19/08/2015

Faut-il accorder des droits aux générations futures ?

 

 

Extrait d'un travail réalisé pour l'université dans le cadre d'un séminaire d'éthique environnementale.

 

 

Faut-il accorder des droits négatifs aux générations futures ?


Afin de répondre à cette question, il est utile je pense de préciser un peu mieux ce qu'est un droit négatif. Un droit négatif, je l'ai dit plus tôt, est un droit à ne pas être entravé dans ce que l'on souhaite faire et de ne pas être atteint dans notre intégrité. Mais ces éléments de définition du droit négatif peuvent être réduits (résumés) à un concept qui résume tout : la propriété de soi. Si on considère que x a un droit de propriété absolu et inaliénable sur son corps (et sur ce qu'il acquiert par l'usage pacifique de celui-ci), alors cela signifie que nul ne peut interférer avec ce que x fait de son corps. Tous les droits négatifs que l'on peut imaginer (ou toutes les manières que l'on peut imaginer pour décrire les droits négatifs) peuvent être réduits à des implications du droit de propriété de l'individu sur lui-même.

Compte tenu de cette précision concernant la nature des droits négatifs (c'est à dire, compte tenu de leur réduction possible à la propriété de soi), on se rend bien compte qu'une condition pour pouvoir posséder un droit négatif est l'existence d'un corps. Si x ne possède pas de corps, il ne peut en effet posséder un droit de propriété dessus. Or, il paraîtrait absurde de vouloir accorder un droit de propriété aux individus sur quelque chose qui n'existe pas.

Dans la même optique, un autre problème possible réside dans la non existence de l'individu. Il paraît en effet absurde de vouloir accorder un droit à un individu qui n'existe pas encore et qui pourrait ne pas exister (qui n'existe que potentiellement).

Nous devons donc conclure qu'accorder des droits négatifs aux individus futurs (aux générations futures) semblent absurde de par la nature même d'un individu futur (de par l'absence de corps auquel rattacher des droits de propriété).

Afin de renforcer la position à laquelle je suis parvenu, supposons maintenant que des arguments particulièrement habiles aient infirmé la validité du point 2 et qu'on soit advenu à la conclusion selon laquelle il faut accorder des droits positifs aux individus. La question qui se poserait alors serait : faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?

 

Faut-il accorder des droits positifs aux générations futures ?


Les deux principaux problèmes que pose la position selon laquelle il faudrait accorder des droits positifs aux générations futures sont des problèmes de définition (de clarification) de deux concepts impliqués par celui de droits positifs des générations futures. Lorsque nous parlons de droits positifs des générations futures, nous entendons en effet généralement que les générations futures devraient se voir accorder (par l’État) des droits à un environnement approprié aux besoins des êtres humains réductible à un certain stock de ressources. Or, le concept de ressources ne désigne pas quelque chose d'objectivement déterminable. En effet, A n'est une ressource pour x que du moment où x lui trouve une utilité (un usage). Sinon A n'est qu'un élément existant parmi d'autres devant lequel x passe sans s'y intéresser. Même l'eau ne devient une ressource que lorsque le premier être humain a soif pour la première fois (bien entendu il s'agit ici d'une image). Les ressources n'existent donc pas objectivement (en elles-mêmes), mais sont créées par le savoir-faire humain (relativement à eux).

Un second problème concerne le concept de besoins. Vouloir préserver un certain stock de ressources pour les générations futures pose comme acquis que nous sommes à mêmes de déterminer les besoins futurs des individus. Or les besoins des êtres humains varient dans le temps et l'espace, en fonction des cultures, des modes de vie, des valeurs, et en fonction des possibilités technologiques. Ainsi les besoins d'un individu x au Moyen-Âge ne seront pas les mêmes que ceux d'un individu y de nos jours. Il n'y a même pas de besoins physiologiques clairement déterminables car un individu suicidaire n'a pas les mêmes besoins qu'un individu qui ne l'est pas, puisque tous deux poursuivent des objectifs opposés. Ainsi, toute tentative d'accorder des droits positifs aux générations futures se heurte à ce double problème de clarification.

Si l'on admet toutefois qu'il est possible de déterminer ce que sont les ressources et les besoins des générations futures, on se retrouve alors confronté à un autre problème : accorder des droits positifs aux générations futures ne maximise pas leur utilité ou leur liberté (négative comme positive). En effet, les politiciens, le gouvernement, ou une majorité démocratique, ne sont pas aussi aptes à préserver l'environnement que les individus laissés librement à eux-mêmes. Dans un environnement où chacun est propriétaire d'une parcelle de ce dernier, chacun s'efforce (par intérêt personnel) de gérer le plus efficacement sa parcelle. Autrement dit, la propriété privée implique la responsabilité privée et la responsabilité privée implique une gestion plus efficace que toute gestion déléguée à un fonctionnaire (ou à un groupe de fonctionnaires). En effet, si personne ne se sent concerné pas quand x jette ses ordures dans le jardin étatique, c'est tout le contraire quand x jette ses ordures dans votre jardin. A noter toutefois que propriété privée ne signifie pas forcément propriété individuelle mais peut tout autant signifier propriété mutualisée (mise en commun) à une échelle ou une autre (familles, groupe de personnes, villages, villes, etc.).

 

En conclusion, bien qu'à travers ce travail j'ai réfuté toute prétention des générations futures à un droit quelconque, je tiens à présent à rendre le lecteur attentif au fait que, paradoxalement, la meilleure façon de préserver les intérêts des générations futures à un environnement de qualité est de ne pas accorder de droits positifs à un environnement sain. Ceci s'explique par le fait que la libre volonté des individus est plus à même de leur préserver un environnement sain que l’État. Si l’État ne se mêle pas de réaliser des droits des générations futures à certaines ressources, alors les générations futures ont davantage de chance d'obtenir plus tard ces ressources que si l’État cherche à les leur préserver (et ce malgré toutes les bonnes intentions du monde). Ou autrement dit, l’État ne peut que parvenir à stocker de l'huile de baleine (périmée), tandis que les individus libres peuvent léguer aux générations futures la fusion nucléaire.

 

 

 

 

 

 

13:50 Publié dans Générations futures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

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