08/06/2015

Entretien avec des libertariens – Fabien Truffer



Fabien Truffer a 27 ans et réside à Vevey, dans le canton de Vaud. Il milite au sein de l'association Pour l'Egalité Animale et est membre des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois. Professionnellement, il est juriste et travaille actuellement comme stagiaire au Registre foncier. Son signe astrologique est Balance, sa couleur préférée le bleu, et son animal-totem le faucon.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?


C’est difficile de répondre à cette question. Je dirais que c’est l’idée selon laquelle les autres personnes ne nous appartiennent pas et que, par conséquent, on ne peut pas les contraindre à faire ce que l’on veut même si l’on pense que ça serait mieux pour eux. 
Le principe paraît évidement et tout le monde semble l’accepter même si rares sont ceux qui l’appliquent vraiment.


AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je ne connais pas les différents courants qui existent. Sauf si la question est de savoir si je suis plutôt minarchiste ou anarcho-capitaliste, mais dans ce cas je ne pourrais pas répondre car je n’ai pas encore suffisamment étudié la question. Disons que ce qui m’intéresse, c’est plutôt la direction qu’il faut adopter, et elle est claire : « Plus de liberté ». Pour le reste, on verra en chemin où je déciderais de m’arrêter.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Je vois plus ça comme étant un projet politique qu’il faut défendre, et surtout faire connaître, car je suis persuadé que beaucoup de personnes adhéreraient à ce projet si elles avaient conscience de son existence.

Quant à l’éthique de vie, ça me semble une évidence : je préférerais toujours collaborer avec les gens plutôt que de me battre contre eux et les contraindre à faire ce qui me plait. Mais je dois avouer que lors de certaines votations, il n’est pas toujours facile de choisir l’option la plus juste alors que c’est l’autre qui nous bénéficierait.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Je pense que le déclencheur a été des cours d’économie politique que j’ai suivi au collège. Mon prof était clairement libéral et, d’après mes souvenirs, plutôt keynésien. Après ça, j’étais acquis au libéralisme économique mais restait conservateur pour ce qui est de la société en général.

Je me suis ensuite informé de mon côté sur différents sites, et en passant de temps en temps sur un forum politique, et c’est là que j’ai pour la première fois lu des mots comme « minarchiste », « libertarien » ou « anarcho-capitaliste ». Et quand j’ai compris qu’ils ne disaient tous qu’une chose : que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres et que tout le monde devrait respecter ce principe, je n’ai pu qu’embrasser ce principe qui est profondément juste et l’appliquer à l’ensemble des domaines politiques.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Je n’ai jamais été « fan » de quelqu’un. Je lis et m’informe à droite à gauche, plutôt sur des thématiques que sur des auteurs ou des penseurs. Mais disons que j’aime bien Bastiat pour son côté particulièrement accessible, didactique, et parfois assez caustique, notamment avec la pétition des marchands de chandelles qui est juste géniale.


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Liberté, tolérance et engagement.

Si la première parle d’elle-même, je pense que la tolérance est quelque chose d’important car les gens ont souvent tendance à être intolérant vis-à-vis de l’Autre : cette personne d’une autre culture ou d’un autre pays que le notre, cette personne que l’on ne cherche pas à comprendre et dont je veux qu’il soit « assimilé », alors qu’en réalité ses différences sont une richesse. Pour ce qui est de l’engagement, c’est quelque chose qui me tient à cœur car je pense que les gens devraient se battre pour leurs idées et toujours oser les exprimer. Rester passif face à une situation qui ne nous convient pas en espérant que d’autres vont agir est quelque chose que je trouve triste.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je n’en ai pas encore lu beaucoup mais j’ai beaucoup apprécié « La Loi » de Bastiat. Il est court, clair et met le doigt là où ça fait mal. Sinon « Nudge - La méthode douce pour inspirer la bonne décision » de Richard Thaler et Cass Sunstein est à mon avis un livre dont les personnes qui s’engagent en politique devraient s’inspirer. Le principe c’est de laisser les gens choisir la solution qui leur convient le mieux mais offrir par défaut l’option que l’on pense la meilleure pour eux. Ça serait à mon avis un moyen idéal pour amener en douceur les gens vers plus de liberté, tout en contentant les personnages politiques constructivistes.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?

« Le libéralisme économique ne se bat pas en faveur des intérêts de ceux qui sont riches aujourd'hui. Au contraire, ce que le libéralisme économique veut, c'est laisser les mains libres à quiconque possède l'ingéniosité pour supplanter le riche d'aujourd'hui en offrant aux consommateurs des produits de meilleure qualité et moins chers. Sa principale préoccupation est d'éliminer tous les obstacles à l'amélioration future du bien-être matériel de l'humanité ou, dit autrement, à la suppression de la pauvreté. »
- Ludwig von Mises

J’aime beaucoup cette citation car elle coupe l’herbe sous les pieds de nos détracteurs qui disent qu’être libertarien, c’est être contre les pauvres et pour protéger les plus riches alors que c’est exactement le contraire.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

Je me fais du soucis concernant cette tendance nationaliste à laquelle on est de plus en plus confronté. En Europe, j’ai l’impression que c’est souvent une couverture à une haine des musulmans refoulée alors qu’en Suisse, c’est « juste » de la xénophobie au sens propre du terme : les gens ont peur des étrangers ce qui dénote un manque de confiance en soi.

L’UDC voit les étrangers comme des parasites de notre système social et les socialistes tapent sur les étrangers car ils seraient la cause de sous-enchère salariale alors que ce sont souvent des gens bien formés dont on a besoin ou qui viennent faire un travail dont aucun suisse ne veut.

De plus, quand les gens ont peur, ils sont prêts à faire n’importe quoi, notamment accepter des lois sur la surveillance généralisée sans se rendre compte dans quoi ils mettent les pieds. Tout ça ne peut qu’être négatif que ça soit au niveau européen ou suisse. Je pense que nous devrions tous avoir plus confiance en nos capacités à rendre le monde meilleur. Mais le rendre meilleur par notre engagement individuel ou associatif et non par l’action étatique où l’on est prêt à sacrifier une minorité au « bien commun », que cette minorité soit composée d’entrepreneurs devenus riches ou de quelque autre groupe d’individus.


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

J’aimerais finir par proposer deux réflexions à ceux qui me liront :

- Premièrement, aux socialistes ou aux conservateurs : un pays libertarien est favorable à tous (y compris aux socialistes et aux conservateurs) car nous n’empêcherons jamais des personnes qui partagent les mêmes idées de vivre en société, par exemple au niveau d’une ville, selon leur idéal (socialiste par exemple). 

