle défendue de manière diverse par des philosophes comme Ludwig von Mises, Friedrich Hayek ou David Friedman2. Il s'agit d'un conséquentialisme de la règle (ou indirect) qui affirme que nous devrions respecter les règles qui maximisent dans leurs conséquences l'utilité (ou d'autres valeurs comme la liberté).

 

Le conséquentialisme de l'acte donne lieu à un certain nombre de dilemmes moraux que l'on peut étudier à travers des expériences de pensée. Voilà d'abord une expérience de pensée très classique qui semble a priori justifier le conséquentialisme de l'acte. Vous êtes conducteur d'un train et découvrez quatre personnes sur la voie devant vous, vous pouvez les sauver en déviant le train, mais alors le train écrasera une autre personne qui se trouve elle-aussi sur la voie. La plupart des gens ont l'intuition qu'il convient de sauver les quatre personnes et d'en sacrifier une, ce qui correspond au calcul conséquentialiste de maximisation de l'utilité.3 Prenons maintenant un cas un peu différent où vous vous trouvez sur le quai d'une gare et où vous voyez un train foncer sur quatre personnes qui se trouvent en aval de la voie (et vous en amont, proche du train qui arrive). Vous pouvez stopper le train et sauver les quatre autre personnes, mais pour ce faire vous devez obligatoirement (car c'est le seul moyen à votre disposition) pousser un énorme obèse qui se tient sur le quai sur la voie car son poids arrêtera le train. La plupart des gens ont l'intuition qu'il est injuste de pousser l'énorme obèse et c'est avec ce genre de dilemmes moraux que l'on peut constater les limites du conséquentialisme de l'acte. Imaginons maintenant un autre exemple où vous êtes membre d'un groupe majoritaire dans une société. Le conséquentialisme de l'acte pourrait être interprété comme vous enjoignant à soumettre les groupes minoritaires et à exiger d'eux des tributs. L'exemple fonctionne aussi si vous êtes seul et que vous côtoyez un individu plus faible que vous.

 

Le conséquentialisme de la règle a l'avantage sur le conséquentialisme de l'acte, qu'il permet de résoudre ces dilemmes moraux, pour peu que vous choisissiez la règle qui maximise vraiment l'utilité (ou d'autres valeurs) dans ses conséquences. David Friedman propose comme règle conséquentialiste le respect des droits de propriété légitimes des individus4. Si on applique cette règle conséquentialiste alors on peut résoudre les dilemmes moraux susmentionnés. Ainsi, selon cette règle, vous n'avez pas le droit de sacrifier les droits de x pour y (ce qui se rapproche du principe d'égale liberté de John Rawls), ce qui fait que vous n'avez pas le droit de sacrifier l'obèse pour les quatre individus qui sont sur la voie. Par contre, vous avez le droit en tant que conducteur de train de dévier le train pour qu'il n'écrase qu'une personne au lieu de quatre, puisque tous sont en situation de violation des droits du propriétaire des voies de train, dont on peut supposer que vous êtes le légitime représentant dans ce contexte. Selon cette règle conséquentialiste, vous n'avez pas non plus le droit de soumettre un groupe minoritaire à votre bon vouloir ou un individu plus faible.

 

 

1KYMLICKA Will, « L'utilitarisme » in Les théories de la justice, Éditions la Découverte, Paris, 2003.

2CARÉ Sébastien, « Les fondements moraux du libertarianisme » in Genèse, fondements et horizons d'une utopie libérale, Presses Universitaires de France, Paris, 2009.

3COVA Florian, « Psychologie morale et Philosophie morale » in La Morale Humaine et les Sciences, Éditions Matériologiques, 2011.

4FRIEDMAN David, « Ma position » in Vers une société sans État, Éditions Les Belles Lettres, Paris, 1992.

 

 

 

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05/08/2015

Quels droits faut-il accorder aux individus ?

 

Extrait d'un travail réalisé pour l'université dans le cadre d'un séminaire en philosophie politique.