Le contraire est par contre absolument impossible et les libertariens seront toujours contraints et sacrifiés sur l’autel de ce que les socialistes ou les conservateurs jugent « bon » et qu’ils veulent imposer à l’ensemble des individus. Je pense que l’on devrait se souvenir de ça : d’un côté on a des personnes ouvertes et qui permettent à tout le monde de cohabiter en paix (les libertariens) et de l’autres des personnes qui cherchent à imposer leurs idées par la force (les partisans de l’action étatique).

- Deuxièmement aux libertariens ici présents : j’ai noté dans ma description que j’étais militant dans l’association PEA (Pour l’Egalité Animale) et j’aimerais qu’ils réfléchissent à une question : si les humains ont le droit de vivre et d’être libres, pour quelle raison est-ce que les animaux non-humains ne bénéficieraient pas de ces mêmes droits ? Ils ne sont pourtant pas moins intelligents qu’un nouveau-né, ni plus capables que ce dernier de respecter vos propres droits.

 

 

 

 

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07/06/2015

Entretien avec des libertariens – André Pereira Gonçalves



André Pereira Gonçalves, 23 ans, milite au sein des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois et de la Juventud Social Democrata au Portugal. Il étudie le droit et vit à Lausanne. Son signe astrologique est Lion, sa couleur préférée est le bleu, et son animal-totem l'éléphant. 


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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

Dans les grandes lignes, je dirais que c’est fondamentalement la philosophie de la liberté, de la justice, de l’humanisme, de la prospérité et de la pérennité. C’est la seule philosophie capable d’assurer le respect de chaque être humain, l’obtention de la prospérité et du bonheur. La meilleure et la plus belle de toutes en somme !

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Du courant anarcho-capitaliste jusnaturaliste. Anarcho-capitaliste, car je suis arrivé à la conclusion que la meilleure façon de permettre à tous de prospérer et d’assurer la pérennité des ressources naturelles et de laisser les marchés fonctionner librement. À l’inverse, aucune entité monopolisant la coercition ne sera capable d’atteindre ces objectifs, bien au contraire. Jusnaturaliste, car même si mon attachement au libertarianisme s’explique d’abord pour des raisons utilitaristes, je vois dans l’anarcho-capitalisme tout un système cohérent qui atteint l’idéal de Justice.


AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Les deux ! Un projet politique car il s’agit de transformer les structures sociales pour tendre vers une société libre et responsable, et une éthique de vie car le libertarianisme agit indirectement sur la manière dont on interagit personnellement et on se perçoit au sein de la communauté.

À ce propos, je dois dire que depuis que je suis libertarien je suis beaucoup plus heureux car, grâce à cette philosophie, j’arrive à visualiser un cadre, assez large au demeurant, qui me donne un vaste choix de possibilités tout en me permettant de fixer des balises qui m’aide à m’y retrouver. Pour moi qui suis fondamentalement quelqu’un de conservateur au niveau des mœurs, le libertarianisme m’aide à dissocier ce qui relève du Droit, donc ce qui s’applique à l’ensemble des êtres humains et requiert par conséquent des mœurs libérales, à ce qui relève de mes choix et préférences personnelles, là où peuvent s’appliquer mes mœurs conservatrices. Le libertarianisme m’enseigne que mes mœurs conservatrices n’ont pas à être imposés au restant de la société, de la même manière que je n’apprécierais pas qu’on m’impose à moi d’autres mœurs.

En outre, le libertarianisme m’aide à concilier les impératifs utilitaires avec ceux de la moralité, c’est-à-dire que grâce à lui j’ai appris en fait à définir quels buts sont justifiés et quels moyens peuvent être utilisés pour les atteindre. Le libertarianisme me donne ainsi une grande liberté d’action, mais cette liberté est balisée par le respect du consentement d’autrui (qui lui aussi doit respecter mes choix personnels).


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Mon parcours jusqu’au libertarianisme est le passage d’un extrême à un autre.

Je commence à m’intéresser à la politique à l’âge de 11 ans, en 2002 donc. On a toujours beaucoup discuté politique en famille ce qui explique cet intérêt précoce. À cette époque-là je me disais communiste. Un communiste, nationaliste et réactionnaire à la fois (un nazi en puissance finalement !) : j’étais donc à la fois en faveur du contrôle total de l’économie, des ressources naturelles, des flux migratoires par l’État, etc., mais également du contrôle et de l’imposition des mœurs chrétiennes conservatrices par ce dernier. Cela ne dura par longtemps (2 semaines en fait !), ma mère m’ayant rappelé à ce moment-là qu’il était impossible de faire progresser la société si on partage tout sans exigence de travail, que fatalement tous finiraient par ne rien faire si tout tombe du ciel sans effort, et qu’on aura plus rien à soi non plus.

J’ai alors commencé un progressif adoucissement de ma vision très interventionniste, davantage du point de vue économique que moral au passage. Ainsi, entre mes 11 et mes 18 ans, je me suis dit, à tour de rôle, socialiste à la Chavez, socialiste modéré, et social-démocrate à la suédoise. Ce qui est curieux, c’est qu’à cette époque je m’intéressais à tous les modèles politiques étatistes, que ce soit des démocrates-chrétiens aux écologistes interventionnistes, en passant par des nationalistes plus modérés. Mais une ligne rouge délimitait mon esprit : mon mépris (voir ma haine !) du libéralisme et des libéraux. Pour moi ces gens-là étaient totalement dans l’erreur en ne comprenant pas que la population est incapable de prospérer et d’être heureuse si elle n’est pas contrôlée. Que l’absence de contrôle conduirait fatalement à la pauvreté, à un égoïsme destructeur, au malheur et même à la disparition de l’être humain, vu que la liberté de produire et de consommer était selon moi responsable de la pollution.

C’est alors qu’arrive l’automne 2007, un jour en cours de géographie notre professeure nous pose une question toute bête : « Qui d’après vous dirige le monde ? ». Et je répondis : « Les riches ». Cette réponse d’une évidence limpide pour moi me fit réaliser que l’État, ou n’importe quelle autre entité disposant du monopole de la violence, a été, est et sera toujours dirigé par les riches. Les riches auront toujours plus facilement les moyens de conquérir ce formidable instrument de pouvoir. Or, comme dans ma logique les riches ne pouvaient pas penser à l’intérêt général, je vis pour la première fois l’État, et à terme n’importe quelle autre institution coercitive, comme une réelle menace planant sur les pauvres (les différentes dictatures n’ayant été pour moi que des accidents historiques, qui ne remettaient pas en cause le bien-fondé de l’utilisation de la force).

Ce premier tiraillement m’a amené à admettre une très timide et relative tolérance envers le libéralisme. Puis, vint 2009, l’année de la pire crise économique mondiale depuis 1929. À cette époque-là, j’entendis énormément parler d’une crise du libéralisme, que celui-ci serait responsable de ce qui se passait, et tout semblait indiquer un retour en force des idées plus interventionnistes. À ce moment-là, les États lancèrent donc de vastes programmes de dépenses publiques et de nouvelles réglementations. Mais à ce moment-là aussi, je voyais déjà que ces plans ne marchaient pas, vu que le chômage et la récession étaient toujours au rendez-vous, d’autant que mes lectures me démontraient petit-à-petit qu’il n’y a aucune corrélation entre moins de libéralisme et davantage de prospérité ; à l’inverse, l’absence de libéralisme serait une cause directe de décadence. Pire, j’entre-apercevais l’après 2009, avec des États fortement endettés qui devront bien régler leurs problèmes financiers, ce qui finira par affecter les gens.

Je continue alors à réfléchir et à poursuivre mes lectures, en allant plus aisément du côté de la pensée libérale. Petit-à-petit, je me rends alors compte du rôle bénéfique de la liberté sur nous tous. Je passe ainsi progressivement d’un libéralisme très timoré, au minarchisme pour arriver en 2012 à une conviction pleine et entière en faveur de l’anarcho-capitalisme (le moment fondateur étant la lecture d’un article de Jesús Huerta de Soto sur la nécessité de passé du libéralisme classique à l’anarcho-capitalisme), que je n’ai plus jamais quitté depuis et que j’espère ne plus quitter à l’avenir !


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Il n’y a pas vraiment quelqu’un de précis qui inspire mon engagement. Disons que j’ai davantage une haute estime pour certaines personnes. Mais si je devais quand même citer quelques personnes je dirai, pour les personnes qui ont et inspirent ma pensée libérale, les auteurs des blogs Blasfémias, O Insurgente (blogs libéraux portugais), Contrepoints, Wikibéral, le Minarchiste Québécois, Friedrich Hayek, Frédéric Bastiat, David Friedman et Jesús Huerta de Soto. Pour les hommes politiques, Francisco Sá Carneiro, D. João II, Margareth Thatcher et Mart Laar. Pour les « autres », Agostinho da Silva, Machiavel, Schopenhauer, Jesus Christ, et même Batman ou Kenshin Himura dans le domaine de la fiction !


AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

 

Comme j’ai besoin de sentir que j’appartiens à un lieu, sur lequel vivent des gens avec qui j’interagis pour pouvoir être heureux, je dirai donc la patrie, le groupe (que ce soit la nation, la famille, les amis ou même la corporation de métiers) et le travail.


AF. Ton livre libertarien préféré ?

 

Vers une Société sans État, de David Friedman.


AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« I’m libertarian because liberty is the precondition for trade, friendship, love, creativity, prosperity, fun – all the greatest stuff in life. »
- Jeffrey Tucker.


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

 

Mitigée, d’une part j’ai le sentiment que tant les Européens que les Suisses ont globalement conscience que les idées de la liberté sont les meilleures pour nous sortir de l’impasse, ou du moins que davantage de coercition n’est pas la solution. Cependant, il y a énormément de blocages qui font qu’on n’adopte pas ce genre de mesures. Pire, ces blocages permettent encore que trop de mauvaises mesures continuent à être adoptées.

Ces blocages viennent en partie du fait que les gens ont une résistance naturelle au changement, ce qui peut parfois les pousser à demander davantage de mesures dommageables, alors qu’il est possible que dans leur fort inconscient ils savent que ce n’est pas cela qu’il faudrait faire. Je ne pense pas que nous allons faire face à de grands bouleversements, tant en Europe comme en Suisse, avant 5 ans au minimum (date à laquelle devrait venir la prochaine crise économique d’importance). Il y a une forme de stagnation générale ; la situation ne semble pas s’améliorer à un rythme que l’on souhaite et que l’on peut ambitionner, mais on ne peut pas non plus parler de descente aux enfers.

Je dois dire que je suis assez inquiet et « excité » face à la montée de divers mouvements démagogiques et très étatistes qui éclosent un peu partout en Europe (la Suisse étant assez préservée pour l’instant). « Excité », car avec eux au pouvoir je pense que les États ne tiendront pas longtemps et leurs faillites ouvrira la voie à un monde plus libre et meilleur. Inquiet, car cette période de faillite aura évidemment des conséquences extrêmement dommageables sur nous tous alors qu’on aurait pu l’éviter, et cette faillite collective n’est de loin pas une garantie suffisante d’un monde plus libéral étant donné qu’il est toujours possible de faire pire !


AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Merci de m’avoir donné l’occasion de donner ma contribution et de m’avoir « forcer » à réfléchir sur le libertarianisme. Comme mes réponses au sujet de la philosophie à proprement parler ont étaient assez courtes, cela m’incite à faire davantage d’efforts de ce côté pour mieux définir ce mouvement spectaculaire.

Et merci aussi de m’avoir donné le sentiment d’être quelqu’un d’important, l’interview aidant à cela. 




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05/06/2015

Tribulations politiques : de l'étatisme total à la liberté pleine et entière, un cheminement parmi les Idées et les Hommes



« Messieurs, le jour s’approche où il y aura deux grandes classes, les socialistes et les anarchistes. Les anarchistes veulent que le gouvernement ne soit rien, et les socialistes veulent que le gouvernement soit tout. Il ne peut pas y avoir de plus grand contraste. Eh bien, le temps viendra où seuls subsisteront ces deux grands partis, les anarchistes représentant la doctrine du laissez-faire et les socialistes représentant l’extrême inverse, et quand ce temps viendra je serai un anarchiste. »
- William Graham Sumner

 


Suite à la demande d'un camarade libertarien, j'entreprends la mise par écrit du récit de mon parcours politique et de l'évolution de mes idées.
Je dédie ce billet aux quatre personnes qui m'ont permis (dans certains cas, indépendamment de leur volonté) de devenir un véritable ami de la liberté : J., Achille Karangwa, Frédéric Jollien et Roberto Fucile.

Tout commence, il y a 24 ans de cela...