 


On considère généralement de nos jours en philosophie qu'il convient d'accorder des droits aux individus. Toutefois, il existe des justifications fort différentes à cette position. J'aimerais ici considérer successivement la justification déontologiste, la justification jusnaturaliste, la justification contractualiste et la justification conséquentialiste. Il ne me semble pas exister d'autres justifications éthiques importantes à traiter ici (l'éthique des vertus dérivant d'une position jusnaturaliste puisqu'une détermination de vertus A ou B se fait en fonction d'une nature humaine x ou y).

 

D'après les déontologistes, les individus ont des droits et ces droits s'imposent aux autres individus comme des impératifs catégoriques (principes moraux absolus primant sur toute autre considération) ou découlent d'impératifs catégoriques. En outre, on peut découvrir ces impératifs catégoriques par l'usage de la raison. Le déontologisme pose toutefois plusieurs problèmes suffisants pour l'invalider à mon avis. En effet, que faire si plusieurs impératifs moraux (ou si plusieurs principes secondaires découlant des impératifs moraux) rentrent en conflit ? Dans ce genre de conflit de principes, comment pouvons-nous trancher en faveur de l'un ou de l'autre ? Par exemple, si le principe selon lequel il ne faut pas agresser autrui rentre en conflit avec le principe selon lequel il faut préserver son intégrité physique, quel principe prévaudra et, partant, quels droits prévaudront les uns sur les autres ? Compte tenu des difficultés des déontologistes à répondre à ces problèmes, j'écarterai dès à présent les justifications déontologistes à l'existence de droits pour les individus.

 

D'après les jusnaturalistes, les individus naissent avec des droits qu'ils possèdent en vertu de leur nature humaine. Comme pour les déontologistes, les jusnaturalistes pensent (généralement) que l'on peut découvrir les droits que les individus possèdent en vertu de leur nature par la raison et/ou par l'intuition. Le problème que pose cette approche réside dans le fait qu'il semble extrêmement difficile de définir objectivement ce qu'est la nature humaine et quelles en sont les composantes. Par exemple, les êtres humains semblent bien souvent respecter un possible droit des individus à ne pas être agressé, et pourtant il existe aussi bien des cas où les êtres humains ne respectent pas ce possible droit de leurs pairs à ne pas être agressé. Quelle situation faut-il retenir pour caractériser la nature humaine ? L'être humain est-il naturellement agressif ou pacifique ? Étant donné que les jusnaturalistes ne peuvent pas répondre à ce genre de dilemmes, j'écarterai aussi dès maintenant cette approche comme justification à l'existence de droits pour les individus.

 

D'après les contractualistes, les individus ont des droits car ils appartiennent à une communauté fondée sur un contrat social qui stipule les droits et les devoirs des membres de la communauté. Les contractualistes considèrent parfois que ce contrat social a réellement été adopté par les membres fondateurs de la communauté. Parfois ils considèrent qu'il s'agit uniquement d'une manière symbolique d'établir une légitimité à la communauté. Dans tous les cas, il s'agit toujours d'un contrat adopté tacitement par les membres actuels de la communauté. Les contempteurs du contractualisme mettent en évidence le fait que pour qu'un contrat soit valable il convient que les parties contractantes aient chacune signé le contrat les engageant. Le contrat social des contractualistes n'étant pas réellement adopté par les membres actuels de la société, il ne peut donc pas être considéré comme valable selon eux. Cette critique semblant valable, j'écarterai aussi dès maintenant cette approche comme justification à l'existence de droits pour les individus. A noter que cette critique permet aussi d'infirmer la thèse communautarienne d'une communauté transgénérationnelle.