Acte I. Prolégomènes

Je suis né dans une famille peu politisée, partagée entre des intuitions gauchisantes et écologisantes d'un côté et nationalisantes de l'autre. Rien a priori ne me destinait à m'intéresser à la politique. Une enfance un peu précaire (selon les standards suisses) combinée à une adolescence plongée dans un cycle où quelques pseudo-bandes de jeunes issus de l'immigration créaient un climat relativement violent (selon les standards suisses toujours) m'ont laissé de douloureuses et contradictoires intuitions éthiques.

A 14 ou 15 ans, prenant conscience de l'existence de quelque chose comme la vie sociale, ces douloureuses intuitions m'ont fait sombrer dans une vaste et profonde hésitation sur la nature précise de mes positions politiques. Pendant 3 ans, je valsais entre un élan favorable à cet Etat-providence que je considérais comme étant le pilier protecteur de mon enfance et un ressentiment envers l'immigration qui m'avait condamné à une adolescence quelque peu brutale.

A 18 ans, je découvris la pensée altermondialiste qui m'expliqua fort doctement que l'immigration était provoquée par les méchants néolibéraux qui saccageaient les pays pauvres avec leurs grosses vilaines multinationales. Très content de pouvoir ainsi trouver une explication compatible avec mes intuitions welfaristes, et exaspéré par le mépris envers les pauvres qu'arboraient les jeunes nantis de mon collège, je fondais alors une organisation militante rassemblant les jeunes de gauche au sein de l'ensemble des collèges de Genève. Grâce au soutien logistique enthousiaste de mes professeurs, nous pûmes diffuser des centaines de lourds et illisibles manifestes dans lesquels nous vomissions les inégalités de richesses et criions notre amour de l'Etat-providence.

Peu de temps après, je fis la connaissance des Jeunes Socialistes genevois qui mirent à notre disposition le matériel du Parti Socialiste sur lequel nous imprimâmes allègrement 16'000 pages noircies de minuscules caractères que nous lancions gaiement à nos camarades de classe, absolument insensibles à notre entrain rebelle. La même année, année de tous les délices militants, je m'engageais au sein de la Jeunesse Socialiste et du Réseau Objecteur de Croissance. Ma vie politique commençais donc, sur la base du welfarisme, de l'altermondialisme et de l'objection de croissance.

Ces glorieux premiers pas semblent probablement déjà relativement éloignés des idées et valeurs libertariennes, mais détrompez-vous : je m'en suis éloigné bien davantage !

Acte II. Révolutions

Après 1 an et demi à la Jeunesse Socialiste, j'étais secrétaire du parti et candidat aux élections fédérales sur une liste jeunes. La crise de la dette battait son plein en Europe du sud et l'Etat-providence tremblait sur son socle en même temps que s'effondraient, visiblement incapables de juguler cet étrange mal, les gouvernements sociaux-démocrates que j'admirais jusqu'alors. Privé de modèle, je rejoignis le mouvement des Indignés et découvris le marxisme en m'inscrivant à l'université en science politique.

Fort de ce sympathique mais léger bagage, je créai un blog sur le site de la Tribune de Genève (oui, celui-ci cher lecteur) et y tapotai joyeusement les maigres mais énergiques bases de ma réflexion. J'y développai mes solutions miraculeuses à la mystérieuse crise que je ne comprenais pas : prendre l'argent des riches, étatiser tout ce qui peut l'être, et planifier politiquement la production, tout cela sous couvert de solides vertus démocratiques bien entendu. Je rencontrai à ce moment-la un premier libertarien qui me traita de fou sanguinaire tandis que je le coiffai de
laquais des riches (une de mes insultes favorites à l'époque). Néanmoins, le contact était pris et le débat avait commencé. Ce débat allait durer 3 ans et j'allais le perdre, pour mon plus grand salut. 

Entre mes 20 et 23 ans, je fus élu à la présidence de la Jeunesse Socialiste Genevoise et entrepris d'en radicaliser la ligne et d'en éloigner le carriérisme, me liant à des trotskistes et d'autres éléments issus de l'extrême gauche, tout en cherchant à développer (peine perdue) un entrisme efficace au sein du Parti Socialiste et de la Jeunesse Socialiste Suisse.

Pendant ces trois années, étant devenu étudiant en philosophie, j'appris à connaître la méthode philosophique analytique, ce qui me rendit très méthodique et rigoureux. Je me mis donc d'une part à écrire une défense systématique de mes positions socialistes, cherchant à élaborer des arguments solides et valides, et d'autre part à lire les ouvrages libertariens pour mieux tenter de les réfuter par la suite. Je lus David Friedman, Murray Rothbard, Pascal Salin, sans que cela ne remette mes convictions en question d'un iota. Fermement arrimé à l'axiome communiste selon lequel le salariat est une agression ou un vol, je restais insensible à toutes ces bourgeoises palabres.

Ces trois années furent aussi des années de moult et moult débats. Avec les libertariens, éternels et inébranlables adversaires, et avec les anarchistes communistes. A force d'arguments pertinents et de brillantes démonstrations, libertaires et libertariens brisèrent ma foi en l'Etat en me montrant qu'il était bel et bien l'ennemi des plus pauvres et de la classe ouvrière. Je devins communiste libertaire et décidai de transformer la Jeunesse Socialiste en phalanstère, avant de me rendre compte que c'était complètement dément et impossible. Je rejoignis alors pour un court instant les anarchistes communistes (dont je ne peux que louer la probité et l'honnêteté) dans la lutte contre la bureaucratie, le gouvernement, les politiciens, et la bourgeoisie.

Acte III. Liberté

Et puis, je suis parti en Italie, pour assister à un mariage. J'ai emporté un livre avec moi. Ce livre s'appelle La Révolte d'Atlas, il a été écrit par Ayn Rand, et à sa lecture, à ma plus grande stupéfaction et entièrement contre ma volonté, l'axiome communiste s'est brisé. Le salariat n'est pas une agression ni un vol. Comment pourrait-il l'être ? Trois années de raisonnements de plus en plus tordus pour tenter de justifier l'injustifiable s'écroulèrent en quelques instants. Sans l'axiome communiste fondamental, la révolution n'était plus justifiée, l'expropriation des expropriateurs devenait caduque car il n'y avait plus d'expropriateur. Le socialisme ne pouvait donc qu'être volontaire. Il n'était qu'un choix de société, et non un impératif moral. Je suis rentré en Suisse, j'ai admis publiquement que je m'étais trompé sur bien des choses et que beaucoup de choses que j'avais soutenues étaient à vrai dire un tissu de foutaises. Puis, je me suis demandé ce que j'allais faire.

Par un heureux hasard, le libertarien Loïc Magnin m'écrivit à ce moment-la sur Facebook et m'annonça que Diogène (pseudonyme du libertarien Mikaël Mugneret) et lui-même passaient par Genève. J'allai à leur rencontre et Diogène déclara qu'il était temps d'unir socialistes libertaires favorables à un marché libre et au respect des droits de propriété légitimes et libertariens ouverts d'esprit contre leur ennemi commun : l'Etat. Nous avons alors acquiescé et avons décidé de fonder un parti unissant nos forces en Suisse romande. Quelques jours plus tard, j'ai quitté la Jeunesse Socialiste. Beaucoup de mes fréquentations ont mal réagi et une partie de mon cercle social a disparu à ce moment-la. Les socialistes libertaires n'ont quant à eux pas semblé partants pour se joindre aux libertariens. 

La politique aurait alors pu s'arrêter là pour moi en fait : socialiste refusant l'existence de l'Etat ou d'un gouvernement, favorable à un marché libre de producteurs indépendants organisés horizontalement en coopératives, désireux de vivre dans une communauté utopique solidaire où bien des choses seraient mutualisées, mais rejetant la violence à l'encontre des riches et des propriétaires et respectueux des droits de propriété légitimes, j'étais devenu un ovni politique.
Mais c'était sans compter les libertariens ! Fabio Battiato m'a contacté, et en septembre nous avons fondé le Parti Libertarien de Genève avec Alexis Andres et Darius Tabatabay. Les choses sont claires à présent.

Puisse le vent de la liberté souffler longtemps sur ce pays et sur le reste de la Terre.



« A long terme, c'est nous qui l'emporterons... La botte cessera un jour de marteler le visage de l'homme, et l'esprit de liberté brûle avec tant de force dans sa poitrine qu'aucun lavage de cerveau, aucun totalitarisme ne peuvent l'étouffer. »
- Murray Rothbard

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04/06/2015

Entretien avec des libertariens – Christian Siebenthal



Christian Siebenthal, dit « le Zélote », a 23 ans et réside à Perroy dans le canton de Vaud. Ancien blogueur militant engagé en faveur de la social-démocratie, il étudie à la Haute Ecole de Commerce de Lausanne et se définit comme un libertarien minarchiste chrétien. Passionné par le jeu d'échecs et la stratégie militaire, il a en outre rédigé de nombreux billets sur les tactiques élaborées par Alexandre le Grand. Son signe astrologique est Balance et sa couleur préférée est le noir.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Il peut se définir de manière très scientifique, en théorisant pendant des heures sur un détail ou sur un autre à l’aide de termes capillotractés ; au final, l’idée générale se définit très simplement : « La liberté des uns s’arrêtent là où commence celle des autres ». Pour ce faire, le libertarianisme part du principe que le premier élément perturbateur de la liberté des individus, c’est l’Etat, dans le sens qu’il est le démiurge, ainsi que le convoyeur, de règles inutilement contraignantes. Je dis bien « inutilement », car les libertariens pensent justement qu’il n’y a pas meilleur régulateur que l’auto-régulation, et que cette dernière est mue par les intérêts de toutes les parties impliquées. Le fameux principe de la « main invisible ».

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

J’aime passionnément Ayn Rand. Non pas parce qu’elle a dressé une pensée structurée conforme à la mienne, mais car la poésie et la conviction qui imprègnent ses écrits me possèdent. Il faudrait littéralement m’exorciser pour m’affranchir des spasmes qui me saisissent, des orgasmes qui me confisquent, à la lecture de son oeuvre. Ça c’est pour le côté passionné. (rires)

Plus pragmatiquement, je me reconnais dans le minarchisme. J’attends de l’Etat qu’il ne s’adonne qu’à une seule et unique tâche : celle d’assurer la liberté totale de ses citoyens. J’y ajoute ensuite une dimension supplémentaire, à savoir l’amour du Christ et du pardon. Nulle intention d’imposer à qui que ce soit une quelconque forme de spiritualité par une démarche prosélyte, mais j’exerce mon sens des responsabilités - nécessité pour tout acteur d’un modèle libertarien - au sein d’un carcan qui puisse me sauver de mes tentations de forfaiture.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Voilà qui nous renvoie à ma réponse précédente ! L’éthique de vie est personnelle. Elle habite - ou pas - les individus au sein d’une société libertarienne, mais ne doit pas être imposée. Le libertarianisme consiste précisément à laisser le loisir à tout un chacun d’épouser l’éthique qu’il désire. Le libertarianisme n’est donc pas une éthique, mais la possibilité d’une éthique. En ce qui me concerne, mon projet politique (ou plutôt anti-politique) s’incarne dans le libertarianisme, et mon éthique dans le catholicisme.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Il fut un temps où les socialos m’avaient complètement embrigadé, en bon propagateur de morale qu’ils savent si bien incarner. Je tenais donc un blog où je déversais quotidiennement ma haine sur tout ce qui ne pensait pas comme moi. Il est évident que l’immaturité, ainsi qu’un mal-être profond y étaient pour quelque chose. C’est d’ailleurs un constat que je fais régulièrement lorsque j’observe des jeunes socialistes à l’oeuvre comme Romain Pilloud. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de la névrose profonde qui justifie leur action politique.
Finalement, c’est en faisant l’effort de lire les arguments raisonnés de Thierry Falissard, de toi-même, Adrien, et en consultant les pages de Wikiliberal, que j’ai trouvé le chemin de la raison. A présent, je préfère les concepts aux anathèmes et le pragmatisme à l’émotivité.

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

J’ai une admiration profonde pour Frédéric Bastiat, Machiavel et Jésus Christ. Ils incarnent chacun une facette différente de la doctrine que je défends. Voilà pour les morts.

Pour les vivants, ce sont des libertaires 2.0 qui m’inspirent beaucoup, les théoriciens qui peuvent se faire entendre grâce à internet. Parmi eux, les plus éminents sont Grégoire Barbey et GC. Grégoire Barbey a des convictions, mais jamais celles-ci ne feront entrave à son honnêteté de journaliste. Une attitude bien libertarienne que voici ! La tolérance vis-à-vis des opinions divergentes est une condition essentielle du libertarianisme. Et je tiens également à citer Thierry Falissard, grâce à qui de nombreux raisonnements fallacieux de salopards (rires) sont évités...