 

D'après le conséquentialisme utilitariste indirect, les individus cherchent à maximiser leur bien-être. Par conséquent, ils sont rationnellement prêts à adhérer à un système de droits qui, dans ses conséquences, maximise le bien-être de l'ensemble d'entre eux. Il existe une argumentation identique si on abandonne le conséquentialisme utilitariste indirect pour un conséquentialisme indirect non utilitariste. Ce dernier affirme par exemple qu'un système de droits maximise dans ses conséquences la liberté des individus, mais d'autre(s) valeur(s) (selon qu'on adhère à un monisme ou à un pluralisme des valeurs) peuvent être probablement proposée(s) comme candidate(s) à un conséquentialisme indirect. Considérer qu'il est raisonnable d'accorder des droits aux individus, si les droits en question maximisent le bien-être (ou la liberté, ou d'autres valeurs) de l'ensemble des individus, me paraît une position valable, car d'une part je ne connais pas d'argument apte à infirmer le conséquentialisme indirect et d'autre part j'ai précédemment mis en évidence les erreurs des autres justifications éthiques possibles à l'existence de droits pour les individus. C'est pourquoi, je me baserai toujours sur une argumentation conséquentialiste indirecte dans la suite de ce travail.


Quels droits faut-il accorder aux individus ?


A présent que nous savons qu'il convient d'accorder des droits aux individus, il subsiste la question de savoir quels droits exactement il faut accorder aux individus. Il existe deux catégories de droits : les droits positifs (avoir un droit à quelque chose que l’État, les autres, ou la communauté, a un devoir de nous fournir) et les droits négatifs (avoir un droit à ce que nul ne vienne interférer dans nos affaires privées ou n'attente à notre intégrité). Faut-il accorder des droits positifs et/ou négatifs aux individus ? Ou autrement dit, en langage conséquentialiste (puisque c'est l'approche adoptée dans le cadre de ce travail) : la reconnaissance des droits positifs et/ou négatifs par les membres d'une société donnée maximise-elle leur bien-être (ou leur liberté, ou une autre valeur) ?

 

Si on accorde des droits positifs aux individus, cela impliquera irrémédiablement un conflit entre les individus qui sont favorables à la reconnaissance de ces droits positifs et ceux qui s'y opposent, ainsi qu'un conflit concernant l'étendu exacte à donner à ces droits positifs. Ce conflit ne pourra être tranché (dans le cadre de nos sociétés contemporaines et non dans l'absolu) que par le biais de la démocratie, ce qui impliquera un vaste gaspillage de ressources (et de libertés) dans la confrontation politique entre les différents membres de la société qui se battront pour obtenir davantage de droits positifs qu'autrui. Dans ce conflit pour la définition et la répartition des droits positifs (et dans le conflit subséquent concernant l'interprétation de ces droits positifs) les plus riches ont tendance à l'emporter sur les plus pauvres car ils peuvent davantage influencer le grand public et les politiciens.

On pourrait vouloir éviter ce problème en prônant une égalité en droits positifs, mais une telle égalité est impossible car un droit positif est toujours relatif à un individu donné. Ainsi, un droit égal à la santé n'est par exemple pas concrétisable de manière égalitaire, car certains individus sont plus fragiles que d'autres.

Un autre problème impliqué par la reconnaissance de droits positifs réside dans l'incitation à la surconsommation qui en découle. Plus on accorde de droits positifs aux individus, plus certains en profitent en sur-consommant ce à quoi leur donne accès les droits positifs (un certain nombre de soins si on reprend l'exemple susmentionné). Au final, les coûts du financement des droits positifs deviennent élevés et appauvrissent l'ensemble des individus.

 

Au contraire, si on accorde des droits négatifs aux individus, alors chacun vaque à ses occupations sans chercher à obtenir d'autrui quelque chose par le biais de l’État (autrement dit par le biais de la coercition). Un tel système (de droits) maximise la liberté des individus à ne pas être entravé dans leur volonté individuelle (ce qu'on appelle la liberté négative) et la maximisation de cette liberté entraîne à son tour la maximisation de la liberté des individus à avoir des possibilités et les capacités de se réaliser (la liberté positive), ce qui in fine maximise le bien-être (l'utilité) des individus. En effet, dans un système de droits négatifs, les individus ne connaissent qu'un seul moyen pour s'enrichir : créer ce qui plaît à autrui.

Compte tenu de ce qui précède, nous pouvons conclure qu'il convient d'accorder aux individus des droits négatifs, car l'attribution de ces droits aux individus maximise dans ses conséquences leur liberté négative et positive, et en conséquence leur bien-être. 

 

 

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