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

- Etre responsable

- Avoir l’esprit d’entreprise

- Avoir le sens de l’honneur

AF. Ton livre libertarien préféré ?

La philosophie dans le boudoir 
(de Donatien Alphonse François de Sade, NdAF)

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« Toute volupté de l’esprit, toute bonne humeur vient de ce qu’on a des gens en comparaison desquels on puisse avoir une haute estime de soi-même. »

De Cive, ch.1, Hobbes


AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

La situation va bien entendu en s’empirant. Et dans « empirer », il y a « empire ». C’est bien de cela dont il s’agit. L’Europe détient à son sommet une force centralisante, une élite coupée du réel, chargée de dicter les conduites, de réguler pour une juridiction toujours plus large. Beaucoup de gens assimilent l’Union Européenne au triomphe libéral. En vérité, il n’en est rien. Et la Suisse, en bon pays soumis par la pression des potentielles sanctions, suit tout à fait la tendance.

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Merci à Adrien Faure pour son implication de tous les instants. J’espère que tu persévéreras sur ce chemin. Ne te laisse pas mettre des bâtons dans les roues par les jaloux et les médisants. Tu incarnes quelque chose et peut-être bien que tu es en train d’écrire une page de l’histoire. L’Histoire se rappellera de toi et Grégoire Barbey, pas de Romain Pilloud.




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03/06/2015

Entretien avec des libertariens – Olivier Laurent



Olivier Laurent, entrepreneur de 39 ans et membre du Parti Libertarien belge, a vécu pendant 38 ans en Belgique où il a monté deux sociétés (la dernière comptait 12 employés). Aujourd'hui, il vit à Barcelone en Espagne.

 

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Par la définition la plus simple, sans être simpliste, que j'ai pu trouver : “Don't hurt people and don't take their stuff.” (Ne blesse pas les gens et ne prends pas leurs affaires). Définition qui est de Matt Kibbe.

 

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Minarchisme. La théorie est une conception de la réalité et donc, forcément, elle l'a trahi un peu. Le minarchisme amène cette dose de pragmatisme qui permet de raccorder une théorie à la réalité.

 

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Une éthique de vie. C'est avant tout respecter les autres. Respecter ce qu'ils sont, ce qu'ils font. Accepter que l'on a aucun droit sur leurs vies. Beaucoup définissent le mouvement libertarien au travers de soi et de la révolte que l'on éprouve à juste titre à se faire continuellement dépouiller du fruit de ses efforts.

Je trouve l'approche beaucoup plus intéressante quand elle se projette sur les autres. D'ailleurs, c'est la base d'une vie en société libérale/libertarienne : reconnaître aux autres les mêmes droits que ceux que l'on désire.

 

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

 

Non. Adolescent j'étais anarchiste, tendance Proudhon. Ensuite, adulte, je suis devenu libéral, et, suite à une rencontre avec Quentien Meunier et Pierre-Yves Novalet, je suis devenu libertarien.

 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement?

 

Ron Paul comme homme politique. Il y a eu une nuit blanche que j'ai passée, suite à ce diner avec Quentin et Pierre-Yves. Pendant toute la nuit j'ai surfé de vidéo en vidéo de Ron Paul. Pour la première fois un homme politique disait exactement ce que je pensais... Le brouillon, jusque là dans ma tête, était exprimé avec une telle cohérence que cela m'a juste séduit et je suis devenu libertarien.

Dans l'espace francophone, la personne qui m'a le plus marqué est Serge Schweitzer. C'est juste un plaisir de l'écouter, surtout la mécanique du raisonnement. Et enfin, Stephen Davies : je pense n'avoir jamais entendu une personne ayant un tel don pour donner un cours d'histoire et le rendre si passionnant.

 

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Liberté, égalité, fraternité.

Quand on se documente un peu sur la révolution française et le libéralisme classique, on y découvre des perles oubliées depuis... Ou atrocement dénaturées par des générations de discours politiques. On a oublié, par exemple, que dans dans la première déclaration Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, le droit de propriété privé était clairement mentionné ainsi que le droit à résister à l'opression. Que vivons-nous aujourd'hui ?

Peut être, juste préciser, une chose qui peut parfois paraître surprenant pour un libertarien : la fraternité, la solidarité, souvent instrumentalisées par le pouvoir, impliquent un consentement. Vous consentez à aider quelqu'un, à donner de bon coeur, et c'est de là que le geste retire toute sa noblesse. La caricature bureaucratique qu'en a fait l'Etat n'a que faire de votre consentement. Il vous le prendra par la force. Ce que l'Etat organise n'est pas de la solidarité, de la “fraternité”, c'est de la redistribution forcée à des fins électoralistes.

 

AF. Ton livre libertarien préféré.

 

Mmmmh je proposerais “Le capitalisme au moyen-âge” de Jacques Heers, qui détruit en gros toute les théories marxistes sur la génèse du capitalisme.

 

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

 

« Je veux que les couples gays mariés puissent défendre leurs plants de marijuana avec leurs armes. » (Tim Moen)

Ça plante le décor : ni de gauche ni de droite, juste plein centre.

 

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Belgique, en Espagne et en Europe ?

Pessimiste. On évolue de plus en plus dans une société autoritaire ou un Etat omniprésent contrôle toujours plus les gens. L'Etat est devenu une sorte de divinité. On ne vous condamne plus au nom de l'amour mais au nom de la solidarité. Les politiciens sont devenus mystiques. Leurs discours ne font jamais référence à une quelconque réalité mais toujours à une société idéalisée qui ne correspond en rien à cette réalité. Bref, on retourne à un âge sombre. Je suis très pessimiste sur l'avenir du continent européen.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que les lois liberticides qui fleurissent régulièrement sont le fruit d'une caste coupée du reste de la population. La mécanique est totalement démocratique. La majorité des gens veulent retirer toute liberté à leur voisin. Ils ne voient leur avenir qu'en le dépouillant. Ils sont littéralement en train de vendre sa liberté pour un peu de sécurité... Et comme l'a dit si bien Benjamin Franklin : ils ne méritent ni l'un ni l'autre, et vont perdre les deux. Au bout de la route vers la servitude, Hayek nous a bien montré ce qui s'y trouve... On y court malheureusement.

 

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Belgique et en Espagne ?

 

Il est implanté dans les deux pays en effet. Cependant la représentation est modeste, c'est un début. L'éducation étatiste dans ces deux pays a bien formaté l'esprit des gens. Ils n'imaginent pas leur vies sans un Etat omniprésent, certains deviennent agressif quand on ose le remettre en cause. Ce sera un long travail, très long.

 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

Comme le disait un célèbre vieil homme qui portait une robe blanche :

N'ayez pas peur”.

Beaucoup se retiennent. Les idées libertariennes leur semblent extrêmes... Tôt ou tard vous allez vous rendre compte que c'est vous qui vivez à une extrêmité. Le mouvement libertarien c'est le centre.

 

 

12:56 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg

01/06/2015

Entretien avec des libertariens – Cédric Pissoort



Cédric Pissoort, 23 ans, est membre du Parti Libertarien de Belgique. Il était d'ailleurs présent lors de sa fondation en 2012. Il vit à Bruxelles où il étudie les sciences économiques. Il aime la musique country et les films de western. Son signe astrologique est Poisson, sa couleur préférée est le jaune et son animal-totem est le serpent.

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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

 

D'abord, je trouve que ce mot n'est pas très beau. Il ne s'agit que de la traduction française du mot libertarian américain, qui a trouvé son origine dans le besoin de se différencier du mot liberal, en anglais qui avait pris une connotation de gauche aux USA. Le mot libertarien, en français, est très proche du mot libéral, à tel point qu'on utilise souvent les deux de façon indifférenciés dans le monde francophone, avec la particularité que les libertariens sont plus radicaux dans leur définition de la liberté.

Je définirais le libertarianisme simplement comme du libéralisme dont la définition de la liberté est plus radicale, sans compromis, et plus cohérente. A tel point que l'Etat, qui ne peut vivre que par une atteinte aux libertés individuelles, que ce soit économiques ou autres (liberté des moeurs, d'expression, de culte, etc.), est vu comme un ennemi, ou, au mieux, un moindre mal, qui doit se réduire au minimum.

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

 

Je n'ai jamais très bien su me positionner entre l'anarcho-capitalisme et le minarchisme. Le plus cohérent est bien sûr l'anarcho-capitalisme, où il n'y aurait pas d'Etat. Mais comment empêcher qu'un Etat surgisse de l'anarchie ? Ne vaut-il pas mieux un Etat minimum qui empêche une pire organisation de surgir ? Même problème avec le cas d'un Etat étranger qui déclarerait la guerre et imposerait sa dictature.

Ensuite, la question de la justice. Tant qu'il y a un plaignant et un coupable, des tribunaux privés peuvent intervenir. Mais dans des situations extrêmes, comme pour un meurtre de quelqu'un sans personne pour porter plainte, il ne faut rien faire ? Je me pose probablement trop de questions. Mais il faut bien reconnaître qu'un Etat est bien pratique pour répondre à ce genre de situations extrêmes.

Mais pour répondre plus précisément à la question qui m'a été posée, je me sens plus proche du courant jusnaturaliste. J'ai surtout lu Rothbard pour l'instant. Sa vision rationaliste des droits naturels me plaît beaucoup. D'ailleurs, le droit me plaît beaucoup, bien que ce ne soit pas ce que j'étudie à l'université. Dans un monde sans Etat ou presque, il n'y a plus de politique pour apporter de solution magique à tous les problèmes. Les individus doivent se débrouiller entre eux et le dernier recourt, lorsque la liberté ou le contrat n'a pas été respecté, est de s'adresser à un tribunal privé pour trancher le litige.
Je devrais lire plus d'auteurs qui abordent le libéralisme ou l'anarcho-capitalisme différemment. Je sais que David Friedman est anarcho-capitaliste sans défendre le droit naturel. Il défend un système judiciaire qui ne répondrait pas exactement aux mêmes règles de droit en tout lieu et à tout moment comme Rothbard. Dès que j'en aurai le courage je lirai ''Vers une société sans Etat''.

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique
ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

 

Ce n'est pas vraiment un projet politique, puisque c'est justement un rejet de la politique. Le but est de pouvoir se débrouiller sans l'Etat. Chacun fait ce qu'il veut tant que cela ne compromet pas la liberté d'autrui, sinon c'est un acte d'agression et la victime a le droit de se défendre. Ce n'est pas une éthique individuelle, chaque libertarien est libre d'adopter la morale qu'il lui plaît. La seule morale que tout libertarien doit suivre est de ne pas empiéter sur la liberté de quelqu'un d'autre. Quand on est libertarien on défend l'idée que tout le monde peut faire ce qu'il veut. Mais individuellement comment veut-on vivre ? Le libertarianisme ne répond justement pas à cette question.


AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Dès que je me suis intéressé à la politique, je me suis intéressé au libéralisme. Je crois que c'est principalement grâce à internet. Avant de m'intéresser aux différents concepts politiques, je m'étais intéressé à plusieurs choses. J'aimais beaucoup l'informatique. J'ai appris quelque notion de programmation dans mon coin, installé Linux sur un vieux PC. Certaines versions de Linux sont gratuites, financées par des dons privés. Cela m'a appris que même la solidarité pouvait être quelque chose de privé et volontaire. Pendant ce temps-là, wikipedia, youtube, google, et compagnie, se développaient, ce qui renforçait l'idée que le partage pouvait s'organiser même dans un environnement capitaliste.

Je passais donc beaucoup de temps sur internet. Je cherchais tout et n'importe quoi. Je suis tombé sans trop le vouloir sur des sites de développement personnel, dont un en particulier qui était le site du club positif, dirigé par un entrepreneur suisse. Il vendait des ebooks, mais certains étaient gratuits et il m'arrivait de les lire. Ça parlait de développement personnel, mais il y avait une mentalité d'entrepreneur qui s'en dégageait, et je crois que c'est ce qui m'a le plus marqué. Le résultat de tout ça était que d'un côté il y avait le développement du partage gratuit et privé sur internet, de l'autre l'influence d'une mentalité d'entrepreneur.

Par la suite, je me suis intéressé à l'économie parce que j'étudiais ça à l'école. Je me rappelle d'un cours sur la privatisation, cela m'a instantanément fasciné. De plus, j'entendais les médias parler des libéraux, bien que c'était en mal et dans sens qui n'a pas grand chose avoir avec une définition sérieuse. J'ai tapé libéraux sur google et je suis tombé sur liberaux.org. Cela a été le point final pour me faire passer du côté des libertariens et me faire m'intéresser à la politique. J'y ai appris les concepts de minarchisme, d'anarcho-capitalisme, etc. C'est donc grâce à liberaux.org que je suis devenu libertarien, bien que l'influence que j'avais acquise avant sur internet m'a aidé.


AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

 

Il n'y a pas vraiment d'individus qui inspirent mon engagement. Je pense que les libéraux/libertariens ont raison et défendent une noble cause, même si ce n'est pas évident pour tout le monde. Donc je m'engage avec eux pour un monde plus libre.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?


Courage, honnêteté et entraide, à condition que l'entraide soit volontaire bien entendu.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

Je ne suis pas un grand lecteur. J'ai lu « La route de la servitude » de Hayek, où il s'oppose au socialisme avec les arguments du bon sens. J'ai aussi lu plusieurs livres de Rothbard. Je ne vais pas être très original, mais mon préféré est « L'éthique de la liberté ». Rothbard est très direct et a toujours un avis tranché sur chaque question. On peut penser que c'est un défaut, mais ça permet d'être clair. Rothbard est très pédagogique. Il arrive à expliquer des problèmes qui peuvent paraître compliqués de façon très simple. Que l'on soit d'accord ou pas, on comprend tout de suite l'enjeu du problème en question, même quand on a pas fait d'études ou qu'on n'a rien lu sur le sujet avant.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?

« Government is good at one thing : It knows how to break your legs, hand you a crutch, and say, "See, if it weren't for the government, you wouldn't be able to walk. » - Harry Browne

Que l'on pourrait traduire par : « Le gouvernement n'est bon qu'à une chose : il sait comment vous cassez les jambes, vous tendre une béquille et dire "Vous voyez, s'il n'y avait pas de gouvernement, vous ne seriez pas capables de marcher." »

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Belgique et en Europe ?


La situation économique en Belgique dépend énormément de l'Union Européenne. L'influence de l'Union Européenne est telle que les politiciens belges ne font qu'appliquer les recommandations européennes, avec quelques spécificités locales. Je ne sais pas ce que l'avenir apportera. Depuis le début de la crise, je lis et entends les pires prévisions sur l'avenir, des prévisions de crises bien plus graves : on aurait reporté la crise de 2008 pour un chaos prochain. C'est peut-être vrai, mais pour l'instant, en Belgique, il n'y a pas encore eu un tel chaos. La crise de 2008, d'origine américaine, a provoqué la crise des dettes souveraines, qui s'inscrit dans un contexte purement européen. La crise de 2008 a fait ressurgir les vieux démons qu'on avait en Europe.

En économie, le meilleur est toujours dans une meilleure situation, mais on peut dire aussi la même chose du moins mauvais. Tous les pays européens pratiquaient le déficit public, même l'Allemagne. Mais on s'est rendu compte que la capacité de rembourser les dettes publiques de certains pays était clairement surévaluée. La Grèce était dans une situation bien plus mauvaise que prévue. Résultat, les détenteurs de dettes grecques ont tout vendu pour acheter de la dette allemande et le taux d'intérêt que devrait rembourser l'Etat allemand a baissé. Le malheur des uns a fait le bonheur des autres dans ce cas-ci.

La crise a divisé plus que jamais l'Union Européenne, entre ceux qui n'avaient pas de problème pour rembourser la dette publique et ceux qui n'y arriveraient pas, avec néanmoins des pays intermédiaires comme la Belgique. S'il n'y avait pas d'Etat-Providence, il n'y aurait pas eu tous ces problèmes. Les Etats ne se seraient pas endettés et les finances publiques se porteraient bien. Mais je ne sais pas ce que nous réserve l'avenir, les prévisions de catastrophes sont peut-être vraies, mais peut-être qu'on se rendra compte à ce moment-là que d'autres pays sont dans un état bien pire, ce qui limitera la casse pour nous. Ce n'est pas très réjouissant du point de vue éthique. Mais je parle là d'économie, pas d'éthique. Et puis, si les Etats n'imposaient pas un Etat-Providence, s'il n'y avait pas de banque centrale pour déstabiliser les taux d'intérêt, s'il n'y avait pas de réglementations, on n'en serait pas là.

Pour ce qui est des questions non économiques, je n'ai pas grand chose à dire. La Belgique n'est pas si mal. Par contre, ce qui est impressionnant est que la population manifeste très peu pour des questions parfois graves. L'année passée, une loi sur l'euthanasie des enfants, sans limite d'âge, a été votée. Très peu de réaction. A tel point que les Belges eux-mêmes ne savent souvent pas que c'est le cas. Maintenant il y a des discussions sur la majorité sexuelle à 14 ans, parce qu'entre 14 et 16 ans la loi n'est pas claire paraît-il. Je ne sais pas où les politiciens veulent en venir, mais c'est troublant. Je ne dis pas que ce sont forcément de mauvaises idées, mais c'est troublant. De plus, on peut s'intéresser à d'autres sujets. Personnellement, je m'intéresse beaucoup plus à la liberté de détenir des armes à feu et de se défendre ou à la légalisation du cannabis que de savoir s'il faut avoir plus de 14 ou 16 ans pour pour pouvoir faire l'amour sans que les parents puissent porter plainte.

AF. Le mouvement libertarien est-il bien implanté en Belgique ?

Il y a le Parti Libertarien belge, dont je suis membre. On a beaucoup de mal à se faire entendre, en tout cas chez les francophones. C'est un petit parti, il y a peu de membres, et en plus les élections coûtent cher. Le parti se développe petit à petit. Ça va être long, mais il faut espérer. En persévérant on va peut-être y arriver.
Par contre, ce qui est assez paradoxal est qu'on a une meilleure audience chez les germanophones, et les Flamands ont déjà parlé du Parti Libertarien dans leurs journaux. On se fait plus entendre, ou en tout cas tout autant, chez les non francophones que chez les francophones. Ce doit être le surréalisme belge. (rire)

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

 

Il ne faut pas désespérer. Le mouvement libertarien se crée petit à petit, que ce soit par l'outil des partis politiques ou non. On est fortement limité par un Etat trop grand et une mentalité étatiste trop présente chez les gens. Mais c'est en connaissant ses limites qu'on peut essayer de faire mieux. Chaque pays a ses caractéristiques qui fait qu'il est plus ou moins libéral. On doit chacun analyser les caractéristiques du pays dans lequel on vit et à partir de là voir ce qu'on peut faire.
Je rajouterais aussi que la communauté libérale est petite pour l'instant, cela permet de mieux nous connaître, profitons-en !


16:44 Publié dans Entretien avec des libertariens | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | | Adrien Faure |  del.icio.us | Digg! Digg